{"id":8102,"date":"2026-10-21T10:16:27","date_gmt":"2026-10-21T10:16:27","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8102"},"modified":"2026-10-21T10:16:27","modified_gmt":"2026-10-21T10:16:27","slug":"partie-5-face-a-lhomme-qui-avait-menace-de-prendre-ses-terres-marianne-defendit-une-decision-que-meme-benoit-avait-du-mal-a-comprendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8102","title":{"rendered":"PARTIE 5 \u2013 Face \u00e0 l\u2019homme qui avait menac\u00e9 de prendre ses terres, Marianne d\u00e9fendit une d\u00e9cision que m\u00eame Beno\u00eet avait du mal \u00e0 comprendre"},"content":{"rendered":"<p>Le lendemain matin, Marianne resta plusieurs secondes devant la porte du bureau de Maurice B\u00e9raud, le dossier serr\u00e9 contre sa poitrine. Derri\u00e8re la vitre d\u00e9polie, elle distinguait des silhouettes et entendait le bruit intermittent d\u2019une machine \u00e0 \u00e9crire. Beno\u00eet attendait pr\u00e8s d\u2019elle. Il n\u2019avait pas essay\u00e9 de lui parler pendant les derniers kilom\u00e8tres du trajet, comprenant qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait consacrer ce temps \u00e0 ses propres r\u00e9flexions. Marianne avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 mentalement les phrases qu\u2019elle souhaitait prononcer, mais aucune ne lui semblait d\u00e9sormais parfaitement appropri\u00e9e. Elle inspira profond\u00e9ment, v\u00e9rifia une derni\u00e8re fois les documents et poussa la porte.<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire leva les yeux de son bureau. Lorsqu\u2019elle entendit le nom de Marianne Vignal, elle h\u00e9sita bri\u00e8vement avant de leur indiquer deux chaises dans le couloir. Une horloge avan\u00e7ait avec un l\u00e9ger claquement m\u00e9tallique. Marianne posa son dossier sur ses genoux, sans retirer son manteau. Elle connaissait la nature \u00e9trange de sa d\u00e9marche. Quelques semaines plus t\u00f4t, elle avait craint de perdre une partie de son h\u00e9ritage \u00e0 cause d\u2019une dette qu\u2019elle n\u2019avait pas contract\u00e9e. Aujourd\u2019hui, elle revenait volontairement rencontrer le cr\u00e9ancier pour lui proposer un remboursement partiel. Cette d\u00e9cision ne lui apportait aucun avantage imm\u00e9diat. Elle pouvait m\u00eame para\u00eetre absurde \u00e0 ceux qui ne connaissaient que les chiffres.<\/p>\n<p>B\u00e9raud les re\u00e7ut dans un bureau aux meubles sombres. C\u2019\u00e9tait un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, au visage allong\u00e9 et aux cheveux soigneusement peign\u00e9s. Il se leva lorsque Marianne entra, mais son expression r\u00e9v\u00e9la imm\u00e9diatement sa surprise. \u00ab Madame Vignal. Je ne pensais pas vous revoir apr\u00e8s notre accord. \u00bb Marianne s\u2019assit en face de lui, pendant que Beno\u00eet prenait place l\u00e9g\u00e8rement en retrait. \u00ab Je ne suis pas venue remettre cet accord en question \u00bb, r\u00e9pondit-elle. \u00ab Je souhaite parler de certaines d\u00e9penses effectu\u00e9es sur ma ferme il y a plusieurs ann\u00e9es. \u00bb Elle ouvrit son dossier et en sortit une chemise contenant les factures retrouv\u00e9es dans les cartons de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>B\u00e9raud parcourut les premi\u00e8res pages avec une attention prudente. Marianne avait class\u00e9 les documents par date, puis pr\u00e9par\u00e9 un tableau permettant d\u2019identifier les mat\u00e9riaux achet\u00e9s et leur destination. Elle d\u00e9signa la pompe install\u00e9e dans l\u2019\u00e9table, les fournitures utilis\u00e9es pour r\u00e9parer une cl\u00f4ture et les \u00e9l\u00e9ments de toiture qui prot\u00e9geaient encore son b\u00e2timent principal. \u00ab Ces achats repr\u00e9sentent neuf mille francs. Je reconnais que ces d\u00e9penses ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 que j\u2019exploite aujourd\u2019hui. \u00bb B\u00e9raud posa les feuilles sur son bureau. \u00ab Vous reconnaissez donc une partie de la dette ? \u00bb Son ton avait chang\u00e9. Marianne redressa aussit\u00f4t les \u00e9paules.