{"id":6666,"date":"2026-10-18T02:22:27","date_gmt":"2026-10-18T02:22:27","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6666"},"modified":"2026-10-18T02:22:27","modified_gmt":"2026-10-18T02:22:27","slug":"partie-4-un-message-de-sa-soeur-disparue-des-documents-oublies-et-une-ceremonie-qui-menace-de-reveler-quinze-annees-de-mensonges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6666","title":{"rendered":"PARTIE 4 \u2013 Un message de sa s\u0153ur disparue, des documents oubli\u00e9s et une c\u00e9r\u00e9monie qui menace de r\u00e9v\u00e9ler quinze ann\u00e9es de mensonges"},"content":{"rendered":"<p>Camille relut le message de Sophie dans un couloir presque d\u00e9sert de l&#39;h\u00f4pital. Les derniers visiteurs avaient quitt\u00e9 le service, et une agente d&#39;entretien poussait lentement son chariot vers les ascenseurs. Le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9clairait le visage fatigu\u00e9 de la jeune m\u00e9decin. Elle avait imagin\u00e9 des dizaines de fois une \u00e9ventuelle reprise de contact avec sa s\u0153ur, mais jamais de cette mani\u00e8re. Sophie ne demandait pas simplement de ses nouvelles. Elle \u00e9voquait une disparition, une histoire familiale contradictoire et des papiers qu&#39;elle venait de d\u00e9couvrir. Camille comprit qu&#39;en r\u00e9pondant, elle risquait de rouvrir une partie de sa vie qu&#39;elle avait mis des ann\u00e9es \u00e0 rendre supportable.<\/p>\n<p>Elle s&#39;installa dans une petite salle de repos pour \u00e9crire. Son premier message fut bref. Elle confirma son identit\u00e9 et demanda \u00e0 Sophie quels documents elle avait trouv\u00e9s. Puis elle attendit, le t\u00e9l\u00e9phone pos\u00e9 sur la table pr\u00e8s d&#39;une tasse vide. Lorsqu&#39;une r\u00e9ponse arriva, elle ressentit une \u00e9trange h\u00e9sitation avant de l&#39;ouvrir. Sophie expliquait avoir reconnu le visage de sa s\u0153ur dans le portrait publi\u00e9 par l&#39;universit\u00e9. Au d\u00e9part, elle avait pens\u00e9 \u00e0 une ressemblance troublante. Le pr\u00e9nom diff\u00e9rent l&#39;avait d\u00e9concert\u00e9e. Mais l&#39;\u00e2ge, les traits du visage et plusieurs d\u00e9tails du parcours m\u00e9dical l&#39;avaient pouss\u00e9e \u00e0 poursuivre ses recherches.<\/p>\n<p>Camille resta plusieurs minutes immobile. Sophie connaissait donc son ancienne identit\u00e9. Elle savait qu&#39;elle avait \u00e9t\u00e9 gravement malade \u00e0 treize ans. Pourtant, ses messages laissaient entendre qu&#39;elle ignorait sa survie. Cette id\u00e9e paraissait si disproportionn\u00e9e que Camille chercha d&#39;abord une autre explication. Elle imagina un souvenir d\u00e9form\u00e9, des paroles familiales mal comprises ou une longue p\u00e9riode durant laquelle Sophie avait refus\u00e9 de poser des questions. Mais le ton de sa s\u0153ur ne correspondait pas \u00e0 quelqu&#39;un qui cherchait simplement \u00e0 justifier quinze ans de silence.<\/p>\n<p>Leur premier \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique eut lieu le soir m\u00eame. Camille s&#39;\u00e9tait enferm\u00e9e chez elle, \u00e0 Paris, apr\u00e8s avoir pr\u00e9venu Claire qu&#39;elle souhaitait lui parler plus tard. Lorsque Sophie d\u00e9crocha, aucune des deux ne trouva imm\u00e9diatement les mots. Camille reconnut une inflexion de voix qu&#39;elle avait presque oubli\u00e9e. Sa s\u0153ur semblait plus pos\u00e9e, mais certaines h\u00e9sitations lui rappelaient leurs conversations d&#39;adolescentes. Sophie finit par lui demander si elle avait vraiment surv\u00e9cu \u00e0 la leuc\u00e9mie. Camille r\u00e9pondit qu&#39;elle \u00e9tait en vie, qu&#39;elle avait \u00e9t\u00e9 soign\u00e9e pendant des ann\u00e9es et qu&#39;elle avait ensuite grandi aupr\u00e8s de Claire Morel.