{"id":17832,"date":"2026-11-05T14:14:44","date_gmt":"2026-11-05T14:14:44","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=17832"},"modified":"2026-11-05T14:14:44","modified_gmt":"2026-11-05T14:14:44","slug":"mon-fils-ma-remise-a-ma-place-dune-main-sur-la-joue-un-quart-dheure-plus-tard-jai-passe-trois-coups-de-fil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=17832","title":{"rendered":"Mon fils m&#8217;a remise \u00e0 ma place d&#8217;une main sur la joue. 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Un quart d&#8217;heure plus tard, j&#8217;ai pass\u00e9 trois coups de fil.<\/h1>\n<p>Le mardi 26 mars, \u00e0 dix heures, mon fils m&#8217;a emmen\u00e9e \u00e0 la Caisse d&#8217;\u00c9pargne du V\u00e9sinet.<\/p>\n<p>On avait emm\u00e9nag\u00e9 deux jours avant. Un camion de location, quatre \u00e9tages sans ascenseur \u00e0 descendre, et S\u00e9bastien qui r\u00e9pondait \u00e0 ses messages pendant que je portais mes cartons.<\/p>\n<p>Il y en avait un que je ne laissais \u00e0 personne. Celui des carnets de comptes, un par ann\u00e9e depuis 1979.<\/p>\n<p>\u00ab Faut transf\u00e9rer ton dossier ici, maman. C&#8217;est plus simple pour tout. \u00bb<\/p>\n<p>Constance est venue avec nous. Elle est rest\u00e9e debout derri\u00e8re ma chaise, son sac sous le bras.<\/p>\n<p>La conseill\u00e8re s&#8217;appelait Nathalie. Elle a pos\u00e9 trois feuilles devant moi, et un stylo attach\u00e9 au bureau par une petite cha\u00eene en m\u00e9tal.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour la mutuelle, Josiane, a dit Constance. Signe l\u00e0, l\u00e0 et l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Mes lunettes de lecture \u00e9taient au fond de mon cabas, sous le tricot. J&#8217;aurais pu les sortir.<\/p>\n<p>Je ne l&#8217;ai pas fait. Je voulais que \u00e7a se passe bien, le deuxi\u00e8me jour.<\/p>\n<p>\u00ab Une signature par feuille, madame Moreau \u00bb, a dit Nathalie sans lever les yeux de son \u00e9cran.<\/p>\n<p>Le stylo \u00e0 cha\u00eene grattait. J&#8217;ai sign\u00e9 trois fois, et on ne m&#8217;a rien donn\u00e9 \u00e0 emporter.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Apr\u00e8s, mon fils m&#8217;a pay\u00e9 un croque-monsieur \u00e0 neuf euros. Il a dit que j&#8217;allais \u00eatre bien, ici.<\/p>\n<p>\u00c7a, c&#8217;\u00e9tait en mars.<\/p>\n<p>Vendredi matin, dans la cuisine, la feuille de Micka\u00ebl \u00e9tait pos\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon pot de yaourt. Cette fois, j&#8217;ai sorti mes lunettes.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait un gros papier, avec des phrases qui n&#8217;en finissaient pas. En haut, le nom d&#8217;un notaire : ma\u00eetre Aymeric Beaumont, Paris, pr\u00e8s de la gare Saint-Lazare.<\/p>\n<p>\u00ab Lisez la ligne de l&#8217;acqu\u00e9reur, Josiane, a dit Micka\u00ebl. Doucement. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu. J&#8217;ai relu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>Madame Josiane MOREAU, n\u00e9e PETIT, retrait\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une erreur, j&#8217;ai dit. Il y a quelqu&#8217;un d&#8217;autre qui s&#8217;appelle comme moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, a dit Ludovic. C&#8217;est vous. Et l&#8217;adresse du bien, c&#8217;est ici. All\u00e9e des Tilleuls, Le V\u00e9sinet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais cette maison est \u00e0 S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est \u00e0 vous depuis quatre ans, a dit Micka\u00ebl. Depuis le mois de mai. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 mon fils. Il s&#8217;\u00e9tait rassis, les bras crois\u00e9s, avec son sourire de r\u00e9union.<\/p>\n<p>\u00ab Maman, c&#8217;est un montage familial. Pour la succession, pour les imp\u00f4ts. C&#8217;est technique, tu ne peux pas comprendre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Technique \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 C\u00e9line, le stylo en l&#8217;air.<\/p>\n<p>\u00ab Je te donne cinq cents euros tous les 5 du mois, j&#8217;ai dit. Pour le loyer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une participation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 quoi ? a demand\u00e9 Micka\u00ebl. Dans une maison qui n&#8217;est pas \u00e0 vous ? \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Il a regard\u00e9 Constance, qui tapotait sa cigarette \u00e9teinte contre la soucoupe.<\/p>\n<p>J&#8217;ai compt\u00e9 tout haut, sur mes doigts. \u00ab Cinq cents euros, six fois. Trois mille euros. J&#8217;ai pay\u00e9 trois mille euros pour dormir chez moi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c7a m&#8217;a fait un dr\u00f4le d&#8217;effet de dire \u00ab chez moi \u00bb. Comme un mot dans une langue que je ne parle pas.<\/p>\n<p>Je me suis assise. La chaise a grinc\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais voulu de maison, j&#8217;ai dit. Je n&#8217;en ai jamais demand\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On sait, Josiane, a dit Ludovic. Ce n&#8217;est pas vous qui avez d\u00e9cid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert sa sacoche et en a sorti un autre papier, plus mince.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 la procuration. Celle que vous avez sign\u00e9e le 26 mars, \u00e0 la Caisse d&#8217;\u00c9pargne. Trois pages. Vous pensiez signer pour la mutuelle. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Constance m&#8217;a dit\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tourn\u00e9 la t\u00eate vers ma belle-fille. Elle a regard\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab Le premier retrait date du jeudi 28 mars, a dit Micka\u00ebl. Deux jours apr\u00e8s la signature. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu exag\u00e8res, a dit S\u00e9bastien. Elle \u00e9tait d&#8217;accord. Elle sait tr\u00e8s bien ce qu&#8217;elle signe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors dis-moi ce que j&#8217;ai sign\u00e9, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert la bouche. Il l&#8217;a referm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vois, a-t-il fini par dire. Tu t&#8217;embrouilles. Tu t&#8217;embrouilles de plus en plus, maman. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je ne sais pas comment expliquer ce que \u00e7a fait, d&#8217;entendre son fils dire \u00e7a devant trois personnes qui vous regardent. J&#8217;ai pos\u00e9 ma main \u00e0 plat sur le carnet. La couverture \u00e9tait douce, \u00e0 force d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;embrouille pas, j&#8217;ai dit. Mais je n&#8217;ai pas lu. C&#8217;est vrai, je n&#8217;ai pas lu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n&#8217;est pas un crime, Josiane, a dit C\u00e9line tout bas. De ne pas avoir lu. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic a lev\u00e9 la main pour qu&#8217;on se taise.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Moreau, un acte de vente chez un notaire, \u00e7a se paie. Vous voulez nous dire comment votre m\u00e8re a pay\u00e9 cette maison, elle qui touche mille cent vingt euros de retraite ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle ne l&#8217;a pas pay\u00e9e. Je l&#8217;ai pay\u00e9e. C&#8217;est un cadeau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec quel argent ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le mien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates s\u00fbr ? \u00bb a dit Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>Il a pris la deuxi\u00e8me feuille de son dossier, l&#8217;a d\u00e9froiss\u00e9e sur la toile cir\u00e9e et l&#8217;a fait glisser jusqu&#8217;\u00e0 moi, avec deux doigts, comme on pose une assiette.<\/p>\n<p>\u00ab Six cent quinze mille euros, Josiane. Pay\u00e9s comptant. \u00bb<\/p>\n<p>Pendant six mois, j&#8217;ai demand\u00e9 la permission pour allumer le chauffage dans ma propre maison.<\/p>\n<p>Je me suis dit \u00e7a, assise devant la feuille, la main sur le carnet. Pas avec ces mots. Mais \u00e7a tournait dans ma t\u00eate, et \u00e7a ne s&#8217;arr\u00eatait pas.<\/p>\n<p>Six cent quinze mille euros. Je n&#8217;avais jamais vu plus de quarante-deux mille euros d&#8217;un coup, et c&#8217;\u00e9tait mon livret, des ann\u00e9es de m\u00e9nages.<\/p>\n<p>Ces quarante-deux mille euros, c&#8217;\u00e9tait pour mes obs\u00e8ques. J&#8217;avais m\u00eame demand\u00e9 le prix d&#8217;un cercueil aux pompes fun\u00e8bres de Roubaix, pour ne pas laisser de dette \u00e0 S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>Et puis une odeur est remont\u00e9e. Une odeur de frites.<\/p>\n<p>\u00ab Une brasserie, j&#8217;ai dit. \u00c0 Paris. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic s&#8217;est pench\u00e9 vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab Racontez, Josiane. Prenez votre temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait en mai. S\u00e9bastien m&#8217;avait appel\u00e9e la veille. Il m&#8217;a dit : &#8220;Maman, viens par le premier train, j&#8217;ai un rendez-vous pour t&#8217;aider.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un rendez-vous o\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une rue pr\u00e8s de Saint-Lazare. Un escalier en pierre, une plaque en cuivre. Un monsieur en cravate, qui ne m&#8217;a pas regard\u00e9e une seule fois. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Micka\u00ebl a sorti un stylo. Il n&#8217;a pas \u00e9crit, il l&#8217;a juste tenu.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a donn\u00e9 deux feuilles. J&#8217;ai sign\u00e9 en bas de chacune. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous les avez lues ? \u00bb a demand\u00e9 C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Le monsieur a dit : &#8220;C&#8217;est pour votre fils, madame.&#8221; S\u00e9bastien a dit : &#8220;C&#8217;est pour t&#8217;aider, maman.&#8221; Alors j&#8217;ai sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9e. Autour de moi, plus personne ne bougeait.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s, on a d\u00e9jeun\u00e9. Des nappes blanches. Il a pris un steak-frites, moi une sole. Trente-huit euros pour les deux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous vous rappelez le prix ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je compte tout, Ludovic. J&#8217;ai vu l&#8217;addition. Il l&#8217;a pay\u00e9e avec sa carte, et j&#8217;ai cru qu&#8217;il m&#8217;invitait. \u00c7a faisait des ann\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne sais plus si j&#8217;ai \u00e9crit ce d\u00e9jeuner dans mon carnet de cette ann\u00e9e-l\u00e0. Je n&#8217;ai jamais relu celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a laiss\u00e9 \u00e9chapper un souffle par le nez.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0, tu vois. Tu te souviens. C&#8217;\u00e9tait un cadeau, maman. Je voulais que tu aies un toit. Un vrai chez-toi, comme je te l&#8217;avais promis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un cadeau que je te paie cinq cents euros par mois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eate avec tes cinq cents euros. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il t&#8217;adore, tu le sais bien, a dit Constance sans me regarder. Il a toujours voulu le meilleur pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00e7a en regardant l&#8217;horloge du four.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. J&#8217;ai pris la soucoupe avec les cendres de ma belle-fille, je l&#8217;ai pass\u00e9e sous le robinet et je l&#8217;ai frott\u00e9e avec l&#8217;\u00e9ponge. Personne ne m&#8217;a arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<p>Je ne sais pas pourquoi j&#8217;ai fait \u00e7a. J&#8217;avais besoin que mes mains aient quelque chose \u00e0 faire.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, a dit Micka\u00ebl doucement. Asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 la soucoupe sur l&#8217;\u00e9gouttoir et je me suis assise.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Monsieur Moreau, a-t-il repris, il y a quinze jours, une plainte est arriv\u00e9e dans mon service. Je travaille \u00e0 la brigade financi\u00e8re. Une personne \u00e2g\u00e9e. Le nom qui revenait, c&#8217;\u00e9tait Moreau, au V\u00e9sinet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et alors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas fait le lien. Je n&#8217;y ai m\u00eame pas pens\u00e9. Hier soir, Josiane m&#8217;a appel\u00e9 et m&#8217;a dit : &#8220;S\u00e9bastien Moreau, Le V\u00e9sinet.&#8221; J&#8217;ai pass\u00e9 la nuit sur le dossier. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9. Ce gar\u00e7on avait mang\u00e9 ma bolognaise tous les jeudis, \u00e0 Roubaix. Il rongeait encore ses ongles, comme \u00e0 vingt ans.<\/p>\n<p>\u00ab Une plainte, \u00e7a veut rien dire, a dit S\u00e9bastien. Les vieux, \u00e7a se plaint. \u00c7a voit des voleurs partout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai senti Ludovic bouger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<\/p>\n<p>\u00ab Votre m\u00e8re est l\u00e0, monsieur, a-t-il dit. Elle entend ce que vous dites des gens de son \u00e2ge. \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a hauss\u00e9 les \u00e9paules. Constance a rallum\u00e9 sa cigarette, dans la cuisine, devant tout le monde, et personne n&#8217;a ouvert la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Reprenons, a dit Micka\u00ebl. Six cent quinze mille euros comptant, par un conseiller en gestion de patrimoine dont la soci\u00e9t\u00e9 est en difficult\u00e9. \u00c7a ne colle pas, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis un professionnel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates un professionnel qui a pay\u00e9 une maison avec de l&#8217;argent qui n&#8217;\u00e9tait pas le sien. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>S\u00e9bastien s&#8217;est raidi.<\/p>\n<p>\u00ab Pas le sien ? j&#8217;ai demand\u00e9. \u00c0 qui, alors ? \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a h\u00e9sit\u00e9. J&#8217;ai vu qu&#8217;il choisissait ses mots.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 d&#8217;autres gens, Josiane. On va y venir. Pas ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a suffit ! \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien s&#8217;est lev\u00e9 d&#8217;un coup. Sa chaise a racl\u00e9 le carrelage. Il a tendu le doigt vers moi, et ce doigt-l\u00e0, je le connaissais, c&#8217;\u00e9tait celui qu&#8217;il pointait sur la porte de sa chambre \u00e0 douze ans.<\/p>\n<p>\u00ab Maman, tu sors de cette cuisine. Tu montes dans ta chambre et tu ne dis plus un mot. Parce que si tu continues, maman, on va te\u2026 \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Monsieur Moreau, a dit Ludovic, debout lui aussi, tr\u00e8s bas. Surveillez ce que vous dites. \u00bb<\/p>\n<p>Sous la table, les pouces de Constance allaient tr\u00e8s vite.