{"id":5308,"date":"2026-10-12T09:19:28","date_gmt":"2026-10-12T09:19:28","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5308"},"modified":"2026-10-12T09:19:28","modified_gmt":"2026-10-12T09:19:28","slug":"partie-13-ce-mardi-matin-ou-garrett-tendit-la-main-vers-son-journal-notre-seconde-chance-seffondra-avant-que-je-puisse-comprendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5308","title":{"rendered":"PARTIE 13 \u2013 Ce mardi matin o\u00f9 Garrett tendit la main vers son journal, notre seconde chance s\u2019effondra avant que je puisse comprendre"},"content":{"rendered":"<p>Le bruit de la tasse qui se brisa sur le carrelage fut la premi\u00e8re chose que je compris. Une seconde auparavant, Garrett \u00e9tait assis \u00e0 la table de la cuisine, son journal pli\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son assiette. Le caf\u00e9 fumait encore. Il venait de me demander si nous aurions le temps de passer au restaurant apr\u00e8s mes occupations de la matin\u00e9e. Puis sa main s&#39;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e \u00e0 quelques centim\u00e8tres du journal. Ses doigts s&#39;\u00e9taient crisp\u00e9s contre sa poitrine, et son visage avait pris une expression de surprise presque enfantine. Je pronon\u00e7ai son pr\u00e9nom. Il essaya de me regarder, mais son corps bascula brusquement de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Je me pr\u00e9cipitai vers lui avant m\u00eame d&#39;avoir compris qu&#39;il tombait. La chaise heurta le sol derri\u00e8re ses jambes. Garrett s&#39;effondra lourdement sur le carrelage, une \u00e9paule contre le pied de la table. Je m&#39;agenouillai pr\u00e8s de lui, les mains tendues, incapable pendant un instant de d\u00e9cider o\u00f9 le toucher. \u00ab Garrett ? Regarde-moi. \u00bb Ses yeux \u00e9taient entrouverts, mais il ne r\u00e9pondait pas. Je posai une main contre sa joue. Sa peau \u00e9tait chaude. Cette chaleur me donna l&#39;illusion absurde qu&#39;il suffisait de l&#39;aider \u00e0 se relever pour que tout redevienne normal. \u00ab Garrett, parle-moi, je t&#39;en prie. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne sais pas combien de secondes s&#39;\u00e9coul\u00e8rent avant que je retrouve mon t\u00e9l\u00e9phone. Je me souviens seulement d&#39;avoir renvers\u00e9 une chaise en cherchant mon sac et d&#39;avoir compos\u00e9 le num\u00e9ro des secours avec des doigts qui refusaient de m&#39;ob\u00e9ir. Une voix calme me demanda l&#39;adresse, l&#39;\u00e2ge de Garrett et ce qui venait de se passer. Je r\u00e9pondis par fragments. \u00ab Mon mari&#8230; il s&#39;est effondr\u00e9&#8230; il avait mal \u00e0 la poitrine&#8230; \u00bb L&#39;op\u00e9ratrice me demanda de v\u00e9rifier sa respiration. Je posai le t\u00e9l\u00e9phone sur le sol, activai le haut-parleur et me penchai de nouveau vers lui.<\/p>\n<p>Les instructions se succ\u00e9d\u00e8rent avec une pr\u00e9cision qui contrastait terriblement avec le d\u00e9sordre de mes pens\u00e9es. L&#39;op\u00e9ratrice m&#39;expliqua comment pratiquer les compressions thoraciques et me guida pendant que les secours arrivaient. Je pla\u00e7ai mes mains au centre de sa poitrine. Mes bras tremblaient. Je n&#39;avais jamais imagin\u00e9 devoir accomplir ce geste sur l&#39;homme que j&#39;avais \u00e9pous\u00e9 quelques mois auparavant. Je comptais \u00e0 voix haute, perdais le rythme, puis me reprenais. L&#39;op\u00e9ratrice continuait de parler. Entre deux s\u00e9ries de compressions, je suppliais Garrett de revenir. Je ne sais pas s&#39;il pouvait m&#39;entendre.