{"id":6754,"date":"2026-10-18T03:42:14","date_gmt":"2026-10-18T03:42:14","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6754"},"modified":"2026-10-18T03:42:14","modified_gmt":"2026-10-18T03:42:14","slug":"partie-1-dans-un-cafe-oublie-de-besancon-une-fillette-affamee-fait-une-proposition-qui-bouleverse-les-certitudes-dun-homme-solitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6754","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 Dans un caf\u00e9 oubli\u00e9 de Besan\u00e7on, une fillette affam\u00e9e fait une proposition qui bouleverse les certitudes d\u2019un homme solitaire"},"content":{"rendered":"<p>La petite fille n&#39;avait pas encore ouvert la bouche que Bastien Larcher avait remarqu\u00e9 ses mains. Elles tremblaient l\u00e9g\u00e8rement autour d&#39;une vieille brosse \u00e0 chaussures, dont le manche en bois \u00e9tait devenu presque blanc \u00e0 force d&#39;avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9. Son manteau descendait jusqu&#39;\u00e0 ses genoux, beaucoup trop long pour elle, et l&#39;une de ses chaussures laissait entrer l&#39;eau par une couture d\u00e9faite. Pourtant, elle se tenait devant lui avec une dignit\u00e9 qui contrastait avec son apparence. Lorsqu&#39;il leva enfin les yeux vers son visage, il d\u00e9couvrit deux joues rougies par le froid et un regard qui cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 ne pas para\u00eetre suppliant. La fillette prit une inspiration, serra davantage sa brosse et demanda : \u00ab Monsieur, est-ce que je pourrais nettoyer vos chaussures en \u00e9change d&#39;un repas ? \u00bb<\/p>\n<p>Bastien resta immobile. Autour d&#39;eux, les bruits du caf\u00e9 semblaient continuer \u00e0 une distance \u00e9trange : les tasses entrechoqu\u00e9es derri\u00e8re le comptoir, le souffle irr\u00e9gulier d&#39;un vieux radiateur, la pluie qui frappait les carreaux de l&#39;ancienne gare. Quelques minutes plus t\u00f4t, il s&#39;\u00e9tait install\u00e9 dans cet \u00e9tablissement pour \u00e9chapper \u00e0 une journ\u00e9e devenue insupportable. Il n&#39;avait jamais imagin\u00e9 qu&#39;une enfant viendrait lui proposer un travail aussi d\u00e9risoire pour obtenir quelque chose \u00e0 manger. Il regarda instinctivement les chaussures qu&#39;il portait, de beaux souliers en cuir noir achet\u00e9s dans une boutique parisienne. Leur prix aurait probablement suffi \u00e0 nourrir cette petite pendant plusieurs semaines.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux vraiment cirer mes chaussures ? \u00bb demanda-t-il, non par moquerie, mais parce qu&#39;il voulait \u00eatre certain d&#39;avoir bien compris.<\/p>\n<p>Elle acquies\u00e7a aussit\u00f4t. \u00ab Je sais le faire correctement. M\u00eame sous les talons. Et je ne prends pas beaucoup de temps. \u00bb<\/p>\n<p>Il remarqua qu&#39;elle n&#39;avait pas r\u00e9pondu \u00e0 la question qui lui venait maintenant \u00e0 l&#39;esprit. Elle ne lui avait pas dit qu&#39;elle avait faim. Elle lui avait seulement expliqu\u00e9 ce qu&#39;elle savait faire. Cette distinction, insignifiante pour beaucoup d&#39;adultes, sembla soudain essentielle \u00e0 Bastien. Il \u00e9carta la chaise en face de lui. \u00ab D&#39;abord, dis-moi comment tu t&#39;appelles. