{"id":6757,"date":"2026-10-18T03:42:21","date_gmt":"2026-10-18T03:42:21","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6757"},"modified":"2026-10-18T03:42:21","modified_gmt":"2026-10-18T03:42:21","slug":"partie-4-face-aux-reserves-des-services-sociaux-bastien-comprend-quaider-leonie-exigera-bien-davantage-quun-geste-genereux-ou-une-promesse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6757","title":{"rendered":"PARTIE 4 \u2013 Face aux r\u00e9serves des services sociaux, Bastien comprend qu\u2019aider L\u00e9onie exigera bien davantage qu\u2019un geste g\u00e9n\u00e9reux ou une promesse"},"content":{"rendered":"<p>Madame Fournier avait pos\u00e9 sur son bureau un dossier ferm\u00e9, une feuille blanche et un stylo. Elle n&#39;avait pas offert de caf\u00e9 \u00e0 Bastien, ni manifest\u00e9 la moindre impression en entendant son nom. L&#39;entretien avait commenc\u00e9 depuis moins de dix minutes lorsqu&#39;elle lui posa une question qui le d\u00e9stabilisa davantage qu&#39;il ne l&#39;aurait cru. \u00ab Monsieur Larcher, combien de temps pensez-vous pouvoir consacrer \u00e0 cette enfant lorsque l&#39;\u00e9motion de votre premi\u00e8re rencontre sera retomb\u00e9e ? \u00bb Il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu&#39;elle s&#39;int\u00e9resse \u00e0 ses revenus, \u00e0 son logement ou \u00e0 la solidit\u00e9 de son entreprise. Il aurait pu r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces questions avec des chiffres. Celle-ci exigeait une r\u00e9ponse qu&#39;aucun document ne pouvait garantir.<\/p>\n<p>Il prit quelques secondes avant de parler. \u00ab Je ne peux pas vous assurer aujourd&#39;hui que je saurai tout faire correctement. Je n&#39;ai jamais \u00e9lev\u00e9 d&#39;enfant. \u00bb Madame Fournier le regarda sans intervenir. \u00ab Mais je comprends que ce n&#39;est pas une affaire de quelques semaines. Si je m&#39;engage, je devrai \u00eatre pr\u00e9sent aussi lorsque ce sera difficile, lorsque L\u00e9onie ne voudra pas me parler, ou lorsque mon travail m&#39;imposera de faire des choix. \u00bb La travailleuse sociale nota quelques mots. \u00ab Et qu&#39;est-ce qui vous fait croire que vous \u00eates pr\u00eat \u00e0 ces choix ? \u00bb Bastien expira lentement. \u00ab Je ne le crois pas encore. C&#39;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que je suis venu vous rencontrer. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse sembla retenir l&#39;attention de Madame Fournier, sans pour autant modifier son attitude prudente. Elle lui expliqua qu&#39;il \u00e9tait fr\u00e9quent de voir des adultes boulevers\u00e9s par l&#39;histoire d&#39;un enfant. Certains proposaient imm\u00e9diatement de l&#39;argent, un h\u00e9bergement ou m\u00eame une adoption. Beaucoup d\u00e9couvraient ensuite que la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne ne ressemblait pas \u00e0 l&#39;\u00e9lan qui les avait pouss\u00e9s \u00e0 intervenir. \u00ab Nous rencontrons des personnes profond\u00e9ment sinc\u00e8res au moment o\u00f9 elles nous parlent \u00bb, dit-elle. \u00ab Six mois plus tard, certaines ne r\u00e9pondent plus au t\u00e9l\u00e9phone. L&#39;enfant, lui, se souvient de chaque promesse. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien ne chercha pas \u00e0 se d\u00e9fendre. Il repensa \u00e0 la fa\u00e7on dont L\u00e9onie avait serr\u00e9 sa brosse contre elle au caf\u00e9, comme si la possibilit\u00e9 de travailler constituait sa seule garantie d&#39;obtenir de la nourriture. Une enfant ayant d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 m\u00e9riter ce qu&#39;on lui donnait ne devait pas avoir \u00e0 supporter une promesse suppl\u00e9mentaire suivie d&#39;un abandon. \u00ab Vous avez raison d&#39;\u00eatre m\u00e9fiante \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Je ne veux pas lui dire que je serai quelque chose pour elle avant de savoir si je peux r\u00e9ellement le