<\/p>\n<p>\u00ab Non. Je reconnais que certains mat\u00e9riaux ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s chez moi. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. \u00bb Elle sortit la copie de l\u2019accord juridique conclu pr\u00e9c\u00e9demment. \u00ab Votre demande concernant la garantie sur ma terre a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e. Je n\u2019ai pas sign\u00e9 l\u2019emprunt de mon ancien mari, et je ne souhaite pas revenir sur ce point. \u00bb B\u00e9raud fron\u00e7a les sourcils. \u00ab Alors pourquoi \u00eates-vous ici ? \u00bb Marianne soutint son regard. \u00ab Parce que je veux proposer un r\u00e8glement volontaire, limit\u00e9 aux d\u00e9penses dont j\u2019ai retrouv\u00e9 la preuve. Mais je n\u2019accepterai aucune formulation qui ferait de moi la d\u00e9bitrice de l\u2019emprunt initial. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence s\u2019installa. Beno\u00eet observait la sc\u00e8ne sans intervenir. Il avait entendu Marianne r\u00e9p\u00e9ter cette distinction la veille, mais la voir l\u2019exprimer devant B\u00e9raud lui fit mesurer \u00e0 quel point elle avait pr\u00e9par\u00e9 sa d\u00e9cision. Elle ne cherchait pas \u00e0 se faire pardonner une faute imaginaire. Elle voulait agir conform\u00e9ment \u00e0 ses propres principes, tout en pr\u00e9servant les protections obtenues. B\u00e9raud reprit les factures et demanda comment elle envisageait le paiement. Marianne lui pr\u00e9senta un \u00e9ch\u00e9ancier fond\u00e9 sur les recettes r\u00e9guli\u00e8res de sa production. Elle proposait des mensualit\u00e9s de trois cents francs pendant trente mois, sans int\u00e9r\u00eat ni frais suppl\u00e9mentaires, sous r\u00e9serve d\u2019un accord \u00e9crit v\u00e9rifi\u00e9 par son avocat.<\/p>\n<p>\u00ab Trente mois, c\u2019est long \u00bb, observa B\u00e9raud. Marianne ne baissa pas les yeux. \u00ab C\u2019est la dur\u00e9e qui me permet de respecter cet engagement sans mettre mon exploitation en difficult\u00e9. Je ne vous promets pas davantage. \u00bb Il posa les mains sur son bureau, manifestement peu habitu\u00e9 \u00e0 cette fa\u00e7on de n\u00e9gocier. \u00ab Vous pourriez vendre une partie de votre mat\u00e9riel et payer plus rapidement. \u00bb Marianne r\u00e9pondit sans h\u00e9siter. \u00ab Si je vends mon mat\u00e9riel, je r\u00e9duis ma production. Et si je r\u00e9duis ma production, je risque de ne plus pouvoir vous verser les mensualit\u00e9s. \u00bb Elle laissa le temps \u00e0 cette \u00e9vidence de s&#39;imposer. \u00ab Je suis venue avec une proposition r\u00e9aliste, pas avec une promesse destin\u00e9e \u00e0 vous satisfaire aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n<p>B\u00e9raud regarda Beno\u00eet. \u00ab Et monsieur Chassagne se porte garant ? \u00bb Avant que celui-ci puisse r\u00e9pondre, Marianne intervint. \u00ab Non. Monsieur Chassagne m\u2019accompagne \u00e0 ma demande, mais cet arrangement ne le concerne pas financi\u00e8rement. \u00bb Beno\u00eet acquies\u00e7a. B\u00e9raud sembla vouloir discuter encore, puis examina de nouveau le tableau. Il demanda plusieurs pr\u00e9cisions sur les dates des achats. Marianne lui montra les r\u00e9f\u00e9rences correspondantes. Apr\u00e8s presque une heure d\u2019entretien, il accepta le principe d\u2019un r\u00e8glement limit\u00e9 \u00e0 neuf mille francs, sous r\u00e9serve d\u2019une r\u00e9daction s\u00e9parant clairement cet engagement volontaire de la dette ancienne de son ex-mari.