{"id":6810,"date":"2026-10-18T06:34:06","date_gmt":"2026-10-18T06:34:06","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6810"},"modified":"2026-10-18T06:34:06","modified_gmt":"2026-10-18T06:34:06","slug":"partie-1-envoye-controler-une-exploitation-agricole-de-saone-et-loire-un-jeune-heritier-decouvre-une-femme-qui-remet-en-question-tout-son-avenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6810","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 Envoy\u00e9 contr\u00f4ler une exploitation agricole de Sa\u00f4ne-et-Loire, un jeune h\u00e9ritier d\u00e9couvre une femme qui remet en question tout son avenir"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9l\u00e9phone de Nicolas Desforges vibra pour la quatri\u00e8me fois alors qu\u2019il s&#39;engageait sur un chemin \u00e9troit bord\u00e9 de peupliers. Il reconnut le num\u00e9ro du si\u00e8ge lyonnais de l&#39;entreprise familiale et h\u00e9sita avant de r\u00e9pondre. Son p\u00e8re lui avait d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9 deux fois l&#39;importance de la r\u00e9union pr\u00e9vue \u00e0 quatorze heures. Nicolas devait simplement v\u00e9rifier les installations d&#39;un fournisseur agricole, examiner quelques documents et repartir. Pourtant, \u00e0 mesure que sa voiture avan\u00e7ait entre les champs, il \u00e9prouvait l&#39;\u00e9trange impression de se diriger vers un endroit o\u00f9 personne ne connaissait le poids de son nom. Il coupa la sonnerie, ralentit devant un portail rouill\u00e9 et aper\u00e7ut une jeune femme agenouill\u00e9e pr\u00e8s d&#39;une rang\u00e9e de rosiers.<\/p>\n<p>Manon Roussel avait les mains couvertes de terre et une m\u00e8che brune coll\u00e9e contre la joue. Elle travaillait \u00e0 replanter du thym autour des fleurs que sa m\u00e8re entretenait depuis des ann\u00e9es. Au bruit du moteur, elle releva la t\u00eate, prot\u00e9gea ses yeux du soleil avec son poignet et observa la voiture sombre qui venait troubler la tranquillit\u00e9 de la cour. Nicolas descendit, lissa machinalement le devant de sa veste et chercha le dossier qu&#39;il avait pos\u00e9 sur le si\u00e8ge passager. Avant qu&#39;il ait pu se pr\u00e9senter, Manon d\u00e9signa les traces de boue devant ses chaussures impeccables. \u00ab Vous devriez \u00e9viter cet endroit. La terre para\u00eet s\u00e8che, mais vous risquez d&#39;y laisser vos semelles. \u00bb<\/p>\n<p>Il baissa les yeux, recula d&#39;un pas et d\u00e9clencha chez elle un sourire amus\u00e9. Nicolas n&#39;\u00e9tait pas habitu\u00e9 \u00e0 \u00eatre accueilli ainsi lors de ses visites professionnelles. D&#39;ordinaire, un responsable venait lui ouvrir la porte, lui proposait un caf\u00e9 et s&#39;empressait d&#39;affirmer que tout fonctionnait parfaitement. Ici, personne ne semblait particuli\u00e8rement impressionn\u00e9 par sa pr\u00e9sence. \u00ab Nicolas Desforges, expliqua-t-il en tendant la main. Je repr\u00e9sente la soci\u00e9t\u00e9 qui ach\u00e8te une partie de vos l\u00e9gumes. \u00bb Manon consid\u00e9ra ses doigts encore propres, puis les siens, noirs de terre. \u00ab Manon Roussel. Je vous serrerais volontiers la main, mais vous allez regretter votre passage avant m\u00eame d&#39;avoir commenc\u00e9 la visite. \u00bb<\/p>\n<p>Il sourit malgr\u00e9 lui et rangea sa main. Depuis plusieurs ann\u00e9es, Nicolas travaillait au sein du groupe de distribution construit par son p\u00e8re, Henri Desforges. Il connaissait les tableaux de r\u00e9sultats, les n\u00e9gociations commerciales et les engagements contractuels. \u00c0 Lyon, ses journ\u00e9es s&#39;organisaient autour de r\u00e9unions programm\u00e9es