{"id":6761,"date":"2026-10-18T03:42:31","date_gmt":"2026-10-18T03:42:31","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6761"},"modified":"2026-10-18T03:42:31","modified_gmt":"2026-10-18T03:42:31","slug":"partie-8-une-lettre-laissee-par-sarah-et-les-doutes-des-professionnels-placent-bastien-devant-le-choix-le-plus-exigeant-de-sa-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6761","title":{"rendered":"PARTIE 8 \u2013 Une lettre laiss\u00e9e par Sarah et les doutes des professionnels placent Bastien devant le choix le plus exigeant de sa vie"},"content":{"rendered":"<p>Le matin o\u00f9 Madame Fournier annon\u00e7a qu&#39;une nouvelle \u00e9tape devait \u00eatre franchie, Bastien comprit imm\u00e9diatement que la situation avait chang\u00e9. Il \u00e9tait assis dans le m\u00eame bureau que lors de leur premier entretien, face au dossier ferm\u00e9 et \u00e0 la feuille blanche. Pourtant, l&#39;atmosph\u00e8re \u00e9tait diff\u00e9rente. La travailleuse sociale ne lui posa pas imm\u00e9diatement de questions. Elle prit le temps de relire quelques notes, puis leva les yeux vers lui. \u00ab Monsieur Larcher, nous avons observ\u00e9 l&#39;\u00e9volution de votre relation avec L\u00e9onie. Il existe un attachement r\u00e9el, mais cela ne suffit pas \u00e0 d\u00e9cider de son avenir. Nous devons maintenant examiner les possibilit\u00e9s durables qui correspondent \u00e0 sa situation. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien acquies\u00e7a. Depuis plusieurs semaines, il attendait cette discussion sans savoir exactement ce qu&#39;elle pourrait contenir. Il avait continu\u00e9 ses d\u00e9marches, rencontr\u00e9 des professionnels et r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 son organisation personnelle. Pourtant, il savait que son d\u00e9sir ne pouvait pas remplacer les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires. Madame Fournier lui expliqua que la situation juridique de L\u00e9onie devait encore \u00eatre clarifi\u00e9e et que plusieurs options restaient possibles. Les souhaits exprim\u00e9s par Sarah seraient pris en compte dans la mesure pr\u00e9vue par le droit et dans l&#39;int\u00e9r\u00eat de l&#39;enfant, mais ils ne constituaient pas une autorisation automatique d&#39;adoption.<\/p>\n<p>\u00ab Je comprends \u00bb, r\u00e9pondit Bastien. Madame Fournier le regarda attentivement. \u00ab Vous le dites souvent. Mais j&#39;aimerais savoir ce que vous ressentez lorsque nous vous rappelons ces limites. \u00bb La question le surprit. Il r\u00e9fl\u00e9chit avant de r\u00e9pondre. \u00ab De la frustration, parfois. Et de la peur. \u00bb Elle ne d\u00e9tourna pas les yeux. \u00ab Peur de quoi ? \u00bb Bastien regarda ses mains. \u00ab Que L\u00e9onie finisse par croire que personne ne veut vraiment d&#39;elle. Que les d\u00e9cisions prennent tellement de temps qu&#39;elle perde confiance dans tous les adultes. Et peut-\u00eatre aussi que je ne sois pas \u00e0 la hauteur si une possibilit\u00e9 se pr\u00e9sente. \u00bb<\/p>\n<p>Madame Fournier prit quelques notes. \u00ab Ce sont des inqui\u00e9tudes compr\u00e9hensibles. Mais il faudra veiller \u00e0 ce qu&#39;elles ne vous conduisent pas \u00e0 pr\u00e9cipiter les choses. \u00bb Bastien acquies\u00e7a. Elle poursuivit : \u00ab L\u00e9onie a v\u00e9cu plusieurs ruptures. Elle a perdu sa m\u00e8re et elle sait que son accueil actuel est temporaire. Elle peut chercher \u00e0 s&#39;accrocher rapidement \u00e0 une personne qui lui semble stable. Notre responsabilit\u00e9 est de v\u00e9rifier que cette stabilit\u00e9 est r\u00e9elle, pas seulement ressentie pendant quelques rencontres agr\u00e9ables. \u00bb Bastien pensa aux jeux, aux biscuits et aux conversations dans la salle commune. Il comprit que les moments les plus difficiles restaient encore \u00e0 venir.