{"id":3560,"date":"2026-10-08T13:40:40","date_gmt":"2026-10-08T13:40:40","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3560"},"modified":"2026-10-08T13:40:40","modified_gmt":"2026-10-08T13:40:40","slug":"partie-8-dans-la-nuit-ou-elena-abandonna-sa-maison-pour-sauver-sa-liberte-la-ville-lui-reserva-une-epreuve-plus-cruelle-encore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3560","title":{"rendered":"PARTIE 8 \u2013 Dans la nuit o\u00f9 Elena abandonna sa maison pour sauver sa libert\u00e9, la ville lui r\u00e9serva une \u00e9preuve plus cruelle encore"},"content":{"rendered":"<p>Le portail \u00e9tait plus haut qu&#39;Elena ne l&#39;avait imagin\u00e9. Depuis sa chambre, elle en distinguait les barreaux et les pointes m\u00e9talliques, mais la distance lui avait fait sous-estimer leur hauteur. \u00c0 pr\u00e9sent, accroupie derri\u00e8re un massif d&#39;arbustes, elle observait la cl\u00f4ture en essayant de ma\u00eetriser les battements de son c\u0153ur. La nuit \u00e9tait fra\u00eeche. Une faible lumi\u00e8re \u00e9clairait l&#39;all\u00e9e principale, laissant plusieurs zones du jardin dans l&#39;obscurit\u00e9. Son sac \u00e0 dos lui pesait sur les \u00e9paules. \u00c0 chaque mouvement, les documents qu&#39;il contenait frottaient contre son dos.<\/p>\n<p>Elle avait quitt\u00e9 sa chambre par une fen\u00eatre donnant sur une partie moins surveill\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9. Ses gestes lui paraissaient maladroits, bruyants, alors que personne ne semblait les avoir entendus. Elle avait travers\u00e9 le jardin en \u00e9vitant les surfaces couvertes de gravier. Pr\u00e8s du portail, elle s&#39;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e plusieurs minutes pour observer les mouvements du gardien. Il effectuait des rondes irr\u00e9guli\u00e8res, parfois en consultant son t\u00e9l\u00e9phone. Elena ne savait pas combien de temps il lui restait avant qu&#39;un employ\u00e9 remarque son absence. Elle avait d\u00e9cid\u00e9 de ne plus attendre d\u00e8s qu&#39;une occasion raisonnable se pr\u00e9senterait.<\/p>\n<p>Lorsque le gardien s&#39;\u00e9loigna vers le b\u00e2timent principal, elle se redressa. Elle posa une main sur une partie m\u00e9tallique de la cl\u00f4ture, chercha un premier appui et commen\u00e7a \u00e0 grimper. Les barreaux \u00e9taient froids et l\u00e9g\u00e8rement humides. Son sac g\u00eanait ses mouvements. Elle dut le d\u00e9placer sur une \u00e9paule pour atteindre une traverse plus \u00e9lev\u00e9e. \u00c0 mi-hauteur, sa chaussure glissa. Elle se rattrapa de justesse, le bras tendu, le souffle coup\u00e9 par la peur. Pendant une seconde, elle demeura immobile, consciente qu&#39;une chute pourrait lui briser une jambe.<\/p>\n<p>Elle r\u00e9ussit finalement \u00e0 atteindre le sommet, mais la descente se r\u00e9v\u00e9la plus difficile. De l&#39;autre c\u00f4t\u00e9, le sol paraissait bien plus bas qu&#39;elle ne l&#39;avait pr\u00e9vu. Elle h\u00e9sita, cherchant un appui s\u00fbr. Une lumi\u00e8re s&#39;alluma soudain pr\u00e8s de la maison. Elena sentit la panique lui traverser le corps. Elle l\u00e2cha prise avant d&#39;avoir trouv\u00e9 une position convenable et retomba lourdement sur le trottoir. Une douleur vive remonta dans son talon. Elle \u00e9touffa un cri, resta quelques secondes accroupie, puis se releva avec peine.