{"id":3553,"date":"2026-10-08T13:40:19","date_gmt":"2026-10-08T13:40:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3553"},"modified":"2026-10-08T13:40:19","modified_gmt":"2026-10-08T13:40:19","slug":"partie-1-au-matin-ou-les-portes-vitrees-souvrirent-une-inconnue-entra-pieds-nus-et-demanda-ce-que-personne-ne-voulait-lui-accorder","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3553","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 Au matin o\u00f9 les portes vitr\u00e9es s\u2019ouvrirent, une inconnue entra pieds nus et demanda ce que personne ne voulait lui accorder"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Je vous demande seulement de v\u00e9rifier mon compte. \u00bb La jeune fille avait prononc\u00e9 ces mots sans hausser la voix, mais l&#39;agent de s\u00e9curit\u00e9 lui barrait d\u00e9j\u00e0 le passage. Derri\u00e8re lui, les employ\u00e9s de la Banca Nazionale avaient interrompu leur travail. Plusieurs clients s&#39;\u00e9taient retourn\u00e9s. Personne ne semblait dispos\u00e9 \u00e0 croire qu&#39;une personne dans son \u00e9tat puisse avoir une raison l\u00e9gitime de se trouver l\u00e0. Pourtant, elle ne cherchait ni nourriture, ni argent donn\u00e9 par charit\u00e9. Elle attendait qu&#39;on lui permette d&#39;acc\u00e9der \u00e0 quelque chose qui lui appartenait.<\/p>\n<p>Quelques instants plus t\u00f4t, les portes automatiques s&#39;\u00e9taient \u00e9cart\u00e9es devant elle avec un l\u00e9ger souffle m\u00e9canique. La chaleur de la rue avait c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 l&#39;air frais du hall. Sous ses pieds nus, le marbre semblait presque glac\u00e9. Elle avait avanc\u00e9 avec pr\u00e9caution, consciente du regard des employ\u00e9s derri\u00e8re leurs comptoirs, des cam\u00e9ras fix\u00e9es au plafond et des silhouettes impeccablement habill\u00e9es qui patientaient devant les guichets. Son vieux sac \u00e0 dos frottait contre son \u00e9paule. Une couture d\u00e9faite laissait appara\u00eetre un morceau de tissu gris qu&#39;elle avait nou\u00e9 pour emp\u00eacher le contenu de tomber.<\/p>\n<p>Ses v\u00eatements racontaient plusieurs semaines d&#39;errance mieux qu&#39;elle n&#39;aurait pu le faire. Son pantalon portait des traces de boue s\u00e9ch\u00e9e. Les manches de son pull \u00e9taient \u00e9lim\u00e9es, et une tache sombre marquait le bas de sa veste. Ses cheveux, autrefois soigneusement entretenus, retombaient en m\u00e8ches d\u00e9sordonn\u00e9es autour d&#39;un visage amaigri. Elle avait les l\u00e8vres fendill\u00e9es et une petite coupure pr\u00e8s du poignet. Cependant, ses yeux restaient attentifs. Elle observait les lieux avec une pr\u00e9cision presque douloureuse, comme quelqu&#39;un qui reconna\u00eet un endroit o\u00f9 il a autrefois \u00e9t\u00e9 heureux.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de l&#39;entr\u00e9e, une femme \u00e2g\u00e9e aux cheveux argent\u00e9s venait de chercher ses lunettes dans son sac. En d\u00e9couvrant la nouvelle arrivante, elle referma brusquement son fermoir et pressa son sac contre elle. Un homme v\u00eatu d&#39;un costume bleu marine recula d&#39;un pas, suffisamment pour que son geste ne puisse passer pour une co\u00efncidence. Plus loin, une m\u00e8re attira sa petite fille derri\u00e8re sa jambe. L&#39;enfant, intrigu\u00e9e par les pieds sales de l&#39;inconnue, voulut poser une question. Sa m\u00e8re lui serra la main pour l&#39;en emp\u00eacher.