{"id":5167,"date":"2026-10-12T04:44:53","date_gmt":"2026-10-12T04:44:53","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5167"},"modified":"2026-10-12T04:44:53","modified_gmt":"2026-10-12T04:44:53","slug":"partie-5-pour-son-premier-salut-nora-a-traverse-les-gradins-et-son-geste-a-reveille-ce-que-je-croyais-avoir-perdu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5167","title":{"rendered":"PARTIE 5 \u2013 Pour son premier salut, Nora a travers\u00e9 les gradins, et son geste a r\u00e9veill\u00e9 ce que je croyais avoir perdu"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab L\u00e8ve-toi, maman. \u00bb<\/p>\n<p>Nora tenait toujours sa pi\u00e8ce d&#39;argent dans sa main gant\u00e9e de blanc. Derri\u00e8re elle, Richard Hadley s&#39;\u00e9tait immobilis\u00e9 sur la marche sup\u00e9rieure, le visage ferm\u00e9. Plusieurs spectateurs s&#39;\u00e9taient tourn\u00e9s vers nous, tandis que d&#39;autres continuaient \u00e0 applaudir les jeunes officiers sur la pelouse. Je regardai ma fille, puis la petite pi\u00e8ce qu&#39;elle me pr\u00e9sentait. Je comprenais maintenant ce qu&#39;elle voulait. Mais le comprendre et accepter de le faire \u00e9taient deux choses diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>\u00ab Nora, ma ch\u00e9rie, tu n&#39;es pas oblig\u00e9e&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait r\u00e9pondu sans \u00e9lever la voix. Il n&#39;y avait ni col\u00e8re ni reproche dans son expression. Seulement cette d\u00e9termination tranquille que je lui connaissais depuis l&#39;enfance. Elle fit un pas de plus et ajouta : \u00ab Je voudrais que ce soit toi. Pas quelqu&#39;un que je connais \u00e0 peine. Toi. \u00bb Derri\u00e8re ses paroles, j&#39;entendais vingt-deux ann\u00e9es de souvenirs. Je revoyais ses petites chaussures abandonn\u00e9es sur le plancher de mon camion, ses cahiers ouverts sur la couchette et ses doigts serr\u00e9s autour des miens lorsque nous traversions une route verglac\u00e9e.<\/p>\n<p>J&#39;essayai de me lever. Mon genou droit protesta avec un craquement si net que la femme assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi esquissa un mouvement inquiet. Je posai une main sur le dossier du si\u00e8ge pour retrouver mon \u00e9quilibre. Dix-huit heures de conduite avaient laiss\u00e9 mes jambes raides et mes \u00e9paules douloureuses. Pourtant, d\u00e8s que je fus debout, quelque chose changea dans mon corps. Mes pieds se rapproch\u00e8rent presque d&#39;eux-m\u00eames. Mon dos se redressa, mon menton se pla\u00e7a l\u00e9g\u00e8rement en retrait, et mes bras retrouv\u00e8rent une position que je n&#39;avais plus adopt\u00e9e depuis plus de vingt ans.<\/p>\n<p>Il existe des gestes que le corps conserve longtemps apr\u00e8s que l&#39;esprit a essay\u00e9 de les oublier. On peut changer de profession, de v\u00eatements et de mani\u00e8re de vivre. On peut passer des milliers de nuits sur les routes, loin des casernes et des terrains d&#39;entra\u00eenement. Pourtant, certaines habitudes demeurent enfouies dans les muscles. Je le d\u00e9couvris \u00e0 cet instant pr\u00e9cis. Devant ma fille devenue sous-lieutenante, mes ann\u00e9es de service revinrent sans que j&#39;aie besoin d&#39;y penser.