{"id":6755,"date":"2026-10-18T03:42:16","date_gmt":"2026-10-18T03:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6755"},"modified":"2026-10-18T03:42:16","modified_gmt":"2026-10-18T03:42:16","slug":"partie-2-lorsque-les-responsables-de-leonie-arrivent-au-cafe-bastien-decouvre-pourquoi-son-petit-travail-dissimule-une-peur-bien-plus-grande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6755","title":{"rendered":"PARTIE 2 \u2013 Lorsque les responsables de L\u00e9onie arrivent au caf\u00e9, Bastien d\u00e9couvre pourquoi son petit travail dissimule une peur bien plus grande"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Avant toute chose, je voudrais vous dire qu&#39;elle a accompli un travail remarquable. \u00bb Bastien pronon\u00e7a ces mots d&#39;une voix calme, suffisamment forte pour que L\u00e9onie puisse les entendre. La femme au manteau bleu s&#39;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e \u00e0 quelques pas de la table. Son visage portait les traces d&#39;une inqui\u00e9tude r\u00e9cente : les joues p\u00e2les, la bouche serr\u00e9e, des cheveux \u00e9chapp\u00e9s de son chignon. Elle regarda la petite fille, puis les chaussures dispos\u00e9es sur les journaux. Pendant une seconde, elle sembla ne pas comprendre ce que Bastien venait de dire. Il souleva l&#39;un des souliers et le tourna l\u00e9g\u00e8rement. \u00ab Elle a m\u00eame pens\u00e9 \u00e0 nettoyer les talons. Je lui avais demand\u00e9 quelque chose de pr\u00e9cis et elle l&#39;a fait avec beaucoup de soin. \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onie redressa timidement les \u00e9paules. La femme au manteau bleu s&#39;accroupit devant elle et ouvrit doucement les premiers boutons de son v\u00eatement tremp\u00e9. \u00ab Je suis contente de te retrouver, ma puce \u00bb, murmura-t-elle. \u00ab Nous avons eu tr\u00e8s peur. \u00bb Ses mains tremblaient presque autant que celles de l&#39;enfant. L\u00e9onie regarda le sol. \u00ab Je ne suis pas all\u00e9e loin. \u00bb H\u00e9l\u00e8ne secoua la t\u00eate. \u00ab Pour toi, peut-\u00eatre. Mais quand tu as disparu et que nous ne savions pas o\u00f9 te chercher, chaque minute nous a paru interminable. \u00bb<\/p>\n<p>La seconde femme se pr\u00e9senta comme Madame Fournier, travailleuse sociale aupr\u00e8s de l&#39;aide sociale \u00e0 l&#39;enfance. Elle avait une mani\u00e8re pr\u00e9cise de s&#39;exprimer, sans froideur inutile. Elle demanda d&#39;abord \u00e0 L\u00e9onie si elle s&#39;\u00e9tait bless\u00e9e, puis si quelqu&#39;un lui avait fait peur pendant son absence. L&#39;enfant r\u00e9pondit n\u00e9gativement. Madame Fournier remarqua l&#39;assiette, la serviette contenant le reste du repas et le petit n\u00e9cessaire \u00e0 chaussures. Elle s&#39;adressa alors \u00e0 Bastien. \u00ab Vous \u00eates la personne qui l&#39;a accueillie ici ? \u00bb Il acquies\u00e7a. \u00ab Elle m&#39;a propos\u00e9 de cirer mes chaussures contre un d\u00e9jeuner. Nous avons parl\u00e9 un peu, puis la patronne a contact\u00e9 sa famille d&#39;accueil. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;expression d&#39;H\u00e9l\u00e8ne, Bastien comprit qu&#39;elle reconnaissait les objets que L\u00e9onie avait apport\u00e9s. Elle caressa le manche de la brosse, sans le prendre. \u00ab Tu as emport\u00e9 celle de ton arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u00bb, dit-elle. La petite hocha la t\u00eate. \u00ab Je voulais gagner quelque chose. \u00bb H\u00e9l\u00e8ne s&#39;assit pr\u00e8s d&#39;elle et r\u00e9pondit simplement : \u00ab Je sais. Mais tu n&#39;es pas oblig\u00e9e de gagner ton repas. Chez nous, tu as le droit de manger m\u00eame quand tu n&#39;as rien fait. \u00bb L\u00e9onie ne r\u00e9pondit pas. Elle continuait de fixer la serviette, d\u00e9sormais un peu froiss\u00e9e entre ses mains.