<\/p>\n<p>La travailleuse sociale lui demanda comment il imaginait r\u00e9agir si L\u00e9onie refusait de lui parler pendant plusieurs jours, si elle se r\u00e9veillait la nuit en pleurant ou si elle r\u00e9p\u00e9tait qu&#39;elle voulait retrouver sa m\u00e8re. Bastien r\u00e9pondit qu&#39;il chercherait d&#39;abord \u00e0 comprendre ce qui se passait et qu&#39;il demanderait de l&#39;aide aux professionnels qui l&#39;accompagnaient. Madame Fournier insista. \u00ab Et si elle vous disait qu&#39;elle ne vous aime pas ? \u00bb Il resta silencieux un instant. \u00ab Je crois que cela me ferait mal \u00bb, admit-il. \u00ab Mais ce ne serait pas \u00e0 elle de me rassurer. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse sembla satisfaire la travailleuse sociale davantage que ses pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9clarations. Elle poursuivit cependant l&#39;entretien avec la m\u00eame rigueur. Elle lui demanda comment il organiserait ses journ\u00e9es, qui pourrait l&#39;aider en cas d&#39;urgence et comment il pr\u00e9serverait les liens de L\u00e9onie avec H\u00e9l\u00e8ne, Paul et les souvenirs de Sarah. Bastien r\u00e9pondit en s&#39;appuyant sur les changements qu&#39;il avait r\u00e9ellement entrepris. Il parla d&#39;Antoine, de Claire et de sa famille, de la psychologue qu&#39;il consultait et des professionnels qu&#39;il avait rencontr\u00e9s. Il ne pr\u00e9tendit pas disposer de toutes les r\u00e9ponses. Il expliqua qu&#39;il avait compris la n\u00e9cessit\u00e9 de construire un r\u00e9seau de soutien solide.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s pr\u00e8s de deux heures, Madame Fournier referma son dossier. \u00ab Nous poursuivrons cette \u00e9valuation \u00bb, dit-elle. \u00ab Pour l&#39;instant, je souhaite que vous continuiez \u00e0 voir L\u00e9onie dans le cadre convenu. Nous allons \u00e9galement examiner la mani\u00e8re dont elle vit la possibilit\u00e9 d&#39;un changement de foyer. \u00bb Bastien se leva. Avant de partir, il demanda s&#39;il pouvait poser une derni\u00e8re question. \u00ab Bien s\u00fbr. \u00bb Il h\u00e9sita. \u00ab Est-ce que vous pensez que je lui fais du bien ? \u00bb Madame Fournier r\u00e9fl\u00e9chit longuement avant de r\u00e9pondre. \u00ab Je pense qu&#39;elle semble se sentir en s\u00e9curit\u00e9 avec vous pendant les rencontres. C&#39;est important. Mais notre travail consiste \u00e0 v\u00e9rifier si cette s\u00e9curit\u00e9 peut tenir dans la dur\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse l&#39;accompagna jusqu&#39;\u00e0 sa voiture. Il aurait voulu une confirmation plus claire, un signe que ses efforts conduiraient \u00e0 quelque chose de concret. Mais il savait d\u00e9sormais que la prudence des professionnels n&#39;\u00e9tait pas une forme d&#39;indiff\u00e9rence. Elle prot\u00e9geait L\u00e9onie contre les d\u00e9cisions prises trop vite. Bastien se rappela la mani\u00e8re dont la petite avait demand\u00e9 s&#39;il y avait une place pour elle dans son appartement. Il avait r\u00e9pondu avec honn\u00eatet\u00e9, mais cette question continuait de r\u00e9sonner en lui. Il ne voulait pas que cet espoir devienne une nouvelle blessure.<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, Madeleine contacta H\u00e9l\u00e8ne au sujet de la lettre laiss\u00e9e par Sarah. La jeune femme avait demand\u00e9 qu&#39;elle soit remise \u00e0 L\u00e9onie \u00e0 un moment o\u00f9 l&#39;enfant disposerait d&#39;un accompagnement suffisamment stable pour en parler avec les adultes qui prenaient soin d&#39;elle. Apr\u00e8s concertation avec la psychologue et Madame Fournier, il fut d\u00e9cid\u00e9 que la lettre pourrait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 L\u00e9onie dans les semaines suivantes, avec le soutien d&#39;H\u00e9l\u00e8ne. Elle n&#39;avait pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme un message secret destin\u00e9 \u00e0 influencer une d\u00e9cision de placement, mais comme un t\u00e9moignage personnel d&#39;une m\u00e8re \u00e0 sa fille.