devenir. \u00bb<\/p>\n<p>Madame Fournier referma son stylo. \u00ab La premi\u00e8re priorit\u00e9 reste la situation actuelle de L\u00e9onie. Sa m\u00e8re a exprim\u00e9 un souhait concernant le maintien des visites. Nous devons l&#39;examiner dans le cadre de son accompagnement. H\u00e9l\u00e8ne et Paul continuent d&#39;assurer son accueil pour le moment. Quant \u00e0 vous, il n&#39;est pas question d&#39;improviser des rencontres ou de prendre une place qui ne vous appartient pas. \u00bb Bastien acquies\u00e7a. \u00ab Je comprends. \u00bb Elle poursuivit : \u00ab Si vous souhaitez entreprendre un projet d&#39;adoption, il existe une proc\u00e9dure distincte. Mais cela ne vous conf\u00e8re aucun droit particulier concernant L\u00e9onie. \u00bb<\/p>\n<p>Il connaissait d\u00e9j\u00e0 l&#39;essentiel de ces informations gr\u00e2ce \u00e0 Ma\u00eetre Delcourt. Pourtant, les entendre dans ce bureau, face \u00e0 une professionnelle qui avait la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger les enfants, leur donnait une port\u00e9e diff\u00e9rente. Il ne s&#39;agissait plus de choisir une d\u00e9marche parmi plusieurs possibilit\u00e9s. Il devait accepter que la vie de L\u00e9onie ne soit pas un probl\u00e8me priv\u00e9 qu&#39;il pourrait r\u00e9soudre en mobilisant ses ressources personnelles. Il y avait sa m\u00e8re, sa famille d&#39;accueil, les professionnels qui l&#39;accompagnaient et, surtout, L\u00e9onie elle-m\u00eame, avec ses besoins, ses attachements et ses propres d\u00e9sirs.<\/p>\n<p>\u00ab Je voudrais malgr\u00e9 tout savoir si je peux faire quelque chose d&#39;utile \u00bb, dit-il. Madame Fournier r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Vous pouvez commencer par respecter le cadre que nous \u00e9tablissons. C&#39;est moins spectaculaire qu&#39;un geste financier, mais beaucoup plus important. \u00bb Elle ajouta qu&#39;une attention ext\u00e9rieure, lorsqu&#39;elle \u00e9tait souhait\u00e9e par l&#39;enfant et encadr\u00e9e par les personnes responsables, pouvait parfois \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique. Rien n&#39;\u00e9tait acquis. Les rencontres \u00e9ventuelles devraient \u00eatre pr\u00e9par\u00e9es, observ\u00e9es et ajust\u00e9es selon la r\u00e9action de L\u00e9onie.<\/p>\n<p>En quittant les bureaux du service, Bastien \u00e9prouva une fatigue inhabituelle. Il n&#39;avait sign\u00e9 aucun document d\u00e9cisif, obtenu aucune autorisation particuli\u00e8re ni fait avancer de mani\u00e8re visible le projet qui commen\u00e7ait \u00e0 prendre forme dans son esprit. Il avait seulement re\u00e7u des limites. Pourtant, il savait que ces limites \u00e9taient n\u00e9cessaires. Pendant longtemps, l&#39;argent et l&#39;autorit\u00e9 lui avaient permis d&#39;obtenir rapidement des r\u00e9sultats. Cette fois, son premier apprentissage consistait \u00e0 comprendre qu&#39;il ne pouvait pas \u00eatre celui qui d\u00e9cidait de tout.<\/p>\n<p>Les jours suivants, Sarah adressa officiellement sa demande concernant le maintien des visites de L\u00e9onie. Avec l&#39;appui des professionnels qui connaissaient sa situation, les services r\u00e9examin\u00e8rent les possibilit\u00e9s d&#39;accueil et les modalit\u00e9s d&#39;accompagnement. Il ne fut pas n\u00e9cessaire que Bastien intervienne directement dans les d\u00e9cisions. H\u00e9l\u00e8ne et Paul accept\u00e8rent de prolonger temporairement leur engagement, tandis qu&#39;une organisation adapt\u00e9e \u00e9tait recherch\u00e9e. Lorsque Madame Fournier l&#39;en informa dans les limites de ce qu&#39;elle pouvait lui communiquer, Bastien ressentit un soulagement sinc\u00e8re. La petite fille ne serait pas \u00e9loign\u00e9e imm\u00e9diatement de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette nouvelle ne r\u00e9glait pourtant qu&#39;une partie du probl\u00e8me. Sarah restait gravement malade et personne ne pouvait pr\u00e9voir exactement l&#39;\u00e9volution de son \u00e9tat. L\u00e9onie continuait \u00e0 vivre chez H\u00e9l\u00e8ne et Paul, dans une maison o\u00f9 elle avait trouv\u00e9 de l&#39;affection, mais dont le caract\u00e8re temporaire lui \u00e9chappait difficilement. Elle demandait souvent combien de temps elle pourrait encore y rester. H\u00e9l\u00e8ne r\u00e9pondait avec honn\u00eatet\u00e9, sans lui pr\u00e9senter comme d\u00e9finitif ce qui ne l&#39;\u00e9tait pas. Les adultes tentaient de pr\u00e9server les rep\u00e8res de l&#39;enfant pendant que les d\u00e9cisions se construisaient autour d&#39;elle.