<\/p>\n<p>Odette apporta une tasse de caf\u00e9 \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne, qui la remercia sans y toucher. Madame Fournier posa quelques questions suppl\u00e9mentaires, s&#39;assurant que l&#39;enfant avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e correctement. Bastien r\u00e9pondit sans chercher \u00e0 embellir son r\u00f4le. Il expliqua qu&#39;il avait accept\u00e9 le cirage parce que L\u00e9onie ne voulait pas recevoir de nourriture gratuitement, et qu&#39;il n&#39;avait compris qu&#39;ensuite combien sa situation semblait difficile. La travailleuse sociale l&#39;\u00e9couta, mais ne lui donna aucune information sur le dossier. \u00ab Il y a des \u00e9l\u00e9ments concernant cette enfant que nous devons garder confidentiels \u00bb, pr\u00e9cisa-t-elle. \u00ab Vous comprenez certainement. \u00bb<\/p>\n<p>Il comprenait. Il savait \u00e9galement que les deux femmes auraient eu toutes les raisons de consid\u00e9rer son intervention comme celle d&#39;un inconnu trop curieux. Il ne chercha donc pas \u00e0 obtenir davantage. \u00ab Je voulais seulement que vous sachiez qu&#39;elle a \u00e9t\u00e9 polie, prudente et tr\u00e8s appliqu\u00e9e \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Elle a pris son travail au s\u00e9rieux. \u00bb Madame Fournier inclina la t\u00eate. H\u00e9l\u00e8ne posa la main sur l&#39;\u00e9paule de L\u00e9onie. Cette derni\u00e8re leva les yeux vers Bastien avec une expression dans laquelle se m\u00ealaient la reconnaissance et la g\u00eane.<\/p>\n<p>Au moment de partir, Odette proposa de remplacer la serviette humide par un emballage propre. Elle enveloppa soigneusement le demi-croque-monsieur et le remit \u00e0 la fillette. \u00ab Tiens. Comme \u00e7a, tu pourras le garder jusqu&#39;\u00e0 la maison. \u00bb L\u00e9onie re\u00e7ut le petit paquet \u00e0 deux mains. H\u00e9l\u00e8ne parut comprendre aussit\u00f4t \u00e0 qui il \u00e9tait destin\u00e9. Elle ne fit aucun commentaire. Bastien remarqua pourtant qu&#39;elle d\u00e9tourna l\u00e9g\u00e8rement le visage et prit une longue inspiration avant de se relever.<\/p>\n<p>L\u00e9onie s&#39;arr\u00eata pr\u00e8s de la porte. Elle h\u00e9sita, puis revint vers lui. \u00ab Merci pour le d\u00e9jeuner \u00bb, dit-elle. \u00ab Mes chaussures \u00e9taient tr\u00e8s bien avant, mais les v\u00f4tres sont encore mieux maintenant. \u00bb Cette remarque maladroite lui arracha un sourire. \u00ab Je n&#39;en doute pas. Tu es une excellente sp\u00e9cialiste. \u00bb Elle regarda un instant le chiffon qu&#39;il tenait toujours. \u00ab Vous pouvez le garder jusqu&#39;\u00e0 une prochaine fois. \u00bb Puis elle ajouta, si bas qu&#39;il dut se pencher pour l&#39;entendre : \u00ab Je crois que maman ne pourra pas sortir pour No\u00ebl. Je voulais juste \u00eatre pr\u00e8s d&#39;elle un peu plus longtemps. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien aurait voulu lui r\u00e9pondre qu&#39;elle la reverrait bient\u00f4t, que tout finirait par s&#39;arranger, que No\u00ebl apporterait peut-\u00eatre une surprise. Les phrases lui vinrent facilement, comme viennent les promesses qu&#39;on adresse \u00e0 un enfant pour calmer sa peine. Il les retint toutes. Il ne connaissait ni la maladie de cette m\u00e8re ni les d\u00e9cisions concernant les visites de sa fille. Il savait seulement qu&#39;il n&#39;avait pas le droit de fabriquer un espoir pour se sentir g\u00e9n\u00e9reux. \u00ab J&#39;esp\u00e8re que vous pourrez passer du temps ensemble \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Et je suis heureux de t&#39;avoir rencontr\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>La petite lui adressa un dernier sourire avant de rejoindre H\u00e9l\u00e8ne. Madame Fournier remercia Odette, puis les trois silhouettes travers\u00e8rent le trottoir sous la pluie. Bastien les regarda monter en voiture. L\u00e9onie s&#39;installa \u00e0 l&#39;arri\u00e8re, son petit paquet serr\u00e9 contre sa poitrine. H\u00e9l\u00e8ne v\u00e9rifia sa ceinture avant de refermer la porti\u00e8re. Lorsque le v\u00e9hicule s&#39;\u00e9loigna, Bastien resta encore debout plusieurs secondes, incapable de retourner tranquillement \u00e0 son caf\u00e9.<\/p>\n<p>Odette ramassa les journaux d\u00e9pos\u00e9s sur la chaise. \u00ab Pauvre petite \u00bb, murmura-t-elle. Bastien se tourna vers elle. \u00ab Vous la connaissez depuis longtemps ? \u00bb La patronne h\u00e9sita. \u00ab Je connais surtout sa m\u00e8re. Elle venait ici avec L\u00e9onie quand elle allait encore bien. Sarah \u00e9tait toujours press\u00e9e, mais elle trouvait le temps de s&#39;arr\u00eater pour une tasse de th\u00e9. \u00bb Odette passa un chiffon sur la table. \u00ab C&#39;est une femme courageuse. Seulement, il arrive un moment o\u00f9 le courage ne suffit plus. \u00bb Elle ne d\u00e9veloppa pas. Bastien ne lui demanda pas de raconter une histoire qui ne lui appartenait pas.<\/p>\n<p>Il se rassit enfin et regarda sa tasse devenue froide. Son t\u00e9l\u00e9phone vibrait depuis plusieurs minutes. Trois messages de son directeur administratif l&#39;attendaient, suivis d&#39;une question sur une signature urgente. Il ouvrit le premier, lut quelques mots, puis \u00e9teignit l&#39;\u00e9cran. Il avait pass\u00e9 quinze ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9velopper son entreprise avec une discipline presque impitoyable. Les journ\u00e9es commen\u00e7aient t\u00f4t, les repas se prenaient souvent devant un ordinateur, et ses vacances avaient fini par ressembler \u00e0 des d\u00e9placements professionnels sous un autre nom. Il avait toujours cru qu&#39;un jour, lorsque tous ses projets seraient suffisamment solides, il pourrait enfin se consacrer aux choses essentielles. Seulement, ce jour reculait \u00e0 mesure que ses affaires prosp\u00e9raient.<\/p>\n<p>Dans le silence du caf\u00e9, un souvenir ancien refit surface. Il avait vingt ans lorsque sa m\u00e8re l&#39;avait emmen\u00e9 d\u00e9jeuner dans un relais routier o\u00f9 elle travaillait depuis plusieurs ann\u00e9es. Une cliente avait protest\u00e9 contre une addition et laiss\u00e9 sur une table quelques pi\u00e8ces accompagn\u00e9es d&#39;une assiette presque pleine. Un homme avait propos\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re de consid\u00e9rer les restes comme une partie de son pourboire. Bastien se souvenait encore de la fa\u00e7on dont elle s&#39;\u00e9tait redress\u00e9e. Elle n&#39;avait pas \u00e9lev\u00e9 la voix. Elle avait simplement refus\u00e9, avec une nettet\u00e9 qui avait fait rougir l&#39;homme. Pour elle, la dignit\u00e9 d&#39;une personne ne d\u00e9pendait jamais de ce que l&#39;autre voulait bien abandonner.