<\/p>\n<p>Lorsque H\u00e9l\u00e8ne apprit que le moment approchait, elle ressentit une \u00e9motion profonde. Elle avait vu Sarah se battre pour pr\u00e9server les liens avec L\u00e9onie, m\u00eame lorsque la maladie l&#39;\u00e9puisait. Elle savait combien cette lettre avait compt\u00e9 pour elle. Pourtant, elle craignait aussi la r\u00e9action de la petite. Les mots de sa m\u00e8re pourraient lui apporter du r\u00e9confort, mais ils risquaient \u00e9galement de raviver une douleur encore r\u00e9cente. La psychologue lui rappela qu&#39;il n&#39;existait pas de mani\u00e8re d&#39;\u00e9viter compl\u00e8tement le chagrin. L&#39;important serait de permettre \u00e0 L\u00e9onie de l&#39;exprimer sans se sentir seule.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, H\u00e9l\u00e8ne proposa \u00e0 L\u00e9onie de s&#39;asseoir avec elle dans le salon. Paul \u00e9tait sorti faire des courses, et la maison \u00e9tait calme. La petite venait de terminer un dessin repr\u00e9sentant Oscar, le vieux chien qu&#39;elle aimait tant. H\u00e9l\u00e8ne lui expliqua que sa maman avait laiss\u00e9 une lettre pour elle. L\u00e9onie releva brusquement la t\u00eate. \u00ab Une lettre de maman ? \u00bb demanda-t-elle. H\u00e9l\u00e8ne acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Elle l&#39;a pr\u00e9par\u00e9e avant de mourir, avec l&#39;aide de Madeleine. Elle voulait que tu puisses la lire quand les adultes penseraient que tu serais bien accompagn\u00e9e pour le faire. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie regarda l&#39;enveloppe blanche pos\u00e9e sur la table. Elle semblait \u00e0 la fois impatiente et effray\u00e9e. \u00ab Est-ce qu&#39;elle a \u00e9crit mon nom ? \u00bb demanda-t-elle. H\u00e9l\u00e8ne lui montra les quelques mots inscrits sur le devant. La petite reconnut les lettres de son pr\u00e9nom. Elle passa doucement un doigt sur l&#39;\u00e9criture, comme si elle pouvait retrouver la main de sa m\u00e8re \u00e0 travers l&#39;encre. \u00ab Je ne sais pas encore lire tous les mots \u00bb, murmura-t-elle. H\u00e9l\u00e8ne sourit avec tendresse. \u00ab Je peux te la lire si tu veux. Et nous pouvons nous arr\u00eater quand tu en as besoin. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie r\u00e9fl\u00e9chit longuement. Puis elle prit l&#39;enveloppe et la serra contre elle. \u00ab Pas maintenant \u00bb, dit-elle. H\u00e9l\u00e8ne acquies\u00e7a imm\u00e9diatement. \u00ab D&#39;accord. Tu pourras choisir le moment. \u00bb La petite regarda sa famille d&#39;accueil avec une inqui\u00e9tude nouvelle. \u00ab Est-ce que je peux la garder dans ma chambre ? \u00bb H\u00e9l\u00e8ne r\u00e9pondit que oui, en proposant de la placer dans une pochette pour qu&#39;elle ne s&#39;ab\u00eeme pas. L\u00e9onie accepta. Elle emporta l&#39;enveloppe, la posa pr\u00e8s de sa brosse et resta plusieurs minutes assise sur son lit sans bouger.<\/p>\n<p>Pendant les jours suivants, la lettre demeura ferm\u00e9e. L\u00e9onie la regardait parfois avant de dormir. Une fois, elle demanda \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne si les mots pouvaient dispara\u00eetre avec le temps. H\u00e9l\u00e8ne lui expliqua que le papier pouvait s&#39;ab\u00eemer, mais qu&#39;on pouvait en prendre soin et en conserver une copie. L\u00e9onie r\u00e9fl\u00e9chit, puis demanda qu&#39;on prot\u00e8ge l&#39;enveloppe dans une pochette transparente. Ce geste lui sembla important. Elle n&#39;\u00e9tait pas encore pr\u00eate \u00e0 entendre le message de sa m\u00e8re, mais elle voulait \u00eatre certaine de ne pas le perdre.