{"id":6811,"date":"2026-10-18T06:34:09","date_gmt":"2026-10-18T06:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6811"},"modified":"2026-10-18T06:34:09","modified_gmt":"2026-10-18T06:34:09","slug":"partie-2-tandis-que-leur-amour-grandit-au-rythme-des-recoltes-le-pere-de-nicolas-prepare-une-decision-qui-pourrait-les-separer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6811","title":{"rendered":"PARTIE 2 \u2013 Tandis que leur amour grandit au rythme des r\u00e9coltes, le p\u00e8re de Nicolas pr\u00e9pare une d\u00e9cision qui pourrait les s\u00e9parer"},"content":{"rendered":"<p>Henri Desforges reposa le dossier que son assistante venait de lui remettre et regarda l&#39;heure affich\u00e9e au coin de son \u00e9cran. Nicolas aurait d\u00fb participer depuis vingt minutes \u00e0 une r\u00e9union sur le d\u00e9veloppement r\u00e9gional du groupe. Une nouvelle absence, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&#39;un message courtois mais peu convaincant. Henri connaissait son fils depuis assez longtemps pour distinguer un v\u00e9ritable emp\u00eachement d&#39;une excuse soigneusement formul\u00e9e. Il se leva, traversa son bureau et s&#39;arr\u00eata devant la baie vitr\u00e9e donnant sur les immeubles lyonnais. Depuis plusieurs semaines, quelque chose \u00e9chappait \u00e0 son contr\u00f4le. Et, pour un homme qui avait consacr\u00e9 sa vie \u00e0 anticiper les difficult\u00e9s, cette sensation \u00e9tait presque insupportable.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, Nicolas se trouvait \u00e0 plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres de l\u00e0, les manches retrouss\u00e9es dans une serre de la ferme Roussel. Manon lui montrait comment installer correctement des supports pour les jeunes plants. Il essayait de suivre ses gestes, encore maladroit, tandis qu&#39;elle ajustait les attaches avec rapidit\u00e9. La matin\u00e9e avait commenc\u00e9 t\u00f4t. Les parents de Manon pr\u00e9paraient une livraison, et Nicolas avait propos\u00e9 de rester quelques heures suppl\u00e9mentaires pour leur donner un coup de main. Il avait pr\u00e9venu le si\u00e8ge qu&#39;il arriverait plus tard. Ce choix lui semblait raisonnable, mais il savait qu&#39;Henri ne l&#39;interpr\u00e9terait pas de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Manon remarqua son regard pos\u00e9 sur son t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre rentrer \u00bb, sugg\u00e9ra-t-elle. Nicolas secoua la t\u00eate. Il avait promis de terminer le travail commenc\u00e9. \u00ab Mon p\u00e8re n&#39;appr\u00e9ciera pas, mais il s&#39;en remettra. \u00bb Elle posa l&#39;outil qu&#39;elle tenait et l&#39;observa plus s\u00e9rieusement. \u00ab Je ne veux pas que tu transformes chaque visite ici en conflit avec lui. \u00bb Nicolas soupira. Il comprenait sa pr\u00e9occupation. Depuis leur rapprochement, il sentait les exigences de son p\u00e8re peser plus lourdement sur ses d\u00e9cisions. Des obligations autrefois accept\u00e9es sans discussion lui paraissaient d\u00e9sormais moins \u00e9videntes. Pourtant, il n&#39;avait pas envie de pr\u00e9senter Manon comme la cause d&#39;un malaise qui existait bien avant leur rencontre.<\/p>\n<p>Il lui expliqua qu&#39;enfant, il avait admir\u00e9 Henri presque sans r\u00e9serve. Son p\u00e8re avait construit son entreprise en partant de moyens modestes, travaillant pendant des ann\u00e9es sans compter ses heures. Nicolas avait grandi dans des maisons confortables, fr\u00e9quent\u00e9 de bonnes \u00e9coles et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#39;une s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle remarquable. Il savait ce qu&#39;il devait \u00e0 cet homme. Mais depuis ses premi\u00e8res ann\u00e9es dans le groupe, chaque d\u00e9cision importante semblait d\u00e9j\u00e0 prise avant qu&#39;il puisse exprimer une pr\u00e9f\u00e9rence. Ses \u00e9tudes, ses fonctions et m\u00eame certains de ses projets personnels avaient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s en fonction de l&#39;entreprise familiale. Il avait confondu cette trajectoire avec ses propres ambitions.