{"id":8101,"date":"2026-10-21T10:16:25","date_gmt":"2026-10-21T10:16:25","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8101"},"modified":"2026-10-21T10:16:25","modified_gmt":"2026-10-21T10:16:25","slug":"partie-4-une-vieille-dette-ressurgit-derriere-les-papiers-du-divorce-menacant-la-terre-que-marianne-avait-jure-de-preserver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8101","title":{"rendered":"PARTIE 4 \u2013 Une vieille dette ressurgit derri\u00e8re les papiers du divorce, mena\u00e7ant la terre que Marianne avait jur\u00e9 de pr\u00e9server"},"content":{"rendered":"<p>La lettre de Maurice B\u00e9raud resta ouverte sur la table pendant pr\u00e8s d\u2019une heure. Marianne l\u2019avait d\u2019abord lue debout, entre la cuisine et la pi\u00e8ce o\u00f9 elle pr\u00e9parait ses fromages. Puis elle s\u2019\u00e9tait assise pour reprendre chaque phrase avec attention. Trente-quatre mille francs. Une somme qui d\u00e9passait largement les \u00e9conomies qu\u2019elle avait r\u00e9ussi \u00e0 reconstituer. Le courrier \u00e9voquait un ancien pr\u00eat accord\u00e9 \u00e0 son ex-mari et pr\u00e9sentait une parcelle de sa propri\u00e9t\u00e9 comme garantie. Marianne connaissait cette terre depuis l\u2019enfance. Son p\u00e8re y avait plant\u00e9 des arbres, r\u00e9par\u00e9 des cl\u00f4tures et construit une partie des installations agricoles. Elle ne comprenait pas comment un cr\u00e9ancier pouvait aujourd\u2019hui pr\u00e9tendre disposer de droits sur un bien qui lui appartenait.<\/p>\n<p>Elle examina la copie jointe. Le document portait plusieurs dates, des r\u00e9f\u00e9rences financi\u00e8res et une signature qu\u2019elle reconnut imm\u00e9diatement comme celle de son ancien mari. Son propre nom apparaissait dans le texte, mais elle ne trouvait aucune trace d\u2019un consentement qu\u2019elle aurait donn\u00e9. Elle fouilla dans sa m\u00e9moire. Pendant leurs derni\u00e8res ann\u00e9es de mariage, son mari avait parl\u00e9 de difficult\u00e9s passag\u00e8res, d\u2019achats n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019entretien de la ferme et de sommes qu\u2019il comptait rembourser rapidement. Elle avait accept\u00e9 certaines d\u00e9penses, en avait contest\u00e9 d\u2019autres. Jamais, cependant, elle n\u2019avait autoris\u00e9 l\u2019utilisation de cette parcelle comme garantie d\u2019un emprunt.<\/p>\n<p>Une col\u00e8re ancienne remonta en elle. Marianne revit les disputes survenues avant le d\u00e9part de son mari, les conversations interrompues d\u00e8s qu\u2019elle demandait des pr\u00e9cisions et cette mani\u00e8re qu\u2019il avait parfois de lui reprocher de ne pas lui faire confiance. Elle se souvenait d\u2019avoir sign\u00e9 des papiers li\u00e9s \u00e0 la banque lors du r\u00e8glement de leur situation, puis d\u2019avoir pass\u00e9 plusieurs semaines \u00e0 comprendre quelles obligations elle reprenait. Le divorce avait \u00e9t\u00e9 \u00e9prouvant. Elle avait pourtant cru, une fois la proc\u00e9dure termin\u00e9e, que les difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e9taient enfin identifi\u00e9es. \u00c0 pr\u00e9sent, un document surgissait du pass\u00e9 pour remettre en question la s\u00e9curit\u00e9 de la ferme.<\/p>\n<p>Oscar entra dans la cuisine avec un panier de pommes ramass\u00e9es sous les arbres. Il trouva sa m\u00e8re immobile devant les papiers. \u00ab Tu as re\u00e7u une mauvaise nouvelle ? \u00bb demanda-t-il. Marianne replia aussit\u00f4t la lettre, mais son geste \u00e9tait trop rapide pour para\u00eetre naturel. \u00ab Une affaire que je dois v\u00e9rifier \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Le gar\u00e7on posa son panier sur le buffet. \u00ab Est-ce que cela concerne Capucine ? \u00bb La question lui serra la gorge. Elle secoua la t\u00eate. \u00ab Non, mon ch\u00e9ri. Capucine va bien. \u00bb Il l\u2019observa encore un instant, puis proposa de laver les pommes. Marianne accepta avec reconnaissance. Elle ne voulait pas que son fils passe une nouvelle fois des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 craindre la disparition de leur ferme.