<\/p>\n<p>Bastien apprit l&#39;existence de cette lettre lors d&#39;une conversation avec H\u00e9l\u00e8ne. Elle ne lui en r\u00e9v\u00e9la pas le contenu, qu&#39;elle ne connaissait d&#39;ailleurs pas enti\u00e8rement. Elle lui expliqua simplement que L\u00e9onie avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 attendre avant de l&#39;ouvrir. Bastien trouva cette d\u00e9cision profond\u00e9ment compr\u00e9hensible. Il se souvenait de la photographie de sa propre m\u00e8re, qu&#39;il avait laiss\u00e9e dans un tiroir pendant des ann\u00e9es parce qu&#39;il ne supportait pas de la regarder. \u00ab Elle saura quand elle sera pr\u00eate \u00bb, r\u00e9pondit-il. H\u00e9l\u00e8ne acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Nous devons lui laisser ce choix. \u00bb<\/p>\n<p>Lors de leur rencontre suivante, L\u00e9onie parut plus calme qu&#39;il ne l&#39;avait imagin\u00e9. Elle apporta son cahier de dessin et demanda \u00e0 Bastien de lui raconter une autre histoire sur sa m\u00e8re. Il lui parla d&#39;un hiver particuli\u00e8rement froid, lorsqu&#39;elle avait recueilli un petit chien perdu pr\u00e8s du relais routier. L\u00e9onie \u00e9couta avec attention, puis demanda ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 l&#39;animal. Bastien expliqua qu&#39;ils avaient retrouv\u00e9 son propri\u00e9taire gr\u00e2ce \u00e0 une annonce affich\u00e9e dans le village. La petite sembla soulag\u00e9e. \u00ab Alors il est rentr\u00e9 chez lui. \u00bb Bastien acquies\u00e7a. \u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie resta silencieuse quelques instants. Puis elle demanda : \u00ab Et si personne n&#39;\u00e9tait venu le chercher ? \u00bb Bastien r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Ma m\u00e8re aurait probablement essay\u00e9 de lui trouver un endroit o\u00f9 il serait bien. \u00bb La petite le regarda. \u00ab Vous l&#39;auriez gard\u00e9 ? \u00bb Il sourit tristement. \u00ab Je crois que j&#39;aurais essay\u00e9 de convaincre ma m\u00e8re. \u00bb L\u00e9onie baissa les yeux vers son dessin. \u00ab Moi aussi, j&#39;aimerais avoir un endroit o\u00f9 je peux rester longtemps. \u00bb Bastien sentit la phrase lui serrer la poitrine. Il ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement. Il comprenait que cette demande d\u00e9passait largement la question d&#39;une maison.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as raison de vouloir cela \u00bb, dit-il enfin. \u00ab Un enfant a besoin de savoir o\u00f9 il peut dormir, jouer et retrouver les personnes qui prennent soin de lui. \u00bb L\u00e9onie acquies\u00e7a. \u00ab Chez H\u00e9l\u00e8ne et Paul, je suis bien. Mais ils disent que je ne pourrai pas rester toujours. \u00bb Bastien regarda H\u00e9l\u00e8ne, assise \u00e0 proximit\u00e9. Elle semblait \u00e9mue, mais laissa la petite poursuivre. \u00ab Et vous, vous habitez toujours au m\u00eame endroit ? \u00bb demanda L\u00e9onie. \u00ab Oui. \u00bb Elle r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Alors peut-\u00eatre que votre appartement est un endroit qui ne bouge pas. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien aurait voulu sourire, mais la gravit\u00e9 de cette conclusion l&#39;en emp\u00eacha. Il comprit que pour L\u00e9onie, la stabilit\u00e9 avait pris une forme presque mat\u00e9rielle : une maison qui restait l\u00e0, un adulte qui revenait, un chiffon conserv\u00e9 comme promis. Elle ne parlait pas encore d&#39;adoption. Elle cherchait des preuves que certaines choses pouvaient durer. Bastien r\u00e9pondit doucement : \u00ab Mon appartement ne bouge pas, c&#39;est vrai. Mais ce qui compte le plus, ce sont les personnes qui y vivent et la mani\u00e8re dont elles prennent soin les unes des autres. \u00bb L\u00e9onie le regarda attentivement, puis reprit son dessin.