<\/p>\n<p>Sophie pleura en silence avant de r\u00e9ussir \u00e0 reprendre la parole. Elle n&#39;avait pas su que Clara avait \u00e9t\u00e9 accueillie puis adopt\u00e9e. Elle ignorait qu&#39;elle \u00e9tait retourn\u00e9e \u00e0 l&#39;\u00e9cole et avait poursuivi ses \u00e9tudes. Camille sentit une col\u00e8re ancienne se m\u00ealer \u00e0 la tristesse. Elle demanda pourquoi sa s\u0153ur n&#39;avait jamais cherch\u00e9 \u00e0 la retrouver. La question sortit plus durement qu&#39;elle ne l&#39;avait pr\u00e9vu. Sophie ne protesta pas. Elle expliqua que leurs parents lui avaient pr\u00e9sent\u00e9 la maladie comme une catastrophe dont l&#39;issue avait \u00e9t\u00e9 fatale. Camille ferma les yeux. Elle n&#39;\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 entendre davantage ce soir-l\u00e0.<\/p>\n<p>Sophie pr\u00e9cisa qu&#39;elle avait commenc\u00e9 \u00e0 fouiller les affaires familiales apr\u00e8s la d\u00e9couverte de l&#39;article. Dans un ensemble de dossiers conserv\u00e9s par leurs parents, elle avait retrouv\u00e9 des documents li\u00e9s \u00e0 la prise en charge hospitali\u00e8re de Clara. Certains concernaient les d\u00e9marches entreprises au moment o\u00f9 les Besson avaient cess\u00e9 d&#39;assumer leur r\u00f4le parental. D&#39;autres mentionnaient des propositions d&#39;accompagnement que Camille ne connaissait pas. Sophie avait compris que la version racont\u00e9e \u00e0 la famille comportait des omissions graves. Elle souhaitait lui transmettre des copies, mais voulait d&#39;abord v\u00e9rifier qu&#39;elle acceptait de les recevoir.<\/p>\n<p>Camille demanda qu&#39;on lui envoie les documents. Elle ne voulait plus d\u00e9pendre uniquement des r\u00e9cits des autres pour comprendre son propre pass\u00e9. Lorsque les premi\u00e8res images apparurent dans sa messagerie, elle les ouvrit avec pr\u00e9caution. Les pages \u00e9taient anciennes, certaines l\u00e9g\u00e8rement floues. Elle retrouva des dates, des noms de professionnels et des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des entretiens familiaux. Les documents ne racontaient pas ce qu&#39;elle avait ressenti \u00e0 treize ans. Ils montraient cependant que des solutions avaient \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9es avant la rupture d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Plusieurs propositions concernaient l&#39;organisation des d\u00e9placements, le soutien social et l&#39;aide \u00e0 la famille pendant la dur\u00e9e des traitements. Une association avait envisag\u00e9 de participer \u00e0 certains frais annexes. Une assistante sociale avait propos\u00e9 un accompagnement personnalis\u00e9. Un rendez-vous avait m\u00eame \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 pour examiner les ressources et les besoins du foyer. Camille reconnut la date. Elle se souvenait que son p\u00e8re avait parl\u00e9 d&#39;une r\u00e9union importante \u00e0 laquelle il ne pouvait pas se rendre. Sur le document, une mention indiquait que les parents ne s&#39;\u00e9taient pas pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte lui fit davantage de mal qu&#39;elle ne l&#39;aurait cru. Elle avait longtemps accept\u00e9 l&#39;id\u00e9e que ses parents s&#39;\u00e9taient trouv\u00e9s d\u00e9pass\u00e9s par une situation dramatique. Elle n&#39;excusait pas leur