{"id":6814,"date":"2026-10-18T06:34:17","date_gmt":"2026-10-18T06:34:17","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6814"},"modified":"2026-10-18T06:34:17","modified_gmt":"2026-10-18T06:34:17","slug":"partie-5-alors-que-leurs-premieres-confitures-arrivent-sur-le-marche-nicolas-decouvre-quune-petite-ferme-ne-se-sauve-pas-avec-de-simples-calculs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6814","title":{"rendered":"PARTIE 5 \u2013 Alors que leurs premi\u00e8res confitures arrivent sur le march\u00e9, Nicolas d\u00e9couvre qu\u2019une petite ferme ne se sauve pas avec de simples calculs"},"content":{"rendered":"<p>Le samedi matin, Nicolas resta plusieurs secondes devant les caisses rang\u00e9es dans la camionnette. Chacune contenait des pots pr\u00e9par\u00e9s avec soin, \u00e9tiquet\u00e9s selon les r\u00e8gles qu&#39;ils avaient pris le temps de v\u00e9rifier. Le chargement \u00e9tait modeste, mais les \u00e9conomies de la famille Roussel l&#39;\u00e9taient aussi. Chaque d\u00e9pense consacr\u00e9e \u00e0 cette nouvelle activit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e, calcul\u00e9e, puis accept\u00e9e avec prudence. Manon v\u00e9rifia une derni\u00e8re fois que les caisses \u00e9taient correctement immobilis\u00e9es. Lorsqu&#39;elle referma les portes arri\u00e8re, Nicolas lui demanda si elle \u00e9tait nerveuse. Elle r\u00e9pondit qu&#39;elle l&#39;\u00e9tait davantage pour les produits que pour elle-m\u00eame. \u00ab Nous savons les fabriquer. Reste \u00e0 d\u00e9couvrir si les gens voudront les acheter. \u00bb<\/p>\n<p>Ils avaient consacr\u00e9 plusieurs semaines \u00e0 pr\u00e9parer cette premi\u00e8re vente. Les fruits conserv\u00e9s apr\u00e8s la temp\u00eate avaient \u00e9t\u00e9 tri\u00e9s, les recettes adapt\u00e9es aux quantit\u00e9s disponibles et les conditions de fabrication v\u00e9rifi\u00e9es. La m\u00e8re de Manon avait repris ses anciens carnets, o\u00f9 figuraient des proportions \u00e9crites \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, parfois accompagn\u00e9es de remarques presque illisibles. Nicolas avait \u00e9tabli les co\u00fbts, recherch\u00e9 les informations r\u00e9glementaires n\u00e9cessaires et compar\u00e9 plusieurs solutions d&#39;emballage. Les premi\u00e8res \u00e9tiquettes \u00e9taient simples. Elles portaient le nom de la ferme Roussel, la nature des produits et les informations obligatoires. Manon avait refus\u00e9 les d\u00e9corations trop charg\u00e9es. Elle voulait que les clients reconnaissent imm\u00e9diatement une production familiale.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 du bourg s&#39;installait sur une place entour\u00e9e de fa\u00e7ades anciennes. Des commer\u00e7ants d\u00e9pliaient leurs auvents tandis que les premiers visiteurs traversaient les all\u00e9es. Nicolas gara la camionnette pr\u00e8s de l&#39;emplacement habituel de Manon. Ils d\u00e9charg\u00e8rent les l\u00e9gumes, install\u00e8rent les nouveaux produits \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des paniers et dispos\u00e8rent quelques \u00e9chantillons destin\u00e9s \u00e0 la d\u00e9gustation. Le stand lui parut soudain bien plus petit que dans ses calculs. Il avait pass\u00e9 des heures \u00e0 examiner des marges th\u00e9oriques, mais aucune feuille de calcul ne pouvait d\u00e9terminer si une personne s&#39;arr\u00eaterait devant leurs pots plut\u00f4t que devant ceux d&#39;un autre vendeur.