<\/p>\n<p>Elle rangea la lettre sous son cahier de comptes. Pendant les heures qui suivirent, elle travailla avec une concentration forc\u00e9e, pesant le beurre, nettoyant ses ustensiles et pr\u00e9parant les commandes du lendemain. \u00c0 plusieurs reprises, elle songea \u00e0 appeler Beno\u00eet. Il connaissait les affaires agricoles et disposait certainement de relations capables de lui conseiller un avocat. Pourtant, quelque chose l\u2019en emp\u00eachait. Elle venait tout juste de d\u00e9montrer qu\u2019elle pouvait d\u00e9velopper son activit\u00e9 en restant ind\u00e9pendante. Lui pr\u00e9senter cette nouvelle menace lui donnait l\u2019impression de revenir \u00e0 la femme inqui\u00e8te qu\u2019il avait rencontr\u00e9e devant une remorque vide. Elle se reprocha cette pens\u00e9e, sans parvenir \u00e0 la chasser.<\/p>\n<p>Les jours suivants, Marianne relut tous les documents conserv\u00e9s depuis le divorce. Elle descendit dans une petite remise o\u00f9 son p\u00e8re avait autrefois rang\u00e9 les actes de propri\u00e9t\u00e9 et les dossiers importants. Les cartons sentaient la poussi\u00e8re et le papier ancien. Elle les transporta jusqu\u2019\u00e0 la table de la cuisine et passa plusieurs soir\u00e9es \u00e0 classer les pi\u00e8ces par ann\u00e9e. Oscar dessinait pr\u00e8s d\u2019elle ou lisait silencieusement. De temps \u00e0 autre, il lui demandait pourquoi elle gardait autant de papiers. Marianne r\u00e9pondait que certains documents servaient \u00e0 prouver ce qui appartenait aux gens, ce qu\u2019ils avaient pay\u00e9 et les engagements qu\u2019ils avaient pris. Elle comprenait elle-m\u00eame, mieux que jamais, l\u2019importance de cette pr\u00e9caution.<\/p>\n<p>Elle retrouva l\u2019acte attestant qu\u2019elle avait h\u00e9rit\u00e9 de la ferme de son p\u00e8re. Elle remit aussi la main sur les documents relatifs au pr\u00eat contract\u00e9 apr\u00e8s son divorce. Aucune des pi\u00e8ces qu\u2019elle poss\u00e9dait ne mentionnait la garantie invoqu\u00e9e par Maurice B\u00e9raud. Ce constat la rassura l\u00e9g\u00e8rement, mais elle ne savait pas si son absence de signature suffisait \u00e0 rendre la demande sans effet. Elle n\u2019avait ni les connaissances juridiques ni les moyens de s\u2019engager dans une bataille co\u00fbteuse. Le montant r\u00e9clam\u00e9 tournait dans sa t\u00eate d\u00e8s qu\u2019elle cessait de travailler. Trente-quatre mille francs. Elle pouvait presque imaginer la surface de terre qu\u2019il faudrait sacrifier pour r\u00e9unir une telle somme.<\/p>\n<p>Pendant deux semaines, Beno\u00eet remarqua que Marianne n\u2019\u00e9tait plus tout \u00e0 fait la m\u00eame. Elle ex\u00e9cutait les livraisons avec soin, v\u00e9rifiait les quantit\u00e9s comme \u00e0 son habitude et r\u00e9pondait poliment aux plaisanteries de Ren\u00e9. Pourtant, ses sourires semblaient s\u2019arr\u00eater avant d\u2019atteindre ses yeux. Lorsqu\u2019il venait prendre le caf\u00e9, elle oubliait parfois de boire le sien. Un jeudi, il l\u2019observa pendant qu\u2019elle relisait trois fois une ligne de son registre. \u00ab Il y a une erreur dans les comptes ? \u00bb demanda-t-il. Marianne referma le cahier. \u00ab Non. Je pensais \u00e0 autre chose. \u00bb Il n\u2019insista pas, mais elle vit qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas convaincu.