<\/p>\n<p>La cuisine avait pris une apparence irr\u00e9elle. Le caf\u00e9 renvers\u00e9 s&#39;\u00e9tendait lentement sous la table. Une page du journal avait gliss\u00e9 jusqu&#39;\u00e0 la porte. Par la fen\u00eatre, je voyais le soleil \u00e9clairer les premi\u00e8res fleurs du jardin. Tout semblait affreusement ordinaire. Je me souvenais de Garrett quelques minutes plus t\u00f4t, plaisantant sur la quantit\u00e9 de sucre que j&#39;avais ajout\u00e9e \u00e0 ma tasse. Maintenant, je comptais les compressions en surveillant son visage. Je voulais qu&#39;il ouvre les yeux et me dise que j&#39;en faisais trop, comme il le faisait lorsque je m&#39;inqui\u00e9tais pour une chose sans importance.<\/p>\n<p>Les sir\u00e8nes finirent par se faire entendre. Je me levai pour ouvrir la porte, puis revins imm\u00e9diatement aupr\u00e8s de lui, comme si m&#39;\u00e9loigner pouvait aggraver son \u00e9tat. Deux secouristes entr\u00e8rent avec leur mat\u00e9riel. Ils prirent rapidement le relais et me demand\u00e8rent de reculer pour leur laisser de la place. Je restai contre le mur, les mains douloureuses et tach\u00e9es de caf\u00e9. Un troisi\u00e8me intervenant me posa quelques questions auxquelles je r\u00e9pondais presque m\u00e9caniquement. Garrett avait \u00e9t\u00e9 en bonne forme apparente. Il prenait son petit d\u00e9jeuner. Il n&#39;avait pas \u00e9voqu\u00e9 de douleur auparavant. Je r\u00e9p\u00e9tais ces informations sans comprendre pourquoi elles semblaient si importantes.<\/p>\n<p>Les secouristes travaill\u00e8rent avec une concentration impressionnante. Je voyais leurs gestes, leurs \u00e9changes brefs et les appareils qu&#39;ils installaient pr\u00e8s de Garrett. \u00c0 plusieurs reprises, je crus reconna\u00eetre un signe d&#39;am\u00e9lioration. Chaque mouvement me donnait l&#39;espoir qu&#39;ils allaient annoncer qu&#39;il pouvait \u00eatre transport\u00e9 \u00e0 l&#39;h\u00f4pital et qu&#39;une fois l\u00e0-bas, quelqu&#39;un r\u00e9ussirait \u00e0 le sauver. Je demandai s&#39;il allait reprendre connaissance. L&#39;un des secouristes me r\u00e9pondit avec douceur qu&#39;ils faisaient tout ce qu&#39;ils pouvaient. Je compris \u00e0 son expression qu&#39;il ne voulait pas me promettre quelque chose qu&#39;il ignorait.<\/p>\n<p>Je pensais \u00e0 des choses d\u00e9risoires. Notre r\u00e9servation imaginaire pour le d\u00e9jeuner. Les fleurs que nous devions acheter samedi. Une chemise de Garrett rest\u00e9e sur le dossier d&#39;une chaise dans notre chambre. J&#39;avais m\u00eame oubli\u00e9 de lui rappeler de prendre ses lunettes avant de lire le journal. Ces d\u00e9tails revenaient dans mon esprit avec une insistance insupportable. Une partie de moi semblait incapable d&#39;admettre que notre matin\u00e9e venait de basculer. Je continuais d&#39;attendre qu&#39;un secouriste se tourne vers moi pour annoncer que l&#39;urgence \u00e9tait termin\u00e9e et que je pouvais m&#39;approcher de mon mari.