<\/p>\n<p>Je les voyais bouger sur son genou. Depuis dix minutes, elle ne regardait plus personne. Elle \u00e9crivait, elle effa\u00e7ait, elle r\u00e9\u00e9crivait.<\/p>\n<p>Puis elle s&#8217;est lev\u00e9e. \u00ab Je vais aux toilettes. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est sortie dans le couloir, et j&#8217;ai entendu sa voix basse, avec le petit rire que les gens ont quand ils veulent para\u00eetre calmes. Elle ne parlait pas \u00e0 un homme. Elle disait \u00ab ch\u00e8re \u00bb, \u00ab je compte sur vous \u00bb.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas tout saisi. J&#8217;ai not\u00e9 l&#8217;heure dans ma t\u00eate : neuf heures quarante.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien s&#8217;est rassis. Il a crois\u00e9 les jambes, comme s&#8217;il attendait un client.<\/p>\n<p>\u00ab Micka\u00ebl, j&#8217;ai dit. Les autres gens. C&#8217;est qui ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 Ludovic. Ludovic a fait oui de la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Onze personnes, Josiane. Onze clients de S\u00e9bastien. Tous \u00e2g\u00e9s. Des assurances-vie, des comptes, des \u00e9conomies de toute une vie. Il leur disait : &#8220;Faites-moi confiance, je m&#8217;occupe de tout.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Combien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pr\u00e8s de deux millions d&#8217;euros. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai essay\u00e9 de compter les z\u00e9ros. Je n&#8217;y suis pas arriv\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est faux, a dit S\u00e9bastien. Des placements qui ont mal tourn\u00e9. Le march\u00e9, \u00e7a monte, \u00e7a descend. Vous n&#8217;y connaissez rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Onze personnes, a dit C\u00e9line. Dont une dame de quatre-vingt-un ans, veuve, qui n&#8217;a plus que sa pension. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis demand\u00e9 laquelle. Je me suis demand\u00e9 si elle avait, elle aussi, un carnet.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, a dit Ludovic. Il faut que vous compreniez une chose, parce que c&#8217;est \u00e7a qui compte aujourd&#8217;hui. Le nom sur l&#8217;acte, c&#8217;est le v\u00f4tre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Je viens de le lire. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Si cette maison a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e avec de l&#8217;argent vol\u00e9, et qu&#8217;elle est \u00e0 votre nom, alors la premi\u00e8re personne \u00e0 qui la justice posera des questions, ce sera vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates la propri\u00e9taire. Sur le papier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais j&#8217;ai rien fait, Ludovic. J&#8217;ai fait mes m\u00e9nages. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Et on le prouvera. Mais pour \u00e7a, il faudra que vous soyez cr\u00e9dible. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti mes poumons se serrer. J&#8217;ai fouill\u00e9 la poche de mon gilet, trouv\u00e9 la Ventoline, et je me suis servi deux bouff\u00e9es devant tout le monde.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>S\u00e9bastien me regardait faire. Il souriait.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vois ce que tu as fait, maman ? \u00bb a-t-il dit, presque gentiment. \u00ab Tu as sign\u00e9, tu es propri\u00e9taire de tout \u00e7a. Si \u00e7a tourne mal, c&#8217;est toi qu&#8217;on emm\u00e8ne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Moreau, a dit Micka\u00ebl. Vous venez de dire quelque chose de tr\u00e8s grave. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je dis ce qui est. Elle a sign\u00e9, elle est dans le coup. Demandez-lui ce qu&#8217;elle a sign\u00e9. Elle ne sait m\u00eame plus. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 mes mains. Elles tremblaient moins que tout \u00e0 l&#8217;heure. C&#8217;est bizarre. Plus on me poussait, moins elles bougeaient.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je sais plus, c&#8217;est vrai, j&#8217;ai dit. Mais je sais qui m&#8217;a fait signer. \u00bb<\/p>\n<p>Il a hauss\u00e9 un sourcil.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que la sonnette a retenti.<\/p>\n<p>Constance est repass\u00e9e dans le couloir. Elle n&#8217;a pas demand\u00e9 : \u00ab Tu attends quelqu&#8217;un ? \u00bb Elle a ouvert tout de suite, comme si elle avait eu la main sur la poign\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Entrez, entrez. Merci d&#8217;\u00eatre venue si vite. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai reconnu les talons avant le visage.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Une femme d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann\u00e9es est entr\u00e9e dans la cuisine, avec un manteau camel et une sacoche en cuir sous le bras. Elle sentait le parfum cher. Elle a regard\u00e9 les trois visiteurs, puis mon fils, puis moi.<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour, madame Moreau, a-t-elle dit avec un grand sourire. Docteure Lambert-Duval. Vous vous souvenez de moi ? \u00bb<\/p>\n<p>Je me souvenais tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>Une journ\u00e9e de juin. Constance m&#8217;avait dit : \u00ab Je t&#8217;emm\u00e8ne voir une amie, pour ta Ventoline. \u00bb Un cabinet avec un tapis \u00e9pais, une pendule en bronze sur le bureau. Une dame qui m&#8217;avait demand\u00e9 de dessiner une horloge, de retenir trois mots, de compter \u00e0 l&#8217;envers.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;avais jamais eu de m\u00e9dicament \u00e0 la fin. Juste un papier que personne ne m&#8217;avait montr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Marguerite, merci, a dit Constance. Ils sont arriv\u00e9s d&#8217;un coup. Je ne savais plus quoi faire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez bien fait. \u00bb<\/p>\n<p>La docteure s&#8217;est assise sans qu&#8217;on l&#8217;y invite. Elle a ouvert sa sacoche et en a sorti une feuille, qu&#8217;elle a pos\u00e9e au milieu de la table, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma tasse de caf\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis tenue au secret m\u00e9dical, mais je crois que la situation l&#8217;exige. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? \u00bb a demand\u00e9 Ludovic en se penchant.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Un certificat, a dit la docteure. Dat\u00e9 du 20 juin. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis pench\u00e9e aussi. Sur la feuille, il y avait une signature \u00e0 l&#8217;encre bleue, un tampon, et une phrase en gras. J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute, sans lever la t\u00eate, parce que je ne voulais pas qu&#8217;on me coupe.<\/p>\n<p>\u00ab &#8220;Troubles cognitifs d&#8217;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, \u00e9volutifs. La patiente ne peut plus g\u00e9rer seule ses affaires.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais\u2026 \u00bb j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est normal que vous ne vous en souveniez pas, madame Moreau, a dit la docteure avec une douceur d&#8217;infirmi\u00e8re. C&#8217;est justement le principe de la maladie. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a pos\u00e9 sa main sur mon poignet, comme une amie. Elle a regard\u00e9 chaque personne autour de la table.<\/p>\n<p>Puis elle a souri encore, et elle a dit tr\u00e8s fort, pour que tout le monde l&#8217;entende :<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, quel jour sommes-nous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vendredi 4 octobre, j&#8217;ai dit. Il est dix heures moins huit \u00e0 la pendule du four. \u00bb<\/p>\n<p>La docteure a gard\u00e9 son sourire. Sa main est rest\u00e9e sur mon poignet.<\/p>\n<p>\u00ab Hier soir, jeudi, mon fils m&#8217;a gifl\u00e9e dans cette cuisine. Ma joue est encore violette, vous voulez la voir ? Je l&#8217;ai photographi\u00e9e ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, calmez-vous\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis calme. Vous m&#8217;avez fait dessiner une horloge en juin. J&#8217;ai mis les aiguilles sur onze heures dix, comme vous l&#8217;avez demand\u00e9. Et les trois mots que vous m&#8217;avez dits, je les ai encore. Citron, cl\u00e9, ballon. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a rien dit. Constance a regard\u00e9 la docteure. La docteure a regard\u00e9 sa sacoche.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est bonne actrice, ce matin, a dit S\u00e9bastien. \u00c7a arrive. Il y a des bons jours, docteure, vous me l&#8217;avez dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les troubles fluctuent, oui, a dit la docteure, un peu trop vite. \u00c7a n&#8217;enl\u00e8ve rien au diagnostic. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic s&#8217;est redress\u00e9. Il avait cette voix calme qu&#8217;il prenait \u00e0 quatorze ans, quand il demandait un deuxi\u00e8me bol de soupe.<\/p>\n<p>\u00ab Docteure, ce certificat, vous l&#8217;avez \u00e9tabli pour quel usage ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est joint \u00e0 une proc\u00e9dure. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Quelle proc\u00e9dure ? \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a r\u00e9pondu \u00e0 sa place, tranquillement, comme on donne la m\u00e9t\u00e9o.<\/p>\n<p>\u00ab Une habilitation familiale. Pour la prot\u00e9ger. J&#8217;ai d\u00e9pos\u00e9 la requ\u00eate le 12 septembre. Je ne voulais pas t&#8217;inqui\u00e9ter, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 12 septembre, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Micka\u00ebl. Trois semaines avant la gifle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel rapport ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Aucun, si on est de bonne foi, a dit Ludovic. Une requ\u00eate de ce genre, le tribunal en informe la personne concern\u00e9e. Par lettre recommand\u00e9e, avec accus\u00e9 de r\u00e9ception. Madame Moreau, vous avez re\u00e7u un courrier du tribunal ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Non. Jamais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne re\u00e7oit rien, a dit S\u00e9bastien. Elle perd tout. Constance, ch\u00e9rie, tu l&#8217;as ? \u00bb<\/p>\n<p>Constance s&#8217;est lev\u00e9e sans un mot. Elle a ouvert le tiroir sous la hotte, celui o\u00f9 je range mes sacs plastiques, et elle en a sorti une enveloppe jaune d\u00e9j\u00e0 ouverte.<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a pos\u00e9e devant moi, du bout des doigts.<\/p>\n<p><em>Tribunal judiciaire de Versailles. Juge des contentieux de la protection.<\/em><\/p>\n<p>J&#8217;ai relu la ligne. Je n&#8217;ai pas lu le reste tout de suite. Mes yeux sont all\u00e9s directement en bas, sur l&#8217;avis de r\u00e9ception, et sur la signature de la personne qui avait pris l&#8217;enveloppe au facteur.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un grand C, une boucle, un point sur le i. La m\u00eame \u00e9criture que les trois feuilles de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne, quand elle avait \u00ab aid\u00e9 \u00bb \u00e0 me montrer o\u00f9 signer.<\/p>\n<p>\u00ab Constance Moreau, j&#8217;ai lu. 18 septembre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais t&#8217;\u00e9viter une inqui\u00e9tude, a dit ma belle-fille. Tu es d\u00e9j\u00e0 si fatigu\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as gard\u00e9e dans mon tiroir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un tiroir de la cuisine, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne l&#8217;ai pas contredite. Elle avait raison. C&#8217;\u00e9tait un tiroir de la cuisine.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai lu la convocation lentement, mot par mot, avec mon doigt sous la ligne, comme on lit une recette.<\/p>\n<p>\u00ab Audience : jeudi 17 octobre, quatorze heures. Devant la juge. Pour d\u00e9cider si je peux encore g\u00e9rer mes affaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour ton bien, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour mon bien, j&#8217;ai dit. Et c&#8217;est toi qui d\u00e9cideras \u00e0 ma place, apr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Il a regard\u00e9 le plafond, comme Constance, tout \u00e0 l&#8217;heure.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. La chaise a recul\u00e9 toute seule.<\/p>\n<p>\u00ab Je reste pas ici une nuit de plus. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Josiane, a dit C\u00e9line, on peut vous loger chez moi\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais chercher mes affaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne vas nulle part, a dit S\u00e9bastien. Tu n&#8217;as pas le droit de partir comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma maison, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit \u00e7a tr\u00e8s simplement. J&#8217;ai senti que c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que ces trois mots-l\u00e0 me servaient \u00e0 quelque chose.<\/p>\n<p>Je suis mont\u00e9e dans la chambre d&#8217;amis. Micka\u00ebl m&#8217;a suivie jusqu&#8217;au palier, par prudence, et il est rest\u00e9 devant la porte sans entrer.<\/p>\n<p>La fen\u00eatre fermait toujours mal. Le vent passait par la fente, avec un petit sifflement que j&#8217;avais fini par ne plus entendre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Sous le lit, il y avait la bo\u00eete en carton, la m\u00eame que celle de Roubaix, avec ses ficelles. Quarante-cinq ans de carnets, un par ann\u00e9e. Je l&#8217;ai tir\u00e9e \u00e0 deux mains.<\/p>\n<p>Sur la commode, j&#8217;ai pris la photo de la remise de dipl\u00f4me. Un gar\u00e7on en toge, et sa m\u00e8re qui le serre dans ses bras. J&#8217;ai mis la photo dans mon cabas, entre les pantoufles et la Ventoline.<\/p>\n<p>Le gilet, je l&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 sur le dos. C&#8217;\u00e9tait la seule chose de lui que j&#8217;avais envie de garder, et je me suis demand\u00e9 pourquoi.<\/p>\n<p>\u00ab Je vous aide \u00bb, a dit Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Non. Prenez juste le carton. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il l&#8217;a port\u00e9 jusqu&#8217;en bas. Moi, j&#8217;ai fait l&#8217;escalier une marche \u00e0 la fois, la main sur la rampe, pour qu&#8217;on voie que je ne tremblais pas.<\/p>\n<p>Dans le couloir, la docteure Lambert-Duval nous attendait pr\u00e8s de la porte, son manteau camel sur le bras. Les autres \u00e9taient rest\u00e9s dans la cuisine, et on entendait S\u00e9bastien parler fort, sans comprendre ce qu&#8217;il disait.