<\/p>\n<p>La jeune fille remarqua tout cela. Elle connaissait d\u00e9sormais ces mouvements presque imperceptibles : une \u00e9paule qui se d\u00e9tourne, un regard qui se durcit, un objet de valeur que l&#39;on dissimule. Dans la rue, elle les rencontrait chaque jour. Elle avait esp\u00e9r\u00e9 qu&#39;\u00e0 l&#39;int\u00e9rieur d&#39;une banque, o\u00f9 chaque client devait th\u00e9oriquement b\u00e9n\u00e9ficier des m\u00eames proc\u00e9dures, les choses seraient diff\u00e9rentes. Elle savait d\u00e9j\u00e0 que cet espoir avait \u00e9t\u00e9 na\u00eff. Pourtant, cette fois, elle \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas repartir avant d&#39;avoir obtenu une r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Au-dessus des guichets, un \u00e9cran affichait les num\u00e9ros des clients en attente. Une employ\u00e9e appela le suivant d&#39;une voix monotone. L&#39;odeur du caf\u00e9 fra\u00eechement pr\u00e9par\u00e9 se m\u00ealait au parfum discret des produits d&#39;entretien. Rien, dans cette matin\u00e9e ordinaire, ne semblait annoncer un \u00e9v\u00e9nement particulier. La jeune fille sentit n\u00e9anmoins son estomac se contracter. Elle n&#39;avait pratiquement rien mang\u00e9 depuis la veille. Devant elle, \u00e0 quelques m\u00e8tres seulement, se trouvait un comptoir derri\u00e8re lequel quelqu&#39;un aurait pu r\u00e9gler une partie de ses difficult\u00e9s en quelques minutes.<\/p>\n<p>Elle essaya de prendre un ticket. Sa main se tendit vers le distributeur, mais l&#39;agent de s\u00e9curit\u00e9 apparut \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 avant qu&#39;elle ait pu appuyer sur le bouton. C&#39;\u00e9tait un homme grand, aux \u00e9paules larges, dont l&#39;uniforme sombre ne pr\u00e9sentait aucun faux pli. Son badge m\u00e9tallique brillait sous les \u00e9clairages. Il avait l&#39;habitude de demander aux visiteurs de patienter ou de retirer leur casquette avant d&#39;entrer. Cette fois, il ne prit m\u00eame pas la peine de demander ce que la jeune fille souhaitait faire.<\/p>\n<p>\u00ab Mademoiselle, vous ne pouvez pas rester ici \u00bb, d\u00e9clara-t-il d&#39;un ton qui cherchait \u00e0 demeurer courtois. \u00ab Il existe un centre d&#39;accueil pr\u00e8s de l&#39;avenue principale. Les personnes qui y travaillent pourront peut-\u00eatre vous trouver un h\u00e9bergement. \u00bb Elle leva les yeux vers lui, puis vers le ticket qu&#39;elle n&#39;avait pas eu le droit de prendre. \u00ab Je ne cherche pas un h\u00e9bergement aupr\u00e8s de votre banque. Je souhaite consulter le solde de mon compte. Pourriez-vous me laisser acc\u00e9der au guichet ? \u00bb<\/p>\n<p>Il crut d&#39;abord avoir mal entendu. Son regard descendit vers ses pieds, remonta vers ses v\u00eatements, puis s&#39;arr\u00eata sur le sac \u00e0 dos qui semblait avoir travers\u00e9 plusieurs hivers. La contradiction entre cette apparence et la demande formul\u00e9e lui parut si grande qu&#39;il eut un bref sourire. \u00ab Votre compte ? \u00bb r\u00e9p\u00e9ta-t-il. La jeune fille acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Un compte ouvert dans cet \u00e9tablissement. Je peux fournir les renseignements n\u00e9cessaires \u00e0 sa v\u00e9rification. \u00bb Elle parlait distinctement, avec une politesse qui l&#39;aga\u00e7a davantage qu&#39;une protestation.<\/p>\n<p>L&#39;agent baissa la voix. \u00ab \u00c9coutez, je ne veux pas vous causer d&#39;ennuis. Il y a des clients qui attendent, des op\u00e9rations importantes en cours. Si vous avez besoin d&#39;aide, adressez-vous aux services sociaux. \u00bb Elle prit une inspiration. \u00ab Je vous entends. Mais ce n&#39;est pas ce que je demande. \u00bb Sa r\u00e9ponse fut assez claire pour parvenir aux personnes les plus proches. Un homme laissa \u00e9chapper un rire bref. Quelqu&#39;un murmura que les gens \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9ment capables d&#39;inventer n&#39;importe quelle histoire pour obtenir de l&#39;argent.<\/p>\n<p>La jeune fille sentit ses joues chauffer. Il y avait peu de choses auxquelles elle ne s&#39;\u00e9tait pas habitu\u00e9e au cours des derniers mois, mais les humiliations publiques demeuraient difficiles \u00e0 supporter. Elles avaient cette particularit\u00e9 de transformer la moindre tentative de d\u00e9fense en spectacle. Si elle protestait trop vivement, on dirait qu&#39;elle \u00e9tait agressive. Si elle restait silencieuse, on profiterait de son silence pour la pousser dehors. Elle avait appris \u00e0 choisir ses mots comme on choisit les pierres d&#39;un chemin dangereux.