<\/p>\n<p>Marianne ne signa rien ce jour-l\u00e0. Elle demanda que le projet d\u2019accord soit transmis \u00e0 son avocat pour v\u00e9rification. B\u00e9raud parut contrari\u00e9, mais elle demeura inflexible. \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re perdre quelques jours que signer un document que je ne comprends pas enti\u00e8rement. \u00bb Lorsqu\u2019ils sortirent du bureau, elle sentit ses jambes l\u00e9g\u00e8rement trembler. Elle avait soutenu une conversation difficile, r\u00e9sist\u00e9 aux tentatives de n\u00e9gociation et obtenu que sa proposition soit prise au s\u00e9rieux. Pourtant, elle n\u2019\u00e9prouvait aucun triomphe. Elle \u00e9tait surtout fatigu\u00e9e. Beno\u00eet lui ouvrit la porti\u00e8re de la voiture sans commenter imm\u00e9diatement l\u2019entretien.<\/p>\n<p>Ils roul\u00e8rent plusieurs kilom\u00e8tres avant que Beno\u00eet rompe le silence. \u00ab Vous aviez raison de demander un examen juridique avant toute signature. \u00bb Marianne tourna la t\u00eate vers lui. \u00ab Vous pensez toujours que je ne devrais pas payer ? \u00bb Il r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes. \u00ab Je pense que vous avez d\u00e9j\u00e0 support\u00e9 beaucoup de cons\u00e9quences qui ne relevaient pas de vos choix. J\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 vous voir conserver ces neuf mille francs pour votre ferme. \u00bb Elle contempla les prairies qui d\u00e9filaient derri\u00e8re la vitre. \u00ab Moi aussi, parfois. \u00bb Beno\u00eet sourit l\u00e9g\u00e8rement. \u00ab Cela ne change rien au fait que je respecte votre d\u00e9cision. \u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse la toucha davantage qu\u2019elle ne l\u2019aurait imagin\u00e9. Pendant son mariage, les d\u00e9saccords avaient souvent pris la forme d\u2019une lutte o\u00f9 chacun tentait de convaincre l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Avec Beno\u00eet, elle d\u00e9couvrait qu\u2019un homme pouvait exprimer une opinion contraire \u00e0 la sienne sans chercher \u00e0 obtenir sa soumission. Elle posa le dossier sur ses genoux. \u00ab Je ne fais pas cela pour prouver que je suis meilleure que quelqu\u2019un. Je veux simplement pouvoir regarder ces b\u00e2timents sans avoir le sentiment d\u2019avoir profit\u00e9 d\u2019une d\u00e9pense que je connais maintenant. \u00bb Beno\u00eet garda les yeux sur la route. \u00ab Alors je comprends mieux. \u00bb<\/p>\n<p>Lorsque Marianne rentra, Oscar courut \u00e0 sa rencontre. Il avait pass\u00e9 la matin\u00e9e chez leur voisine et tenait dans sa main un petit morceau de bois qu\u2019il avait commenc\u00e9 \u00e0 sculpter avec une surveillance attentive. \u00ab Est-ce que tout s\u2019est bien pass\u00e9 ? \u00bb demanda-t-il. Marianne s\u2019accroupit devant lui. \u00ab Oui. Nous avons discut\u00e9, et les choses avancent. \u00bb Le gar\u00e7on regarda le dossier. \u00ab Tu as encore beaucoup de papiers ? \u00bb Elle rit doucement. \u00ab Quelques-uns. Mais je crois que nous approchons de la fin. \u00bb Oscar sembla satisfait. Il lui montra son morceau de bois, qui devait devenir une vache miniature, m\u00eame si la forme rappelait encore davantage une pomme de terre munie de quatre jambes.<\/p>\n<p>Dans les jours qui suivirent, l\u2019avocat examina le projet d\u2019accord. Il demanda plusieurs modifications afin d\u2019\u00e9carter toute ambigu\u00eft\u00e9 sur la nature volontaire du r\u00e8glement et sur l\u2019absence de garantie fonci\u00e8re. B\u00e9raud accepta finalement les nouvelles formulations. Marianne signa alors l\u2019engagement limit\u00e9 aux neuf mille francs correspondant aux d\u00e9penses identifi\u00e9es. Elle rangea son exemplaire avec les documents de propri\u00e9t\u00e9, inscrivit la premi\u00e8re mensualit\u00e9 dans son budget et poursuivit son travail. L\u2019affaire qui avait menac\u00e9 ses terres ne disparaissait pas compl\u00e8tement de ses comptes, mais elle avait d\u00e9sormais une forme pr\u00e9cise, une dur\u00e9e d\u00e9finie et des limites qu\u2019elle comprenait.