des semaines auparavant. Son bureau donnait sur une avenue bruyante, ses repas \u00e9taient souvent pris devant un ordinateur et les conversations familiales ressemblaient parfois davantage \u00e0 des comptes rendus financiers qu&#39;\u00e0 de v\u00e9ritables \u00e9changes. Henri avait pr\u00e9vu qu&#39;il reprendrait progressivement la direction du groupe. Nicolas n&#39;avait jamais s\u00e9rieusement envisag\u00e9 une autre possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Manon lui proposa de commencer par les parcelles situ\u00e9es derri\u00e8re la maison. Ils emprunt\u00e8rent un passage o\u00f9 poussaient des herbes sauvages entre les pierres. Elle avan\u00e7ait d&#39;un pas assur\u00e9, \u00e9cartant parfois une branche pour lui laisser le passage. Nicolas remarqua qu&#39;elle connaissait chaque d\u00e9tail du terrain : les endroits o\u00f9 l&#39;eau stagnait apr\u00e8s les pluies, les rang\u00e9es qui recevaient le soleil trop tard dans la matin\u00e9e, les jeunes plants qui demandaient davantage d&#39;attention. Elle parlait de son exploitation avec pr\u00e9cision, sans chercher \u00e0 embellir les difficult\u00e9s. Plusieurs r\u00e9coltes avaient souffert de la s\u00e9cheresse, certaines r\u00e9parations attendaient depuis trop longtemps et le vieux hangar r\u00e9clamait des travaux co\u00fbteux.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pourriez moderniser une partie des installations \u00bb, sugg\u00e9ra Nicolas en observant les \u00e9quipements d&#39;irrigation. Manon s&#39;arr\u00eata devant une vanne qu&#39;elle venait de refermer. \u00ab Nous le savons. Mais une installation ne se paie pas avec de bonnes intentions. \u00bb Il allait lui parler des solutions de financement qu&#39;il connaissait lorsqu&#39;elle poursuivit : \u00ab Mes parents ont consacr\u00e9 leur vie \u00e0 cette terre. Nous avan\u00e7ons quand nous en avons les moyens. Parfois, cela veut dire r\u00e9parer plut\u00f4t que remplacer. \u00bb Elle ne semblait ni honteuse ni r\u00e9sign\u00e9e. Elle expliquait simplement les limites de ce qu&#39;une petite exploitation pouvait supporter.<\/p>\n<p>Ils atteignirent une parcelle d&#39;herbes aromatiques o\u00f9 l&#39;air sentait la menthe chaude et le romarin. Manon se pencha, d\u00e9tacha une petite feuille entre deux doigts et la lui tendit. Nicolas la froissa comme elle le lui indiquait. Une odeur fra\u00eeche lui monta aussit\u00f4t au visage. \u00ab Mon p\u00e8re m&#39;a appris \u00e0 observer avant d&#39;intervenir, dit-elle. Une plante vous montre assez vite ce dont elle manque, \u00e0 condition qu&#39;on prenne le temps de la regarder. \u00bb Nicolas resta un instant silencieux. \u00c0 son bureau, il examinait chaque semaine des graphiques de production. Il pouvait pr\u00e9voir une baisse des marges, mais ne savait pas reconna\u00eetre un sol trop humide en le touchant.<\/p>\n<p>La visite se poursuivit sous les serres. La chaleur y \u00e9tait presque \u00e9touffante et Nicolas sentit sa chemise lui coller au dos. Manon ouvrit une fen\u00eatre d&#39;a\u00e9ration avant de lui montrer les cultures destin\u00e9es aux prochains enl\u00e8vements. Elle expliqua comment ses parents avaient agrandi l&#39;exploitation au fil des ann\u00e9es, sans jamais disposer des capitaux n\u00e9cessaires \u00e0 une transformation radicale. \u00c0 pr\u00e9sent, elle assurait la gestion quotidienne avec leur aide. Nicolas prit plusieurs notes, v\u00e9rifia les conditions de stockage et posa les questions attendues. Mais son attention revenait souvent vers la fa\u00e7on dont elle travaillait, attentive \u00e0 ce qui l&#39;entourait sans para\u00eetre press\u00e9e de convaincre qui que ce soit.