<\/p>\n<p>Un samedi de la fin novembre, Madame Fournier autorisa une rencontre entre Bastien et L\u00e9onie dans une salle commune, en pr\u00e9sence d&#39;H\u00e9l\u00e8ne. L&#39;id\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e avec les personnes responsables de l&#39;enfant et pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 L\u00e9onie sans pression. Elle avait demand\u00e9 si le monsieur du caf\u00e9 poss\u00e9dait toujours son chiffon. Lorsque H\u00e9l\u00e8ne lui avait r\u00e9pondu qu&#39;elle n&#39;en savait rien, la petite avait r\u00e9fl\u00e9chi quelques secondes avant d&#39;accepter de le revoir. Bastien apprit cette r\u00e9ponse avec une \u00e9motion qu&#39;il s&#39;effor\u00e7a de ne pas transformer en attente excessive.<\/p>\n<p>La salle \u00e9tait claire, meubl\u00e9e simplement. Une grande table occupait le centre, entour\u00e9e de chaises de tailles diff\u00e9rentes. Une \u00e9tag\u00e8re contenait des jeux, des albums illustr\u00e9s et plusieurs bo\u00eetes de crayons. \u00c0 travers la fen\u00eatre, on apercevait une cour o\u00f9 les feuilles mortes s&#39;accumulaient contre un mur. Bastien arriva en avance. Il avait apport\u00e9 le chiffon, proprement pli\u00e9, mais aucun cadeau. Madame Fournier lui avait conseill\u00e9 de ne pas chercher \u00e0 impressionner L\u00e9onie. Il s&#39;installa pr\u00e8s de la table, un peu plus nerveux qu&#39;il ne l&#39;aurait admis.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne entra avec la fillette quelques minutes plus tard. L\u00e9onie portait un pull vert et des bottines propres. Ses cheveux \u00e9taient attach\u00e9s en deux petites tresses in\u00e9gales. Elle s&#39;arr\u00eata sur le seuil lorsqu&#39;elle aper\u00e7ut Bastien, comme pour v\u00e9rifier qu&#39;il s&#39;agissait bien du m\u00eame homme. Puis son regard descendit vers ses chaussures. \u00ab Elles sont toujours brillantes ? \u00bb demanda-t-elle avant m\u00eame de le saluer. Bastien sourit. \u00ab J&#39;ai essay\u00e9 d&#39;en prendre soin. Mais je crois que tu ferais mieux que moi. \u00bb L\u00e9onie s&#39;approcha enfin. \u00ab Il ne faut pas mettre trop de produit. Apr\u00e8s, \u00e7a colle. \u00bb<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne posa son manteau et s&#39;assit l\u00e9g\u00e8rement en retrait, tout en restant disponible. Madeleine avait apport\u00e9 une bo\u00eete de biscuits pour la rencontre. Elle la d\u00e9posa sur la table et proposa aux participants de se servir. Bastien prit un biscuit et demanda \u00e0 L\u00e9onie lequel lui faisait envie. La fillette examina les diff\u00e9rentes formes avec attention. \u00ab Est-ce que je dois ranger quelque chose avant ? \u00bb demanda-t-elle. Il crut d&#39;abord qu&#39;elle voulait aider par politesse. Puis il comprit qu&#39;elle \u00e9tablissait, comme au caf\u00e9, un lien entre recevoir et accomplir une t\u00e2che.<\/p>\n<p>\u00ab Non \u00bb, r\u00e9pondit-il doucement. \u00ab Tu peux choisir un biscuit simplement parce que tu en as envie. \u00bb L\u00e9onie regarda H\u00e9l\u00e8ne, qui confirma d&#39;un signe de t\u00eate. Elle prit alors le plus petit biscuit de la bo\u00eete. Bastien ne fit aucun commentaire sur son choix. Il se contenta de refermer le couvercle pour pr\u00e9server les autres. Quelques minutes plus tard, lorsque Madeleine proposa d&#39;en reprendre un, L\u00e9onie h\u00e9sita longtemps avant d&#39;accepter. Ce d\u00e9tail, si discret qu&#39;un visiteur press\u00e9 l&#39;aurait \u00e0 peine remarqu\u00e9, occupa longtemps les pens\u00e9es de Bastien.