{"id":12248,"date":"2026-11-01T05:58:36","date_gmt":"2026-11-01T05:58:36","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=12248"},"modified":"2026-11-01T05:58:36","modified_gmt":"2026-11-01T05:58:36","slug":"ma-femme-etait-enterree-depuis-moins-dune-heure-quand-mon-fils-ma-pris-a-part-pour-mannoncer-quil-me-coupait-les-vivres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=12248","title":{"rendered":"Ma femme \u00e9tait enterr\u00e9e depuis moins d&#8217;une heure quand mon fils m&#8217;a pris \u00e0 part pour m&#8217;annoncer qu&#8217;il me coupait les vivres."},"content":{"rendered":"<h1 class=\"article-hero__title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-12249\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance-300x169.png\" alt=\"\" width=\"960\" height=\"541\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Tears-Secrets-and-an-Inheritance.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/h1>\n<p>Le jeudi avant sa mort, Martine m&#8217;avait envoy\u00e9 chercher un caf\u00e9 au distributeur du couloir. Je suis revenu trop t\u00f4t. Elle avait un stylo dans la main gauche, celle qui tremblait le moins, et elle a gliss\u00e9 quelque chose sous le drap.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as d\u00e9j\u00e0 fini ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le caf\u00e9 est d\u00e9gueulasse, Martine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors bois-le quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne lui ai rien demand\u00e9. Quarante-six ans, on apprend quand ne pas poser la question.<\/p>\n<p>Maintenant, sur l&#8217;aire d&#8217;autoroute, apr\u00e8s Orl\u00e9ans, le caf\u00e9 \u00e9tait un souvenir et le chauffage de la Clio ne marchait plus qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9. Le moteur coup\u00e9, j&#8217;entendais seulement les camions qui passaient sur la bretelle, un par un, comme des respirations.<\/p>\n<p>J&#8217;avais la deuxi\u00e8me enveloppe sur les genoux. Le nom de Constance, \u00e0 l&#8217;encre bleue, avec le grand C que Martine faisait toujours trop rond.<\/p>\n<p>Je ne l&#8217;ai pas ouverte. Ce n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 moi.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mais le carnet, lui, \u00e9tait \u00e0 moi. Elle l&#8217;avait mis dans la bo\u00eete pour que je le lise, alors je l&#8217;ai repris. J&#8217;ai pass\u00e9 le pouce sur la toile cir\u00e9e, le long du dos, l\u00e0 o\u00f9 elle avait fini par se fendre. Et dans la pochette de la couverture, il y avait du papier pli\u00e9 en quatre.<\/p>\n<p>Quatre feuilles \u00e0 carreaux, arrach\u00e9es d&#8217;un bloc de l&#8217;h\u00f4pital. Au-dessus de la premi\u00e8re, mon pr\u00e9nom. Rien d&#8217;autre.<\/p>\n<p>\u00ab Mon G\u00e9rard, \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai allum\u00e9 le plafonnier. Il a gr\u00e9sill\u00e9, puis il a tenu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Si tu lis \u00e7a dans la voiture, c&#8217;est que j&#8217;ai bien devin\u00e9. Tu es parti sans rien dire \u00e0 personne et tu as d\u00fb t&#8217;arr\u00eater quelque part parce que tu n&#8217;avais plus la force de rouler. Tu as toujours fait \u00e7a. Dix minutes sur une aire, la t\u00eate contre la vitre. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lev\u00e9 la t\u00eate. Mon front touchait d\u00e9j\u00e0 la vitre.<\/p>\n<p>\u00ab Ils t&#8217;ont coup\u00e9 les vivres. Je l&#8217;\u00e9cris le jeudi, mais je te parie que \u00e7a s&#8217;est pass\u00e9 le jour m\u00eame de l&#8217;enterrement, dans l&#8217;all\u00e9e, avant le repas. Thibault a la d\u00e9licatesse d&#8217;un tracteur. Constance a d\u00fb \u00eatre derri\u00e8re lui, la main sur son collier. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai ri. Seul, dans une voiture, \u00e0 une heure du matin, \u00e0 voix haute. Un ricanement qui s&#8217;est cass\u00e9 en route.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Ne leur en veux pas trop vite. Je te connais, tu vas vouloir te trouver une excuse, la fatigue, le deuil. Et tu vas encore dire oui \u00e0 tout. C&#8217;est pour \u00e7a que j&#8217;ai pr\u00e9par\u00e9 la bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait donc tout su. Le jour, l&#8217;heure, la phrase.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me page \u00e9tait plus serr\u00e9e. L&#8217;\u00e9criture montait vers la droite, comme toujours quand elle se d\u00e9p\u00eachait.<\/p>\n<p>\u00ab Le carnet, je l&#8217;ai commenc\u00e9 en 2011, le mois o\u00f9 on a laiss\u00e9 la grande maison \u00e0 Thibault et \u00e0 Constance pour s&#8217;installer dans le studio. Tu te souviens ? Tu voulais leur donner la cl\u00e9, tu leur avais dit : c&#8217;est pour vous, vivez-y. Moi, je leur ai laiss\u00e9 croire que la maison \u00e9tait \u00e0 eux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me souvenais. Un samedi, les cartons dans le jardin, Thibault qui nous regardait traverser la pelouse. Il avait dit merci. Une seule fois.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais voulu leur mentir. Je voulais les laisser grandir. J&#8217;ai mal calcul\u00e9 le temps que \u00e7a prendrait. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9 de lire. Dehors, un camion a ralenti, puis a repris sa route. J&#8217;ai senti l&#8217;odeur de la bo\u00eete, vanille et vieux carton, qui montait de la banquette. Sur le si\u00e8ge passager, elle avait gard\u00e9 la forme de ses coins en m\u00e9tal rouill\u00e9s.<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone s&#8217;est rallum\u00e9 sur le tableau de bord. Un message, cette fois. Pas un appel. Thibault.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Papa, rappelle, c&#8217;est urgent. Constance est dans tous ses \u00e9tats, elle dit que tu n&#8217;es pas toi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Pas toi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai relu deux fois. Puis j&#8217;ai retourn\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone face contre le tableau de bord, comme on pose un verre qu&#8217;on n&#8217;a plus envie de boire.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me page.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, je te dois un aveu. Le carnet n&#8217;est pas l\u00e0 pour que tu leur reproches quoi que ce soit. Il est l\u00e0 pour que Thibault sache un jour ce que \u00e7a a co\u00fbt\u00e9. Pas pour le blesser. Pour qu&#8217;il choisisse, en le sachant. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Si tu es arriv\u00e9 \u00e0 cette page, tu as d\u00e9j\u00e0 vu le total. Tu as d\u00fb rester un moment sans bouger. Je te connais. \u00bb<\/p>\n<p>Oui. Les mains sur le volant. Le froid que je n&#8217;avais pas senti.<\/p>\n<p>\u00ab Maintenant, \u00e9coute-moi bien. Ce qui est \u00e9crit dans le carnet n&#8217;est pas tout. Il y a une ligne que je ne t&#8217;ai jamais montr\u00e9e, parce que tu serais all\u00e9 les voir le soir m\u00eame, et tu aurais tout g\u00e2ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Une ligne.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur battait dans les tempes, un battement ordinaire, celui d&#8217;un vieil homme qui a trop peu dormi. J&#8217;ai regard\u00e9 la quatri\u00e8me feuille. Elle \u00e9tait presque vide. Deux lignes, seulement, tout en bas, d&#8217;une \u00e9criture plus lente, plus appuy\u00e9e, celle des derniers jours.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Va \u00e0 2021. Cherche le nom de Constance, et un chiffre que tu ne connais pas.<\/p>\n<p>Ne l&#8217;appelle pas. Ne l&#8217;appelle surtout pas avant d&#8217;avoir lu cette ligne. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 les feuilles sur le volant. J&#8217;ai attrap\u00e9 le carnet \u00e0 deux mains, les pages sont venues d&#8217;un coup, serr\u00e9es, en \u00e9ventail, des ann\u00e9es enti\u00e8res qui se frottaient les unes aux autres.<\/p>\n<ol>\n<li>2012. 2013.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Sous la lumi\u00e8re du plafonnier qui tremblait, j&#8217;ai tourn\u00e9 les pages une \u00e0 une, jusqu&#8217;\u00e0 celle o\u00f9 Martine avait \u00e9crit, en haut, en lettres plus grandes que les autres :<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>2021.<\/p>\n<p>Le chiffre \u00e9tait barr\u00e9 deux fois, puis r\u00e9\u00e9crit en dessous, plus gros, comme si elle avait refus\u00e9 de le croire.<\/p>\n<p>\u00ab 2021. Constance, caution Saint-Pierre : 140 000 \u20ac. Pris sur l&#8217;assurance-vie de maman. Ne rien dire \u00e0 G\u00e9rard. Ne rien dire \u00e0 Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>Cent quarante mille euros. J&#8217;ai lu la ligne trois fois, le doigt pos\u00e9 dessous, comme un gamin qui apprend.<\/p>\n<p>Caution Saint-Pierre. Le p\u00e8re de Constance, Hubert, avait eu une galerie d&#8217;art \u00e0 Versailles, rue de Satory, avec des tableaux dans la vitrine et personne devant. Elle avait ferm\u00e9 en 2019. Hubert disait \u00ab une pause \u00bb. Il avait gard\u00e9 ses cravates et ses d\u00e9jeuners au Trianon, et plus rien d&#8217;autre.<\/p>\n<p>En dessous, Martine avait ajout\u00e9 une note, d&#8217;une encre diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait sign\u00e9 comme caution solidaire pour les pr\u00eats de son p\u00e8re. Elle n&#8217;avait jamais os\u00e9 le dire \u00e0 Thibault. La banque a appel\u00e9 la caution en mars. Courrier recommand\u00e9, re\u00e7u \u00e0 la villa. C&#8217;est moi qui l&#8217;ai ouvert, parce que j&#8217;arrosais les g\u00e9raniums devant la porte, et que la bo\u00eete aux lettres \u00e9tait ouverte. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rappel\u00e9 les g\u00e9raniums. Mars 2021, l&#8217;ann\u00e9e de sa premi\u00e8re op\u00e9ration. Elle sortait de l&#8217;h\u00f4pital, elle ne tenait pas debout, et elle arrosait des fleurs chez les autres.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Constance est venue le soir au studio. Toi, tu \u00e9tais \u00e0 la pharmacie. Elle pleurait. Elle m&#8217;a dit : Martine, je vous en supplie, ne dites rien \u00e0 Thibault, il me quitterait. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai jamais vu pleurer Constance. Pas une fois, en quatorze ans. M\u00eame \u00e0 l&#8217;enterrement, elle tenait son collier comme on tient la rampe d&#8217;un escalier.<\/p>\n<p>\u00ab Je lui ai dit oui. Pour une seule raison : elle avait peur, et la peur, \u00e7a se soigne mieux que la m\u00e9chancet\u00e9. J&#8217;ai pay\u00e9. Elle a sign\u00e9 une reconnaissance de dette devant moi, sur la table de la cuisine. Elle est dans son enveloppe. Pas dans la tienne. Dans la sienne. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Voil\u00e0 donc ce que pesait la deuxi\u00e8me enveloppe. Pas du papier. Un secret dans une pochette, avec un trait de scotch sur le rabat parce que Martine avait h\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<p>Je me souviens de cette soir\u00e9e de mars. Je rentre de la pharmacie, un sac blanc \u00e0 la main, des Doliprane et de l&#8217;arnica. Constance sort du studio sans me regarder, le visage tourn\u00e9 vers le mur. Elle dit \u00ab Bonsoir, G\u00e9rard \u00bb avec la voix qu&#8217;on a chez le dentiste.<\/p>\n<p>\u00ab Elle voulait quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien, elle a apport\u00e9 des cl\u00e9mentines. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi elle pleurait ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne pleurait pas, G\u00e9rard. Il y avait du vent. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il y avait du vent. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, dans un studio de dix-huit m\u00e8tres carr\u00e9s. J&#8217;avais cru Martine. Je la croyais toujours.<\/p>\n<p>J&#8217;ai referm\u00e9 le carnet sur mon pouce. Dehors, un poids lourd a red\u00e9marr\u00e9 en grin\u00e7ant. Je regardais le nom de Constance, au dos de l&#8217;enveloppe.<\/p>\n<p>Alors elle n&#8217;\u00e9tait pas seulement dure. Elle \u00e9tait accul\u00e9e. \u00c7a ne changeait rien au \u00ab G\u00e9rard \u00bb de l&#8217;all\u00e9e, ni au sourire pendant que Thibault me tapotait l&#8217;\u00e9paule. Mais \u00e7a m&#8217;a d\u00e9plac\u00e9 quelque chose, au fond du ventre, un tiroir qu&#8217;on ouvre et qu&#8217;on referme sans oser regarder.<\/p>\n<p>Je suis revenu \u00e0 la lettre. Au dos de la troisi\u00e8me feuille, Martine avait \u00e9crit, plus petit :<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quand j&#8217;ai pay\u00e9, j&#8217;ai ajout\u00e9 \u00e7a sur la reconnaissance : Constance s&#8217;engage \u00e0 ne jamais toucher \u00e0 la maison des Hortensias, ni \u00e0 toi, G\u00e9rard. Elle a sign\u00e9 les deux lignes sans les lire. Elle ne lit jamais ce qu&#8217;on lui tend quand elle a peur. \u00bb<\/p>\n<p>Ne jamais toucher \u00e0 la maison. Ni \u00e0 moi.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la phrase de l&#8217;all\u00e9e : \u00ab Il va falloir apprendre l&#8217;autonomie financi\u00e8re, G\u00e9rard. \u00bb Et au sourire de Constance, ce sourire qui avait attendu son tour.<\/p>\n<p>Si Martine avait vu juste, ce n&#8217;\u00e9tait pas de l&#8217;avarice. C&#8217;\u00e9tait un plan.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je suis rest\u00e9 assis un long moment, le front sur le volant, la bo\u00eete LU sur le si\u00e8ge d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avec son odeur de vanille. Je me suis dit que j&#8217;avais soixante et onze ans, une Clio de 2008, un carnet et une enveloppe \u00e0 ne pas ouvrir. Je me suis dit que Martine avait pr\u00e9par\u00e9 \u00e7a pendant des mois, pendant qu&#8217;elle me demandait si j&#8217;avais pens\u00e9 \u00e0 acheter du pain.<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone s&#8217;est allum\u00e9 encore. Pas un nom, cette fois. Un num\u00e9ro, que je ne connaissais pas, avec l&#8217;indicatif du d\u00e9partement. Le 78.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas d\u00e9croch\u00e9. Il a sonn\u00e9 jusqu&#8217;au bout.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un peu plus tard, un message vocal est apparu. Trente secondes. Je ne l&#8217;ai pas \u00e9cout\u00e9 tout de suite. Je tenais la quatri\u00e8me feuille de la lettre, celle qui n&#8217;avait que deux lignes, et je me suis aper\u00e7u que je ne l&#8217;avais pas vraiment lue.<\/p>\n<p>\u00ab Si quelqu&#8217;un te cherche cette nuit, G\u00e9rard, ne mens pas. Dis juste que tu vas bien. Et que tu n&#8217;as pas fini. \u00bb<\/p>\n<p>Que je n&#8217;ai pas fini.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que la lumi\u00e8re du plafonnier a chang\u00e9. Une autre lumi\u00e8re, blanche, dure, qui est venue de l&#8217;ext\u00e9rieur et m&#8217;a frapp\u00e9 en plein visage par la vitre.<\/p>\n<p>J&#8217;ai lev\u00e9 la main pour me prot\u00e9ger les yeux. Deux silhouettes se tenaient pr\u00e8s de la porti\u00e8re. Des k\u00e9pis, des gilets r\u00e9fl\u00e9chissants. Trois petits coups sur le toit.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le plus grand a baiss\u00e9 sa lampe et s&#8217;est pench\u00e9 \u00e0 la vitre.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy ? G\u00e9rard Leroy ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy, vous avez l&#8217;intention de vous faire du mal ? \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est la premi\u00e8re chose que m&#8217;a demand\u00e9e le gendarme, pas bonjour, pas des papiers. Il s&#8217;est pench\u00e9, la lampe baiss\u00e9e, et il a regard\u00e9 mes mains avant de regarder mon visage. J&#8217;ai compris qu&#8217;il cherchait une bo\u00eete de cachets.