<\/p>\n<p>Personne ne cria derri\u00e8re elle. Aucun moteur ne d\u00e9marra. Elle ramassa son sac et s&#39;\u00e9loigna en boitant. Les premi\u00e8res rues lui \u00e9taient famili\u00e8res. Elle les avait parcourues autrefois avec ses parents, install\u00e9e sur la banquette arri\u00e8re d&#39;une voiture, sans jamais r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&#39;endroit o\u00f9 elle pourrait passer la nuit. Cette fois, chaque intersection repr\u00e9sentait une d\u00e9cision. Elle ne savait pas quelle direction choisir. Elle voulait seulement mettre suffisamment de distance entre elle et la maison pour qu&#39;on ne puisse pas la retrouver facilement.<\/p>\n<p>Elle marcha jusqu&#39;\u00e0 ce que les b\u00e2timents r\u00e9sidentiels c\u00e8dent la place \u00e0 des commerces ferm\u00e9s. Des enseignes \u00e9clairaient les trottoirs d\u00e9serts. Une camionnette de livraison stationnait devant une boulangerie, et quelques employ\u00e9s d\u00e9chargeaient des caisses sans lui pr\u00eater attention. Elena avait soif. Ses mains tremblaient, et son talon la faisait souffrir \u00e0 chaque pas. Elle chercha un endroit o\u00f9 s&#39;asseoir. Une petite place bord\u00e9e d&#39;arbres lui sembla suffisamment discr\u00e8te. Elle s&#39;installa sur un banc, posa son sac contre elle et regarda longuement la rue.<\/p>\n<p>Dans le bureau de Patricia, Elena s&#39;interrompit. Elle avait gard\u00e9 les yeux fix\u00e9s sur un point du tapis pendant qu&#39;elle racontait cette premi\u00e8re fuite. Cecilia attendait sans bouger. \u00ab Vous avez pass\u00e9 la nuit dehors ? \u00bb demanda finalement l&#39;employ\u00e9e. Elena acquies\u00e7a. \u00ab Oui. La premi\u00e8re d&#39;une longue s\u00e9rie. \u00bb Patricia jeta un regard involontaire vers les pieds nus de la jeune femme. Ils portaient encore les traces de blessures anciennes. Elle d\u00e9tourna les yeux, prise d&#39;une g\u00eane qu&#39;elle n&#39;essayait plus de dissimuler.<\/p>\n<p>Elena se souvenait de cette premi\u00e8re nuit avec une pr\u00e9cision particuli\u00e8re. Elle avait cru qu&#39;elle serait incapable de dormir apr\u00e8s tant de peur et de fatigue. Pourtant, son corps avait fini par c\u00e9der. Elle s&#39;\u00e9tait assoupie quelques minutes, le sac serr\u00e9 contre sa poitrine. Un bruit de pas l&#39;avait r\u00e9veill\u00e9e. Un homme passait pr\u00e8s du banc, accompagn\u00e9 d&#39;un chien. Il lui avait lanc\u00e9 un regard curieux avant de continuer son chemin. Elena s&#39;\u00e9tait redress\u00e9e brusquement, persuad\u00e9e pendant une seconde qu&#39;on venait la chercher pour la ramener chez elle.<\/p>\n<p>Au matin, elle avait d\u00e9cid\u00e9 de se rendre au commissariat. Elle connaissait l&#39;adresse et pensait pouvoir y expliquer les \u00e9v\u00e9nements. Elle poss\u00e9dait des documents d&#39;identit\u00e9, des notes et des r\u00e9f\u00e9rences administratives. Ses parents lui avaient toujours pr\u00e9sent\u00e9 la police comme une institution charg\u00e9e de prot\u00e9ger les personnes menac\u00e9es. Elena voulait croire que les faits suffiraient. Elle avait march\u00e9 jusqu&#39;au b\u00e2timent, demand\u00e9 \u00e0 parler \u00e0 un agent et attendu son tour sur une chaise en plastique dont les bords lui blessaient les jambes.