<\/p>\n<p>Ils commenc\u00e8rent par un puzzle repr\u00e9sentant un paysage de montagne. L\u00e9onie s&#39;installa devant les pi\u00e8ces \u00e9parpill\u00e9es et entreprit aussit\u00f4t de s\u00e9parer les bords du reste. Bastien tenta de l&#39;aider, mais pla\u00e7a deux morceaux au mauvais endroit. Elle l&#39;observa pendant quelques secondes, puis intervint. \u00ab Celui-l\u00e0 va dans le coin \u00bb, expliqua-t-elle. \u00ab Vous avez mis le ciel \u00e0 la place de la neige. \u00bb Il examina les pi\u00e8ces et reconnut son erreur. \u00ab Heureusement que tu es l\u00e0. \u00bb La petite laissa \u00e9chapper un rire bref, presque surpris. H\u00e9l\u00e8ne leva les yeux de son livre, attentive \u00e0 cette r\u00e9action.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s d&#39;une heure, ils assembl\u00e8rent le paysage. L\u00e9onie parlait peu, mais son silence n&#39;avait plus la m\u00eame tension que lors de leur premi\u00e8re rencontre. Elle expliqua que les montagnes lui rappelaient certains trajets effectu\u00e9s avec sa m\u00e8re et qu&#39;elle aimait particuli\u00e8rement les chiens qu&#39;on croisait pr\u00e8s des fermes. Bastien lui demanda si elle en avait d\u00e9j\u00e0 eu un. \u00ab Non, mais Paul conna\u00eet un vieux chien qui s&#39;appelle Oscar. Il marche doucement et il me laisse lui caresser les oreilles. \u00bb Elle r\u00e9fl\u00e9chit avant d&#39;ajouter : \u00ab Je crois qu&#39;il m&#39;aime bien parce que je ne lui tire jamais la queue. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien raconta qu&#39;il avait grandi pr\u00e8s d&#39;un relais routier o\u00f9 passaient parfois des chiens accompagnant leurs ma\u00eetres. Sa m\u00e8re gardait dans un tiroir quelques biscuits destin\u00e9s aux animaux, et il avait longtemps cru que tous les restaurants fonctionnaient de cette mani\u00e8re. L\u00e9onie l&#39;\u00e9couta avec un int\u00e9r\u00eat \u00e9vident. \u00ab Votre maman travaillait l\u00e0 ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Oui. Elle servait les clients. Elle travaillait beaucoup. \u00bb La petite pla\u00e7a une pi\u00e8ce pr\u00e8s du sommet de la montagne. \u00ab Ma maman aussi travaillait beaucoup, avant. \u00bb Ils rest\u00e8rent silencieux un instant. Puis elle reprit son puzzle, sans qu&#39;il tente de prolonger la conversation.<\/p>\n<p>Lorsque l&#39;heure de partir arriva, L\u00e9onie examina l&#39;image termin\u00e9e. \u00ab On a r\u00e9ussi \u00bb, annon\u00e7a-t-elle. Bastien corrigea doucement : \u00ab Tu as surtout r\u00e9ussi. Moi, j&#39;ai pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 confondre le ciel et la neige. \u00bb Elle rit de nouveau. H\u00e9l\u00e8ne se leva pour l&#39;aider \u00e0 remettre son manteau. Bastien sortit alors le chiffon de sa poche et le posa sur la table. \u00ab J&#39;avais oubli\u00e9 de te le rendre. \u00bb L\u00e9onie le reconnut imm\u00e9diatement. Elle l&#39;effleura du bout des doigts, puis repoussa doucement le tissu vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pouvez encore le garder \u00bb, dit-elle. \u00ab Au cas o\u00f9 vos chaussures auraient besoin d&#39;\u00eatre nettoy\u00e9es. \u00bb Bastien s&#39;appr\u00eatait \u00e0 refuser, mais elle ajouta : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re qu&#39;il reste avec vous pour l&#39;instant. \u00bb Il comprit que ce chiffon \u00e9tait devenu pour elle un petit lien entre leur premi\u00e8re rencontre et celle qu&#39;ils venaient de vivre. Il le replia soigneusement. \u00ab D&#39;accord. J&#39;en prendrai soin. \u00bb Elle acquies\u00e7a, satisfaite, avant de rejoindre H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le chemin du retour, Bastien repensa aux questions