<\/p>\n<p>Une cliente r\u00e9guli\u00e8re remarqua les confitures avant m\u00eame que Manon ait termin\u00e9 son installation. Elle prit un pot, lut l&#39;\u00e9tiquette et demanda qui les pr\u00e9parait. Manon expliqua que sa m\u00e8re participait \u00e0 la fabrication et que les fruits provenaient de leur exploitation. La femme sourit, \u00e9voqua les pr\u00e9parations que faisait autrefois sa grand-m\u00e8re, puis demanda \u00e0 go\u00fbter. Nicolas observa attentivement son expression. Elle appr\u00e9cia la saveur, mais reposa le pot lorsqu&#39;elle d\u00e9couvrit le prix. \u00ab C&#39;est un peu plus cher que ce que j&#39;ach\u00e8te habituellement \u00bb, dit-elle sans m\u00e9chancet\u00e9. Manon lui expliqua calmement le travail n\u00e9cessaire et les ingr\u00e9dients utilis\u00e9s. La cliente h\u00e9sita, puis promit d&#39;y r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Nicolas ressentit cette h\u00e9sitation comme un premier \u00e9chec. Il avait calcul\u00e9 un prix qui permettait de couvrir les frais sans exag\u00e9ration. Pourtant, il comprenait que les clients comparaient les sommes affich\u00e9es sans conna\u00eetre n\u00e9cessairement les conditions de production. Manon lui demanda discr\u00e8tement de ne pas modifier les tarifs dans la pr\u00e9cipitation. \u00ab Nous avons fix\u00e9 ces prix pour une raison. Si nous vendons \u00e0 perte simplement pour remplir la caisse, nous n&#39;aurons rien gagn\u00e9. \u00bb Il acquies\u00e7a. Dans son ancienne entreprise, les d\u00e9cisions commerciales s&#39;appuyaient sur des volumes consid\u00e9rables. Ici, chaque pot repr\u00e9sentait une petite partie d&#39;un \u00e9quilibre fragile.<\/p>\n<p>Au fil de la matin\u00e9e, plusieurs clients s&#39;arr\u00eat\u00e8rent. Certains go\u00fbt\u00e8rent sans acheter. D&#39;autres pos\u00e8rent des questions pr\u00e9cises sur les fruits, les ingr\u00e9dients et la conservation. Un couple repartit avec deux pots. Une jeune femme demanda si les produits seraient disponibles la semaine suivante. Manon prit son nom pour pouvoir lui r\u00e9pondre lorsque les quantit\u00e9s seraient confirm\u00e9es. Nicolas apprit \u00e0 pr\u00e9senter les confitures sans r\u00e9citer un argumentaire commercial. Il d\u00e9crivait simplement l&#39;exploitation, la saison et le travail accompli. Lorsque les clients s&#39;int\u00e9ressaient davantage, Manon prenait le relais avec des d\u00e9tails qu&#39;il ne connaissait pas encore.<\/p>\n<p>Vers midi, une partie des produits avait trouv\u00e9 preneur. Ils n&#39;avaient pas \u00e9coul\u00e9 tout leur stock, mais les ventes d\u00e9passaient l\u00e9g\u00e8rement leurs pr\u00e9visions les plus prudentes. Nicolas aurait voulu annoncer imm\u00e9diatement une r\u00e9ussite. Manon lui rappela qu&#39;il fallait encore retrancher les frais li\u00e9s au march\u00e9, au transport et au temps de pr\u00e9paration. Il sortit son carnet et nota les chiffres. Leur b\u00e9n\u00e9fice restait modeste. Pourtant, pour la premi\u00e8re fois depuis la temp\u00eate, ils avaient cr\u00e9\u00e9 une source de revenus qui ne d\u00e9pendait pas exclusivement de la vente de l\u00e9gumes frais.<\/p>\n<p>Un restaurateur nomm\u00e9 Laurent Perrin s&#39;arr\u00eata devant leur stand en d\u00e9but d&#39;apr\u00e8s-midi. Il tenait un petit \u00e9tablissement situ\u00e9 \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres et cherchait des produits locaux pour compl\u00e9ter certains plats. Apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 une confiture, il demanda s&#39;ils pouvaient lui fournir r\u00e9guli\u00e8rement de petites quantit\u00e9s. Manon lui expliqua qu&#39;ils d\u00e9butaient et ne souhaitaient pas promettre davantage que ce qu&#39;ils pouvaient produire. Laurent appr\u00e9cia sa prudence. Il laissa ses coordonn\u00e9es et proposa de discuter des possibilit\u00e9s la semaine suivante. Nicolas sentit aussit\u00f4t son esprit calculer les volumes n\u00e9cessaires. Il dut se retenir de pr\u00e9senter un engagement que la ferme n&#39;\u00e9tait pas encore pr\u00eate \u00e0 tenir.