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne d\u00e9teste pas mon travail \u00bb, pr\u00e9cisa Nicolas en attachant un nouveau plant. \u00ab Je sais m\u00eame que j&#39;y suis comp\u00e9tent. Ce que je supporte de moins en moins, c&#39;est de ne jamais avoir r\u00e9ellement choisi. \u00bb Manon le regarda sans r\u00e9pondre imm\u00e9diatement. Elle connaissait une situation diff\u00e9rente, mais pas enti\u00e8rement \u00e9trang\u00e8re. Elle aussi avait repris une activit\u00e9 familiale et s&#39;\u00e9tait attach\u00e9e \u00e0 une terre h\u00e9rit\u00e9e de ses parents. Seulement, elle avait pu d\u00e9cider de rester. Ses parents lui avaient offert cette possibilit\u00e9 sans consid\u00e9rer qu&#39;un autre choix aurait repr\u00e9sent\u00e9 une trahison. \u00ab Tu dois pouvoir parler \u00e0 ton p\u00e8re, dit-elle finalement. Pas seulement lui annoncer ce que tu fais. Lui expliquer pourquoi. \u00bb<\/p>\n<p>Leur relation s&#39;\u00e9tait install\u00e9e avec une douceur que ni l&#39;un ni l&#39;autre n&#39;avait pr\u00e9vue. Nicolas avait appris \u00e0 reconna\u00eetre le bruit du portail, la fra\u00eecheur de la cuisine au petit matin et les moments o\u00f9 Manon pr\u00e9f\u00e9rait travailler en silence. Elle avait d\u00e9couvert chez lui un humour discret, parfois maladroit, et une capacit\u00e9 d&#39;\u00e9coute rarement mise en valeur dans son environnement professionnel. Les parents de Manon l&#39;avaient accueilli progressivement. Son p\u00e8re ne lui \u00e9pargnait aucune remarque lorsqu&#39;il maniait mal un outil, mais lui r\u00e9servait d\u00e9sormais une place lorsqu&#39;il fallait entreprendre un travail collectif. Sa m\u00e8re prenait l&#39;habitude de pr\u00e9parer une assiette suppl\u00e9mentaire sans demander s&#39;il resterait d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>Les soir\u00e9es \u00e9taient devenues leurs moments pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 les t\u00e2ches les plus urgentes, ils s&#39;asseyaient devant la maison, parfois trop fatigu\u00e9s pour parler imm\u00e9diatement. Nicolas racontait une r\u00e9union difficile ou une conversation avec un fournisseur. Manon \u00e9voquait les rendements, les r\u00e9parations \u00e0 pr\u00e9voir et les inqui\u00e9tudes li\u00e9es \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o. Il arrivait qu&#39;ils ne soient pas d&#39;accord. Nicolas proposait des solutions th\u00e9oriquement efficaces que Manon jugeait irr\u00e9alistes compte tenu du temps ou des moyens disponibles. Elle lui expliquait les contraintes. Il reprenait ses calculs. Leur affection grandissait aussi dans ces d\u00e9saccords, parce qu&#39;aucun des deux ne cherchait \u00e0 imposer syst\u00e9matiquement son point de vue.<\/p>\n<p>Un samedi, Nicolas accompagna Manon au march\u00e9 du bourg. Il d\u00e9couvrit les discussions prolong\u00e9es avec les clients, les questions sur la provenance des l\u00e9gumes et les habitudes de ceux qui revenaient chaque semaine. Une dame \u00e2g\u00e9e examina longuement des tomates avant d&#39;en choisir quelques-unes. Manon connaissait son pr\u00e9nom et lui demanda des nouvelles de son jardin. Nicolas observa cet \u00e9change avec \u00e9tonnement. Dans les magasins approvisionn\u00e9s par le groupe Desforges, les fournisseurs \u00e9taient souvent r\u00e9duits \u00e0 des codes et des volumes. Ici, les acheteurs savaient qui avait cultiv\u00e9 ce qu&#39;ils emportaient. Cette proximit\u00e9 n&#39;effa\u00e7ait pas les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, mais elle donnait au travail une dimension qu&#39;il n&#39;avait jamais vraiment envisag\u00e9e.