<\/p>\n<p>Au lieu de cela, apr\u00e8s de longues tentatives, les gestes ralentirent. Un m\u00e9decin de l&#39;\u00e9quipe me demanda de venir pr\u00e8s de lui. Je vis aussit\u00f4t dans son visage quelque chose que je connaissais d\u00e9j\u00e0. J&#39;avais vu cette expression lorsque Howard \u00e9tait mort. C&#39;\u00e9tait cette gravit\u00e9 particuli\u00e8re que prennent les personnes charg\u00e9es de prononcer une phrase dont elles savent qu&#39;elle va d\u00e9truire une journ\u00e9e, une maison, parfois toute une existence. Je secouai la t\u00eate avant m\u00eame qu&#39;il parle. \u00ab Non \u00bb, murmurai-je. \u00ab Vous devez essayer encore. Il allait bien ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin m&#39;expliqua que Garrett avait subi un arr\u00eat cardiaque et que, malgr\u00e9 les man\u0153uvres de r\u00e9animation, son c\u0153ur n&#39;avait pas pu \u00eatre relanc\u00e9. J&#39;entendis les mots sans parvenir \u00e0 les r\u00e9unir dans une phrase compr\u00e9hensible. Je lui demandai s&#39;ils pouvaient l&#39;emmener \u00e0 l&#39;h\u00f4pital. Il me r\u00e9pondit patiemment, mais je ne retins presque rien. Mes yeux revenaient sans cesse vers Garrett, allong\u00e9 sur le sol de notre cuisine. Je ne supportais pas de le voir ainsi. Quelques minutes auparavant, il riait, me parlait de notre promenade au bord du lac et cherchait la page des nouvelles locales. Maintenant, plus personne ne me demandait de pr\u00e9parer une seconde tasse.<\/p>\n<p>Je m&#39;approchai de lui lorsque l&#39;\u00e9quipe m&#39;y autorisa. Ses cheveux blancs \u00e9taient l\u00e9g\u00e8rement \u00e9bouriff\u00e9s. Je les remis en place avec les doigts, comme je l&#39;avais fait plusieurs fois lorsqu&#39;il revenait du jardin. Sa main \u00e9tait encore chaude. Je la pris entre les miennes, attendant malgr\u00e9 moi qu&#39;il serre mes doigts. Il ne bougea pas. \u00ab Tu m&#39;avais dit que nous avions encore du temps \u00bb, murmurai-je. Ce n&#39;\u00e9tait pas un reproche. Je savais qu&#39;il n&#39;avait jamais pu garantir une seule journ\u00e9e. Pourtant, je ressentais cette injustice avec la force d&#39;une promesse brutalement interrompue.<\/p>\n<p>Les intervenants me laiss\u00e8rent quelques instants, puis m&#39;expliqu\u00e8rent les d\u00e9marches qui allaient suivre. Ils parlaient avec une grande d\u00e9licatesse. Je r\u00e9pondais aux questions sans toujours comprendre ce qu&#39;on attendait de moi. On me demanda le nom d&#39;une personne \u00e0 contacter. Je pensai imm\u00e9diatement \u00e0 Marlene, puis aux enfants de Garrett. Il fallait pr\u00e9venir Margaret et Daniel. Cette \u00e9vidence me parut presque aussi difficile \u00e0 affronter que la r\u00e9alit\u00e9 de sa mort. J&#39;allais devoir prononcer les mots que je refusais encore de croire. J&#39;allais devoir annoncer \u00e0 ses enfants qu&#39;ils venaient de perdre leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>Je t\u00e9l\u00e9phonai d&#39;abord \u00e0 Marlene. Elle d\u00e9crocha apr\u00e8s deux sonneries. Je tentai de parler, mais aucun son ne sortit. Elle r\u00e9p\u00e9ta mon pr\u00e9nom, inqui\u00e8te. \u00ab Garrett \u00bb, r\u00e9ussis-je enfin \u00e0 dire. \u00ab Il est mort. \u00bb Un silence suivit. Puis elle me demanda si j&#39;\u00e9tais seule. Je r\u00e9pondis que les secours \u00e9taient encore pr\u00e9sents. Elle d\u00e9clara qu&#39;elle arrivait imm\u00e9diatement. Je lui demandai de ne pas se presser sur la route. Cette pr\u00e9caution absurde me fit presque rire. Je venais de perdre mon mari sans avertissement, mais je trouvais encore la force de craindre qu&#39;une amie conduise trop vite.