<\/p>\n<p>Cette retenue finit par peser davantage sur Marianne que des questions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Elle savait que Beno\u00eet avait remarqu\u00e9 son inqui\u00e9tude et qu\u2019il respectait son silence. Elle se demanda ce qu\u2019elle cherchait exactement \u00e0 pr\u00e9server en refusant de lui parler. Son autonomie ne d\u00e9pendait pas de sa capacit\u00e9 \u00e0 affronter chaque difficult\u00e9 sans aide. Elle l\u2019avait elle-m\u00eame expliqu\u00e9 \u00e0 Oscar le jour o\u00f9 ils avaient sign\u00e9 leur premier contrat. Pourtant, la th\u00e9orie \u00e9tait plus facile \u00e0 d\u00e9fendre que la pratique. Son mariage l\u2019avait habitu\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer toute d\u00e9pendance comme un danger potentiel. Avec Beno\u00eet, elle d\u00e9couvrait qu\u2019il existait peut-\u00eatre une autre mani\u00e8re de partager un probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Un jeudi apr\u00e8s-midi, il trouva Marianne dans la cuisine, les mains pos\u00e9es sur la table. Le caf\u00e9 refroidissait devant elle. Oscar jouait dehors avec un vieux cerceau, et Capucine broutait pr\u00e8s de la barri\u00e8re. Beno\u00eet s\u2019assit sans retirer son manteau. \u00ab Je ne vais pas vous demander de me raconter quelque chose que vous ne souhaitez pas partager \u00bb, commen\u00e7a-t-il. \u00ab Mais si vous traversez une difficult\u00e9, je peux au moins vous \u00e9couter. \u00bb Marianne leva les yeux. Elle sentit une fatigue profonde lui monter \u00e0 la gorge, celle que provoquent les efforts prolong\u00e9s pour para\u00eetre tranquille. Apr\u00e8s quelques secondes, elle ouvrit le tiroir du buffet et en sortit l\u2019enveloppe.<\/p>\n<p>Beno\u00eet parcourut le courrier attentivement. Il ne formula aucun commentaire sur le montant avant d\u2019avoir termin\u00e9 la lecture. Puis il examina la copie du document relatif \u00e0 la parcelle. \u00ab Est-ce vous qui avez sign\u00e9 ? \u00bb demanda-t-il. Marianne r\u00e9pondit imm\u00e9diatement que non. \u00ab Cette terre m\u2019a \u00e9t\u00e9 transmise par mon p\u00e8re. Je n\u2019ai jamais accept\u00e9 qu\u2019elle serve de garantie \u00e0 une dette de mon ancien mari. \u00bb Beno\u00eet relut les mentions figurant au bas de la page. Il semblait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question sans tirer de conclusion h\u00e2tive. Marianne attendait presque qu\u2019il lui propose de r\u00e9gler la somme, ce qui l\u2019aurait oblig\u00e9e \u00e0 refuser.<\/p>\n<p>Mais Beno\u00eet replia simplement les feuilles. \u00ab Il faut qu\u2019un juriste examine les actes et les conditions dans lesquelles cet emprunt a \u00e9t\u00e9 contract\u00e9. \u00bb Marianne soupira. \u00ab Je ne peux pas me permettre de d\u00e9penser une fortune en honoraires. \u00bb Il acquies\u00e7a. \u00ab Alors nous commencerons par demander combien co\u00fbtera une consultation. Vous d\u00e9ciderez ensuite. \u00bb Elle observa ses mains pos\u00e9es sur la table. Il ne lui promettait pas qu\u2019il r\u00e9soudrait l\u2019affaire. Il ne pr\u00e9tendait pas non plus conna\u00eetre d\u2019avance le r\u00e9sultat. Cette prudence lui inspira plus de confiance qu\u2019une assurance excessive. Ils convinrent de consulter un avocat habitu\u00e9 aux affaires de propri\u00e9t\u00e9 et aux litiges financiers.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle prit rendez-vous, Marianne demanda d\u2019abord le tarif de la consultation et les documents n\u00e9cessaires. Elle pr\u00e9para un dossier comprenant l\u2019acte de succession, les papiers du divorce, ses contrats bancaires et la lettre de Maurice B\u00e9raud. Beno\u00eet proposa de l\u2019accompagner, mais pr\u00e9cisa qu\u2019elle pouvait parfaitement s\u2019y rendre seule. Elle accepta sa pr\u00e9sence apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi. Il connaissait mieux qu\u2019elle certaines pratiques li\u00e9es aux exploitations agricoles et pourrait l\u2019aider \u00e0 comprendre les questions techniques. Avant de partir, elle confia Oscar \u00e0 une voisine. Le gar\u00e7on voulut savoir si elle rentrerait pour la traite du soir. Elle lui promit d\u2019\u00eatre revenue bien avant.