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;\u00e9poque, Bastien avait trouv\u00e9 sa m\u00e8re trop susceptible. Il comprenait maintenant ce qu&#39;elle avait voulu lui apprendre. L\u00e9onie n&#39;avait pas voulu de ses restes, ni m\u00eame de sa charit\u00e9. Elle avait voulu faire reconna\u00eetre ce qu&#39;elle \u00e9tait capable d&#39;offrir. Et lui, pendant quelques minutes, avait r\u00e9ussi \u00e0 respecter cette volont\u00e9 sans ignorer sa faim. Cette pens\u00e9e aurait d\u00fb lui apporter une satisfaction tranquille. Au contraire, elle fit na\u00eetre une question douloureuse : pourquoi avait-il fallu qu&#39;une fillette inconnue lui rappelle ce qu&#39;il avait appris dans sa propre enfance ?<\/p>\n<p>La mort de sa m\u00e8re remontait \u00e0 onze ans. Bastien en parlait rarement, m\u00eame avec ses plus proches collaborateurs. Il savait expliquer les circonstances avec une pr\u00e9cision presque administrative : une maladie qui s&#39;\u00e9tait aggrav\u00e9e, une hospitalisation, plusieurs appels, puis une complication brutale. Il omettait toujours le d\u00e9tail qui continuait \u00e0 le r\u00e9veiller certaines nuits. Elle lui avait demand\u00e9 de venir un samedi apr\u00e8s-midi. Il avait repouss\u00e9 cette visite parce qu&#39;une n\u00e9gociation importante l&#39;attendait \u00e0 Lyon. Elle \u00e9tait morte avant son retour. Personne ne l&#39;avait accus\u00e9, pas m\u00eame l&#39;infirmi\u00e8re qui l&#39;avait accueilli dans le service. Mais il n&#39;avait jamais r\u00e9ussi \u00e0 se pardonner.<\/p>\n<p>Depuis lors, il \u00e9vitait le cimeti\u00e8re o\u00f9 elle reposait. Il envoyait de l&#39;argent pour l&#39;entretien de la s\u00e9pulture et recevait chaque ann\u00e9e une photographie du monument nettoy\u00e9. Il savait que cela ne rempla\u00e7ait rien. Ses r\u00e9ussites professionnelles lui permettaient de r\u00e9soudre une quantit\u00e9 impressionnante de probl\u00e8mes pratiques. Elles restaient inutiles face \u00e0 cette absence. En regardant le chiffon laiss\u00e9 par L\u00e9onie, il sentit revenir une douleur famili\u00e8re, mais diff\u00e9rente cette fois. Il ne s&#39;agissait plus seulement de regretter ce qu&#39;il n&#39;avait pas fait. Il se demandait si quelque chose, aujourd&#39;hui, d\u00e9pendait encore de lui.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pouvez rester autant que vous voulez \u00bb, dit Odette en revenant pr\u00e8s de sa table. \u00ab Mais si vous ne buvez pas votre caf\u00e9, il va vraiment falloir que je vous en fasse un autre. \u00bb Bastien leva les yeux et lui adressa un sourire fatigu\u00e9. \u00ab Vous avez raison. Je crois que j&#39;ai oubli\u00e9 ce que j&#39;\u00e9tais venu chercher ici. \u00bb La patronne posa une nouvelle tasse devant lui. \u00ab \u00c7a arrive. Parfois, on trouve autre chose. \u00bb Elle retourna ensuite au comptoir, le laissant seul avec ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le chemin du retour, Bastien traversa Besan\u00e7on sans allumer la radio. La pluie avait cess\u00e9, mais les trottoirs luisaient sous les r\u00e9verb\u00e8res. Il pensa \u00e0 son appartement, vaste et impeccablement rang\u00e9, situ\u00e9 dans un immeuble o\u00f9 personne ne faisait de bruit apr\u00e8s vingt heures. Il imagina L\u00e9onie dans la voiture d&#39;H\u00e9l\u00e8ne, serrant contre elle la nourriture destin\u00e9e \u00e0 une m\u00e8re trop malade pour manger normalement. Il se demanda combien de fois l&#39;enfant avait d\u00fb accepter une s\u00e9paration qu&#39;elle ne comprenait pas compl\u00e8tement. Ces pens\u00e9es ne lui donnaient aucun droit d&#39;intervenir, il en \u00e9tait conscient. Pourtant, elles ne le quittaient pas.