{"id":7690,"date":"2026-10-20T07:57:13","date_gmt":"2026-10-20T07:57:13","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=7690"},"modified":"2026-10-20T07:57:13","modified_gmt":"2026-10-20T07:57:13","slug":"partie-3-dans-une-pharmacie-presque-deserte-mon-manque-dargent-a-commence-a-fissurer-les-certitudes-dun-homme-habitue-a-ne-faire-confiance-a-personne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=7690","title":{"rendered":"PARTIE 3 \u2013 Dans une pharmacie presque d\u00e9serte, mon manque d\u2019argent a commenc\u00e9 \u00e0 fissurer les certitudes d\u2019un homme habitu\u00e9 \u00e0 ne faire confiance \u00e0 personne"},"content":{"rendered":"<p>J&#39;ai remis la grande bo\u00eete de pansements sur son \u00e9tag\u00e8re avec un soin absurde, comme si la replacer parfaitement pouvait effacer mon embarras. Le prix \u00e9tait imprim\u00e9 sur une petite \u00e9tiquette blanche. Je l&#39;avais relu trois fois, esp\u00e9rant avoir mal compris. La somme ne changeait pas. J&#39;ai gard\u00e9 mon portefeuille ouvert dans la main gauche et regard\u00e9 les autres formats, cherchant celui qui permettrait de soigner Evan sans utiliser tout l&#39;argent qui me restait.<\/p>\n<p>La plus petite bo\u00eete co\u00fbtait moins cher. Elle contenait peu de pansements, mais suffisamment pour remplacer celui qu&#39;il portait et en garder quelques-uns propres. Je l&#39;ai prise, puis j&#39;ai compar\u00e9 une derni\u00e8re fois les deux emballages. Mes doigts \u00e9taient rouges \u00e0 cause du froid. Les articulations tiraient lorsque je serrais quelque chose. J&#39;aurais voulu pouvoir acheter sans h\u00e9siter un objet aussi ordinaire. Au lieu de cela, je calculais combien de jours chaque pansement devrait durer.<\/p>\n<p>Je connaissais la r\u00e9action qu&#39;aurait Evan s&#39;il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il m&#39;aurait dit de ne prendre que le n\u00e9cessaire, que son poignet allait mieux et que je devais plut\u00f4t acheter mes m\u00e9dicaments. Il avait d\u00e9velopp\u00e9 cette fa\u00e7on de pr\u00e9senter ses besoins comme secondaires. Je la reconnaissais imm\u00e9diatement, parce qu&#39;elle ressemblait beaucoup \u00e0 la mienne. Nous avions appris \u00e0 faire attention l&#39;un \u00e0 l&#39;autre jusqu&#39;\u00e0 transformer la moindre d\u00e9pense en discussion.<\/p>\n<p>J&#39;ai regard\u00e9 les produits antidouleur dispos\u00e9s un peu plus loin. La douleur dans ma jambe ne diminuait pas. Chaque nuit, elle devenait plus difficile \u00e0 ignorer, surtout lorsque je devais rester longtemps debout ou monter les escaliers avec du mat\u00e9riel. J&#39;avais envisag\u00e9 de prendre une bo\u00eete avant de quitter le manoir, puis je m&#39;\u00e9tais rappel\u00e9 les pansements d&#39;Evan. Le choix me semblait \u00e9vident tant que je n&#39;avais pas \u00e0 le faire devant les rayons.<\/p>\n<p>Une employ\u00e9e passait derri\u00e8re le comptoir. Elle rangeait des articles sans pr\u00eater une attention particuli\u00e8re \u00e0 mes h\u00e9sitations. J&#39;en \u00e9tais reconnaissante. Je d\u00e9testais avoir \u00e0 expliquer pourquoi je retirais quelque chose de mon panier. L&#39;argent manquant \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9 assez p\u00e9nible sans devoir devenir le sujet d&#39;une conversation avec une inconnue. J&#39;ai referm\u00e9 mon portefeuille, puis l&#39;ai rouvert pour v\u00e9rifier une derni\u00e8re fois la somme disponible.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre les deux bo\u00eetes repr\u00e9sentait peu de chose pour beaucoup de clients. Pour moi, elle pouvait d\u00e9cider de ce que nous mangerions le lendemain. J&#39;ai remis les m\u00e9dicaments antidouleur \u00e0 leur place, en prenant garde de ne pas faire tomber les autres emballages. La douleur resterait. Je pouvais encore marcher, travailler et rentrer chez moi. Cela suffisait pour aujourd&#39;hui. Cette conclusion ne me rendait pas courageuse ; elle me permettait simplement d&#39;avancer.