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e9onie Vidal. J&#39;ai six ans. \u00bb<\/p>\n<p>Six ans. Il r\u00e9p\u00e9ta mentalement cet \u00e2ge, observant la concentration avec laquelle elle attendait sa d\u00e9cision. \u00c0 six ans, un enfant devrait se pr\u00e9occuper de ses dessins, de ses camarades, des histoires qu&#39;on lui raconte avant de dormir. Lui se souvenait encore de l&#39;odeur des cahiers neufs et des go\u00fbters pr\u00e9par\u00e9s par sa m\u00e8re. Cette fillette, elle, savait d\u00e9j\u00e0 proposer ses services \u00e0 un inconnu sans laisser voir sa peur. \u00ab Et tu es venue ici toute seule, L\u00e9onie ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle baissa bri\u00e8vement les yeux vers ses chaussures mouill\u00e9es. \u00ab Je connais le chemin. \u00bb Puis, comme si cette r\u00e9ponse risquait de diminuer ses chances, elle ajouta : \u00ab Je peux commencer maintenant. Vous verrez que je travaille bien. \u00bb<\/p>\n<p>Ce jeudi de novembre, Bastien avait quitt\u00e9 les bureaux de son entreprise \u00e0 Besan\u00e7on avec pr\u00e8s de deux heures d&#39;avance. \u00c0 quarante-trois ans, il dirigeait plusieurs r\u00e9sidences de tourisme r\u00e9parties dans le Jura. Son nom figurait sur des contrats importants, ses \u00e9tablissements employaient des dizaines de personnes et ses collaborateurs ne cessaient de lui rappeler l&#39;excellente sant\u00e9 financi\u00e8re du groupe. Pourtant, il n&#39;avait pas support\u00e9 de rester jusqu&#39;au terme de la r\u00e9union consacr\u00e9e aux investissements de l&#39;ann\u00e9e suivante. Pendant qu&#39;un directeur pr\u00e9sentait des pr\u00e9visions de rentabilit\u00e9, Bastien avait regard\u00e9 la pluie derri\u00e8re les vitres, incapable de s&#39;int\u00e9resser \u00e0 des chiffres qui, quelques ann\u00e9es auparavant, l&#39;auraient passionn\u00e9.<\/p>\n<p>Il avait ensuite roul\u00e9 sans destination pr\u00e9cise, traversant les rues humides de Besan\u00e7on jusqu&#39;\u00e0 reconna\u00eetre la silhouette d&#39;une ancienne gare reconvertie en petit caf\u00e9. Il s&#39;y \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 presque machinalement. L&#39;endroit conservait des traces de son pass\u00e9 ferroviaire : une horloge ancienne au-dessus du comptoir, des photographies jaunies de locomotives et une grande baie vitr\u00e9e donnant sur les voies d\u00e9sormais envahies d&#39;herbes. L&#39;air sentait le caf\u00e9 moulu, la cire du parquet et les p\u00e2tisseries qui refroidissaient pr\u00e8s de la cuisine. C&#39;\u00e9tait exactement le contraire des \u00e9tablissements \u00e9l\u00e9gants qu&#39;il poss\u00e9dait, et cette simplicit\u00e9 l&#39;avait aussit\u00f4t rassur\u00e9.<\/p>\n<p>La patronne, une femme d&#39;une soixantaine d&#39;ann\u00e9es portant d&#39;\u00e9paisses lunettes rouges, l&#39;avait accueilli sans c\u00e9r\u00e9monie. \u00ab Vous avez une t\u00eate \u00e0 avoir besoin d&#39;un caf\u00e9 bien chaud \u00bb, avait-elle annonc\u00e9. Bastien avait souri malgr\u00e9 lui. Elle s&#39;appelait Odette, comme l&#39;indiquait une petite plaque en bois suspendue pr\u00e8s de la caisse. Elle lui avait servi un caf\u00e9 dans une tasse d\u00e9pareill\u00e9e avant de proposer une g\u00e9n\u00e9reuse portion de tarte aux noix. \u00ab Ici, monsieur, personne ne vous demandera de vous d\u00e9p\u00eacher. \u00bb Il avait voulu lui r\u00e9pondre qu&#39;il ne savait justement plus quoi faire de son temps libre, mais il s&#39;\u00e9tait content\u00e9 de la remercier.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, devant L\u00e9onie, Bastien comprenait que le silence qu&#39;il \u00e9tait venu chercher n&#39;avait plus aucune importance. \u00ab Tu as mang\u00e9 aujourd&#39;hui ? \u00bb demanda-t-il. La petite passa son pouce sur le manche de sa brosse. Elle h\u00e9sita si longtemps que Bastien crut qu&#39;elle allait refuser de r\u00e9pondre. \u00ab Un petit peu, ce matin \u00bb, finit-elle par murmurer. \u00ab Mais je peux attendre encore si vous voulez finir votre caf\u00e9. \u00bb Il sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine. Il ne savait pas quelle situation avait