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, une professionnelle charg\u00e9e de l&#39;\u00e9valuation du projet de Bastien se rendit \u00e0 son domicile. Il avait rang\u00e9 son appartement comme \u00e0 son habitude, mais n&#39;avait pas cherch\u00e9 \u00e0 le transformer artificiellement. La visite dura plusieurs heures. La professionnelle observa les pi\u00e8ces, posa des questions sur la s\u00e9curit\u00e9, l&#39;organisation quotidienne et les possibilit\u00e9s d&#39;am\u00e9nagement. Elle s&#39;int\u00e9ressa \u00e9galement \u00e0 la mani\u00e8re dont Bastien parlait de L\u00e9onie. Il remarqua qu&#39;elle revenait souvent sur la place de Sarah dans ses r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>\u00ab Si un jour vous accueillez durablement cette enfant, comment parlerez-vous de sa m\u00e8re ? \u00bb demanda-t-elle. Bastien regarda la photographie de la sienne, pos\u00e9e sur une \u00e9tag\u00e8re du salon. \u00ab Je crois que je lui parlerai de Sarah chaque fois qu&#39;elle en aura envie. Je ne voudrais pas qu&#39;elle pense devoir l&#39;oublier pour aimer quelqu&#39;un d&#39;autre. \u00bb La professionnelle acquies\u00e7a. \u00ab Et si elle compare constamment votre mani\u00e8re de faire avec celle de sa m\u00e8re ? \u00bb Il r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Je suppose que cela me demandera de la patience. Mais Sarah restera sa m\u00e8re. Ce n&#39;est pas une place que je pourrais prendre. \u00bb<\/p>\n<p>La professionnelle nota sa r\u00e9ponse, puis l&#39;interrogea sur ses propres attentes. Bastien admit qu&#39;il imaginait parfois des moments heureux : pr\u00e9parer un petit d\u00e9jeuner, accompagner L\u00e9onie \u00e0 l&#39;\u00e9cole, \u00e9couter ses histoires, l&#39;aider \u00e0 faire ses devoirs. Mais il expliqua aussi qu&#39;il avait commenc\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 des journ\u00e9es moins simples. Il avait compris qu&#39;un enfant endeuill\u00e9 pouvait \u00e9prouver des \u00e9motions contradictoires, rejeter une pr\u00e9sence qu&#39;il recherchait pourtant et avoir besoin de r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames questions. \u00ab Je ne veux pas qu&#39;elle ait \u00e0 devenir facile \u00e0 vivre pour rester avec moi \u00bb, conclut-il.<\/p>\n<p>La visite se termina sans verdict. La professionnelle lui expliqua que ses observations seraient int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l&#39;\u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale. Bastien la raccompagna jusqu&#39;\u00e0 la porte, puis resta seul dans son appartement. Il regarda les pi\u00e8ces silencieuses, les livres rang\u00e9s et les grandes fen\u00eatres donnant sur la ville. Il se demanda ce que L\u00e9onie remarquerait en premier si elle venait un jour y vivre. Peut-\u00eatre la lumi\u00e8re, peut-\u00eatre les tableaux, peut-\u00eatre simplement l&#39;absence de jouets. Il imagina sa brosse pos\u00e9e sur une \u00e9tag\u00e8re. Puis il repoussa doucement cette image. Il ne voulait pas transformer une possibilit\u00e9 encore incertaine en certitude int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Chez H\u00e9l\u00e8ne, L\u00e9onie finit par demander qu&#39;on lui lise la lettre. C&#39;\u00e9tait un dimanche apr\u00e8s-midi. La pluie tombait doucement sur les vitres, et Paul pr\u00e9parait une soupe dans la cuisine. La petite avait pass\u00e9 une partie de la matin\u00e9e \u00e0 dessiner. Puis elle avait sorti l&#39;enveloppe de sa pochette et l&#39;avait apport\u00e9e dans le salon. \u00ab Je crois que je veux savoir \u00bb, dit-elle. H\u00e9l\u00e8ne posa son livre et lui proposa de s&#39;installer pr\u00e8s d&#39;elle. La psychologue avait expliqu\u00e9 qu&#39;il serait possible de lire la lettre en plusieurs fois. L\u00e9onie acquies\u00e7a \u00e0 cette id\u00e9e.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne ouvrit soigneusement l&#39;enveloppe. \u00c0 l&#39;int\u00e9rieur se trouvaient plusieurs pages \u00e9crites avec l&#39;aide de Madeleine. L&#39;\u00e9criture \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8re, mais certains mots avaient \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s de la main de Sarah. L\u00e9onie reconnut imm\u00e9diatement quelques lettres trac\u00e9es par sa m\u00e8re. Elle les toucha du bout des doigts. H\u00e9l\u00e8ne prit une inspiration et commen\u00e7a \u00e0 lire. Sarah racontait d&#39;abord des souvenirs simples : la premi\u00e8re fois que L\u00e9onie avait ri aux \u00e9clats, sa passion pour les chiens, son go\u00fbt pour les dessins et sa mani\u00e8re de vouloir aider tout le monde. La petite \u00e9coutait sans bouger.