<\/p>\n<p>Au retour, ils s&#39;arr\u00eat\u00e8rent pr\u00e8s d&#39;un chemin d&#39;o\u00f9 l&#39;on apercevait les champs. Manon lui montra la limite des terres familiales. Certaines parcelles \u00e9taient exploit\u00e9es depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. D&#39;autres avaient \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es patiemment, lorsqu&#39;une occasion se pr\u00e9sentait et que les finances le permettaient. \u00ab Nous n&#39;avons jamais eu beaucoup d&#39;argent, dit-elle. Il y a m\u00eame eu des ann\u00e9es o\u00f9 mes parents ne savaient pas comment terminer la saison. Mais ils ne m&#39;ont jamais laiss\u00e9 croire que notre travail avait moins de valeur parce qu&#39;il rapportait peu. \u00bb Nicolas resta silencieux. Il avait entendu son p\u00e8re mesurer le succ\u00e8s d&#39;une entreprise \u00e0 sa croissance pendant toute son enfance. Manon utilisait un autre langage.<\/p>\n<p>\u00c0 Lyon, Henri s&#39;informa discr\u00e8tement des d\u00e9placements de son fils. Les informations lui parvinrent sans difficult\u00e9. Nicolas fr\u00e9quentait r\u00e9guli\u00e8rement une exploitation agricole de Sa\u00f4ne-et-Loire. Il y passait parfois des journ\u00e9es enti\u00e8res. Il entretenait une relation avec la fille des propri\u00e9taires. Henri relut les renseignements qu&#39;on lui avait transmis, puis referma le dossier. Une petite exploitation familiale, des revenus modestes et aucun patrimoine comparable \u00e0 celui des Desforges. Il ne connaissait pas Manon, mais se fit imm\u00e9diatement une opinion de la situation. \u00c0 ses yeux, son fils risquait d&#39;abandonner une carri\u00e8re prometteuse pour une passion qui finirait par s&#39;user devant les contraintes mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Henri ne se consid\u00e9rait pas comme un p\u00e8re cruel. Il avait connu des ann\u00e9es difficiles avant de r\u00e9ussir. Il se souvenait des factures impay\u00e9es, des nuits pass\u00e9es \u00e0 chercher comment maintenir son activit\u00e9 et de l&#39;angoisse qui accompagnait chaque \u00e9ch\u00e9ance bancaire. Tout ce qu&#39;il avait b\u00e2ti devait, selon lui, \u00e9viter \u00e0 son fils de conna\u00eetre cette pr\u00e9carit\u00e9. Nicolas avait re\u00e7u une \u00e9ducation privil\u00e9gi\u00e9e, mais Henri estimait qu&#39;il avait aussi le devoir de poursuivre l&#39;\u0153uvre familiale. Dans son esprit, amour et s\u00e9curit\u00e9 ne s&#39;opposaient pas n\u00e9cessairement. Il suffisait de choisir une personne capable de s&#39;int\u00e9grer \u00e0 l&#39;existence qu&#39;il avait pr\u00e9vue. Manon Roussel, sans qu&#39;il l&#39;ait rencontr\u00e9e, lui semblait repr\u00e9senter exactement le contraire.<\/p>\n<p>Un soir, Nicolas rentra \u00e0 Lyon apr\u00e8s une longue journ\u00e9e \u00e0 la ferme. Il trouva un message de son p\u00e8re lui demandant de venir au si\u00e8ge d\u00e8s le lendemain matin. La formulation \u00e9tait br\u00e8ve. Aucun motif n&#39;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9. Nicolas comprit aussit\u00f4t que la conversation porterait sur Manon. Il aurait voulu prendre le temps de pr\u00e9parer ses arguments, mais sentit qu&#39;aucun discours ne suffirait si Henri avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9couter. Il t\u00e9l\u00e9phona \u00e0 Manon. Elle r\u00e9pondit depuis la cuisine, o\u00f9 sa m\u00e8re rangeait la vaisselle. Lorsqu&#39;il lui expliqua la situation, elle ne lui conseilla ni de mentir ni de se montrer agressif. \u00ab Parle-lui comme tu me parles, dit-elle. Dis ce que tu ressens vraiment. \u00bb<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, Nicolas dormit peu. Il repensa aux gestes de son p\u00e8re lorsqu&#39;il \u00e9tait enfant, \u00e0 la fiert\u00e9 qu&#39;il avait lue sur son visage apr\u00e8s ses r\u00e9ussites scolaires, aux premi\u00e8res responsabilit\u00e9s confi\u00e9es dans l&#39;entreprise. Henri l&#39;avait aim\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re, souvent \u00e0 travers ce qu&#39;il pr\u00e9parait pour son avenir. Nicolas ne voulait pas rejeter cet amour. Mais il refusait d\u00e9sormais de le laisser d\u00e9terminer seul sa vie. Vers l&#39;aube, il se leva, pr\u00e9para un caf\u00e9 et contempla la ville depuis la fen\u00eatre de son appartement. Tout ce qui l&#39;entourait avait \u00e9t\u00e9 rendu possible par la fortune familiale. Il se demanda ce qui lui resterait si cette fortune cessait de lui \u00eatre accessible.