que L\u00e9onie n&#39;avait pas pos\u00e9es. Elle ne lui avait rien demand\u00e9 concernant son m\u00e9tier, son argent ou les raisons de son int\u00e9r\u00eat. Elle voulait seulement savoir s&#39;il avait conserv\u00e9 son chiffon, s&#39;il se souvenait des conseils concernant le cirage et s&#39;il \u00e9tait capable d&#39;assembler un puzzle. Ce monde d&#39;attentes modestes lui \u00e9tait peu familier. Il avait pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 mesurer les relations \u00e0 travers des engagements formels. Avec L\u00e9onie, la confiance semblait se construire autrement : une r\u00e9ponse honn\u00eate, un objet conserv\u00e9, une erreur reconnue sans agacement.<\/p>\n<p>Le samedi suivant, une nouvelle rencontre fut organis\u00e9e. Puis une autre. \u00c0 chaque fois, Bastien suivit les indications d&#39;H\u00e9l\u00e8ne et des professionnels. Il apprit \u00e0 ne pas interpr\u00e9ter le silence de L\u00e9onie comme un rejet. Certains jours, elle arrivait pleine d&#39;histoires et racontait avec enthousiasme ce qui s&#39;\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 l&#39;\u00e9cole. D&#39;autres fois, elle ne souhaitait presque pas parler. Elle pr\u00e9f\u00e9rait dessiner ou jouer tranquillement. Bastien d\u00e9couvrit qu&#39;il pouvait \u00eatre pr\u00e9sent sans remplir chaque minute de questions. Cette simple disponibilit\u00e9 lui demandait parfois plus d&#39;efforts que les longues r\u00e9unions auxquelles il \u00e9tait habitu\u00e9.<\/p>\n<p>Un apr\u00e8s-midi, L\u00e9onie parla longuement des tartines grill\u00e9es que Paul pr\u00e9parait au petit d\u00e9jeuner. Elle expliqua qu&#39;il les faisait parfois trop cuire, mais qu&#39;elle aimait malgr\u00e9 tout le bruit du pain lorsqu&#39;il cassait sous les dents. Bastien lui raconta qu&#39;il avait essay\u00e9 de pr\u00e9parer des cr\u00eapes la veille et qu&#39;il avait rat\u00e9 les deux premi\u00e8res. La fillette le regarda avec une incr\u00e9dulit\u00e9 amus\u00e9e. \u00ab Vous savez diriger des h\u00f4tels et vous ne savez pas faire des cr\u00eapes ? \u00bb Il leva les mains. \u00ab Apparemment, ce sont deux m\u00e9tiers tr\u00e8s diff\u00e9rents. \u00bb Elle rit si franchement qu&#39;H\u00e9l\u00e8ne sourit elle aussi.<\/p>\n<p>Au fil de ces rencontres, Bastien commen\u00e7a \u00e0 observer de petits changements. L\u00e9onie choisissait d\u00e9sormais parfois le biscuit qu&#39;elle pr\u00e9f\u00e9rait, m\u00eame s&#39;il \u00e9tait plus grand que les autres. Elle osait lui expliquer les r\u00e8gles d&#39;un jeu sans demander d&#39;abord si cela le d\u00e9rangeait. Une fois, elle lui dit qu&#39;elle n&#39;aimait pas le dessin qu&#39;il venait de faire. Il lui demanda pourquoi. \u00ab Les arbres ne ressemblent pas \u00e0 \u00e7a \u00bb, r\u00e9pondit-elle avec s\u00e9rieux. Il reprit son crayon et tenta d&#39;am\u00e9liorer son \u0153uvre. La fillette ne semblait plus craindre que son d\u00e9saccord mette fin \u00e0 leur rencontre.<\/p>\n<p>Un samedi, elle arriva avec sa vieille brosse dans un petit sac. Bastien la remarqua aussit\u00f4t. \u00ab Tu as apport\u00e9 ton mat\u00e9riel ? \u00bb demanda-t-il. L\u00e9onie posa la brosse sur la table et regarda ses chaussures. \u00ab Je voudrais les nettoyer encore une fois. \u00bb H\u00e9l\u00e8ne observa la sc\u00e8ne sans intervenir. Bastien r\u00e9pondit qu&#39;il \u00e9tait d&#39;accord, \u00e0 condition qu&#39;elle en ait r\u00e9ellement envie. L\u00e9onie se pencha vers les souliers, v\u00e9rifia les coutures et entreprit de retirer quelques traces de poussi\u00e8re. Ses gestes avaient retrouv\u00e9 la pr\u00e9cision de leur premi\u00e8re rencontre, mais elle ne semblait plus press\u00e9e.