<\/p>\n<p>Elle a attendu que Micka\u00ebl et Ludovic passent devant. Alors elle s&#8217;est pench\u00e9e vers moi, et elle a dit, tr\u00e8s bas, sans plus aucun sourire :<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi 17 octobre, quatorze heures. Apr\u00e8s, plus personne ne vous croira. \u00bb<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me \u00e9tage, je me suis arr\u00eat\u00e9e sur le palier et j&#8217;ai sorti la Ventoline.<\/p>\n<p>\u00ab Encore deux, Josiane, a dit C\u00e9line derri\u00e8re moi. L&#8217;ascenseur est en panne depuis lundi. Je suis d\u00e9sol\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma belle, j&#8217;ai fait quatre \u00e9tages pendant quarante ans. Laissez-moi respirer et je monte. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl attendait deux marches plus haut, le carton de carnets contre le ventre. Il ne disait rien. Il avait l&#8217;air d&#8217;un gar\u00e7on de vingt ans qui porte les courses de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le reste de la journ\u00e9e, je l&#8217;ai surtout pass\u00e9 sur des bancs.<\/p>\n<p>Le commissariat d&#8217;abord. Un policier fatigu\u00e9 a tap\u00e9 ma d\u00e9position avec deux doigts, et il m&#8217;a tendu quatre pages \u00e0 signer. J&#8217;ai sorti mes lunettes. J&#8217;ai tout lu, ligne par ligne, \u00e0 voix basse. Il a attendu en regardant son caf\u00e9 refroidir.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon fils \u00bb, j&#8217;ai dit en arrivant \u00e0 la derni\u00e8re ligne.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pourrez retirer votre plainte plus tard, madame, a dit Ludovic. Signez, pour l&#8217;instant. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sign\u00e9.<\/p>\n<p>Ensuite, l&#8217;UMJ. Une m\u00e9decin m&#8217;a mesur\u00e9 la joue avec une petite r\u00e8gle, elle a pris des photos et elle a \u00e9crit un certificat. Elle m&#8217;a demand\u00e9 : \u00ab \u00c7a vous est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 ? \u00bb J&#8217;ai r\u00e9pondu non. Elle a \u00e9crit quand m\u00eame, et elle m&#8217;a regard\u00e9e un moment sans rien dire.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 Roubaix, on dit qu&#8217;on ne lave pas son linge sale en public. J&#8217;avais lav\u00e9 le mien pendant quarante ans.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;appartement de C\u00e9line, il y avait deux pi\u00e8ces, un canap\u00e9 et des piles de journaux. Au mur, une carte de la France avec des punaises rouges. Un frigo presque vide.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas grand-chose \u00bb, a dit C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez des p\u00e2tes ? Des tomates en bo\u00eete ? Un oignon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je crois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors donnez-moi une casserole. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne sais pas faire autre chose quand j&#8217;ai peur. Je cuisine.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Micka\u00ebl s&#8217;est assis sur le tabouret de la cuisine, les coudes sur les genoux. Ludovic a pos\u00e9 sa veste sur une chaise, et il s&#8217;est mis \u00e0 \u00e9plucher l&#8217;oignon sans qu&#8217;on le lui demande.<\/p>\n<p>\u00ab Vous mettiez du ketchup dans la sauce, a dit Micka\u00ebl. Le jeudi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait pour la couleur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait pour le go\u00fbt, Josiane. \u00c7a avait un go\u00fbt de dimanche. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. J&#8217;ai remu\u00e9 la sauce.<\/p>\n<p>\u00ab Je vous ai jamais dit merci, a-t-il dit, plus bas. J&#8217;\u00e9tais \u00e0 Lille, j&#8217;avais ma bourse et un studio sans chauffage. Je mangeais chez vous parce que vous m&#8217;aviez dit un jour : &#8220;Viens, il y en a toujours pour un de plus.&#8221; \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il y en avait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi j&#8217;ai pas oubli\u00e9, a dit Ludovic, le couteau en l&#8217;air. J&#8217;avais quatorze ans. Je dormais dans votre cage d&#8217;escalier \u00e0 cause de mon beau-p\u00e8re. Vous \u00eates descendue avec un bol de soupe et vous m&#8217;avez dit : &#8220;Tu vas pas rester l\u00e0, tu vas attraper la mort.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu avais les l\u00e8vres bleues. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous m&#8217;avez tutoy\u00e9 ce soir-l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai tutoy\u00e9 les gamins toute ma vie. C&#8217;est apr\u00e8s qu&#8217;ils ont grandi. \u00bb<\/p>\n<p>C\u00e9line s&#8217;est mise \u00e0 rire, puis elle a arr\u00eat\u00e9 d&#8217;un coup, la main devant la bouche.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re, a-t-elle dit. Quand elle ne pouvait plus se lever, vous veniez \u00e0 six heures du matin avant vos m\u00e9nages. Vous lui faisiez sa toilette. Vous ne m&#8217;avez jamais rien demand\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait peur toute seule. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, j&#8217;avais dix-sept ans. J&#8217;ai cru que c&#8217;\u00e9tait normal. J&#8217;ai compris plus tard que non. \u00bb<\/p>\n<p>On a mang\u00e9 \u00e0 quatre, dans des assiettes d\u00e9pareill\u00e9es, avec le carton de carnets pos\u00e9 sur le canap\u00e9 comme un cinqui\u00e8me invit\u00e9.<\/p>\n<p>Quand les assiettes ont \u00e9t\u00e9 vides, Micka\u00ebl a pouss\u00e9 la sienne et il a pris un ton diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, je dois vous expliquer comment \u00e7a marche, en gros. Sans les chiffres. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Allez-y. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien g\u00e9rait l&#8217;argent de personnes \u00e2g\u00e9es. Des assurances-vie, des comptes. Il leur faisait signer des ordres, des papiers qu&#8217;elles ne lisaient pas. Un peu comme vous. Et il d\u00e9tournait, petit \u00e0 petit, vers des comptes \u00e0 lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comme moi \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Comme vous. Avec onze personnes, \u00e7a fait beaucoup d&#8217;argent. Il a achet\u00e9 une maison avec une partie. Cash. Et il l&#8217;a mise \u00e0 votre nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi \u00e0 mon nom ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu&#8217;une maison au nom d&#8217;une retrait\u00e9e de soixante-dix ans, qui a fait des m\u00e9nages toute sa vie, personne ne la saisit. Chez lui, on la saisit. Chez vous, \u00e7a ressemble \u00e0 une h\u00e9riti\u00e8re discr\u00e8te. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et apr\u00e8s, il m&#8217;a fait venir ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour vous garder pr\u00e8s de lui, a dit Ludovic. Et pour que, si on vous interroge, on vous trouve confuse. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 ma fourchette sur le bord de l&#8217;assiette. Elle a fait un petit bruit de rien.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas pleur\u00e9. Je suis all\u00e9e chercher mon cabas, j&#8217;ai sorti le carnet de cette ann\u00e9e et j&#8217;ai \u00e9crit :<\/p>\n<p><em>4 octobre. Commissariat. UMJ. C\u00e9line : p\u00e2tes, tomates, oignon. \u00c0 rembourser.<\/em><\/p>\n<p>\u00c7a m&#8217;a calm\u00e9e. Je ne sais pas pourquoi. Peut-\u00eatre que c&#8217;\u00e9tait la seule chose de la journ\u00e9e qui restait \u00e0 sa place.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Vers vingt-trois heures, le t\u00e9l\u00e9phone de C\u00e9line a vibr\u00e9 sur l&#8217;\u00e9vier. Elle l&#8217;a regard\u00e9, puis elle a regard\u00e9 Micka\u00ebl, qui a hauss\u00e9 les \u00e9paules : \u00ab Pas moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est sortie sur le palier et elle a referm\u00e9 la porte. Je l&#8217;ai entendue parler bas, pendant une minute, avec quelqu&#8217;un qui devait \u00eatre plus vieux qu&#8217;elle, parce qu&#8217;elle disait \u00ab madame \u00bb.<\/p>\n<p>Quand elle est rentr\u00e9e, elle tenait encore le t\u00e9l\u00e9phone des deux mains.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane. La plaignante num\u00e9ro un accepte de vous voir. Elle habite \u00e0 deux rues de chez S\u00e9bastien. Elle s&#8217;appelle Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>Samedi \u00e0 onze heures, Chantal m&#8217;a servi un caf\u00e9 dans une tasse \u00e0 fleurs, et j&#8217;ai su que mon fils avait menti \u00e0 une deuxi\u00e8me vieille dame.<\/p>\n<p>Je reprends depuis le RER. Trois places c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, C\u00e9line \u00e0 ma gauche, Micka\u00ebl en face avec une chemise cartonn\u00e9e sur les genoux. \u00c0 la gare du V\u00e9sinet, j&#8217;ai march\u00e9 sans regarder les panneaux. Je connaissais le chemin de la boulangerie.<\/p>\n<p>On est pass\u00e9s au bout de l&#8217;all\u00e9e des Tilleuls. Je n&#8217;ai pas tourn\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>Chantal habitait un pavillon de meuli\u00e8re, avec un portillon qui grin\u00e7ait. Elle a ouvert avec la cha\u00eene mise. Elle faisait une t\u00eate de moins que moi.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates la maman ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis la maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates plus petite que je croyais. Entrez vite, les voisins regardent. \u00bb<\/p>\n<p>Le salon sentait la cire et le chauffage \u00e9lectrique. Sur le buffet, des photos, une bo\u00eete de Doliprane, un g\u00e9ranium qui n&#8217;avait plus que deux feuilles. Elle avait pr\u00e9par\u00e9 un quatre-quarts. Il \u00e9tait coup\u00e9 en tranches \u00e9gales, pos\u00e9es sur une assiette \u00e0 liser\u00e9 dor\u00e9.<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise. Elle s&#8217;est relev\u00e9e pour chercher les serviettes en papier. Elle s&#8217;est rassise.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai quatre-vingt-un ans. Mon mari est parti en 2016 \u00bb, a-t-elle dit.<\/p>\n<p>Elle a serr\u00e9 son gilet.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a laiss\u00e9 une assurance-vie, cent dix mille euros. Votre fils m&#8217;a dit qu&#8217;il la ferait travailler. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il l&#8217;a fait travailler, ma pauvre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour lui, oui. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl n&#8217;a rien dit. Il a ouvert sa chemise et il a pos\u00e9 des feuilles \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du quatre-quarts.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez \u00e9crit \u00e0 qui, madame Chantal ? \u00bb a demand\u00e9 C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Au procureur. Le 16 septembre. Mon petit-fils m&#8217;a aid\u00e9e pour la lettre. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert le tiroir du buffet, celui des ordonnances. Elle a sorti une enveloppe blanche, \u00e0 en-t\u00eate bleu : <em>Moreau Patrimoine<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a r\u00e9pondu, lui. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti mes lunettes. J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute, parce que c&#8217;est comme \u00e7a que je lis maintenant.<\/p>\n<p><em>\u00ab Ch\u00e8re madame, suite \u00e0 votre courrier, veuillez trouver ci-joint un ch\u00e8que de 3 000 \u20ac au titre d&#8217;un geste commercial exceptionnel. Je vous remercie de bien vouloir consid\u00e9rer ce diff\u00e9rend comme clos. Bien cordialement, S. Moreau. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Le ch\u00e8que est dans l&#8217;enveloppe \u00bb, a dit Chantal. \u00ab Je l&#8217;ai pas encaiss\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle date sur le ch\u00e8que ? \u00bb a demand\u00e9 Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Le 24 septembre. \u00bb<\/p>\n<p>Il a fait glisser une feuille vers moi. Des lignes surlign\u00e9es en jaune.<\/p>\n<p>\u00ab 23 septembre. Retrait en esp\u00e8ces, trois mille euros. Agence du V\u00e9sinet. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 le haut de la page. Mon nom. Mon num\u00e9ro de compte.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le mien \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a pris trois mille euros dans mon livret pour payer le silence de madame. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a r\u00e9pondu. Chantal avait pos\u00e9 sa main \u00e0 plat sur la nappe, comme pour l&#8217;emp\u00eacher de s&#8217;envoler.<\/p>\n<p>\u00ab Trois mille, j&#8217;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9. C&#8217;est six fois cinq cents. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon ? \u00bb a dit C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Rien. Mes loyers, d&#8217;avril \u00e0 septembre. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la soucoupe lav\u00e9e chaque matin, au pot de yaourt, au carnet. Je n&#8217;ai pas fini de penser. Chantal s&#8217;\u00e9tait lev\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Je veux pas de son argent. Je veux les cent dix mille de mon mari. Et je veux qu&#8217;il me regarde en face. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est revenue avec un cadre en argent, qu&#8217;elle a pos\u00e9 devant moi.<\/p>\n<p>\u00ab Il est venu en juin pour mon dossier. Il est rest\u00e9 manger. Ma petite-fille a pris la photo. \u00bb<\/p>\n<p>Un homme \u00e0 une table. Un bol de soupe devant lui. Les coudes \u00e9cart\u00e9s, le menton dans la main, la t\u00eate un peu pench\u00e9e, comme quelqu&#8217;un qui vous \u00e9coute depuis longtemps.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai reconnu avant de comprendre. Ce n&#8217;\u00e9tait pas mon fils que je voyais. C&#8217;\u00e9tait Micka\u00ebl, \u00e0 vingt ans, au bout de ma table de Roubaix, avec son bol et ses lunettes de travers.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma fa\u00e7on de m&#8217;asseoir \u00bb, a dit Micka\u00ebl, tr\u00e8s bas.<\/p>\n<p>\u00ab Il s&#8217;asseyait jamais comme \u00e7a chez moi \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Il mangeait devant la t\u00e9l\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il passait le jeudi, des fois. Il restait au fond. Il me regardait faire, je m&#8217;en souviens. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et il m&#8217;a dit une phrase \u00bb, a repris Chantal. \u00ab Je l&#8217;ai trouv\u00e9e gentille. &#8220;Chez ma m\u00e8re, madame, il y en a toujours pour un de plus.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas touch\u00e9 au quatre-quarts. J&#8217;ai tenu le cadre une minute, puis je l&#8217;ai remis \u00e0 sa place sur la nappe.<\/p>\n<p>Je ne sais pas \u00e0 quel moment il a commenc\u00e9 \u00e0 me copier. Je sais seulement qu&#8217;il ne l&#8217;a jamais fait devant moi.