abandon, mais elle avait tent\u00e9 d&#39;en comprendre les causes. Apprendre qu&#39;ils n&#39;avaient pas explor\u00e9 toutes les possibilit\u00e9s propos\u00e9es modifiait la mani\u00e8re dont elle regardait cette p\u00e9riode. Elle ne connaissait pas chaque d\u00e9tail de leurs finances. Elle ne pouvait pas mesurer pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&#39;aurait permis l&#39;accompagnement. Mais elle voyait clairement qu&#39;une porte \u00e9tait rest\u00e9e ouverte et qu&#39;ils avaient choisi de ne pas la franchir.<\/p>\n<p>Sophie lui parla ensuite d&#39;une d\u00e9pense survenue peu apr\u00e8s son hospitalisation. Ses parents avaient financ\u00e9 un s\u00e9jour linguistique \u00e0 Boston pour leur fille a\u00een\u00e9e, \u00e0 hauteur de sept mille huit cents euros. Sophie se souvenait de ce voyage avec malaise depuis qu&#39;elle avait d\u00e9couvert les documents. \u00c0 l&#39;\u00e9poque, elle avait cru qu&#39;il s&#39;agissait d&#39;un effort familial important pour pr\u00e9server son avenir apr\u00e8s une trag\u00e9die. Aujourd&#39;hui, cette d\u00e9pense prenait un sens diff\u00e9rent. Camille ne reprochait pas \u00e0 Sophie d&#39;avoir voyag\u00e9. Elle constatait seulement que ses parents avaient pr\u00e9sent\u00e9 l&#39;absence de ressources comme une fatalit\u00e9 tout en maintenant des choix co\u00fbteux pour leur autre enfant.<\/p>\n<p>La conversation dura longtemps. Elles \u00e9voqu\u00e8rent des souvenirs anciens pour v\u00e9rifier ce qui leur appartenait encore en commun. Sophie se rappela les apr\u00e8s-midi pass\u00e9s dans le jardin de Nantes et la mani\u00e8re dont Clara venait s&#39;asseoir pr\u00e8s d&#39;elle lorsqu&#39;elle travaillait au piano. Camille retrouva le souvenir d&#39;un cahier d\u00e9cor\u00e9 que sa s\u0153ur lui avait donn\u00e9 avant son entr\u00e9e au coll\u00e8ge. Ces d\u00e9tails ordinaires rendirent la s\u00e9paration plus difficile \u00e0 mesurer. Elles ne parlaient pas seulement d&#39;un mensonge familial. Elles prenaient conscience des ann\u00e9es de vie quotidienne qu&#39;elles n&#39;avaient jamais partag\u00e9es.<\/p>\n<p>Camille demanda finalement \u00e0 Sophie pourquoi leurs parents avaient repris contact avec l&#39;universit\u00e9. Sa s\u0153ur r\u00e9pondit qu&#39;elle n&#39;en connaissait pas exactement les intentions. Elle savait seulement que le portrait de Camille avait \u00e9t\u00e9 largement comment\u00e9 dans leur entourage. Leur p\u00e8re s&#39;\u00e9tait montr\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 par la c\u00e9r\u00e9monie et par les possibilit\u00e9s de rencontrer certains responsables universitaires. Leur m\u00e8re avait parl\u00e9 d&#39;une occasion de renouer des liens. Sophie ignorait si ces paroles exprimaient des regrets sinc\u00e8res ou le besoin d&#39;\u00eatre associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9ussite devenue publique.<\/p>\n<p>Lorsque Camille raccrocha, la nuit \u00e9tait avanc\u00e9e. Elle resta pr\u00e8s de la fen\u00eatre, observant les lumi\u00e8res des immeubles voisins. Elle avait parfois souhait\u00e9 recevoir un appel de Sophie lorsqu&#39;elle \u00e9tait adolescente. Elle aurait voulu lui raconter ses ann\u00e9es de lyc\u00e9e, son premier stage et les difficult\u00e9s de ses examens. \u00c0 pr\u00e9sent, elles venaient de se parler pendant plusieurs heures sans parvenir \u00e0 comprendre pleinement ce qui les avait s\u00e9par\u00e9es. Camille sentit la n\u00e9cessit\u00e9 de rencontrer sa s\u0153ur, mais elle savait aussi qu&#39;il serait dangereux de confondre une premi\u00e8re conversation avec une r\u00e9conciliation achev\u00e9e.