<\/p>\n<p>Je levai la main droite jusqu&#39;au bord de mon sourcil. Mes doigts rest\u00e8rent joints, la paume l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e, le poignet droit. Le bracelet de Leon apparut au-dessous de ma manche. Je sentis le cuir contre ma peau tandis que je fixais le visage de Nora. Elle me rendit mon salut. Sa main tremblait l\u00e9g\u00e8rement, et ses l\u00e8vres s&#39;entrouvrirent comme si elle cherchait quelque chose \u00e0 dire. Je pris une inspiration, puis pronon\u00e7ai les paroles que cette journ\u00e9e exigeait. \u00ab F\u00e9licitations, mon lieutenant. \u00bb<\/p>\n<p>Elle essaya de sourire, mais ses yeux se remplirent de larmes. Nous rest\u00e2mes quelques secondes dans cette position, suffisamment longtemps pour que j&#39;aie l&#39;impression que le bruit du stade disparaissait autour de nous. Je ne voyais plus Richard Hadley, ni les familles install\u00e9es dans les gradins. Il n&#39;y avait que ma fille et moi, s\u00e9par\u00e9es par une distance d&#39;\u00e0 peine un bras, mais reli\u00e9es par deux vies que je n&#39;avais jamais r\u00e9ussi \u00e0 lui raconter enti\u00e8rement.<\/p>\n<p>Lorsque nous abaiss\u00e2mes nos mains, Nora prit d\u00e9licatement la mienne. Elle y d\u00e9posa le dollar d&#39;argent, puis referma mes doigts dessus avec ses deux mains. Le m\u00e9tal \u00e9tait froid malgr\u00e9 la chaleur de l&#39;apr\u00e8s-midi. Je sentis le relief de la pi\u00e8ce contre ma paume. Ce n&#39;\u00e9tait qu&#39;un petit objet, semblable \u00e0 ceux que l&#39;on pourrait trouver dans une bo\u00eete de souvenirs familiaux. Pourtant, je savais qu&#39;il serait d\u00e9sormais impossible de le regarder comme une simple pi\u00e8ce de monnaie.<\/p>\n<p>Quelqu&#39;un applaudit derri\u00e8re moi. Une seconde personne l&#39;imita, puis une rang\u00e9e enti\u00e8re. Les applaudissements s&#39;\u00e9tendirent dans les gradins voisins. Les gens ne connaissaient pas mon histoire. Ils ignoraient pourquoi un g\u00e9n\u00e9ral s&#39;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 devant moi et pourquoi ma fille avait quitt\u00e9 le terrain pour m&#39;offrir sa premi\u00e8re salutation. Ils avaient simplement assist\u00e9 \u00e0 un \u00e9change entre une jeune offici\u00e8re et sa m\u00e8re, et ce geste avait manifestement touch\u00e9 quelque chose en eux. Je fus reconnaissante de leur chaleur, tout en \u00e9prouvant le besoin presque irr\u00e9sistible de m&#39;asseoir.<\/p>\n<p>Richard Hadley ne frappait pas des mains. Il se tenait \u00e0 quelques pas, les \u00e9paules rigides, regardant alternativement Nora et moi. Il avait perdu, pendant quelques minutes, le contr\u00f4le d&#39;une c\u00e9r\u00e9monie qu&#39;il croyait avoir organis\u00e9e jusque dans ses moindres d\u00e9tails. Le sergent-major qu&#39;il avait choisi attendait encore sur la pelouse, visiblement embarrass\u00e9. Je ne lui en voulais pas. Cet homme n&#39;avait rien fait de mal. Il avait accept\u00e9 de participer \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement important pour un jeune officier et se retrouvait soudain au milieu d&#39;une affaire dont il ne connaissait pas les circonstances.<\/p>\n<p>Nora se tourna l\u00e9g\u00e8rement vers lui. \u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9e pour ce changement, monsieur \u00bb, dit-elle avec respect. Le sergent-major r\u00e9pondit d&#39;un bref signe de t\u00eate, puis lui adressa un sourire discret. \u00ab C&#39;est votre premi\u00e8re salutation, lieutenant. Vous avez le droit de savoir \u00e0 qui vous souhaitez la donner. \u00bb Il pronon\u00e7a ces mots assez fort pour que plusieurs personnes les entendent. Je vis les m\u00e2choires de Richard se contracter. Il n&#39;avait aucune possibilit\u00e9 de contester cette r\u00e9ponse sans donner \u00e0 son propre m\u00e9contentement une importance d\u00e9plac\u00e9e.