<\/p>\n<p>Sur le trajet du retour, Manon conduisait tandis que Nicolas examinait les notes prises pendant la journ\u00e9e. La fatigue pesait sur leurs \u00e9paules, mais l&#39;atmosph\u00e8re \u00e9tait diff\u00e9rente de celle des semaines pr\u00e9c\u00e9dentes. Ils avaient rencontr\u00e9 des clients, entendu des critiques, observ\u00e9 des r\u00e9actions et obtenu une premi\u00e8re piste commerciale. \u00ab Tu as l&#39;air de pr\u00e9parer une r\u00e9union de direction \u00bb, remarqua Manon en le voyant entourer plusieurs chiffres. Nicolas sourit. \u00ab C&#39;est une habitude difficile \u00e0 perdre. \u00bb Elle lui r\u00e9pondit qu&#39;elle n&#39;avait aucune intention de lui demander d&#39;oublier ce qu&#39;il savait faire. Elle voulait seulement qu&#39;il se souvienne qu&#39;ils travaillaient \u00e0 une \u00e9chelle o\u00f9 chaque d\u00e9cision avait des cons\u00e9quences imm\u00e9diates.<\/p>\n<p>\u00c0 leur arriv\u00e9e, les parents de Manon attendaient des nouvelles dans la cuisine. Sa m\u00e8re s&#39;inqui\u00e9ta d&#39;abord de savoir si les confitures avaient plu. Son p\u00e8re demanda combien ils avaient r\u00e9ellement gagn\u00e9. Nicolas pr\u00e9senta les comptes sans embellir les r\u00e9sultats. Ils avaient couvert les d\u00e9penses directement li\u00e9es \u00e0 la journ\u00e9e et d\u00e9gag\u00e9 une petite marge. La famille accueillit cette nouvelle avec satisfaction, mais personne ne parla de miracle. Le p\u00e8re de Manon rappela qu&#39;une seule vente ne pouvait pas garantir la rentabilit\u00e9 d&#39;une nouvelle activit\u00e9. Il fallait observer plusieurs semaines avant d&#39;engager de nouvelles d\u00e9penses.<\/p>\n<p>Le dimanche, Nicolas consacra quelques heures \u00e0 analyser les informations recueillies. Il compara les produits les plus demand\u00e9s, les questions des clients et les quantit\u00e9s restantes. Manon relut ses conclusions et corrigea plusieurs hypoth\u00e8ses concernant la disponibilit\u00e9 des fruits. Elle connaissait les limites des r\u00e9coltes et les p\u00e9riodes pendant lesquelles la transformation risquait de concurrencer les autres travaux de la ferme. Ensemble, ils d\u00e9cid\u00e8rent de maintenir une production volontairement r\u00e9duite. Leur objectif ne serait pas de vendre davantage \u00e0 n&#39;importe quel prix, mais de v\u00e9rifier que l&#39;activit\u00e9 pouvait fonctionner sans \u00e9puiser la famille.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision fut mise \u00e0 l&#39;\u00e9preuve d\u00e8s la semaine suivante. Laurent Perrin t\u00e9l\u00e9phona pour demander s&#39;il pouvait passer \u00e0 la ferme. Il voulait conna\u00eetre les installations et discuter d&#39;une \u00e9ventuelle collaboration. Manon accepta une visite, tout en pr\u00e9cisant que l&#39;exploitation avait subi des dommages importants pendant la temp\u00eate. Le restaurateur r\u00e9pondit qu&#39;il ne cherchait pas une usine. Ce qui l&#39;int\u00e9ressait, c&#39;\u00e9tait la qualit\u00e9 des produits et la possibilit\u00e9 d&#39;entretenir une relation directe avec leurs producteurs. Nicolas accueillit ces paroles avec int\u00e9r\u00eat, mais se garda de les interpr\u00e9ter comme une commande acquise.<\/p>\n<p>Laurent arriva un mardi matin, alors que les travaux de r\u00e9paration du hangar se poursuivaient. Il portait un manteau sombre et des chaussures adapt\u00e9es \u00e0 la campagne. Contrairement aux visiteurs press\u00e9s que Nicolas avait connus dans le groupe Desforges, il prit le temps d&#39;examiner les cultures et de discuter avec les parents de Manon. Il s&#39;int\u00e9ressa aux fruits du verger, aux herbes aromatiques et aux quantit\u00e9s disponibles selon les saisons. Manon r\u00e9pondit avec pr\u00e9cision. Nicolas intervint principalement lorsque la conversation aborda les prix, les conditions de livraison et les modalit\u00e9s de r\u00e8glement.