<\/p>\n<p>\u00ab Je peux attendre mon tour \u00bb, proposa-t-elle. \u00ab Vous n&#39;avez m\u00eame pas besoin de me faire passer avant les autres. \u00bb L&#39;homme croisa les bras. \u00ab Ce n&#39;est pas une question d&#39;attente. Vous comprenez bien que cette banque n&#39;est pas un endroit o\u00f9 l&#39;on vient raconter des histoires. \u00bb La jeune fille posa momentan\u00e9ment sa main sur la sangle de son sac. \u00c0 l&#39;int\u00e9rieur se trouvaient quelques objets qu&#39;elle avait prot\u00e9g\u00e9s bien davantage que ses propres v\u00eatements. Elle r\u00e9sista \u00e0 l&#39;envie de les sortir. Pour le moment, elle voulait savoir si une simple demande suffisait \u00e0 \u00eatre trait\u00e9e comme une cliente.<\/p>\n<p>Deux guicheti\u00e8res observaient la sc\u00e8ne derri\u00e8re leurs \u00e9crans. La plus jeune esquissa un sourire \u00e0 une remarque de sa coll\u00e8gue, puis baissa pr\u00e9cipitamment les yeux lorsque la jeune fille tourna la t\u00eate. Un client consulta sa montre avec ostentation. Un autre souffla qu&#39;on ferait mieux d&#39;appeler la police avant que la situation ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Le mot \u00ab police \u00bb fit passer une tension rapide dans les \u00e9paules de l&#39;inconnue. Elle connaissait trop bien les cons\u00e9quences que pouvait avoir une rencontre avec des personnes qui avaient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 de ne pas la croire.<\/p>\n<p>Pourtant, elle n&#39;esquissa aucun mouvement vers la sortie. \u00c0 travers les vitres, la circulation suivait son rythme habituel. Des passants traversaient au feu, un autobus s&#39;arr\u00eatait, des employ\u00e9s press\u00e9s entraient dans les commerces voisins. Elle aurait pu rejoindre ce mouvement, dispara\u00eetre dans la foule et remettre cette d\u00e9marche \u00e0 plus tard. La possibilit\u00e9 \u00e9tait tentante. Son corps r\u00e9clamait du repos, sa gorge \u00e9tait s\u00e8che et l&#39;id\u00e9e d&#39;une nouvelle confrontation l&#39;\u00e9puisait. Mais elle se rappela les deux occasions pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 elle avait renonc\u00e9, et sa r\u00e9solution se raffermit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pourriez simplement demander \u00e0 une employ\u00e9e de v\u00e9rifier \u00bb, dit-elle. \u00ab Je ne r\u00e9clame aucun traitement exceptionnel. \u00bb L&#39;agent secoua la t\u00eate. \u00ab Vous n&#39;avez pas l&#39;air de comprendre. Il faut avoir un compte pour demander ce genre d&#39;op\u00e9ration. \u00bb Elle l&#39;observa pendant quelques secondes. \u00ab C&#39;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je vous explique depuis mon arriv\u00e9e. \u00bb Cette r\u00e9ponse, pourtant d\u00e9pourvue d&#39;insolence, provoqua plusieurs gloussements. Le gardien rougit l\u00e9g\u00e8rement. Il n&#39;aimait pas \u00eatre contredit devant des clients, surtout par quelqu&#39;un qu&#39;il croyait pouvoir faire sortir sans discussion.<\/p>\n<p>Il se rapprocha suffisamment pour que son imposante silhouette lui masque le distributeur de tickets. \u00ab Je vais vous le dire une derni\u00e8re fois. Vous partez maintenant, ou je serai oblig\u00e9 de vous accompagner jusqu&#39;\u00e0 la porte. \u00bb La jeune fille redressa les \u00e9paules. Elle savait qu&#39;il pouvait facilement la saisir et la tra\u00eener dehors. Ses jambes manquaient de force, et elle n&#39;avait aucune envie de subir une nouvelle sc\u00e8ne de ce genre. Elle r\u00e9pondit n\u00e9anmoins : \u00ab Vous pouvez appeler votre responsable. Je lui expliquerai ma demande. \u00bb<\/p>\n<p>Cette proposition produisit un changement presque