{"id":6118,"date":"2026-10-16T12:09:35","date_gmt":"2026-10-16T12:09:35","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6118"},"modified":"2026-10-16T12:09:35","modified_gmt":"2026-10-16T12:09:35","slug":"partie-5-le-jour-ou-mon-avocate-ma-demande-de-retrouver-les-traces-de-notre-passe-jai-decouvert-ce-que-martin-avait-cache-derriere-nos-dettes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6118","title":{"rendered":"PARTIE 5 \u2013 Le jour o\u00f9 mon avocate m\u2019a demand\u00e9 de retrouver les traces de notre pass\u00e9, j\u2019ai d\u00e9couvert ce que Martin avait cach\u00e9 derri\u00e8re nos dettes"},"content":{"rendered":"<p>Le dossier pos\u00e9 devant Ma\u00eetre Moreau \u00e9tait plus \u00e9pais qu&#39;\u00c9lise ne l&#39;avait imagin\u00e9. Des relev\u00e9s bancaires d\u00e9passaient d&#39;une chemise bleue, accompagn\u00e9s de copies de contrats et de plusieurs feuilles couvertes d&#39;annotations. \u00c0 travers la fen\u00eatre du cabinet, elle apercevait les passants qui traversaient la rue sous une pluie l\u00e9g\u00e8re. Elle avait quitt\u00e9 la cantine de Vaise plus t\u00f4t que d&#39;habitude, apr\u00e8s avoir confi\u00e9 le service \u00e0 Nadia. Cette simple d\u00e9cision lui avait demand\u00e9 un effort inhabituel. Depuis l&#39;ouverture de son entreprise, elle avait tendance \u00e0 croire que tout s&#39;effondrerait si elle s&#39;absentait quelques heures. Pourtant, le restaurant fonctionnait, et les deux femmes qu&#39;elle avait recrut\u00e9es savaient parfaitement assurer leur travail.<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons suffisamment avanc\u00e9 pour pr\u00e9parer la prochaine \u00e9tape \u00bb, annon\u00e7a Ma\u00eetre Moreau. Elle d\u00e9signa plusieurs documents. \u00ab Mais avant cela, je voudrais revenir sur la vente de votre ancien appartement. Certaines informations pourraient \u00eatre importantes pour \u00e9tablir pr\u00e9cis\u00e9ment votre situation patrimoniale. \u00bb \u00c9lise sentit son ventre se contracter. Elle avait longtemps \u00e9vit\u00e9 de penser \u00e0 ce logement h\u00e9rit\u00e9 de ses parents. L&#39;appartement repr\u00e9sentait davantage qu&#39;un bien immobilier. C&#39;\u00e9tait le dernier endroit o\u00f9 elle avait entendu rire son p\u00e8re, o\u00f9 sa m\u00e8re avait pr\u00e9par\u00e9 du caf\u00e9 malgr\u00e9 ses mains devenues maladroites, o\u00f9 elle-m\u00eame avait pass\u00e9 des soir\u00e9es \u00e0 imaginer une vie qui ne ressemblait en rien \u00e0 celle qu&#39;elle avait finalement men\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle expliqua de nouveau les circonstances de la vente. Martin avait contract\u00e9 plusieurs emprunts et accumul\u00e9 des retards de paiement. Il lui avait montr\u00e9 des courriers inqui\u00e9tants, \u00e9voqu\u00e9 des cr\u00e9anciers impatients et affirm\u00e9 qu&#39;une saisie pourrait entra\u00eener de graves cons\u00e9quences pour leur m\u00e9nage. Elle se souvenait surtout de sa propre panique. Sa m\u00e8re venait de mourir, son p\u00e8re n&#39;\u00e9tait plus l\u00e0 pour lui donner conseil, et elle se sentait incapable d&#39;affronter une nouvelle catastrophe. Martin avait pr\u00e9sent\u00e9 la vente comme une solution provisoire. Ils rembourseraient les dettes, repartiraient de z\u00e9ro et rach\u00e8teraient un logement lorsqu&#39;il aurait retrouv\u00e9 une activit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Aviez-vous acc\u00e8s \u00e0 tous les documents concernant ces dettes ? \u00bb demanda l&#39;avocate. \u00c9lise r\u00e9fl\u00e9chit longuement. Elle avait vu certaines lettres, des montants inscrits sur des feuilles et quelques \u00e9changes avec la banque. Mais Martin conservait l&#39;essentiel de ses papiers dans une armoire ferm\u00e9e. Il lui r\u00e9p\u00e9tait que les questions financi\u00e8res le concernaient et qu&#39;elle devait lui faire confiance. Lorsque \u00c9lise insistait, il s&#39;\u00e9nervait ou l&#39;accusait de ne pas comprendre les difficult\u00e9s d&#39;un homme qui cherchait \u00e0 soutenir son foyer. Elle avait fini par ne plus demander. Cette habitude lui paraissait aujourd&#39;hui presque incompr\u00e9hensible, mais elle se rappelait pr\u00e9cis\u00e9ment combien chaque discussion pouvait devenir \u00e9puisante.