<\/p>\n<p>Le num\u00e9ro de Margaret apparut ensuite sur mon \u00e9cran. J&#39;h\u00e9sitai quelques secondes avant d&#39;appuyer sur l&#39;appel. Elle r\u00e9pondit d&#39;une voix press\u00e9e, comme si je l&#39;interrompais au milieu d&#39;une t\u00e2che. \u00ab Eleanor ? Que se passe-t-il ? \u00bb Je pris une inspiration qui me fit mal \u00e0 la poitrine. \u00ab Margaret, c&#39;est votre p\u00e8re. Il a eu un malaise ce matin. Les secours sont venus, mais ils n&#39;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 le sauver. \u00bb Je m&#39;arr\u00eatai, incapable de poursuivre. Elle ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement. Puis elle demanda, tr\u00e8s distinctement : \u00ab Qu&#39;est-ce que vous voulez dire par l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>Je r\u00e9p\u00e9tai que Garrett \u00e9tait mort. Sa voix changea aussit\u00f4t. Elle me posa plusieurs questions rapides : \u00e0 quelle heure \u00e9tait-il tomb\u00e9, ce qu&#39;il faisait, combien de temps les secours avaient mis \u00e0 arriver. J&#39;essayai de r\u00e9pondre. Je lui expliquai qu&#39;il venait de prendre son caf\u00e9 et qu&#39;il avait port\u00e9 la main \u00e0 sa poitrine avant de s&#39;effondrer. \u00ab Il allait parfaitement bien hier \u00bb, d\u00e9clara-t-elle. Je r\u00e9pondis que je le savais. \u00ab Vous auriez d\u00fb appeler plus t\u00f4t \u00bb, ajouta-t-elle. Ces mots me frapp\u00e8rent violemment. Je lui expliquai que j&#39;avais appel\u00e9 les secours imm\u00e9diatement. Elle ne sembla pas m&#39;entendre.<\/p>\n<p>Margaret annon\u00e7a qu&#39;elle venait \u00e0 la maison et raccrocha sans me demander comment j&#39;allais. Je restai quelques secondes avec le t\u00e9l\u00e9phone dans les mains. Je savais qu&#39;elle venait d&#39;apprendre une nouvelle terrible. Je ne voulais pas interpr\u00e9ter chaque parole comme une accusation. Le chagrin peut provoquer des r\u00e9actions qui ne ressemblent pas \u00e0 la personne que l&#39;on conna\u00eet. Pourtant, je ressentis une douleur suppl\u00e9mentaire. L&#39;homme qui avait pass\u00e9 des mois \u00e0 me d\u00e9fendre n&#39;\u00e9tait plus l\u00e0, et d\u00e9j\u00e0, sans m\u00eame avoir quitt\u00e9 notre cuisine, je me retrouvais \u00e0 justifier les derni\u00e8res minutes de sa vie.<\/p>\n<p>Je t\u00e9l\u00e9phonai ensuite \u00e0 Daniel. Il r\u00e9pondit avec une voix plus calme que celle de sa s\u0153ur. Lorsque je lui annon\u00e7ai la nouvelle, il resta longtemps silencieux. J&#39;entendis sa respiration changer. Puis il me demanda si j&#39;\u00e9tais certaine que les secours avaient termin\u00e9 leurs interventions. Je r\u00e9pondis que oui. Il murmura quelque chose que je ne compris pas, puis me dit qu&#39;il allait venir. Avant de raccrocher, il ajouta : \u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9, Eleanor. \u00bb Cette phrase me fit pleurer pour la premi\u00e8re fois depuis l&#39;arriv\u00e9e des secours. Il \u00e9tait le seul, jusqu&#39;\u00e0 cet instant, \u00e0 avoir reconnu que je venais moi aussi de perdre quelqu&#39;un.<\/p>\n<p>Marlene arriva avant les enfants. Elle entra dans la cuisine, regarda les objets renvers\u00e9s et comprit imm\u00e9diatement ce qui s&#39;\u00e9tait pass\u00e9. Elle ne posa aucune question inutile. Elle m&#39;entoura de ses bras et me laissa pleurer contre son \u00e9paule. Je lui racontai les derni\u00e8res minutes de Garrett par fragments d\u00e9sordonn\u00e9s. Elle m&#39;\u00e9couta sans chercher \u00e0 interrompre mes souvenirs. Lorsqu&#39;on eut termin\u00e9 les formalit\u00e9s n\u00e9cessaires et que Garrett fut emmen\u00e9, elle resta pr\u00e8s de moi. Je ne supportais pas de regarder l&#39;endroit o\u00f9 il \u00e9tait tomb\u00e9. Elle me conduisit jusqu&#39;au salon et m&#39;apporta un verre d&#39;eau.