<\/p>\n<p>Ma fille se rapprocha encore de moi. \u00ab Tu restes jusqu&#39;\u00e0 ce que je puisse te rejoindre ? \u00bb demanda-t-elle. Je voulus r\u00e9pondre que je ne partirais pour rien au monde, mais une fatigue soudaine serra ma gorge. \u00ab Je serai pr\u00e8s du camion \u00bb, r\u00e9ussis-je \u00e0 dire. Nora secoua imm\u00e9diatement la t\u00eate. \u00ab Ne repars pas sans moi. M\u00eame si je tarde. Promets-le. \u00bb Je posai la main sur sa joue, oubliant un instant les r\u00e8gles de maintien qu&#39;on venait de lui enseigner. \u00ab Je te le promets, ma ch\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<p>Elle h\u00e9sita, puis me serra bri\u00e8vement dans ses bras. Son uniforme \u00e9tait raide sous mes doigts. Je sentis l&#39;odeur l\u00e9g\u00e8re du tissu neuf, m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle du soleil et de l&#39;herbe coup\u00e9e qui montait depuis le terrain. Ce contact me ramena \u00e0 des souvenirs beaucoup plus simples. Je la revis enfant, s&#39;accrochant \u00e0 mon cou lorsqu&#39;un orage \u00e9clatait au-dessus de notre camion. \u00c0 cette \u00e9poque, je pouvais la rassurer en lui promettant que le tonnerre ne traverserait pas la cabine. Aujourd&#39;hui, je ne savais pas comment la prot\u00e9ger de ce qui venait de commencer.<\/p>\n<p>Nora reprit le chemin de la pelouse. Je la suivis des yeux tandis qu&#39;elle descendait les marches. Richard Hadley s&#39;\u00e9carta pour la laisser passer. Il lui adressa quelques mots que je ne pus entendre. Elle ne s&#39;arr\u00eata pas. Son visage demeurait tourn\u00e9 vers le terrain, et sa d\u00e9marche avait retrouv\u00e9 cette r\u00e9gularit\u00e9 qu&#39;elle avait travaill\u00e9e pendant ses ann\u00e9es de formation. Richard resta un instant dans l&#39;escalier avant de redescendre \u00e0 son tour. Sa femme l&#39;attendait en bas. Elle lui posa une question, mais il se contenta de secouer la t\u00eate.<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie se poursuivit avec les photographies officielles et les derniers rassemblements. Je repris ma place, tenant toujours la pi\u00e8ce d&#39;argent dans ma main. Je ne parvenais pas \u00e0 la ranger. Chaque fois que j&#39;essayais d&#39;ouvrir mon sac, j&#39;avais l&#39;impression de vouloir faire dispara\u00eetre trop vite ce que Nora venait de m&#39;offrir. Finalement, je glissai la pi\u00e8ce dans la petite poche int\u00e9rieure de ma blouse, l\u00e0 o\u00f9 je conservais habituellement mes papiers les plus importants. Je v\u00e9rifiai deux fois qu&#39;elle ne risquait pas de tomber.<\/p>\n<p>La femme assise pr\u00e8s de moi attendit un moment avant de me parler. \u00ab C&#39;\u00e9tait votre fille ? \u00bb demanda-t-elle, bien qu&#39;elle connaisse d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9ponse. J&#39;acquies\u00e7ai. \u00ab Elle a fait un beau choix. \u00bb Je regardai le terrain. \u00ab Oui \u00bb, r\u00e9pondis-je. \u00ab Elle a toujours eu une fa\u00e7on bien \u00e0 elle de prendre les d\u00e9cisions. \u00bb La femme sourit, puis posa une main l\u00e9g\u00e8re sur mon avant-bras. Elle n&#39;insista pas. Je lui en fus reconnaissante. Les inconnus savent parfois offrir une d\u00e9licatesse que les proches, pris dans leurs habitudes, ne remarquent plus.