<\/p>\n<p>Quand j&#39;ai rejoint la caisse, l&#39;employ\u00e9e a pass\u00e9 la petite bo\u00eete devant le lecteur. Le signal sonore m&#39;a sembl\u00e9 particuli\u00e8rement net dans la pharmacie presque vide. J&#39;ai sorti les billets n\u00e9cessaires et compt\u00e9 la monnaie. Il me restait juste assez pour ne pas me sentir compl\u00e8tement d\u00e9munie pendant les heures \u00e0 venir. J&#39;ai gliss\u00e9 les pansements dans mon sac, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des aliments r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s au manoir.<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez un sachet ? \u00bb a demand\u00e9 la caissi\u00e8re. J&#39;ai secou\u00e9 la t\u00eate. \u00ab Non, merci, j&#39;ai de la place. \u00bb Elle m&#39;a tendu le re\u00e7u avec un sourire fatigu\u00e9. Je l&#39;ai pris sans regarder le montant. Nous \u00e9tions deux femmes \u00e9veill\u00e9es trop t\u00f4t, occup\u00e9es \u00e0 accomplir des gestes ordinaires. Rien dans cet \u00e9change ne m\u00e9ritait d&#39;\u00eatre remarqu\u00e9, et c&#39;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je souhaitais.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;ext\u00e9rieur, l&#39;air froid s&#39;est engouffr\u00e9 sous ma veste. J&#39;ai remont\u00e9 mon col et commenc\u00e9 \u00e0 marcher vers l&#39;immeuble. Le trajet depuis la pharmacie n&#39;\u00e9tait pas particuli\u00e8rement long lorsqu&#39;on allait bien. Ce matin-l\u00e0, chaque portion de trottoir me paraissait interminable. Je cherchais les endroits o\u00f9 m&#39;arr\u00eater sans attirer l&#39;attention, les murs contre lesquels m&#39;appuyer quelques secondes. Je refusais pourtant de m&#39;asseoir, craignant que ma jambe ne se raidisse davantage.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, Elias Baron essayait de comprendre ce qu&#39;il venait d&#39;observer. Il avait suivi une employ\u00e9e qu&#39;il soup\u00e7onnait d&#39;avoir renseign\u00e9 ses ennemis. Il s&#39;attendait \u00e0 d\u00e9couvrir un \u00e9change discret ou une rencontre clandestine. Or je m&#39;\u00e9tais rendue dans une pharmacie pour acheter une petite bo\u00eete de pansements, apr\u00e8s avoir renonc\u00e9 \u00e0 un format plus grand. Rien ne prouvait mon innocence, mais cette sc\u00e8ne ne ressemblait pas \u00e0 ce qu&#39;il avait imagin\u00e9.<\/p>\n<p>Elias \u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter les actes des autres en fonction de ce qu&#39;ils pouvaient cacher. Dans son environnement, une erreur d&#39;appr\u00e9ciation avait souvent des cons\u00e9quences s\u00e9rieuses. Il connaissait les m\u00e9thodes de ceux qui tentaient d&#39;obtenir des renseignements, d&#39;approcher ses hommes ou de fragiliser ses op\u00e9rations. Pour cette raison, il ne consid\u00e9rait jamais une apparence inoffensive comme une garantie. Il continuait donc de me suivre, malgr\u00e9 le trouble provoqu\u00e9 par cet arr\u00eat.<\/p>\n<p>La question des trois itin\u00e9raires demeurait enti\u00e8re. Des informations confidentielles avaient atteint une bande rivale. Quelqu&#39;un les avait transmises ou laiss\u00e9es accessibles. Elias devait d\u00e9couvrir qui. Que je manque d&#39;argent ne signifiait pas que je ne pouvais pas \u00eatre impliqu\u00e9e. Mais si j&#39;\u00e9tais une employ\u00e9e corrompue, il devenait plus difficile d&#39;expliquer la pauvret\u00e9 manifeste de mes achats et ma mani\u00e8re de compter quelques billets devant un rayon de pharmacie.