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Moreau ne tira aucune conclusion imm\u00e9diate. Elle expliqua qu&#39;il faudrait retrouver l&#39;acte de vente, les mouvements financiers correspondants et les justificatifs des r\u00e8glements effectu\u00e9s. Selon les documents disponibles, certaines sommes pourraient m\u00e9riter un examen particulier. Elle pr\u00e9cisa toutefois qu&#39;il serait imprudent de pr\u00e9sumer une irr\u00e9gularit\u00e9 avant d&#39;avoir v\u00e9rifi\u00e9 les faits. \u00c9lise acquies\u00e7a. Elle avait appris \u00e0 se m\u00e9fier des promesses trop rassurantes. Ce qu&#39;elle souhaitait d\u00e9sormais, ce n&#39;\u00e9tait pas entendre que tout finirait n\u00e9cessairement en sa faveur, mais savoir exactement ce qu&#39;elle pouvait d\u00e9montrer.<\/p>\n<p>L&#39;avocate lui demanda \u00e9galement si Martin poss\u00e9dait encore des affaires personnelles lui appartenant. \u00c9lise mentionna plusieurs cartons, des photographies de ses parents et une bo\u00eete contenant de vieux papiers. Elle n&#39;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 tout r\u00e9cup\u00e9rer apr\u00e8s son expulsion. Martin avait propos\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises qu&#39;elle revienne seule dans l&#39;appartement, mais les messages \u00e9taient accompagn\u00e9s de remarques ambigu\u00ebs. Il lui \u00e9crivait qu&#39;ils pourraient discuter tranquillement, qu&#39;elle comprendrait peut-\u00eatre enfin son erreur, ou qu&#39;elle regretterait de ne pas lui avoir laiss\u00e9 une derni\u00e8re chance. Ma\u00eetre Moreau lui recommanda de ne pas accepter une rencontre improvis\u00e9e et de faire organiser toute r\u00e9cup\u00e9ration dans des conditions s\u00fbres.<\/p>\n<p>En sortant du cabinet, \u00c9lise s&#39;arr\u00eata sous un auvent pour consulter son t\u00e9l\u00e9phone. Nadia avait envoy\u00e9 une photographie du tableau des ventes de la journ\u00e9e. Quatre-vingt-sept repas avaient \u00e9t\u00e9 servis, plusieurs clients avaient demand\u00e9 le retour du gratin de l\u00e9gumes et In\u00e8s avait r\u00e9ussi \u00e0 g\u00e9rer seule une commande particuli\u00e8re. \u00c9lise sourit malgr\u00e9 son inqui\u00e9tude. Elle r\u00e9pondit par quelques conseils, puis rangea l&#39;appareil. Elle se rendit compte qu&#39;elle venait de consacrer moins de deux minutes \u00e0 son entreprise sans \u00e9prouver le besoin de tout contr\u00f4ler. Cette constatation lui fit du bien. Elle n&#39;avait pas quitt\u00e9 une relation \u00e9touffante pour devenir prisonni\u00e8re de son propre travail.<\/p>\n<p>Le soir, elle retrouva Jeanne dans son appartement du premier \u00e9tage. La vieille dame avait pr\u00e9par\u00e9 du th\u00e9 et dispos\u00e9 quelques biscuits sur une assiette. \u00c9lise lui demanda si elle se souvenait de la p\u00e9riode o\u00f9 Martin avait annonc\u00e9 la vente de son appartement. Jeanne fron\u00e7a les sourcils. Elle se rappelait surtout l&#39;arriv\u00e9e d&#39;\u00c9lise dans l&#39;immeuble, plusieurs ann\u00e9es auparavant, avec des meubles modestes et un visage constamment fatigu\u00e9. Mais une conversation ancienne lui revint progressivement. Martin avait un jour plaisant\u00e9 devant elle en disant que sa femme poss\u00e9dait suffisamment de biens pour r\u00e9parer les erreurs de toute une famille. \u00c0 l&#39;\u00e9poque, Jeanne avait trouv\u00e9 cette phrase d\u00e9sagr\u00e9able sans comprendre ce qu&#39;elle signifiait.