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re conversation avait commenc\u00e9 correctement. Un policier avait \u00e9cout\u00e9 son nom, demand\u00e9 son adresse et not\u00e9 quelques renseignements. Elena avait expliqu\u00e9 que sa tante et son oncle l&#39;emp\u00eachaient de quitter la propri\u00e9t\u00e9 familiale, retenaient son t\u00e9l\u00e9phone et cherchaient \u00e0 obtenir des signatures sur des documents li\u00e9s \u00e0 son h\u00e9ritage. L&#39;agent avait pris des notes, puis demand\u00e9 pourquoi elle n&#39;avait pas simplement quitt\u00e9 la maison plus t\u00f4t. Elle avait r\u00e9pondu qu&#39;elle ne pouvait pas ouvrir le portail et qu&#39;elle avait d\u00fb escalader la cl\u00f4ture pendant la nuit.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9cision avait sembl\u00e9 modifier son attitude. Il lui avait demand\u00e9 si elle suivait actuellement un traitement m\u00e9dical. Elena avait senti son estomac se contracter. \u00ab Non \u00bb, avait-elle r\u00e9pondu. L&#39;homme avait consult\u00e9 son \u00e9cran, puis quitt\u00e9 bri\u00e8vement la pi\u00e8ce. Lorsqu&#39;il \u00e9tait revenu, son expression avait chang\u00e9. Il lui avait expliqu\u00e9 que des proches s&#39;inqui\u00e9taient de son \u00e9tat et avaient signal\u00e9 des difficult\u00e9s r\u00e9centes. Elena avait imm\u00e9diatement compris que sa tante et son oncle avaient pris les devants.<\/p>\n<p>\u00ab J&#39;ai des preuves de ce qu&#39;ils essaient de faire \u00bb, avait-elle insist\u00e9. Elle avait sorti les feuilles soigneusement pli\u00e9es, les r\u00e9f\u00e9rences des documents et ses notes. Le policier les avait regard\u00e9es sans v\u00e9ritablement les examiner. Il lui avait conseill\u00e9 de contacter un professionnel de sant\u00e9 et de ne pas prendre de d\u00e9cisions importantes pendant une p\u00e9riode de d\u00e9tresse. Elena avait tent\u00e9 de lui expliquer que les rapports m\u00e9dicaux mentionn\u00e9s par sa famille \u00e9taient contestables. Il avait r\u00e9pondu qu&#39;il ne pouvait pas se prononcer sur ces questions et qu&#39;il fallait suivre les voies appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>Elle avait demand\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser une plainte. L&#39;agent lui avait expliqu\u00e9 que les faits devaient \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9s et qu&#39;il ne suffisait pas d&#39;accuser des membres de sa famille. Cette remarque l&#39;avait boulevers\u00e9e. Elle n&#39;avait pas demand\u00e9 qu&#39;on les condamne imm\u00e9diatement. Elle voulait seulement qu&#39;on prenne en compte son r\u00e9cit et qu&#39;on examine les \u00e9l\u00e9ments qu&#39;elle apportait. Lorsqu&#39;elle avait insist\u00e9, le policier lui avait sugg\u00e9r\u00e9 de retourner aupr\u00e8s des personnes charg\u00e9es de l&#39;aider ou de contacter un service comp\u00e9tent pour son \u00e9tat psychologique. Elena avait senti la peur revenir.<\/p>\n<p>\u00ab Vous comprenez ? \u00bb dit-elle \u00e0 Patricia. \u00ab Ils avaient r\u00e9ussi \u00e0 faire parvenir leur version avant que je puisse raconter la mienne. \u00bb La directrice baissa les yeux. \u00ab Mais votre plainte aurait d\u00fb \u00eatre examin\u00e9e s\u00e9rieusement. \u00bb Elena acquies\u00e7a. \u00ab Oui. C&#39;est ce que j&#39;esp\u00e9rais. \u00bb Maxim demanda si elle avait r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un document attestant de sa d\u00e9marche. Elle r\u00e9pondit qu&#39;elle avait conserv\u00e9 certains renseignements sur sa visite, mais qu&#39;elle n&#39;avait pas re\u00e7u l&#39;aide imm\u00e9diate dont elle avait besoin. Elle avait quitt\u00e9 le commissariat avec son sac, sans savoir o\u00f9 aller.