<\/p>\n<p>Le cabinet de l\u2019avocat se trouvait dans une petite ville. Marianne avait soigneusement pr\u00e9par\u00e9 ce qu\u2019elle souhaitait dire afin de ne pas se laisser impressionner par le d\u00e9cor. L\u2019homme les re\u00e7ut derri\u00e8re un bureau couvert de dossiers. Il \u00e9couta le r\u00e9cit des faits, demanda plusieurs pr\u00e9cisions concernant le divorce et examina les actes de propri\u00e9t\u00e9. Marianne remarqua qu\u2019il s\u2019int\u00e9ressait particuli\u00e8rement \u00e0 la date du document produit par B\u00e9raud et \u00e0 l\u2019absence de certaines formalit\u00e9s. Il lui expliqua que la validit\u00e9 d\u2019une garantie ne d\u00e9pendait pas uniquement de ce qu\u2019un cr\u00e9ancier affirmait dans une lettre. Il fallait v\u00e9rifier les titres, les signatures et les conditions juridiques de l\u2019engagement.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse ne suffisait pas encore \u00e0 dissiper son inqui\u00e9tude. Marianne demanda si elle pouvait perdre une partie de sa terre avant que l\u2019affaire soit \u00e9claircie. L\u2019avocat lui expliqua les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour contester la pr\u00e9tention du cr\u00e9ancier et s\u2019engagea \u00e0 examiner l\u2019ensemble des pi\u00e8ces. Il lui pr\u00e9cisa les frais pr\u00e9visibles avant de commencer. Marianne demanda un \u00e9crit. Beno\u00eet, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, demeura presque silencieux. Il n\u2019intervint que pour clarifier la description de la parcelle et certains \u00e9l\u00e9ments agricoles. Marianne comprit qu\u2019il lui laissait volontairement la place principale. Elle en fut reconnaissante sans \u00e9prouver le besoin de le lui dire imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Au cours des semaines suivantes, l\u2019avocat proc\u00e9da aux v\u00e9rifications indispensables et entra en correspondance avec Maurice B\u00e9raud. Plusieurs pi\u00e8ces furent demand\u00e9es. L\u2019origine de la dette fut examin\u00e9e, ainsi que les documents relatifs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de Marianne. Les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9unis permirent de contester s\u00e9rieusement l&#39;existence de la garantie invoqu\u00e9e contre sa parcelle. Les discussions aboutirent finalement \u00e0 un accord \u00e9crit : B\u00e9raud renon\u00e7ait \u00e0 toute pr\u00e9tention sur cette terre et r\u00e9servait ses recours contre l\u2019ancien mari, v\u00e9ritable d\u00e9biteur de l\u2019emprunt. Marianne relut plusieurs fois les termes de l\u2019accord avant de signer les documents n\u00e9cessaires \u00e0 sa formalisation.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle sortit du cabinet apr\u00e8s la derni\u00e8re r\u00e9union, l\u2019air lui sembla plus l\u00e9ger. Elle marcha jusqu\u2019\u00e0 la voiture sans parler. Beno\u00eet ne lui demanda pas imm\u00e9diatement ce qu\u2019elle ressentait. Il ouvrit la porti\u00e8re, attendit qu\u2019elle soit install\u00e9e, puis prit place au volant. Marianne tenait le dossier sur ses genoux. La parcelle appartenait toujours \u00e0 sa famille. Aucun cr\u00e9ancier ne pouvait d\u00e9sormais s\u2019appuyer sur cette pr\u00e9tendue garantie pour la lui r\u00e9clamer. Pourtant, une question continuait de la pr\u00e9occuper. Elle n\u2019en comprenait pas encore toutes les raisons. L\u2019ancien emprunt de son mari avait-il r\u00e9ellement servi uniquement \u00e0 ses affaires personnelles ?<\/p>\n<p>De retour \u00e0 la ferme, elle entreprit de remettre d\u00e9finitivement les documents en ordre. Parmi les factures conserv\u00e9es dans un carton, plusieurs attir\u00e8rent son attention. L\u2019une concernait une pompe achet\u00e9e quelques ann\u00e9es auparavant. Une autre portait sur du grillage destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9parer une cl\u00f4ture. D\u2019autres encore d\u00e9taillaient des fournitures utilis\u00e9es pour remettre une partie de la toiture en \u00e9tat. Marianne se souvenait de ces achats. Certains avaient \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s pendant une p\u00e9riode o\u00f9 son mariage se d\u00e9gradait d\u00e9j\u00e0, mais les mat\u00e9riaux \u00e9taient toujours pr\u00e9sents sur la ferme. Elle examina les dates et constata qu\u2019elles correspondaient \u00e0 une partie de la p\u00e9riode couverte par l\u2019emprunt litigieux.