<\/p>\n<p>\u00ab Il disait \u00e7a comme si ton h\u00e9ritage lui appartenait d\u00e9j\u00e0 \u00bb, murmura-t-elle. \u00c9lise baissa les yeux vers sa tasse. Elle se souvenait effectivement de plusieurs remarques semblables. Martin parlait de l&#39;appartement de ses parents comme d&#39;une ressource familiale disponible. Lorsqu&#39;elle exprimait son d\u00e9sir de le conserver, il lui r\u00e9pondait qu&#39;un couple devait tout partager. Mais, quelques ann\u00e9es plus tard, lorsque \u00c9lise avait \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 de participer \u00e0 l&#39;achat du logement de sa belle-m\u00e8re, il avait chang\u00e9 de discours. Les biens de sa famille restaient ceux de sa famille. L&#39;argent provenant de la sienne, en revanche, devait servir au m\u00e9nage.<\/p>\n<p>Jeanne remarqua son silence et posa une main l\u00e9g\u00e8re sur son poignet. Elle lui demanda si elle regrettait d&#39;avoir commenc\u00e9 ces d\u00e9marches. \u00c9lise secoua la t\u00eate. Elle regrettait seulement d&#39;avoir attendu si longtemps. La vieille dame r\u00e9pondit qu&#39;elle comprenait cette pens\u00e9e, mais qu&#39;elle ne devait pas transformer chaque souvenir en nouvelle accusation contre elle-m\u00eame. Certaines d\u00e9cisions avaient \u00e9t\u00e9 prises \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 elle disposait de moins d&#39;informations, moins de soutien et moins de libert\u00e9. Il fallait maintenant examiner les faits avec patience. \u00c9lise resta encore un moment, puis promit de revenir lorsque les recherches auraient avanc\u00e9.<\/p>\n<p>Le lendemain, elle consacra sa soir\u00e9e aux archives qu&#39;elle avait conserv\u00e9es. Dans son studio, elle vida une petite bo\u00eete de documents administratifs sur la table. Il y avait d&#39;anciennes fiches de paie, des relev\u00e9s incomplets, quelques courriers et la copie jaunie d&#39;une attestation notariale. Elle classa les papiers par ann\u00e9e. Certains montants lui rappel\u00e8rent imm\u00e9diatement des disputes oubli\u00e9es. Elle retrouva notamment la trace de plusieurs virements effectu\u00e9s vers un compte personnel de Martin dans les semaines suivant la vente. Les sommes \u00e9taient importantes, mais les libell\u00e9s ne permettaient pas d&#39;identifier leur destination finale.<\/p>\n<p>Elle photographia les documents et les transmit \u00e0 Ma\u00eetre Moreau avec un message prudent. Puis elle appela l&#39;\u00e9tude notariale qui avait accompagn\u00e9 la vente. Apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 sa demande, elle apprit qu&#39;il serait possible d&#39;obtenir une nouvelle copie de l&#39;acte ainsi que certains \u00e9l\u00e9ments concernant le r\u00e8glement du prix. Les d\u00e9marches prendraient du temps, mais les archives existaient toujours. \u00c9lise nota les informations n\u00e9cessaires et raccrocha. Elle ressentit un soulagement inattendu. Elle avait longtemps consid\u00e9r\u00e9 cette vente comme une porte d\u00e9finitivement ferm\u00e9e. D\u00e9couvrir qu&#39;il restait des traces consultables lui donnait l&#39;impression de retrouver une partie de son histoire.<\/p>\n<p>Au restaurant, les journ\u00e9es devenaient plus charg\u00e9es. L&#39;automne avan\u00e7ait, et les salari\u00e9s demandaient davantage de plats chauds. Nadia proposa d&#39;organiser une soupe diff\u00e9rente chaque jour, tandis qu&#39;In\u00e8s souhaitait cr\u00e9er un petit tableau indiquant les ingr\u00e9dients principaux. \u00c9lise accepta les deux id\u00e9es. Elle leur confia progressivement davantage de responsabilit\u00e9s, consciente qu&#39;elle aurait besoin d&#39;une \u00e9quipe autonome pour poursuivre les d\u00e9marches li\u00e9es \u00e0 son divorce. Elle commen\u00e7ait \u00e9galement \u00e0 envisager le recrutement ponctuel d&#39;une personne suppl\u00e9mentaire pendant les p\u00e9riodes les plus fr\u00e9quent\u00e9es. L&#39;entreprise n&#39;\u00e9tait plus seulement un projet fragile. Elle devenait une organisation qu&#39;il fallait apprendre \u00e0 faire grandir sans pr\u00e9cipitation.