<\/p>\n<p>\u00ab Et G\u00e9rard ? Vous m&#8217;avez parl\u00e9 d&#8217;un G\u00e9rard \u00bb, a demand\u00e9 Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Au bout de la rue. Quatre-vingt-quatre ans. Il a re\u00e7u la m\u00eame lettre. Lui, il a encaiss\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il avait une facture de chaudi\u00e8re. Il a honte, maintenant. Il veut voir personne. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a not\u00e9 quelque chose dans son carnet \u00e0 lui. Un petit, noir, avec un \u00e9lastique.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a fait onze \u00bb, a-t-il dit. \u00ab Avec madame Chantal et monsieur G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Onze quoi ? \u00bb a demand\u00e9 Chantal.<\/p>\n<p>\u00ab Onze personnes comme vous. Pour l&#8217;instant. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pris sa tasse \u00e0 deux mains. Elle l&#8217;a repos\u00e9e sans boire.<\/p>\n<p>\u00ab Votre fils, madame Moreau, il vous a pris pour une idiote ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a pris pour sa m\u00e8re \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab \u00c7a revient au m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Chantal a ri, un petit rire sec, qui s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 net.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que son t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 sur le buffet. Un vieux t\u00e9l\u00e9phone gris, \u00e0 grosses touches. Elle l&#8217;a pris, elle a regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran, et elle est devenue tr\u00e8s p\u00e2le.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est lui. Il m&#8217;appelle jamais le samedi. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a lev\u00e9 la main. Chantal a h\u00e9sit\u00e9, puis elle a appuy\u00e9 sur le bouton du haut-parleur.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Chantal ? S\u00e9bastien Moreau. Excusez-moi de vous d\u00e9ranger un samedi. \u00bb<\/p>\n<p>Sa voix \u00e9tait douce. La voix qu&#8217;il avait pour les vieux.<\/p>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re est confuse, madame. Elle est partie cette nuit, on la cherche partout. Si elle sonne chez vous, je vous en prie, ne la recevez surtout pas. Appelez-moi tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr, S\u00e9bastien. Je ne la recevrai pas. \u00bb<\/p>\n<p>Chantal a appuy\u00e9 sur le bouton rouge. Elle a pos\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone sur le buffet, face contre le bois.<\/p>\n<p>\u00ab Je lui ai dit ce qu&#8217;il voulait entendre \u00bb, a-t-elle expliqu\u00e9. \u00ab Les gens bavards, \u00e7a se trompe plus vite. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a regard\u00e9 sa montre. Il a \u00e9crit : <em>11 h 52, appel de S. Moreau.<\/em> Il avait les mains qui tremblaient un peu, et il s&#8217;en est aper\u00e7u, et il a referm\u00e9 le carnet.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas demand\u00e9 comment mon fils savait que j&#8217;\u00e9tais partie. Je me suis dit que je le demanderais plus tard.<\/p>\n<p>Le lundi, ma carte a \u00e9t\u00e9 aval\u00e9e.<\/p>\n<p>Je voulais retirer vingt euros. Pour rembourser les p\u00e2tes de C\u00e9line, et acheter un ticket de m\u00e9tro. J&#8217;\u00e9tais devant le distributeur de la rue de la Roquette, la file derri\u00e8re moi, un monsieur avec une baguette sous le bras.<\/p>\n<p><em>Carte retenue. Veuillez contacter votre agence.<\/em><\/p>\n<p>J&#8217;ai attendu. L&#8217;\u00e9cran n&#8217;a rien ajout\u00e9. Le monsieur \u00e0 la baguette a soupir\u00e9.<\/p>\n<p>Au t\u00e9l\u00e9phone, une jeune femme m&#8217;a pos\u00e9 trois questions, puis elle a dit :<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, votre solde est de douze euros. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Douze euros. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a eu un virement hier, dimanche, de trois mille cinq cent quatre-vingt-huit euros. Au d\u00e9bit, avec procuration. Vers un compte Moreau Patrimoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;avais trois mille six cents. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il vous reste douze euros, madame. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai remerci\u00e9. Je ne sais pas pourquoi. Dans le carnet j&#8217;ai \u00e9crit : <em>7 octobre. Solde : 12 \u20ac.<\/em> Je l&#8217;ai soulign\u00e9 deux fois, avec le stylo bille de la Poste.<\/p>\n<p>Chez C\u00e9line, Ludovic m&#8217;attendait avec son ordinateur ouvert sur la table basse. Micka\u00ebl \u00e9tait debout pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Personne n&#8217;avait touch\u00e9 aux tasses.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Josiane \u00bb, a dit Ludovic. \u00ab Asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis bien debout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai re\u00e7u un courrier ce matin. Ma\u00eetre d&#8217;Harcourt, l&#8217;avocat de votre fils. \u00bb<\/p>\n<p>Il a tourn\u00e9 l&#8217;\u00e9cran vers moi. Je n&#8217;ai lu que ce qu&#8217;on m&#8217;a laiss\u00e9 le temps de lire : <em>abus de faiblesse<\/em>, <em>captation d&#8217;une personne vuln\u00e9rable<\/em>, <em>h\u00e9berg\u00e9e contre son gr\u00e9<\/em>, et trois noms \u00e0 la suite.<\/p>\n<p>\u00ab Nous trois \u00bb, a dit C\u00e9line. \u00ab Il nous accuse, nous trois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et moi, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 huit heures \u00bb, a dit Micka\u00ebl. \u00ab Mon chef m&#8217;\u00e9carte du dossier. Conflit d&#8217;int\u00e9r\u00eats. Je garde mes yeux, c&#8217;est tout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis assise.<\/p>\n<p>\u00ab Alors il a retourn\u00e9 la chose \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab C&#8217;est vous les voleurs, maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce qu&#8217;il essaie \u00bb, a dit Ludovic. \u00ab Et \u00e7a peut tenir, si on ne dit pas tout. \u00bb<\/p>\n<p>Il y a eu un temps. Ludovic regardait ses mains. C\u00e9line s&#8217;est mordu la l\u00e8vre.<\/p>\n<p>\u00ab Tout quoi ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane \u00bb, a dit Micka\u00ebl. \u00ab Le livret. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris dans sa chemise une page de relev\u00e9, avec des lignes surlign\u00e9es. Il me l&#8217;a tendue. Je suis all\u00e9e chercher mes lunettes. J&#8217;ai lu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>1er du mois. Vir. Garcia L. 100,00.<\/em><\/p>\n<p><em>1er du mois. Vir. Leroy C. 50,00.<\/em><\/p>\n<p><em>1er du mois. Vir. Robert M. 50,00.<\/em><\/p>\n<p>Chaque mois. Sur toutes les pages. En remontant, c&#8217;\u00e9tait toujours la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>\u00ab Je croyais que c&#8217;\u00e9tait la Caisse \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Qui m&#8217;arrondissait. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a ri.<\/p>\n<p>\u00ab Quinze ans \u00bb, a dit Ludovic. \u00ab Depuis que vous avez arr\u00eat\u00e9 les m\u00e9nages. On voulait que vous ayez un peu de c\u00f4t\u00e9. Vous auriez refus\u00e9 si on vous l&#8217;avait dit. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Deux cents euros par mois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pendant quinze ans. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai compt\u00e9 dans ma t\u00eate, comme je compte tout. Deux cents fois douze, \u00e7a fait deux mille quatre cents. Deux mille quatre cents fois quinze, trente-six mille. Le reste, c&#8217;\u00e9tait moi, trois, quatre billets de temps en temps, un peu de la prime de No\u00ebl.<\/p>\n<p>Quarante-deux mille.<\/p>\n<p>\u00ab Le livret, c&#8217;\u00e9tait \u00e0 vous \u00bb, a dit Micka\u00ebl. \u00ab Pas \u00e0 S\u00e9bastien. Pas \u00e0 moi non plus. Je voulais que vous le sachiez avant que lui vous le dise autrement. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous avez regard\u00e9 mes comptes avec mon mot de passe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous saviez que \u00e7a existait, vous trois, et moi j&#8217;ai cru que je me d\u00e9brouillais toute seule. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic s&#8217;est lev\u00e9. Il a fait un pas vers moi, puis il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab On voulait vous rendre ce que vous nous aviez donn\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vous ai donn\u00e9 de la soupe, mon grand. \u00bb<\/p>\n<p>Ma voix \u00e9tait normale. C&#8217;est \u00e7a qui m&#8217;a fait peur.<\/p>\n<p>\u00ab Vous m&#8217;avez pay\u00e9e \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Comme une pauvre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Josiane\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un virement, le premier du mois. Pour que je voie jamais vos t\u00eates. \u00bb<\/p>\n<p>C\u00e9line pleurait sans bruit, les bras serr\u00e9s autour d&#8217;elle, comme sur le palier de la veille. Ludovic a ouvert la bouche. Il l&#8217;a referm\u00e9e. Micka\u00ebl regardait ses chaussures.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai plus rien dit. Je me suis lev\u00e9e, j&#8217;ai pris mon cabas, et je suis all\u00e9e dans la salle de bains. J&#8217;ai tir\u00e9 le verrou, pas fort.<\/p>\n<p>Je me suis assise sur le bord de la baignoire. Dans le cabas, il y avait la bo\u00eete LU, les pantoufles, la Ventoline, le carnet.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Et une enveloppe.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais prise dans la chambre d&#8217;amis, le vendredi, sans y penser. Constance l&#8217;avait pos\u00e9e sur la commode le 30 septembre. \u00ab Ta mutuelle, Josiane. Range-la, on regardera plus tard. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai jamais regard\u00e9 plus tard.<\/p>\n<p>Avec la lime \u00e0 ongles, au fond du cabas, j&#8217;ai fendu l&#8217;enveloppe. Une feuille pli\u00e9e en trois. Une deuxi\u00e8me, plus \u00e9paisse.<\/p>\n<p>En haut, en lettres vertes : <em>EHPAD Les Glycines, Chatou.<\/em><\/p>\n<p>Plus bas, une ligne que j&#8217;ai lue deux fois, avec mon doigt dessous : <em>Acompte \u00e0 la r\u00e9servation, re\u00e7u : 4 000 \u20ac.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab C\u00e9\u2026 C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;arrivais pas \u00e0 finir. Trois mots, une inspiration qui sifflait, trois mots.<\/p>\n<p>La Ventoline \u00e9tait dans ma main. J&#8217;avais fait deux bouff\u00e9es, puis deux autres. Rien. J&#8217;ai regard\u00e9 le petit compteur au dos : z\u00e9ro. Je ne l&#8217;avais pas regard\u00e9 depuis mars.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait trois heures dix \u00e0 l&#8217;horloge du four. Je suis rest\u00e9e assise sur le bord du canap\u00e9, le dos droit, les mains sur les genoux, comme \u00e0 l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>C\u00e9line a allum\u00e9. Elle est venue en tee-shirt, pieds nus. Elle a vu ma bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, ne parlez pas. Respirez par le nez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ferm\u00e9 la fen\u00eatre que j&#8217;avais entrouverte \u00e0 cause du radiateur. L&#8217;air du dehors \u00e9tait froid et il sentait la poubelle. Je crois que \u00e7a a commenc\u00e9 avec \u00e7a. Avec \u00e7a, et la lettre vert p\u00e2le que je n&#8217;arr\u00eatais pas de relire sous mon oreiller.<\/p>\n<p>\u00ab All\u00f4, le 15 ? C&#8217;est pour une dame de soixante-treize ans. Asthme, elle respire tr\u00e8s mal. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a donn\u00e9 l&#8217;adresse. Elle a dit : \u00ab cinqui\u00e8me \u00e9tage sans ascenseur \u00bb, deux fois.<\/p>\n<p>\u00ab Elle parle ? \u00bb a demand\u00e9 la voix dans le haut-parleur.<\/p>\n<p>\u00ab Trois mots \u00e0 la fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Passez-la-moi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas pu. J&#8217;ai tenu le t\u00e9l\u00e9phone et j&#8217;ai fait oui de la t\u00eate, comme si l&#8217;autre pouvait voir.<\/p>\n<p>Les pompiers sont arriv\u00e9s en onze minutes. Ils \u00e9taient trois. Le plus jeune portait une chaise \u00e0 bras repli\u00e9e sous le coude.<\/p>\n<p>\u00ab On va vous descendre assise, madame. Vous bougez pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai\u2026 pas le choix. \u00bb<\/p>\n<p>Il a souri. Il a sangl\u00e9 mes genoux. J&#8217;ai pens\u00e9 : quatre \u00e9tages pendant quarante ans \u00e0 Roubaix, et il m&#8217;en faut cinq pour \u00eatre port\u00e9e une fois. Dans la poche de mon gilet, j&#8217;ai serr\u00e9 l&#8217;enveloppe des Glycines.<\/p>\n<p>Aux urgences, on m&#8217;a mis un masque. L&#8217;a\u00e9rosol sentait le plastique chaud. Sur l&#8217;\u00e9cran au-dessus de moi, un chiffre : 89.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Une infirmi\u00e8re a pos\u00e9 le brassard. Une autre est venue avec une tablette.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau Josiane. Date de naissance ? \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai dite. Elle a tap\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Personne \u00e0 pr\u00e9venir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi \u00bb, a dit C\u00e9line, qui avait enfil\u00e9 un jean de travers. \u00ab Je suis une amie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;\u00eates pas de la famille. Il y a d\u00e9j\u00e0 quelqu&#8217;un au dossier. Personne de confiance : Moreau S\u00e9bastien. On l&#8217;a appel\u00e9, il est dans le hall. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pas moi qui ai\u2026 \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas fini. J&#8217;ai arrach\u00e9 le masque pour le dire, et l&#8217;infirmi\u00e8re me l&#8217;a remis en douceur, sans me regarder.<\/p>\n<p>\u00ab Qui a mis son nom ? \u00bb a demand\u00e9 C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est \u00e9crit au dossier, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Le rideau s&#8217;est ouvert. J&#8217;ai reconnu d&#8217;abord son imperm\u00e9able beige, puis ses mains. Il avait les mains propres.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est approch\u00e9 du lit. Il avait les yeux rouges, et je me suis demand\u00e9 combien de temps il avait mis \u00e0 les faire venir.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle fait des crises quand elle est contrari\u00e9e \u00bb, a-t-il dit au m\u00e9decin. \u00ab Elle est partie samedi sans pr\u00e9venir. On l&#8217;a cherch\u00e9e deux jours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit\u2026 \u00e0 Constance\u2026 \u00bb J&#8217;ai remis le masque.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, la personne de confiance, c&#8217;est son fils \u00bb, a dit le m\u00e9decin \u00e0 C\u00e9line. \u00ab Dans le box, c&#8217;est lui seul. Vous pouvez attendre dehors. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous plaisantez ? \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic m&#8217;aurait dit : \u00ab Ne discutez pas ici. \u00bb C\u00e9line n&#8217;\u00e9tait pas Ludovic. Elle s&#8217;est pench\u00e9e, elle m&#8217;a pris la main, elle a dit : \u00ab Je reviens. \u00bb Elle est partie en regardant mon fils.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le m\u00e9decin a parl\u00e9 un moment. J&#8217;ai entendu : \u00ab surveillance \u00bb, \u00ab pas de retour seule \u00bb, \u00ab un s\u00e9jour de r\u00e9pit, en g\u00e9riatrie, une dizaine de jours, le temps de la stabiliser \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Votre fils est d&#8217;accord, madame Moreau. Il a d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 la fiche d&#8217;admission. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je veux\u2026 rentrer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 \u00e7a, maman ? \u00bb a demand\u00e9 S\u00e9bastien, doucement.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. Je n&#8217;avais pas assez de souffle pour dire \u00ab chez moi \u00bb. Je n&#8217;ai jamais su s&#8217;il fallait dire Roubaix ou Le V\u00e9sinet.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>On m&#8217;a mont\u00e9e en lit dans un couloir, puis dans une chambre \u00e0 deux, au septi\u00e8me \u00e9tage, avec un rideau \u00e0 fleurs et une voisine qui ronflait. \u00c0 cinq heures, une femme est entr\u00e9e sur la pointe des pieds. Blouse blanche, badge, lunettes sur le front. <em>Nadine, aide-soignante.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, vous dormez pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi non plus, c&#8217;est la nuit. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a remont\u00e9 le drap. Elle a ajust\u00e9 l&#8217;oxyg\u00e8ne. Elle m&#8217;a apport\u00e9 un gobelet de tisane ti\u00e8de et deux biscuits secs, sans que je demande rien.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vais vous dire quelque chose \u00bb, a-t-elle dit tout bas. \u00ab Votre fils est arriv\u00e9 avant l&#8217;ambulance. Vingt minutes avant. Il attendait au guichet, avec un dossier sous le bras. On a cru qu&#8217;on l&#8217;avait pr\u00e9venu. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis redress\u00e9e. Le drap a gliss\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Personne l&#8217;a pr\u00e9venu avant l&#8217;appel \u00bb, a dit Nadine. \u00ab J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon sac\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au vestiaire, comme tout le monde. Votre t\u00e9l\u00e9phone, il l&#8217;a r\u00e9clam\u00e9 deux fois \u00e0 l&#8217;accueil, sans dire bonjour. Alors il est dans ma poche. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a tapot\u00e9 sa blouse.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez le droit de dire non, madame. M\u00eame ici. Surtout ici. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9e. Elle devait avoir cinquante ans. Elle avait une alliance fine et des mains rouges de savon, des mains comme les miennes.<\/p>\n<p>\u00ab Mon carnet \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Dans le cabas. S&#8217;il vous pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a rien demand\u00e9. Dix minutes plus tard, elle est revenue avec, et un stylo bille qu&#8217;elle a sorti de sa poche, avec le nom de l&#8217;h\u00f4pital dessus.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9crit sur la tablette du lit, \u00e0 la lumi\u00e8re du couloir :<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><em>8 octobre. 3 h 10, crise. Compteur Ventoline \u00e0 z\u00e9ro. 5 h : S\u00e9bastien arriv\u00e9 avant l&#8217;ambulance. Nadine, aide-soignante de nuit : m&#8217;a gard\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone.<\/em><\/p>\n<p>Ma main ne tremblait presque pas. Nadine a lu par-dessus mon \u00e9paule, puis elle a dit seulement :<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00e9crivez bien. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dormi une heure, peut-\u00eatre moins. \u00c0 six heures quarante, le rideau a boug\u00e9. Une femme d&#8217;une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es, avec un badge \u00e0 cordon et un dossier cartonn\u00e9 contre la poitrine.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau ? Bonjour. Je suis l&#8217;assistante sociale du service. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Nadine, au pied du lit, avait cess\u00e9 de plier les couvertures.<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais vous pr\u00e9venir avant d&#8217;entrer \u00bb, a dit l&#8217;assistante sociale. \u00ab Votre fils est dans le couloir. Il a les papiers. \u00bb<\/p>\n<p>Nadine avait mon t\u00e9l\u00e9phone dans la poche de sa blouse, et c&#8217;est lui qui a vibr\u00e9.<\/p>\n<p>Une fois, deux fois, trois fois contre sa hanche. Elle l&#8217;a sorti sans se presser, elle a regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran, elle a regard\u00e9 la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau n&#8217;est pas visible avant sept heures \u00bb, a-t-elle dit \u00e0 l&#8217;assistante sociale. \u00ab Je termine sa toilette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux attendre dans le couloir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dix minutes. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a tir\u00e9 le rideau. Elle a gliss\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone sous mon drap, contre ma main.<\/p>\n<p>\u00ab Lisez vite \u00bb, a-t-elle murmur\u00e9. \u00ab Je finis mon service \u00e0 sept heures. Apr\u00e8s, je peux plus rien pour vous. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas verrouill\u00e9 ce t\u00e9l\u00e9phone depuis que je l&#8217;avais achet\u00e9. Deux messages non lus. J&#8217;ai sorti mes lunettes de la poche du gilet.<\/p>\n<p>Le premier : <em>V\u00e9sinet Prestige. Madame Moreau, rappel : signature de l&#8217;acte authentique le lundi 4 novembre \u00e0 10 h, chez le notaire, Paris 8e. Merci de vous munir d&#8217;une pi\u00e8ce d&#8217;identit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Le second : <em>R\u00e9sidence Les Glycines. Rappel : votre entr\u00e9e est pr\u00e9vue le vendredi 1er novembre \u00e0 14 h. Merci d&#8217;apporter sept jours de v\u00eatements marqu\u00e9s \u00e0 votre nom.<\/em><\/p>\n<p>Je les ai relus. Je n&#8217;ai rien dit. Dehors, un chariot passait dans le couloir avec un bruit de roues mal graiss\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez lu ? \u00bb a demand\u00e9 Nadine.<\/p>\n<p>\u00ab Le premier et le quatre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas ce que \u00e7a veut dire. Mais \u00e7a sent pas bon. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a repris la tisane froide. Elle m&#8217;a serr\u00e9 le bras, une seule fois, et elle est sortie.<\/p>\n<p>\u00c0 sept heures cinq, mon fils est entr\u00e9.<\/p>\n<p>Pas l&#8217;imperm\u00e9able. Un pull gris, les cheveux mouill\u00e9s, l&#8217;air de quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas dormi. Il a pos\u00e9 une chemise bleue sur le plateau \u00e0 roulettes. Il s&#8217;est assis. Il a pris ma main dans les deux siennes.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. Je te demande pardon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De tout. Je suis fini, maman. \u00bb<\/p>\n<p>Ses yeux se sont remplis tout seuls. Je regardais ses mains. Elles \u00e9taient chaudes.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai tout perdu. Des placements qui ont mal tourn\u00e9, des clients qui r\u00e9clament, des avocats. Je suis \u00e0 bout, tu comprends ? Je dors plus. Il reste la maison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est \u00e0 qui, la maison ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a h\u00e9sit\u00e9 une demi-seconde.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 toi. Sur le papier. C&#8217;est pour \u00e7a que j&#8217;ai besoin de toi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert la chemise. Deux documents, agraf\u00e9s, avec des petites \u00e9tiquettes jaunes aux endroits \u00e0 signer. Il a sorti un stylo de sa poche.<\/p>\n<p>\u00ab Un mandat de vente, et la promesse. Tu signes l\u00e0, l\u00e0 et l\u00e0. Le notaire fait le reste. Aux Glycines, c&#8217;est tr\u00e8s bien, maman. Un jardin, une chambre \u00e0 toi, du personnel jour et nuit. Tu seras mieux qu&#8217;ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je lis d&#8217;abord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman, on a pas le temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je lis. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris la premi\u00e8re feuille. J&#8217;ai mis mon doigt sous la premi\u00e8re ligne, comme je fais pour les recettes.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Mandat de vente exclusif.<\/em> Entre : Madame Josiane Moreau, n\u00e9e Petit. Propri\u00e9taire. \u00bb J&#8217;ai lev\u00e9 les yeux. \u00ab Propri\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Continue pas \u00e0 voix haute, \u00e7a sert \u00e0 rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab <em>Prix de vente : sept cent quatre-vingt-dix mille euros.<\/em> <em>Agence V\u00e9sinet Prestige.<\/em> \u00bb Je tournais les pages. \u00ab <em>Les fonds seront vers\u00e9s sur le compte de Monsieur S\u00e9bastien Moreau, mandataire.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est temporaire. Pour les frais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab <em>Signature de l&#8217;acte authentique : au plus tard le 4 novembre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Tu me mets aux Glycines le premier \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Et tu vends le quatre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu dis n&#8217;importe quoi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est dans mon t\u00e9l\u00e9phone. Les deux dates. \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 mes doigts, puis la couverture. Il a vu la forme sous le drap, et il a compris o\u00f9 \u00e9tait le t\u00e9l\u00e9phone. Sa bouche s&#8217;est un peu tordue.<\/p>\n<p>\u00ab On t&#8217;a vol\u00e9 ton t\u00e9l\u00e9phone, ici, c&#8217;est une honte. Je vais en parler \u00e0\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Personne m&#8217;a rien vol\u00e9, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>Il a repris son souffle. Sa voix est revenue au ton de la cuisine.<\/p>\n<p>\u00ab Je te prot\u00e8ge, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu te prot\u00e8ges. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu comprends rien \u00e0 tout \u00e7a. Signe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je signe pas. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis longtemps que cette phrase sortait de ma bouche sans que je l&#8217;aie r\u00e9p\u00e9t\u00e9e avant. Elle est sortie toute seule, comme une toux.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien s&#8217;est lev\u00e9. La chaise a racl\u00e9 le sol. La voisine du lit d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 a cess\u00e9 de ronfler.<\/p>\n<p>\u00ab Tu signes toujours, maman \u00bb, a-t-il dit tout bas. \u00ab C&#8217;est m\u00eame la seule chose que tu saches faire. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la cuisine du V\u00e9sinet, \u00e0 la main sur ma joue. Le jeudi soir, il avait cri\u00e9. Ce matin, il parlait doucement, et c&#8217;\u00e9tait pire.<\/p>\n<p>Il a ramass\u00e9 le mandat, la promesse, le stylo. Il a rang\u00e9 le tout dans la chemise bleue. Il a regard\u00e9 sa montre. Il a sorti de la poche de son pantalon un autre papier pli\u00e9 en quatre, qu&#8217;il a pos\u00e9 sur mon drap, pr\u00e8s de ma main.<\/p>\n<p>Il est all\u00e9 \u00e0 la porte.<\/p>\n<p>Je ne sais pas ce que j&#8217;attendais. Peut-\u00eatre un \u00ab \u00c0 jeudi, maman. \u00bb Peut-\u00eatre rien.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est retourn\u00e9 sur le seuil, une main sur le chambranle.<\/p>\n<p>\u00ab Alors lis \u00e7a aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a rien ajout\u00e9. Le papier est rest\u00e9 sur le drap, pli\u00e9 en quatre, avec mon nom \u00e9crit dessus au stylo.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2019, j&#8217;avais pass\u00e9 quatre jours \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital de Roubaix pour mes poumons. Le dernier matin, une infirmi\u00e8re m&#8217;avait tendu une feuille sur une planche \u00e0 pince.<\/p>\n<p>\u00ab Pour la sortie, madame. Un nom \u00e0 mettre, quelqu&#8217;un de confiance. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;avais appel\u00e9 S\u00e9bastien depuis le lit. \u00ab Mets-moi, maman. Comme \u00e7a, ils m&#8217;appellent s&#8217;il t&#8217;arrive quelque chose. \u00bb J&#8217;avais sign\u00e9. Le taxi m&#8217;attendait en bas. Je n&#8217;avais pas lu.<\/p>\n<p>Maintenant, j&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9 le papier qu&#8217;il avait laiss\u00e9 sur mon drap. <em>D\u00e9signation de la personne de confiance.<\/em> Mon nom. Le sien. Ma signature, un peu ronde, avec la date.<\/p>\n<p>Ludovic est arriv\u00e9 \u00e0 huit heures et demie, la cravate de travers. Je l&#8217;avais appel\u00e9 avec mon t\u00e9l\u00e9phone, sous la couverture, d\u00e8s que S\u00e9bastien avait quitt\u00e9 l&#8217;\u00e9tage.<\/p>\n<p>Il a lu la feuille debout, sans s&#8217;asseoir. Il l&#8217;a relue.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, \u00e7a ne lui donne aucun pouvoir sur vos biens. Aucun. \u00c7a lui donne le droit d&#8217;\u00eatre pr\u00e9venu, de vous accompagner, d&#8217;\u00eatre consult\u00e9 si vous ne pouvez plus vous exprimer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi il me la laisse ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour que vous pensiez que vous lui avez donn\u00e9 les cl\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 la feuille. Ma main de 2019, ronde, s\u00fbre d&#8217;elle.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je peux la d\u00e9faire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 tout moment. Une feuille et une signature. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai demand\u00e9 un stylo. Il m&#8217;a tendu le sien. J&#8217;ai \u00e9crit sur le dos de la feuille, lentement, en lisant chaque mot \u00e0 voix haute : <em>Je soussign\u00e9e Josiane Moreau, n\u00e9e Petit, r\u00e9voque la d\u00e9signation de S\u00e9bastien Moreau comme personne de confiance. Fait \u00e0 Paris, le 8 octobre.<\/em> J&#8217;ai sign\u00e9, et j&#8217;ai ajout\u00e9 l&#8217;heure. Huit heures quarante.<\/p>\n<p>Ludovic a pris la photo avec son t\u00e9l\u00e9phone, puis il est all\u00e9 la porter \u00e0 l&#8217;infirmi\u00e8re du poste. Il est revenu avec un m\u00e9decin qui n&#8217;avait pas dormi non plus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle n&#8217;a rien \u00e0 faire en s\u00e9jour de r\u00e9pit \u00bb, a dit le m\u00e9decin. \u00ab Je signe sa sortie. Mais elle ne rentre pas seule. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne rentre pas seule \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Ludovic.<\/p>\n<p>Dans sa voiture, sur le p\u00e9riph\u00e9rique, j&#8217;ai sorti mon carnet de l&#8217;ann\u00e9e. J&#8217;ai cherch\u00e9 la page. Je l&#8217;ai lue d&#8217;une traite, parce que je la connaissais d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab <em>26 mars. Caisse d&#8217;\u00c9pargne, 3 papiers. Constance dit : mutuelle. Pas lu. \u00c0 demander.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic a ralenti.<\/p>\n<p>\u00ab Relisez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab <em>Pas lu. \u00c0 demander.<\/em> \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous l&#8217;avez \u00e9crit le jour m\u00eame. Avec la date. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;\u00e9cris tous les soirs. Depuis 1979. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, c&#8217;est \u00e7a, la preuve. Pas le certificat, pas le diagnostic. Un carnet, avec des dates, tenu sans interruption. Aucune personne confuse n&#8217;\u00e9crit comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. Je regardais le mot <em>mutuelle<\/em>. Je pensais aux trois feuilles et au stylo \u00e0 cha\u00eene, et \u00e0 Nathalie, qui avait dit : \u00ab L\u00e0, madame, et l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 un feu rouge, il a sorti son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Une derni\u00e8re chose. Pour une habilitation familiale, le certificat doit venir d&#8217;un m\u00e9decin inscrit sur la liste du procureur. Une liste officielle, par cour d&#8217;appel. Je cherche. \u00bb<\/p>\n<p>Il a tap\u00e9. Il a fait d\u00e9filer.<\/p>\n<p>\u00ab Lambert-Duval. Marguerite. Pas de Lambert-Duval sur la liste de Versailles. Pas non plus \u00e0 Paris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est quoi, alors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00e9decin, peut-\u00eatre. Mais pas celle que la loi demande. Son certificat est irr\u00e9gulier. \u00bb<\/p>\n<p>Le feu est pass\u00e9 au vert. Derri\u00e8re nous, quelqu&#8217;un a klaxonn\u00e9.<\/p>\n<p>Le vendredi, \u00e0 Bichat, j&#8217;ai pass\u00e9 la consultation m\u00e9moire. Une g\u00e9riatre de mon \u00e2ge, ou presque, des cernes, un dossier \u00e0 spirale.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vais vous donner trois mots, madame. Cigare, fleur, porte. Vous me les redirez tout \u00e0 l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a demand\u00e9 la date. Je lui ai dit le quanti\u00e8me, le mois, l&#8217;ann\u00e9e, le jour. J&#8217;ai compt\u00e9 \u00e0 rebours de sept en sept \u00e0 partir de cent, sur mes doigts. Elle m&#8217;a fait \u00e9peler \u00ab monde \u00bb \u00e0 l&#8217;envers. J&#8217;ai mis un <em>n<\/em> \u00e0 la place du <em>d<\/em>, Elle a not\u00e9.<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a demand\u00e9 de dessiner une horloge.<\/p>\n<p>\u00ab Onze heures dix ? \u00bb j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates la premi\u00e8re de la semaine \u00e0 me le proposer avant que je demande. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la fin, elle m&#8217;a fait redire les trois mots. Cigare, fleur, porte. Elle a compt\u00e9 ses points avec un petit crayon.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vingt-huit sur trente, madame Moreau. Vous avez perdu un point pour la date, et un pour le monde \u00e0 l&#8217;envers. Je vois des gens \u00e0 vingt-huit qui ne savent plus leur rue. Vous, vous avez vingt-huit et un carnet. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9crit un contre-certificat. Elle l&#8217;a tap\u00e9, sign\u00e9, tamponn\u00e9. Le tampon a fait un bruit sec sur la table.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas m\u00e9decin du palais \u00bb, a-t-elle dit. \u00ab Mais si on me pose la question, je dirai \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Le soir, chez C\u00e9line, on a mang\u00e9 du riz avec des \u0153ufs au plat. J&#8217;ai tir\u00e9 le carton de dessous le canap\u00e9. Quarante-cinq ans de carnets, rang\u00e9s par ann\u00e9e, avec leurs ficelles.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que vous cherchez ? \u00bb a demand\u00e9 C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Celui d&#8217;il y a quatre ans. Mai. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai trouv\u00e9 au quinzi\u00e8me rang. Couverture bleue, coin mordu par l&#8217;humidit\u00e9. Je me suis assise, je l&#8217;ai ouvert \u00e0 la page du mois. Ludovic et C\u00e9line se sont pench\u00e9s par-dessus mon \u00e9paule.<\/p>\n<p>Il y avait une ligne que je n&#8217;avais pas relue depuis quatre ans. Une adresse. Un nom, de mon \u00e9criture.<\/p>\n<p><em>\u00c9tude Beaumont, rue de Rome, Paris 8e.<\/em><\/p>\n<p>Mercredi 16 octobre, vingt heures trente. Onze feuilles \u00e9tal\u00e9es sur la toile cir\u00e9e, entre le saladier de riz et la bo\u00eete LU.<\/p>\n<p>Depuis le vendredi de Bichat, j&#8217;avais dormi cinq nuits sur le canap\u00e9 de C\u00e9line. Ludovic avait \u00e9crit \u00e0 l&#8217;\u00e9tude Beaumont, en recommand\u00e9. Personne n&#8217;avait r\u00e9pondu. Lundi, il m&#8217;avait emmen\u00e9e \u00e0 la brigade financi\u00e8re, et j&#8217;avais sign\u00e9 ma plainte en lisant chaque ligne.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, C\u00e9line avait invit\u00e9 du monde. Elle avait pr\u00e9venu : \u00ab \u00c7a va monter doucement. \u00bb<\/p>\n<p>Chantal est arriv\u00e9e la premi\u00e8re, au bras de son petit-fils, avec une bo\u00eete en fer pleine de papiers. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e au premier palier pour reprendre son souffle.<\/p>\n<p>\u00ab Cinq \u00e9tages, mon Dieu. Il est o\u00f9, l&#8217;ascenseur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En panne depuis septembre, madame Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors je monterai en deux fois. \u00bb<\/p>\n<p>G\u00e9rard a mis vingt minutes. Micka\u00ebl marchait derri\u00e8re lui, une marche en dessous, la main pr\u00e8s de son dos sans jamais le toucher. \u00c0 chaque palier, G\u00e9rard s&#8217;appuyait au mur, il disait : \u00ab Excusez-moi. \u00bb Il a dit \u00ab excusez-moi \u00bb sept fois.<\/p>\n<p>Il est entr\u00e9 avec sa casquette \u00e0 la main. Un grand monsieur vo\u00fbt\u00e9, avec un manteau trop large. Il n&#8217;a pas voulu s&#8217;asseoir.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau. C&#8217;est vous, la maman. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai encaiss\u00e9 son ch\u00e8que. Trois mille euros. J&#8217;avais la chaudi\u00e8re. Il faisait huit degr\u00e9s dans ma cuisine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, j&#8217;ai sign\u00e9 trois feuilles sans les lire, monsieur G\u00e9rard. Asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est assis. Il a pos\u00e9 la casquette sur son genou, et il n&#8217;a plus boug\u00e9.<\/p>\n<p>C\u00e9line avait fait le reste de la semaine ce que fait une journaliste. Elle avait appel\u00e9, par la mutuelle de Chantal, par le club du jeudi, par un voisin. Neuf autres personnes avaient envoy\u00e9 la photo de leur lettre. Elle les avait imprim\u00e9es chez le tabac, \u00e0 dix centimes la page.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Onze lettres. Le m\u00eame papier bleu, la m\u00eame phrase : <em>geste commercial exceptionnel<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab Je les lis \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;\u00eates pas oblig\u00e9e \u00bb, a dit C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Je lis tout, maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mis mes lunettes. J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute, une par une. Une dame de Croissy, soixante-dix-neuf ans. Un monsieur de Chatou, quatre-vingt-huit. Un couple de Montesson. Des dates de mars, d&#8217;avril, de juin. \u00c0 la fin de chacune, un ch\u00e8que de trois mille euros, ou la photocopie.<\/p>\n<p>Chantal suivait avec son doigt sur la table. G\u00e9rard regardait le plafond.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Un million neuf cent quarante mille euros \u00bb, a dit Micka\u00ebl, tr\u00e8s bas. \u00ab Pour les onze. \u00c0 peu pr\u00e8s. Avec les assurances-vie vid\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chantal, cent dix mille \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Cent dix mille \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Chantal. \u00ab Mon mari a travaill\u00e9 \u00e0 la SNCF trente-sept ans pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a rien ajout\u00e9. Dehors, un scooter est pass\u00e9 dans la rue. G\u00e9rard a aval\u00e9 sa salive.<\/p>\n<p>\u00c0 dix heures, Chantal et son petit-fils sont repartis, G\u00e9rard avec eux. Ludovic a rang\u00e9 les feuilles dans une chemise. Il m&#8217;a serr\u00e9 la main tr\u00e8s fort, comme sur un quai de gare.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Micka\u00ebl est rest\u00e9 sur le palier. Il a baiss\u00e9 la voix.<\/p>\n<p>\u00ab Ce que je vais vous dire, je ne vous l&#8217;ai pas dit. \u00bb<\/p>\n<p>Il a sorti de sa poche une carte de visite, froiss\u00e9e, avec un num\u00e9ro \u00e9crit au stylo au dos.<\/p>\n<p>\u00ab La commandante St\u00e9phanie. Brigade financi\u00e8re. C&#8217;est elle qui a repris le dossier, apr\u00e8s moi. Elle est s\u00e9rieuse. Elle a ouvert une enqu\u00eate sur votre plainte lundi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et alors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle va avoir besoin de vous demain matin. T\u00f4t. Je ne sais pas l&#8217;heure. Elle vous appellera. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Besoin de moi pour quoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Pour entrer dans une maison qui est la v\u00f4tre. Sans vous, il faut l&#8217;autorisation d&#8217;un juge. \u00c7a prend des jours. Il aura le temps de tout d\u00e9placer. \u00bb<\/p>\n<p>Il est parti sans attendre ma r\u00e9ponse. Je l&#8217;ai entendu descendre, une marche, puis une autre.<\/p>\n<p>\u00c0 onze heures et demie, C\u00e9line s&#8217;est endormie sur une chaise, la t\u00eate contre le mur. Ludovic dormait dans le fauteuil, les chaussures encore aux pieds. Je suis all\u00e9e dans le couloir, avec mon t\u00e9l\u00e9phone et le carnet.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas pr\u00e9vu de l&#8217;appeler. J&#8217;ai compos\u00e9 son num\u00e9ro avec le doigt qui tremblait un peu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a d\u00e9croch\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me sonnerie.<\/p>\n<p>\u00ab Maman ? Il est tard. Tu es o\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te laisse jusqu&#8217;\u00e0 demain midi, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu rends l&#8217;argent. \u00c0 Chantal, \u00e0 G\u00e9rard, aux autres. Mes quarante-deux mille, \u00e0 moi. Tu les rends, et tu vas voir quelqu&#8217;un toi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ri. Un petit rire, de la gorge, comme quand j&#8217;oubliais de lui dire que c&#8217;\u00e9tait ma carte \u00e0 moi, au restaurant.<\/p>\n<p>\u00ab Tu me laisses. Tu me laisses jusqu&#8217;\u00e0 midi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman, tu ne sais pas ce que tu fais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais exactement. Je l&#8217;ai \u00e9crit. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai entendu un verre qu&#8217;on posait. Une chaise. Sa voix est revenue plus basse, plus lente, celle qu&#8217;il prend pour les vieux au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi, quatorze heures, maman. Je serai \u00e0 Versailles avec d&#8217;Harcourt et la docteure. Elle a un certificat. Tu auras des amis autour de toi, et ils ne p\u00e8seront rien. Apr\u00e8s, c&#8217;est moi qui signerai pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et ta bo\u00eete de carnets, tes quarante-cinq ans de carnets\u2026 Je les ferai br\u00fbler dans le jardin. Tu m&#8217;entends ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 ma main. Elle serrait le carnet de l&#8217;ann\u00e9e, si fort que la spirale m&#8217;entrait dans le pouce.<\/p>\n<p>\u00ab Midi, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>Il a raccroch\u00e9 le premier.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e dans le couloir, les pieds sur le lino. Sous la porte de la salle de bains, il y avait un trait de lumi\u00e8re. J&#8217;ai \u00e9crit sur mon genou :<\/p>\n<p><em>16 octobre. 23 h 40. Appel\u00e9 S\u00e9bastien. Lui ai laiss\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 midi. Il a dit : br\u00fbler.<\/em><\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je l&#8217;ai soulign\u00e9 une fois. La commandante n&#8217;avait pas encore appel\u00e9.<\/p>\n<p>Il est 23 h 52. Je n&#8217;ai pas dormi. Demain midi, c&#8217;est dans douze heures.<\/p>\n<p>Constance m&#8217;a racont\u00e9 plus tard comment elle avait fait pour trouver l&#8217;adresse. Elle avait lu le nom de C\u00e9line sur le courrier de l&#8217;avocat de S\u00e9bastien, et elle avait cherch\u00e9 dans l&#8217;annuaire.<\/p>\n<p>Elle est partie du V\u00e9sinet \u00e0 quatre heures. La Volvo \u00e9tait rest\u00e9e au garage. Elle avait pris le premier RER, avec un manteau sur sa robe de chambre, parce qu&#8217;elle n&#8217;avait pas os\u00e9 fouiller dans la penderie.<\/p>\n<p>Elle a mont\u00e9 cinq \u00e9tages. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e trois fois pour fumer.<\/p>\n<p>\u00c0 cinq heures dix, on a sonn\u00e9.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas dormi. J&#8217;\u00e9tais assise sur le canap\u00e9, le carnet sur les genoux, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 c\u00f4t\u00e9. La commandante n&#8217;avait toujours pas appel\u00e9. J&#8217;ai ouvert la porte sans enlever la cha\u00eene.<\/p>\n<p>\u00ab Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait les cheveux d\u00e9faits. Pas de rouge \u00e0 l\u00e8vres. Elle tenait son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 deux mains, contre sa poitrine, comme une assiette trop pleine.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que tu fais ici, Constance ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laisse-moi entrer. Cinq minutes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Tu parles d&#8217;ici. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai enlev\u00e9 la cha\u00eene, mais je suis sortie sur le palier, en tirant la porte derri\u00e8re moi. Je ne voulais pas qu&#8217;elle r\u00e9veille C\u00e9line. Je ne voulais pas non plus qu&#8217;elle voie mon canap\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L&#8217;ampoule du palier gr\u00e9sillait. Une odeur de vieux tabac et de poubelles.