<\/p>\n<p>Le lendemain, elle appela Claire. Sa m\u00e8re adoptive \u00e9couta le r\u00e9cit sans l&#39;interrompre. Camille lui parla des documents, du voyage de Sophie et des rendez-vous auxquels les Besson n&#39;avaient pas particip\u00e9. Elle lui confia \u00e9galement son trouble devant les contradictions accumul\u00e9es. Claire connaissait l&#39;abandon et une partie des d\u00e9marches qui l&#39;avaient suivi. Elle n&#39;avait jamais eu acc\u00e8s \u00e0 toutes les d\u00e9cisions priv\u00e9es de la famille Besson. Lorsqu&#39;elle comprit que Sophie avait grandi avec une version mensong\u00e8re de la disparition de sa s\u0153ur, elle demeura longtemps silencieuse.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n&#39;es pas oblig\u00e9e de r\u00e9gler tout cela pendant la c\u00e9r\u00e9monie \u00bb, dit-elle enfin. Camille r\u00e9pondit qu&#39;elle le savait, mais qu&#39;elle ne supportait pas l&#39;id\u00e9e de laisser ses parents occuper publiquement une place qu&#39;ils n&#39;avaient jamais tenue dans sa vie. Claire lui rappela que la journ\u00e9e devait aussi appartenir aux ann\u00e9es de travail accomplies, aux patients rencontr\u00e9s et aux personnes qui l&#39;avaient soutenue. Elle ne voulait pas que les Besson lui enl\u00e8vent une nouvelle fois quelque chose d&#39;important. Camille entendit cette inqui\u00e9tude. Elle la partageait, sans savoir encore comment y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Elles reparl\u00e8rent du discours. Camille expliqua qu&#39;elle avait initialement pr\u00e9vu de remercier les enseignants et les \u00e9quipes hospitali\u00e8res avant de montrer une photographie prise pendant son enfance, au moment o\u00f9 Claire lui lisait un livre dans sa chambre. Cette image \u00e9tait pr\u00e9cieuse parce qu&#39;elle ne pr\u00e9sentait rien d&#39;h\u00e9ro\u00efque. On y voyait une enfant fatigu\u00e9e et une infirmi\u00e8re assise pr\u00e8s d&#39;elle, un ouvrage ouvert entre les mains. Camille tenait \u00e0 rappeler que sa vocation \u00e9tait n\u00e9e de gestes modestes, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s lorsque personne ne pensait \u00e0 les photographier.<\/p>\n<p>Claire lui demanda si elle voulait maintenant raconter publiquement les circonstances de son abandon. Camille h\u00e9sita. Elle ne souhaitait pas transformer une c\u00e9r\u00e9monie universitaire en r\u00e8glement de comptes. Elle savait \u00e9galement que les accusations formul\u00e9es devant une salle enti\u00e8re pouvaient avoir des cons\u00e9quences durables. Si elle d\u00e9cidait de parler, il faudrait s&#39;en tenir aux faits qu&#39;elle pouvait \u00e9tablir et aux exp\u00e9riences qu&#39;elle avait personnellement v\u00e9cues. Elle refusa l&#39;id\u00e9e de pr\u00e9parer un discours destin\u00e9 uniquement \u00e0 humilier ses parents. Ce qu&#39;elle cherchait \u00e9tait plus difficile \u00e0 d\u00e9finir : la possibilit\u00e9 de ne plus laisser leur version remplacer la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Au cours des jours suivants, elle r\u00e9organisa son texte. Elle conserva les remerciements destin\u00e9s aux \u00e9quipes m\u00e9dicales et les passages consacr\u00e9s \u00e0 la responsabilit\u00e9 des soignants. Elle ajouta quelques phrases sur l&#39;importance des adultes qui restent aupr\u00e8s des enfants lorsque la maladie bouleverse une famille. Elle pr\u00e9para \u00e9galement les documents susceptibles de confirmer certains faits, sans d\u00e9cider d\u00e9finitivement si elle les utiliserait. Chaque soir, elle relisait le discours \u00e0 voix basse. Certaines formulations lui paraissaient trop accusatrices. D&#39;autres \u00e9taient si prudentes qu&#39;elles finissaient par ne plus rien dire.