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s du hangar, ils crois\u00e8rent le p\u00e8re de Manon, occup\u00e9 \u00e0 examiner une roue de brouette. L&#39;homme salua Nicolas d&#39;un signe de t\u00eate et demanda \u00e0 sa fille si elle avait remarqu\u00e9 une fuite sur la conduite secondaire. Leur \u00e9change fut bref, pr\u00e9cis, presque automatique. Nicolas comprit que les responsabilit\u00e9s se partageaient ici sans qu&#39;il soit n\u00e9cessaire de les inscrire dans des organigrammes. Un peu plus loin, la m\u00e8re de Manon leur adressa quelques mots depuis le potager. Elle avait attach\u00e9 ses cheveux sous un foulard clair et portait un panier rempli de l\u00e9gumes. Aucun des deux parents ne posa de question sur la voiture du visiteur ou sa position dans l&#39;entreprise. Ils semblaient surtout vouloir savoir si les livraisons se poursuivraient normalement.<\/p>\n<p>Lorsque Manon lui proposa de boire quelque chose, Nicolas consulta sa montre. Il devait repartir depuis vingt minutes. Il pensa au t\u00e9l\u00e9phone rest\u00e9 dans sa poche, aux courriels qui s&#39;accumulaient et aux questions que son p\u00e8re poserait s&#39;il arrivait en retard. Pourtant, il accepta. Ils s&#39;install\u00e8rent devant la maison, sur un banc de bois dont la peinture s&#39;\u00e9caillait. Manon apporta deux verres d&#39;eau fra\u00eeche. Les rosiers poussaient juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et un vent l\u00e9ger faisait remuer les feuilles des arbres. Pour la premi\u00e8re fois depuis le matin, Nicolas eut envie de ne rien faire d&#39;autre que rester assis.<\/p>\n<p>\u00ab Vous travaillez toujours pour votre p\u00e8re ? \u00bb demanda Manon apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 sa description du groupe. \u00ab Depuis la fin de mes \u00e9tudes. \u00bb Elle hocha la t\u00eate, puis reprit : \u00ab Et \u00e7a vous pla\u00eet ? \u00bb Nicolas ouvrit la bouche, pr\u00eat \u00e0 r\u00e9pondre qu&#39;il occupait un poste int\u00e9ressant, disposait de responsabilit\u00e9s importantes et participait au d\u00e9veloppement d&#39;une entreprise prosp\u00e8re. Mais aucune de ces phrases ne r\u00e9pondait vraiment \u00e0 la question. Il regarda le verre entre ses mains. \u00ab Je crois que je ne me suis jamais demand\u00e9 si cela me plaisait. \u00bb Manon ne manifesta aucune surprise. \u00ab C&#39;est pourtant une question utile, de temps en temps. \u00bb<\/p>\n<p>Cette remarque le poursuivit durant tout le trajet de retour. Au si\u00e8ge, il arriva quelques minutes avant le d\u00e9but de la r\u00e9union et retrouva Henri Desforges devant une grande table o\u00f9 plusieurs dossiers \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 ouverts. Son p\u00e8re approchait de la soixantaine. Il parlait rarement fort, mais obtenait le silence sans effort. Sa chemise \u00e9tait impeccable, sa posture droite et ses questions toujours directes. Il demanda si l&#39;exploitation visit\u00e9e pouvait respecter les engagements commerciaux. Nicolas r\u00e9pondit favorablement, tout en mentionnant certains \u00e9quipements vieillissants. Henri parcourut ses notes et approuva les conclusions sans s&#39;attarder sur la mani\u00e8re dont son fils avait pass\u00e9 la matin\u00e9e.