<\/p>\n<p>\u00ab Non, monsieur. Je dors dans ma voiture. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 une heure et demie du matin, sur l&#8217;A71, en Toussaint. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma femme a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e mardi, adjudant. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est redress\u00e9. Sur son gilet, j&#8217;ai lu MOREAU, en lettres blanches. Pas du tout un jeune. Cinquante ans, peut-\u00eatre, des yeux fatigu\u00e9s, une alliance qui lui serrait le doigt.<\/p>\n<p>\u00ab Mes condol\u00e9ances, monsieur. Descendez, s&#8217;il vous pla\u00eet. Doucement. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis descendu doucement. Mes genoux ont craqu\u00e9. Le second gendarme, un gar\u00e7on avec une barbe de trois jours et l&#8217;air d&#8217;avoir dix-neuf ans, a fait le tour de la Clio avec sa lampe.<\/p>\n<p>Il a \u00e9clair\u00e9 la valise. La bo\u00eete LU sur le si\u00e8ge. Il n&#8217;a pas pos\u00e9 de question.<\/p>\n<p>Moreau a sorti un carnet \u00e0 lui, plus petit que celui de Martine.<\/p>\n<p>\u00ab Votre fils, Thibault Leroy, a signal\u00e9 votre disparition ce soir \u00e0 vingt-trois heures quarante. Au commissariat du V\u00e9sinet, puis chez nous. Disparition inqui\u00e9tante d&#8217;une personne \u00e2g\u00e9e vuln\u00e9rable. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vuln\u00e9rable. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le terme du formulaire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame Constance Leroy a pr\u00e9cis\u00e9 que vous aviez des troubles de la m\u00e9moire. Des oublis, des moments de d\u00e9sorientation. Qu&#8217;elle avait peur que vous fassiez une b\u00eatise sur la route. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai eu envie de rire encore, et je n&#8217;ai pas pu. Quelque chose s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 au milieu de ma gorge.<\/p>\n<p>\u00ab Des troubles de la m\u00e9moire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Adjudant, posez-moi une question. N&#8217;importe laquelle. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9. Il a h\u00e9sit\u00e9, puis il a jou\u00e9 le jeu, parce qu&#8217;il avait compris que \u00e7a valait mieux.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle est la date de votre mariage ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 14 juin 1979. \u00c0 la mairie de Conflans, \u00e0 onze heures. Martine avait une robe jaune, elle a refus\u00e9 le blanc. Il a plu pendant le vin d&#8217;honneur, on a fini au caf\u00e9 d&#8217;en face. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le pr\u00e9nom de vos petits-enfants ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apolline, onze ans. C\u00f4me, huit ans. Il perd ses dents de lait comme d&#8217;autres perdent leurs gants. \u00bb<\/p>\n<p>Le jeune a \u00e9touff\u00e9 quelque chose qui ressemblait \u00e0 un rire. Moreau a lev\u00e9 un doigt, il s&#8217;est tu.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Votre fils est-il violent avec vous ? Quelqu&#8217;un vous menace ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates s\u00fbr ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon fils m&#8217;a seulement dit qu&#8217;on ne pouvait pas me porter jusqu&#8217;au bout, adjudant. Dans l&#8217;all\u00e9e du cimeti\u00e8re, une heure apr\u00e8s l&#8217;enterrement de sa m\u00e8re. Ce n&#8217;est pas un crime, c&#8217;est une honte. \u00c7a ne se juge pas. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris une note. Une longue.<\/p>\n<p>La nuit \u00e9tait claire et fra\u00eeche. Sur l&#8217;aire, quelques camions dormaient, cabines sombres, un seul moteur qui tournait au ralenti. Je sentais le froid entrer par la veste. Moreau a rang\u00e9 son stylo.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy, je vais \u00eatre direct. Vous \u00eates majeur, vous \u00eates libre d&#8217;aller o\u00f9 vous voulez, de ne r\u00e9pondre \u00e0 personne. Je n&#8217;ai aucun droit de vous obliger \u00e0 rentrer. Je dois seulement dire \u00e0 votre famille que vous \u00eates vivant et que vous allez bien. Rien d&#8217;autre. Pas o\u00f9, pas avec qui. \u00c7a vous convient ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a me convient. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux aussi vous donner mon num\u00e9ro. Au cas o\u00f9. \u00bb<\/p>\n<p>Il a d\u00e9chir\u00e9 un coin de page et il a \u00e9crit un num\u00e9ro dessus. Un num\u00e9ro que je n&#8217;ai pas gard\u00e9 en t\u00eate, mais que j&#8217;ai gliss\u00e9 dans le carnet, entre 2021 et 2022.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Puis il a h\u00e9sit\u00e9. Il avait encore quelque chose dans la poche de sa veste, pli\u00e9 en trois.<\/p>\n<p>\u00ab Une derni\u00e8re chose, monsieur. Madame Leroy nous a remis un dossier. Pour appuyer le signalement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un dossier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une ordonnance, un document de la mairie, et un certificat m\u00e9dical. \u00bb<\/p>\n<p>Il a d\u00e9pli\u00e9 la feuille, et il l&#8217;a tourn\u00e9e vers moi, sous la lampe du plus jeune.<\/p>\n<p>En-t\u00eate bleu. Cabinet m\u00e9dical, rue du Mar\u00e9chal-Foch, Le V\u00e9sinet. Dat\u00e9 de mercredi, c&#8217;est-\u00e0-dire du lendemain de l&#8217;enterrement, le jour o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais chez Ma\u00eetre Dubois, \u00e0 neuf heures.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je soussign\u00e9 certifie avoir examin\u00e9 ce jour M. G\u00e9rard Leroy, 71 ans, qui pr\u00e9sente des troubles mn\u00e9siques et une d\u00e9sorientation temporo-spatiale compatibles avec un d\u00e9but de syndrome d\u00e9mentiel. Un placement en structure adapt\u00e9e est \u00e0 envisager. Fait pour servir et valoir ce que de droit. \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9sorientation temporo-spatiale. Syndrome d\u00e9mentiel.<\/p>\n<p>Mercredi, \u00e0 neuf heures, j&#8217;\u00e9tais assis chez la notaire, face \u00e0 un bureau d&#8217;acajou, et Martine me regardait depuis une photo pos\u00e9e pr\u00e8s du buvard. \u00c0 neuf heures, aucun m\u00e9decin ne m&#8217;avait examin\u00e9. Personne ne m&#8217;avait touch\u00e9 le poignet. Personne ne m&#8217;avait demand\u00e9 le jour de la semaine.<\/p>\n<p>J&#8217;ai tenu la feuille de mes deux mains, parce que la droite tremblait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il y avait une signature, en bas, avec un tampon qui avait un peu bav\u00e9. Une \u00e9criture pench\u00e9e que je connaissais. J&#8217;avais re\u00e7u des dizaines d&#8217;ordonnances \u00e9crites de cette main, pour mon dos, pour ma tension, pour les piq\u00fbres de Martine.<\/p>\n<p>\u00ab Docteur Garcia \u00bb, a dit Moreau en lisant sur mon \u00e9paule. \u00ab C&#8217;est votre m\u00e9decin traitant, c&#8217;est \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>Vingt-deux ans que je le voyais. Il m&#8217;avait soign\u00e9 la hanche, la tension, le chagrin. Il refusait toujours que je le paie en tuiles ou en bouteilles.<\/p>\n<p>Il avait tenu la main de Martine, la veille de sa mort.<\/p>\n<p>\u00c0 huit heures, je sonnais chez Michel.<\/p>\n<p>Il a ouvert en cale\u00e7on et en marcel, un bras dans une manche de pull, l&#8217;autre sur sa mauvaise \u00e9paule. Quarante ans qu&#8217;on se connaissait. Chef d&#8217;\u00e9quipe chez moi pendant trente et un, le seul homme que j&#8217;aie jamais laiss\u00e9 tenir les cl\u00e9s de l&#8217;atelier.<\/p>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9. La valise, la bo\u00eete LU sous mon bras, la barbe de deux jours.<\/p>\n<p>\u00ab Entre, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est tout. Pas \u00ab qu&#8217;est-ce qui se passe \u00bb, pas \u00ab pourquoi tu ne pr\u00e9viens pas \u00bb. Il a pouss\u00e9 la porte avec le pied et il a cri\u00e9 dans le couloir :<\/p>\n<p>\u00ab Nadine ! G\u00e9rard est l\u00e0. Sors la bonne cafeti\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Le pavillon sentait le caf\u00e9 et la cire. Une moquette orange, un nain de jardin qu&#8217;on avait rentr\u00e9 pour l&#8217;hiver et oubli\u00e9 dans l&#8217;entr\u00e9e, une photo de leur fils en uniforme de pompier. Nadine est arriv\u00e9e en peignoir, les cheveux en p\u00e9tard, et elle m&#8217;a pris dans ses bras sans un mot, d&#8217;un coup, \u00e0 m&#8217;en faire craquer les c\u00f4tes.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as mang\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas vraiment. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te mets de la soupe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nadine, il est huit heures du matin. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je ne t&#8217;ai pas demand\u00e9 l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a servi un bol de soupe de potiron dans la cuisine, avec une tranche de pain de la veille et du fromage fondu qui sentait l&#8217;enfance. J&#8217;ai mang\u00e9 en silence. Michel s&#8217;est assis en face de moi, les mains \u00e0 plat, et il a attendu. Il m&#8217;a attendu comme on attend un couvreur qui descend de l&#8217;\u00e9chelle, sans lui parler tant que ses pieds ne sont pas sur le sol.<\/p>\n<p>Quand j&#8217;ai eu fini, je leur ai tout dit. Le cimeti\u00e8re, l&#8217;all\u00e9e, la phrase de Thibault, la bo\u00eete, les gendarmes, le certificat du docteur Garcia.<\/p>\n<p>\u00ab Garcia ? \u00bb a dit Michel. \u00ab Le toubib de Martine ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Lui-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il t&#8217;a coll\u00e9 d\u00e9mence sur le papier ? Cette crapule. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a sign\u00e9 un papier mercredi, Michel. Le jour o\u00f9 je n&#8217;\u00e9tais pas chez lui. \u00bb<\/p>\n<p>Nadine a pos\u00e9 sa main sur la mienne.<\/p>\n<p>\u00ab Tu restes ici. Le temps qu&#8217;il faudra. La chambre de Kevin est libre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ton fils ne va pas\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon fils est \u00e0 Lyon avec sa femme, et le lit est fait. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a insist\u00e9, j&#8217;ai c\u00e9d\u00e9. C&#8217;\u00e9tait une chambre d&#8217;adolescent rest\u00e9 adolescent : un poster de Zidane, des troph\u00e9es de foot en plastique dor\u00e9, une couette \u00e0 rayures qui sentait la lessive. Je me suis assis sur le bord du lit, j&#8217;ai pos\u00e9 la bo\u00eete LU \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur la table de nuit, et pendant une minute, je n&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Puis j&#8217;ai appel\u00e9 Ma\u00eetre Dubois.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la Toussaint, le cabinet \u00e9tait ferm\u00e9. Mais elle m&#8217;avait donn\u00e9 son portable, le mercredi, au moment de me raccompagner : \u00ab Utilisez-le d\u00e8s que vous voulez. \u00bb Elle a d\u00e9croch\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me sonnerie.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard. Je vous attendais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle disait \u00e7a tout le temps, mais cette fois, il y avait de la fatigue dans sa voix. Elle ne dormait pas non plus.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre, on m&#8217;a d\u00e9clar\u00e9 d\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence, tr\u00e8s court. Je l&#8217;entendais respirer.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai appris hier soir. Thibault Leroy est venu \u00e0 l&#8217;\u00e9tude vendredi, avec sa femme, et ils m&#8217;ont demand\u00e9 si le dossier m\u00e9dical suffirait \u00e0 ouvrir une proc\u00e9dure de protection. Je leur ai r\u00e9pondu que je ne r\u00e9pondais pas \u00e0 ce genre de question. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vendredi. Avant m\u00eame que je parte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Ils avaient donc pr\u00e9par\u00e9 quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coutez-moi, G\u00e9rard. Il y a deux choses que je dois vous dire, et je ne les ai pas dites mercredi parce que Martine m&#8217;avait demand\u00e9 d&#8217;attendre. La premi\u00e8re : Constance Leroy appelle l&#8217;\u00e9tude depuis juillet. Elle voulait savoir au nom de qui \u00e9tait la villa. Elle a fini par obtenir un extrait de la publicit\u00e9 fonci\u00e8re. Elle sait depuis cet \u00e9t\u00e9 que Thibault n&#8217;est pas propri\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n<p>Juillet. Quatre mois avant le cimeti\u00e8re. Quatre mois \u00e0 sourire \u00e0 ma table.<\/p>\n<p>\u00ab Et la seconde ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab La directrice de l&#8217;EHPAD Les Glycines, \u00e0 Chatou, m&#8217;a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 jeudi pour une pi\u00e8ce manquante. Votre acte de naissance. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti mes jambes dispara\u00eetre sous moi, alors que j&#8217;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 assis.<\/p>\n<p>\u00ab Mon acte de naissance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une chambre \u00e0 votre nom est r\u00e9serv\u00e9e depuis le 12 septembre. Chambre 214. Un acompte de trois mille euros a \u00e9t\u00e9 vers\u00e9, le dossier d&#8217;admission est sign\u00e9 par votre fils, avec une procuration de votre part. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai sign\u00e9 aucune procuration, Ma\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en doutais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai sign\u00e9 rien du tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en doutais aussi, G\u00e9rard. C&#8217;est pour \u00e7a que je vous le dis. \u00bb<\/p>\n<p>Je regardais le poster de Zidane. Il avait un bras lev\u00e9, le poing serr\u00e9. J&#8217;ai pens\u00e9 qu&#8217;on lui demandait de poser longtemps pour la photo.<\/p>\n<p>\u00ab Alors, le 12 septembre, \u00bb ai-je dit, \u00ab Martine \u00e9tait encore vivante. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle \u00e9tait \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital depuis quinze jours. Oui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>On avait donc r\u00e9serv\u00e9 ma chambre alors que ma femme respirait encore. Pas le jour de l&#8217;enterrement. Pas la phrase dans l&#8217;all\u00e9e. Une chambre \u00e0 quatre-vingts euros par jour, avec vue sur le parking, pay\u00e9e d&#8217;avance, pendant qu&#8217;elle essayait de tenir jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;automne pour me laisser sa bo\u00eete.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre, vous pouvez m&#8217;aider ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais vous aider. Mais d&#8217;abord, vous devez \u00e9couter vos messages. Tous. Il y en a un que vous n&#8217;avez pas encore ouvert. Elle m&#8217;a pr\u00e9venue : il viendrait de quelqu&#8217;un \u00e0 qui vous tenez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai raccroch\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran. Cent quarante appels, six messages vocaux que j&#8217;avais gard\u00e9s pour plus tard, et un nouveau, arriv\u00e9 dans la nuit, d&#8217;un num\u00e9ro masqu\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dur\u00e9e : 41 secondes.<\/p>\n<p>J&#8217;ai appuy\u00e9.