<\/p>\n<p>Margaret arriva peu apr\u00e8s, suivie de Daniel. Elle entra rapidement, le visage p\u00e2le, son manteau encore ouvert. Son premier regard se dirigea vers la cuisine. Elle s&#39;arr\u00eata devant la table, puis observa la chaise renvers\u00e9e et les traces que les secouristes avaient laiss\u00e9es en travaillant. Je voulus lui expliquer ce qui s&#39;\u00e9tait pass\u00e9, mais elle leva la main. \u00ab Pas maintenant \u00bb, dit-elle. Daniel posa doucement une main sur son \u00e9paule. Elle s&#39;en d\u00e9gagea et traversa le couloir en direction du bureau de Garrett. Je la regardai partir sans comprendre ce qu&#39;elle cherchait.<\/p>\n<p>Daniel resta avec moi quelques instants. Il me demanda si Garrett avait souffert. Je r\u00e9pondis que tout s&#39;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 tr\u00e8s rapidement, mais que je ne pouvais pas savoir ce qu&#39;il avait ressenti. Il hocha la t\u00eate, les yeux humides. Nous rest\u00e2mes silencieux. Je pensais \u00e0 l&#39;homme qui l&#39;avait vu grandir, qui lui avait appris tant de choses et qui ne pourrait plus lui parler. Malgr\u00e9 les tensions familiales, je savais que Daniel aimait son p\u00e8re. J&#39;aurais voulu trouver une parole capable de lui apporter du r\u00e9confort. Mais nous \u00e9tions tous deux devant une perte trop r\u00e9cente pour recevoir des phrases consolantes.<\/p>\n<p>Margaret revint du bureau avec un visage ferm\u00e9. Elle demanda o\u00f9 se trouvaient les papiers m\u00e9dicaux de son p\u00e8re. Je lui indiquai le tiroir o\u00f9 Garrett conservait les documents de ses rendez-vous. Elle voulut savoir qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu, quelles formalit\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es et si les secours avaient laiss\u00e9 un compte rendu. Je r\u00e9pondis comme je le pouvais. Marlene intervint doucement pour lui rappeler que certaines informations seraient disponibles plus tard. Margaret la regarda avec surprise, comme si elle venait de remarquer sa pr\u00e9sence. Je fis les pr\u00e9sentations, bien qu&#39;elles se soient d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9es lors de notre mariage.<\/p>\n<p>Les heures suivantes se d\u00e9roul\u00e8rent dans une confusion dont je ne conserve que des images isol\u00e9es. Le pasteur Wells t\u00e9l\u00e9phona. Une personne charg\u00e9e des formalit\u00e9s fun\u00e9raires expliqua les d\u00e9marches n\u00e9cessaires. Daniel prit plusieurs notes. Margaret demanda o\u00f9 son p\u00e8re avait conserv\u00e9 certains renseignements administratifs. Je m&#39;assis sur le canap\u00e9, les mains pos\u00e9es sur les genoux, incapable de participer \u00e0 toutes les conversations. Chaque fois que quelqu&#39;un pronon\u00e7ait le nom de Garrett, je relevais les yeux en pensant qu&#39;il allait entrer. Puis je me souvenais qu&#39;il ne reviendrait pas.<\/p>\n<p>Vers la fin de l&#39;apr\u00e8s-midi, Marlene me proposa de m&#39;accompagner dans notre chambre. Je n&#39;avais presque rien mang\u00e9 depuis le matin. Elle me demanda si je souhaitais rester chez elle pour la nuit. Je regardai autour de moi. Le lit \u00e9tait d\u00e9fait du c\u00f4t\u00e9 de Garrett. Ses lunettes de lecture reposaient sur la table de chevet. Une chemise \u00e9tait suspendue derri\u00e8re la porte. Je lui r\u00e9pondis que je pr\u00e9f\u00e9rais rester ici. C&#39;\u00e9tait notre chambre. Je voulais \u00eatre entour\u00e9e des objets qu&#39;il avait touch\u00e9s, m\u00eame si leur pr\u00e9sence me faisait souffrir. Marlene accepta de rester quelque temps encore.