<\/p>\n<p>Le reste de la journ\u00e9e s&#39;\u00e9coula entre chiffres, pr\u00e9visions et d\u00e9cisions urgentes. Pourtant, Nicolas revoyait les mains de Manon, le thym qu&#39;elle avait replant\u00e9 et ce sourire qui n&#39;avait rien de calcul\u00e9. Il aurait \u00e9t\u00e9 incapable de dire pourquoi ces d\u00e9tails occupaient autant de place dans son esprit. Il avait rencontr\u00e9 des dizaines de fournisseurs, des directeurs de production et des responsables d&#39;exploitation. Aucun ne l&#39;avait amen\u00e9 \u00e0 questionner aussi simplement ce qu&#39;il faisait de son existence. Le soir, en quittant les bureaux, il remarqua que son t\u00e9l\u00e9phone contenait plusieurs messages professionnels auxquels il ne ressentait aucune envie de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Une semaine plus tard, Nicolas reprit la route de Sa\u00f4ne-et-Loire. Il avait demand\u00e9 quelques pr\u00e9cisions administratives qui auraient parfaitement pu \u00eatre obtenues par courriel, mais pr\u00e9f\u00e9ra annoncer une nouvelle visite. Il arriva cette fois avec des chaussures moins fragiles. Manon l&#39;aper\u00e7ut depuis le seuil du hangar et regarda ses pieds avant de regarder son visage. \u00ab Vous avez retenu la le\u00e7on. \u00bb Nicolas fit mine d&#39;examiner ses semelles. \u00ab Je pensais que vous m&#39;aviez adress\u00e9 un avertissement officiel. \u00bb Elle \u00e9clata de rire, puis lui expliqua qu&#39;elle devait d\u00e9placer plusieurs cageots avant de pouvoir reprendre les documents.<\/p>\n<p>Nicolas proposa de l&#39;aider. Manon le consid\u00e9ra quelques secondes, visiblement incertaine de son s\u00e9rieux, puis lui indiqua o\u00f9 poser sa veste. Les premiers cageots furent transport\u00e9s sans difficult\u00e9. Au quatri\u00e8me, Nicolas choisit une prise maladroite et dut le reposer pour \u00e9viter d&#39;\u00e9craser les l\u00e9gumes. Manon lui montra comment r\u00e9partir le poids. \u00ab Vous avez l&#39;habitude de porter des dossiers, pas vrai ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Des dossiers tr\u00e8s lourds, parfois. \u00bb Elle secoua la t\u00eate avec un sourire. Nicolas comprit qu&#39;il appr\u00e9ciait de ne pas \u00eatre particuli\u00e8rement comp\u00e9tent. Il n&#39;avait aucun statut \u00e0 d\u00e9fendre devant elle, aucune \u00e9quipe \u00e0 impressionner, aucun objectif de performance \u00e0 justifier.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le travail, ils reprirent la visite des installations. Cette fois, Nicolas posait des questions diff\u00e9rentes. Il voulait comprendre les p\u00e9riodes de r\u00e9colte, les besoins de main-d&#39;\u0153uvre et les risques qui pesaient sur une exploitation d\u00e9pendante des saisons. Manon r\u00e9pondit avec une franchise qui le surprit. Certains mois \u00e9taient p\u00e9nibles. Les revenus variaient. Il fallait r\u00e9parer une machine pendant qu&#39;une autre tombait en panne, supporter les mauvaises r\u00e9coltes et renoncer parfois \u00e0 des projets personnels. Pourtant, lorsqu&#39;elle parlait de son m\u00e9tier, sa voix conservait une chaleur particuli\u00e8re. Elle aimait les journ\u00e9es qui commen\u00e7aient dans la brume et se terminaient avec le sentiment d&#39;avoir accompli quelque chose de tangible.<\/p>\n<p>Au cours des semaines suivantes, Nicolas revint r\u00e9guli\u00e8rement. Les premi\u00e8res visites conservaient encore un pr\u00e9texte professionnel. Puis les dossiers disparurent peu \u00e0 peu de ses mains. Il apprit \u00e0 refermer correctement un portail, \u00e0 d\u00e9placer des outils sans g\u00eaner le passage et \u00e0 reconna\u00eetre les parcelles qui r\u00e9clamaient une attention particuli\u00e8re. Une cl\u00f4ture endommag\u00e9e lui donna l&#39;occasion de travailler une apr\u00e8s-midi enti\u00e8re avec Manon. Il s&#39;y prit mal, se pin\u00e7a les doigts et dut recommencer plusieurs fois. Elle le guida sans impatience. Lorsqu&#39;ils termin\u00e8rent, il contempla leur travail avec une satisfaction presque enfantine. \u00c0 Lyon, il validait des contrats consid\u00e9rables sans ressentir une fiert\u00e9 comparable.