<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;elle termina, elle retourna les chaussures pour examiner les talons. Puis elle se redressa et lui adressa un sourire discret. \u00ab Voil\u00e0. Cette fois, ce n&#39;est pas pour avoir quelque chose \u00e0 manger. \u00bb Bastien sentit l&#39;\u00e9motion lui serrer la gorge. Il regarda le visage de l&#39;enfant et r\u00e9pondit simplement : \u00ab Je sais, L\u00e9onie. Et \u00e7a me fait tr\u00e8s plaisir. \u00bb Elle rangea sa brosse, satisfaite. Il comprit alors que le geste n&#39;avait plus la m\u00eame signification. Au caf\u00e9, elle avait travaill\u00e9 pour recevoir. Aujourd&#39;hui, elle avait choisi d&#39;offrir quelque chose sans attendre de paiement.<\/p>\n<p>Cette transformation ne suffisait \u00e9videmment pas \u00e0 effacer les incertitudes. Chaque visite aupr\u00e8s de Sarah rappelait \u00e0 L\u00e9onie que sa m\u00e8re s&#39;affaiblissait. H\u00e9l\u00e8ne s&#39;effor\u00e7ait de lui parler avec des mots adapt\u00e9s \u00e0 son \u00e2ge. La psychologue qui l&#39;accompagnait l&#39;aidait \u00e0 exprimer des sentiments parfois contradictoires : le d\u00e9sir de rester pr\u00e8s de Sarah, la col\u00e8re de ne pas pouvoir rentrer avec elle, la gratitude envers sa famille d&#39;accueil et la peur de perdre encore un lieu o\u00f9 elle commen\u00e7ait \u00e0 se sentir bien. Bastien apprenait progressivement \u00e0 respecter la coexistence de toutes ces \u00e9motions.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, il poursuivait ses d\u00e9marches personnelles avec Ma\u00eetre Delcourt. Il s&#39;informait sur les conditions n\u00e9cessaires pour envisager un jour l&#39;accueil durable d&#39;un enfant, sans pr\u00e9tendre que ce projet serait n\u00e9cessairement celui de L\u00e9onie. Ses horaires professionnels furent r\u00e9organis\u00e9s. Il d\u00e9l\u00e9gua plusieurs responsabilit\u00e9s op\u00e9rationnelles et commen\u00e7a \u00e0 rentrer plus t\u00f4t certains soirs. Il d\u00e9couvrit, non sans surprise, que l&#39;entreprise continuait \u00e0 fonctionner. Ses collaborateurs prenaient des d\u00e9cisions raisonnables sans attendre chacune de ses instructions. Cette autonomie, qu&#39;il avait longtemps redout\u00e9e, lui offrait maintenant la possibilit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une autre mani\u00e8re de vivre.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de d\u00e9cembre, l&#39;\u00e9tat de Sarah se d\u00e9grada brusquement. Une fatigue profonde la contraignit \u00e0 garder le lit en permanence. Puis, apr\u00e8s plusieurs jours particuli\u00e8rement difficiles, elle perdit connaissance. Les m\u00e9decins expliqu\u00e8rent \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne que la situation \u00e9tait grave et que les proches devaient \u00eatre pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 une possible aggravation. Les visites furent adapt\u00e9es \u00e0 son \u00e9tat, mais il restait important de permettre \u00e0 L\u00e9onie de la voir, accompagn\u00e9e et soutenue. Lorsque Bastien apprit la nouvelle, il sentit revenir la peur ancienne qu&#39;il connaissait si bien.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne conduisit L\u00e9onie aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. La fillette s&#39;assit pr\u00e8s du lit et commen\u00e7a \u00e0 raconter sa semaine. Elle parla de l&#39;\u00e9cole, du vieux chien Oscar, des biscuits apport\u00e9s par Madeleine et du monsieur qui confondait les pi\u00e8ces des puzzles. Sarah ne bougea pas. L\u00e9onie continua pourtant, d&#39;une petite voix obstin\u00e9e. Elle expliqua qu&#39;elle avait termin\u00e9 un dessin et qu&#39;elle le lui montrerait lorsqu&#39;elle ouvrirait les yeux. H\u00e9l\u00e8ne resta \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#39;elle, pr\u00eate \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ses questions ou \u00e0 l&#39;accompagner dehors si elle en ressentait le besoin.