conduit cette enfant \u00e0 se retrouver l\u00e0, et il se garda d&#39;en tirer des conclusions h\u00e2tives. Une seule chose lui semblait certaine : personne ne devrait avoir \u00e0 n\u00e9gocier son d\u00e9jeuner de cette mani\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Je vais te commander un vrai repas \u00bb, dit-il doucement. \u00ab Et tu n&#39;auras pas besoin de travailler pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Le visage de L\u00e9onie se ferma presque aussit\u00f4t. Elle recula d&#39;un demi-pas, rapprochant la brosse de son ventre comme si elle craignait qu&#39;on la lui confisque. \u00ab Non, monsieur. Je ne peux pas accepter comme \u00e7a. Maman dit qu&#39;il faut toujours donner quelque chose quand quelqu&#39;un nous aide. Elle dit qu&#39;on ne doit pas profiter des gens. \u00bb Les mots \u00e9taient prononc\u00e9s avec le s\u00e9rieux d&#39;une r\u00e8gle apprise depuis longtemps. Bastien comprit alors que ce qu&#39;il avait pris pour une simple proposition cachait quelque chose de plus profond : la fillette ne cherchait pas seulement \u00e0 obtenir de la nourriture. Elle voulait pouvoir la recevoir sans honte.<\/p>\n<p>Il observa la brosse. Le bois portait de fines entailles, et les poils, quoique us\u00e9s, avaient \u00e9t\u00e9 soigneusement nettoy\u00e9s. \u00ab Qui t&#39;a appris \u00e0 t&#39;en servir ? \u00bb demanda-t-il. Une lueur passa dans les yeux de L\u00e9onie. \u00ab Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re travaillait ici, \u00e0 l&#39;\u00e9poque o\u00f9 les trains s&#39;arr\u00eataient encore. Il nettoyait les chaussures des voyageurs. C&#39;\u00e9tait sa brosse. Apr\u00e8s, ma maman l&#39;a gard\u00e9e. Elle m&#39;a montr\u00e9 comment faire. \u00bb Elle retourna l&#39;objet pour lui pr\u00e9senter le manche. \u00ab Vous voyez ? Il y a une petite marque ici. C&#39;est lui qui l&#39;avait faite pour reconna\u00eetre la sienne. \u00bb<\/p>\n<p>Bastien distingua une entaille en forme de croix pr\u00e8s de l&#39;extr\u00e9mit\u00e9 du bois. Il imagina cet homme disparu, assis quelque part dans la gare, attendant les voyageurs avec ses outils. \u00c0 pr\u00e9sent, cette m\u00eame brosse \u00e9tait entre les mains de son arri\u00e8re-petite-fille, qui semblait y trouver une sorte de s\u00e9curit\u00e9. \u00ab Et qu&#39;est-ce que ta m\u00e8re t&#39;a appris d&#39;autre ? \u00bb demanda-t-il. \u00ab Qu&#39;on ne doit jamais oublier les talons. Les gens regardent surtout le dessus, mais la poussi\u00e8re reste derri\u00e8re. Si on laisse cette poussi\u00e8re, le travail n&#39;est pas termin\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Odette s&#39;\u00e9tait rapproch\u00e9e sans bruit. Elle avait entendu une partie de leur conversation et regardait L\u00e9onie avec une inqui\u00e9tude qu&#39;elle tentait visiblement de dissimuler. Bastien le remarqua, mais n&#39;insista pas devant l&#39;enfant. Il tira la chaise pr\u00e8s de lui et r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes. \u00ab D&#39;accord, L\u00e9onie. Puisque c&#39;est important pour toi, tu peux me montrer ce que tu sais faire. Mais nous convenons de deux choses : tu travailles seulement quelques minutes et tu manges ensuite tout ce dont tu as besoin. \u00bb La fillette releva le menton. \u00ab Vous \u00eates s\u00fbr ? \u00bb Il r\u00e9pondit sans sourire : \u00ab Absolument. Et je veux un travail impeccable. \u00bb Cette derni\u00e8re phrase produisit l&#39;effet attendu. L\u00e9onie se redressa, comme une professionnelle \u00e0 qui l&#39;on venait enfin d&#39;accorder sa confiance.