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la visite, ils s&#39;assirent \u00e0 la table de la cuisine. Laurent expliqua qu&#39;il souhaitait commencer par une commande limit\u00e9e. Il utiliserait les produits dans son restaurant, recueillerait les r\u00e9actions de ses clients et reviendrait vers eux si les r\u00e9sultats \u00e9taient satisfaisants. Manon approuva cette d\u00e9marche. Nicolas pr\u00e9para une proposition \u00e9crite simple, pr\u00e9cisant les quantit\u00e9s, les prix et les dates possibles. Le restaurateur relut le document attentivement. Avant de partir, il serra la main de chacun et d\u00e9clara qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait travailler avec des producteurs capables de tenir un engagement modeste plut\u00f4t qu&#39;avec des fournisseurs qui promettaient l&#39;impossible.<\/p>\n<p>Une fois la voiture de Laurent disparue, le p\u00e8re de Manon se tourna vers Nicolas. \u00ab Vous avez bien fait de ne pas chercher \u00e0 lui vendre toute la r\u00e9colte \u00bb, observa-t-il. Nicolas fut surpris par ce compliment discret. Depuis son arriv\u00e9e, le p\u00e8re de Manon avait rarement comment\u00e9 son travail autrement que pour lui donner des consignes. \u00ab Nous aurions pris un risque inutile \u00bb, r\u00e9pondit-il. L&#39;homme acquies\u00e7a. \u00ab C&#39;est exactement ce que je voulais entendre. \u00bb Puis il retourna vers le hangar, laissant Nicolas avec une satisfaction plus profonde que celle qu&#39;il avait autrefois ressentie apr\u00e8s certaines n\u00e9gociations importantes.<\/p>\n<p>Les semaines suivantes furent occup\u00e9es par les premi\u00e8res livraisons, le travail quotidien et les r\u00e9parations encore n\u00e9cessaires. Nicolas partageait son temps entre les t\u00e2ches agricoles et l&#39;organisation commerciale. Il prenait parfois la camionnette pour se rendre chez Laurent, rencontrait de petits commer\u00e7ants et \u00e9tudiait les co\u00fbts de transport. Manon veillait \u00e0 ce que leurs nouveaux engagements ne compromettent pas les cultures. Sa m\u00e8re pr\u00e9parait les produits transform\u00e9s avec une rigueur croissante. Son p\u00e8re poursuivait l&#39;entretien des b\u00e2timents. Peu \u00e0 peu, chacun trouva sa place dans cette organisation nouvelle.<\/p>\n<p>La ferme ne devint pas prosp\u00e8re du jour au lendemain. Certains commer\u00e7ants refus\u00e8rent leurs produits. D&#39;autres demand\u00e8rent des prix trop bas pour permettre une activit\u00e9 rentable. Plusieurs d\u00e9marches n&#39;aboutirent \u00e0 rien. Nicolas apprit \u00e0 ne plus consid\u00e9rer chaque refus comme une remise en cause personnelle. Il comprit aussi que la qualit\u00e9 d&#39;un produit ne suffisait pas toujours \u00e0 convaincre un acheteur. Il fallait \u00eatre disponible, respecter les d\u00e9lais et accepter que les clients poss\u00e8dent leurs propres contraintes. Ces difficult\u00e9s lui rappelaient son ancienne carri\u00e8re, mais les enjeux lui semblaient diff\u00e9rents. Les d\u00e9cisions avaient d\u00e9sormais un visage, une fatigue et des cons\u00e9quences imm\u00e9diatement visibles.