<\/p>\n<p>Le lendemain, Henri l&#39;attendait derri\u00e8re son bureau. Les stores \u00e9taient partiellement baiss\u00e9s, projetant des bandes de lumi\u00e8re sur la moquette. Il ne proposa ni caf\u00e9 ni conversation pr\u00e9alable. Nicolas prit place dans le fauteuil qui lui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 lors de leurs r\u00e9unions priv\u00e9es. Pendant quelques instants, son p\u00e8re consulta un document sans parler. Puis il le referma soigneusement. \u00ab Il para\u00eet que tu consacres beaucoup de temps \u00e0 une exploitation agricole \u00bb, commen\u00e7a-t-il. Nicolas r\u00e9pondit que c&#39;\u00e9tait exact. Henri joignit les mains. \u00ab Je suppose que tu as une explication s\u00e9rieuse \u00e0 me donner. \u00bb<\/p>\n<p>Nicolas sentit monter une irritation qu&#39;il s&#39;effor\u00e7a de contenir. La question avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e comme si ses sentiments constituaient une faute professionnelle. \u00ab J&#39;ai rencontr\u00e9 quelqu&#39;un l\u00e0-bas, expliqua-t-il. Elle s&#39;appelle Manon Roussel. Nous sommes ensemble. \u00bb Henri hocha lentement la t\u00eate, sans manifester de surprise. \u00ab Tu comprends que cela ne peut pas perturber ind\u00e9finiment tes obligations ici ? \u00bb Nicolas r\u00e9pondit qu&#39;il comptait continuer \u00e0 assumer son travail, mais qu&#39;il avait besoin de revoir certaines priorit\u00e9s. Il expliqua qu&#39;il d\u00e9couvrait une activit\u00e9 diff\u00e9rente et qu&#39;il se sentait heureux aupr\u00e8s de Manon. Son p\u00e8re resta impassible jusqu&#39;au dernier mot.<\/p>\n<p>\u00ab Heureux \u00bb, r\u00e9p\u00e9ta Henri, comme s&#39;il examinait une notion peu fiable. Il se leva et rejoignit la fen\u00eatre. \u00ab Nicolas, tu sais combien de personnes aimeraient \u00eatre \u00e0 ta place ? Tu as une fonction importante, un avenir assur\u00e9 et les moyens de vivre sans inqui\u00e9tude. Tu veux compromettre tout cela pour une relation commenc\u00e9e il y a quelques semaines ? \u00bb Nicolas lui r\u00e9pondit que Manon n&#39;\u00e9tait pas une distraction passag\u00e8re. Il la connaissait, l&#39;admirait et envisageait s\u00e9rieusement un avenir avec elle. Henri se retourna brusquement. \u00ab Un avenir dans cette ferme ? \u00c0 compter les r\u00e9coltes et \u00e0 r\u00e9parer des machines ? \u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00e9pris contenu dans cette remarque atteignit Nicolas plus profond\u00e9ment qu&#39;il ne l&#39;aurait voulu. Il pensa \u00e0 Manon travaillant sous la chaleur, \u00e0 ses parents courb\u00e9s sur les cultures et aux efforts n\u00e9cessaires pour maintenir leur exploitation. \u00ab Ce travail m\u00e9rite autant de respect que le n\u00f4tre \u00bb, r\u00e9pondit-il. Henri eut un mouvement d&#39;impatience. \u00ab Je n&#39;ai jamais dit le contraire. Mais il existe une diff\u00e9rence entre respecter un m\u00e9tier et d\u00e9cider d&#39;y sacrifier sa carri\u00e8re. \u00bb Nicolas l&#39;observa. Son p\u00e8re parlait comme si une vie plus modeste constituait forc\u00e9ment une r\u00e9gression. Il tenta d&#39;expliquer que sa relation avec Manon lui avait donn\u00e9 envie de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ses propres choix, mais Henri n&#39;entendit que la menace d&#39;un d\u00e9part.