<\/p>\n<p>Odette apporta plusieurs feuilles de journal qu&#39;elle \u00e9tendit sur une chaise. Bastien retira ses chaussures et posa ses pieds sur le petit tapis sous la table. L\u00e9onie s&#39;agenouilla devant le cuir noir avec une concentration extraordinaire. Ses gestes \u00e9taient lents, m\u00e9thodiques, presque c\u00e9r\u00e9monieux. Elle commen\u00e7a par enlever la poussi\u00e8re, insista sur les coutures et retourna chaque chaussure pour examiner le bord des semelles. Une m\u00e8che de cheveux lui tombait r\u00e9guli\u00e8rement devant les yeux. Elle la repoussait d&#39;un mouvement impatient, puis reprenait son ouvrage au point exact o\u00f9 elle l&#39;avait interrompu. Bastien aurait pu lui demander d&#39;arr\u00eater apr\u00e8s une minute. Il comprenait pourtant que ce serait lui retirer quelque chose d&#39;important.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez march\u00e9 sous la pluie \u00bb, remarqua-t-elle apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 une trace claire sur le cuir. \u00ab Oui. \u00bb Elle frotta doucement avec son chiffon. \u00ab Il faut faire attention apr\u00e8s, sinon \u00e7a laisse des marques. \u00bb Bastien regarda ses petites mains travailler. Depuis des ann\u00e9es, des employ\u00e9s prenaient soin de ses v\u00eatements, de sa voiture et de ses bureaux sans qu&#39;il songe vraiment au travail n\u00e9cessaire. Il connaissait le prix des choses avec une pr\u00e9cision presque excessive. Il avait beaucoup moins souvent r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce qu&#39;elles repr\u00e9sentaient pour ceux qui les entretenaient.<\/p>\n<p>Lorsque L\u00e9onie eut termin\u00e9, elle posa les chaussures c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et recula l\u00e9g\u00e8rement pour juger du r\u00e9sultat. Puis elle se pencha une derni\u00e8re fois vers les talons. Elle d\u00e9couvrit une petite trace oubli\u00e9e, la nettoya et hocha la t\u00eate. \u00ab Voil\u00e0, monsieur. Maintenant, c&#39;est bien. \u00bb Bastien examina le cuir qui brillait sous la lumi\u00e8re jaune de la lampe. \u00ab C&#39;est m\u00eame excellent \u00bb, r\u00e9pondit-il. \u00ab Tu avais raison de v\u00e9rifier les talons. \u00bb Pour la premi\u00e8re fois depuis qu&#39;elle s&#39;\u00e9tait approch\u00e9e, L\u00e9onie sourit librement. Ce sourire transforma son visage. Il lui rendit pendant un instant l&#39;expression insouciante qui aurait d\u00fb \u00eatre la sienne depuis le d\u00e9but.<\/p>\n<p>Odette arriva presque aussit\u00f4t avec une assiette creuse de soupe aux l\u00e9gumes, un croque-monsieur dor\u00e9 et un verre d&#39;eau. Elle posa \u00e9galement une petite serviette en tissu sur la table. \u00ab Voil\u00e0 pour notre travailleuse \u00bb, dit-elle avec une affection discr\u00e8te. L\u00e9onie regarda le repas sans y toucher. \u00ab Tout \u00e7a, c&#39;est pour moi ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Rien que pour toi \u00bb, confirma Bastien. \u00ab Et si tu veux du pain, nous en demanderons. \u00bb Elle prit la cuill\u00e8re, attendit que la soupe refroidisse un peu et commen\u00e7a \u00e0 manger avec une application qui rappelait celle qu&#39;elle avait montr\u00e9e en cirant les chaussures.<\/p>\n<p>Bastien ne lui posa aucune question pendant les premi\u00e8res minutes. Il avait trop souvent assist\u00e9, lors de r\u00e9ceptions professionnelles, \u00e0 ces conversations o\u00f9 l&#39;on for\u00e7ait quelqu&#39;un \u00e0 raconter sa vie pour satisfaire une curiosit\u00e9 passag\u00e8re. Il ne voulait pas que L\u00e9onie ait l&#39;impression de devoir justifier le repas qu&#39;elle venait de recevoir. Odette retourna derri\u00e8re son comptoir, mais jetait fr\u00e9quemment un regard vers leur table. Dehors, le ciel s&#39;assombrissait malgr\u00e9 l&#39;heure encore pr\u00e9coce. Un camion traversa la rue en projetant de l&#39;eau sur le trottoir. L\u00e9onie mangea lentement, puis s&#39;arr\u00eata alors qu&#39;il restait presque la moiti\u00e9 du croque-monsieur.