imm\u00e9diat. Le gardien regarda par-dessus son \u00e9paule, comme pour v\u00e9rifier qui avait entendu. Derri\u00e8re les comptoirs, les employ\u00e9s se lan\u00e7aient des regards amus\u00e9s. La femme \u00e2g\u00e9e qui avait serr\u00e9 son sac \u00e0 main souffla quelque chose \u00e0 sa voisine. Cette derni\u00e8re leva les sourcils et secoua la t\u00eate. L&#39;inconnue avait l&#39;impression d&#39;\u00eatre devenue un objet de curiosit\u00e9 pos\u00e9 au milieu du hall. Chaque minute ajoutait de nouveaux spectateurs, mais aucun n&#39;avait encore pris la peine de lui poser une v\u00e9ritable question.<\/p>\n<p>Elle avait autrefois connu un monde o\u00f9 les adultes s&#39;\u00e9cartaient pour lui ouvrir les portes, o\u00f9 les employ\u00e9s saluaient sa famille et o\u00f9 les d\u00e9marches administratives ne semblaient pas exiger d&#39;efforts particuliers. Ce souvenir lui revint avec une nettet\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able. Elle revoyait des mains propres tenant des documents, un stylo qu&#39;on lui avait permis d&#39;essayer, une voix famili\u00e8re lui recommandant de toujours v\u00e9rifier les chiffres avant de signer. Elle chassa l&#39;image. Le pass\u00e9 n&#39;\u00e9tait pas une protection. Elle en avait fait l&#39;exp\u00e9rience suffisamment souvent.<\/p>\n<p>\u00ab Quel \u00e2ge avez-vous ? \u00bb demanda soudain le gardien. Elle h\u00e9sita, surprise par ce changement de sujet. \u00ab Je suis majeure. \u00bb Il eut un sourire sceptique. \u00ab Vous avez des papiers ? \u00bb Elle porta instinctivement la main \u00e0 son sac, puis s&#39;arr\u00eata. \u00ab J&#39;ai de quoi \u00e9tablir mon identit\u00e9. Mais je pr\u00e9f\u00e9rerais pr\u00e9senter mes documents \u00e0 un employ\u00e9 habilit\u00e9 \u00e0 consulter mon dossier. \u00bb Le gardien interpr\u00e9ta cette prudence comme une tentative d&#39;\u00e9vasion. \u00ab Voil\u00e0. Vous voyez ? D\u00e8s qu&#39;on demande une preuve, \u00e7a devient compliqu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Un homme d&#39;affaires qui attendait pr\u00e8s du comptoir intervint sans se retourner compl\u00e8tement. \u00ab Vous devriez r\u00e9gler \u00e7a dehors. Certains d&#39;entre nous ont des rendez-vous. \u00bb La jeune fille lui r\u00e9pondit avec calme : \u00ab Moi aussi, j&#39;ai une d\u00e9marche importante. \u00bb Il la d\u00e9tailla, incr\u00e9dule, puis se d\u00e9tourna avec un petit rire. La m\u00e8re accompagn\u00e9e de sa fille changea de place. L&#39;enfant continuait pourtant de regarder l&#39;inconnue. Son expression n&#39;avait rien de m\u00e9prisant. Elle semblait surtout chercher \u00e0 comprendre pourquoi les adultes parlaient avec tant de duret\u00e9 \u00e0 quelqu&#39;un qui ne criait pas.<\/p>\n<p>Les mots commen\u00e7aient \u00e0 lui co\u00fbter. Non parce qu&#39;elle ignorait ce qu&#39;elle devait dire, mais parce qu&#39;elle savait que chacune de ses phrases serait examin\u00e9e pour y d\u00e9couvrir une contradiction. Elle sentait le sol froid traverser la plante de ses pieds. Une douleur ancienne, pr\u00e8s du talon, se r\u00e9veillait chaque fois qu&#39;elle d\u00e9pla\u00e7ait son poids. Elle serra doucement la sangle du sac, comme si cette prise pouvait l&#39;emp\u00eacher de trembler. Depuis des semaines, elle s&#39;obligeait \u00e0 \u00e9conomiser sa force. Aujourd&#39;hui, elle d\u00e9pensait presque tout ce qui lui restait pour demeurer immobile.<\/p>\n<p>L&#39;agent se dirigea vers un t\u00e9l\u00e9phone fix\u00e9 pr\u00e8s de son poste. Elle le suivit des yeux. \u00ab Qui appelez-vous ? \u00bb demanda-t-elle. \u00ab Quelqu&#39;un qui pourra r\u00e9gler ce probl\u00e8me. \u00bb Il composa un num\u00e9ro interne, parla \u00e0 voix basse et jeta plusieurs regards dans sa direction. La jeune fille ne distingua que quelques fragments : une personne sans domicile, une perturbation, un refus de partir. Aucun de ces mots ne d\u00e9crivait correctement sa demande. Elle aurait voulu rectifier imm\u00e9diatement, mais comprit qu&#39;interrompre la conversation ne ferait que renforcer les accusations port\u00e9es contre elle.