<\/p>\n<p>Un jeudi matin, alors qu&#39;elle v\u00e9rifiait une livraison, son t\u00e9l\u00e9phone afficha un num\u00e9ro inconnu. Elle h\u00e9sita avant de r\u00e9pondre. Une femme se pr\u00e9senta comme une ancienne connaissance de Martin. Elle expliqua qu&#39;elle avait appris leur s\u00e9paration par une connaissance commune et qu&#39;elle souhaitait parler \u00e0 \u00c9lise d&#39;une question financi\u00e8re ancienne. Sa voix \u00e9tait embarrass\u00e9e. Elle pr\u00e9cisa qu&#39;elle ne voulait pas se m\u00ealer de leur divorce, mais qu&#39;elle avait conserv\u00e9 certains documents concernant une activit\u00e9 professionnelle dans laquelle Martin avait investi de l&#39;argent plusieurs ann\u00e9es auparavant. \u00c9lise sentit son attention se fixer imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>La femme s&#39;appelait Claire Dubois. Elle avait travaill\u00e9 quelque temps dans une petite soci\u00e9t\u00e9 commerciale o\u00f9 Martin avait particip\u00e9 \u00e0 un projet d&#39;investissement. Elle expliqua que l&#39;activit\u00e9 avait connu des difficult\u00e9s, mais que certains associ\u00e9s avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 une partie de leurs mises apr\u00e8s une cession. Elle ignorait si \u00c9lise en avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e. Ce qu&#39;elle savait, en revanche, c&#39;\u00e9tait que Martin avait continu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter l&#39;op\u00e9ration comme une perte totale bien apr\u00e8s avoir re\u00e7u un r\u00e8glement partiel. Claire ajouta qu&#39;elle ne souhaitait pas discuter davantage au t\u00e9l\u00e9phone. Elle proposa de transmettre les documents dont elle disposait \u00e0 l&#39;avocate d&#39;\u00c9lise.<\/p>\n<p>\u00c9lise la remercia sans poser de questions agressives. Elle savait qu&#39;un r\u00e9cit oral ne suffisait pas \u00e0 \u00e9tablir les faits. Elle donna les coordonn\u00e9es professionnelles de Ma\u00eetre Moreau et demanda \u00e0 Claire de prendre directement contact avec elle. Lorsque l&#39;appel prit fin, elle resta quelques instants devant la porte de la r\u00e9serve. La possibilit\u00e9 que Martin ait dissimul\u00e9 des remboursements lui paraissait \u00e0 la fois plausible et difficile \u00e0 accepter. Elle se souvenait des mois pendant lesquels elle avait travaill\u00e9 davantage pour payer les d\u00e9penses courantes. Elle se revit refuser une paire de chaussures neuves, repousser des soins dentaires et vendre les derniers bijoux h\u00e9rit\u00e9s de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Nadia entra dans la r\u00e9serve et remarqua imm\u00e9diatement son expression. \u00c9lise lui expliqua qu&#39;elle venait de recevoir des informations concernant son divorce et qu&#39;elle avait besoin de quelques minutes. Nadia lui r\u00e9pondit qu&#39;elle pouvait prendre le temps n\u00e9cessaire. Elle termina elle-m\u00eame la v\u00e9rification de la livraison et retourna en cuisine. \u00c9lise s&#39;assit bri\u00e8vement sur une caisse vide. Elle avait pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 croire que les difficult\u00e9s financi\u00e8res de son m\u00e9nage provenaient d&#39;une succession de malchances. Pour la premi\u00e8re fois, elle envisageait s\u00e9rieusement que certaines de ces difficult\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9es par des choix que Martin lui avait volontairement cach\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle ne parla pas imm\u00e9diatement de l&#39;appel \u00e0 Paul. Elle voulait comprendre ce qui relevait d&#39;un fait v\u00e9rifiable et ce qui n&#39;\u00e9tait encore qu&#39;une