{"id":6667,"date":"2026-10-18T02:22:31","date_gmt":"2026-10-18T02:22:31","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6667"},"modified":"2026-10-18T02:22:31","modified_gmt":"2026-10-18T02:22:31","slug":"partie-5-devant-une-salle-entiere-camille-choisit-de-remercier-celle-qui-etait-restee-plutot-que-ceux-qui-reclamaient-sa-reussite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6667","title":{"rendered":"PARTIE 5 \u2013 Devant une salle enti\u00e8re, Camille choisit de remercier celle qui \u00e9tait rest\u00e9e plut\u00f4t que ceux qui r\u00e9clamaient sa r\u00e9ussite"},"content":{"rendered":"<p>Camille posa ses deux mains de chaque c\u00f4t\u00e9 du pupitre. La lumi\u00e8re des projecteurs l&#39;emp\u00eachait de distinguer les visages situ\u00e9s au fond de l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre, mais elle voyait parfaitement ses parents biologiques au premier rang. Sa m\u00e8re tenait toujours les pivoines blanches sur ses genoux. Son p\u00e8re s&#39;\u00e9tait redress\u00e9, le menton l\u00e9g\u00e8rement relev\u00e9, avec cette expression satisfaite qu&#39;il arborait autrefois lorsqu&#39;un membre de la famille recevait des compliments en public. Quelques secondes plus t\u00f4t, il lui avait adress\u00e9 un signe familier. Camille avait reconnu dans ce geste une habitude ancienne : il attendait d&#39;elle qu&#39;elle r\u00e9ponde naturellement \u00e0 une autorit\u00e9 qu&#39;il consid\u00e9rait toujours comme acquise.<\/p>\n<p>Elle regarda la premi\u00e8re page de son discours, celle qu&#39;elle avait \u00e9cart\u00e9e en s&#39;approchant du micro. Elle y avait \u00e9crit une introduction conventionnelle, avec des remerciements au doyen, aux enseignants et aux familles. Les mots \u00e9taient appropri\u00e9s, mais ils ne suffisaient plus. Elle venait de comprendre qu&#39;en parlant simplement de soutien familial, elle offrirait \u00e0 ses parents biologiques une place qu&#39;ils n&#39;avaient pas occup\u00e9e. Elle ne voulait pas pour autant transformer la c\u00e9r\u00e9monie en humiliation publique. Ses camarades avaient travaill\u00e9 pendant des ann\u00e9es pour arriver jusque-l\u00e0. Leur journ\u00e9e m\u00e9ritait mieux qu&#39;une dispute familiale.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur le Doyen, mesdames et messieurs les professeurs, chers coll\u00e8gues, chers proches \u00bb, commen\u00e7a-t-elle. Sa voix lui sembla \u00e9trang\u00e8re pendant les premi\u00e8res secondes. Elle s&#39;arr\u00eata pour respirer, puis poursuivit. \u00ab Nous recevons aujourd&#39;hui une distinction qui reconna\u00eet notre travail. Pourtant, aucun d&#39;entre nous n&#39;a travers\u00e9 ces ann\u00e9es compl\u00e8tement seul. Derri\u00e8re un dipl\u00f4me, il y a des personnes qui ont enseign\u00e9, corrig\u00e9, soign\u00e9, encourag\u00e9 et parfois simplement attendu que nous retrouvions confiance. \u00bb<\/p>\n<p>Elle aper\u00e7ut Claire au deuxi\u00e8me rang. Sa m\u00e8re adoptive avait cess\u00e9 d&#39;applaudir depuis longtemps et gardait maintenant les mains jointes sur son sac. Elle connaissait suffisamment Camille pour reconna\u00eetre le moment o\u00f9 celle-ci s&#39;\u00e9loignait d&#39;un texte pr\u00e9par\u00e9. Son regard exprimait une inqui\u00e9tude discr\u00e8te, mais elle ne lui fit aucun signe pour l&#39;arr\u00eater. Camille comprit qu&#39;elle disposait de cette libert\u00e9-l\u00e0 : Claire n&#39;avait jamais exig\u00e9 que sa fille prot\u00e8ge ses sentiments en renon\u00e7ant \u00e0 parler.