{"id":3409,"date":"2026-10-08T11:30:45","date_gmt":"2026-10-08T11:30:45","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3409"},"modified":"2026-10-08T11:30:45","modified_gmt":"2026-10-08T11:30:45","slug":"partie-1-la-nouvelle-que-personne-navait-juge-bon-de-lui-annoncer-pousse-clara-a-quitter-sa-ferme-avant-que-son-dernier-recours-disparaisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3409","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 La nouvelle que personne n\u2019avait jug\u00e9 bon de lui annoncer pousse Clara \u00e0 quitter sa ferme avant que son dernier recours disparaisse"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Madame Clara, excusez-moi de vous d\u00e9ranger si tard, mais je crois qu\u2019on va enterrer votre fils demain. \u00bb La voix de son voisin tremblait dans le t\u00e9l\u00e9phone. Clara Vance demeura immobile devant l\u2019\u00e9vier, une assiette mouill\u00e9e entre les mains. Dehors, le vent faisait grincer la porte de la remise. Elle avait soixante-neuf ans, et elle connaissait assez bien les mauvaises nouvelles pour savoir que certaines phrases ne pouvaient pas \u00eatre mal comprises. Pourtant, elle r\u00e9\u00e9couta l\u2019enregistrement avant de poser l\u2019assiette.<\/p>\n<p>Le message \u00e9tait arriv\u00e9 un peu apr\u00e8s vingt heures. Son voisin avait d\u00e9couvert une annonce sur Facebook, accompagn\u00e9e d\u2019une photographie de Leonard et de quelques mots sur une c\u00e9r\u00e9monie priv\u00e9e organis\u00e9e le lendemain matin \u00e0 Dallas. Clara appuya sur l\u2019\u00e9cran pour agrandir l\u2019image. Elle reconnut aussit\u00f4t le sourire de son fils. C\u2019\u00e9tait une photographie prise plusieurs ann\u00e9es auparavant, lorsqu\u2019il avait re\u00e7u une distinction professionnelle. Elle se souvenait m\u00eame de la veste qu\u2019il portait. Mais au-dessous figurait une information qu\u2019aucune m\u00e8re ne devrait apprendre par hasard : son fils unique \u00e9tait mort.<\/p>\n<p>Elle posa le t\u00e9l\u00e9phone sur la table de la cuisine et attendit que son esprit rattrape ce qu\u2019elle venait de lire. Le r\u00e9frig\u00e9rateur se remit en marche dans un ronronnement familier. Une mouche heurta la vitre pr\u00e8s de la lampe. Rien, dans la maison, ne paraissait avoir chang\u00e9. Pourtant, quelqu\u2019un avait choisi une date pour mettre Leonard en terre, et personne n\u2019avait pris la peine de pr\u00e9venir celle qui l\u2019avait mis au monde. Clara relut l&#39;annonce, cherchant une erreur dans le nom, une confusion entre deux hommes. Il n&#39;y en avait pas.<\/p>\n<p>Elle composa imm\u00e9diatement le num\u00e9ro de Leonard. L\u2019appel sonna jusqu\u2019\u00e0 la messagerie. Elle raccrocha avant le signal, puis recommen\u00e7a. \u00c0 la troisi\u00e8me tentative, elle laissa un message : \u00ab Leonard, c\u2019est maman. Rappelle-moi. Je viens de voir quelque chose d\u2019horrible et j\u2019ai besoin d\u2019entendre ta voix. \u00bb Elle aurait voulu ajouter qu\u2019elle regrettait leur derni\u00e8re conversation, mais sa gorge se serra. Elle connaissait trop bien son fils pour lui parler comme s\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 disparu. Elle raccrocha en attendant qu\u2019il rappelle.