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9ch\u00e9ance fut r\u00e9gl\u00e9e avec les recettes du mois suivant. Marianne pr\u00e9para le paiement apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 ses d\u00e9penses courantes. Elle constata avec satisfaction qu\u2019elle pouvait encore mettre quelques francs de c\u00f4t\u00e9. Ses deux vaches produisaient r\u00e9guli\u00e8rement, et les commandes de beurre et de fromage se maintenaient. Les nouveaux clients recommand\u00e9s par Ren\u00e9 avaient commenc\u00e9 \u00e0 acheter directement certains produits. Marianne ne cherchait plus \u00e0 accepter toutes les demandes. Elle avait \u00e9tabli des jours de fabrication et de livraison, ce qui lui permettait d\u2019organiser son travail sans courir constamment d\u2019une t\u00e2che \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Beno\u00eet continuait de venir \u00e0 la ferme, parfois pour les commandes, parfois simplement pour partager un caf\u00e9. Leurs conversations prenaient peu \u00e0 peu une tournure diff\u00e9rente. Ils parlaient de leurs journ\u00e9es, de leurs souvenirs, de leurs projets et de leurs inqui\u00e9tudes. Marianne d\u00e9couvrit qu\u2019il aimait les vieux livres d\u2019histoire et qu\u2019il avait conserv\u00e9 les cahiers de son p\u00e8re, remplis d\u2019observations sur les saisons. Beno\u00eet apprit qu\u2019elle avait r\u00eav\u00e9, jeune fille, d\u2019ouvrir un petit atelier o\u00f9 les habitants du village pourraient acheter directement les produits de la ferme. Ce projet lui paraissait autrefois inaccessible. Elle commen\u00e7ait d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019envisager sans \u00e9prouver imm\u00e9diatement le besoin de le repousser.<\/p>\n<p>Un dimanche apr\u00e8s-midi, Beno\u00eet les invita, Oscar et elle, \u00e0 visiter son exploitation sans aucune obligation professionnelle. Le gar\u00e7on accepta avant m\u00eame que sa m\u00e8re ait termin\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir. Ils arriv\u00e8rent apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, alors que la cour \u00e9tait presque silencieuse. Beno\u00eet leur montra les b\u00e2timents, les prairies et le grand potager entretenu par un employ\u00e9 passionn\u00e9 de jardinage. Oscar posa des questions sur chaque machine. Il voulut comprendre pourquoi certains animaux \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s des autres et comment on organisait le travail pendant l\u2019hiver. Beno\u00eet lui r\u00e9pondit avec patience, sans simplifier excessivement ses explications.<\/p>\n<p>La visite se termina devant la grande maison. Marianne l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7ue de loin, mais n\u2019y \u00e9tait jamais entr\u00e9e. Les murs de pierre \u00e9taient solides, les volets bien entretenus, et une glycine ancienne courait le long de la fa\u00e7ade. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, les pi\u00e8ces semblaient propres, mais peu habit\u00e9es. Le salon contenait de beaux meubles qui paraissaient rarement utilis\u00e9s. Une horloge battait r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e8s de la chemin\u00e9e. Oscar s\u2019arr\u00eata devant une biblioth\u00e8que et demanda la permission de regarder les livres. Beno\u00eet l\u2019y autorisa, puis proposa \u00e0 Marianne de lui montrer le jardin derri\u00e8re la maison.<\/p>\n<p>Ils travers\u00e8rent une terrasse o\u00f9 quelques pots de fleurs avaient \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s sans grand soin. Au-del\u00e0, une pelouse descendait vers un verger. Marianne remarqua qu\u2019un banc de bois avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 sous un vieux tilleul. \u00ab C\u2019est un bel endroit \u00bb, dit-elle. Beno\u00eet regarda les arbres. \u00ab Je viens rarement ici. Il y a toujours autre chose \u00e0 faire. \u00bb Elle passa la main sur le dossier du banc. \u00ab Vous avez une maison magnifique, mais vous semblez presque vous excuser de l\u2019habiter. \u00bb Il resta silencieux, puis