indication. Le soir, cependant, il remarqua qu&#39;elle semblait pr\u00e9occup\u00e9e. Ils se croisaient pr\u00e8s de la terrasse apr\u00e8s sa journ\u00e9e de travail. Paul lui demanda si l&#39;entreprise rencontrait un probl\u00e8me. \u00c9lise r\u00e9pondit que non, puis lui expliqua bri\u00e8vement qu&#39;elle cherchait \u00e0 \u00e9claircir certains \u00e9l\u00e9ments financiers de son ancien mariage. Elle ne souhaitait pas entrer dans les d\u00e9tails. Paul acquies\u00e7a et n&#39;insista pas. Il lui proposa seulement de marcher quelques minutes dans le jardin si elle avait besoin de sortir de son studio.<\/p>\n<p>Ils long\u00e8rent les massifs de lavande, d\u00e9sormais moins fleuris, et s&#39;arr\u00eat\u00e8rent pr\u00e8s d&#39;un vieux banc de pierre. \u00c9lise contempla les branches qui se d\u00e9coupaient sur le ciel du soir. Elle demanda soudain \u00e0 Paul s&#39;il lui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de d\u00e9couvrir qu&#39;une p\u00e9riode enti\u00e8re de sa vie ne correspondait pas \u00e0 ce qu&#39;il avait cru comprendre. Il r\u00e9fl\u00e9chit avant de r\u00e9pondre. \u00ab Oui \u00bb, dit-il finalement. \u00ab Mais je crois que cela devient surtout douloureux lorsqu&#39;on se rend compte qu&#39;on a construit ses d\u00e9cisions sur des informations incompl\u00e8tes. \u00bb \u00c9lise tourna la t\u00eate vers lui. Elle eut l&#39;impression qu&#39;il parlait de quelque chose de pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>\u00ab Tu penses \u00e0 nous ? \u00bb demanda-t-elle. Paul resta silencieux quelques secondes. Puis il reconnut que leur s\u00e9paration lui avait longtemps paru incompr\u00e9hensible. Il avait re\u00e7u sa lettre alors qu&#39;il pr\u00e9parait son d\u00e9part professionnel. Elle lui demandait de ne pas revenir, de ne pas chercher \u00e0 la convaincre et de poursuivre sa vie. Il avait respect\u00e9 cette demande malgr\u00e9 sa douleur. \u00c9lise sentit un frisson lui parcourir les \u00e9paules. Elle se souvenait de la lettre, mais pas de toutes les phrases qu&#39;il venait de mentionner. Elle avait \u00e9crit qu&#39;elle ne pouvait pas quitter Lyon. Elle avait expliqu\u00e9 que leurs chemins devaient se s\u00e9parer. Avait-elle r\u00e9ellement demand\u00e9 \u00e0 Paul de ne plus jamais revenir ?<\/p>\n<p>Elle voulut l&#39;interroger, puis s&#39;arr\u00eata. Dix-huit ans s&#39;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s. Sa m\u00e9moire pouvait avoir effac\u00e9 certaines formulations. Paul, de son c\u00f4t\u00e9, semblait conserver un souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cis du courrier. Elle ne voulait pas transformer leur conversation en enqu\u00eate sur une ancienne souffrance alors qu&#39;elle n&#39;avait pas encore termin\u00e9 son divorce. Elle lui demanda seulement s&#39;il avait gard\u00e9 la lettre. Paul r\u00e9pondit qu&#39;il poss\u00e9dait encore quelques affaires de cette \u00e9poque, rang\u00e9es dans une bo\u00eete avec ses anciens carnets. Il ne savait pas si la lettre s&#39;y trouvait toujours. \u00c9lise hocha la t\u00eate, troubl\u00e9e sans pouvoir expliquer exactement pourquoi.<\/p>\n<p>Le lendemain, Ma\u00eetre Moreau confirma avoir \u00e9t\u00e9 contact\u00e9e par Claire Dubois. Elle avait re\u00e7u plusieurs documents concernant la soci\u00e9t\u00e9 commerciale dans laquelle Martin avait investi. L&#39;avocate pr\u00e9cisa qu&#39;il faudrait v\u00e9rifier les dates, la nature des r\u00e8glements et leur lien \u00e9ventuel avec les sommes provenant de la vente de l&#39;appartement. Elle ne voulait pas tirer de conclusion pr\u00e9matur\u00e9e. Mais certains mouvements financiers justifiaient effectivement un examen plus approfondi. \u00c9lise lui demanda si ces informations pouvaient modifier les discussions patrimoniales. Ma\u00eetre Moreau r\u00e9pondit que cela d\u00e9pendrait des preuves et des r\u00e8gles applicables, mais que les \u00e9l\u00e9ments devaient \u00eatre conserv\u00e9s.