<\/p>\n<p>La jeune m\u00e9decin \u00e9voqua d&#39;abord ses enseignants. Elle parla d&#39;un professeur qui l&#39;avait oblig\u00e9e \u00e0 reprendre un raisonnement clinique jusqu&#39;\u00e0 pouvoir en expliquer chaque \u00e9tape, d&#39;une praticienne hospitali\u00e8re qui lui avait appris \u00e0 annoncer une information difficile sans se r\u00e9fugier derri\u00e8re les termes techniques et des patients qui avaient accept\u00e9 la pr\u00e9sence d&#39;\u00e9tudiants pendant des moments de grande vuln\u00e9rabilit\u00e9. Elle ne pronon\u00e7a aucun nom de malade. Elle avait trop souvent vu des histoires personnelles devenir des anecdotes pour comprendre l&#39;importance de pr\u00e9server leur intimit\u00e9.<\/p>\n<p>Puis elle ralentit. \u00ab Il existe une autre forme d&#39;enseignement, moins visible. Elle commence parfois avant les \u00e9tudes, lorsque quelqu&#39;un nous montre, par ses actes, ce que signifie prendre soin d&#39;une personne qui ne peut rien offrir en retour. \u00bb Elle laissa cette phrase trouver sa place dans le silence. Au premier rang, son p\u00e8re biologique hocha la t\u00eate avec une approbation presque enthousiaste. Camille sentit une crispation dans sa nuque. Elle savait qu&#39;il se pr\u00e9parait \u00e0 reconna\u00eetre sa propre famille dans ce passage.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 treize ans, j&#39;ai \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e pour une leuc\u00e9mie grave. Je ne savais pas si je pourrais retourner \u00e0 l&#39;\u00e9cole, retrouver une vie ordinaire ou simplement supporter la prochaine \u00e9tape du traitement. \u00c0 cette \u00e9poque, mes parents biologiques ont d\u00e9cid\u00e9 de ne plus assumer ma prise en charge. Je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 l&#39;h\u00f4pital sans la pr\u00e9sence familiale que j&#39;attendais. \u00bb Les mots avaient \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s sans \u00e9clat. Ils \u00e9taient suffisamment pr\u00e9cis pour ne laisser aucune place \u00e0 une interpr\u00e9tation commode.<\/p>\n<p>Le silence changea de nature. Quelques personnes se redress\u00e8rent. Un \u00e9tudiant assis pr\u00e8s de la sc\u00e8ne tourna l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate vers les invit\u00e9s. Camille n&#39;observait plus directement ses parents, mais elle per\u00e7ut un mouvement brusque au premier rang. Elle ne cherchait pas \u00e0 provoquer une r\u00e9action. Elle avait seulement cess\u00e9 d&#39;effacer la premi\u00e8re partie de son histoire pour rendre les autres plus confortables.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne raconterai pas aujourd&#39;hui tous les d\u00e9tails de cette p\u00e9riode. Ils appartiennent \u00e0 mon histoire personnelle et \u00e0 celle de plusieurs professionnels qui m&#39;ont accompagn\u00e9e. Mais je voudrais remercier une personne en particulier. Elle \u00e9tait infirmi\u00e8re. Elle n&#39;avait ni grande maison ni fortune \u00e0 me proposer. Elle avait un emploi exigeant, des responsabilit\u00e9s et une vie d\u00e9j\u00e0 bien remplie. Pourtant, elle a choisi de rester pr\u00e9sente lorsque j&#39;en avais le plus besoin. \u00bb<\/p>\n<p>Camille tourna enfin les yeux vers Claire. Sa m\u00e8re adoptive avait port\u00e9 une main \u00e0 sa bouche. \u00ab Claire Morel m&#39;a d&#39;abord aid\u00e9e \u00e0 comprendre ma maladie. Ensuite, elle m&#39;a donn\u00e9 un foyer. Avec le temps et les d\u00e9marches n\u00e9cessaires, elle est devenue ma m\u00e8re. Elle ne m&#39;a jamais demand\u00e9 d&#39;oublier ce que j&#39;avais v\u00e9cu. Elle m&#39;a appris que l&#39;on pouvait avoir peur, \u00eatre malade, \u00e9chouer \u00e0 un examen ou traverser une mauvaise