<\/p>\n<p>Ils commenc\u00e8rent aussi \u00e0 parler d&#39;autre chose que de l&#39;exploitation. Manon racontait son enfance dans cette maison, les repas pr\u00e9par\u00e9s apr\u00e8s les r\u00e9coltes et les ann\u00e9es o\u00f9 ses parents avaient d\u00fb compter chaque d\u00e9pense. Nicolas \u00e9voquait ses \u00e9tudes, les voyages organis\u00e9s autour des affaires familiales et la mani\u00e8re dont son p\u00e8re avait toujours occup\u00e9 une place immense dans ses d\u00e9cisions. Manon \u00e9coutait sans chercher \u00e0 juger Henri. Elle semblait comprendre que l&#39;amour d&#39;un parent pouvait parfois se confondre avec une exigence permanente. Nicolas d\u00e9couvrait de son c\u00f4t\u00e9 qu&#39;elle ne r\u00eavait ni d&#39;une autre maison ni d&#39;une existence luxueuse. Elle voulait simplement pr\u00e9server la ferme et lui donner les moyens de durer.<\/p>\n<p>Un soir, la pluie les surprit pr\u00e8s du verger. Ils coururent se r\u00e9fugier sous l&#39;avanc\u00e9e du hangar, essouffl\u00e9s et tremp\u00e9s. Manon tenta de d\u00e9gager ses cheveux de son visage, puis abandonna en riant. Nicolas lui tendit un mouchoir devenu lui-m\u00eame presque inutilisable. Ils rest\u00e8rent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te \u00e0 regarder les gouttes frapper les flaques. Leurs \u00e9paules se touchaient l\u00e9g\u00e8rement. Nicolas sentit qu&#39;il aurait pu avancer la main et prendre celle de Manon, mais il ne le fit pas. Ce moment lui paraissait trop important pour \u00eatre brusqu\u00e9. Lorsqu&#39;elle tourna la t\u00eate vers lui, son expression changea imperceptiblement, comme si elle avait devin\u00e9 la question qu&#39;il n&#39;osait pas poser.<\/p>\n<p>\u00ab Vous ne pouvez pas continuer \u00e0 venir ici ind\u00e9finiment sous pr\u00e9texte de v\u00e9rifier nos installations \u00bb, murmura-t-elle. Nicolas baissa les yeux vers ses chaussures couvertes de terre. \u00ab Je le sais. \u00bb Elle attendit, sans ajouter un mot. Le bruit de la pluie emplissait le hangar. Enfin, il releva la t\u00eate. \u00ab Je ne viens plus pour les installations depuis longtemps. \u00bb Manon d\u00e9tourna un instant le regard. Il remarqua alors qu&#39;elle serrait entre ses doigts le bord de sa manche. \u00ab Je m&#39;en doutais \u00bb, r\u00e9pondit-elle doucement. Aucun d&#39;eux ne pronon\u00e7a davantage de paroles. Pourtant, quelque chose avait chang\u00e9 entre eux.<\/p>\n<p>Les jours suivants, Nicolas \u00e9prouva une impatience inhabituelle. Il s&#39;acquittait de ses responsabilit\u00e9s au si\u00e8ge, mais son esprit retournait sans cesse \u00e0 la ferme. Henri remarqua qu&#39;il quittait plus fr\u00e9quemment Lyon, sans encore intervenir. Il avait l&#39;habitude de laisser une certaine libert\u00e9 \u00e0 son fils tant que les r\u00e9sultats demeuraient satisfaisants. Nicolas, lui, commen\u00e7ait \u00e0 mesurer la distance qui s\u00e9parait ces deux univers. Dans l&#39;un, son avenir \u00e9tait trac\u00e9 avec une pr\u00e9cision rassurante. Dans l&#39;autre, chaque journ\u00e9e d\u00e9pendait du temps, du travail accompli et de d\u00e9cisions prises au contact des r\u00e9alit\u00e9s les plus simples. Pour la premi\u00e8re fois, il ne savait plus lequel des deux lui semblait le plus s\u00fbr.