<\/p>\n<p>Lorsque les familles commenc\u00e8rent \u00e0 quitter les gradins, je restai assise quelques minutes suppl\u00e9mentaires. La foule descendait lentement vers les sorties, emportant ses bouquets, ses programmes et ses conversations. Des enfants demandaient \u00e0 leurs parents quand ils pourraient manger. Plusieurs jeunes officiers se faisaient photographier devant les drapeaux. Tout le monde semblait press\u00e9 de commencer les festivit\u00e9s suivantes. Je regardai ces familles avec une envie que je n&#39;avais pas \u00e9prouv\u00e9e depuis longtemps : celle de vivre une journ\u00e9e ordinaire, sans histoire ancienne \u00e0 expliquer ni v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Je finis par me lever. Mon genou me faisait davantage souffrir qu&#39;auparavant. J&#39;avais mal aux pieds, au dos et \u00e0 la nuque. Ces douleurs \u00e9taient famili\u00e8res, presque rassurantes. Elles appartenaient \u00e0 la vie que je m&#39;\u00e9tais construite, et non \u00e0 celle que j&#39;avais laiss\u00e9e derri\u00e8re moi. Je descendis les marches en tenant la rampe, puis traversai l&#39;esplanade du stade. Personne ne me suivait. Les agents de s\u00e9curit\u00e9 guidaient les visiteurs vers les diff\u00e9rentes sorties. Je retrouvai sans difficult\u00e9 la voie de service qui menait au parking arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Le Peterbilt m&#39;attendait pr\u00e8s des autocars, immense et silencieux sous le soleil. Sa carrosserie rouge portait encore des traces de poussi\u00e8re accumul\u00e9es pendant le trajet. Une couche de boue s\u00e9ch\u00e9e marquait le bas de la remorque. Je remarquai une petite rayure pr\u00e8s de la poign\u00e9e de la porti\u00e8re, souvenir d&#39;un quai de chargement mal con\u00e7u dans le Missouri. Ces d\u00e9tails me parurent soudain pr\u00e9cieux. Ce camion ne cherchait pas \u00e0 impressionner qui que ce soit. Il \u00e9tait us\u00e9, parfois bruyant, exigeant \u00e0 entretenir. Mais il m&#39;avait permis de travailler, de nourrir ma fille et de rester ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Je montai les trois marches m\u00e9talliques, ouvris la porti\u00e8re et m&#39;installai au volant. L&#39;int\u00e9rieur \u00e9tait encore chaud. Une bouteille d&#39;eau reposait dans le porte-gobelet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#39;un paquet de biscuits que je n&#39;avais pas termin\u00e9 pendant la route. La photographie de Nora enfant \u00e9tait toujours fix\u00e9e au tableau de bord. Je la pris entre mes doigts. Elle souriait avec cette confiance absolue des enfants qui croient que leur m\u00e8re peut r\u00e9soudre n&#39;importe quel probl\u00e8me. Je me demandai quand cette certitude avait commenc\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>Je sortis le dollar d&#39;argent de ma poche. Sur une face, le m\u00e9tal pr\u00e9sentait un relief soigneusement frapp\u00e9. Sur l&#39;autre, il portait des marques discr\u00e8tes laiss\u00e9es par les ann\u00e9es. Je le fis tourner entre mes doigts. Je poss\u00e9dais d\u00e9j\u00e0 une pi\u00e8ce de m\u00e9tal attach\u00e9e \u00e0 mon poignet, fabriqu\u00e9e par un homme qui avait refus\u00e9 d&#39;oublier. Celle-ci venait de ma fille, qui venait de d\u00e9cider qu&#39;elle ne voulait plus ignorer. Il y avait entre les deux objets une continuit\u00e9 que je n&#39;avais pas cherch\u00e9e, et qui me bouleversait davantage que les applaudissements du stade.<\/p>\n<p>Je pensai \u00e0 Leon Holloway. Il aurait aim\u00e9 voir cette sc\u00e8ne. Je l&#39;imaginais appuy\u00e9 contre une porti\u00e8re, ses lunettes de protection relev\u00e9es sur le front, commentant la situation avec son humour sec. Il aurait probablement remarqu\u00e9 que j&#39;avais conserv\u00e9 mes vieilles bottes pour une c\u00e9r\u00e9monie aussi importante. Puis il aurait regard\u00e9 le dollar et m&#39;aurait adress\u00e9 un sourire dont je connaissais la signification. Leon ne parlait pas beaucoup lorsqu&#39;une \u00e9motion r\u00e9elle l&#39;atteignait. Il pr\u00e9f\u00e9rait laisser les autres trouver leurs mots.