<\/p>\n<p>Les jours suivants furent marqu\u00e9s par une succession de difficult\u00e9s qu&#39;elle n&#39;avait pas anticip\u00e9es. Elle avait de l&#39;argent dans des comptes, mais ne pouvait pas l&#39;utiliser. Elle n&#39;avait plus de t\u00e9l\u00e9phone, plus de carte bancaire accessible et aucun logement o\u00f9 recevoir du courrier. Ses tentatives pour contacter des connaissances de la famille s&#39;\u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es d\u00e9cevantes. Certaines personnes ne r\u00e9pondaient pas. D&#39;autres se montraient g\u00ean\u00e9es lorsqu&#39;elle expliquait pourquoi elle avait quitt\u00e9 la maison. Quelques-unes lui conseillaient de r\u00e9soudre le conflit en priv\u00e9, comme s&#39;il s&#39;agissait d&#39;une simple dispute entre parents.<\/p>\n<p>Elena avait fini par comprendre que sa tante et son oncle avaient probablement pr\u00e9sent\u00e9 sa disparition comme la cons\u00e9quence d&#39;un trouble personnel. Ce r\u00e9cit \u00e9tait suffisamment vraisemblable aux yeux de certains pour les emp\u00eacher de poser davantage de questions. Une jeune fille de dix-huit ans, boulevers\u00e9e par la mort de ses parents, refusant l&#39;aide de sa famille et errant dans la ville : l&#39;histoire semblait correspondre aux rapports qu&#39;on leur avait montr\u00e9s. Les \u00e9l\u00e9ments qui auraient pu la contredire demandaient du temps et une v\u00e9ritable volont\u00e9 d&#39;\u00e9coute. Peu de personnes semblaient pr\u00eates \u00e0 lui accorder l&#39;un ou l&#39;autre.<\/p>\n<p>Elle avait pass\u00e9 plusieurs nuits dans des endroits diff\u00e9rents. Parfois, elle trouvait une place sous un abri proche d&#39;un arr\u00eat de transport. D&#39;autres fois, elle s&#39;installait sur un banc jusqu&#39;\u00e0 ce qu&#39;un agent de s\u00e9curit\u00e9 ou un passant lui demande de partir. Elle apprit rapidement \u00e0 reconna\u00eetre les lieux o\u00f9 les rondes \u00e9taient fr\u00e9quentes, les fontaines encore accessibles et les commerces dont les employ\u00e9s acceptaient de remplir une bouteille d&#39;eau. Elle d\u00e9couvrit aussi combien les nuits pouvaient sembler longues lorsque la peur emp\u00eachait de dormir profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Son apparence changea peu \u00e0 peu. Les v\u00eatements qu&#39;elle portait lorsqu&#39;elle avait quitt\u00e9 la maison s&#39;us\u00e8rent rapidement. La pluie les impr\u00e9gnait, et il lui arrivait de les garder humides pendant des heures. Ses cheveux devinrent difficiles \u00e0 entretenir. Ses mains se couvrirent de petites blessures. Elle avait quitt\u00e9 la maison avec des chaussures, mais leur \u00e9tat se d\u00e9grada au fil de ses d\u00e9placements. Un matin, apr\u00e8s avoir dormi pr\u00e8s d&#39;un b\u00e2timent ferm\u00e9, elle d\u00e9couvrit qu&#39;elles avaient disparu de l&#39;endroit o\u00f9 elle les avait retir\u00e9es pour soulager ses pieds. Elle ne put les retrouver.<\/p>\n<p>\u00ab C&#39;est pour cela que vous \u00eates pieds nus \u00bb, murmura Cecilia. Elena acquies\u00e7a. \u00ab Je n&#39;avais pas les moyens d&#39;en acheter d&#39;autres. \u00bb Elle baissa les yeux vers le sol du bureau. \u00ab Au d\u00e9but, je pensais que je r\u00e9glerais cette situation rapidement. Je me disais que quelqu&#39;un finirait forc\u00e9ment par consulter les documents. \u00bb Patricia posa une main contre sa bouche. Elle se souvenait du moment o\u00f9 elle avait observ\u00e9 ces m\u00eames pieds nus avec une expression de m\u00e9pris. Elle n&#39;avait pas imagin\u00e9 le nombre d&#39;\u00e9v\u00e9nements qu&#39;ils repr\u00e9sentaient.