<\/p>\n<p>La lettre \u00e9voquait ensuite la maladie. Sarah expliquait qu&#39;elle aurait voulu rester plus longtemps aupr\u00e8s de sa fille, mais que son corps n&#39;avait pas pu gu\u00e9rir. Elle r\u00e9p\u00e9tait que L\u00e9onie n&#39;\u00e9tait responsable de rien. Aucun comportement, aucune parole, aucune b\u00eatise n&#39;avait provoqu\u00e9 sa mort. Elle lui disait qu&#39;elle avait \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e d\u00e8s sa naissance, avant m\u00eame de savoir marcher, parler ou rendre service \u00e0 quelqu&#39;un. \u00c0 ces mots, L\u00e9onie se mit \u00e0 pleurer silencieusement. H\u00e9l\u00e8ne s&#39;interrompit et lui demanda si elle souhaitait continuer. La petite acquies\u00e7a en essuyant ses joues.<\/p>\n<p>Sarah parlait ensuite de l&#39;avenir. Elle souhaitait que L\u00e9onie grandisse entour\u00e9e de personnes capables de l&#39;aimer sans condition, de l&#39;aider \u00e0 apprendre et de respecter son histoire. Elle lui rappelait qu&#39;elle avait le droit de se sentir heureuse, de rire, de se faire des amis et d&#39;aimer d&#39;autres adultes. \u00ab Tu ne me trahiras jamais en \u00e9tant heureuse \u00bb, avait-elle \u00e9crit. H\u00e9l\u00e8ne lut cette phrase lentement. L\u00e9onie la regarda avec une intensit\u00e9 nouvelle. \u00ab \u00c7a veut dire que je peux aimer H\u00e9l\u00e8ne et Paul ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Oui, ma ch\u00e9rie. \u00bb La petite r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Et Monsieur Bastien ? \u00bb H\u00e9l\u00e8ne sourit doucement. \u00ab Oui. Tu peux aimer les personnes qui prennent soin de toi. \u00bb<\/p>\n<p>La lettre se terminait par une \u00e9vocation de la brosse de l&#39;arri\u00e8re-grand-p\u00e8re. Sarah rappelait \u00e0 L\u00e9onie que cet objet repr\u00e9sentait le courage et le travail de leur famille, mais qu&#39;elle ne devait jamais croire qu&#39;elle avait besoin de travailler pour m\u00e9riter un repas, une maison ou de l&#39;affection. Elle lui expliquait que l&#39;amour ne se gagnait pas comme une r\u00e9compense. L\u00e9onie baissa les yeux vers ses mains. Elle sembla r\u00e9fl\u00e9chir longtemps \u00e0 cette id\u00e9e. Puis elle demanda \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne de relire ce passage. La femme le fit, sans se presser.<\/p>\n<p>Lorsque la lecture fut termin\u00e9e, L\u00e9onie resta blottie contre H\u00e9l\u00e8ne pendant plusieurs minutes. Elle ne demanda pas \u00e0 ranger imm\u00e9diatement la lettre. Elle souhaita seulement que la derni\u00e8re page reste ouverte devant elle. H\u00e9l\u00e8ne la regarda, attentive \u00e0 ce qu&#39;elle pourrait exprimer. Enfin, la petite murmura : \u00ab Alors maman ne voulait pas que je cire les chaussures pour manger ? \u00bb H\u00e9l\u00e8ne caressa doucement ses cheveux. \u00ab Elle voulait que tu saches travailler avec soin, mais elle ne voulait pas que tu aies faim ou que tu te sentes oblig\u00e9e de gagner l&#39;amour des autres. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Je croyais que si je faisais tout bien, elle serait contente et elle pourrait revenir. \u00bb H\u00e9l\u00e8ne sentit les larmes monter, mais elle garda une voix calme. \u00ab Ta maman \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 contente de t&#39;avoir comme fille. Et sa maladie n&#39;avait rien \u00e0 voir avec ce que tu faisais. \u00bb La petite enfouit son visage contre elle. \u00ab Je voudrais quand m\u00eame qu&#39;elle revienne. \u00bb H\u00e9l\u00e8ne la serra doucement. \u00ab Je sais, ma ch\u00e9rie. Moi aussi, j&#39;aurais voulu qu&#39;elle puisse rester avec toi. \u00bb Elles demeur\u00e8rent ainsi longtemps, tandis que la pluie continuait de tomber sur le jardin.