<\/p>\n<p>D&#8217;abord le bruit d&#8217;une porte qui se ferme \u00e0 cl\u00e9. Puis un souffle, une toute petite voix, qui parlait tr\u00e8s bas, tr\u00e8s vite, comme on parle sous une couette.<\/p>\n<p>\u00ab Papi, c&#8217;est moi. C&#8217;est Apolline. J&#8217;ai pas le droit de t&#8217;appeler, je prends le t\u00e9l\u00e9phone de maman dans la salle de bains. Papi, maman a dit que t&#8217;\u00e9tais malade dans ta t\u00eate et que tu allais aller dans une maison. Mais moi je sais que c&#8217;est pas vrai, parce que mamie m&#8217;a dit avant de\u2026 Papi, il y a un dossier bleu dans le bureau de maman et elle s&#8217;entra\u00eene \u00e0 \u00e9crire ton\u2014<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Le message s&#8217;arr\u00eatait l\u00e0.<\/p>\n<p>Moi, je m&#8217;appelle Apolline et j&#8217;ai onze ans. J&#8217;ai pris le t\u00e9l\u00e9phone de maman parce qu&#8217;elle l&#8217;avait laiss\u00e9 sur le rebord de la baignoire, et j&#8217;ai compt\u00e9 tout bas jusqu&#8217;\u00e0 quarante pour que \u00e7a ne soit pas trop long. J&#8217;ai verrouill\u00e9 la porte de la salle de bains, ce qui est interdit depuis que C\u00f4me s&#8217;est coinc\u00e9 dedans. Quand j&#8217;ai entendu les pas dans le couloir, j&#8217;ai raccroch\u00e9 sans finir ma phrase.<\/p>\n<p>Je savais bien que papi n&#8217;\u00e9tait pas malade. Papi conna\u00eet par c\u0153ur tous les noms des oiseaux du jardin.<\/p>\n<p>Chez Michel, j&#8217;ai \u00e9cout\u00e9 le message de la petite deux fois, assis sur le lit de Kevin, avec le poster de Zidane qui me regardait de travers. Quarante et une secondes, et \u00e0 la fin, ce mot coup\u00e9, \u00ab \u00e9crire ton \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9crire ton nom.<\/p>\n<p>Michel est entr\u00e9 sans frapper. Il avait enfil\u00e9 un pantalon, ce qui lui donnait un air de lendemain de f\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle a dit, la petite ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Que Constance s&#8217;entra\u00eene \u00e0 \u00e9crire mon nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab S&#8217;entra\u00eene. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans un dossier bleu. \u00bb<\/p>\n<p>Il a siffl\u00e9, un petit sifflement sec, celui qu&#8217;il faisait quand un chantier venait de se r\u00e9v\u00e9ler plus pourri que pr\u00e9vu. Il s&#8217;est assis par terre, le dos contre la commode.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, les gens qui s&#8217;entra\u00eenent \u00e0 signer, ils ne signent pas pour le plaisir. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais, Michel. \u00bb<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 dans ma main. Un deuxi\u00e8me message d&#8217;Apolline, de dix-neuf secondes cette fois, arriv\u00e9 du m\u00eame num\u00e9ro masqu\u00e9. Elle devait avoir trouv\u00e9 la cachette, sous les draps ou derri\u00e8re le canap\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Excuse, papi, la fin elle a coup\u00e9. Maman \u00e9crit ton nom sur des feuilles, plein de feuilles, des G. Elle les met dans le dossier bleu quand elle croit que je dors. Et papa il a pleur\u00e9 dans le garage, hier, avec la porte ferm\u00e9e. Je l&#8217;ai vu par la fen\u00eatre. Reviens pas tout de suite, papi. Mais reviens quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Reviens pas tout de suite. Mais reviens quand m\u00eame.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai \u00e9teint l&#8217;\u00e9cran. Michel me regardait.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a onze ans, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a plus de cran que tes deux grands imb\u00e9ciles r\u00e9unis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a surtout une m\u00e8re qui s&#8217;entra\u00eene \u00e0 signer \u00e0 ma place. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Appelle ton fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si je l&#8217;appelle de mon t\u00e9l\u00e9phone, ils vont savoir o\u00f9 je suis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors prends le mien. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a tendu son vieux Nokia, ce t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 clapet qu&#8217;il n&#8217;avait jamais voulu remplacer, avec un autocollant de pompiers sur la coque. Je l&#8217;ai pris et j&#8217;ai h\u00e9sit\u00e9, le pouce au-dessus du clavier.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Ils ont ton num\u00e9ro, Michel. Tous les ans, on envoie une carte de v\u0153ux \u00e0 ton adresse, Martine tenait \u00e0 \u00e7a. Constance a le carnet d&#8217;adresses de la maison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors ils savent d\u00e9j\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu appelles ou pas ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai compos\u00e9. Pas le num\u00e9ro d&#8217;Apolline, \u00e9videmment. Celui de Thibault, que je connaissais par c\u0153ur, parce que c&#8217;est le premier que j&#8217;avais appris \u00e0 son entr\u00e9e en sixi\u00e8me, quand il avait perdu sa carte de bus.<\/p>\n<p>\u00c7a a sonn\u00e9 une fois. Pas deux.<\/p>\n<p>\u00ab All\u00f4 ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Thibault. C&#8217;est moi. \u00bb<\/p>\n<p>Du bruit sur la ligne. Une chaise racl\u00e9e, un souffle, quelque chose de m\u00e9tallique qui tombe. Puis sa voix, tr\u00e8s rapide, \u00e9trangl\u00e9e, la voix d&#8217;un petit gar\u00e7on pris dans une grosse t\u00eate d&#8217;homme.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ! Papa, o\u00f9 est-ce que tu es ? On t&#8217;a cherch\u00e9 partout, j&#8217;ai appel\u00e9 les h\u00f4pitaux, tout. Tu m&#8217;as fait une de ces peurs. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu rentres, hein ? Tu rentres ce soir ? On va arranger les choses. Constance dit que tu \u00e9tais fatigu\u00e9, que tu as eu un coup de\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas fatigu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Papa\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Passe-moi Apolline. \u00bb<\/p>\n<p>Un blanc. Un tr\u00e8s long blanc.<\/p>\n<p>\u00ab Elle dort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est dix heures du matin, Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a\u2026 elle avait de la fi\u00e8vre. Papa, ne commence pas. Reviens. S&#8217;il te pla\u00eet. Je te dis qu&#8217;on va arranger \u00e7a. Je ne sais pas ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans ta t\u00eate, mais\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma t\u00eate va tr\u00e8s bien. \u00bb<\/p>\n<p>Michel, par terre, a hoch\u00e9 la t\u00eate une fois, lentement, sans me quitter des yeux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai entendu un bruit de talons sur du carrelage. Pas de Thibault. Un autre bruit, derri\u00e8re lui, tr\u00e8s r\u00e9gulier. Des pas qui s&#8217;approchaient, sans se h\u00e2ter, avec cette assurance de quelqu&#8217;un qui conna\u00eet le chemin.<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi \u00e7a, \u00bb a dit une voix de femme, tr\u00e8s basse. \u00ab Donne. \u00bb<\/p>\n<p>Un frottement. Le combin\u00e9 qui change de main.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y avait plus que de la respiration. Une respiration ma\u00eetris\u00e9e, calme, longue, sans l&#8217;ombre d&#8217;un tremblement.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. Constance non plus. On s&#8217;est \u00e9cout\u00e9s comme \u00e7a pendant pr\u00e8s de dix secondes, deux personnes de part et d&#8217;autre d&#8217;un fil, chacune attendant que l&#8217;autre l\u00e2che prise la premi\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Michel a lev\u00e9 un sourcil.<\/p>\n<p>Puis la voix de Constance est arriv\u00e9e, plus douce que je ne l&#8217;avais jamais entendue, \u00e0 peine plus qu&#8217;un chuchotement. Le vouvoiement, une main gant\u00e9e sur ma gorge.<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez pas \u00e0 vous cacher. Nous savons o\u00f9 vous \u00eates. \u00bb<\/p>\n<p>Le lundi, le juge m&#8217;avait d\u00e9j\u00e0 convoqu\u00e9.<\/p>\n<p>La lettre est arriv\u00e9e chez Michel par le facteur de onze heures, avec les prospectus de Leclerc et la facture d&#8217;eau. Enveloppe blanche, fen\u00eatre transparente, tampon du tribunal judiciaire de Versailles. Nadine me l&#8217;a tendue du bout des doigts, comme un plat chaud.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur G\u00e9rard Leroy est convoqu\u00e9 \u00e0 l&#8217;audience du jeudi 13 novembre, \u00e0 dix heures, devant le juge des contentieux de la protection, salle 4, pour \u00eatre entendu sur la requ\u00eate de M. Thibault Leroy, son fils, aux fins de mise en place d&#8217;une mesure de protection juridique. \u00bb<\/p>\n<p>Une mesure de protection. Pour moi.<\/p>\n<p>\u00ab Treize novembre, \u00bb a dit Michel en regardant le calendrier de la cuisine, celui des pompiers. \u00ab Dans dix jours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a fait vite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a fait surtout expr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait raison. Je n&#8217;\u00e9tais pas un expert, mais j&#8217;avais construit assez de toitures pour savoir qu&#8217;on ne monte pas une charpente de ce poids en trois jours. Quelqu&#8217;un pr\u00e9parait \u00e7a depuis longtemps.<\/p>\n<p>Le mardi, j&#8217;ai repris la Clio pour le V\u00e9sinet.<\/p>\n<p>Michel voulait m&#8217;accompagner. J&#8217;ai refus\u00e9. Je devais voir le docteur Garcia seul, comme on va voir un vieil ami \u00e0 qui on veut demander s&#8217;il a bien fait ce qu&#8217;on sait qu&#8217;il a fait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Son cabinet tient le rez-de-chauss\u00e9e d&#8217;une maison de brique rouge, rue du Mar\u00e9chal-Foch, avec une plaque en cuivre qu&#8217;on briquait tous les samedis. La salle d&#8217;attente sentait le d\u00e9sinfectant et le vieux papier. Trois personnes attendaient devant des magazines de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Une femme avec un b\u00e9b\u00e9, un homme avec une jambe pl\u00e2tr\u00e9e, un monsieur de mon \u00e2ge qui me connaissait de vue. Il m&#8217;a salu\u00e9. Je lui ai r\u00e9pondu, la gorge serr\u00e9e.<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire, Mireille, m&#8217;a regard\u00e9 comme on regarde un revenant.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy ! Vous n&#8217;avez pas\u2026 vous n&#8217;avez pas rendez-vous. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Dites-lui que c&#8217;est G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est avec un patient. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais attendre. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai attendu vingt minutes, assis sur une chaise en ska\u00ef avec ma veste sur les genoux. Quand la porte s&#8217;est ouverte, c&#8217;est un gar\u00e7on de dix ans qui est sorti, avec un pansement sur le genou, et le docteur Garcia est rest\u00e9 dans l&#8217;embrasure.<\/p>\n<p>Il avait maigri. Il avait cette peau grise des hommes qui ont pass\u00e9 la nuit \u00e0 se retourner dans un lit.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laurent. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>C&#8217;\u00e9tait son pr\u00e9nom, que je n&#8217;employais jamais. Il l&#8217;a re\u00e7u comme une gifle.<\/p>\n<p>\u00ab Entre. \u00bb<\/p>\n<p>Il a referm\u00e9 la porte \u00e0 cl\u00e9 derri\u00e8re nous. Il s&#8217;est assis, non pas derri\u00e8re son bureau, mais sur le bord de la table d&#8217;auscultation, ce qui lui donnait l&#8217;air d&#8217;un patient. J&#8217;ai pos\u00e9 la lettre du tribunal devant lui, avec le certificat que le gendarme m&#8217;avait laiss\u00e9 photographier.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as examin\u00e9 qui, mercredi, \u00e0 neuf heures ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert la bouche. Il l&#8217;a referm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne t&#8217;ai pas examin\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance est venue \u00e0 midi. Elle avait l&#8217;air \u00e9puis\u00e9e. Elle m&#8217;a dit que tu \u00e9tais parti de chez le notaire en pleine confusion, que tu parlais \u00e0 Martine \u00e0 voix haute dans le jardin, que tu avais oubli\u00e9 le pr\u00e9nom des enfants devant la famille. Elle disait que Thibault n&#8217;en pouvait plus. Qu&#8217;il fallait un papier, juste pour que la mutuelle prenne en charge une \u00e9valuation. Une formalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une formalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a dit que c&#8217;\u00e9tait \u00e0 titre conservatoire. Que le papier ne servirait \u00e0 rien tant que tu n&#8217;\u00e9tais pas examin\u00e9 par un confr\u00e8re. G\u00e9rard, je te le jure, j&#8217;ai cru que\u2026 \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu as cru que j&#8217;\u00e9tais fou. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai cru que tu \u00e9tais en deuil. Je me suis dit qu&#8217;un vieil homme qui vient d&#8217;enterrer sa femme\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laurent. Tu as tenu sa main, la veille. \u00bb<\/p>\n<p>Il a baiss\u00e9 les yeux. Ses doigts tremblaient sur le bord du papier blanc qui recouvrait la table.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais que je n&#8217;avais rien. Et tu as sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que tu allais bient\u00f4t avoir besoin d&#8217;aide. J&#8217;ai eu peur pour toi. Et j&#8217;ai eu peur d&#8217;elle, G\u00e9rard. Pas \u00e0 la mani\u00e8re dont tu l&#8217;entends. Elle a une fa\u00e7on de vous regarder, quand elle vous demande un service\u2026 \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je connais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je me suis dit que si je refusais, elle trouverait un autre m\u00e9decin. Un moins scrupuleux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu viens de te d\u00e9fendre avec l&#8217;argument des pires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne s&#8217;est pas d\u00e9fendu davantage. J&#8217;ai respect\u00e9 \u00e7a. Un instant, la salle a \u00e9t\u00e9 remplie du bourdonnement du n\u00e9on, un bourdonnement qui m&#8217;a rappel\u00e9 les h\u00f4pitaux.<\/p>\n<p>\u00ab Je veux un papier, Laurent. Dat\u00e9, sign\u00e9, tamponn\u00e9. Qui dit que tu as fait un certificat sans me voir. Pas aujourd&#8217;hui. Tu le gardes, tu le tapes proprement, tu le tiens pr\u00eat. Tu me le donneras quand je te le demanderai. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je te l&#8217;\u00e9cris ce soir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu ne dis rien \u00e0 Constance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est lev\u00e9. Il a ouvert un tiroir de son bureau, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la pi\u00e8ce, et il en a sorti une chemise de carton jaune, mince, avec une \u00e9tiquette o\u00f9 figurait mon nom, de son \u00e9criture pench\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a autre chose. Quand Constance m&#8217;a laiss\u00e9 le certificat \u00e0 signer, elle a aussi laiss\u00e9 \u00e7a. Pour la mutuelle, disait-elle, pour que j&#8217;envoie les relev\u00e9s m\u00e9dicaux directement. Moi, j&#8217;ai pens\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait normal. J&#8217;ai fait une photocopie par habitude, et j&#8217;ai gard\u00e9 le tout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il m&#8217;a tendu la feuille.