<\/p>\n<p>Elena raconta qu&#39;elle avait essay\u00e9 d&#39;obtenir de l&#39;aide aupr\u00e8s de plusieurs personnes. Certaines lui avaient donn\u00e9 un repas ou quelques pi\u00e8ces sans poser de questions. D&#39;autres avaient accept\u00e9 de l&#39;\u00e9couter pendant quelques minutes avant de lui expliquer qu&#39;elles ne pouvaient pas intervenir. Elle ne reprochait pas \u00e0 chacun de ne pas avoir r\u00e9solu une affaire complexe. Ce qui l&#39;avait le plus bless\u00e9e \u00e9tait la facilit\u00e9 avec laquelle on lui avait parfois attribu\u00e9 des intentions qu&#39;elle n&#39;avait jamais exprim\u00e9es. Lorsqu&#39;elle parlait de son h\u00e9ritage, on la croyait d\u00e9lirante. Lorsqu&#39;elle taisait son pass\u00e9, on supposait qu&#39;elle n&#39;avait jamais poss\u00e9d\u00e9 quoi que ce soit.<\/p>\n<p>Elle avait appris \u00e0 pr\u00e9server ses documents avec une vigilance presque obsessionnelle. Chaque nuit, elle les pla\u00e7ait dans son sac, contre son corps. Lorsqu&#39;il pleuvait, elle enveloppait la pochette dans un morceau de tissu aussi sec que possible. Elle craignait qu&#39;une simple averse efface des r\u00e9f\u00e9rences indispensables ou qu&#39;un vol lui retire les derni\u00e8res preuves de son identit\u00e9. Les feuilles \u00e9taient devenues une sorte de lien mat\u00e9riel avec sa vie pr\u00e9c\u00e9dente. Elles portaient le nom de ses parents, les dates de d\u00e9marches importantes et des \u00e9l\u00e9ments que sa tante et son oncle auraient voulu voir dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>Plusieurs semaines apr\u00e8s sa fuite, Elena avait retrouv\u00e9 dans ses notes un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone qu&#39;elle avait longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 utiliser. Il appartenait \u00e0 Heinrich Matveevich, un avocat qui avait travaill\u00e9 avec son p\u00e8re. Elle se souvenait de cet homme s\u00e9rieux, aux cheveux grisonnants, qui venait parfois \u00e0 la maison avec des dossiers \u00e9pais. Robert Alexeyev lui faisait confiance. Elena avait assist\u00e9 \u00e0 quelques conversations o\u00f9 les deux hommes discutaient de contrats et d&#39;obligations professionnelles. Heinrich avait toujours pris la peine de la saluer, m\u00eame lorsqu&#39;elle \u00e9tait trop jeune pour comprendre les sujets abord\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle n&#39;avait pas appel\u00e9 imm\u00e9diatement. Elle craignait qu&#39;il ait lui aussi entendu les accusations de sa famille. Elle se demandait \u00e9galement s&#39;il accepterait de travailler pour elle alors qu&#39;elle ne pouvait pas payer imm\u00e9diatement ses honoraires. Cette inqui\u00e9tude lui paraissait presque ridicule lorsqu&#39;elle pensait aux millions enregistr\u00e9s sur ses comptes. Mais, dans la rue, une somme inaccessible avait peu de valeur pratique. Elle avait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9conomiser les quelques pi\u00e8ces qu&#39;on lui donnait, renon\u00e7ant parfois \u00e0 acheter de quoi manger pour conserver suffisamment d&#39;argent afin de t\u00e9l\u00e9phoner.