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a dit que tu ferais \u00e7a \u00bb, a dit Constance. \u00ab Que tu partirais, que tu irais voir tes prot\u00e9g\u00e9s. Il a dit : elle reviendra au bout d&#8217;une semaine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, tu es venue pour me dire \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert son t\u00e9l\u00e9phone. Elle a cherch\u00e9. Elle me l&#8217;a tendu, \u00e0 bout de bras.<\/p>\n<p>\u00ab Regarde. \u00bb<\/p>\n<p>Une vid\u00e9o. Trente-quatre secondes. La cuisine du V\u00e9sinet, le jeudi soir, vue de c\u00f4t\u00e9, depuis le couloir. Je me suis reconnue de dos, devant l&#8217;\u00e9vier. S\u00e9bastien, face \u00e0 moi. Sa voix, tr\u00e8s claire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab \u00c7a t&#8217;apprendra \u00e0 la boucler, maman. \u00bb<\/p>\n<p>Le son de la main sur ma joue. Je n&#8217;ai pas d\u00e9tourn\u00e9 la t\u00eate, cette fois. J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;image jusqu&#8217;au bout. Mon gilet. Mes cheveux. Mes mains, qui ne se sont m\u00eame pas lev\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as film\u00e9 \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au cas o\u00f9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au cas o\u00f9 quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pass\u00e9 la main sur sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Au cas o\u00f9 il me ferait la m\u00eame chose. Un jour. Je me disais que ce serait utile. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as regard\u00e9 me frapper, et tu as film\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis rest\u00e9e dans le couloir. Je ne savais pas\u2026 \u00bb Elle s&#8217;est reprise. \u00ab Je voulais pas que \u00e7a arrive, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais tu \u00e9tais l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas r\u00e9pondu \u00e0 \u00e7a. Elle a fum\u00e9 une cigarette, la main \u00e0 plat sous le menton, pour ne pas faire de cendres sur le palier. Puis elle a dit, tr\u00e8s vite :<\/p>\n<p>\u00ab Je te propose un march\u00e9. Tu dis \u00e0 la police que je ne savais pas. Pour la maison, pour les clients, pour le certificat. Que j&#8217;ai cru que ton fils faisait ce qu&#8217;il fallait. Et moi, je te donne \u00e7a. Et d&#8217;autres choses. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quelles autres choses ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu dis oui d&#8217;abord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai dit sans lever la voix. Elle a clign\u00e9 des yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as sugg\u00e9r\u00e9 la docteure, Constance. C&#8217;est toi qui m&#8217;as emmen\u00e9e en juin. C&#8217;est toi qui as sign\u00e9 le courrier du tribunal. Je ne dirai pas que tu ne savais pas. Je ne sais pas si tu savais. Je dirai ce que j&#8217;ai vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi tu prends la vid\u00e9o ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu&#8217;elle est \u00e0 moi. C&#8217;est ma joue. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a ri, un rire sans voix. Elle m&#8217;a regard\u00e9e. Je crois qu&#8217;elle voyait pour la premi\u00e8re fois la femme qui lavait sa soucoupe.<\/p>\n<p>\u00ab Envoie-la \u00e0 C\u00e9line \u00bb, j&#8217;ai dit. J&#8217;ai dict\u00e9 le num\u00e9ro. Elle l&#8217;a tap\u00e9 avec ses ongles vernis. Dans l&#8217;appartement, un t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 sur la table basse. Une fois. Elle a attendu que ce soit fait.<\/p>\n<p>\u00ab Je te donne le reste gratuitement \u00bb, a-t-elle dit. \u00ab Pour que tu saches que je ne suis pas que \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de la poche de son manteau un papier pli\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Deux billets. Lisbonne, le 2 novembre, vol de onze heures cinquante. Aller simple. Il les a imprim\u00e9s dimanche, dans son bureau. Un \u00e0 son nom. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et l&#8217;autre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le mien. Il ne m&#8217;a pas demand\u00e9 si je voulais. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a repli\u00e9 le papier. Elle me l&#8217;a tendu. J&#8217;ai lu : <em>MOREAU \/ SEBASTIEN. MOREAU \/ CONSTANCE.<\/em> Une ligne a\u00e9rienne portugaise. Le tampon d&#8217;impression, 13 octobre.<\/p>\n<p>\u00ab Il a un coffre, dans le bureau \u00bb, a-t-elle continu\u00e9. \u00ab Derri\u00e8re la biblioth\u00e8que, au fond. Un coffre gris, \u00e0 code. Il y met tout ce qu&#8217;il ne veut pas que je voie. Je l&#8217;ai vu l&#8217;ouvrir deux fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le code ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ta date de naissance. Jour, mois, ann\u00e9e. Il n&#8217;a pas eu d&#8217;imagination. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. Sur le palier d&#8217;en dessous, une porte s&#8217;est ouverte, puis referm\u00e9e. Quelqu&#8217;un tirait la chasse.<\/p>\n<p>\u00ab Tu comprends pourquoi je viens, Josiane ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour ne pas \u00eatre dans l&#8217;avion. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour ne pas \u00eatre dans l&#8217;avion. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9teint sa cigarette contre la rampe, elle a mis le m\u00e9got dans la poche de son manteau. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 descendre. \u00c0 mi-\u00e9tage, elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e, la main sur la rampe, sans se retourner.<\/p>\n<p>\u00ab Ne lui dis pas que je suis venue. Il garde la cl\u00e9 du bureau sous la soucoupe. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu la feuille deux fois avant de prendre le stylo, debout, sur le trottoir de l&#8217;all\u00e9e des Tilleuls, contre le capot d&#8217;une voiture grise.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait six heures vingt-sept. La commandante avait appel\u00e9 \u00e0 cinq heures quarante, quand je regardais encore la vid\u00e9o sur le t\u00e9l\u00e9phone de C\u00e9line.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau ? St\u00e9phanie, brigade financi\u00e8re. Je suis en bas de chez votre amie. Habillez-vous chaudement. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es, une parka noire, les cheveux tir\u00e9s en queue de cheval. Un brassard orange dans la poche. Deux voitures derri\u00e8re la sienne, quatre hommes, dont un avec une caisse en plastique. Ludovic \u00e9tait venu avec moi, en costume sous son manteau, sans cravate.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 comment \u00e7a marche \u00bb, a-t-elle dit. \u00ab Cette maison est \u00e0 votre nom. Une perquisition chez un propri\u00e9taire, il faut son accord \u00e9crit, de sa main. Sinon, un juge, et \u00e7a prend plusieurs jours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Micka\u00ebl me l&#8217;a dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous pouvez dire non, madame. Je dois vous le dire. Personne ne vous en voudra. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 la feuille. Elle avait \u00e9crit la premi\u00e8re ligne pour moi. Je devais recopier le reste.<\/p>\n<p><em>Je soussign\u00e9e Josiane Moreau, propri\u00e9taire du pavillon sis all\u00e9e des Tilleuls, consens \u00e0 ce que\u2026<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Je peux lire jusqu&#8217;au bout ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il faut. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu jusqu&#8217;au bout. Les mots <em>sans contrainte<\/em>, <em>je peux m&#8217;y opposer<\/em>. J&#8217;ai lev\u00e9 les yeux vers la maison. Une lumi\u00e8re dans la cuisine, derri\u00e8re le volet.<\/p>\n<p>Pendant quarante ans, j&#8217;avais dit \u00ab oui \u00bb \u00e0 un gar\u00e7on. Oui, mon grand. Oui, \u00e7a va. Oui, je signerai. Oui, tout va bien, quand j&#8217;avais mal aux poumons, quand je comptais les fins de mois.<\/p>\n<p>\u00ab Oui \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous le dites \u00e0 voix haute, et vous le signez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sign\u00e9. J&#8217;ai ajout\u00e9 la date, l&#8217;heure : <em>6 h 31<\/em>. La commandante a pris la feuille. Elle l&#8217;a pli\u00e9e dans une pochette plastique, sans rien dire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab On y va. Vous sonnez, madame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma maison \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Je peux entrer avec mes cl\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sonnez quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sonn\u00e9. Une fois. Pas deux. J&#8217;ai attendu en regardant le paillasson. J&#8217;avais achet\u00e9 ce paillasson un samedi de mai, au Leclerc, et Constance avait demand\u00e9 si on pouvait mettre autre chose.<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte au bout de quarante secondes.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien portait une robe de chambre bordeaux, ses pantoufles de cuir, les cheveux aplatis d&#8217;un seul c\u00f4t\u00e9. Il tenait une tasse de caf\u00e9. Il m&#8217;a vue. Il a vu Ludovic. Il a vu la parka.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour, S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Commandante St\u00e9phanie, brigade financi\u00e8re \u00bb, a dit la femme. \u00ab Monsieur Moreau, nous avons l&#8217;accord \u00e9crit de la propri\u00e9taire des lieux pour proc\u00e9der \u00e0 une perquisition. Voici la copie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La propri\u00e9taire. \u00bb Il a ri, un peu trop fort. \u00ab La propri\u00e9taire est ma m\u00e8re. Elle est\u2026 elle ne comprend pas ce qu&#8217;elle signe. Vous avez vu son certificat ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai vu une feuille sign\u00e9e \u00e0 six heures trente et une, devant moi, apr\u00e8s lecture \u00bb, a dit la commandante. \u00ab Je l&#8217;ai vue la lire. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle est entr\u00e9e la premi\u00e8re. Il a recul\u00e9 d&#8217;un pas, et la tasse a trembl\u00e9. Il m&#8217;a regard\u00e9e comme on regarde quelqu&#8217;un qui est pass\u00e9 devant la caisse avant lui.<\/p>\n<p>J&#8217;ai suivi les hommes dans le couloir, une main sur ma poche. L&#8217;odeur de la maison m&#8217;a saut\u00e9 au visage. Cire, caf\u00e9, la cigarette froide de la veille. Mon gilet, \u00e0 cet endroit-l\u00e0, m&#8217;a sembl\u00e9 trop chaud.<\/p>\n<p>Dans la cuisine, la soucoupe \u00e9tait sur la table, \u00e0 sa place. Propre. Je l&#8217;avais lav\u00e9e un millier de fois.<\/p>\n<p>\u00ab La cl\u00e9 du bureau \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Sous la soucoupe. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;un des policiers a soulev\u00e9 la soucoupe avec un gant. Il y avait une cl\u00e9 en laiton, coll\u00e9e par un morceau d&#8217;adh\u00e9sif. Il l&#8217;a montr\u00e9e \u00e0 la commandante.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Qui vous a dit \u00e7a ? \u00bb a demand\u00e9 S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>\u00ab Je vis ici depuis mars \u00bb, j&#8217;ai r\u00e9pondu. \u00ab Je lave cette soucoupe tous les matins. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas demand\u00e9 autre chose. Je n&#8217;ai pas dit que Constance \u00e9tait venue. Elle me l&#8217;avait demand\u00e9, sur le palier.<\/p>\n<p>Le bureau \u00e9tait au fond du couloir. Une pi\u00e8ce que S\u00e9bastien fermait toujours. Un fauteuil de cuir, un ordinateur, des classeurs. Un des hommes a \u00e9cart\u00e9 les livres. Derri\u00e8re, il y avait un panneau gris, avec un petit clavier.<\/p>\n<p>\u00ab Le code ? \u00bb a dit la commandante.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>S\u00e9bastien a crois\u00e9 les bras. Il a regard\u00e9 le mur.<\/p>\n<p>\u00ab Ma date de naissance \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Jour, mois, ann\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dict\u00e9 les chiffres. Le clavier a fait un bip. La porte s&#8217;est ouverte sans bruit.<\/p>\n<p>Ils ont sorti, un par un, des objets que je n&#8217;avais jamais vus. Une chemise blanche : les relev\u00e9s de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne, \u00e0 mon nom. Une enveloppe de l&#8217;EHPAD Les Glycines, avec le re\u00e7u de quatre mille euros. Un paquet de lettres bleues, d\u00e9j\u00e0 timbr\u00e9es, sans nom. Deux passeports.<\/p>\n<p>Et au fond, un cahier noir \u00e0 couverture rigide, comme ceux qu&#8217;on vend pour la comptabilit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La commandante l&#8217;a ouvert avec ses gants. Elle a tourn\u00e9 les pages, une \u00e0 une. Je voyais, sans lunettes, des colonnes. Des noms. Des chiffres, et une croix \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des plus gros.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a fait un pas.<\/p>\n<p>\u00ab Ce cahier n&#8217;a rien \u00e0 voir avec ma m\u00e8re. Maman, tu sais tr\u00e8s bien que\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la derni\u00e8re page \u00bb, a dit un policier \u00e0 la commandante.<\/p>\n<p>Elle a lu. Elle m&#8217;a tendu le cahier, avec la page ouverte, parce que mon nom y \u00e9tait \u00e9crit de sa main \u00e0 lui. J&#8217;ai pris mes lunettes. La phrase \u00e9tait en bas, soulign\u00e9e au stylo rouge.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>M\u00e8re : signe toujours. Glycines 1\/11. Vente 4\/11. Lisbonne 2\/11.<\/em><\/p>\n<p>Je l&#8217;ai relue. Dans le couloir, quelqu&#8217;un a touch\u00e9 la rampe de l&#8217;escalier.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Moreau \u00bb, a dit la commandante, \u00ab vous \u00eates plac\u00e9 en garde \u00e0 vue pour escroquerie en bande organis\u00e9e, abus de faiblesse et blanchiment. Vous avez le droit de vous taire et de faire appel \u00e0 un avocat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je veux d&#8217;Harcourt. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On l&#8217;appellera. \u00bb<\/p>\n<p>On lui a pass\u00e9 les menottes devant, parce qu&#8217;il avait la tasse \u00e0 la main. Il l&#8217;a pos\u00e9e sur le bureau, doucement. Une goutte de caf\u00e9 est tomb\u00e9e sur les relev\u00e9s, sur mon nom.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il s&#8217;est tourn\u00e9 vers moi. Ses yeux \u00e9taient secs. Il avait la voix de ses douze ans, quand il avait cass\u00e9 la vitre de la voisine et qu&#8217;il attendait que je le couvre.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. Dis-leur que\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 quinze heures quarante, la greffi\u00e8re a tap\u00e9 un seul mot sur son clavier, et la requ\u00eate de mon fils n&#8217;existait plus. Mais avant ce mot, il y a eu une heure et quart dans une petite pi\u00e8ce de Versailles.