<\/p>\n<p>Je n&#39;avais conscience d&#39;aucune de ces r\u00e9flexions. Mes pr\u00e9occupations \u00e9taient beaucoup plus proches de moi. Mon sac glissait de mon \u00e9paule, et je devais r\u00e9guli\u00e8rement le remettre en place. La bandouli\u00e8re frottait contre mon cou. Une couture de ma veste s&#39;\u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement ouverte pr\u00e8s du poignet. J&#39;avais pr\u00e9vu de la r\u00e9parer, mais je remettais toujours cette t\u00e2che au lendemain. Il y avait des choses plus importantes \u00e0 faire, et la fatigue prenait le reste du temps.<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9e devant une vitrine \u00e9teinte pour reprendre mon souffle. Mon reflet m&#39;a surprise. Sous la lumi\u00e8re d&#39;un r\u00e9verb\u00e8re, mon visage semblait plus p\u00e2le que d&#39;habitude. Mes cheveux, attach\u00e9s avant le service, s&#39;\u00e9chappaient de leur \u00e9lastique. Je ressemblais \u00e0 ce que j&#39;\u00e9tais : une femme qui venait de travailler toute la nuit et souhaitait rentrer chez elle. J&#39;ai remis une m\u00e8che derri\u00e8re mon oreille sans chercher \u00e0 arranger davantage mon apparence.<\/p>\n<p>Mon regard s&#39;est port\u00e9 sur le sac. J&#39;ai pens\u00e9 au pain, aux deux bo\u00eetes de nourriture et \u00e0 la soupe que je transportais. Evan serait content, m\u00eame s&#39;il ferait semblant de ne pas \u00eatre surpris. Il avait cette fa\u00e7on de regarder la nourriture avant de me regarder moi, comme s&#39;il v\u00e9rifiait d&#39;abord que j&#39;en avais pr\u00e9vu suffisamment pour nous deux. Je lui dirais que j&#39;avais d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9 au travail. Il soup\u00e7onnerait probablement que ce n&#39;\u00e9tait pas vrai.<\/p>\n<p>Je n&#39;aimais pas lui mentir. Pourtant, je supportais encore moins l&#39;id\u00e9e de le voir se priver pour me laisser une portion suppl\u00e9mentaire. Nous n&#39;avions qu&#39;un vrai lit, et je lui en avais laiss\u00e9 l&#39;usage. Il avait protest\u00e9 au d\u00e9but, affirmant que nous pouvions trouver un arrangement. J&#39;avais refus\u00e9. Son \u00e9tat n\u00e9cessitait du repos, et je pouvais dormir sur un couchage de fortune apr\u00e8s mon service. Ces d\u00e9cisions n&#39;\u00e9taient pas toujours \u00e9quitables. Elles correspondaient \u00e0 ce que je pouvais faire pour lui.<\/p>\n<p>En avan\u00e7ant, j&#39;ai senti la fatigue se transformer en une sorte de vertige l\u00e9ger. Je n&#39;avais pas assez dormi les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Le rythme nocturne rendait difficiles les repas r\u00e9guliers, les d\u00e9marches administratives et les soins. Les heures suppl\u00e9mentaires am\u00e9lioraient notre budget, mais elles me laissaient moins de temps pour r\u00e9cup\u00e9rer. J&#39;aurais aim\u00e9 trouver une solution plus durable. Pour le moment, je savais seulement qu&#39;il fallait tenir jusqu&#39;au prochain salaire.<\/p>\n<p>Un souvenir de Daniel m&#39;est revenu avec une nettet\u00e9 inattendue. Il se tenait dans l&#39;embrasure d&#39;une porte, v\u00eatu de son uniforme, et me demandait pourquoi je refusais de m&#39;asseoir alors que je venais de passer la journ\u00e9e debout. Il souriait, mais son inqui\u00e9tude \u00e9tait r\u00e9elle. Je lui avais r\u00e9pondu que je me reposais tr\u00e8s bien. Il avait lev\u00e9 les yeux au ciel. \u00c0 l&#39;\u00e9poque, cette petite dispute n&#39;avait aucune importance. Trois ans apr\u00e8s sa mort, je me souvenais encore du son de sa voix.