<\/p>\n<p>Le vendredi suivant, il rejoignit Manon devant la maison alors que ses parents terminaient leur journ\u00e9e. Ils s&#39;assirent sur le vieux banc, face aux rosiers. La lumi\u00e8re du soir \u00e9clairait les murs p\u00e2les et les branches du verger. Nicolas sentit qu&#39;il ne voulait plus repartir en laissant leur relation suspendue \u00e0 des sous-entendus. \u00ab Je pense \u00e0 toi quand je suis \u00e0 Lyon, dit-il. Je pense \u00e0 ce que tu m&#39;as racont\u00e9, aux choses que tu fais, \u00e0 la fa\u00e7on dont tu regardes ce qui t&#39;entoure. J&#39;ai essay\u00e9 de me convaincre qu&#39;il ne s&#39;agissait que d&#39;une parenth\u00e8se. Mais ce n&#39;est pas vrai. \u00bb Manon posa ses mains sur ses genoux. Elle paraissait \u00e9mue, mais aussi pr\u00e9occup\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Tu comprends ce que cela implique ? \u00bb demanda-t-elle enfin. Nicolas r\u00e9pondit qu&#39;il ne souhaitait pas lui promettre une vie qu&#39;il ne connaissait pas encore. Il savait simplement qu&#39;il voulait la d\u00e9couvrir aupr\u00e8s d&#39;elle. Manon tourna les yeux vers les champs. \u00ab Tu as ton travail, ta famille, un avenir \u00e0 Lyon. Moi, je ne peux pas abandonner mes parents et cette exploitation comme on quitte un appartement. \u00bb Il acquies\u00e7a. Il ne lui demanda pas de partir. Il ne pr\u00e9tendit pas non plus avoir une solution imm\u00e9diate. \u00ab Je ne veux pas te d\u00e9raciner, r\u00e9pondit-il. Je veux savoir si nous pouvons construire quelque chose ici, sans que l&#39;un de nous ait \u00e0 renoncer \u00e0 ce qu&#39;il est. \u00bb<\/p>\n<p>Manon resta longtemps silencieuse. Elle connaissait trop bien les promesses faites dans l&#39;enthousiasme et oubli\u00e9es lorsque les difficult\u00e9s apparaissaient. Pourtant, elle avait observ\u00e9 Nicolas travailler sous le soleil, accepter les remarques de son p\u00e8re et revenir apr\u00e8s des journ\u00e9es \u00e9puisantes. Il ne lui avait jamais demand\u00e9 d&#39;abandonner sa ferme ni pr\u00e9sent\u00e9 sa propre existence comme sup\u00e9rieure. Elle tourna enfin sa main vers la sienne. Nicolas la prit d\u00e9licatement. \u00ab Je tiens \u00e0 toi, dit-elle. Plus que je ne l&#39;avais pr\u00e9vu. Mais je refuse d&#39;\u00eatre la raison pour laquelle tu finiras par d\u00e9tester ta propre vie. \u00bb Il serra doucement ses doigts. \u00ab Alors il faudra que je choisisse cette vie pour moi aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Leur premier baiser eut lieu sans d\u00e9claration spectaculaire, sous les derniers rayons du soleil. Manon appuya bri\u00e8vement son front contre le sien, puis sourit avec une tendresse nouvelle. Nicolas repartit tard, emportant une joie qu&#39;il ne parvenait pas \u00e0 contenir. Sur la route, il imagina les prochaines semaines, les conversations qu&#39;ils auraient et les d\u00e9cisions qu&#39;il faudrait prendre. Il savait que son p\u00e8re n&#39;accueillerait pas facilement cette relation. Mais il se convainquit qu&#39;Henri finirait par comprendre en voyant Manon. \u00c0 cet instant, il ignorait encore que l&#39;homme qui lui avait offert tant de possibilit\u00e9s serait bient\u00f4t celui qui chercherait \u00e0 lui retirer presque tout pour l&#39;obliger \u00e0 renoncer.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6811\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Tandis que leur amour grandit au rythme des r\u00e9coltes, le p\u00e8re de Nicolas pr\u00e9pare une d\u00e9cision qui pourrait les s\u00e9parer<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9l\u00e9phone de Nicolas Desforges vibra pour la quatri\u00e8me fois alors qu\u2019il s&#39;engageait sur un chemin \u00e9troit bord\u00e9 de peupliers. 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