p\u00e9riode sans perdre sa place aupr\u00e8s de ceux qui nous aiment. \u00bb<\/p>\n<p>Une \u00e9motion difficile \u00e0 contenir traversa la salle. Camille sentit sa gorge se serrer, mais elle continua. Elle parla des soir\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 r\u00e9viser dans leur petite cuisine, des trajets m\u00e9dicaux, des livres d&#39;occasion et des discussions qui se poursuivaient malgr\u00e9 la fatigue. Elle \u00e9voqua aussi les d\u00e9saccords, les inqui\u00e9tudes et les limites financi\u00e8res. Elle tenait \u00e0 ce que Claire ne soit pas pr\u00e9sent\u00e9e comme une figure irr\u00e9elle, capable de tout supporter sans difficult\u00e9. Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 d&#39;autant plus pr\u00e9cieuse qu&#39;elle s&#39;\u00e9tait exerc\u00e9e dans une existence ordinaire, avec des contraintes r\u00e9elles.<\/p>\n<p>\u00ab Si je suis devant vous aujourd&#39;hui, ce n&#39;est pas parce qu&#39;une personne m&#39;a sauv\u00e9e \u00e0 elle seule. Des \u00e9quipes m\u00e9dicales, des enseignants et de nombreux professionnels ont contribu\u00e9 \u00e0 mon parcours. Mais Claire m&#39;a appris quelque chose que je souhaite conserver dans ma pratique : lorsqu&#39;un patient traverse une p\u00e9riode difficile, notre pr\u00e9sence doit \u00eatre digne de confiance. Les paroles comptent. Les d\u00e9cisions comptent davantage. \u00bb<\/p>\n<p>Camille s&#39;interrompit pour boire une gorg\u00e9e d&#39;eau. Elle remarqua alors que sa m\u00e8re biologique avait d\u00e9pos\u00e9 les fleurs sur le si\u00e8ge voisin. Son visage avait perdu son sourire. Son p\u00e8re fixait la sc\u00e8ne avec une immobilit\u00e9 inhabituelle. Il avait les l\u00e8vres serr\u00e9es et les mains pos\u00e9es bien \u00e0 plat sur ses genoux. Camille reconnaissait cette attitude. Dans son enfance, elle annon\u00e7ait g\u00e9n\u00e9ralement une conversation p\u00e9nible d\u00e8s le retour \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Elle poursuivit n\u00e9anmoins sans leur adresser de reproches suppl\u00e9mentaires. Elle \u00e9voqua les jeunes patients qui devaient comprendre leur maladie alors que les adultes eux-m\u00eames avaient du mal \u00e0 l&#39;expliquer. Elle parla de l&#39;importance d&#39;\u00e9couter les questions, m\u00eame lorsqu&#39;elles semblaient r\u00e9p\u00e9titives ou d\u00e9rangeantes. Elle termina en rappelant que les connaissances m\u00e9dicales ne dispensaient jamais de traiter une personne avec respect. Puis elle remercia ses camarades et leur souhaita de conserver la curiosit\u00e9 qui les avait conduits vers cette profession.<\/p>\n<p>Les applaudissements commenc\u00e8rent lentement. Ils gagn\u00e8rent l&#39;ensemble de l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre lorsque Camille quitta le pupitre. Elle aper\u00e7ut Claire debout, les yeux humides, son mouchoir brod\u00e9 serr\u00e9 dans la main. Plusieurs professeurs applaudirent longuement. Ses camarades lui adressaient des sourires encourageants. Au premier rang, les Besson rest\u00e8rent assis quelques secondes avant de se lever \u00e0 leur tour. Son p\u00e8re applaudissait avec une raideur manifeste. Sa m\u00e8re regardait autour d&#39;elle, comme pour v\u00e9rifier si quelqu&#39;un observait sa r\u00e9action.<\/p>\n<p>Camille rejoignit sa place parmi les dipl\u00f4m\u00e9s. Elle avait le c\u0153ur battant et une sensation de vide dans les jambes. Elle n&#39;avait pas prononc\u00e9 toutes les phrases pr\u00e9par\u00e9es la veille. Elle n&#39;avait pas non plus r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&#39;ensemble des \u00e9l\u00e9ments transmis par Sophie. Pourtant, elle avait formul\u00e9 l&#39;essentiel : Claire \u00e9tait sa m\u00e8re, et les personnes assises au premier rang n&#39;avaient pas particip\u00e9 \u00e0 son \u00e9ducation apr\u00e8s treize ans. Rien, dans les applaudissements, ne garantissait que ses parents accepteraient cette distinction.