<\/p>\n<p>Daniel avait \u00e9t\u00e9 notre point d&#39;appui. M\u00eame absent pendant certaines p\u00e9riodes de service, il trouvait une mani\u00e8re de nous faire sentir qu&#39;il restait proche. Evan lui posait des questions sur son travail, et je surveillais discr\u00e8tement leurs conversations, heureuse de les entendre rire. Lorsque Daniel \u00e9tait mort, j&#39;avais eu l&#39;impression que plusieurs choses s&#39;effondraient \u00e0 la fois. Le deuil avait commenc\u00e9 avant m\u00eame que je comprenne comment payer les d\u00e9penses qui nous attendaient.<\/p>\n<p>Je ne savais pas grand-chose des circonstances qui avaient conduit \u00e0 sa mort, au-del\u00e0 de ce qui nous avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9. Il avait perdu la vie trois ans auparavant, et cette certitude occupait une place immuable dans notre histoire. J&#39;avais fini par accepter que certaines questions resteraient sans r\u00e9ponse. Je conservais ses photographies et les souvenirs que nous avions partag\u00e9s. L&#39;un des cadres se trouvait pr\u00e8s du lit d&#39;Evan, l\u00e0 o\u00f9 nous pouvions le voir chaque jour.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, cette photographie n&#39;\u00e9tait pas dans mes pens\u00e9es lorsque j&#39;ai repris ma marche. J&#39;\u00e9tais trop occup\u00e9e \u00e0 mesurer la distance jusqu&#39;\u00e0 notre rue. Pourtant, au m\u00eame moment, Elias Baron suivait une femme dont le pass\u00e9 contenait une r\u00e9ponse qu&#39;il n&#39;aurait jamais imagin\u00e9 trouver. Il connaissait les itin\u00e9raires compromis, les soup\u00e7ons port\u00e9s contre moi et les images enregistr\u00e9es dans son manoir. Il ne connaissait ni Evan, ni notre logement, ni le visage de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>J&#39;ai travers\u00e9 une derni\u00e8re rue en attendant patiemment que les voitures passent. Le froid avait engourdi mes doigts. J&#39;ai chang\u00e9 mon sac d&#39;\u00e9paule pour soulager les muscles endoloris de mon dos. La silhouette de notre immeuble se dessinait d\u00e9j\u00e0 un peu plus loin. Ses murs vieillissants et ses fen\u00eatres mal isol\u00e9es n&#39;avaient rien d&#39;accueillant pour un \u00e9tranger. Pour moi, c&#39;\u00e9tait l&#39;endroit o\u00f9 Evan m&#39;attendait. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, cette seule pens\u00e9e suffisait \u00e0 me faire poursuivre mon chemin.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que j&#39;approchais, j&#39;ai commenc\u00e9 \u00e0 compter mentalement les marches qu&#39;il me faudrait monter. Quatre \u00e9tages. Aucun ascenseur. J&#39;avais d\u00e9j\u00e0 gravi cet escalier dans des \u00e9tats de fatigue bien pires, mais ma jambe me pr\u00e9occupait. Je savais qu&#39;Evan me demanderait pourquoi je marchais lentement si je ne faisais pas attention en entrant. J&#39;ai d\u00e9cid\u00e9 de m&#39;arr\u00eater quelques instants sur le palier pour reprendre une d\u00e9marche plus r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 6 h 33, j&#39;ai atteint enfin l&#39;entr\u00e9e de notre immeuble. J&#39;ai pouss\u00e9 la porte, qui r\u00e9sistait toujours l\u00e9g\u00e8rement dans son cadre, et l&#39;odeur de pl\u00e2tre humide m&#39;a accueillie. Je croyais avoir laiss\u00e9 derri\u00e8re moi le manoir, ses couloirs silencieux et les conversations inqui\u00e9tantes de la nuit. Je ne savais pas qu&#39;Elias Baron avait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas s&#39;arr\u00eater au seuil de notre quartier. Il allait entrer dans cet immeuble et d\u00e9couvrir ce que son enqu\u00eate n&#39;avait jamais pr\u00e9vu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#39;ai remis la grande bo\u00eete de pansements sur son \u00e9tag\u00e8re avec un soin absurde, comme si la replacer parfaitement pouvait effacer mon embarras. 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