<\/p>\n<p>Un papier de la banque. En-t\u00eate du Cr\u00e9dit Agricole, agence du V\u00e9sinet. \u00ab Procuration g\u00e9n\u00e9rale sur comptes et placements. \u00bb Le mandant : G\u00e9rard Leroy. Le mandataire : Constance Leroy, n\u00e9e de Saint-Pierre.<\/p>\n<p>Date : le lundi 27 octobre. La veille de l&#8217;enterrement. Le soir o\u00f9 j&#8217;avais veill\u00e9 Martine au fun\u00e9rarium jusqu&#8217;\u00e0 minuit, assis sur une chaise pliante, sans l\u00e2cher la poign\u00e9e du cercueil.<\/p>\n<p>Et en bas, dans la case du mandant, la signature.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard Leroy. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le G trop haut. Le L qui penchait, qui tendait la queue vers la gauche, comme un chat qu&#8217;on a pris dans l&#8217;escalier. Martine disait que je signais comme un chat. \u00c7a lui faisait un petit rire, chaque fois qu&#8217;elle me tendait un stylo.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;\u00e9tait pas ma signature. C&#8217;en \u00e9tait la caricature.<\/p>\n<p>Mais la banque l&#8217;avait accept\u00e9e.<\/p>\n<p>Ma carte bleue a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e \u00e0 la caisse du Leclerc de Vierzon, devant onze personnes et une pile de yaourts.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le mercredi, quatre jours apr\u00e8s mon d\u00e9part du V\u00e9sinet. Nadine m&#8217;avait \u00e9crit trois lignes sur un bout de papier : lessive, pain de mie, des cl\u00e9mentines. Je voulais payer, pour une fois. Chez Michel, je me sentais comme un meuble qu&#8217;on a gard\u00e9 par politesse.<\/p>\n<p>\u00ab Paiement refus\u00e9, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>La caissi\u00e8re avait la trentaine, un badge \u00ab Sandrine \u00bb, un sourire qui s&#8217;est fig\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Essayez encore. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vous en prie. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai r\u00e9introduit la carte. J&#8217;ai tap\u00e9 le code, que je connais. Quatre chiffres, la date de naissance de Thibault, b\u00eatement, depuis vingt ans. L&#8217;\u00e9cran a h\u00e9sit\u00e9, puis il a affich\u00e9 la m\u00eame chose en rouge.<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9sol\u00e9e, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>Derri\u00e8re moi, une dame a soupir\u00e9. Un homme avec un caddie plein a regard\u00e9 sa montre. Je n&#8217;avais pas de liquide, rien dans les poches. Les Leroy, qui avaient pay\u00e9 le toit d&#8217;une maison de six chambres pendant quatorze ans, n&#8217;avaient pas de quoi acheter des cl\u00e9mentines.<\/p>\n<p>Michel, derri\u00e8re moi, a pos\u00e9 un billet de vingt euros sur le tapis. Il \u00e9tait tout froiss\u00e9, pli\u00e9 en quatre, un billet qui avait voyag\u00e9 dans trop de poches.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tiens. Garde la monnaie pour le pain. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Michel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas ici, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le parking, je me suis assis sur le muret des caddies. J&#8217;avais le ticket de caisse dans la main, 11,80 \u20ac, une odeur de lessive qui sortait du sac. Je regardais le ticket comme on regarde une radiographie.<\/p>\n<p>\u00ab Appelle ta banque. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai appel\u00e9 S\u00e9bastien Petit. Il avait quarante ans, il \u00e9tait mon conseiller depuis dix ans au Cr\u00e9dit Agricole du V\u00e9sinet, et chaque No\u00ebl il m&#8217;envoyait un calendrier avec des chats. Il a d\u00e9croch\u00e9 d\u00e8s la deuxi\u00e8me sonnerie, comme s&#8217;il attendait.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy. Je suis d\u00e9sol\u00e9, je\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma carte est refus\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Je vais \u00eatre clair avec vous. Je ne vous ai pas appel\u00e9 parce que je croyais\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous croyiez quoi, S\u00e9bastien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Que c&#8217;\u00e9tait vous. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai ferm\u00e9 les yeux. Au-dessus de moi, un haut-parleur annon\u00e7ait une promotion sur le jambon.<\/p>\n<p>\u00ab Expliquez-moi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Mercredi dernier, le 29, Mme Constance Leroy est venue \u00e0 l&#8217;agence avec une procuration g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 son nom, sign\u00e9e de vous, et une photocopie de votre carte d&#8217;identit\u00e9. Elle m&#8217;a dit que vous aviez perdu votre femme, que vous n&#8217;aviez pas la force de vous occuper des comptes. Elle avait les larmes aux yeux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait les larmes aux yeux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai crue. Je suis navr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Combien ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a h\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Livret A vid\u00e9, vingt-deux mille neuf cent cinquante euros. Compte courant, huit mille cinquante. Trente et un mille, au total. Vir\u00e9s mercredi, vers un compte ouvert au nom de Mme Constance Leroy dans une autre banque. \u00bb<\/p>\n<p>Trente et un mille euros. Je les ai ajout\u00e9s aux quatre-vingt mille du carnet de Martine, \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e, comme on ajoute une pierre \u00e0 un tas. \u00c7a n&#8217;avait pas le m\u00eame poids. \u00c7a n&#8217;avait aucun poids. C&#8217;\u00e9tait juste de l&#8217;argent qui ne m&#8217;appartenait plus.<\/p>\n<p>\u00ab Et le compte joint ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bloqu\u00e9 depuis le d\u00e9c\u00e8s, monsieur. Seul le notaire peut le d\u00e9bloquer, c&#8217;est la proc\u00e9dure. Ce que je vous dis l\u00e0, je ne devrais pas, mais\u2026 elle a aussi demand\u00e9 le rachat du contrat d&#8217;assurance-vie pour vos petits-enfants. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Celui d&#8217;Apolline et de C\u00f4me. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cent quarante-quatre mille euros. Elle n&#8217;a pas pu. Il faut votre signature en personne, devant un conseiller, et la compagnie a refus\u00e9 le dossier. Elle a insist\u00e9, elle a dit que vous aviez donn\u00e9 votre accord oralement. Elle est partie en col\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Cent quarante-quatre mille. Quatre mille euros par mois, depuis trois ans. Ce que je virais en douce, sur un contrat dont Thibault ne connaissait m\u00eame pas l&#8217;existence. Il restait donc une chose qu&#8217;elle n&#8217;avait pas pu toucher.<\/p>\n<p>J&#8217;ai respir\u00e9, une fois. Le muret \u00e9tait froid sous mes cuisses.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien, vous devez annuler cette procuration. Tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne peux pas, monsieur, pas par t\u00e9l\u00e9phone. Il faut vous voir en personne, avec une pi\u00e8ce d&#8217;identit\u00e9, et signer une r\u00e9vocation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je viens jeudi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D&#8217;accord. Il y a autre chose. Il faut que vous sachiez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dites-le. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier, j&#8217;ai re\u00e7u un appel de Ma\u00eetre Vasseur, notaire \u00e0 Versailles. Il m&#8217;a demand\u00e9 une attestation de solde, au nom de la SCI Les Hortensias. Le g\u00e9rant de la SCI, c&#8217;est vous, mais c&#8217;est votre fils qui m&#8217;a appel\u00e9, de la part de Mme Leroy, pour dire qu&#8217;il \u00e9tait habilit\u00e9. Ma\u00eetre Vasseur pr\u00e9pare un acte de vente. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un acte de vente.<\/p>\n<p>\u00ab De quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De la villa, monsieur. Un acheteur est d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9. Un promoteur. Le prix annonc\u00e9, c&#8217;est un million neuf cent mille euros. \u00bb<\/p>\n<p>Le haut-parleur a chang\u00e9 de refrain. Un air de supermarch\u00e9, quelque chose de gai, avec des violons.<\/p>\n<p>\u00ab Sous condition, \u00e9videmment, \u00bb a poursuivi S\u00e9bastien d&#8217;une voix presque inaudible. \u00ab Une condition suspensive, qui concerne une d\u00e9cision de justice. Une habilitation. Le notaire m&#8217;a parl\u00e9 d&#8217;une audience. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi 13. Dix heures. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et la signature de la vente est pr\u00e9vue le m\u00eame jour. \u00c0 quatorze heures. \u00bb<\/p>\n<p>Quatre heures apr\u00e8s le juge. Pas un hasard, pas un oubli, pas un malentendu de famille. Un horaire.<\/p>\n<p>\u00ab Combien de jours, S\u00e9bastien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur mon agenda, aujourd&#8217;hui mercredi\u2026 \u00bb Il a tap\u00e9 sur un clavier, tr\u00e8s vite. \u00ab Il vous reste huit jours, monsieur Leroy. Huit jours, et la villa n&#8217;est plus \u00e0 vous. \u00bb<\/p>\n<p>La bo\u00eete sonnait creux.<\/p>\n<p>Je m&#8217;en suis aper\u00e7u par hasard, le jeudi soir, en la posant sur la table de nuit de Kevin. Un bruit mat, trop l\u00e9ger, pas celui d&#8217;un carton plein de papiers. J&#8217;ai attendu.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai reprise, je l&#8217;ai tapot\u00e9e du bout des doigts, par en dessous. M\u00eame son. Un tambour de biscuits.<\/p>\n<p>Mais d&#8217;abord, la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 neuf heures, j&#8217;\u00e9tais au V\u00e9sinet, assis devant le bureau de S\u00e9bastien Petit, dans l&#8217;agence o\u00f9 j&#8217;avais ouvert mon premier compte en 1983. Il m&#8217;a tendu un stylo. J&#8217;ai sign\u00e9 la r\u00e9vocation de la procuration, lentement, d&#8217;une vraie signature qui ne penchait pas du bon c\u00f4t\u00e9. Il l&#8217;a regard\u00e9e, longtemps, puis il l&#8217;a compar\u00e9e avec l&#8217;autre. Il a baiss\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Je vous demande pardon, monsieur Leroy. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Montrez-moi o\u00f9 est parti l&#8217;argent. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a montr\u00e9 l&#8217;\u00e9cran. Les trente et un mille euros \u00e9taient arriv\u00e9s mercredi sur le compte de Constance, \u00e0 la Banque Populaire. Quatre heures plus tard, douze mille \u00e9taient repartis vers une soci\u00e9t\u00e9, SARL Galerie Saint-Pierre. La galerie qui avait ferm\u00e9 en 2019. Un compte qu&#8217;on n&#8217;avait pas ferm\u00e9, lui.<\/p>\n<p>Hubert avait donc touch\u00e9 l&#8217;argent de mon Livret A avant que les fleurs de Martine aient eu le temps de faner.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai redress\u00e9 la t\u00eate, j&#8217;ai demand\u00e9 une photocopie du relev\u00e9. S\u00e9bastien me l&#8217;a donn\u00e9e, encore ti\u00e8de. Ensuite, je suis retourn\u00e9 chez Michel, trois heures de route, la radio \u00e9teinte, la bo\u00eete LU sur le si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Et le soir, la bo\u00eete sonnait creux.<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as quoi, l\u00e0 ? \u00bb a dit Michel, depuis la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Une bo\u00eete \u00e0 biscuits qui n&#8217;a pas les bonnes dimensions. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux un couteau ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;en voulais un. Il est revenu de la cuisine avec celui \u00e0 pain, la lame dentel\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai retir\u00e9 tout ce qui restait dedans, le dossier cartonn\u00e9, la deuxi\u00e8me enveloppe, les feuilles de la lettre. Le fond \u00e9tait un carton gris, \u00e9pais, coll\u00e9 aux bords avec une colle jaunie. Je l&#8217;ai gliss\u00e9 sous la languette. Un petit craquement, comme un os, puis le fond a boug\u00e9.<\/p>\n<p>Il y avait un double fond.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas os\u00e9 regarder tout de suite. J&#8217;ai demand\u00e9 d&#8217;abord \u00e0 Michel d&#8217;\u00e9teindre le plafonnier et d&#8217;allumer la lampe de chevet, pour une raison que je ne saurais pas expliquer : il me semblait que c&#8217;\u00e9tait un geste plus intime.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Sous le carton gris, dans le fond v\u00e9ritable de la bo\u00eete, un morceau de flanelle rose, pli\u00e9e en quatre. Une flanelle de cuisine, le torchon de Martine, celui qu&#8217;elle gardait dans le tiroir pour essuyer les verres.<\/p>\n<p>J&#8217;ai soulev\u00e9 le torchon.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? \u00bb a murmur\u00e9 Michel.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>Pourtant, ce soir-l\u00e0, ce n&#8217;est pas la bo\u00eete qui m&#8217;a retenu les doigts. C&#8217;est le carnet. Dans le carnet, je n&#8217;avais pas lu les derni\u00e8res pages. Les pages apr\u00e8s la derni\u00e8re ann\u00e9e, apr\u00e8s le total. Je les avais vues, blanches, et je m&#8217;\u00e9tais dit : plus tard.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je les ai lues ce soir-l\u00e0, assis sur le lit, avant d&#8217;ouvrir ce que la bo\u00eete cachait.<\/p>\n<p>Elles n&#8217;\u00e9taient pas blanches. Elles \u00e9taient \u00e9crites, d&#8217;une \u00e9criture ronde qu&#8217;elle avait gard\u00e9e tard, sans rature. Des phrases courtes, comme une liste de courses.<\/p>\n<p>\u00ab Thibault. Pour que tu comprennes pourquoi il est comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 neuf ans, en CM2, il m&#8217;a demand\u00e9 de ne plus venir le chercher devant l&#8217;\u00e9cole. Je portais ma blouse de la cantine. Il avait honte que ses copains voient ma blouse. Je l&#8217;ai attendu au coin de la rue pendant deux ans, derri\u00e8re la boulangerie. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je ne lui en ai jamais voulu. Je me suis dit que c&#8217;\u00e9tait \u00e0 moi de m&#8217;\u00e9carter, que si l&#8217;enfant avait honte, c&#8217;\u00e9tait que je l&#8217;avais mal aim\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rappel\u00e9 le coin de la rue. La boulangerie de M. Garnier. Martine, qui arrivait toujours en retard au d\u00eener, \u00ab J&#8217;ai tra\u00een\u00e9 au march\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Je lui ai appris que la honte, \u00e7a se r\u00e8gle en s&#8217;\u00e9cartant. Je me suis \u00e9cart\u00e9e de lui, de sa vie, de sa maison. De sa femme, aussi. Puis je me suis \u00e9cart\u00e9e de toi. Je me suis dit que c&#8217;\u00e9tait de l&#8217;amour. C&#8217;\u00e9tait de la l\u00e2chet\u00e9, mon G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 de lire. Michel est rest\u00e9 silencieux. La lampe de chevet faisait un cercle jaune sur la couette \u00e0 rayures.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ne le juge pas \u00e0 ce qu&#8217;il dit dans l&#8217;all\u00e9e. Juge-le \u00e0 ce qu&#8217;il fait quand on lui montre. Peut-\u00eatre qu&#8217;il ne saura pas. Peut-\u00eatre que si. Je n&#8217;ai pas eu le temps d&#8217;en savoir plus. \u00bb<\/p>\n<p>Et en bas de la page, de la m\u00eame main :<\/p>\n<p>\u00ab Les pantoufles, tu peux les garder. Mais ach\u00e8te-toi les tiennes. Les bleues, avec le fourrage, chez Leclerc, 14,90 \u20ac. Je les ai vues en septembre en allant \u00e0 la pharmacie. Elles sont pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>Les pantoufles de Martine. Je les avais gard\u00e9es dans les mains toute la soir\u00e9e du cimeti\u00e8re, sur le lit du studio, sans penser \u00e0 autre chose.