<\/p>\n<p>Sophie, de son c\u00f4t\u00e9, continua \u00e0 rassembler les \u00e9l\u00e9ments trouv\u00e9s dans les affaires familiales. Elle proposa \u00e0 Camille de venir \u00e0 Paris pour assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. La jeune m\u00e9decin fut touch\u00e9e et inqui\u00e8te. Elle ne savait pas si elle pourrait supporter la pr\u00e9sence simultan\u00e9e de sa s\u0153ur et de ses parents biologiques. Elle r\u00e9pondit finalement que Sophie \u00e9tait libre de venir, mais qu&#39;elle ne souhaitait pas pr\u00e9parer une confrontation organis\u00e9e. Sa s\u0153ur accepta. Elle pr\u00e9cisa qu&#39;elle avait encore des choses \u00e0 lui expliquer et qu&#39;elle pr\u00e9f\u00e9rait le faire lorsque Camille serait pr\u00eate.<\/p>\n<p>La veille de la remise des dipl\u00f4mes, l&#39;universit\u00e9 confirma que les Besson avaient de nouveau sollicit\u00e9 les places du premier rang. Camille fit conna\u00eetre ses r\u00e9serves. L&#39;organisation expliqua qu&#39;une partie des invitations avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9e et que la situation \u00e9tait devenue d\u00e9licate \u00e0 modifier. Cette r\u00e9ponse la d\u00e9\u00e7ut profond\u00e9ment. Ses parents avaient r\u00e9ussi \u00e0 obtenir une visibilit\u00e9 officielle sans que personne ne leur demande de d\u00e9montrer les liens dont ils se pr\u00e9valaient. Camille pensa aux ann\u00e9es durant lesquelles elle avait d\u00fb justifier sa situation familiale dans des formulaires administratifs. Cette fois, quelques phrases flatteuses semblaient avoir suffi.<\/p>\n<p>Le matin de la c\u00e9r\u00e9monie, Claire rejoignit Camille assez t\u00f4t pour partager un caf\u00e9. Elles parl\u00e8rent de choses pratiques : le trajet, la tenue, les photographies, la fatigue probable de la journ\u00e9e. Claire avait apport\u00e9 un petit mouchoir brod\u00e9, trouv\u00e9 dans un tiroir, au cas o\u00f9 l&#39;\u00e9motion la gagnerait. Camille plaisanta sur le fait que sa m\u00e8re pr\u00e9voyait toujours le pire. Puis elle posa une main sur la sienne. Elle voulait lui dire combien sa pr\u00e9sence comptait, mais les mots lui parurent trop solennels pour cette cuisine encore encombr\u00e9e de tasses. Claire comprit sans qu&#39;elle ait besoin de poursuivre.<\/p>\n<p>Lorsque les invit\u00e9s commenc\u00e8rent \u00e0 s&#39;installer dans l&#39;amphith\u00e9\u00e2tre, Camille observa bri\u00e8vement la salle depuis l&#39;entr\u00e9e r\u00e9serv\u00e9e aux dipl\u00f4m\u00e9s. Elle vit les professeurs, les familles et les \u00e9tudiants qui \u00e9changeaient des sourires nerveux. L&#39;espace ressemblait \u00e0 ce qu&#39;elle avait imagin\u00e9 depuis des mois. Puis elle aper\u00e7ut les Besson au premier rang. Sa m\u00e8re avait pos\u00e9 les pivoines sur ses genoux. Son p\u00e8re saluait les personnes voisines avec l&#39;aisance de quelqu&#39;un qui se sent attendu. Ils n&#39;avaient pas cherch\u00e9 \u00e0 rencontrer Camille avant la c\u00e9r\u00e9monie. Ils s&#39;\u00e9taient simplement install\u00e9s.