r\u00e9pondit avec simplicit\u00e9 : \u00ab Je crois qu\u2019une maison para\u00eet plus grande lorsqu\u2019on n\u2019a personne avec qui la partager. \u00bb<\/p>\n<p>Marianne ne trouva pas imm\u00e9diatement de r\u00e9ponse. Le vent remuait l\u00e9g\u00e8rement les feuilles au-dessus d\u2019eux. Elle pensa \u00e0 sa propre cuisine, petite et souvent encombr\u00e9e, mais remplie des voix d\u2019Oscar, du bruit des ustensiles et des odeurs de ses pr\u00e9parations. Chez Beno\u00eet, tout semblait pr\u00eat \u00e0 accueillir une vie qui n\u2019avait jamais commenc\u00e9. Elle sentit une tendresse inattendue pour cet homme qui avait construit tant de choses sans prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019il souhaitait r\u00e9ellement. Il se tourna vers elle. \u00ab Je ne vous dis pas cela pour vous mettre mal \u00e0 l\u2019aise. \u00bb Marianne r\u00e9pondit doucement : \u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Oscar les rejoignit quelques minutes plus tard, portant un livre consacr\u00e9 aux oiseaux. Il demanda s\u2019il pourrait l\u2019emprunter. Beno\u00eet accepta imm\u00e9diatement. Puis l\u2019enfant observa le jardin et d\u00e9clara qu\u2019il faudrait construire une balan\u00e7oire sous le tilleul. \u00ab Pourquoi ? \u00bb demanda Marianne, amus\u00e9e. Oscar haussa les \u00e9paules. \u00ab Parce qu\u2019il y a beaucoup de place, et personne ne s\u2019en sert. \u00bb Beno\u00eet regarda l\u2019arbre avec une attention nouvelle. \u00ab Ce n\u2019est pas une mauvaise id\u00e9e. \u00bb Marianne remarqua l\u2019expression qui traversa son visage. Pour lui, une balan\u00e7oire n\u2019\u00e9tait probablement pas seulement un objet de bois et de corde. Elle repr\u00e9sentait une possibilit\u00e9 \u00e0 laquelle il ne s\u2019\u00e9tait jamais autoris\u00e9 \u00e0 penser.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, Beno\u00eet revint \u00e0 la ferme avec des planches qu\u2019il avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es dans un ancien b\u00e2timent. Il expliqua qu\u2019il comptait fabriquer la balan\u00e7oire et souhaitait conna\u00eetre l\u2019avis d\u2019Oscar sur la hauteur du si\u00e8ge. Le gar\u00e7on prit cette responsabilit\u00e9 tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Il sortit une r\u00e8gle, demanda un morceau de papier et dessina plusieurs mod\u00e8les. Marianne observa les deux complices pench\u00e9s sur la table. L\u2019un poss\u00e9dait les outils et l\u2019exp\u00e9rience ; l\u2019autre apportait une imagination sans limites. Ils discutaient avec un s\u00e9rieux comique de l\u2019emplacement des cordes et de la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9voir une assise assez large.<\/p>\n<p>Marianne \u00e9prouva une joie r\u00e9elle en les regardant. Pourtant, cette joie s\u2019accompagnait d\u2019une inqui\u00e9tude persistante. Oscar s\u2019attachait \u00e0 Beno\u00eet davantage chaque semaine. Il ne cherchait plus \u00e0 dissimuler son impatience lorsque l\u2019homme annon\u00e7ait une visite. Il lui r\u00e9servait ses dessins, ses d\u00e9couvertes et ses questions les plus importantes. Marianne savait que Beno\u00eet n\u2019avait jamais fait de promesse qu\u2019il ne pourrait tenir. Mais les enfants construisaient parfois leurs espoirs \u00e0 partir de gestes que les adultes consid\u00e9raient comme ordinaires. Elle devait prot\u00e9ger son fils d\u2019une nouvelle d\u00e9ception, sans pour autant lui interdire de conna\u00eetre l\u2019affection d\u2019un homme sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>Un soir, apr\u00e8s le d\u00e9part de Beno\u00eet, Oscar demanda si celui-ci \u00e9tait son amoureux. Marianne, qui rin\u00e7ait une casserole, manqua de laisser tomber l\u2019ustensile. \u00ab Pourquoi me demandes-tu cela ? \u00bb Le gar\u00e7on r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Parce que tu souris quand il arrive. Et parce