<\/p>\n<p>Elle plia soigneusement la serviette autour du sandwich et le posa pr\u00e8s de sa brosse. Bastien pensa d&#39;abord qu&#39;elle n&#39;avait plus faim. \u00ab Tu peux le terminer \u00bb, lui dit-il. \u00ab C&#39;est ton repas. \u00bb L\u00e9onie secoua la t\u00eate. \u00ab Je voudrais le garder pour maman. \u00bb Les mots furent prononc\u00e9s sans tristesse apparente, comme s&#39;il s&#39;agissait d&#39;une \u00e9vidence. Bastien inclina l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate. \u00ab Ta maman est chez vous ? \u00bb La petite caressa la serviette du bout des doigts. \u00ab Non. Elle est dans une maison o\u00f9 les gens sont malades. L\u00e0-haut, sur la colline. \u00bb<\/p>\n<p>Il posa sa tasse. \u00ab \u00c0 l&#39;h\u00f4pital ? \u00bb L\u00e9onie r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Pas exactement. Il y a des chambres et des infirmi\u00e8res. On lui donne des m\u00e9dicaments pour qu&#39;elle ait moins mal. \u00bb Elle fit une pause avant d&#39;ajouter : \u00ab Parfois, elle dort tr\u00e8s longtemps, m\u00eame quand je lui parle. Mais je sais qu&#39;elle m&#39;entend. \u00bb Bastien sentit son estomac se nouer. Il connaissait suffisamment les \u00e9tablissements m\u00e9dicaux de la r\u00e9gion pour deviner ce que pouvait signifier une maison de soins install\u00e9e sur une colline. Il n&#39;osa pourtant pas lui demander davantage. L&#39;enfant avait repris son sandwich emball\u00e9 et le tenait pr\u00e9cieusement, comme si ce simple morceau de pain et de fromage pouvait lui permettre de faire quelque chose pour sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Tu voulais lui apporter \u00e0 manger ? \u00bb demanda-t-il. L\u00e9onie acquies\u00e7a. \u00ab Je voulais surtout la voir. Mais si je lui apporte quelque chose, elle sera contente. Avant, elle me pr\u00e9parait toujours ce que j&#39;aimais. Maintenant, je voudrais faire pareil. \u00bb Sa voix resta stable jusqu&#39;\u00e0 la derni\u00e8re phrase. Ensuite, elle d\u00e9tourna les yeux vers la fen\u00eatre. Bastien comprit que, derri\u00e8re sa volont\u00e9 de bien travailler, il y avait aussi le d\u00e9sir douloureux d&#39;\u00eatre utile \u00e0 une personne qu&#39;elle ne pouvait pas gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>Odette s&#39;approcha alors de leur table. Elle ne portait plus l&#39;expression chaleureuse avec laquelle elle avait servi la soupe. \u00ab L\u00e9onie, ma ch\u00e9rie, il faut que nous parlions. \u00bb L&#39;enfant se raidit imm\u00e9diatement. \u00ab Je n&#39;ai rien vol\u00e9 \u00bb, r\u00e9pondit-elle. \u00ab Je sais, ma belle. Personne ne dit \u00e7a. Mais H\u00e9l\u00e8ne te cherche depuis tout \u00e0 l&#39;heure. Elle \u00e9tait tr\u00e8s inqui\u00e8te. Je viens de la pr\u00e9venir que tu \u00e9tais ici. \u00bb L\u00e9onie baissa la t\u00eate. Bastien regarda Odette, qui lui adressa un signe discret pour lui demander de ne pas intervenir tout de suite.<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais bien que tu ne peux pas partir comme \u00e7a \u00bb, reprit la patronne. \u00ab Il faut pr\u00e9venir les adultes qui s&#39;occupent de toi. \u00bb La petite serra la serviette contenant le sandwich. \u00ab Je voulais juste aller voir maman. H\u00e9l\u00e8ne m&#39;avait dit qu&#39;on ne pouvait pas aujourd&#39;hui. Alors j&#39;ai pens\u00e9 que si je gagnais quelque chose, je pourrais y aller toute seule. \u00bb Odette ferma un instant les yeux, puis posa une main sur le dossier de la chaise. Bastien observa ce geste et comprit que la patronne connaissait cette enfant depuis plus longtemps qu&#39;il ne l&#39;avait suppos\u00e9.