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, \u00c9lise re\u00e7ut enfin la copie de l&#39;acte de vente. Elle l&#39;ouvrit sur sa table, accompagn\u00e9e de ses anciens relev\u00e9s. Le montant lui sembla presque irr\u00e9el. Elle avait oubli\u00e9 \u00e0 quel point l&#39;appartement de ses parents repr\u00e9sentait une somme importante. Apr\u00e8s les frais et les r\u00e8glements pr\u00e9vus, une part substantielle avait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e sur un compte auquel Martin avait acc\u00e8s. Elle suivit les mouvements jusqu&#39;aux virements qu&#39;elle avait d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9s. Plusieurs montants correspondaient aux dates \u00e9voqu\u00e9es par Claire. Cette concordance ne prouvait pas encore que Martin avait menti sur l&#39;ensemble des op\u00e9rations, mais elle montrait que ses souvenirs m\u00e9ritaient d&#39;\u00eatre examin\u00e9s plus attentivement.<\/p>\n<p>\u00c9lise resta longtemps devant les documents. Elle revit son ancien appartement, le parquet qui grin\u00e7ait dans le couloir et la petite cuisine o\u00f9 sa m\u00e8re rangeait ses pots de confiture. Elle se souvint du jour de la signature chez le notaire. Martin lui avait serr\u00e9 la main sous la table en promettant que ce sacrifice sauverait leur avenir. Elle avait pleur\u00e9 en sortant de l&#39;\u00e9tude, tandis qu&#39;il parlait d\u00e9j\u00e0 des paiements \u00e0 effectuer. \u00c0 l&#39;\u00e9poque, elle avait interpr\u00e9t\u00e9 son agitation comme de l&#39;inqui\u00e9tude. Aujourd&#39;hui, elle se demandait s&#39;il avait connu davantage de d\u00e9tails qu&#39;il ne lui en avait communiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle rassembla les pi\u00e8ces et les envoya \u00e0 Ma\u00eetre Moreau. Puis elle ouvrit son carnet d&#39;objectifs, celui o\u00f9 elle avait inscrit le souhait de poss\u00e9der un jour un logement enti\u00e8rement \u00e0 elle. Elle ajouta une phrase sous les trois premi\u00e8res lignes : comprendre ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l&#39;argent de mes parents. Elle ne savait pas si cette recherche lui permettrait de r\u00e9cup\u00e9rer quoi que ce soit. Elle savait seulement qu&#39;elle ne voulait plus laisser ses souvenirs se dissoudre dans les explications de Martin. La v\u00e9rit\u00e9 financi\u00e8re importait d\u00e9sormais autant que la s\u00e9paration elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>En fin d&#39;apr\u00e8s-midi, alors qu&#39;elle rangeait les derniers papiers, son t\u00e9l\u00e9phone vibra. Martin lui avait envoy\u00e9 un message inhabituellement calme. Il affirmait avoir appris qu&#39;elle posait des questions sur leurs anciennes finances. Il \u00e9crivait qu&#39;il trouvait inutile de remuer des \u00e9v\u00e9nements aussi anciens et qu&#39;ils pourraient parvenir \u00e0 un accord simple si elle cessait de chercher des responsabilit\u00e9s partout. Puis il ajoutait une phrase qui fit dispara\u00eetre le peu de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qu&#39;elle avait retrouv\u00e9 : \u00ab Tu ferais mieux de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que tu veux vraiment savoir. Certaines v\u00e9rit\u00e9s ne te plairont pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise relut le message, puis le transf\u00e9ra imm\u00e9diatement \u00e0 Ma\u00eetre Moreau. Elle ne r\u00e9pondit pas. Son premier mouvement avait \u00e9t\u00e9 de demander des explications, d&#39;exiger de Martin qu&#39;il dise enfin ce qu&#39;il savait. Mais elle comprenait maintenant que cette r\u00e9action lui offrirait pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&#39;il recherchait : une conversation priv\u00e9e qu&#39;il pourrait d\u00e9tourner, interrompre ou utiliser contre elle. Elle rangea son t\u00e9l\u00e9phone et retourna \u00e0 ses comptes professionnels. Ce soir-l\u00e0, pourtant, les chiffres rest\u00e8rent flous devant ses yeux. Elle sentait que le pass\u00e9 n&#39;avait pas encore livr\u00e9 tous ses secrets.