<\/p>\n<p>Un bruit de moteur me fit relever la t\u00eate. Une voiture traversa le parking, puis disparut derri\u00e8re les autocars. Je regardai ma montre. La c\u00e9r\u00e9monie \u00e9tait termin\u00e9e depuis pr\u00e8s de quarante minutes. Nora devait encore poser pour des photographies, saluer ses instructeurs et r\u00e9pondre aux f\u00e9licitations. Je n&#39;avais aucune raison de m&#39;inqui\u00e9ter. Pourtant, chaque minute paraissait plus longue que la pr\u00e9c\u00e9dente. Je me demandais si Richard Hadley cherchait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 lui expliquer que son geste avait \u00e9t\u00e9 maladroit.<\/p>\n<p>Je connaissais suffisamment cet homme pour redouter sa mani\u00e8re d&#39;interpr\u00e9ter les faits. Vingt-cinq ans plus t\u00f4t, il avait poss\u00e9d\u00e9 un talent particulier pour transformer une d\u00e9cision personnelle en n\u00e9cessit\u00e9 administrative. Il n&#39;\u00e9levait presque jamais la voix. Il pr\u00e9sentait une situation comme si toutes les autres possibilit\u00e9s avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es et \u00e9cart\u00e9es. Puis il attendait que la personne en face de lui accepte ce qui semblait in\u00e9vitable. J&#39;avais autrefois c\u00e9d\u00e9 \u00e0 cette m\u00e9thode. Le simple fait de me souvenir de sa voix dans les gradins avait r\u00e9veill\u00e9 cette ancienne sensation d&#39;impuissance.<\/p>\n<p>Je posai les mains sur le volant et fermai les yeux. Je ne voulais pas que Nora paie le prix de mes souvenirs. Elle aimait Will. J&#39;avais vu la mani\u00e8re dont le jeune homme la regardait lorsqu&#39;ils s&#39;\u00e9taient rencontr\u00e9s \u00e0 l&#39;entr\u00e9e du stade. Il n&#39;avait pas cherch\u00e9 \u00e0 l&#39;impressionner ni \u00e0 attirer l&#39;attention sur lui. Il s&#39;\u00e9tait tenu pr\u00e8s d&#39;elle avec une affection tranquille. Son p\u00e8re \u00e9tait un autre homme. Je refusais de croire que les fautes d&#39;une g\u00e9n\u00e9ration devaient n\u00e9cessairement d\u00e9truire les liens de la suivante.<\/p>\n<p>Le bruit familier d&#39;une chaussure sur le marchepied interrompit mes pens\u00e9es. Je me redressai. La porti\u00e8re passager s&#39;ouvrit, et Nora apparut, encore v\u00eatue de son uniforme de c\u00e9r\u00e9monie. Elle avait retir\u00e9 sa casquette, qu&#39;elle tenait contre elle. Quelques m\u00e8ches s&#39;\u00e9taient \u00e9chapp\u00e9es de sa coiffure impeccable. Son visage portait les marques d&#39;une fatigue profonde. Elle resta une seconde dans l&#39;ouverture, regardant l&#39;int\u00e9rieur de la cabine comme si elle retrouvait une pi\u00e8ce de son enfance qu&#39;elle n&#39;avait pas visit\u00e9e depuis longtemps.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as gard\u00e9 la m\u00eame couverture \u00bb, remarqua-t-elle.<\/p>\n<p>Je suivis son regard vers la couchette. Une vieille couverture \u00e0 carreaux \u00e9tait pli\u00e9e pr\u00e8s de l&#39;oreiller. \u00ab Elle est solide \u00bb, r\u00e9pondis-je. Nora esquissa un sourire. Elle posa sa casquette sur le si\u00e8ge, grimpa compl\u00e8tement dans la cabine et referma la porti\u00e8re. Le bruit sourd du verrou nous isola presque aussit\u00f4t du parking. Elle s&#39;assit \u00e0 l&#39;endroit exact o\u00f9 elle passait autrefois des heures \u00e0 dessiner. Ses pieds touchaient maintenant facilement le plancher. Elle n&#39;avait plus besoin des coussins que j&#39;empilais pour lui permettre de voir la route.