<\/p>\n<p>Le reste de la c\u00e9r\u00e9monie se d\u00e9roula presque normalement. Les autres \u00e9tudiants furent appel\u00e9s, les enseignants prononc\u00e8rent leurs f\u00e9licitations et plusieurs photographies furent prises sur sc\u00e8ne. Camille s&#39;effor\u00e7a de rester attentive aux personnes qui recevaient leur dipl\u00f4me. Elle refusait que sa propre histoire absorbe toute la journ\u00e9e. Lorsqu&#39;une camarade lui serra la main en lui disant que son discours l&#39;avait touch\u00e9e, elle la remercia simplement. Elle ne souhaitait ni recevoir de compassion ni transformer son abandon en \u00e9l\u00e9ment spectaculaire de sa r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>\u00c0 la sortie de l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre, elle chercha imm\u00e9diatement Claire. Elle la trouva pr\u00e8s d&#39;une colonne, en conversation avec une ancienne coll\u00e8gue venue assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Claire s&#39;interrompit en voyant sa fille. Pendant une seconde, aucune des deux ne bougea. Puis Camille s&#39;approcha et l&#39;enla\u00e7a. Claire lui murmura qu&#39;elle \u00e9tait fi\u00e8re de son travail, mais aussi de la mani\u00e8re dont elle avait parl\u00e9. Camille sentit contre son \u00e9paule le tissu l\u00e9g\u00e8rement rugueux de la veste qu&#39;elle connaissait depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab J&#39;avais peur de te mettre mal \u00e0 l&#39;aise \u00bb, avoua Camille. Claire recula juste assez pour regarder son visage. \u00ab Tu n&#39;as rien dit qui m&#39;appartienne davantage qu&#39;\u00e0 toi \u00bb, r\u00e9pondit-elle. \u00ab Je suis simplement touch\u00e9e que tu aies voulu partager cela aujourd&#39;hui. \u00bb Elle essuya rapidement ses yeux et ajouta qu&#39;elles devraient manger quelque chose avant que toutes les p\u00e2tisseries ne disparaissent. Cette remarque fit sourire Camille. Claire avait toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ramener les moments les plus intenses vers des gestes concrets.<\/p>\n<p>Elles venaient de rejoindre la r\u00e9ception lorsqu&#39;une voix masculine les arr\u00eata. \u00ab Clara. Nous devons parler. \u00bb Camille se retourna. Son p\u00e8re biologique avan\u00e7ait vers elles, suivi de sa femme. Il tenait le programme pli\u00e9 dans une main. Son visage \u00e9tait rouge, mais sa voix restait suffisamment basse pour ne pas attirer imm\u00e9diatement l&#39;attention. Il regarda bri\u00e8vement Claire, sans la saluer, puis reporta son attention sur sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#39;appelle Camille \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Son p\u00e8re eut un mouvement impatient. \u00ab Tu sais tr\u00e8s bien ce que je veux dire. Ce discours \u00e9tait compl\u00e8tement d\u00e9plac\u00e9. Tu aurais pu nous pr\u00e9venir au lieu de nous exposer devant des centaines de personnes. \u00bb Sa m\u00e8re s&#39;approcha \u00e0 son tour. Les pivoines \u00e9taient maintenant serr\u00e9es contre sa poitrine. Elle avait les yeux brillants, sans que Camille puisse d\u00e9terminer si elle avait pleur\u00e9 ou si elle se retenait de le faire.