<\/p>\n<p>Camille rejoignit les coulisses. Elle sortit de sa poche le stylo offert par Claire pour ses dix-huit ans et le fit lentement tourner entre ses doigts. Elle repensa aux ann\u00e9es de traitements, \u00e0 la petite chambre de Rennes et aux premi\u00e8res journ\u00e9es de stage o\u00f9 elle avait eu peur de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Elle pensa \u00e9galement \u00e0 Sophie, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente quelque part dans le b\u00e2timent, et aux documents qui attendaient dans son dossier. Elle avait pr\u00e9par\u00e9 plusieurs versions de son intervention, mais elle comprenait maintenant que la d\u00e9cision essentielle ne concernait pas seulement les mots.<\/p>\n<p>Le doyen monta sur sc\u00e8ne pour ouvrir la c\u00e9r\u00e9monie. Les applaudissements retentirent, puis la salle s&#39;apaisa. Camille entendit les premi\u00e8res annonces et les noms de ses camarades. Elle adressa quelques sourires \u00e0 ceux qui attendaient pr\u00e8s d&#39;elle. Son c\u0153ur battait trop vite. Elle savait qu&#39;une fois au pupitre, elle pourrait suivre le texte pr\u00e9vu et laisser les choses se d\u00e9rouler normalement. Elle pouvait aussi choisir de corriger publiquement une histoire que ses parents s&#39;appr\u00eataient \u00e0 pr\u00e9senter comme une r\u00e9ussite commune. Aucune option ne lui paraissait sans cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Enfin, son nom fut annonc\u00e9. Camille Morel, major de sa promotion, devait recevoir sa distinction et prendre la parole. Elle s&#39;avan\u00e7a sous les applaudissements, consciente du poids de chaque pas sur le parquet. Au deuxi\u00e8me rang, Claire se leva avec les autres invit\u00e9s. Son visage exprimait une fiert\u00e9 discr\u00e8te, presque incr\u00e9dule. Juste devant elle, les Besson applaudirent \u00e9galement. Le p\u00e8re de Camille lui adressa un geste familier de la main. Sa m\u00e8re forma silencieusement un mot que Camille reconnut avant m\u00eame de le comprendre : \u00ab Clara. \u00bb<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9nom traversa les quinze ann\u00e9es qui les s\u00e9paraient. Camille posa ses notes sur le pupitre et regarda l&#39;assistance. Elle avait imagin\u00e9 cette sc\u00e8ne comme l&#39;aboutissement d&#39;un long effort. Elle comprenait d\u00e9sormais qu&#39;elle pouvait aussi devenir le moment o\u00f9 elle cesserait de prot\u00e9ger le silence des personnes qui l&#39;avaient abandonn\u00e9e. Elle rapprocha le micro, prit une inspiration et \u00e9carta doucement la premi\u00e8re page de son discours. Puis elle leva les yeux vers le premier rang, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 commencer par la v\u00e9rit\u00e9 que personne, dans cette salle, ne s&#39;attendait \u00e0 entendre.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6667\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Devant une salle enti\u00e8re, Camille choisit de remercier celle qui \u00e9tait rest\u00e9e plut\u00f4t que ceux qui r\u00e9clamaient sa r\u00e9ussite<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille relut le message de Sophie dans un couloir presque d\u00e9sert de l&#39;h\u00f4pital. Les derniers visiteurs avaient quitt\u00e9 le service, et une agente d&#39;entretien poussait lentement son chariot vers les &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6662,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6666","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6666"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6678,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6666\/revisions\/6678"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6662"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}