<\/p>\n<p>Pendant un moment, aucune de nous ne parla. Nora observait le tableau de bord, le support du GPS et les petits objets rang\u00e9s dans les compartiments. Elle reconnut une figurine en plastique qu&#39;elle m&#39;avait offerte pour mes quarante ans. Elle la prit, la tourna entre ses doigts, puis la remit soigneusement \u00e0 sa place. Je sentais qu&#39;elle cherchait une fa\u00e7on de commencer. Elle avait pos\u00e9 tant de questions au cours de son enfance que ce silence me semblait \u00e9trange. Finalement, elle se tourna vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ne m&#39;as-tu jamais dit que tu avais \u00e9t\u00e9 sergent ? \u00bb<\/p>\n<p>Je regardai mes mains. \u00ab Je t&#39;avais dit que j&#39;avais servi quelque temps. \u00bb Nora secoua la t\u00eate. \u00ab Tu m&#39;avais dit que tu avais travaill\u00e9 pour l&#39;arm\u00e9e avant de prendre la route. Je pensais que tu avais fait de l&#39;entretien ou du transport. \u00bb Elle se rapprocha l\u00e9g\u00e8rement. \u00ab Le g\u00e9n\u00e9ral Ward connaissait ton grade. Il a reconnu ton bracelet. Et monsieur Hadley t&#39;a appel\u00e9e Braddock comme s&#39;il t&#39;avait connue toute sa vie. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. \u00bb<\/p>\n<p>Je pris une longue inspiration. Les ann\u00e9es durant lesquelles j&#39;avais repouss\u00e9 cette conversation se terminaient dans la cabine o\u00f9 j&#39;avais \u00e9lev\u00e9 ma fille. Je regardai le dollar d&#39;argent pos\u00e9 dans ma main, puis le bracelet attach\u00e9 \u00e0 mon poignet. Nora attendait sans m&#39;interrompre. Ses yeux \u00e9taient rouges, mais son regard restait fixe. Je compris qu&#39;elle ne voulait ni une explication rapide ni une histoire destin\u00e9e \u00e0 la rassurer. Elle voulait savoir qui j&#39;avais \u00e9t\u00e9 avant de devenir la m\u00e8re qu&#39;elle connaissait.<\/p>\n<p>\u00ab J&#39;ai rejoint l&#39;arm\u00e9e \u00e0 dix-neuf ans \u00bb, commen\u00e7ai-je. \u00ab \u00c0 vingt-sept ans, j&#39;\u00e9tais sergent et secouriste m\u00e9dicale embarqu\u00e9e sur un h\u00e9licopt\u00e8re. Nous allions chercher les bless\u00e9s dans des endroits o\u00f9 personne ne pouvait envoyer une ambulance. \u00bb Je marquai une pause. Nora ne d\u00e9tourna pas les yeux. Alors je lui racontai enfin que, pendant une nuit de f\u00e9vrier 1999, dans les montagnes des Balkans, trois soldats avaient attendu au fond d&#39;un ravin pendant qu&#39;une temp\u00eate de neige gagnait du terrain.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=5168\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Dans la cabine o\u00f9 elle avait grandi, ma fille m&#8217;a demand\u00e9 de lui raconter la carri\u00e8re que j&#8217;avais tenue secr\u00e8te<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u00e8ve-toi, maman. \u00bb Nora tenait toujours sa pi\u00e8ce d&#39;argent dans sa main gant\u00e9e de blanc. Derri\u00e8re elle, Richard Hadley s&#39;\u00e9tait immobilis\u00e9 sur la marche sup\u00e9rieure, le visage ferm\u00e9. Plusieurs &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5162,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-5167","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5167"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5197,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5167\/revisions\/5197"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}