<\/p>\n<p>La discussion dura plus d&#39;une heure. Nicolas rappela qu&#39;il n&#39;avait jamais demand\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re de financer la ferme ou de r\u00e9soudre ses difficult\u00e9s. Henri r\u00e9pliqua qu&#39;une telle situation finirait n\u00e9cessairement par cr\u00e9er des demandes d&#39;argent. Nicolas refusa cette interpr\u00e9tation. Manon ne lui avait rien r\u00e9clam\u00e9. Elle avait m\u00eame plusieurs fois exprim\u00e9 sa crainte qu&#39;il renonce trop vite \u00e0 une carri\u00e8re qu&#39;il connaissait. Pourtant, chaque argument semblait renforcer les soup\u00e7ons d&#39;Henri. Plus son fils d\u00e9fendait cette femme, plus il se persuadait qu&#39;elle exer\u00e7ait sur lui une influence dangereuse. Nicolas finit par comprendre qu&#39;ils ne discutaient plus seulement d&#39;une relation amoureuse, mais de son droit \u00e0 d\u00e9cider lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Henri s&#39;approcha du bureau et posa les paumes sur le bois. \u00ab Je ne vais pas financer les cons\u00e9quences d&#39;une d\u00e9cision que je juge d\u00e9sastreuse \u00bb, d\u00e9clara-t-il. Nicolas se redressa. \u00ab Je ne t&#39;ai pas demand\u00e9 de financer quoi que ce soit. \u00bb Son p\u00e8re le fixa longuement. \u00ab Tu vis dans un appartement pris en charge par l&#39;entreprise. Tu conduis un v\u00e9hicule qui lui appartient. Ton salaire et ta position d\u00e9coulent de responsabilit\u00e9s que je t&#39;ai confi\u00e9es. Ne fais pas comme si tout cela n&#39;avait aucun rapport avec les choix que tu prends. \u00bb Nicolas sentit une inqui\u00e9tude froide lui traverser l&#39;estomac. Il connaissait le temp\u00e9rament de son p\u00e8re, mais n&#39;avait jamais imagin\u00e9 qu&#39;il utiliserait aussi ouvertement leur relation professionnelle pour peser sur sa vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne te demande pas de renoncer \u00e0 ton bonheur \u00bb, poursuivit Henri. \u00ab Je te demande de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui restera lorsque l&#39;enthousiasme aura disparu. Cette exploitation ne t&#39;offrira ni la stabilit\u00e9 ni les possibilit\u00e9s que tu poss\u00e8des aujourd&#39;hui. \u00bb Nicolas r\u00e9pondit que rien ne lui permettait de savoir \u00e0 l&#39;avance ce qu&#39;il \u00e9prouverait dans dix ans. Il pr\u00e9f\u00e9rait prendre une d\u00e9cision honn\u00eate plut\u00f4t que conserver une existence qui ne lui ressemblait plus. Henri secoua la t\u00eate. \u00ab Tu parles comme quelqu&#39;un qui n&#39;a jamais connu le manque. \u00bb Cette remarque \u00e9tait difficile \u00e0 contester. Nicolas n&#39;avait jamais manqu\u00e9 du n\u00e9cessaire. Mais il se demanda pourquoi cette s\u00e9curit\u00e9 devait lui interdire de chercher autre chose.<\/p>\n<p>Une longue pause suivit. Henri regarda son fils avec une fatigue qu&#39;il ne montrait presque jamais. Nicolas aper\u00e7ut alors, derri\u00e8re la col\u00e8re, la peur d&#39;un homme voyant s&#39;\u00e9loigner le projet autour duquel il avait organis\u00e9 plusieurs d\u00e9cennies de travail. Il aurait voulu le rassurer, lui dire qu&#39;il resterait son fils quelle que soit sa profession. Mais Henri reprit avant qu&#39;il ait trouv\u00e9 ses mots. \u00ab Tu dois choisir, Nicolas. Je veux une r\u00e9ponse claire. Vas-tu reprendre s\u00e9rieusement tes responsabilit\u00e9s ici, ou comptes-tu continuer \u00e0 organiser ta vie autour de cette jeune femme ? \u00bb Nicolas inspira lentement. La question \u00e9tait injuste, mais elle avait au moins le m\u00e9rite d&#39;exposer ce qui les s\u00e9parait.