<\/p>\n<p>Leonard Vance avait toujours \u00e9t\u00e9 un homme occup\u00e9. Ing\u00e9nieur civil, il \u00e9tait devenu associ\u00e9 d\u2019une entreprise de construction \u00e0 Dallas et passait ses journ\u00e9es entre les chantiers, les r\u00e9unions et les dossiers techniques. Clara ne comprenait pas grand-chose aux contrats qu\u2019il signait, mais elle comprenait son enthousiasme lorsqu\u2019il d\u00e9crivait un pont, une route ou la fondation d\u2019un b\u00e2timent. Petit, il dessinait des maisons au dos des enveloppes. Adulte, il t\u00e9l\u00e9phonait encore \u00e0 sa m\u00e8re pour savoir dans quel ordre faire revenir l\u2019ail et l\u2019oignon lorsqu\u2019il pr\u00e9parait du riz.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs mois, pourtant, ces appels s\u2019\u00e9taient espac\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre. Leur derni\u00e8re v\u00e9ritable discussion avait fini dans une froideur qui continuait de la blesser. Leonard lui avait reproch\u00e9 de se m\u00ealer de sa vie conjugale. Clara avait r\u00e9pondu qu\u2019elle ne voulait pas le perdre au profit d\u2019une \u00e9pouse qui semblait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9loigner de sa famille. Ils avaient tous les deux parl\u00e9 trop vite. Le lendemain, elle avait tent\u00e9 de le joindre pour arranger les choses. Il avait promis de la rappeler. Il ne l\u2019avait jamais fait.<\/p>\n<p>Clara prit son carnet d\u2019adresses dans le tiroir voisin de la cuisini\u00e8re. Le num\u00e9ro de Veronica figurait sur une page dont le coin avait \u00e9t\u00e9 pli\u00e9. Sa belle-fille d\u00e9crocherait peut-\u00eatre, ne serait-ce que pour mettre fin aux inqui\u00e9tudes d\u2019une vieille femme. Le t\u00e9l\u00e9phone sonna longtemps. Puis la messagerie annon\u00e7a qu\u2019aucun correspondant n\u2019\u00e9tait disponible. Clara rappela. M\u00eame r\u00e9sultat. Elle envoya un message demandant une explication imm\u00e9diate. Les mots lui parurent trop faibles. Elle aurait voulu traverser l\u2019\u00e9cran et saisir Veronica par les \u00e9paules.<\/p>\n<p>Elle essaya ensuite le standard de l\u2019entreprise de Leonard. Une voix enregistr\u00e9e lui indiqua les horaires d\u2019ouverture. Elle retrouva \u00e9galement le num\u00e9ro du service juridique, not\u00e9 sur une carte que son fils avait laiss\u00e9e lors de sa derni\u00e8re visite \u00e0 la ferme. Une autre messagerie. Clara contempla les chiffres inscrits dans son carnet. Cette soci\u00e9t\u00e9 comptait suffisamment d\u2019employ\u00e9s pour superviser des chantiers dans plusieurs villes. Comment \u00e9tait-il possible qu\u2019aucune de ces personnes ne puisse lui dire si son fils \u00e9tait vivant ?<\/p>\n<p>\u00c0 vingt et une heures, elle rappela son voisin. Il lui confirma avoir vu l\u2019annonce sur une page publique, puis lui proposa de venir chez elle. Clara refusa. Elle lui demanda seulement de lui envoyer une capture d\u2019\u00e9cran, au cas o\u00f9 la publication serait supprim\u00e9e pendant la nuit. Il ob\u00e9it sans poser de question. Quelques secondes plus tard, l\u2019image arriva. On y voyait le nom complet de Leonard, le lieu des obs\u00e8ques et une formule discr\u00e8te invitant \u00e0 respecter la volont\u00e9 de la famille. Clara fixa ces derniers mots jusqu\u2019\u00e0 en avoir mal aux yeux.<\/p>\n<p>\u00ab La famille \u00bb, murmura-t-elle. Elle vivait seule dans une petite exploitation pr\u00e8s de Waco, mais elle n\u2019avait jamais cess\u00e9 de consid\u00e9rer Leonard comme le centre de sa famille. Elle connaissait la date de sa naissance, la longueur de ses premi\u00e8res nuits de fi\u00e8vre, la fa\u00e7on dont il avait appris \u00e0 marcher en s\u2019agrippant aux pieds des chaises. Aucun d\u00e9saccord, m\u00eame prolong\u00e9, ne pouvait effacer ces choses. Et si Veronica avait r\u00e9ellement d\u00e9cid\u00e9 d\u2019organiser l\u2019enterrement sans la pr\u00e9venir, Clara entendait bien d\u00e9couvrir pour quelle raison.