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai ri et pleur\u00e9 en m\u00eame temps, un petit hoquet rauque que Michel a fait semblant de ne pas entendre. Il s&#8217;est occup\u00e9 du couteau \u00e0 pain, qu&#8217;il a lav\u00e9, essuy\u00e9, repos\u00e9 sur le rebord de la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Quand je me suis senti capable de regarder, j&#8217;ai repli\u00e9 le torchon.<\/p>\n<p>Au fond de la bo\u00eete, dans un creux d\u00e9coup\u00e9 au cutter \u00e0 la taille exacte de l&#8217;objet, il y avait une cassette. Une toute petite, grande comme un briquet. Plastique noir, deux bobines minuscules derri\u00e8re une fen\u00eatre grise. Une cassette de dictaphone.<\/p>\n<p>Une \u00e9tiquette coll\u00e9e dessus, \u00e0 l&#8217;encre bleue.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Dimanche 9 mars. D\u00e9jeuner chez Thibault. \u00c0 \u00e9couter seul. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai appuy\u00e9 sur la touche triangle, et le lecteur a crach\u00e9 un gr\u00e9sillement de vieille radio.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais pay\u00e9 six euros chez Emma\u00fcs, le samedi matin, entre un grille-pain sans fil et une lampe sans abat-jour. Michel avait fait trois magasins avant de d\u00e9nicher un vendeur qui savait ce qu&#8217;\u00e9tait une micro-cassette. Un petit bo\u00eetier gris, une pile neuve achet\u00e9e \u00e0 la sup\u00e9rette, un fil de haut-parleur qui sentait la poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Je reste derri\u00e8re la porte, \u00bb avait dit Michel. \u00ab Si tu as besoin de moi, tu tapes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Martine a \u00e9crit : \u00e0 \u00e9couter seul. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors t&#8217;\u00e9coutes seul. \u00bb<\/p>\n<p>Il est sorti. J&#8217;ai pos\u00e9 le lecteur sur la table de nuit, entre le r\u00e9veil de Kevin et la bo\u00eete LU. J&#8217;ai baiss\u00e9 la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, des bruits de table. Des couverts qui tintent, le glissement d&#8217;une chaise. Un enfant, C\u00f4me sans doute, qui r\u00e9clamait du pain. Une voix de femme, toute proche du micro, \u00e9touff\u00e9e comme sous un tissu.<\/p>\n<p>\u00ab Maman, tu veux de l&#8217;eau ? \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait Thibault. Une voix plus jeune que celle de l&#8217;all\u00e9e, une voix de dimanche.<\/p>\n<p>\u00ab Je vais m&#8217;allonger un petit moment, \u00bb a r\u00e9pondu Martine. \u00ab Je suis fatigu\u00e9e. Ne vous occupez pas de moi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mes doigts se sont crisp\u00e9s sur le drap. Elle parlait si doucement. Elle avait dit \u00ab je suis fatigu\u00e9e \u00bb comme on dit \u00ab il fait beau \u00bb.<\/p>\n<p>Des pas, une porte. Les rires des enfants qui s&#8217;\u00e9loignent. Quelque chose a gliss\u00e9 contre le micro, un froissement de velours, comme si on avait enfonc\u00e9 l&#8217;appareil entre deux coussins.<\/p>\n<p>Le salon. Martine avait cach\u00e9 le dictaphone dans le canap\u00e9 du salon, et elle \u00e9tait all\u00e9e s&#8217;\u00e9tendre.<\/p>\n<p>Le silence a dur\u00e9 pr\u00e8s d&#8217;une minute. Puis une cuill\u00e8re, contre une tasse de caf\u00e9. Un fauteuil qui grince.<\/p>\n<p>\u00ab Alors, \u00bb a dit une voix d&#8217;homme, grave, soign\u00e9e, la voix de quelqu&#8217;un qui a longtemps vendu des cadres dor\u00e9s. \u00ab Elle n&#8217;en a plus pour longtemps, ta belle-m\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Hubert de Saint-Pierre. Je ne l&#8217;avais vu que deux fois par an, \u00e0 No\u00ebl et \u00e0 P\u00e2ques, en veste de tweed et mocassins \u00e0 glands, mais je n&#8217;aurais pas pu confondre ce timbre de baryton qui s&#8217;\u00e9coutait lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00ab Les m\u00e9decins parlent de l&#8217;\u00e9t\u00e9, papa, \u00bb a r\u00e9pondu Constance. \u00ab Peut-\u00eatre moins. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et lui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard ? Il ne sait rien. Il croit qu&#8217;elle va gu\u00e9rir. Il lui apporte des cl\u00e9mentines. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la maison ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 Thibault, apr\u00e8s. Martine me l&#8217;a dit, en 2019. Un jour, ce sera \u00e0 vous. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Un jour. On va pas attendre que le vieux meure \u00e0 quatre-vingt-dix ans, Constance. J&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 des \u00e9ch\u00e9ances, moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La banque ne rigole plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Un tintement de porcelaine. Constance posait sa tasse, tr\u00e8s lentement. J&#8217;ai reconnu son geste sans le voir, la petite pause du poignet.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 comment on fait, \u00bb a-t-elle repris, d&#8217;une voix plate, patiente, comme on explique un jeu de cartes. \u00ab Martine meurt. G\u00e9rard se retrouve seul dans son studio, il ne s&#8217;en sort pas, il s&#8217;\u00e9parpille. Le deuil, la solitude, l&#8217;\u00e2ge. Un homme comme lui oublie, se perd. Il lui faut une maison de repos. Les Glycines, \u00e0 Chatou, c&#8217;est bien. Garcia fera le certificat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Garcia ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a peur de moi. Il fera. Apr\u00e8s, on demande une mesure de protection. Thibault signera. Il signe tout ce que je lui donne. Il a toujours eu besoin qu&#8217;on lui dise quoi faire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la maison ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Une fois habilit\u00e9, Thibault peut vendre. Un million neuf, avec l&#8217;agence. On rembourse la banque, on garde le reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et G\u00e9rard ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard sera tr\u00e8s bien. Il aura une chambre propre, de la soupe, une infirmi\u00e8re. Il n&#8217;a pas \u00e0 se plaindre. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9 immobile. Je ne respirais plus.<\/p>\n<p>\u00ab Et ton mari ? \u00bb a demand\u00e9 Hubert. \u00ab Il va marcher ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Thibault ne sait rien du reste. Ni de la caution, ni de la banque. Ni de ce que j&#8217;ai d\u00fb faire. Il croit que tu as perdu la galerie par malchance. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il m&#8217;aime bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il aime tout le monde qui le flatte. \u00bb<\/p>\n<p>Un rire. Court, sec. Le rire de Constance, qui n&#8217;avait rien de la douceur qu&#8217;elle me servait en famille.<\/p>\n<p>Puis une porte s&#8217;est ouverte. Des pas lourds, des chaussures de ville sur le parquet. Le canap\u00e9 a craqu\u00e9 sous un poids, tout pr\u00e8s du micro, et le son s&#8217;est assourdi, comme si on s&#8217;\u00e9tait assis dessus.<\/p>\n<p>\u00ab Vous parlez de quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Une voix d&#8217;homme, essouffl\u00e9e. Celle de quelqu&#8217;un qui revenait du garage, des enfants, d&#8217;un apr\u00e8s-midi trop long.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab De papa, \u00bb a dit Constance, sans changer de ton.<\/p>\n<p>\u00ab Ah. \u00bb<\/p>\n<p>Un souffle. Un silence de trois secondes, qui n&#8217;\u00e9tait pas un silence d&#8217;\u00e9tonnement.<\/p>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re, elle tiendra pas jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9. Je l&#8217;ai vu hier au t\u00e9l\u00e9phone avec l&#8217;infirmi\u00e8re. Et mon p\u00e8re\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Le canap\u00e9 a boug\u00e9 encore. Quelqu&#8217;un s&#8217;est pench\u00e9 en avant, tr\u00e8s pr\u00e8s du micro, les coudes sur les genoux.<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re l\u00e2chera jamais cette maison tout seul. Il l&#8217;a pay\u00e9e toute sa vie, il y tient comme \u00e0 une dent. Faut qu&#8217;on le pousse. Doucement. Pour son bien, de toute fa\u00e7on. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Pour son bien.<\/p>\n<p>J&#8217;aurais reconnu cette voix au milieu d&#8217;un stade plein. Je l&#8217;avais entendue dire \u00ab Papa, j&#8217;ai perdu ma carte de bus \u00bb \u00e0 onze ans, au t\u00e9l\u00e9phone, en pleurant, la premi\u00e8re fois qu&#8217;il n&#8217;osait pas rentrer.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait Thibault.<\/p>\n<p>Le 6 mai, Martine m&#8217;avait fait signer sept pages en trente-cinq minutes, entre deux quintes de toux, dans le bureau de Ma\u00eetre Dubois.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour la succession, G\u00e9rard, \u00bb avait-elle dit. \u00ab Des formalit\u00e9s. Signe l\u00e0, et l\u00e0, et paraphe en bas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne lis pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as peur que je te vende ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait ri, et j&#8217;avais sign\u00e9. Je signais toujours l\u00e0 o\u00f9 elle mettait le doigt.<\/p>\n<p>Dimanche soir, chez Michel, je me suis rappel\u00e9 ce rire. Et ce doigt.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas retourn\u00e9 la cassette. Je n&#8217;en avais pas eu la force. J&#8217;avais \u00e9teint, arrach\u00e9 la pile, et je m&#8217;\u00e9tais assis par terre devant le lit de Kevin, le dos contre la commode, comme Michel l&#8217;avait fait le jour du t\u00e9l\u00e9phone. Je ne pleurais pas. Je regardais un point sur le papier peint, un petit rond de graisse laiss\u00e9 par une main d&#8217;enfant.<\/p>\n<p>Michel a frapp\u00e9. Il est entr\u00e9 avec deux caf\u00e9s, un pour lui, un pour moi, et il s&#8217;est assis sur la couette sans me demander. Il avait entendu sans entendre. Les murs de ces pavillons sont en carton.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mauvais, hein ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon fils. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon fils, Michel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, mon vieux. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a laiss\u00e9 rester l\u00e0. J&#8217;ai bu mon caf\u00e9 froid. J&#8217;ai appel\u00e9 Ma\u00eetre Dubois, le dimanche \u00e0 huit heures, et elle a d\u00e9croch\u00e9 comme si le t\u00e9l\u00e9phone n&#8217;avait jamais quitt\u00e9 sa main.<\/p>\n<p>\u00ab Dites-moi que vous avez trouv\u00e9, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une cassette. Constance, son p\u00e8re, et Thibault. Ils parlent de me faire interner et de vendre la maison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en doutais. Martine m&#8217;avait dit qu&#8217;elle ferait quelque chose. Elle ne m&#8217;a jamais dit quoi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il y a aussi une procuration. Un faux. Un Cr\u00e9dit Agricole que S\u00e9bastien Petit a annul\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, j&#8217;ai appris. \u00c9coutez-moi bien. Je vais vous parler comme \u00e0 un client, pas comme \u00e0 un ami. La cassette est un enregistrement fait \u00e0 l&#8217;insu des personnes. En mati\u00e8re civile, les juges l&#8217;acceptent parfois, parfois non. Je ne vous conseille pas de la brandir le jeudi 13 devant votre fils, s&#8217;il y a d&#8217;autres solutions. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y en a d&#8217;autres ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y en a une. Elle est dans le dossier que vous avez sign\u00e9 le 6 mai. \u00bb<\/p>\n<p>Le rond de graisse sur le papier peint. Je me suis remis \u00e0 le regarder.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vous \u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un mandat de protection future, G\u00e9rard. C&#8217;est un acte que l&#8217;on signe chez le notaire, quand on est en pleine possession de ses moyens, pour d\u00e9signer \u00e0 l&#8217;avance la personne qui s&#8217;occupera de nous si, un jour, on ne peut plus. Vous en avez sign\u00e9 un. Le 6 mai. Devant moi et deux t\u00e9moins. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne me rappelle pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez sign\u00e9 sept feuilles, G\u00e9rard. Martine vous les tendait une \u00e0 une. Un testament, une donation entre \u00e9poux, un mandat. Vous avez lu le premier mot de chacun. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait raison. Je me rappelais un mot, sur chaque page. Testament. Donation. Mandat.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et qui j&#8217;ai d\u00e9sign\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un instant. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai entendu un tiroir, un froissement de papier. Michel a pris sa tasse, l&#8217;a repos\u00e9e, l&#8217;a reprise. Il \u00e9vitait mon regard.<\/p>\n<p>\u00ab Michel Fournier, \u00bb a lu Ma\u00eetre Dubois. \u00ab N\u00e9 \u00e0 Vierzon le 3 septembre 1951. Domicili\u00e9 12 all\u00e9e des Bouleaux. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tourn\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>Michel regardait le sol, les \u00e9paules rentr\u00e9es, comme un enfant pris la main dans le pot de confiture. Il m&#8217;a dit tr\u00e8s vite, sans me regarder, des mots qu&#8217;il avait d\u00fb r\u00e9p\u00e9ter pendant six mois :<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Martine m&#8217;a appel\u00e9 en avril. Elle m&#8217;a demand\u00e9 si je pouvais \u00eatre ton mandataire, au cas o\u00f9. Elle m&#8217;a fait jurer de ne rien te dire. Elle disait que tu refuserais, parce que tu es t\u00eatu comme une enclume, et que tu dirais : je n&#8217;ai besoin de personne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis mai. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu n&#8217;as rien dit. \u00c0 l&#8217;enterrement, quand tu m&#8217;as serr\u00e9 la main. Quand tu m&#8217;as dit que j&#8217;avais le droit de m&#8217;effondrer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai jur\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 une morte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 ta femme, G\u00e9rard. \u00c0 celle qui me servait du caf\u00e9 quand tu m&#8217;engueulais sur les chantiers. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. Il y avait au fond de moi un reste de col\u00e8re, et ce reste n&#8217;avait personne \u00e0 qui s&#8217;adresser. Michel s&#8217;\u00e9tait juste tenu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un secret, comme on tient une \u00e9chelle pour quelqu&#8217;un d&#8217;autre.<\/p>\n<p>Dubois a continu\u00e9, dans le combin\u00e9, plus bas :<\/p>\n<p>\u00ab Ce mandat change tout. Un juge des contentieux de la protection ne peut pas prononcer une mesure contre un majeur qui a organis\u00e9 sa propre protection, sauf \u00e0 d\u00e9montrer qu&#8217;elle ne fonctionne pas. Votre fils a d\u00e9pos\u00e9 une requ\u00eate. Il n&#8217;a pas vu le mandat, parce qu&#8217;il est d\u00e9pos\u00e9 chez moi et au fichier national. Il le verra jeudi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la procuration ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Faux et usage de faux. Je vous accompagne \u00e0 la gendarmerie demain matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez le num\u00e9ro de l&#8217;adjudant Moreau ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne connais aucun adjudant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, si. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tir\u00e9 de mon portefeuille le coin de page arrach\u00e9, pli\u00e9 entre 2021 et 2022. Il avait gard\u00e9 la trace du carnet, une raie bleue sur le papier. \u00c7a a fait sourire Michel, pour la premi\u00e8re fois depuis deux jours.<\/p>\n<p>Je raccrochais \u00e0 peine quand les phares ont \u00e9clair\u00e9 le plafond de la chambre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un balayage lent, d&#8217;un bord \u00e0 l&#8217;autre, des vitres jusqu&#8217;au poster de Zidane. Un moteur qui se coupe. Une porti\u00e8re qu&#8217;on claque, doucement, comme quelqu&#8217;un qui h\u00e9site \u00e0 la fermer.<\/p>\n<p>Michel s&#8217;est lev\u00e9. Il a \u00e9cart\u00e9 le rideau d&#8217;un doigt.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une grosse voiture noire, \u00bb a-t-il murmur\u00e9. \u00ab Plaque du 78. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Combien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un seul. Il est debout devant le portail. Il ne sonne pas. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis approch\u00e9 de la fen\u00eatre. Le jardin \u00e9tait noir, les haies, les rosiers de Nadine, le nain en pl\u00e2tre qu&#8217;on avait ressorti pour la saison. Au bout de l&#8217;all\u00e9e, sous le lampadaire, un homme en manteau clair se tenait immobile, les mains dans les poches, le col relev\u00e9.<\/p>\n<p>Il avait la t\u00eate baiss\u00e9e, comme un gosse devant la porte d&#8217;un bureau de directeur.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait Thibault.<\/p>\n<p>Mon fils s&#8217;est mis \u00e0 genoux sur le gravier de Michel avant que j&#8217;aie fini d&#8217;ouvrir la porte.<\/p>\n<p>Pas un geste de th\u00e9\u00e2tre. Ses genoux ont l\u00e2ch\u00e9, un peu \u00e0 la fa\u00e7on d&#8217;un homme \u00e0 qui on retire la chaise. Son manteau clair s&#8217;est \u00e9tal\u00e9 sur les cailloux, avec la lumi\u00e8re de l&#8217;entr\u00e9e dessus. Il avait les yeux rouges, le visage fatigu\u00e9, une barbe de trois jours qui ne lui allait pas.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a rien dit d&#8217;autre. Je suis rest\u00e9 sur le seuil, la main sur la poign\u00e9e, avec Michel dans mon dos qui respirait par le nez.<\/p>\n<p>Quarante-quatre ans que je regardais ce visage. Je l&#8217;avais vu au pied d&#8217;un sapin, au pied d&#8217;un lit d&#8217;h\u00f4pital, au pied d&#8217;un cercueil. Jamais au pied de moi.<\/p>\n<p>\u00ab Rel\u00e8ve-toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rel\u00e8ve-toi, Thibault. Les voisins de Michel ont la fen\u00eatre en face. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est relev\u00e9, avec une main sur le portail. Je me suis effac\u00e9 pour le laisser entrer, sans un mot. Nadine, depuis la cuisine, a compris, parce qu&#8217;elle a mis de l&#8217;eau \u00e0 chauffer sans me demander mon avis.<\/p>\n<p>On s&#8217;est assis tous les deux \u00e0 la table de la cuisine, sous la lampe jaune, devant la toile cir\u00e9e \u00e0 carreaux. Michel s&#8217;est install\u00e9 dans l&#8217;embrasure, les bras crois\u00e9s, sans prendre de chaise. Nadine a pos\u00e9 trois tasses, puis une quatri\u00e8me, puis elle a repris la quatri\u00e8me.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Thibault regardait la toile cir\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Constance ne sait pas que je suis l\u00e0. Je lui ai dit que j&#8217;allais courir. Elle est avec son p\u00e8re, ils d\u00eenent \u00e0 la maison. J&#8217;ai roul\u00e9 trois heures. Je me suis arr\u00eat\u00e9 deux fois pour vomir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi tu es venu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que Apolline m&#8217;a avou\u00e9 hier soir qu&#8217;elle t&#8217;avait appel\u00e9. Elle avait trouv\u00e9 ton num\u00e9ro dans le t\u00e9l\u00e9phone de Constance. Elle pleurait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a bien fait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que tu avais pleur\u00e9 dans le garage. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a lev\u00e9 la t\u00eate. Pour la premi\u00e8re fois, il m&#8217;a regard\u00e9 en face, et j&#8217;ai vu sa m\u00e8re dans ses yeux, mais fatigu\u00e9e, vieillie, des yeux qui s&#8217;excusent.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, je ne comprends plus rien. Constance m&#8217;a dit que tu voulais aller aux Glycines. Que tu l&#8217;avais demand\u00e9 toi-m\u00eame, apr\u00e8s l&#8217;h\u00f4pital. Que tu ne supportais plus le studio. Elle m&#8217;a dit que tu avais peur de me le dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais dit \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que tu lui avais t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je ne sais plus. Elle \u00e9tait dans la cuisine, elle venait de raccrocher, elle avait les yeux brillants. Elle m&#8217;a dit : ton p\u00e8re vient de m&#8217;appeler, il veut une chambre. Je l&#8217;ai crue. \u00bb<\/p>\n<p>Michel a d\u00e9crois\u00e9 les bras. Il a regard\u00e9 le plafond.<\/p>\n<p>\u00ab Et le certificat du docteur Garcia ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que c&#8217;\u00e9tait pour faciliter les d\u00e9marches. Papa, je te le jure, je n&#8217;ai pas lu. J&#8217;ai sign\u00e9 la requ\u00eate au juge sans la lire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu signes beaucoup sans lire, Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re aussi, d&#8217;ailleurs. Tu as \u00e7a de moi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a failli sourire. Pas tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9, je suis all\u00e9 chercher le carnet \u00e0 la toile cir\u00e9e dans la chambre de Kevin. Je ne l&#8217;avais pas d\u00e9cid\u00e9. Mes pieds avaient march\u00e9 tout seuls. Je suis revenu, j&#8217;ai pos\u00e9 le carnet devant lui, sur la nappe.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;\u00e9criture de ta m\u00e8re. Ouvre \u00e0 la derni\u00e8re page de chiffres. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert. Il a lu \u00e0 voix basse, comme un enfant qui d\u00e9chiffre.<\/p>\n<p>\u00ab Un million cent vingt mille euros. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Quatorze ans. Ligne apr\u00e8s ligne. \u00bb<\/p>\n<p>Il a tourn\u00e9 les pages en arri\u00e8re. Sa cuisine, 18 400. La taxe fonci\u00e8re de Constance, 6 200.<\/p>\n<p>La toiture, 21 000. La voiture de Constance, 9 800. Ses doigts s&#8217;arr\u00eataient sur chaque ligne, repartaient. J&#8217;ai vu son visage passer du rouge au gris, du gris au blanc.<\/p>\n<p>\u00ab Je croyais\u2026 \u00bb a-t-il commenc\u00e9. \u00ab Je croyais que tu m&#8217;aidais un peu. Deux mille par mois. Que tu t&#8217;en servais pour te sentir utile. Constance m&#8217;a toujours dit que tu ne comptais pas, que tu aimais \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;aimais \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la maison ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ce n&#8217;est pas la tienne, Thibault. Elle est \u00e0 la SCI. G\u00e9rant : moi. Associ\u00e9e : ta m\u00e8re. Jamais toi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ferm\u00e9 le carnet. Il l&#8217;a gard\u00e9 ferm\u00e9 sous sa paume, comme pour emp\u00eacher quelque chose de s&#8217;en \u00e9chapper.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;Hubert t&#8217;a fait signer ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment tu sais \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9ponds. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Un rachat de cr\u00e9dit pour la galerie. Soixante mille euros. Il disait que c&#8217;\u00e9tait une formalit\u00e9, que Constance \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 garante, qu&#8217;il fallait un deuxi\u00e8me nom pour rassurer la banque. Je l&#8217;ai sign\u00e9 en octobre. La Banque Populaire m&#8217;a \u00e9crit hier. Ils parlent de six mois de retards, et je ne comprends pas. Je croyais que c&#8217;\u00e9tait Hubert qui payait. \u00bb<\/p>\n<p>Hubert qui paie. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la galerie ferm\u00e9e. Au compte qui n&#8217;avait pas ferm\u00e9. Aux douze mille euros partis en quatre heures.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne sais rien de la caution de Constance ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle caution ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9 comme on regarde l&#8217;eau monter dans une cave. J&#8217;ai compris que c&#8217;\u00e9tait vrai. Il ne savait pas. Il n&#8217;avait jamais su.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas parl\u00e9 de la cassette. J&#8217;avais le lecteur dans la poche de ma veste, et je sentais le plastique contre ma cuisse comme un caillou. Je n&#8217;ai pas pu. Pas ce soir. Pas devant ce visage qui venait de comprendre qu&#8217;on avait pay\u00e9 sa vie \u00e0 cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Nadine a pos\u00e9 devant lui un Tupperware avec des rillettes et une tranche de pain. Il l&#8217;a regard\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Mange, \u00bb a-t-elle dit. \u00ab Tu as roul\u00e9 trois heures. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a mang\u00e9. Il a pris la tranche, il l&#8217;a mordue comme quand il avait huit ans et qu&#8217;il rentrait du foot. Il a fini par pleurer, une larme, deux, qu&#8217;il essuyait du dos de la main, sans faire de bruit. Michel s&#8217;est d\u00e9tourn\u00e9 vers l&#8217;\u00e9vier.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, \u00bb a dit Thibault, la bouche pleine, la voix cass\u00e9e. \u00ab Je dois te dire quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;\u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi. Apr\u00e8s le tribunal. Il y a un rendez-vous chez Ma\u00eetre Vasseur, \u00e0 quatorze heures. Pour une vente. Constance dit que je dois y aller, que c&#8217;est la seule fa\u00e7on de sauver la famille. Elle dit que si je ne signe pas, on perd tout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis mercredi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 sa tranche de pain. Ses mains tremblaient, parfaitement visibles, sur la toile cir\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Alors qu&#8217;est-ce que je fais ? Je signe ou pas ? \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas dit \u00e0 Thibault quoi faire. Je lui ai dit de ne signer aucun papier avant jeudi, de ne parler \u00e0 personne du carnet, et de rentrer avant que sa femme ne se pose des questions. Il est reparti \u00e0 quatre heures du matin, les yeux gonfl\u00e9s, avec une tranche de pain dans une serviette que Nadine avait gliss\u00e9e dans sa poche.<\/p>\n<p>Le mardi 11 novembre, jour f\u00e9ri\u00e9, Constance est arriv\u00e9e \u00e0 Vierzon \u00e0 dix heures.<\/p>\n<p>Michel \u00e9tait parti \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie devant le monument aux morts, en veste de pompier, avec son b\u00e9ret et sa m\u00e9daille. Nadine l&#8217;avait suivi pour tenir le drapeau. Je me suis retrouv\u00e9 seul dans la cuisine, avec le caf\u00e9 du matin et le carnet de Martine, que j&#8217;avais relu toute la nuit.<\/p>\n<p>Pas pour les chiffres. Pour les marges.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans les marges que Martine avait cach\u00e9 le reste, des petites notes \u00e0 l&#8217;encre bleue, entre deux colonnes. L&#8217;une d&#8217;elles \u00e9tait en face de 2022, et je ne l&#8217;avais pas comprise la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>\u00ab Constance : Cr\u00e9dit Municipal, perles de sa m\u00e8re. 4 800 \u20ac. Ticket dans le tiroir de l&#8217;entr\u00e9e. Celles qu&#8217;elle porte sont des fausses. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai entendu la voiture dans l&#8217;all\u00e9e. Un moteur doux, un SUV blanc, quelque chose de gros et de propre qui n&#8217;avait pas sa place devant un pavillon d&#8217;ouvrier. La porti\u00e8re a claqu\u00e9. Des talons sur le gravier.<\/p>\n<p>La sonnette n&#8217;a sonn\u00e9 qu&#8217;une fois.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai ouvert. Constance \u00e9tait sur le perron, en manteau camel, avec son collier de perles dans l&#8217;encolure, parfaitement coiff\u00e9e, parfaitement maquill\u00e9e. Elle sentait la m\u00eame eau de toilette que le jour de l&#8217;enterrement.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous me laissez entrer ? \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis effac\u00e9. Elle a travers\u00e9 la cuisine comme on traverse un hall de gare, en regardant le linol\u00e9um, le calendrier des pompiers, les rillettes sur le plan de travail. Elle n&#8217;a pas touch\u00e9 la chaise qu&#8217;on lui d\u00e9signait. Elle est rest\u00e9e debout, les mains crois\u00e9es devant elle.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous avez l&#8217;air fatigu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je dors mal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en doute. Thibault est tr\u00e8s inquiet. Il a mal dormi lui aussi, d&#8217;ailleurs, il est sorti en courant lundi soir. Il est rentr\u00e9 \u00e0 quatre heures du matin. Il dit qu&#8217;il \u00e9tait chez un ami. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a laiss\u00e9 la phrase en suspens, avec ce petit silence qu&#8217;elle savait faire.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne vous le fais pas dire, \u00bb ai-je r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, je ne suis pas venue pour me disputer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour quoi, alors ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Pour vous proposer une solution raisonnable. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de son sac une enveloppe de papier kraft, qu&#8217;elle a pos\u00e9e sur la table. Je ne l&#8217;ai pas touch\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Cinq mille euros par mois, G\u00e9rard. Pas deux. Cinq. Vir\u00e9s sur le compte de votre choix, sans condition. Une chambre aux Glycines, la meilleure, avec vue sur le jardin. Des repas d\u00e9cents. Une infirmi\u00e8re. Il y a m\u00eame un coiffeur le jeudi. Vous n&#8217;aurez \u00e0 vous occuper de rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et en \u00e9change ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous signez une procuration. Une vraie. Et vous ne venez pas \u00e0 l&#8217;audience jeudi. Thibault retire sa requ\u00eate. Tout le monde sort de l\u00e0 avec la dignit\u00e9 sauve. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Une procuration, une vraie. Elle avait dit \u00e7a sans ciller, sans m\u00eame prendre la peine de ne pas le dire.<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez que je vous signe ce que vous avez d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 \u00e0 ma place. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas bronch\u00e9. Seule sa main droite a boug\u00e9, lentement, vers le haut de sa poitrine.