<\/p>\n<p>Le lendemain, L\u00e9onie demanda \u00e0 voir Bastien lors de leur prochaine rencontre. H\u00e9l\u00e8ne en informa Madame Fournier, qui confirma que cela pouvait \u00eatre organis\u00e9 dans le cadre habituel. La petite souhaitait lui parler de la lettre, mais elle ne savait pas encore exactement ce qu&#39;elle voulait dire. Elle passa plusieurs jours \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, dessinant parfois la brosse de son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, parfois la maison jaune o\u00f9 elle avait v\u00e9cu avec sa m\u00e8re. H\u00e9l\u00e8ne ne la pressa pas. Elle savait que les mots de Sarah avaient ouvert un espace nouveau dans l&#39;esprit de l&#39;enfant.<\/p>\n<p>Lorsque Bastien arriva, L\u00e9onie l&#39;attendait pr\u00e8s de la table. Elle avait apport\u00e9 sa brosse et une feuille pli\u00e9e. Elle lui demanda de s&#39;asseoir, puis posa l&#39;objet devant lui. \u00ab Maman m&#39;a \u00e9crit une lettre \u00bb, annon\u00e7a-t-elle. Bastien acquies\u00e7a doucement. \u00ab H\u00e9l\u00e8ne m&#39;a dit que tu l&#39;avais re\u00e7ue. \u00bb La petite le regarda avec s\u00e9rieux. \u00ab Elle a dit que je n&#39;avais pas besoin de travailler pour qu&#39;on m&#39;aime. \u00bb Bastien sentit sa gorge se serrer. \u00ab Elle avait raison. \u00bb L\u00e9onie baissa les yeux vers la brosse. \u00ab Alors je peux la garder juste parce qu&#39;elle appartenait \u00e0 mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Tu peux la garder comme un souvenir de ta famille, sans \u00eatre oblig\u00e9e de t&#39;en servir pour obtenir quoi que ce soit. \u00bb La petite sembla soulag\u00e9e. Elle rangea la brosse dans son sac, puis d\u00e9plia sa feuille. C&#39;\u00e9tait un dessin repr\u00e9sentant un homme et une fillette assis \u00e0 une table de caf\u00e9. Devant eux se trouvaient une tasse, une assiette et une paire de chaussures. \u00ab C&#39;est nous \u00bb, expliqua-t-elle. Bastien observa le dessin avec \u00e9motion. \u00ab Je nous reconnais tr\u00e8s bien. \u00bb L\u00e9onie d\u00e9signa la fillette. \u00ab J&#39;ai dessin\u00e9 un sourire parce que maintenant je suis contente de vous avoir rencontr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien resta silencieux quelques secondes, puis la remercia. Il aurait voulu lui dire combien elle avait transform\u00e9 sa vie, mais il comprit que ce poids ne devait pas lui appartenir. L\u00e9onie n&#39;avait pas \u00e0 devenir la raison pour laquelle un adulte trouvait un sens \u00e0 son existence. Elle devait pouvoir rester une enfant, avec ses jeux, ses peurs et ses souvenirs. Il se contenta de lui dire que leur rencontre comptait beaucoup pour lui. La petite acquies\u00e7a, satisfaite, puis demanda s&#39;ils pouvaient faire un nouveau puzzle.<\/p>\n<p>Ils pass\u00e8rent le reste de l&#39;apr\u00e8s-midi \u00e0 assembler une image repr\u00e9sentant une maison au bord d&#39;un lac. L\u00e9onie choisit les pi\u00e8ces du ciel et confia \u00e0 Bastien celles des arbres. Elle le surveilla quelques minutes, puis d\u00e9cida qu&#39;il avait suffisamment progress\u00e9 pour travailler seul. H\u00e9l\u00e8ne les observait depuis sa chaise, un l\u00e9ger sourire aux l\u00e8vres. Pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, L\u00e9onie semblait capable de parler de Sarah, de sa brosse et de son avenir sans que chaque sujet provoque imm\u00e9diatement une peur nouvelle. Cette \u00e9volution restait fragile, mais elle \u00e9tait r\u00e9elle.