<\/p>\n<p>Elle ouvrit son cahier et commen\u00e7a \u00e0 additionner les montants. Une premi\u00e8re fois, elle se trompa et dut recommencer. Elle prit ensuite une feuille s\u00e9par\u00e9e pour noter chaque facture, sa date et sa destination. Le total atteignit neuf mille francs. Marianne demeura longtemps devant ce chiffre. Trente-quatre mille francs avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9s au nom de son ancien mari, mais une part identifiable de l\u2019argent semblait avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 la ferme qu\u2019elle exploitait aujourd\u2019hui. Juridiquement, elle n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement tenue de r\u00e9gler cette somme. Moralement, la situation lui paraissait plus complexe qu\u2019elle ne l\u2019avait imagin\u00e9.<\/p>\n<p>Beno\u00eet arriva en fin d\u2019apr\u00e8s-midi avec les caisses de la derni\u00e8re livraison. Il trouva Marianne pench\u00e9e sur ses calculs. Elle lui montra les factures, en lui expliquant ce qu\u2019elle avait d\u00e9couvert. Il les examina avec attention. \u00ab Vous avez obtenu la confirmation que cette dette ne peut pas \u00eatre garantie par votre terre \u00bb, lui rappela-t-il. Marianne acquies\u00e7a. \u00ab Je le sais. \u00bb Il d\u00e9signa les chiffres. \u00ab Alors pourquoi cherchez-vous maintenant \u00e0 reprendre une partie du probl\u00e8me ? \u00bb Elle resta silencieuse, puis r\u00e9pondit que certains mat\u00e9riaux avaient r\u00e9ellement servi \u00e0 r\u00e9parer la ferme. Elle ne pouvait pas ignorer cette r\u00e9alit\u00e9 sous pr\u00e9texte que son ancien mari avait agi sans transparence.<\/p>\n<p>Beno\u00eet lui fit remarquer qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 support\u00e9 les cons\u00e9quences financi\u00e8res du divorce et travaill\u00e9 pendant des ann\u00e9es pour maintenir son exploitation. Il craignait qu\u2019elle ne s\u2019impose volontairement une nouvelle charge alors qu\u2019elle venait \u00e0 peine de retrouver une stabilit\u00e9. Marianne comprenait ses inqui\u00e9tudes. Elle les partageait m\u00eame en partie. Pourtant, elle ne voulait pas que ses d\u00e9cisions soient dict\u00e9es uniquement par le d\u00e9sir de se prot\u00e9ger. Elle souhaitait distinguer ce qui relevait des engagements contestables de son ancien mari de ce qui avait effectivement servi \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 dont elle tirait aujourd\u2019hui ses revenus. Cette distinction lui importait profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne parle pas de r\u00e9gler les trente-quatre mille francs \u00bb, pr\u00e9cisa-t-elle. \u00ab Je parle de ces neuf mille francs, et seulement de ceux-l\u00e0. Si je peux les rembourser progressivement sans mettre la ferme en danger, je voudrais proposer un arrangement. \u00bb Beno\u00eet la regarda longuement. \u00ab Vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9e de prendre cette d\u00e9cision aujourd\u2019hui. \u00bb Marianne hocha la t\u00eate. Elle savait qu\u2019il avait raison. Avant tout engagement, elle devrait v\u00e9rifier les comptes, consulter de nouveau son avocat et d\u00e9terminer une mensualit\u00e9 compatible avec les besoins d\u2019Oscar, de Capucine et de la nouvelle vache. Elle ne prendrait plus jamais une d\u00e9cision financi\u00e8re simplement pour apaiser sa conscience.