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne vois pas de quoi vous parlez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous voyez tr\u00e8s bien. Le Cr\u00e9dit Agricole, le lundi 27 octobre. La veille de l&#8217;enterrement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trente et un mille euros, Constance. Douze mille pour la galerie de votre p\u00e8re, dans l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a p\u00e2li. Pas d&#8217;un coup, pas comme au cin\u00e9ma : juste une fine couche de cire qui se d\u00e9posait sur le visage, du front vers le menton.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates en train de perdre pied, \u00bb a-t-elle dit, tr\u00e8s bas. \u00ab C&#8217;est exactement ce que je disais \u00e0 Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cent quarante mille euros. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mars 2021. La caution Saint-Pierre. Martine a pay\u00e9, sur l&#8217;assurance-vie de sa m\u00e8re, sans rien dire \u00e0 personne. Vous avez sign\u00e9 une reconnaissance de dette sur la table de sa cuisine. Il y a une clause. Vous l&#8217;avez sign\u00e9e sans la lire. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Le silence qui a suivi m&#8217;a donn\u00e9 la sensation, sous les pieds, d&#8217;une planche qui se brise sans se rompre. Elle me regardait, elle ne regardait que moi, avec des yeux d&#8217;une grande clart\u00e9. Ses doigts s&#8217;\u00e9taient referm\u00e9s sur le collier.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai montr\u00e9 du menton.<\/p>\n<p>\u00ab Elles sont vraies, vos perles, Constance ? \u00bb<\/p>\n<p>Un battement de paupi\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr qu&#8217;elles sont vraies. Elles \u00e9taient \u00e0 ma m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cr\u00e9dit Municipal de Paris. Quatre mille huit cents euros. Mai 2022. Le ticket \u00e9tait dans le tiroir de l&#8217;entr\u00e9e, avec les cl\u00e9s de la cave. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a l\u00e2ch\u00e9 le collier. Ses deux mains sont retomb\u00e9es le long de son corps, sans bruit.<\/p>\n<p>\u00ab Martine, \u00bb a-t-elle murmur\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Elle voyait tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne disait rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle attendait. \u00bb<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis quatorze ans, quelque chose a chang\u00e9 dans sa voix. Une f\u00ealure, une ligne minuscule, comme dans un verre qu&#8217;on a trop chauff\u00e9. Elle s&#8217;est ressaisie en une seconde. Elle a repris le sac, l&#8217;enveloppe kraft, la posture. Le visage est redevenu lisse.<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi, dix heures, G\u00e9rard. Vous viendrez, ou on viendra vous chercher. Les gendarmes savent o\u00f9 vous \u00eates. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ils le savent depuis le matin de la Toussaint. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n&#8217;est pas ce que je\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Adieu, Constance. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est partie sans se retourner. Le SUV a fait demi-tour dans l&#8217;all\u00e9e, en \u00e9crasant un bout de pelouse de Nadine, et le bruit s&#8217;est effac\u00e9 dans la rue.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9 une minute immobile, \u00e0 regarder la porte qu&#8217;elle avait laiss\u00e9e entrouverte. Puis je suis retourn\u00e9 dans la chambre de Kevin. J&#8217;ai pris le lecteur dans la poche de ma veste, j&#8217;ai rouvert le compartiment de la cassette, et j&#8217;ai fait ce que je n&#8217;avais pas encore os\u00e9 faire.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je l&#8217;ai retourn\u00e9e. Face B.<\/p>\n<p>J&#8217;ai remis la pile. J&#8217;ai appuy\u00e9 sur le triangle.<\/p>\n<p>Un gr\u00e9sillement. Un souffle. Et puis, tr\u00e8s pr\u00e8s du micro, comme si elle se penchait vers moi, une voix que je croyais avoir fini d&#8217;entendre, enrou\u00e9e, un peu essouffl\u00e9e, la voix des derni\u00e8res semaines.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, si tu m&#8217;entends, c&#8217;est que\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 c&#8217;est que tu as trouv\u00e9 la bo\u00eete jusqu&#8217;au fond. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait respir\u00e9 avant de continuer. J&#8217;ai entendu le bruit d&#8217;un drap, d&#8217;un verre pos\u00e9 sur une table de chevet.<\/p>\n<p>\u00ab Alors tu as entendu la face A. Je suis d\u00e9sol\u00e9e. Je voulais que tu saches avant de choisir. N&#8217;utilise la cassette que si tu ne peux pas faire autrement. Le mandat devrait suffire. L&#8217;enveloppe de Constance, tu la lui donneras seulement si elle t&#8217;attaque. Devant Thibault. Si elle te laisse en paix, tu la br\u00fbles, et tu ne dis rien. Tu as le droit de pardonner, G\u00e9rard. Tu as aussi le droit de ne pas. Je t&#8217;aime. Ach\u00e8te les pantoufles. \u00bb<\/p>\n<p>Clic. La bande a fini de tourner, et j&#8217;ai \u00e9cout\u00e9 le silence du plastique pendant longtemps.<\/p>\n<p>Le jeudi 13 novembre, \u00e0 neuf heures quarante, j&#8217;avais mis le costume de mon mariage.<\/p>\n<p>Il ne m&#8217;allait plus. Quarante-six ans, quinze kilos de moins, et une veste qui flottait sur les \u00e9paules comme sur un cintre. Nadine avait repris les manches avec du fil noir, dans la cuisine, la veille au soir. J&#8217;avais ma pochette cartonn\u00e9e sous le bras et, dans la poche int\u00e9rieure, le papier pli\u00e9 du docteur Garcia, avec son tampon qui bavait.<\/p>\n<p>Le tribunal judiciaire de Versailles est un immeuble gris, avec des marches larges et un portique de s\u00e9curit\u00e9. J&#8217;ai d\u00e9pos\u00e9 mes cl\u00e9s dans un bac en plastique.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma\u00eetre Dubois m&#8217;attendait en haut de l&#8217;escalier. Robe noire, dossier sous le bras, cheveux tir\u00e9s. Elle m&#8217;a serr\u00e9 la main une seule fois, fort.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates pr\u00eat ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le bon \u00e9tat. \u00bb<\/p>\n<p>Michel est arriv\u00e9 derri\u00e8re moi, en costume bleu marine, le seul qu&#8217;il poss\u00e9dait, avec le b\u00e9ret sous le bras. Il avait mis sa m\u00e9daille. Docteur Garcia est venu ensuite, seul, un peu vo\u00fbt\u00e9, avec une enveloppe.<\/p>\n<p>Il m&#8217;a tendu la main sans oser me regarder. Je l&#8217;ai serr\u00e9e. \u00c7a ne voulait pas dire pardon, \u00e7a voulait dire : pas ici.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Salle 4. Un couloir carrel\u00e9, des chaises en bois, un banc. Au bout, une porte \u00e0 double battant, et devant la porte, trois personnes.<\/p>\n<p>Constance, en tailleur gris, droite comme un cierge. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, un homme en robe noire, qui devait avoir cinquante ans, des lunettes sans monture, des mains fines : Ma\u00eetre Beaumont, son avocat, d&#8217;apr\u00e8s la convocation. Et dans le fond, assis sur le banc, les bras crois\u00e9s sur un ventre confortable, Hubert de Saint-Pierre en veste de tweed.<\/p>\n<p>Pas de Thibault.<\/p>\n<p>\u00ab Il est retenu, \u00bb a dit Beaumont avec un sourire poli. \u00ab Un emp\u00eachement. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il est o\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy, c&#8217;est \u00e0 la juge de poser les questions. \u00bb<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte. Une greffi\u00e8re a appel\u00e9 : \u00ab Affaire Leroy. \u00bb<\/p>\n<p>La juge s&#8217;appelait Madame Robert. Quarante-cinq ans, des cheveux courts, la voix fatigu\u00e9e de quelqu&#8217;un qui avait entendu trop d&#8217;histoires de vieux qu&#8217;on voulait prot\u00e9ger de leur argent. Elle a lu la requ\u00eate \u00e0 voix haute, sans mettre d&#8217;\u00e9motion, comme on lit une recette.<\/p>\n<p>Troubles de la m\u00e9moire. D\u00e9sorientation. Disparition de plusieurs jours. Placement en structure adapt\u00e9e \u00e0 envisager.<\/p>\n<p>Puis elle m&#8217;a regard\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy, vous comprenez pourquoi vous \u00eates ici ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel jour sommes-nous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi 13 novembre. Il est dix heures vingt. J&#8217;ai gar\u00e9 la Clio de 2008 au parking Saint-Louis, niveau moins deux, place 41, ticket de 3,40 \u20ac. \u00bb<\/p>\n<p>Un petit bruit dans la salle. Michel avait touss\u00e9 pour ne pas rire.<\/p>\n<p>\u00ab Votre date de naissance ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab 12 mars 1954. Mon fils s&#8217;appelle Thibault, ma petite-fille Apolline et mon petit-fils C\u00f4me. Ma femme s&#8217;appelait Martine. Elle est morte le 24 octobre. Je l&#8217;ai enterr\u00e9e le 28. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez disparu quatre jours apr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas disparu, madame. J&#8217;ai quitt\u00e9 la maison o\u00f9 l&#8217;on me disait que je co\u00fbtais trop cher. J&#8217;ai pr\u00e9venu un gendarme sur une aire d&#8217;autoroute, et il a not\u00e9 que j&#8217;allais bien. \u00bb<\/p>\n<p>Beaumont s&#8217;est lev\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Madame la juge, le certificat m\u00e9dical du docteur Garcia est formel\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre, asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>Dubois s&#8217;est lev\u00e9e \u00e0 son tour. Elle avait une voix de notaire, sans tr\u00e9molo, qui ne cherchait pas \u00e0 plaire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Madame la juge, je repr\u00e9sente M. Leroy. Je d\u00e9pose trois pi\u00e8ces. La premi\u00e8re : un mandat de protection future, pass\u00e9 le 6 mai devant moi et deux t\u00e9moins, d\u00e9signant M. Michel Fournier comme mandataire. Il est inscrit au registre. \u00bb<\/p>\n<p>Un froissement de papiers. Beaumont s&#8217;est retourn\u00e9 vers Constance. Elle n&#8217;a pas boug\u00e9. Je regardais ses mains, qui ne tenaient rien.<\/p>\n<p>\u00ab La deuxi\u00e8me : une attestation sur l&#8217;honneur du docteur Laurent Garcia, qui reconna\u00eet avoir sign\u00e9 un certificat sans examiner son patient. \u00bb<\/p>\n<p>Garcia s&#8217;est lev\u00e9. Il a dit : \u00ab C&#8217;est exact, madame. \u00bb Une seule phrase. Il s&#8217;est rassis, tr\u00e8s droit.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab La troisi\u00e8me, \u00bb a poursuivi Dubois, \u00ab le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 d&#8217;une plainte d\u00e9pos\u00e9e lundi \u00e0 la gendarmerie de Chatou pour faux et usage de faux, au sujet d&#8217;une procuration bancaire du 27 octobre, que M. Leroy n&#8217;a jamais sign\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>La juge a lu en silence, longtemps. Elle a tourn\u00e9 les pages. Elle a enlev\u00e9 ses lunettes, les a pli\u00e9es sur le dossier.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre Beaumont. Votre cliente maintient-elle sa requ\u00eate ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame la juge, mon client M. Thibault Leroy n&#8217;est pas pr\u00e9sent. Je souhaiterais\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vous demande si elle la maintient. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Beaumont a regard\u00e9 Constance. Constance a regard\u00e9 le mur. Pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;ai vu sa bouche trembler, juste le coin gauche, un tic que je ne lui connaissais pas.<\/p>\n<p>\u00ab Nous souhaitons un renvoi, \u00bb a dit Beaumont.<\/p>\n<p>\u00ab Refus\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence. Un vrai.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Leroy, \u00bb a dit la juge. \u00ab Vous \u00eates manifestement en pleine possession de vos moyens, et vous avez pris vos dispositions avant la maladie de votre \u00e9pouse. La requ\u00eate est rejet\u00e9e. Les pi\u00e8ces relatives \u00e0 la procuration sont transmises au procureur de la R\u00e9publique. Je vous souhaite du courage, monsieur. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas su quoi r\u00e9pondre. J&#8217;ai dit \u00ab merci, madame \u00bb comme un gosse qui re\u00e7oit son bulletin.<\/p>\n<p>On est sortis dans le couloir. Michel m&#8217;a pris par l&#8217;\u00e9paule, Dubois a referm\u00e9 son dossier d&#8217;un geste sec. Constance et Beaumont \u00e9taient plus loin, pr\u00e8s de la fen\u00eatre, \u00e0 voix basse. Hubert avait disparu. J&#8217;ai vu son tweed filer vers l&#8217;ascenseur.<\/p>\n<p>Onze heures dix. Sans l&#8217;habilitation du juge, la signature de quatorze heures n&#8217;avait plus de base. Je ne sentais rien. Juste une grande fatigue, de celles qui viennent apr\u00e8s les toitures.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 ce moment qu&#8217;on a entendu des pas dans l&#8217;escalier, de grandes enjamb\u00e9es pr\u00e9cipit\u00e9es, une cavalcade de chaussures de ville sur du marbre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Thibault est apparu en haut de la rampe, essouffl\u00e9, le manteau ouvert, les cheveux coll\u00e9s au front. Il tenait contre sa poitrine, \u00e0 deux mains, un gros document reli\u00e9, quarante et une pages au moins, avec le logo d&#8217;une \u00e9tude notariale en haut.<\/p>\n<p>Pas un seul paraphe. Pas une signature.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 trois m\u00e8tres de moi.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, \u00bb a-t-il dit. \u00ab Je n&#8217;ai pas sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Constance avait retir\u00e9 son collier de perles.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai vu avant de voir Thibault, avant m\u00eame de comprendre ce que sa phrase voulait dire. Sur sa gorge, au-dessus du col de son tailleur gris, il y avait une marque p\u00e2le, de la largeur d&#8217;un doigt, comme la trace d&#8217;une alliance sur une main qui l&#8217;a longtemps port\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Thibault, \u00bb a-t-elle dit. \u00ab Tais-toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Il l&#8217;a dit tout bas, sans la regarder. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je l&#8217;entendais dire ce mot-l\u00e0 \u00e0 sa femme.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Dubois a ouvert une petite porte en bois, sur le c\u00f4t\u00e9 du couloir. Une salle d&#8217;attente pour avocats, huit m\u00e8tres carr\u00e9s, une table ovale, quatre chaises, une fen\u00eatre qui donnait sur les toits de Versailles. Elle a fait entrer Thibault, Constance, Beaumont, puis elle m&#8217;a regard\u00e9, et elle a ferm\u00e9 derri\u00e8re nous. Michel est rest\u00e9 dans le couloir, adoss\u00e9 au mur, les bras crois\u00e9s comme un portier.<\/p>\n<p>Beaumont est rest\u00e9, sans protester.<\/p>\n<p>Dans la poche int\u00e9rieure de mon costume de mariage, il y avait l&#8217;enveloppe. Je l&#8217;avais emport\u00e9e sans me l&#8217;avouer, serr\u00e9e contre le tampon qui bavait. Je l&#8217;ai sortie. \u00c9paisse, ferm\u00e9e, avec un petit trait de scotch sur le rabat.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai pos\u00e9e sur la table, devant Constance.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que Martine vous a laiss\u00e9. Elle m&#8217;a demand\u00e9 de vous la remettre devant Thibault, si vous m&#8217;attaquiez. Vous m&#8217;avez attaqu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Constance n&#8217;a pas touch\u00e9 l&#8217;enveloppe. Elle a regard\u00e9 son nom, au recto, ce grand C rond que Martine faisait toujours trop gros. Elle a regard\u00e9 Thibault.