<\/p>\n<p>En fin de rencontre, Madame Fournier demanda \u00e0 Bastien de rester quelques minutes apr\u00e8s le d\u00e9part de L\u00e9onie. Lorsqu&#39;ils se retrouv\u00e8rent seuls, elle lui expliqua que l&#39;\u00e9valuation de son projet se poursuivait et que les professionnels avaient relev\u00e9 plusieurs \u00e9l\u00e9ments encourageants. Toutefois, certaines questions restaient ouvertes, notamment la capacit\u00e9 de L\u00e9onie \u00e0 vivre un \u00e9ventuel changement de foyer et la n\u00e9cessit\u00e9 de respecter son rythme. \u00ab Nous ne pouvons pas lui faire croire qu&#39;une d\u00e9cision est prise \u00bb, rappela-t-elle. Bastien acquies\u00e7a. \u00ab Je ne le ferai pas. \u00bb<\/p>\n<p>La travailleuse sociale h\u00e9sita avant d&#39;ajouter : \u00ab Nous aimerions organiser, lorsque cela sera appropri\u00e9, des temps de rencontre plus proches du quotidien. Pas seulement des jeux dans une salle. Il faudra voir comment vous r\u00e9agissez ensemble dans des situations ordinaires, avec des r\u00e8gles, des frustrations et des impr\u00e9vus. \u00bb Bastien sentit une \u00e9motion nouvelle. Il savait que cette proposition ne constituait pas une autorisation d&#39;accueil durable, mais elle repr\u00e9sentait une \u00e9tape concr\u00e8te. \u00ab Je suis pr\u00eat \u00e0 essayer \u00bb, r\u00e9pondit-il. Madame Fournier le corrigea doucement : \u00ab Nous allons d&#39;abord pr\u00e9parer cela avec L\u00e9onie. C&#39;est son rythme qui doit guider la suite. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien accepta cette pr\u00e9cision. En sortant du b\u00e2timent, il retrouva la lumi\u00e8re froide de d\u00e9cembre et les trottoirs humides. Il pensa \u00e0 la petite fille du caf\u00e9, \u00e0 la m\u00e8re qui avait voulu lui laisser une lettre, aux chaussures cir\u00e9es et aux questions rest\u00e9es sans r\u00e9ponse. Il comprenait d\u00e9sormais que son avenir ne d\u00e9pendrait pas d&#39;un seul geste courageux. Il se construirait, ou non, \u00e0 travers des d\u00e9cisions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, des \u00e9valuations et une confiance patiemment gagn\u00e9e. Cette incertitude ne l&#39;effrayait plus autant qu&#39;auparavant.<\/p>\n<p>Le soir, il posa le dessin offert par L\u00e9onie sur son bureau, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la photographie de sa m\u00e8re. Il observa longtemps les deux images. L&#39;une appartenait \u00e0 son pass\u00e9, l&#39;autre \u00e0 un avenir qu&#39;il ne pouvait pas encore nommer. Entre elles se trouvait le chiffon us\u00e9, toujours soigneusement pli\u00e9. Bastien comprit qu&#39;il avait cess\u00e9 de consid\u00e9rer cet objet comme le souvenir d&#39;une rencontre extraordinaire. Il \u00e9tait devenu le rappel d&#39;une responsabilit\u00e9 simple : ne pas oublier ce qu&#39;on avait promis, m\u00eame lorsque personne ne regardait.<\/p>\n<p>Avant de se coucher, il re\u00e7ut un dernier message de Madame Fournier confirmant qu&#39;une nouvelle \u00e9tape d&#39;observation pourrait \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e apr\u00e8s les f\u00eates, sous r\u00e9serve de l&#39;accord de L\u00e9onie et des personnes responsables. Bastien lut attentivement le message, puis r\u00e9pondit qu&#39;il resterait disponible. Il n&#39;ajouta aucune question sur les d\u00e9lais ni sur les chances d&#39;une issue favorable. Pour une fois, il n&#39;avait pas besoin de conna\u00eetre imm\u00e9diatement le r\u00e9sultat. Il savait seulement qu&#39;il continuerait \u00e0 avancer avec prudence, dans le respect de cette enfant qui avait d\u00e9j\u00e0 tant perdu.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6762\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : Apr\u00e8s les f\u00eates, une premi\u00e8re journ\u00e9e hors du cadre habituel r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Bastien ce que L\u00e9onie redoute encore de perdre<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le matin o\u00f9 Madame Fournier annon\u00e7a qu&#39;une nouvelle \u00e9tape devait \u00eatre franchie, Bastien comprit imm\u00e9diatement que la situation avait chang\u00e9. 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