<\/p>\n<p>Lorsque je redescendis, Margaret et Daniel discutaient \u00e0 voix basse dans le hall. Leur conversation s&#39;interrompit d\u00e8s qu&#39;ils me virent. Margaret demanda si je savais o\u00f9 se trouvait la chemise en cuir de leur p\u00e8re. Je r\u00e9pondis qu&#39;elle devait \u00eatre rang\u00e9e dans son bureau. Elle me demanda si j&#39;avais consult\u00e9 les documents qu&#39;elle contenait. Sa question me surprit. \u00ab Non \u00bb, r\u00e9pondis-je. \u00ab Garrett s&#39;occupait lui-m\u00eame de ses affaires. \u00bb Margaret me regarda un instant, puis d\u00e9clara qu&#39;il faudrait examiner ces papiers rapidement. Je lui dis que monsieur Whitfield connaissait probablement les dispositions \u00e9tablies par Garrett.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;\u00e9vocation de l&#39;avocat, Daniel releva les yeux. Margaret, elle, sembla contrari\u00e9e. \u00ab Nous savons parfaitement qui s&#39;occupait des affaires de papa \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Je ne cherchai pas \u00e0 prolonger la conversation. Mon chagrin \u00e9tait trop grand pour affronter une nouvelle discussion sur les documents familiaux. Je voulais seulement qu&#39;on me laisse quelques heures sans questions. Mais je compris que Margaret consid\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 les jours \u00e0 venir comme une succession de d\u00e9cisions \u00e0 prendre. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce sa mani\u00e8re de survivre au choc. Peut-\u00eatre avait-elle toujours besoin de contr\u00f4ler quelque chose lorsqu&#39;elle ne pouvait rien changer \u00e0 l&#39;essentiel.<\/p>\n<p>Avant de partir, Daniel me demanda si j&#39;avais besoin de quoi que ce soit. Je lui r\u00e9pondis que non, puis le remerciai de sa pr\u00e9sence. Il h\u00e9sita, regarda sa s\u0153ur et ajouta qu&#39;il reviendrait le lendemain pour discuter des fun\u00e9railles. Margaret annon\u00e7a qu&#39;elle contacterait les personnes n\u00e9cessaires. Elle ne me demanda pas quels \u00e9taient les souhaits de Garrett ni si nous avions parl\u00e9 ensemble de sa c\u00e9r\u00e9monie. Je voulus lui expliquer qu&#39;il aimait la simplicit\u00e9 et qu&#39;il aurait probablement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une c\u00e9r\u00e9monie sans ostentation. Elle r\u00e9pondit qu&#39;elle connaissait les habitudes de son p\u00e8re depuis bien plus longtemps que moi.<\/p>\n<p>Marlene se raidit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Je posai une main sur son bras pour l&#39;emp\u00eacher d&#39;intervenir. Je n&#39;avais pas la force de discuter. Margaret sembla prendre mon silence pour un accord. Elle annon\u00e7a qu&#39;elle t\u00e9l\u00e9phonerait le lendemain matin, puis quitta la maison avec Daniel. Je les regardai partir. La lumi\u00e8re du soir avait pris une teinte grise. Le jardin paraissait immobile. Je pensai au d\u00e9jeuner que Garrett avait propos\u00e9 quelques heures auparavant. Nous aurions d\u00fb \u00eatre assis pr\u00e8s de la fen\u00eatre de notre petit restaurant, discutant de nos projets du printemps. \u00c0 la place, j&#39;entendais le moteur de la voiture de ses enfants dispara\u00eetre au bout de l&#39;all\u00e9e.