<\/p>\n<p>Elle chercha une annonce officielle, un article consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019accident \u00e9ventuel, un communiqu\u00e9 de l\u2019entreprise. Rien ne lui expliqua ce qui \u00e9tait arriv\u00e9. Le message fun\u00e9raire ne pr\u00e9cisait ni la cause du d\u00e9c\u00e8s ni l\u2019endroit o\u00f9 Leonard serait mort. Clara se for\u00e7a \u00e0 envisager les explications ordinaires : une d\u00e9faillance cardiaque, un accident de la route, une chute sur un chantier. Chacune faisait surgir une image qu\u2019elle chassait aussit\u00f4t. Elle avait besoin de faits. \u00c0 cet instant, elle ne poss\u00e9dait qu\u2019une photographie et une date d\u2019inhumation.<\/p>\n<p>Elle se leva pour fermer la fen\u00eatre de la cuisine. Le vent apportait l\u2019odeur s\u00e8che des champs et de la terre retourn\u00e9e. Cette ferme avait \u00e9t\u00e9 le seul endroit stable de sa vie. Leonard y avait grandi, son mari y avait travaill\u00e9 avant sa disparition et les ann\u00e9es avaient laiss\u00e9 partout de petites traces de leur pr\u00e9sence. Sous une \u00e9tag\u00e8re, une marque au crayon indiquait encore la taille de Leonard \u00e0 neuf ans. Clara posa les doigts dessus. Ce souvenir ramena un d\u00e9tail pr\u00e9cis : quelques semaines apr\u00e8s cet anniversaire, son gar\u00e7on s\u2019\u00e9tait gravement br\u00fbl\u00e9 le bras.<\/p>\n<p>Il avait voulu d\u00e9placer un r\u00e9cipient br\u00fblant sans attendre son aide. La douleur l\u2019avait fait hurler, mais, lorsqu\u2019elle avait approch\u00e9 une serviette humide de sa peau, il avait tent\u00e9 de se montrer courageux. La br\u00fblure avait laiss\u00e9 une marque irr\u00e9guli\u00e8re qu\u2019il portait toujours \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Clara se souvenait de chaque contour. Elle ignorait encore pourquoi ce souvenir lui revenait avec une telle nettet\u00e9. Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment quelque chose de certain dans cette soir\u00e9e o\u00f9 toutes les informations importantes lui \u00e9chappaient.<\/p>\n<p>Sur le buffet reposait une photographie plus ancienne. Leonard avait huit ans, plusieurs dents de lait manquantes, et souriait devant la cl\u00f4ture du jardin. Clara l\u2019avait conserv\u00e9e malgr\u00e9 les ann\u00e9es parce qu\u2019elle montrait son fils avant les responsabilit\u00e9s, avant les silences et avant ce mariage qui avait boulevers\u00e9 leurs habitudes. Elle la prit dans ses mains. Le papier \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement gondol\u00e9. Au dos, son mari avait inscrit la date d\u2019une \u00e9criture qu\u2019elle aurait reconnue entre mille. Elle glissa la photo dans la poche de son gilet.<\/p>\n<p>Le souvenir de Benjamin Vance r\u00e9veilla une autre peine, plus ancienne. Depuis longtemps, Clara vivait avec la conviction d\u2019avoir perdu son \u00e9poux. Les circonstances de sa disparition avaient laiss\u00e9 des questions auxquelles personne n\u2019avait vraiment r\u00e9pondu. Elle avait fini par apprendre \u00e0 travailler, dormir et vieillir sans attendre de le voir franchir la porte. Leonard avait grandi avec cette absence. Il avait parfois parl\u00e9 de devenir ing\u00e9nieur pour comprendre les ouvrages sur lesquels son p\u00e8re avait travaill\u00e9. Clara avait toujours admir\u00e9 cette fid\u00e9lit\u00e9 silencieuse.