qu\u2019il te regarde comme le monsieur du march\u00e9 regarde sa femme. \u00bb Marianne posa la casserole et essuya ses mains. \u00ab Beno\u00eet est quelqu\u2019un que j\u2019appr\u00e9cie beaucoup. Nous apprenons encore \u00e0 nous conna\u00eetre. \u00bb Oscar sembla consid\u00e9rer cette r\u00e9ponse. \u00ab Moi, je le connais d\u00e9j\u00e0 assez bien. \u00bb Elle s\u2019accroupit devant lui. \u00ab Toi, tu le connais d\u2019une autre mani\u00e8re. Les adultes ont parfois besoin de davantage de temps. \u00bb<\/p>\n<p>Oscar hocha la t\u00eate, puis posa une question qui lui fit perdre son sourire. \u00ab Est-ce qu\u2019il pourrait partir comme papa ? \u00bb Marianne sentit une douleur famili\u00e8re lui traverser la poitrine. Elle attira son fils contre elle. \u00ab Je ne peux pas te promettre ce que quelqu\u2019un d\u2019autre fera dans l\u2019avenir. Mais je peux te dire que Beno\u00eet nous a toujours trait\u00e9s avec respect. \u00bb Oscar resta un moment contre son \u00e9paule. \u00ab Je voudrais qu\u2019il reste \u00bb, murmura-t-il. Marianne ferma les yeux. Elle aurait voulu lui r\u00e9pondre qu\u2019elle partageait ce d\u00e9sir. Mais elle savait qu\u2019une telle d\u00e9claration aurait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant une certitude qu\u2019elle ne poss\u00e9dait pas encore.<\/p>\n<p>Le lendemain, Beno\u00eet remarqua que Marianne semblait pr\u00e9occup\u00e9e. Ils \u00e9taient assis pr\u00e8s de la cuisine apr\u00e8s une livraison. Elle h\u00e9sita longtemps avant de lui parler de la question d\u2019Oscar. Beno\u00eet l\u2019\u00e9couta sans sourire. \u00ab Il m\u2019a demand\u00e9 si je pourrais partir \u00bb, expliqua-t-elle. \u00ab Je ne veux pas qu\u2019il souffre \u00e0 nouveau parce qu\u2019il s\u2019est attach\u00e9 trop vite. \u00bb Beno\u00eet regarda vers la cour, o\u00f9 le gar\u00e7on aidait \u00e0 remplir un abreuvoir. \u00ab Je comprends. \u00bb Il prit quelques instants avant d\u2019ajouter : \u00ab Je ne peux pas effacer ce que son p\u00e8re lui a fait vivre. Mais je peux \u00eatre attentif \u00e0 la place que je prends dans sa vie. \u00bb<\/p>\n<p>Marianne sentit ses \u00e9paules se rel\u00e2cher. \u00ab Et quelle place souhaitez-vous prendre ? \u00bb demanda-t-elle. Beno\u00eet se tourna vers elle. Son visage avait perdu l\u2019expression tranquille qu\u2019il adoptait habituellement pendant leurs conversations. \u00ab Je ne veux pas \u00eatre seulement l\u2019homme qui vient chercher du fromage \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Mais je ne veux pas non plus entrer dans votre vie plus vite que vous ne le souhaitez. \u00bb Marianne baissa les yeux vers ses mains. Elle savait d\u00e9sormais qu\u2019il ne parlait pas simplement d\u2019amiti\u00e9. Elle leva lentement la t\u00eate. \u00ab Alors nous devons avancer avec prudence. Pour Oscar. Et pour nous. \u00bb Beno\u00eet acquies\u00e7a. Il lui tendit la main, et cette fois, elle la prit sans h\u00e9siter.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8103\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Une promesse n\u00e9e dans la cour de la ferme obligea Marianne \u00e0 affronter les blessures que son ancien mariage avait laiss\u00e9es<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le lendemain matin, Marianne resta plusieurs secondes devant la porte du bureau de Maurice B\u00e9raud, le dossier serr\u00e9 contre sa poitrine. Derri\u00e8re la vitre d\u00e9polie, elle distinguait des silhouettes et &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8097,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8102","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8102"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8118,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8102\/revisions\/8118"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8097"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}