<\/p>\n<p>Plus tard, Paul frappa doucement \u00e0 la porte du studio. Il tenait une petite enveloppe ancienne, l\u00e9g\u00e8rement jaunie sur les bords. \u00c9lise la reconnut avant qu&#39;il parle. Son nom apparaissait au dos, \u00e9crit d&#39;une \u00e9criture qu&#39;elle n&#39;avait pas utilis\u00e9e depuis ses ann\u00e9es d&#39;\u00e9tudes. Paul expliqua qu&#39;il avait retrouv\u00e9 la lettre dans une bo\u00eete de souvenirs. Il ne l&#39;avait pas relue depuis tr\u00e8s longtemps. Lorsqu&#39;\u00c9lise lui avait pos\u00e9 la question, il avait simplement voulu v\u00e9rifier qu&#39;il ne s&#39;\u00e9tait pas tromp\u00e9. Il lui tendit l&#39;enveloppe sans chercher \u00e0 observer sa r\u00e9action.<\/p>\n<p>\u00c9lise attendit qu&#39;il soit reparti pour d\u00e9plier la feuille. Elle reconnut certaines phrases, la fa\u00e7on dont elle formait les lettres et les mots maladroits qu&#39;elle avait employ\u00e9s pour justifier son choix. Mais, au milieu du texte, plusieurs lignes lui sembl\u00e8rent \u00e9trang\u00e8res. Elles \u00e9voquaient une autre relation, une d\u00e9cision d\u00e9j\u00e0 prise et la certitude qu&#39;elle ne souhaitait plus revoir Paul. Son c\u0153ur se mit \u00e0 battre plus vite. Elle \u00e9tait certaine de n&#39;avoir jamais annonc\u00e9 l&#39;existence d&#39;un autre homme dans sa lettre de rupture. Martin n&#39;\u00e9tait alors qu&#39;une connaissance qui lui apportait occasionnellement de l&#39;aide. Elle approcha la feuille de la lampe et examina les diff\u00e9rences presque imperceptibles dans la pression de l&#39;encre.<\/p>\n<p>Au bas de la page figurait sa signature. Elle \u00e9tait authentique. Mais les lignes qui pr\u00e9c\u00e9daient semblaient avoir \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es sur un espace laiss\u00e9 libre, avec une \u00e9criture soigneusement imit\u00e9e. \u00c9lise sentit une sensation de froid gagner ses mains. Elle repensa \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 elle avait confi\u00e9 la lettre \u00e0 Martin pour qu&#39;il la poste, parce qu&#39;elle ne parvenait pas \u00e0 se r\u00e9soudre \u00e0 la d\u00e9poser elle-m\u00eame. Ce souvenir, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme insignifiant, revint avec une pr\u00e9cision brutale. Martin avait tenu cette enveloppe entre ses mains avant qu&#39;elle parvienne \u00e0 Paul. Et, pour la premi\u00e8re fois, \u00c9lise envisagea qu&#39;il avait peut-\u00eatre jou\u00e9 un r\u00f4le dans leur s\u00e9paration bien avant de devenir son mari.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=6119\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : La lettre que j\u2019avais confi\u00e9e \u00e0 Martin dix-huit ans plus t\u00f4t contenait des phrases \u00e9trang\u00e8res, et Paul devait enfin entendre ce que j\u2019avais r\u00e9ellement voulu dire<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dossier pos\u00e9 devant Ma\u00eetre Moreau \u00e9tait plus \u00e9pais qu&#39;\u00c9lise ne l&#39;avait imagin\u00e9. Des relev\u00e9s bancaires d\u00e9passaient d&#39;une chemise bleue, accompagn\u00e9s de copies de contrats et de plusieurs feuilles couvertes &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6113,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6118"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6118\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6128,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6118\/revisions\/6128"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6113"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}