<\/p>\n<p>Bastien, autoris\u00e9 \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent aupr\u00e8s de Sarah, demeura pr\u00e8s de la porte. Il comprenait que sa place, \u00e0 cet instant, n&#39;\u00e9tait pas au centre de la chambre. La relation entre L\u00e9onie et sa m\u00e8re ne lui appartenait pas. Il pouvait seulement contribuer \u00e0 ce que ce moment se d\u00e9roule dans le calme, avec des adultes disponibles. \u00c0 un moment, la fillette se tourna vers lui. \u00ab Vous pensez qu&#39;elle m&#39;entend ? \u00bb demanda-t-elle. Il chercha les mots les plus justes. \u00ab Je ne peux pas te le promettre. Mais tu peux lui parler si tu en as envie. Et tu peux aussi rester simplement pr\u00e8s d&#39;elle. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes, puis reprit la main immobile de Sarah entre les siennes. Elle ne parla plus. Le bruit discret des appareils remplissait la pi\u00e8ce. Madeleine entra pour v\u00e9rifier si quelqu&#39;un avait besoin d&#39;eau, puis ressortit. H\u00e9l\u00e8ne caressait doucement le dos de la petite. Bastien observa la sc\u00e8ne avec une \u00e9motion difficile \u00e0 supporter. Il aurait voulu que Sarah puisse ouvrir les yeux, dire \u00e0 sa fille qu&#39;elle \u00e9tait l\u00e0, r\u00e9pondre \u00e0 toutes les questions qu&#39;elle n&#39;osait pas encore poser. Mais il savait qu&#39;aucune volont\u00e9 ne pouvait imposer ce moment.<\/p>\n<p>Le lendemain, alors que L\u00e9onie lisait lentement un livre illustr\u00e9 pr\u00e8s du lit, Sarah remua l\u00e9g\u00e8rement les doigts. La fillette s&#39;interrompit. Elle observa attentivement le visage de sa m\u00e8re. Puis les paupi\u00e8res de Sarah se soulev\u00e8rent avec difficult\u00e9. Son regard chercha quelque chose dans la pi\u00e8ce avant de se fixer sur L\u00e9onie. \u00ab Ma ch\u00e9rie \u00bb, souffla-t-elle. Le livre glissa des genoux de l&#39;enfant. Elle prit doucement la main de Sarah et se rapprocha. \u00ab Maman ? Tu m&#39;entends ? \u00bb<\/p>\n<p>Sarah esquissa un sourire presque imperceptible. Elle leva p\u00e9niblement une main vers les cheveux de sa fille. L\u00e9onie se pencha pour lui permettre de la toucher. Personne ne parla pendant plusieurs secondes. Bastien sentit H\u00e9l\u00e8ne retenir un sanglot. La petite regardait sa m\u00e8re avec une joie m\u00eal\u00e9e de crainte, comme si un mouvement trop brusque pouvait interrompre cet instant. \u00ab Je t&#39;ai racont\u00e9 plein de choses \u00bb, murmura-t-elle. \u00ab Je peux recommencer si tu n&#39;as pas tout entendu. \u00bb Sarah ferma bri\u00e8vement les yeux avant de r\u00e9pondre : \u00ab Je suis contente que tu sois l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Cette am\u00e9lioration resta fragile. Les soignants expliqu\u00e8rent qu&#39;elle ne signifiait pas un r\u00e9tablissement. Sarah elle-m\u00eame sembla en avoir conscience. Pourtant, elle profita des moments o\u00f9 elle \u00e9tait suffisamment lucide pour parler avec H\u00e9l\u00e8ne et les professionnels qui l&#39;accompagnaient. Elle demanda notamment que ses souhaits concernant l&#39;avenir de L\u00e9onie puissent \u00eatre consign\u00e9s, tout en reconnaissant que les d\u00e9cisions appartiendraient aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Elle souhaitait que sa fille conserve les liens qui comptaient pour elle et que toute solution durable soit examin\u00e9e avec attention.<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;on lui demanda si elle avait une personne en t\u00eate, Sarah \u00e9voqua Bastien. Elle pr\u00e9cisa qu&#39;elle ne le connaissait que depuis peu, qu&#39;elle ne pouvait pas garantir ce que serait leur avenir et qu&#39;elle ne souhaitait imposer aucune d\u00e9cision. Mais elle avait vu le changement dans les yeux de L\u00e9onie lorsqu&#39;elle parlait de leurs rencontres. Elle avait entendu H\u00e9l\u00e8ne d\u00e9crire sa r\u00e9gularit\u00e9, sa patience et sa prudence. \u00c0 ses yeux, cela m\u00e9ritait au moins d&#39;\u00eatre pris en consid\u00e9ration si, un jour, la question d&#39;une adoption devait effectivement se poser.