<\/p>\n<p>Un soir, alors qu&#39;il examinait les comptes, Nicolas remarqua que les recettes des produits transform\u00e9s commen\u00e7aient \u00e0 compenser une petite partie des pertes provoqu\u00e9es par la temp\u00eate. Ce n&#39;\u00e9tait pas encore suffisant pour reconstituer leurs r\u00e9serves, mais le r\u00e9sultat confirmait que leur id\u00e9e m\u00e9ritait d&#39;\u00eatre poursuivie. Il apporta le cahier \u00e0 Manon, occup\u00e9e \u00e0 ranger des caisses dans le hangar r\u00e9par\u00e9. Elle essuya ses mains avant d&#39;examiner les chiffres. Son expression s&#39;\u00e9claira. \u00ab Nous avan\u00e7ons \u00bb, murmura-t-elle. Nicolas acquies\u00e7a. Il aurait voulu l&#39;embrasser sur-le-champ, mais elle posa d&#39;abord le cahier \u00e0 l&#39;abri de la poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>Leur bonheur demeurait cependant travers\u00e9 par une inqui\u00e9tude que Nicolas exprimait rarement. Depuis son d\u00e9part du groupe, Henri ne l&#39;avait pas appel\u00e9. Aucun message personnel, aucune question sur sa situation, aucun signe de curiosit\u00e9. Nicolas savait que son p\u00e8re pouvait obtenir des nouvelles s&#39;il le souhaitait. Ce silence lui paraissait donc volontaire. Il lui arrivait de regarder son t\u00e9l\u00e9phone en fin de journ\u00e9e, imaginant un appel dans lequel Henri demanderait simplement comment il allait. Rien ne venait. Manon percevait cette attente sans chercher \u00e0 la commenter \u00e0 chaque occasion.<\/p>\n<p>Elle lui demanda un soir s&#39;il souhaitait prendre lui-m\u00eame contact avec son p\u00e8re. Nicolas resta longtemps silencieux. Il ne voulait pas que leur s\u00e9paration dure ind\u00e9finiment, mais craignait qu&#39;une conversation ne ram\u00e8ne imm\u00e9diatement l&#39;ancienne exigence. \u00ab Je pourrais lui \u00e9crire \u00bb, finit-il par dire. Manon lui r\u00e9pondit qu&#39;il n&#39;avait pas besoin de lui demander son autorisation pour tenter de renouer un lien familial. \u00ab Je ne veux pas \u00eatre une fronti\u00e8re entre vous \u00bb, ajouta-t-elle. Nicolas lui prit la main. \u00ab Tu n&#39;en es pas une. \u00bb Pourtant, en pronon\u00e7ant ces mots, il sentit qu&#39;il n&#39;avait pas encore trouv\u00e9 comment s\u00e9parer son amour pour Manon de la rupture impos\u00e9e par Henri.<\/p>\n<p>Le lendemain, il r\u00e9digea un message \u00e0 son p\u00e8re. Il expliqua bri\u00e8vement qu&#39;il s&#39;installait dans sa nouvelle vie, qu&#39;il travaillait \u00e0 la ferme et qu&#39;il esp\u00e9rait pouvoir discuter un jour sans poser de conditions \u00e0 leur relation. Il \u00e9vita les reproches et les justifications interminables. Apr\u00e8s plusieurs h\u00e9sitations, il envoya le texte. Les heures pass\u00e8rent sans r\u00e9ponse. Le soir venu, Nicolas posa son t\u00e9l\u00e9phone face contre la table. Il ne regrettait pas son geste, mais l&#39;absence de r\u00e9action le blessa davantage qu&#39;il ne l&#39;avait pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>\u00c0 Lyon, Henri re\u00e7ut le message entre deux r\u00e9unions. Il le lut une premi\u00e8re fois, puis le relut quelques minutes plus tard. Nicolas ne demandait ni argent ni emploi. Il ne parlait pas de difficult\u00e9s insurmontables. Il disait simplement vouloir conserver un lien avec son p\u00e8re. Henri posa le t\u00e9l\u00e9phone et reprit son travail. Pourtant, la phrase dans laquelle son fils \u00e9voquait la ferme lui resta en m\u00e9moire. Il avait imagin\u00e9 que les privations conduiraient rapidement Nicolas \u00e0 revenir. Plusieurs mois s&#39;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s, et rien ne semblait indiquer que cette d\u00e9cision \u00e9tait proche.<\/p>\n<p>Henri demanda discr\u00e8tement \u00e0 son assistante de lui transmettre les informations publiques disponibles sur la ferme Roussel. Il ne souhaitait pas appeler Nicolas directement. Il se persuadait qu&#39;il cherchait seulement \u00e0 comprendre la situation de son fils. Quelques jours plus tard, il apprit que l&#39;exploitation participait \u00e0 des march\u00e9s locaux et d\u00e9veloppait une petite activit\u00e9 de produits transform\u00e9s. Cette nouvelle le surprit. Il avait imagin\u00e9 Nicolas occup\u00e9 \u00e0 regretter son ancienne carri\u00e8re. Le savoir