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis amoureux de Manon, r\u00e9pondit-il. Je ne vais pas rompre avec elle pour conserver une fonction ou satisfaire tes attentes. \u00bb Henri baissa les yeux vers les documents align\u00e9s sur son bureau. Nicolas ajouta qu&#39;il ne souhaitait pas rompre avec sa famille et qu&#39;il serait heureux que son p\u00e8re rencontre Manon avant de la juger. Mais Henri paraissait d\u00e9j\u00e0 avoir franchi un seuil int\u00e9rieur. Il reprit son stylo, le fit tourner entre ses doigts, puis le reposa avec une lenteur inhabituelle. \u00ab Tu crois pouvoir conserver tous les avantages de ta situation tout en rejetant ce que cette situation exige de toi. Il est temps que tu comprennes ce qu&#39;implique r\u00e9ellement l&#39;ind\u00e9pendance. \u00bb<\/p>\n<p>Nicolas resta immobile. Dehors, une sir\u00e8ne traversa l&#39;avenue avant de dispara\u00eetre dans le bruit de la circulation. Son p\u00e8re contourna le bureau, s&#39;arr\u00eata devant lui et parla d&#39;une voix presque calme. Il ne criait pas. C&#39;\u00e9tait peut-\u00eatre ce qui rendait ses paroles plus lourdes. Henri lui expliqua qu&#39;il ne continuerait pas \u00e0 lui fournir les m\u00eames moyens s&#39;il d\u00e9cidait de s&#39;\u00e9loigner de l&#39;entreprise. Il avait fait pr\u00e9parer les dispositions n\u00e9cessaires et n&#39;entendait pas laisser durer une situation qu&#39;il consid\u00e9rait comme une provocation. Nicolas sentit la derni\u00e8re illusion se dissiper. Son p\u00e8re ne cherchait plus \u00e0 le convaincre par des arguments. Il se pr\u00e9parait \u00e0 le mettre devant les cons\u00e9quences mat\u00e9rielles de son refus.<\/p>\n<p>Pourtant, lorsque Henri lui demanda une derni\u00e8re fois s&#39;il \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 cette relation, Nicolas r\u00e9pondit non. Il le fit sans hausser le ton, presque avec tristesse. Il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que cette conversation se termine autrement. Il avait esp\u00e9r\u00e9 \u00eatre entendu, m\u00eame sans obtenir l&#39;approbation de son p\u00e8re. Henri d\u00e9tourna le regard et rejoignit son fauteuil. Pendant quelques secondes, il resta silencieux, comme s&#39;il attendait encore que son fils revienne sur sa r\u00e9ponse. Puis il ouvrit le dossier plac\u00e9 devant lui. Nicolas reconnut les documents administratifs du groupe. Son p\u00e8re en retira une feuille et la posa sur le bureau entre eux.<\/p>\n<p>\u00ab Dans ce cas, dit Henri, nous allons mettre fin \u00e0 tous les arrangements qui te permettaient de vivre comme tu le fais aujourd&#39;hui. \u00bb Nicolas baissa les yeux vers le document. Ce n&#39;\u00e9tait plus une menace vague prononc\u00e9e sous le coup de la col\u00e8re. Son p\u00e8re avait pr\u00e9par\u00e9 une d\u00e9cision pr\u00e9cise, et tout indiquait qu&#39;il comptait la mettre \u00e0 ex\u00e9cution. Nicolas comprit alors que son choix amoureux allait devenir un choix de vie, avec des pertes imm\u00e9diates et des difficult\u00e9s qu&#39;il n&#39;avait encore jamais affront\u00e9es. Il pensa \u00e0 Manon, \u00e0 la petite ferme de Sa\u00f4ne-et-Loire et \u00e0 cette question qu&#39;elle lui avait pos\u00e9e lors de leur premi\u00e8re rencontre. Pour la premi\u00e8re fois, il allait devoir y r\u00e9pondre sans pouvoir s&#39;abriter derri\u00e8re la fortune de son p\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6812\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Priv\u00e9 de son poste et de sa s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, Nicolas d\u00e9couvre le prix r\u00e9el de son choix aupr\u00e8s de Manon<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Henri Desforges reposa le dossier que son assistante venait de lui remettre et regarda l&#39;heure affich\u00e9e au coin de son \u00e9cran. Nicolas aurait d\u00fb participer depuis vingt minutes \u00e0 une &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6809,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6811","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6811"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6811\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6823,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6811\/revisions\/6823"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6809"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}