<\/p>\n<p>Marlene resta jusqu&#39;\u00e0 ce que je lui assure plusieurs fois que je pouvais passer la nuit seule. Elle me pr\u00e9para une soupe, v\u00e9rifia que j&#39;avais mon t\u00e9l\u00e9phone et me demanda de l&#39;appeler \u00e0 n&#39;importe quelle heure. Je lui promis de le faire. Lorsqu&#39;elle partit, la maison devint terriblement silencieuse. Je montai lentement l&#39;escalier en tenant la rampe. Chaque marche me rappelait Garrett. Je revoyais sa silhouette lorsqu&#39;il descendait avec ses lunettes sur le nez, sa mani\u00e8re de poser une main sur le mur lorsqu&#39;il \u00e9tait fatigu\u00e9 et son sourire lorsqu&#39;il me trouvait en train de l&#39;attendre.<\/p>\n<p>Dans notre chambre, je m&#39;assis sur son c\u00f4t\u00e9 du lit. L&#39;oreiller portait encore la marque de sa t\u00eate. Je le pris contre moi et respirai l&#39;odeur famili\u00e8re de son apr\u00e8s-rasage. Je pensais aux ann\u00e9es o\u00f9 nous avions v\u00e9cu s\u00e9par\u00e9ment, aux retrouvailles devant la table de p\u00e2tisseries, aux premiers rendez-vous du mardi et \u00e0 sa demande en mariage. Six mois avaient suffi pour nous rapprocher. Quelques mois de mariage avaient redonn\u00e9 une forme nouvelle \u00e0 ma vie. Et une seule matin\u00e9e venait de tout interrompre. Je pleurai jusqu&#39;\u00e0 ce que la fatigue me laisse presque incapable de bouger.<\/p>\n<p>Bien plus tard, je descendis chercher un verre d&#39;eau. La cuisine avait \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9e, mais je distinguais encore l&#39;endroit o\u00f9 la tasse s&#39;\u00e9tait bris\u00e9e. Le journal de Garrett reposait sur le comptoir. Une page \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement froiss\u00e9e. Je la d\u00e9pliai machinalement, puis m&#39;arr\u00eatai. Au bord de la premi\u00e8re page, mon mari avait griffonn\u00e9 quelques mots concernant notre d\u00e9jeuner et une promenade au bord du lac. Son \u00e9criture \u00e9tait famili\u00e8re, ferme, presque joyeuse. Je passai un doigt sur les lettres, comme si je pouvais retrouver dans l&#39;encre la chaleur de sa main.<\/p>\n<p>Je restai longtemps debout devant ce journal. Puis je le repliai soigneusement et le posai dans un tiroir de la cuisine, \u00e0 l&#39;\u00e9cart des papiers que ses enfants viendraient probablement examiner. Je ne pensais pas \u00e0 l&#39;h\u00e9ritage ni \u00e0 la valeur des objets. Je voulais seulement conserver quelque chose qu&#39;il avait touch\u00e9 pendant notre derni\u00e8re matin\u00e9e. En remontant vers la chambre, je compris que les jours suivants seraient remplis de d\u00e9marches, de d\u00e9cisions et de paroles auxquelles je n&#39;\u00e9tais pas pr\u00e9par\u00e9e. Mais cette nuit-l\u00e0, une seule certitude occupait tout mon \u00eatre : l&#39;homme que j&#39;avais retrouv\u00e9 apr\u00e8s cinquante-trois ans venait de me quitter, et je n&#39;avais m\u00eame pas eu le temps de lui dire au revoir.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5309\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : Tandis que nous pr\u00e9parions les adieux de Garrett, ses enfants semblaient plus press\u00e9s de retrouver les cl\u00e9s que d\u2019entendre mes souvenirs<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bruit de la tasse qui se brisa sur le carrelage fut la premi\u00e8re chose que je compris. 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