<\/p>\n<p>Sarah fit \u00e9galement venir Madeleine. Elle lui demanda de l&#39;aider \u00e0 pr\u00e9parer une lettre destin\u00e9e \u00e0 L\u00e9onie. Ce ne serait pas un message \u00e0 lire imm\u00e9diatement, ni une mani\u00e8re de lui dicter sa vie future. Elle voulait que sa fille le d\u00e9couvre lorsqu&#39;elle disposerait d&#39;un foyer stable, \u00e0 un moment o\u00f9 les adultes qui l&#39;entoureraient pourraient l&#39;aider \u00e0 accueillir ses mots. Madeleine accepta de l&#39;accompagner dans cette t\u00e2che. Elle pla\u00e7a une feuille sur la petite table et prit son stylo. Sarah resta longtemps silencieuse avant de commencer.<\/p>\n<p>Plus tard dans la journ\u00e9e, elle demanda \u00e0 parler seule avec Bastien. Lorsqu&#39;il entra, elle paraissait \u00e9puis\u00e9e, mais son regard avait retrouv\u00e9 cette fermet\u00e9 tranquille qui l&#39;avait marqu\u00e9 lors de leur premi\u00e8re rencontre. \u00ab J&#39;ai exprim\u00e9 un souhait concernant L\u00e9onie \u00bb, lui dit-elle. \u00ab Je sais que ce n&#39;est pas une d\u00e9cision que je peux prendre \u00e0 la place des autres. \u00bb Bastien s&#39;assit pr\u00e8s du lit. \u00ab Vous n&#39;avez pas \u00e0 vous justifier aupr\u00e8s de moi. \u00bb Sarah secoua faiblement la t\u00eate. \u00ab Si. Parce que je veux \u00eatre certaine que vous comprenez ce que cela repr\u00e9sente. \u00bb<\/p>\n<p>Il attendit. Sarah reprit son souffle, puis poursuivit : \u00ab Vous \u00eates venu parce qu&#39;elle avait faim. Vous \u00eates rest\u00e9 parce que vous avez vu qu&#39;elle souffrait. Mais si vous choisissez un jour de faire partie de sa vie, il faudra aussi \u00eatre l\u00e0 quand elle ira bien. Quand elle voudra parler de choses qui vous sembleront sans importance. Quand elle sera en col\u00e8re. Quand elle n&#39;aura rien \u00e0 vous donner, pas m\u00eame un sourire. \u00bb Bastien sentit la port\u00e9e de ces paroles. Elles reprenaient, sous une forme plus pr\u00e9cise, ce que Sarah lui avait d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 : une pr\u00e9sence qui ne d\u00e9pendrait pas des circonstances.<\/p>\n<p>Il regarda la jeune femme et r\u00e9pondit sans chercher \u00e0 para\u00eetre h\u00e9ro\u00efque : \u00ab Je ne sais pas encore quel r\u00f4le je pourrai avoir aupr\u00e8s d&#39;elle. Mais je sais une chose : je ne veux pas devenir quelqu&#39;un qui lui promet un avenir puis dispara\u00eet. \u00bb Sarah acquies\u00e7a lentement. \u00ab Alors ne lui faites aucune promesse avant d&#39;\u00eatre capable de la tenir. \u00bb Elle ferma les yeux un instant. Puis, d&#39;une voix presque inaudible, elle ajouta : \u00ab Et si vous \u00eates encore l\u00e0 les jours ordinaires, ce sera d\u00e9j\u00e0 beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien resta assis jusqu&#39;\u00e0 ce qu&#39;elle s&#39;endorme. En quittant la chambre, il aper\u00e7ut Madeleine dans le couloir, une enveloppe blanche \u00e0 la main. Elle venait de terminer la lettre que Sarah souhaitait laisser \u00e0 L\u00e9onie. Sur le devant, quelques mots avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits d&#39;une \u00e9criture soigneuse. Bastien ne demanda pas \u00e0 les lire. Madeleine rangea l&#39;enveloppe en lieu s\u00fbr, conform\u00e9ment au souhait de Sarah. Tous deux savaient que les semaines \u00e0 venir seraient difficiles. Ce qu&#39;ils ignoraient encore, c&#39;\u00e9tait combien de temps la petite fille aurait pour entendre la voix de sa m\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6758\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Tandis que les forces de Sarah d\u00e9clinent, Bastien d\u00e9couvre qu\u2019une pr\u00e9sence fid\u00e8le peut compter davantage que toutes les promesses d\u2019avenir<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madame Fournier avait pos\u00e9 sur son bureau un dossier ferm\u00e9, une feuille blanche et un stylo. 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