<\/p>\n<p>Elle se demanda ce que Benjamin aurait fait en d\u00e9couvrant l\u2019annonce. Il aurait probablement pris ses cl\u00e9s et serait parti sans attendre le matin. Il avait ce d\u00e9faut de croire qu\u2019une difficult\u00e9 devait \u00eatre affront\u00e9e imm\u00e9diatement, m\u00eame lorsqu\u2019aucune solution ne se pr\u00e9sentait. Clara esquissa un sourire douloureux. Elle lui avait souvent reproch\u00e9 son ent\u00eatement. \u00c0 pr\u00e9sent, devant son t\u00e9l\u00e9phone qui refusait de sonner, elle se sentait capable de traverser le Texas pour exiger des r\u00e9ponses que personne ne semblait dispos\u00e9 \u00e0 lui donner.<\/p>\n<p>Elle composa encore plusieurs num\u00e9ros. Entre ses tentatives pour joindre Leonard, Veronica, son entreprise et son avocat, le total des appels atteignit dix-sept. Certains avaient sonn\u00e9 longtemps, d\u2019autres s\u2019\u00e9taient interrompus presque aussit\u00f4t. Aucun n\u2019avait abouti. Clara observa la liste sur l\u2019\u00e9cran. Il ne s\u2019agissait plus seulement d\u2019une absence de nouvelles. Plusieurs personnes susceptibles de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 demeuraient injoignables, alors qu\u2019une c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e9raire avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e publiquement. Quelqu\u2019un savait forc\u00e9ment ce qui \u00e9tait arriv\u00e9. Ce quelqu\u2019un gardait le silence.<\/p>\n<p>Elle ouvrit son ordinateur portable, qu\u2019elle utilisait rarement autrement que pour consulter les factures de l\u2019exploitation. Apr\u00e8s plusieurs recherches maladroites, elle trouva les horaires des premiers autobus en direction de Dallas. Il faudrait partir avant l\u2019aube. Le trajet ne serait pas direct et lui imposerait de se d\u00e9p\u00eacher une fois arriv\u00e9e. Elle examina les heures plusieurs fois, inscrivant les correspondances sur un papier. Puis elle calcula ce qu\u2019elle pouvait emporter sans se ralentir. Elle n\u2019avait pas de voiture en \u00e9tat de faire un long trajet.<\/p>\n<p>La question de son absence \u00e0 la ferme se r\u00e9gla rapidement. Elle pr\u00e9para de l\u2019eau pour les animaux, remplit les mangeoires et laissa un message \u00e0 son voisin pour lui demander de v\u00e9rifier l\u2019enclos pendant la journ\u00e9e. Elle ne lui parla pas des raisons de son d\u00e9part. Il les connaissait d\u00e9j\u00e0. Dans la remise, elle retrouva ses chaussures solides et son vieux sac de voyage. Elle prit \u00e9galement un ch\u00e2le sombre, des m\u00e9dicaments, son portefeuille et les quelques documents d\u2019identit\u00e9 qu\u2019elle gardait dans une bo\u00eete m\u00e9tallique.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait presque minuit lorsqu\u2019elle s\u2019assit enfin au bord de son lit. Elle aurait d\u00fb se reposer, mais elle ne pouvait s\u2019emp\u00eacher d&#39;imaginer Leonard quelque part dans un h\u00f4pital, incapable de communiquer, tandis que d\u2019autres d\u00e9cidaient \u00e0 sa place. Puis elle songea \u00e0 l\u2019annonce fun\u00e9raire et \u00e0 cette photographie souriante choisie pour repr\u00e9senter un homme suppos\u00e9ment mort. Elle se demanda qui l\u2019avait s\u00e9lectionn\u00e9e. Veronica, peut-\u00eatre. Ou Lawrence Cobb, l\u2019associ\u00e9 principal de l\u2019entreprise, qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 \u00e0 quelques reprises sans jamais r\u00e9ussir \u00e0 l\u2019appr\u00e9cier.