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, il arriva \u00e0 son bureau plus t\u00f4t que d&#39;habitude. Il r\u00e9pondit aux messages en attente, signa les documents urgents et assista \u00e0 une courte r\u00e9union. Son directeur commercial remarqua qu&#39;il semblait distrait. Bastien lui demanda de pr\u00e9parer les d\u00e9cisions importantes de la semaine sans lui imposer de rendez-vous suppl\u00e9mentaires. \u00ab Vous partez quelques jours ? \u00bb demanda l&#39;homme. \u00ab Non \u00bb, r\u00e9pondit Bastien. \u00ab J&#39;ai simplement besoin de m&#39;occuper de quelque chose qui ne concerne pas l&#39;entreprise. \u00bb Ses collaborateurs \u00e9chang\u00e8rent des regards \u00e9tonn\u00e9s. Il n&#39;avait jamais formul\u00e9 une telle demande.<\/p>\n<p>En fin de matin\u00e9e, il appela le caf\u00e9. Odette d\u00e9crocha apr\u00e8s plusieurs sonneries. Il lui expliqua qu&#39;il souhaitait faire parvenir \u00e0 Sarah Vidal un message de remerciement pour ce que sa fille lui avait appris. La patronne garda le silence un instant. \u00ab Vous voulez vraiment lui parler ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Oui, mais seulement si elle le souhaite. \u00bb Odette r\u00e9pondit qu&#39;elle pouvait transmettre sa demande \u00e0 l&#39;\u00e9tablissement de soins, sans lui communiquer de renseignements priv\u00e9s. Elle ajouta que la m\u00e8re de L\u00e9onie \u00e9tait tr\u00e8s fatigu\u00e9e et que rien ne garantissait qu&#39;elle pourrait recevoir quelqu&#39;un.<\/p>\n<p>Bastien accepta sans discuter. Il r\u00e9digea quelques lignes sur une feuille de papier plut\u00f4t que d&#39;envoyer un message impersonnel. Il raconta bri\u00e8vement leur rencontre, souligna le s\u00e9rieux de L\u00e9onie et expliqua qu&#39;il avait \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par son attention envers sa m\u00e8re. Il ne mentionna ni son entreprise ni son patrimoine. Il conclut en indiquant qu&#39;il serait heureux de lui rendre visite si elle en avait envie, mais qu&#39;il comprendrait parfaitement un refus. Il relut la lettre plusieurs fois avant de la d\u00e9poser chez Odette. La patronne la prit sans commentaire. \u00ab Je ferai ce que je peux \u00bb, promit-elle.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse arriva plus t\u00f4t qu&#39;il ne l&#39;esp\u00e9rait. En fin d&#39;apr\u00e8s-midi, son t\u00e9l\u00e9phone sonna. Une femme se pr\u00e9senta comme Madeleine, b\u00e9n\u00e9vole dans l&#39;unit\u00e9 de soins palliatifs o\u00f9 Sarah \u00e9tait hospitalis\u00e9e. Elle expliqua que Sarah avait entendu le r\u00e9cit de L\u00e9onie et re\u00e7u sa lettre. Malgr\u00e9 sa fatigue, elle souhaitait rencontrer l&#39;homme qui avait offert un repas \u00e0 sa fille sans lui faire sentir qu&#39;elle mendiait. \u00ab Elle ne pourra probablement pas vous recevoir longtemps \u00bb, pr\u00e9cisa Madeleine. \u00ab Mais elle tient \u00e0 vous remercier elle-m\u00eame. \u00bb Bastien r\u00e9pondit qu&#39;il s&#39;adapterait \u00e0 tout ce qui serait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Il raccrocha et resta un moment devant la fen\u00eatre de son bureau. Les collines du Jura se dessinaient au loin sous un ciel clair. Il connaissait le trajet jusqu&#39;\u00e0 l&#39;\u00e9tablissement. Pourtant, il \u00e9prouvait une appr\u00e9hension inhabituelle. Il avait n\u00e9goci\u00e9 avec des investisseurs difficiles, affront\u00e9 des conflits professionnels et annonc\u00e9 des d\u00e9cisions qui engageaient l&#39;avenir de dizaines de salari\u00e9s. Une simple rencontre avec une femme malade lui semblait plus difficile que tout cela, parce qu&#39;il ne pourrait y apporter aucune solution \u00e9vidente.