<\/p>\n<p>Elle passa les jours suivants \u00e0 \u00e9tablir un budget d\u00e9taill\u00e9. Elle calcula les recettes garanties par ses contrats, les d\u00e9penses de nourriture, les remboursements d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus et les sommes n\u00e9cessaires pour les mois difficiles. Elle r\u00e9serva \u00e9galement une petite provision destin\u00e9e aux v\u00eatements et aux besoins scolaires d\u2019Oscar. Chaque ligne avait son importance. Les neuf mille francs ne pouvaient \u00eatre rembours\u00e9s qu\u2019\u00e0 condition que l\u2019accord ne compromette pas le travail gr\u00e2ce auquel elle avait \u00e9vit\u00e9 de perdre Capucine. Beno\u00eet regardait parfois les calculs, mais il ne tentait plus d&#39;en modifier l&#39;orientation. Leur d\u00e9saccord n\u2019avait pas d\u00e9truit la confiance qui commen\u00e7ait \u00e0 les unir.<\/p>\n<p>Un soir, Oscar trouva sa m\u00e8re occup\u00e9e \u00e0 relire les derni\u00e8res pages du dossier. Il grimpa sur la chaise voisine et posa sa t\u00eate contre son bras. \u00ab Est-ce que nous allons encore devoir vendre quelque chose ? \u00bb demanda-t-il. Marianne ferma son cahier. \u00ab Non, mon ch\u00e9ri. Nous avons trouv\u00e9 une solution pour prot\u00e9ger la ferme. Maintenant, je dois seulement d\u00e9cider de la mani\u00e8re juste de r\u00e9gler une vieille affaire. \u00bb Oscar r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Comme quand je casse quelque chose et que je dois le r\u00e9parer ? \u00bb Elle sourit. \u00ab Pas exactement. Mais il y a un peu de cette id\u00e9e. Il faut comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant de choisir ce qu\u2019on doit faire. \u00bb<\/p>\n<p>Le lendemain matin, Marianne appela le bureau de Maurice B\u00e9raud. Elle donna son nom, rappela l\u2019affaire qui venait d\u2019\u00eatre r\u00e9gl\u00e9e et demanda \u00e0 rencontrer personnellement le n\u00e9gociant pour discuter de certaines factures. La personne au t\u00e9l\u00e9phone sembla surprise. Un rendez-vous fut n\u00e9anmoins fix\u00e9. Apr\u00e8s avoir raccroch\u00e9, Marianne demeura quelques instants immobile, le combin\u00e9 encore dans la main. Elle venait de prendre une d\u00e9cision que personne ne lui imposait. Elle allait proposer de rembourser une partie limit\u00e9e d\u2019une dette dont elle avait r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9carter la menace sur sa propri\u00e9t\u00e9. Cette d\u00e9marche comportait des risques, mais elle avait pr\u00e9par\u00e9 ses arguments et connaissait pr\u00e9cis\u00e9ment ses limites.<\/p>\n<p>Beno\u00eet arriva en fin de journ\u00e9e. Marianne lui annon\u00e7a qu\u2019elle avait obtenu un rendez-vous avec B\u00e9raud. Il lui demanda si elle souhaitait qu\u2019il l\u2019accompagne. Elle r\u00e9pondit oui, puis ajouta imm\u00e9diatement qu\u2019elle m\u00e8nerait elle-m\u00eame la discussion. \u00ab Je n\u2019en attendais pas moins de vous \u00bb, dit-il. Elle sourit, mais ses mains tremblaient l\u00e9g\u00e8rement lorsqu\u2019elle referma son dossier. Sur la table reposaient les factures, le budget soigneusement \u00e9tabli et une proposition de remboursement qu\u2019elle n\u2019avait encore montr\u00e9e \u00e0 personne. Le lendemain, elle devrait expliquer \u00e0 un homme qui avait voulu faire valoir une garantie sur sa terre pourquoi elle revenait volontairement discuter d\u2019argent avec lui. Cette fois, cependant, elle avait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019avance ce qu\u2019elle accepterait et ce qu\u2019elle refuserait.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8102\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Face \u00e0 l\u2019homme qui avait menac\u00e9 de prendre ses terres, Marianne d\u00e9fendit une d\u00e9cision que m\u00eame Beno\u00eet avait du mal \u00e0 comprendre<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lettre de Maurice B\u00e9raud resta ouverte sur la table pendant pr\u00e8s d\u2019une heure. 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