<\/p>\n<p>Lawrence poss\u00e9dait une politesse minutieuse. Il appelait Clara \u00ab madame Vance \u00bb avec une d\u00e9f\u00e9rence \u00e9tudi\u00e9e et trouvait toujours une raison pour rappeler combien Leonard travaillait dur. Lors d\u2019un d\u00eener, il avait m\u00eame parl\u00e9 de l\u2019entreprise comme d\u2019une famille. Clara s\u2019en souvenait parce que Leonard, ce soir-l\u00e0, avait gard\u00e9 les yeux fix\u00e9s sur son assiette. Elle n\u2019avait rien dit. Apr\u00e8s tout, elle ne connaissait pas les affaires de son fils. \u00c0 pr\u00e9sent, cette soir\u00e9e lui revenait, non comme une preuve, mais comme un malaise jamais compl\u00e8tement dissip\u00e9.<\/p>\n<p>Veronica, elle, avait toujours su tenir les conversations difficiles \u00e0 distance. Elle pr\u00e9sentait ses d\u00e9cisions comme des \u00e9vidences auxquelles personne n\u2019avait besoin de r\u00e9pondre. Lorsque Clara proposait de venir quelques jours \u00e0 Dallas, sa belle-fille invoquait un agenda charg\u00e9, des obligations professionnelles ou un voyage pr\u00e9vu de longue date. Au commencement, Clara s\u2019\u00e9tait efforc\u00e9e de voir dans cette attitude une simple diff\u00e9rence de caract\u00e8re. Avec le temps, elle avait remarqu\u00e9 que chaque visite annul\u00e9e \u00e9loignait davantage Leonard de la ferme o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant, elle ne pouvait pas accuser une femme de meurtre ou de mensonge simplement parce qu\u2019elle ne l\u2019aimait pas. Clara connaissait la diff\u00e9rence entre un soup\u00e7on et un fait. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cette diff\u00e9rence qui l&#39;emp\u00eachait de dormir. Elle aurait voulu que Veronica d\u00e9croche, lui raconte un accident terrible et lui explique pourquoi les secours n\u2019avaient rien pu faire. Une v\u00e9rit\u00e9 insupportable aurait au moins eu un commencement et une fin. \u00c0 la place, Clara ne rencontrait que des \u00e9crans silencieux et des portes ferm\u00e9es.<\/p>\n<p>Vers trois heures, elle se leva et pr\u00e9para du caf\u00e9. Le jour n\u2019\u00e9tait pas encore proche. Elle posa deux tranches de pain dans une assiette, mais n\u2019en mangea qu\u2019une. Elle v\u00e9rifia son t\u00e9l\u00e9phone, le chargeur et le billet d\u2019autobus. Puis elle ouvrit l\u2019armoire o\u00f9 elle gardait ses v\u00eatements pour les grandes occasions. Elle n\u2019avait pas pr\u00e9vu de retourner \u00e0 un enterrement. Le dernier lui avait co\u00fbt\u00e9 davantage de courage qu\u2019elle n\u2019aurait pu l\u2019expliquer. Elle choisit n\u00e9anmoins une robe sombre et enfila son manteau le plus chaud.<\/p>\n<p>Devant le miroir de la chambre, elle s\u2019aper\u00e7ut que ses cheveux \u00e9taient rest\u00e9s d\u00e9faits. Elle les rassembla avec une \u00e9pingle. Ses mains tremblaient l\u00e9g\u00e8rement. Elle observa les rides autour de sa bouche et les cernes creus\u00e9s par cette nuit sans sommeil. Veronica pourrait facilement pr\u00e9tendre qu\u2019elle \u00e9tait trop \u00e2g\u00e9e pour supporter la c\u00e9r\u00e9monie. Clara s\u2019imagina d\u00e9j\u00e0 entendre cette justification. Elle redressa les \u00e9paules. On pouvait lui reprocher son \u00e2ge, son accent rural ou sa mauvaise humeur. Personne ne pouvait lui retirer le droit de revoir son fils.