<\/p>\n<p>Un apr\u00e8s-midi, elle avait trouv\u00e9 une cabine encore en \u00e9tat de fonctionner. Elle s&#39;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e devant, le num\u00e9ro recopi\u00e9 sur un morceau de papier. Ses doigts tremblaient l\u00e9g\u00e8rement. Pendant plusieurs minutes, elle avait observ\u00e9 les passants sans parvenir \u00e0 composer. Elle avait peur qu&#39;Heinrich ne r\u00e9ponde pas. Elle craignait davantage encore qu&#39;il r\u00e9ponde, \u00e9coute son histoire et lui annonce qu&#39;il ne pouvait rien faire. Elle savait combien un refus suppl\u00e9mentaire serait difficile \u00e0 supporter. Finalement, elle avait introduit les pi\u00e8ces et compos\u00e9 le num\u00e9ro.<\/p>\n<p>La tonalit\u00e9 lui sembla interminable. Une voix professionnelle r\u00e9pondit. Elena demanda \u00e0 parler \u00e0 Heinrich Matveevich et donna son nom complet. On lui demanda de patienter. Elle serra le combin\u00e9 contre son oreille, consciente que le cr\u00e9dit disponible diminuait. Lorsqu&#39;une nouvelle voix se fit entendre, elle eut du mal \u00e0 prononcer les premiers mots. \u00ab Monsieur Matveevich ? C&#39;est Elena Alexeeva. La fille de Robert et Maria. \u00bb Un silence suivit. Puis l&#39;homme r\u00e9pondit d&#39;un ton brusquement diff\u00e9rent : \u00ab Elena ? O\u00f9 es-tu ? \u00bb<\/p>\n<p>Cette question faillit la faire pleurer. Depuis sa fuite, beaucoup de personnes lui avaient demand\u00e9 ce qu&#39;elle voulait, ce qu&#39;elle avait fait ou pourquoi elle se trouvait dans un endroit o\u00f9 elles ne souhaitaient pas la voir. Heinrich venait simplement de demander o\u00f9 elle \u00e9tait. Elena regarda autour d&#39;elle, cherchant le nom de la rue. Elle le lui donna, puis expliqua qu&#39;elle avait quitt\u00e9 la maison et n&#39;avait plus acc\u00e8s \u00e0 ses affaires. Elle ajouta rapidement que sa tante et son oncle l&#39;accusaient d&#39;\u00eatre malade, mais qu&#39;elle poss\u00e9dait des documents pouvant prouver leurs intentions.<\/p>\n<p>Heinrich ne l&#39;interrompit pas. Il lui demanda seulement si elle \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9 pour le moment. Elena regarda les voitures qui passaient derri\u00e8re la cabine. \u00ab Je ne sais pas \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Il lui conseilla de rester dans un endroit fr\u00e9quent\u00e9 et de ne pas retourner \u00e0 la maison. Puis il demanda si elle pouvait lui expliquer ce qui s&#39;\u00e9tait produit depuis les fun\u00e9railles. Elena parla aussi vite que le permettait sa voix fatigu\u00e9e. Elle \u00e9voqua les documents de succession, le t\u00e9l\u00e9phone confisqu\u00e9, les portes ferm\u00e9es, les rapports m\u00e9dicaux et la fuite pendant la nuit.<\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, elle s&#39;arr\u00eata, craignant que son r\u00e9cit paraisse incoh\u00e9rent. Heinrich lui posa des questions pr\u00e9cises sur les dates, les signatures et les personnes pr\u00e9sentes. Il ne lui demanda pas de prouver imm\u00e9diatement qu&#39;elle \u00e9tait saine d&#39;esprit. Il voulut savoir quels documents elle poss\u00e9dait et si elle pouvait les lui montrer. Elena sentit quelque chose se d\u00e9tendre dans sa poitrine. Pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, quelqu&#39;un examinait ses affirmations comme des faits susceptibles d&#39;\u00eatre v\u00e9rifi\u00e9s, et non comme des paroles qu&#39;il fallait \u00e9carter \u00e0 cause de son apparence.