<\/p>\n<p>Je raconte dans l&#8217;ordre.<\/p>\n<p>Le tribunal sentait le caf\u00e9 de distributeur et le papier humide. Un couloir, des bancs en bois, un panneau : <em>Juge des contentieux de la protection<\/em>. Je portais le gilet. Je l&#8217;avais repass\u00e9 chez C\u00e9line avec un fer pr\u00eat\u00e9 par la voisine. Ludovic m&#8217;avait regard\u00e9e le mettre.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pouvez en prendre un autre \u00bb, avait-il dit.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le seul qui me tienne chaud. \u00bb<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte \u00e0 quatorze heures dix. Une salle sans public, avec une grande table ovale. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la chambre du conseil. On m&#8217;a expliqu\u00e9 que les affaires de famille se jugent \u00e0 portes ferm\u00e9es.<\/p>\n<p>La juge avait la cinquantaine, des lunettes \u00e0 monture fine, un dossier \u00e9pais devant elle. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la greffi\u00e8re. En face de moi, ma\u00eetre d&#8217;Harcourt, un grand type aux cheveux gris, costume bleu nuit. Ludovic s&#8217;est assis \u00e0 ma droite. Personne d&#8217;autre. Constance n&#8217;\u00e9tait pas l\u00e0. S\u00e9bastien non plus.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre d&#8217;Harcourt, vous avez la parole \u00bb, a dit la juge.<\/p>\n<p>\u00ab Madame la pr\u00e9sidente, mon client est retenu depuis ce matin pour une affaire sans rapport avec cette audience. Il est donc dans l&#8217;impossibilit\u00e9 de compara\u00eetre. Je sollicite le renvoi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sans rapport ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sans rapport avec la protection de sa m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre Garcia ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame, la personne concern\u00e9e est pr\u00e9sente, elle est lucide, et elle a une chose \u00e0 dire \u00bb, a r\u00e9pondu Ludovic. \u00ab Le renvoi laisserait le dossier ouvert encore un mois. Il y a une vente fix\u00e9e au 4 novembre. \u00bb<\/p>\n<p>La juge a lev\u00e9 un sourcil. Elle a ouvert sa chemise.<\/p>\n<p>\u00ab Une vente. Je note. Le renvoi est refus\u00e9. Madame Moreau, vous \u00eates entendue seule, sans les avocats. Ma\u00eetre, si vous voulez bien attendre dans le couloir. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic s&#8217;est lev\u00e9. Il m&#8217;a regard\u00e9e. J&#8217;ai fait oui de la t\u00eate.<\/p>\n<p>D&#8217;Harcourt est sorti avec lui. La porte s&#8217;est referm\u00e9e. Il ne restait que moi, la juge, la greffi\u00e8re, et une pendule murale \u00e0 la trotteuse bruyante.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, je vais vous poser des questions. Si vous ne voulez pas r\u00e9pondre, vous le dites. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux d&#8217;abord lire quelque chose ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi donc ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon carnet. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a h\u00e9sit\u00e9. Puis elle a joint les mains.<\/p>\n<p>\u00ab Lisez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti le carnet de l&#8217;ann\u00e9e. Je l&#8217;ai ouvert \u00e0 la page de mars.<\/p>\n<p>\u00ab <em>26 mars. Caisse d&#8217;\u00c9pargne, trois papiers. Constance dit : mutuelle. Pas lu. \u00c0 demander.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tourn\u00e9 quelques pages.<\/p>\n<p>\u00ab <em>20 juin. Constance m&#8217;emm\u00e8ne chez une amie pour la Ventoline. Elle me fait dessiner une horloge. J&#8217;ai mis onze heures dix. Trois mots : citron, cl\u00e9, ballon.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>La greffi\u00e8re a lev\u00e9 la t\u00eate. La juge, non.<\/p>\n<p>\u00ab <em>4 octobre. Trouv\u00e9 le courrier du tribunal. Sign\u00e9 Constance, pas moi. Personne ne m&#8217;a pr\u00e9venue.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez \u00e9crit \u00e7a le jour m\u00eame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tous les soirs, depuis 1979. J&#8217;ai quarante-cinq carnets. Ils sont chez mon amie, dans un carton. Vous pouvez les faire chercher. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti le contre-certificat de Bichat, pli\u00e9 en quatre. Elle l&#8217;a lu. Elle a relu le nom en bas.<\/p>\n<p>\u00ab Docteure Lambert-Duval, le certificat du 20 juin. \u00bb Elle a ouvert son dossier \u00e0 la page marqu\u00e9e. \u00ab Je v\u00e9rifie, parce que votre avocat l&#8217;a signal\u00e9 dans ses conclusions. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a tourn\u00e9 son \u00e9cran, tap\u00e9 sur son clavier, attendu.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, la loi demande, pour une habilitation familiale, un certificat circonstanci\u00e9 d&#8217;un m\u00e9decin choisi sur une liste \u00e9tablie par le procureur. Cette liste, je l&#8217;ai l\u00e0. Marguerite Lambert-Duval n&#8217;y figure pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce que Ludovic m&#8217;a dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce certificat est irr\u00e9gulier. Je ne peux pas le retenir. \u00bb Elle a pos\u00e9 ses lunettes. \u00ab Et je n&#8217;ai pas non plus \u00e0 juger de votre \u00e9tat avec un papier. Je vous \u00e9coute, et je vous vois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci, madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez lu tout ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 par votre fils ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout. J&#8217;ai fait mettre un trait sous les passages que je ne comprenais pas. Il y en avait onze. J&#8217;ai demand\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui vous a r\u00e9pondu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon avocat. Et ma t\u00eate, quand il m&#8217;a laiss\u00e9 le temps. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a presque souri. La greffi\u00e8re a baiss\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a autre chose dans ce dossier \u00bb, a dit la juge. \u00ab Un certificat sans valeur et une vente \u00e0 790 000 euros pr\u00e9vue avant m\u00eame la d\u00e9cision. Je vais le transmettre au parquet. Ce n&#8217;est pas \u00e0 vous de d\u00e9cider, c&#8217;est mon devoir. Vous comprenez ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une derni\u00e8re chose, madame Moreau. Dans votre carnet, il y a une page de mai, il y a quatre ans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Je l&#8217;ai. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lisez-la, s&#8217;il vous pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti le carnet bleu, le coin mordu par l&#8217;humidit\u00e9. Je l&#8217;ai ouvert \u00e0 la page. J&#8217;ai chauss\u00e9 mes lunettes.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Mai. Paris, avec S\u00e9bastien. \u00c9tude Beaumont, rue de Rome, Paris 8e. Brasserie, 38 \u20ac, il a pay\u00e9. Deux feuilles, j&#8217;ai sign\u00e9. Il dit : pour t&#8217;aider, maman.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien d&#8217;autre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien d&#8217;autre. \u00bb<\/p>\n<p>La juge a regard\u00e9 le plafond, puis le dossier.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Moreau, savez-vous qui est le propri\u00e9taire de la maison du V\u00e9sinet ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, madame. Moi. \u00bb<\/p>\n<p>Vendredi 1er novembre, quatorze heures. \u00c0 Chatou, on m&#8217;attendait avec sept jours de v\u00eatements marqu\u00e9s \u00e0 mon nom.<\/p>\n<p>Je n&#8217;y \u00e9tais pas. J&#8217;\u00e9tais \u00e0 Roubaix, au troisi\u00e8me \u00e9tage d&#8217;un F2, devant une cocotte qui chauffait trop fort.<\/p>\n<p>Je vous dis le reste en vrac, comme je l&#8217;ai \u00e9crit dans le carnet.<\/p>\n<p>Samedi 19 octobre, S\u00e9bastien a \u00e9t\u00e9 mis en examen. Escroquerie, abus de faiblesse, blanchiment. Le juge des libert\u00e9s l&#8217;a envoy\u00e9 en d\u00e9tention provisoire. Je l&#8217;ai su par la commandante, au t\u00e9l\u00e9phone, \u00e0 dix-huit heures. Elle a dit : \u00ab Il a demand\u00e9 de vos nouvelles. \u00bb Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>La maison est sous saisie p\u00e9nale. Pour les victimes. Ludovic m&#8217;a expliqu\u00e9 : le pavillon sera vendu plus tard, par la justice, et l&#8217;argent servira \u00e0 rembourser les onze. Chantal aura ses cent dix mille. Peut-\u00eatre pas tout. Peut-\u00eatre pas cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates d&#8217;accord ? \u00bb m&#8217;avait demand\u00e9 Ludovic.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est leur argent. Je n&#8217;ai jamais voulu cette maison. \u00bb<\/p>\n<p>Constance est t\u00e9moin assist\u00e9e. Elle a donn\u00e9 le code, les billets, la vid\u00e9o. \u00c7a lui vaudra ce que \u00e7a lui vaudra. Je l&#8217;ai crois\u00e9e une seule fois, sur le parvis de la brigade, avec son manteau noir. Elle a fait un petit signe de t\u00eate. J&#8217;ai fait pareil.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mes quarante-deux mille euros sont revenus en partie. Vingt-sept mille cent, par la partie civile, sur le compte de Moreau Patrimoine qui a \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9. J&#8217;ai compt\u00e9 trois fois sur le relev\u00e9. Le reste, c&#8217;est du papier. Micka\u00ebl dit qu&#8217;il faudra du temps.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mieux que douze euros \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Beaucoup mieux, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>Le F2, c&#8217;est Ludovic qui l&#8217;a trouv\u00e9, par un bailleur qu&#8217;il conna\u00eet \u00e0 Roubaix. Troisi\u00e8me \u00e9tage, ascenseur, vingt m\u00e8tres de couloir jusqu&#8217;\u00e0 la porte. Le loyer, 410 euros avec l&#8217;APL. Je suis arriv\u00e9e le 28 octobre avec le carton des carnets, la bo\u00eete LU, le cabas. C\u00e9line avait port\u00e9 le carton. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e devant l&#8217;ascenseur.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous voulez que je monte par l&#8217;escalier ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, ma belle. Je veux le prendre. \u00bb<\/p>\n<p>On est mont\u00e9es dans la cabine. Elle sentait le d\u00e9sinfectant. J&#8217;ai appuy\u00e9 sur le trois, moi. Le bouton a fait <em>clac<\/em>.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est Toussaint. Je n&#8217;ai pas de tombe \u00e0 fleurir. Chantal a apport\u00e9 un pot de chrysanth\u00e8mes jaunes, \u00ab pour qu&#8217;on ait quelque chose sur la table \u00bb. Je l&#8217;ai pos\u00e9 sur une soucoupe neuve, blanche, avec un liser\u00e9 bleu. Cinquante centimes, chez Emma\u00fcs. Personne n&#8217;y a jamais \u00e9teint de cigarette.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 sept heures du soir, la table \u00e9tait mise pour sept. Sept assiettes d\u00e9pareill\u00e9es. Sept verres. Les chaises, il y en avait quatre. G\u00e9rard a apport\u00e9 son pliant. Nadine, qui avait fini son service \u00e0 midi, a pris le tabouret de la cuisine.<\/p>\n<p>\u00ab Je vous pr\u00e9viens, je reprends deux fois \u00bb, a-t-elle dit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates chez vous, Nadine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce qu&#8217;on m&#8217;a dit \u00e0 la porte. \u00bb<\/p>\n<p>La bolognaise, c&#8217;est la mienne. Du b\u0153uf hach\u00e9, de la pur\u00e9e de tomates, un oignon, deux carottes r\u00e2p\u00e9es, un carr\u00e9 de sucre. Trois heures sur le feu. Je l&#8217;ai fait comme le jeudi, quand Micka\u00ebl avait vingt ans et qu&#8217;il comptait ses p\u00e2tes.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle est pareille \u00bb, a dit Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la m\u00eame cocotte ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la m\u00eame recette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors c&#8217;est la m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Ludovic a servi le vin, un rouge \u00e0 quatre euros cinquante du Carrefour. C\u00e9line a coup\u00e9 le pain. Chantal a tenu \u00e0 faire un petit discours, debout, son verre \u00e0 la main. Elle a parl\u00e9 du quatre-quarts qu&#8217;on lui avait mang\u00e9, de son mari, du nom de son petit-fils. Elle n&#8217;a pas parl\u00e9 de mon fils.<\/p>\n<p>\u00ab Sant\u00e9 \u00bb, a dit G\u00e9rard. Il a lev\u00e9 son verre \u00e0 la hauteur de ses yeux. Il a bu, il a touss\u00e9, il a ri.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;avais le gilet sur le dos. Les coudes sont us\u00e9s. Je ne l&#8217;ai pas jet\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le frigo, entre l&#8217;aimant en forme de pomme et la liste de courses, il y a une enveloppe. Blanche, timbr\u00e9e, mon adresse \u00e9crite \u00e0 la main. Un cachet de la maison d&#8217;arr\u00eat, une date, le 26 octobre. Elle est arriv\u00e9e mardi.<\/p>\n<p>Elle n&#8217;est pas ouverte.<\/p>\n<p>Personne n&#8217;en a parl\u00e9 pendant le repas. C\u00e9line y a jet\u00e9 un \u0153il deux fois. Pendant qu&#8217;on lavait les assiettes, elle s&#8217;est approch\u00e9e de moi, un torchon sur l&#8217;\u00e9paule.<\/p>\n<p>\u00ab Vous allez l&#8217;ouvrir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez le temps \u00bb, a-t-elle ajout\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je sais, ma belle. Mais je ne sais pas si je l&#8217;ouvrirai. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a hoch\u00e9 la t\u00eate. Elle n&#8217;a rien ajout\u00e9. Elle a s\u00e9ch\u00e9 un verre, puis un autre.<\/p>\n<p>\u00c0 dix heures, ils sont partis, les uns apr\u00e8s les autres. G\u00e9rard a descendu l&#8217;escalier avec Ludovic dans son dos, parce qu&#8217;il pr\u00e9f\u00e9rait \u00e7a \u00e0 l&#8217;ascenseur. Chantal a laiss\u00e9 la bo\u00eete en fer sur la table, avec dedans les restes de bolognaise sous un film.<\/p>\n<p>Demain, \u00e0 onze heures cinquante, un avion partira pour Lisbonne. Deux si\u00e8ges resteront vides. Je n&#8217;ai pas envie d&#8217;y penser.<\/p>\n<p>J&#8217;ai rinc\u00e9 la derni\u00e8re assiette. J&#8217;ai s\u00e9ch\u00e9 la soucoupe. J&#8217;ai pris le carnet sur le buffet, et le stylo bille de l&#8217;h\u00f4pital que Nadine m&#8217;avait laiss\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai \u00e9crit la premi\u00e8re ligne de la page :<\/p>\n<p><em>1er novembre. Bolognaise pour sept. Soucoupe : 0,50 \u20ac. Ascenseur : marche.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon fils m&#8217;a remise \u00e0 ma place d&#8217;une main sur la joue. Un quart d&#8217;heure plus tard, j&#8217;ai pass\u00e9 trois coups de fil. 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