<\/p>\n<p>Avant de sortir, elle retourna dans la cuisine. Elle y trouva encore la tasse de caf\u00e9 de la veille et son carnet ouvert \u00e0 la page du num\u00e9ro de Leonard. Elle pensa aux excuses qu\u2019elle avait diff\u00e9r\u00e9es pendant des mois. Elles lui semblaient maintenant d\u00e9risoires et pourtant indispensables. Elle aurait donn\u00e9 n\u2019importe quoi pour se disputer encore avec lui au sujet des visites, de son travail ou de la mani\u00e8re dont il la traitait lorsqu\u2019elle exprimait ses inqui\u00e9tudes. Une querelle ordinaire supposait au moins deux personnes vivantes.<\/p>\n<p>Le ciel demeurait noir lorsqu\u2019elle referma la porte de la ferme. Elle glissa la cl\u00e9 dans son sac et descendit lentement les marches du perron. La terre humide s\u2019accrocha imm\u00e9diatement \u00e0 ses chaussures. Au bout du chemin, les premi\u00e8res lumi\u00e8res des v\u00e9hicules circulaient sur la route principale. Clara inspira profond\u00e9ment. Elle n\u2019avait aucune garantie d\u2019arriver \u00e0 temps. Elle savait seulement qu\u2019en restant chez elle, elle laisserait des inconnus refermer une tombe sans avoir demand\u00e9 \u00e0 voir le visage de Leonard.<\/p>\n<p>L\u2019autobus arriva dans un souffle de freins. Le conducteur observa sa tenue sombre et le petit sac qu\u2019elle portait \u00e0 l\u2019\u00e9paule, puis lui demanda si elle voyageait seule. Clara acquies\u00e7a. Il lui montra un si\u00e8ge libre pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Elle s\u2019y installa avec pr\u00e9caution et posa la photographie de Leonard entre les pages de son carnet. \u00c0 travers la vitre, les lumi\u00e8res de la campagne commenc\u00e8rent \u00e0 reculer. Elle ne savait pas encore si elle se rendait aux fun\u00e9railles de son fils ou au rendez-vous le plus important de sa vie.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 le v\u00e9hicule s\u2019\u00e9branla, elle consulta une derni\u00e8re fois son t\u00e9l\u00e9phone. Aucun appel manqu\u00e9. Aucun message de Veronica. Pas un mot de l\u2019entreprise. Clara \u00e9teignit l\u2019\u00e9cran et le serra dans sa paume. La d\u00e9cision \u00e9tait prise. Elle irait jusqu\u2019\u00e0 Dallas, m\u00eame s\u2019il fallait traverser la ville \u00e0 pied. Et si quelqu\u2019un lui demandait de rester \u00e0 distance du cercueil, cette personne devrait d\u2019abord lui expliquer pourquoi on avait tent\u00e9 d\u2019enterrer Leonard sans lui annoncer sa mort.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=3410\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Au bout de la route vers Dallas, les absences de son fils deviennent aussi inqui\u00e9tantes que le silence des vivants<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Madame Clara, excusez-moi de vous d\u00e9ranger si tard, mais je crois qu\u2019on va enterrer votre fils demain. \u00bb La voix de son voisin tremblait dans le t\u00e9l\u00e9phone. Clara Vance &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3408,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3409","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3409","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3409"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3409\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3439,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3409\/revisions\/3439"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3408"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3409"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}