<\/p>\n<p>Dans le bureau de Patricia, Elena releva lentement les yeux. \u00ab C&#39;est la premi\u00e8re personne qui ne m&#39;a pas demand\u00e9 de retourner aupr\u00e8s de ma tante et de mon oncle \u00bb, dit-elle. Cecilia pressa doucement ses mains l&#39;une contre l&#39;autre. Maxim regardait maintenant la jeune femme avec une gravit\u00e9 nouvelle. \u00ab Il vous a aid\u00e9e ? \u00bb demanda Patricia. Elena acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Il a commenc\u00e9 par m&#39;\u00e9couter. Ensuite, il a cherch\u00e9 des preuves. \u00bb Elle marqua une pause. \u00ab Sans lui, je ne serais probablement pas ici aujourd&#39;hui. \u00bb<\/p>\n<p>Elle se souvenait des derni\u00e8res secondes de cette conversation t\u00e9l\u00e9phonique. Le cr\u00e9dit touchait \u00e0 sa fin, et elle craignait que la communication ne s&#39;interrompe avant qu&#39;ils aient d\u00e9cid\u00e9 de la suite. Heinrich lui avait demand\u00e9 de noter une adresse et une heure. Il lui avait expliqu\u00e9 qu&#39;il voulait examiner les documents en personne et qu&#39;il prendrait les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires pour \u00e9viter qu&#39;on puisse la ramener de force aupr\u00e8s de ses proches. Elena avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 les renseignements pour s&#39;assurer de ne commettre aucune erreur.<\/p>\n<p>\u00ab Et vos honoraires ? \u00bb avait-elle demand\u00e9 dans un souffle. Heinrich avait gard\u00e9 le silence une seconde. Puis il avait r\u00e9pondu : \u00ab Nous parlerons de cela plus tard. Pour l&#39;instant, apporte tes documents. \u00bb Elena avait ferm\u00e9 les yeux. Elle aurait voulu le remercier longuement, mais le signal indiquant la fin du cr\u00e9dit retentissait d\u00e9j\u00e0. Avant que la communication ne coupe, l&#39;avocat avait ajout\u00e9 : \u00ab Ne signe plus rien. Et garde toutes les preuves que tu poss\u00e8des. Nous allons commencer par \u00e9tablir exactement ce qu&#39;ils ont fait. \u00bb<\/p>\n<p>Elena \u00e9tait rest\u00e9e un moment immobile dans la cabine, le combin\u00e9 contre son oreille alors que la ligne \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 coup\u00e9e. Au-dehors, la circulation continuait. Personne ne semblait avoir remarqu\u00e9 ce qui venait de se produire. Pourtant, pour elle, quelque chose avait chang\u00e9. Elle avait enfin un rendez-vous, une personne dispos\u00e9e \u00e0 examiner les faits et une possibilit\u00e9 de d\u00e9fendre ses droits. Ce n&#39;\u00e9tait pas encore une victoire. Sa tante et son oncle disposaient toujours d&#39;argent, de relations et de documents capables de la faire passer pour une personne peu fiable. Mais leur version ne serait plus la seule.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait sortie de la cabine et avait regard\u00e9 son sac \u00e0 dos, pos\u00e9 \u00e0 ses pieds. La fermeture tenait difficilement. Les papiers qu&#39;il contenait avaient \u00e9t\u00e9 pli\u00e9s, humidifi\u00e9s et transport\u00e9s pendant des semaines. Elle les avait prot\u00e9g\u00e9s au prix de nombreux efforts, sans savoir si quelqu&#39;un accepterait un jour de les examiner. D\u00e9sormais, ils allaient devenir les \u00e9l\u00e9ments d&#39;un combat dont elle ne pouvait pas encore mesurer la dur\u00e9e. Elle avait v\u00e9rifi\u00e9 l&#39;adresse not\u00e9e sur son papier, puis s&#39;\u00e9tait mise en marche vers le lieu du rendez-vous.