<\/p>\n<p>Une voiture sombre portant un petit insigne administratif s&#39;arr\u00eata devant l&#39;\u00e9tablissement. Deux femmes en descendirent. L&#39;une, v\u00eatue d&#39;un manteau bleu, scruta imm\u00e9diatement l&#39;int\u00e9rieur du caf\u00e9. L&#39;autre tenait une sacoche remplie de documents. L\u00e9onie les aper\u00e7ut \u00e0 travers la vitre et son visage perdit toute couleur. Elle rangea pr\u00e9cipitamment sa brosse. Ses gestes, jusqu&#39;alors si pr\u00e9cis, devinrent maladroits. Bastien eut soudain l&#39;impression de retrouver l&#39;enfant qu&#39;il avait vue entrer : une petite fille qui s&#39;effor\u00e7ait de para\u00eetre brave parce qu&#39;elle ne savait pas ce qui allait lui arriver.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que tu les connais ? \u00bb lui demanda-t-il. L\u00e9onie hocha la t\u00eate. \u00ab C&#39;est H\u00e9l\u00e8ne. Et l&#39;autre dame vient du service qui s&#39;occupe des enfants. \u00bb Elle glissa son chiffon dans la main de Bastien, puis leva vers lui un regard si s\u00e9rieux qu&#39;il en oublia toutes les questions qu&#39;il s&#39;appr\u00eatait \u00e0 poser. \u00ab Monsieur, quand elles vont me demander ce que j&#39;ai fait ici, est-ce que vous pourrez leur dire que j&#39;ai bien travaill\u00e9 ? \u00bb Bastien referma lentement ses doigts sur le tissu. \u00c0 cet instant, il comprit que L\u00e9onie ne craignait pas seulement d&#39;\u00eatre grond\u00e9e pour avoir quitt\u00e9 sa maison d&#39;accueil. Elle craignait que personne ne la croie capable de faire quelque chose de bien.<\/p>\n<p>La porte s&#39;ouvrit, laissant entrer une rafale d&#39;air froid. Bastien se leva avant m\u00eame que les deux femmes aient franchi le seuil. Ses chaussures, parfaitement cir\u00e9es, \u00e9taient toujours pos\u00e9es sur le journal. Il regarda L\u00e9onie, puis les nouvelles arrivantes. Il avait pass\u00e9 une grande partie de son existence \u00e0 prendre des d\u00e9cisions dont d\u00e9pendaient des budgets consid\u00e9rables. Celle qu&#39;il s&#39;appr\u00eatait \u00e0 prendre ne concernait aucun de ses h\u00f4tels. Pourtant, il pressentait d\u00e9j\u00e0 qu&#39;elle p\u00e8serait infiniment davantage sur sa vie. Il d\u00e9cida qu&#39;il ne laisserait pas cette enfant affronter seule le regard des adultes.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6755\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Lorsque les responsables de L\u00e9onie arrivent au caf\u00e9, Bastien d\u00e9couvre pourquoi son petit travail dissimule une peur bien plus grande<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La petite fille n&#39;avait pas encore ouvert la bouche que Bastien Larcher avait remarqu\u00e9 ses mains. Elles tremblaient l\u00e9g\u00e8rement autour d&#39;une vieille brosse \u00e0 chaussures, dont le manche en bois &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6753,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6754","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6754","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6754"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6754\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6766,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6754\/revisions\/6766"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6753"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6754"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6754"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6754"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}