impliqu\u00e9 dans un projet commercial, m\u00eame modeste, \u00e9veilla chez lui une curiosit\u00e9 qu&#39;il refusa d&#39;abord de reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>\u00c0 la ferme, Nicolas ignorait que son p\u00e8re suivait d\u00e9sormais leur \u00e9volution. Il consacrait ses journ\u00e9es \u00e0 pr\u00e9parer une nouvelle livraison et \u00e0 examiner les perspectives des semaines suivantes. Le restaurant de Laurent avait renouvel\u00e9 sa commande, tandis qu&#39;un petit commerce du secteur souhaitait tester quelques produits. Manon restait prudente, mais elle commen\u00e7ait \u00e0 parler de leur activit\u00e9 avec une confiance nouvelle. Nicolas lui proposa de r\u00e9server une partie des prochains b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 l&#39;entretien des \u00e9quipements plut\u00f4t qu&#39;\u00e0 une expansion imm\u00e9diate. Elle approuva cette d\u00e9cision. Ils avaient suffisamment souffert des cons\u00e9quences d&#39;un manque de r\u00e9serves pour ne pas vouloir reproduire la m\u00eame fragilit\u00e9.<\/p>\n<p>Un apr\u00e8s-midi, alors qu&#39;ils d\u00e9chargeaient des caisses, Manon remarqua que Nicolas souriait en consultant un carnet de commandes. Elle lui demanda ce qui l&#39;amusait. \u00ab Je viens de comprendre quelque chose \u00bb, r\u00e9pondit-il. Il expliqua qu&#39;autrefois, il aurait jug\u00e9 d\u00e9risoire une progression aussi modeste. D\u00e9sormais, chaque commande repr\u00e9sentait du travail pour la famille, des d\u00e9penses couvertes et une possibilit\u00e9 suppl\u00e9mentaire de pr\u00e9parer l&#39;avenir. Manon lui sourit. \u00ab Ce n&#39;est pas la taille d&#39;un r\u00e9sultat qui dit tout ce qu&#39;il vaut. \u00bb Nicolas reconnut dans cette phrase la m\u00eame mani\u00e8re de voir qui l&#39;avait attir\u00e9 vers elle d\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, apr\u00e8s le d\u00eener, Nicolas sortit prendre l&#39;air devant la maison. Le verger \u00e9tait plong\u00e9 dans une lumi\u00e8re douce et les rosiers recommen\u00e7aient \u00e0 fleurir. Il pensa au silence d&#39;Henri, aux difficult\u00e9s travers\u00e9es et aux premiers progr\u00e8s de leur projet. Il savait que la route restait longue. Pourtant, il ne se sentait plus comme un homme provisoirement exil\u00e9 de sa v\u00e9ritable vie. Il avait commenc\u00e9 \u00e0 appartenir \u00e0 cet endroit par le travail accompli, les engagements tenus et les liens construits. Il ignorait que, dans un bureau lyonnais, son p\u00e8re venait de demander qu&#39;on lui communique l&#39;adresse exacte de la ferme. Henri Desforges avait d\u00e9cid\u00e9 de voir de ses propres yeux ce que son fils avait choisi \u00e0 la place de l&#39;empire familial.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6815\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : D\u00e9termin\u00e9 \u00e0 juger la vie choisie par son fils, Henri arrive \u00e0 la ferme et d\u00e9couvre des r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019il n\u2019avait jamais envisag\u00e9es<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le samedi matin, Nicolas resta plusieurs secondes devant les caisses rang\u00e9es dans la camionnette. Chacune contenait des pots pr\u00e9par\u00e9s avec soin, \u00e9tiquet\u00e9s selon les r\u00e8gles qu&#39;ils avaient pris le temps &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6809,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6814","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6814"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6826,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814\/revisions\/6826"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6809"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}