<\/p>\n<p>Un instant plus tard, il raccrocha. \u00ab Un responsable va venir. En attendant, vous restez ici et vous ne d\u00e9rangez personne. \u00bb Elle acquies\u00e7a. C&#39;\u00e9tait peu, mais pour la premi\u00e8re fois depuis son arriv\u00e9e, elle avait obtenu autre chose qu&#39;un ordre de quitter les lieux. L&#39;employ\u00e9e la plus proche retourna \u00e0 son \u00e9cran. Le syst\u00e8me \u00e9lectronique annon\u00e7a un nouveau num\u00e9ro. Une cliente s&#39;approcha du guichet, posa sa carte sur le comptoir et commen\u00e7a une op\u00e9ration. Cette banalit\u00e9 presque m\u00e9canique frappa la jeune fille. Tout paraissait si simple lorsqu&#39;on appartenait, aux yeux des autres, \u00e0 la bonne cat\u00e9gorie de personnes.<\/p>\n<p>Le gardien revint pr\u00e8s d&#39;elle, les mains crois\u00e9es devant lui. \u00ab Vous devriez profiter de ce moment pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que vous allez dire. \u00bb Elle leva lentement la t\u00eate. \u00ab Je dirai la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb Il soupira. \u00ab Beaucoup de gens racontent des choses qui ne correspondent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. \u00bb Elle consid\u00e9ra cette remarque sans r\u00e9pondre imm\u00e9diatement. Elle aurait pu lui parler des nuits pass\u00e9es \u00e0 chercher un endroit \u00e0 l&#39;abri de la pluie, des d\u00e9marches devenues impossibles faute de t\u00e9l\u00e9phone, ou du nombre de portes auxquelles elle avait frapp\u00e9 inutilement. Rien de cela n&#39;aurait suffi \u00e0 le convaincre.<\/p>\n<p>\u00ab Vous savez \u00bb, reprit-elle finalement, \u00ab quelqu&#39;un peut perdre son logement sans perdre son nom, ses droits ou son pass\u00e9. \u00bb Le gardien d\u00e9tourna les yeux. Il ne semblait pas avoir envisag\u00e9 les choses de cette mani\u00e8re, mais la pr\u00e9sence des clients l&#39;emp\u00eachait de reconna\u00eetre le moindre doute. \u00ab Le responsable en d\u00e9cidera \u00bb, trancha-t-il. La jeune fille se tut. Elle venait de comprendre que la proc\u00e9dure officielle, dont elle avait tant attendu, risquait de d\u00e9pendre enti\u00e8rement de l&#39;opinion personnelle d&#39;un homme qu&#39;elle n&#39;avait pas encore rencontr\u00e9.<\/p>\n<p>Au fond du hall, une porte r\u00e9serv\u00e9e au personnel s&#39;ouvrit. Un employ\u00e9 sortit, consulta la sc\u00e8ne et retourna aussit\u00f4t \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur. Quelques secondes plus tard, deux personnes \u00e9chang\u00e8rent des paroles rapides derri\u00e8re la cloison vitr\u00e9e. La jeune fille remarqua ces mouvements sans essayer de les interpr\u00e9ter. Elle avait appris \u00e0 ne pas confondre agitation et secours. Bien des fois, des adultes s&#39;\u00e9taient empress\u00e9s de pr\u00e9venir quelqu&#39;un de son arriv\u00e9e, sans que personne songe \u00e0 lui demander ce dont elle avait besoin.<\/p>\n<p>La petite fille qui accompagnait sa m\u00e8re se pencha l\u00e9g\u00e8rement pour mieux la voir. \u00ab Maman, pourquoi elle n&#39;a pas de chaussures ? \u00bb demanda-t-elle d&#39;une voix suffisamment forte pour traverser la salle. Sa m\u00e8re lui imposa le silence. L&#39;inconnue baissa les yeux vers ses pieds. Elle se souvenait encore de la derni\u00e8re paire qu&#39;elle avait poss\u00e9d\u00e9e. Leur disparition avait \u00e9t\u00e9 un incident minuscule au milieu de malheurs beaucoup plus graves, mais elle avait gard\u00e9 une place \u00e9trange dans sa m\u00e9moire. Sans chaussures, elle ne pouvait plus oublier, m\u00eame pendant quelques minutes, la pr\u00e9carit\u00e9 de sa situation.