<\/p>\n<p>Camille sentit Claire se placer l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#39;elle, mais sa m\u00e8re adoptive ne parla pas. Elle lui laissait la possibilit\u00e9 de conduire elle-m\u00eame cette conversation. \u00ab J&#39;ai expliqu\u00e9 ce qui m&#39;\u00e9tait arriv\u00e9 \u00bb, r\u00e9pondit Camille. \u00ab Je n&#39;ai pas invent\u00e9 votre d\u00e9part. Je n&#39;ai pas invent\u00e9 les ann\u00e9es pendant lesquelles vous n&#39;\u00e9tiez pas l\u00e0. \u00bb Son p\u00e8re regarda autour de lui avant de se rapprocher. \u00ab Il y a des choses qui doivent rester dans la famille. Tu aurais d\u00fb comprendre cela depuis longtemps. \u00bb<\/p>\n<p>Cette phrase r\u00e9veilla chez Camille une col\u00e8re plus froide que celle qu&#39;elle avait \u00e9prouv\u00e9e dans l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre. Elle connaissait l&#39;importance que son p\u00e8re accordait aux apparences. Elle se souvenait des invitations soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9es, des conversations interrompues lorsqu&#39;un voisin approchait et des difficult\u00e9s familiales dissimul\u00e9es derri\u00e8re des sourires. Mais elle n&#39;\u00e9tait plus une enfant tenue de prot\u00e9ger la r\u00e9putation des adultes. \u00ab Une famille ne peut pas demander le silence comme preuve de loyaut\u00e9 apr\u00e8s avoir choisi de partir \u00bb, r\u00e9pondit-elle.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re biologique tendit les fleurs vers elle. \u00ab Nous sommes venus parce que nous sommes fiers de toi \u00bb, dit-elle. Camille baissa les yeux vers le bouquet. Les tiges \u00e9taient envelopp\u00e9es dans un papier brillant qui craquait entre les doigts de sa m\u00e8re. Elle pensa aux visites attendues pendant les traitements, aux anniversaires pass\u00e9s sans nouvelles et aux ann\u00e9es d&#39;\u00e9tudes durant lesquelles personne, parmi les Besson, ne lui avait demand\u00e9 comment elle vivait. Elle aurait voulu croire \u00e0 cette fiert\u00e9. Mais elle ne savait pas ce qu&#39;elle signifiait lorsqu&#39;elle apparaissait seulement au moment o\u00f9 une r\u00e9ussite devenait publique.<\/p>\n<p>\u00ab Vous auriez pu m&#39;\u00e9crire avant aujourd&#39;hui \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Sa m\u00e8re ouvrit la bouche, puis la referma. Son p\u00e8re intervint aussit\u00f4t. \u00ab Nous avons essay\u00e9 d&#39;obtenir des informations. Tu as chang\u00e9 de nom, de ville, de vie. On ne peut pas nous reprocher de ne pas avoir suivi une personne qui a tout fait pour dispara\u00eetre. \u00bb Camille le regarda avec stupeur. Elle avait treize ans lorsqu&#39;ils l&#39;avaient laiss\u00e9e \u00e0 l&#39;h\u00f4pital. Elle n&#39;avait choisi ni les proc\u00e9dures de protection ni les d\u00e9cisions administratives prises pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Claire prit enfin la parole. Son ton resta calme. \u00ab Camille \u00e9tait une enfant gravement malade. Vous \u00eates libres de lui expliquer aujourd&#39;hui ce que vous avez v\u00e9cu, mais vous ne pouvez pas lui attribuer la responsabilit\u00e9 de votre absence. \u00bb Le p\u00e8re de Camille se tourna brusquement vers elle. \u00ab Je ne vous ai pas demand\u00e9 votre avis. \u00bb Claire ne recula pas. Elle r\u00e9pondit simplement : \u00ab Vous vous adressez \u00e0 ma fille pendant une journ\u00e9e importante pour elle. Mon avis devient n\u00e9cessaire si vous tentez de lui faire porter une faute qui n&#39;est pas la sienne. \u00bb<\/p>\n<p>Quelques invit\u00e9s commenc\u00e8rent \u00e0 regarder dans leur direction. Camille comprit que la conversation risquait de devenir le spectacle qu&#39;elle avait pr\u00e9cis\u00e9ment voulu \u00e9viter. Elle demanda \u00e0 ses parents biologiques de baisser la voix et proposa de remettre tout \u00e9change s\u00e9rieux \u00e0 un autre moment. Son p\u00e8re sembla prendre cette proposition pour une concession. Il redressa les \u00e9paules et annon\u00e7a qu&#39;ils souhaitaient lui expliquer plusieurs choses, notamment les difficult\u00e9s auxquelles ils avaient \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s quinze ans auparavant.