<\/p>\n<p>\u00ab Quand je l&#39;ai rencontr\u00e9 \u00bb, dit Elena \u00e0 Cecilia, \u00ab il m&#39;a demand\u00e9 de tout raconter depuis le d\u00e9but. Pas seulement ce qui pouvait \u00eatre prouv\u00e9 facilement. Il voulait aussi comprendre ce que je n&#39;avais pas r\u00e9ussi \u00e0 expliquer aux autres. \u00bb Patricia baissa les yeux. La jeune femme poursuivit : \u00ab Il a pass\u00e9 des heures \u00e0 comparer mes notes, les documents et les dates. Puis il m&#39;a dit qu&#39;il existait des d\u00e9marches pour contester ce que ma tante et mon oncle avaient organis\u00e9. \u00bb Elle posa une main sur sa pochette. \u00ab Mais il m&#39;a pr\u00e9venue que cela ne serait ni simple ni rapide. \u00bb<\/p>\n<p>Maxim regarda l&#39;\u00e9cran bancaire. Les restrictions anciennes, les r\u00e9f\u00e9rences de proc\u00e9dure et les modifications r\u00e9centes qu&#39;il avait remarqu\u00e9es prenaient progressivement un sens. Il comprenait d\u00e9sormais pourquoi Elena avait attendu si longtemps avant de pouvoir consulter son compte, et pourquoi elle avait insist\u00e9 pour qu&#39;on v\u00e9rifie les informations les plus r\u00e9centes. \u00ab Vous avez donc engag\u00e9 une action en justice ? \u00bb demanda-t-il. Elena acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Mais avant m\u00eame que le tribunal puisse examiner les faits, il fallait emp\u00eacher mes proches de continuer \u00e0 utiliser leurs faux documents contre moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle releva les yeux vers Patricia et Cecilia. \u00ab Heinrich m&#39;avait pr\u00e9venue qu&#39;ils ne resteraient probablement pas inactifs. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 d&#39;obtenir mon h\u00e9ritage par la signature, puis en contestant ma capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider. Lorsque ces moyens ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9chouer, nous avons d\u00e9couvert qu&#39;ils avaient aussi tent\u00e9 d&#39;agir directement sur certains comptes. \u00bb Maxim se figea. Il repensa \u00e0 une rubrique du dossier qu&#39;il n&#39;avait pas encore examin\u00e9e en d\u00e9tail. Elena remarqua son expression et comprit qu&#39;il avait peut-\u00eatre aper\u00e7u quelque chose d&#39;important.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Maxim \u00bb, demanda-t-elle d&#39;une voix soudain plus ferme, \u00ab lorsque nous aurons termin\u00e9 de parler, je voudrais consulter toutes les tentatives d&#39;op\u00e9rations effectu\u00e9es sur ce compte pendant les six derniers mois. Pas seulement les mouvements qui ont abouti. Je veux aussi voir ceux qui ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9s. \u00bb Patricia se tourna vers l&#39;ordinateur. Maxim h\u00e9sita, puis r\u00e9pondit : \u00ab Nous pourrons rechercher ces informations. \u00bb Elena serra doucement les documents contre elle. Elle savait que la d\u00e9cision de justice rendue la semaine pr\u00e9c\u00e9dente avait r\u00e9tabli ses droits. Mais elle voulait d\u00e9sormais conna\u00eetre pr\u00e9cis\u00e9ment l&#39;\u00e9tendue de ce que ses proches avaient tent\u00e9 de lui prendre.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3561\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : Les premi\u00e8res preuves r\u00e9unies par Heinrich semblaient fragiles, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une signature oubli\u00e9e r\u00e9v\u00e8le comment on avait tent\u00e9 de d\u00e9pouiller Elena<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le portail \u00e9tait plus haut qu&#39;Elena ne l&#39;avait imagin\u00e9. 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