<\/p>\n<p>Elle ne r\u00e9pondit pas \u00e0 l&#39;enfant. Elle lui adressa simplement un l\u00e9ger sourire. La petite fille le lui rendit avant que sa m\u00e8re ne l&#39;entra\u00eene vers un autre si\u00e8ge. Ce bref \u00e9change eut sur la jeune fille un effet inattendu. Depuis son entr\u00e9e, presque tous les regards semblaient vouloir la repousser. Celui de l&#39;enfant n&#39;avait contenu qu&#39;une question. Elle aurait aim\u00e9 pouvoir lui expliquer qu&#39;une personne n&#39;\u00e9tait pas d\u00e9finie par ses v\u00eatements, mais elle savait qu&#39;une telle r\u00e9ponse, prononc\u00e9e devant cette assembl\u00e9e, deviendrait un nouveau motif de moquerie.<\/p>\n<p>Le bruit d&#39;une porte qui se refermait derri\u00e8re les guichets mit fin \u00e0 ses pens\u00e9es. Plusieurs employ\u00e9s redress\u00e8rent aussit\u00f4t la t\u00eate. L&#39;agent de s\u00e9curit\u00e9 ajusta son uniforme. Un homme avan\u00e7ait depuis les bureaux int\u00e9rieurs. Il avait les cheveux sombres soigneusement plaqu\u00e9s en arri\u00e8re, le visage plein et un costume dont l&#39;\u00e9l\u00e9gance semblait calcul\u00e9e jusque dans les moindres d\u00e9tails. Il marchait rapidement, avec l&#39;expression contrari\u00e9e de quelqu&#39;un qu&#39;on avait interrompu au milieu d&#39;une t\u00e2che importante. \u00c0 son passage, deux employ\u00e9s se lev\u00e8rent presque simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>L&#39;homme s&#39;arr\u00eata \u00e0 quelques pas de la jeune fille. Il ne la salua pas. Son regard parcourut ses v\u00eatements, son sac ab\u00eem\u00e9, ses mains et ses pieds nus. Puis il se tourna vers le gardien, comme si elle n&#39;\u00e9tait pas capable de r\u00e9pondre elle-m\u00eame. \u00ab Qu&#39;est-ce qui justifie qu&#39;on me d\u00e9range pour une affaire pareille ? \u00bb demanda-t-il. L&#39;agent prit une respiration, soulag\u00e9 de pouvoir enfin transmettre le probl\u00e8me \u00e0 quelqu&#39;un de plus haut plac\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Maxim, cette jeune personne refuse de quitter l&#39;\u00e9tablissement. Elle pr\u00e9tend disposer d&#39;un compte chez nous. Je lui ai expliqu\u00e9 la situation, mais elle insiste pour \u00eatre re\u00e7ue. \u00bb Maxim resta silencieux une seconde. Puis un sourire incr\u00e9dule \u00e9tira ses l\u00e8vres. La jeune fille reconnut imm\u00e9diatement ce sourire : celui qu&#39;elle avait vu sur tant de visages avant qu&#39;une porte ne se referme devant elle. Elle desserra les doigts autour de la sangle de son sac, leva le menton et attendit qu&#39;il lui adresse enfin la parole. Elle ignorait encore jusqu&#39;o\u00f9 il serait pr\u00eat \u00e0 aller pour lui refuser ce droit \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3554\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Le directeur croyait pouvoir faire dispara\u00eetre une visiteuse embarrassante, mais chaque parole prononc\u00e9e devant les clients rendait son erreur plus grave<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Je vous demande seulement de v\u00e9rifier mon compte. \u00bb La jeune fille avait prononc\u00e9 ces mots sans hausser la voix, mais l&#39;agent de s\u00e9curit\u00e9 lui barrait d\u00e9j\u00e0 le passage. &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3552,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3553","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3553","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3553"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3553\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3588,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3553\/revisions\/3588"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3552"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3553"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3553"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3553"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}