<\/p>\n<p>Camille pensa aux documents re\u00e7us de Sophie. Elle n&#39;avait pas pr\u00e9vu de les \u00e9voquer pendant la r\u00e9ception, mais elle ne pouvait plus accepter une nouvelle version enti\u00e8rement construite autour des obstacles financiers. \u00ab Je sais que des aides vous ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es \u00bb, dit-elle. \u00ab Je sais aussi que certains rendez-vous n&#39;ont pas \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s. Si vous souhaitez vraiment parler de cette p\u00e9riode, il faudra le faire \u00e0 partir de faits pr\u00e9cis. \u00bb Son p\u00e8re resta silencieux une seconde. Sa m\u00e8re baissa brusquement les yeux vers les fleurs.<\/p>\n<p>\u00ab Qui t&#39;a racont\u00e9 cela ? \u00bb demanda finalement son p\u00e8re. La question fut si rapide que Camille comprit imm\u00e9diatement qu&#39;il reconnaissait les \u00e9v\u00e9nements auxquels elle faisait allusion. Elle n&#39;avait mentionn\u00e9 ni les dates ni les organismes concern\u00e9s. Pourtant, il n&#39;avait pas demand\u00e9 de quoi elle parlait. Il voulait seulement conna\u00eetre l&#39;origine des informations. Camille ne r\u00e9pondit pas. Elle n&#39;avait aucune intention d&#39;exposer Sophie avant de savoir ce que sa s\u0153ur souhaitait faire.<\/p>\n<p>Une nouvelle voix intervint derri\u00e8re eux. \u00ab C&#39;est moi qui lui ai transmis les documents. \u00bb Camille se retourna. Sophie se tenait \u00e0 quelques pas, un manteau beige sur le bras et un sac en cuir serr\u00e9 contre elle. Elle ressemblait encore \u00e0 l&#39;adolescente que Camille avait connue, mais son visage portait les marques d&#39;une fatigue r\u00e9cente. Leurs parents se fig\u00e8rent. Pendant quelques secondes, personne ne parla. Puis Sophie s&#39;approcha de sa s\u0153ur et dit, d&#39;une voix qui tremblait l\u00e9g\u00e8rement : \u00ab Il est temps que nous arr\u00eations tous de faire comme si tu avais disparu sans qu&#39;ils sachent pourquoi. \u00bb<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6668\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Les deux s\u0153urs se retrouvent enfin, tandis que des dossiers anciens r\u00e9v\u00e8lent les d\u00e9cisions que leurs parents avaient soigneusement cach\u00e9es<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille posa ses deux mains de chaque c\u00f4t\u00e9 du pupitre. La lumi\u00e8re des projecteurs l&#39;emp\u00eachait de distinguer les visages situ\u00e9s au fond de l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre, mais elle voyait parfaitement ses parents &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6662,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6667","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6667","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6667"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6667\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6679,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6667\/revisions\/6679"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6662"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6667"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}