<\/p>\n<p>Le soir, dans son appartement, il sortit le chiffon de L\u00e9onie de la poche de son manteau. Il l&#39;avait conserv\u00e9 toute la journ\u00e9e, presque sans s&#39;en rendre compte. Le tissu \u00e9tait propre, mais us\u00e9 sur les bords. Il le posa sur la table, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des cl\u00e9s de sa voiture. En le regardant, il se souvint de la question de la petite : pouvait-il confirmer qu&#39;elle avait bien travaill\u00e9 ? Il lui avait r\u00e9pondu oui. \u00c0 pr\u00e9sent, il comprenait que cette r\u00e9ponse ne constituait peut-\u00eatre que la premi\u00e8re chose qu&#39;elle attendait d&#39;un adulte.<\/p>\n<p>Avant de se coucher, Bastien ouvrit son agenda et annula une r\u00e9union secondaire pr\u00e9vue le lendemain. Puis il nota l&#39;adresse de l&#39;unit\u00e9 de soins palliatifs. Il n&#39;avait aucune intention de se pr\u00e9senter comme un sauveur, encore moins de faire des promesses \u00e0 une m\u00e8re qui connaissait certainement mieux que lui la fragilit\u00e9 des espoirs. Il voulait \u00e9couter, comprendre et d\u00e9cider ensuite de ce qu&#39;il pourrait r\u00e9ellement entreprendre.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0, dans sa chambre d&#39;h\u00f4pital, Sarah Vidal venait de demander \u00e0 Madeleine de laisser allum\u00e9e la petite lampe pr\u00e8s de son lit. Sur le rebord de la fen\u00eatre reposait le demi-croque-monsieur apport\u00e9 par sa fille. Elle avait essay\u00e9 d&#39;en manger quelques bouch\u00e9es avant que la douleur et la fatigue ne l&#39;en emp\u00eachent. Elle avait pourtant refus\u00e9 qu&#39;on le retire. Ce morceau de nourriture repr\u00e9sentait bien davantage qu&#39;un d\u00e9jeuner. Il prouvait que L\u00e9onie pensait \u00e0 elle au point de se mettre elle-m\u00eame en difficult\u00e9. Sarah en \u00e9prouvait une tendresse immense, accompagn\u00e9e d&#39;une inqui\u00e9tude qu&#39;elle n&#39;arrivait plus \u00e0 faire taire.<\/p>\n<p>\u00ab Demain, un monsieur viendra vous voir \u00bb, lui rappela Madeleine. Sarah tourna la t\u00eate vers elle. \u00ab Je sais. \u00bb Sa voix \u00e9tait faible, mais son regard restait d\u00e9cid\u00e9. \u00ab J&#39;esp\u00e8re seulement qu&#39;il comprendra une chose. \u00bb Madeleine attendit. Sarah observa le petit paquet pr\u00e8s de la fen\u00eatre. \u00ab Ma fille n&#39;a pas besoin d&#39;un miracle. Elle a besoin que les adultes arr\u00eatent de d\u00e9cider de sa vie sans l&#39;\u00e9couter. \u00bb Puis elle ferma les yeux, \u00e9conomisant le peu de forces qui lui restaient pour cette conversation.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6756\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Au chevet de la m\u00e8re de L\u00e9onie, Bastien entend une demande qui met sa conscience face \u00e0 une responsabilit\u00e9 inattendue<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Avant toute chose, je voudrais vous dire qu&#39;elle a accompli un travail remarquable. \u00bb Bastien pronon\u00e7a ces mots d&#39;une voix calme, suffisamment forte pour que L\u00e9onie puisse les entendre. &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6753,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6755","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6755"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6755\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6767,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6755\/revisions\/6767"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6753"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}