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a dedans ? \u00bb a demand\u00e9 Thibault.<\/p>\n<p>\u00ab Ouvre-la, Constance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ouvre-la. Ou je le fais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ses doigts ont fini par d\u00e9faire le scotch. Une lettre de deux pages, un papier plus \u00e9pais, une photocopie. Elle a lu des yeux, lentement. Sa m\u00e2choire s&#8217;est serr\u00e9e. Quand elle a tourn\u00e9 la page, une larme est tomb\u00e9e sur le papier, une seule, qui a fait une tache ronde sur le \u00ab M \u00bb de la signature.<\/p>\n<p>\u00ab Lis-la, \u00bb a dit Thibault.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 voix haute, Constance. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a respir\u00e9. La voix qui est sortie n&#8217;\u00e9tait plus la sienne, plus du tout. C&#8217;\u00e9tait la voix qu&#8217;elle avait d\u00fb avoir \u00e0 douze ans, devant un directeur d&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>\u00ab Constance, si tu lis ceci, c&#8217;est que G\u00e9rard a d\u00fb se d\u00e9fendre et que tu as pris l&#8217;autre porte. Je t&#8217;en avais laiss\u00e9 deux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un silence. Elle a aval\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab En 2021, tu \u00e9tais accul\u00e9e. Je ne t&#8217;en ai jamais voulu. J&#8217;ai pay\u00e9 cent quarante mille euros pour que tu puisses regarder ton mari dans les yeux. Tu ne l&#8217;as pas fait. Je ne t&#8217;accuse pas. J&#8217;ai trop connu la peur de ne pas \u00eatre aim\u00e9e pour juger quelqu&#8217;un qui en meurt. \u00bb<\/p>\n<p>Thibault s&#8217;est assis. Ses jambes avaient d\u00e9cid\u00e9 pour lui.<\/p>\n<p>\u00ab La reconnaissance de dette est dans cette enveloppe. Je ne m&#8217;en suis jamais servie. G\u00e9rard ne s&#8217;en servira pas, si tu tiens la clause que tu as sign\u00e9e sans la lire : ne jamais toucher \u00e0 la maison des Hortensias, ni \u00e0 lui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Si tu lis ceci devant Thibault, alors lis la derni\u00e8re ligne. C&#8217;est le dernier service que je te demande, ma petite. Dis-lui la v\u00e9rit\u00e9 toi-m\u00eame, avant qu&#8217;un autre le fasse. Il vaut mieux qu&#8217;il l&#8217;apprenne par ta bouche. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a l\u00e2ch\u00e9 la feuille. Elle ne l&#8217;a pas pos\u00e9e : elle l&#8217;a laiss\u00e9e glisser, du bout des doigts, sur la table.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle caution ? \u00bb a dit Thibault.<\/p>\n<p>Il ne criait pas. C&#8217;est ce qui m&#8217;a fait mal.<\/p>\n<p>\u00ab Thibault\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle caution, Constance ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le silence a dur\u00e9 tellement longtemps que j&#8217;ai entendu un bruit de photocopieuse, \u00e0 l&#8217;\u00e9tage du dessus. Puis elle a parl\u00e9. Pas comme on avoue, mais comme on vide ses poches devant un contr\u00f4leur.<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re a mont\u00e9 sa galerie avec des pr\u00eats. Il m&#8217;a demand\u00e9 de me porter garante. J&#8217;ai sign\u00e9. Il m&#8217;a dit que ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une formalit\u00e9. La galerie a coul\u00e9. La banque a appel\u00e9 la caution. Cent quarante mille euros, d&#8217;abord. Quatre cent soixante mille, ensuite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quatre cent soixante mille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re a pay\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9ch\u00e9ance. Elle ne t&#8217;a rien dit. Moi non plus. Je voulais le faire avant que tu le saches. Je voulais tout rembourser, tout r\u00e9gler, comme si \u00e7a n&#8217;avait jamais exist\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Avec quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec la maison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle n&#8217;est pas \u00e0 nous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai su en juillet. \u00bb<\/p>\n<p>Il l&#8217;a regard\u00e9e comme on regarde une inconnue dans un train.<\/p>\n<p>\u00ab Et la signature de mon p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai imit\u00e9e. Pour nous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour nous, ou pour Hubert ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Elle a ouvert la bouche, et rien n&#8217;est venu. Beaumont, le stylo suspendu au-dessus de son bloc, a eu l&#8217;air de quelqu&#8217;un qui d\u00e9couvre que le dossier qu&#8217;on lui a confi\u00e9 a un double fond.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en vais, \u00bb a dit Constance. Pas \u00e0 nous. \u00c0 la table. \u00ab Je rentre chercher mes affaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, \u00bb ai-je dit.<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a regard\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Vous ne partez pas, Constance. Vous restez \u00e0 la maison, avec vos enfants. Je ne suis pas Martine, je n&#8217;ai pas sa patience, mais je suis encore le g\u00e9rant. Voici ce qui va se passer. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais pr\u00e9par\u00e9 pendant trois nuits. Je l&#8217;ai dit calmement.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab La villa reste \u00e0 la SCI. Elle ne sera pas vendue. Thibault, Constance et les enfants peuvent y vivre, mais ils paieront un loyer. Neuf cents euros par mois. Le prix d&#8217;un F3 \u00e0 Poissy, pas celui d&#8217;une villa au V\u00e9sinet. Les trente et un mille euros reviendront sur mon compte dans trente jours. La plainte pour faux suit son cours, je ne la retirerai pas, je ne peux pas, et je ne veux pas. Les cent quarante-quatre mille euros des enfants ne bougent pas : ils sont \u00e0 eux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous me d\u00e9truisez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne d\u00e9truis personne. J&#8217;arr\u00eate de payer. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a rican\u00e9, une seule fois, sans joie.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis tourn\u00e9 vers Thibault. Il avait les \u00e9paules rentr\u00e9es, les mains \u00e0 plat sur la table ovale, tout autour de lui des papiers que je n&#8217;avais pas envie de regarder.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a aussi un enregistrement du 9 mars. Je ne le jouerai pas, ni ici, ni devant le juge. Je te le donne \u00e0 toi. Seul. Tu l&#8217;\u00e9couteras quand tu voudras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel enregistrement ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu comprendras. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a bl\u00eami. C&#8217;est la seule chose qu&#8217;elle a faite, ce jour-l\u00e0, qui m&#8217;a donn\u00e9 envie de la plaindre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Thibault s&#8217;est lev\u00e9. Il a fait le tour de la table, lentement, et il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 devant moi.<br \/>\nIl a regard\u00e9 le carnet, que j&#8217;avais fini par apporter, sans le vouloir, sous mon bras, entre mon costume et ma chemise.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman\u2026 qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle a \u00e9crit sur moi ? \u00bb<\/p>\n<p>Trois semaines plus tard, j&#8217;ai achet\u00e9 des pantoufles.<\/p>\n<p>Bleues, avec le fourrage, au Leclerc de Saint-Nazaire, rayon chaussures, entre une paire de bottes en caoutchouc et des sandales de plage qu&#8217;on avait oubli\u00e9 de ranger. Quatorze euros quatre-vingt-dix. J&#8217;ai pay\u00e9 avec ma carte, qui a march\u00e9 du premier coup. La caissi\u00e8re m&#8217;a dit \u00ab bonne journ\u00e9e, monsieur \u00bb sans me regarder, et je suis sorti en tenant le sac comme un gosse tient un bocal avec un poisson rouge.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas tout racont\u00e9, du jour du tribunal. Il y a eu le couloir, d&#8217;abord. J&#8217;avais ouvert le carnet \u00e0 la page de Thibault, celle du coin de la rue, celle de la blouse de cantine, et je l&#8217;avais pos\u00e9 entre ses mains sans un mot.<\/p>\n<p>Il a lu debout, pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Il a lu deux fois. Quand il a eu fini, il a rendu le carnet sans parler, et il est rest\u00e9 longtemps le front contre la vitre, \u00e0 regarder les toits. Je n&#8217;ai pas cherch\u00e9 \u00e0 savoir ce qu&#8217;il voyait.<\/p>\n<p>Ensuite, je lui ai tendu la micro-cassette.<\/p>\n<p>Il l&#8217;a \u00e9cout\u00e9e dans sa voiture, gar\u00e9e sur le parking du tribunal, seul, avec le lecteur \u00e0 six euros d&#8217;Emma\u00fcs. Michel et moi, on est rest\u00e9s sur le trottoir, sans s&#8217;approcher. \u00c7a a dur\u00e9 vingt-sept minutes. Quand il est sorti, il avait le visage d&#8217;un homme qui vient de se voir dans un miroir sans l&#8217;avoir demand\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi, \u00bb a-t-il dit.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne me rappelle pas l&#8217;avoir dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est toi quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas demand\u00e9 pardon. Il a seulement dit qu&#8217;il ne l&#8217;attendait pas, que ce n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 lui de le demander, et que si je voulais lui fermer la porte, il comprendrait. Je ne lui ai pas ferm\u00e9 la porte. Je ne l&#8217;ai pas ouverte non plus. Je l&#8217;ai laiss\u00e9e comme celle d&#8217;un pavillon \u00e0 Vierzon, entreb\u00e2ill\u00e9e, avec un peu de lumi\u00e8re qui passe.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, pour la suite, ce que je peux dire.<\/p>\n<p>La vente n&#8217;a pas eu lieu. Ma\u00eetre Vasseur a re\u00e7u un courrier de Ma\u00eetre Dubois, \u00e0 quatorze heures, \u00e0 l&#8217;heure exacte o\u00f9 il devait recevoir un client. Le promoteur a cherch\u00e9 une autre villa.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Constance est partie chez ses parents \u00e0 Versailles, deux jours apr\u00e8s l&#8217;audience, avec un sac de voyage et sans les enfants. Elle a rendu les trente et un mille euros en trois fois, par ch\u00e8que, le dernier au vingt-neuvi\u00e8me jour. La procureure l&#8217;a convoqu\u00e9e pour janvier. Je ne sais pas ce qu&#8217;elle deviendra. Je me suis rendu compte que je n&#8217;avais pas envie de le savoir, et que c&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup.<\/p>\n<p>Hubert a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans un deux-pi\u00e8ces \u00e0 Maisons-Laffitte. On dit qu&#8217;il vend des cadres sur Internet.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Thibault a rendu la voiture de soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9sili\u00e9 le club de golf, vendu sa montre. Il a pris un second poste le week-end dans un entrep\u00f4t de logistique, parce que la Banque Populaire lui r\u00e9clame toujours soixante mille euros. Il l&#8217;a dit lui-m\u00eame, devant Apolline, au t\u00e9l\u00e9phone, sans trembler.<\/p>\n<p>Il paie le loyer de la SCI, neuf cents euros, le cinq de chaque mois. Le premier virement est arriv\u00e9 avec une ligne de libell\u00e9, que S\u00e9bastien Petit m&#8217;a lue au guichet : \u00ab Loyer. Papa, merci. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai relue trois fois, comme on relit un chiffre.<\/p>\n<p>Le premier week-end de d\u00e9cembre, ils sont venus \u00e0 Saint-Nazaire, tous les trois. Thibault, Apolline, C\u00f4me.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;avais lou\u00e9 un deux-pi\u00e8ces face au port, au troisi\u00e8me \u00e9tage sans ascenseur, avec vue sur les grues et sur un morceau de mer grise qu&#8217;on voit quand on se penche. Quatre cent quatre-vingts euros par mois. C&#8217;est ici que j&#8217;avais rencontr\u00e9 Martine, au bal du Casino, en 1977.<\/p>\n<p>Elle portait une robe verte. Elle avait march\u00e9 sur mes chaussures. Je lui avais dit que ce n&#8217;\u00e9tait rien.<\/p>\n<p>C\u00f4me a couru dans l&#8217;escalier, deux marches \u00e0 la fois, et il a tout de suite annonc\u00e9 qu&#8217;il avait perdu une dent.<\/p>\n<p>\u00ab Regarde, papi ! Elle est l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il avait la dent dans un mouchoir, la preuve en main, tr\u00e8s fier. Apolline, elle, m&#8217;a regard\u00e9 en silence, puis elle m&#8217;a pris la main, sans rien dire, et elle l&#8217;a gard\u00e9e jusqu&#8217;au quai.<\/p>\n<p>On a march\u00e9 le long de l&#8217;eau. Il y avait du monde, des p\u00eacheurs sur la digue, un bateau qui sortait lentement du chenal. Le vent sentait le sel, la graisse, le vieux m\u00e9tal des chantiers. Thibault marchait un peu derri\u00e8re nous. Il portait un blouson d&#8217;occasion et il n&#8217;avait pas ras\u00e9 le menton.<\/p>\n<p>\u00c0 un moment, il m&#8217;a rattrap\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. Je suis retourn\u00e9 au coin de la rue, hier. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quelle rue ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celle de l&#8217;\u00e9cole. Derri\u00e8re la boulangerie Garnier. Elle a ferm\u00e9, c&#8217;est devenu une agence immobili\u00e8re. Je me suis tenu l\u00e0, un quart d&#8217;heure, comme maman. \u00c7a fait idiot. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas tant que \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un banc, maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu t&#8217;es assis ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Je suis rest\u00e9 debout. \u00bb<\/p>\n<p>On a fait quelques m\u00e8tres sans parler. C\u00f4me poursuivait une mouette, les bras \u00e9cart\u00e9s. Apolline lui criait de ne pas aller trop pr\u00e8s de l&#8217;eau.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle te manque ? \u00bb a demand\u00e9 Thibault.<\/p>\n<p>\u00ab Tous les jours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>On est rentr\u00e9s pour d\u00e9jeuner. J&#8217;avais fait des galettes, pas tr\u00e8s bonnes, que les enfants ont mang\u00e9es avec une conscience admirable. Le soir, quand le dernier train est parti, je me suis retrouv\u00e9 seul dans l&#8217;appartement, avec la table encore couverte de miettes, et le bruit des grues qui montait par la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti de sa bo\u00eete la paire de pantoufles bleues. Je les ai enfil\u00e9es. Elles \u00e9taient un peu trop grandes, comme tout ce qu&#8217;on ach\u00e8te \u00e0 Leclerc. Elles \u00e9taient chaudes.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Les pantoufles de Martine \u00e9taient pos\u00e9es sur la commode, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, et je ne les ai pas touch\u00e9es.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris le carnet \u00e0 la couverture de toile cir\u00e9e. Je l&#8217;ai ouvert \u00e0 la premi\u00e8re page blanche apr\u00e8s la sienne, celle o\u00f9 elle n&#8217;avait rien \u00e9crit. Il restait des lignes, des dates, des colonnes, tout un quadrillage qui attendait.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris un stylo, le m\u00eame que dans la poche de mon costume de mariage.<\/p>\n<p>Au haut de la page, en lettres moins rondes que les siennes, j&#8217;ai \u00e9crit mon nom.<\/p>\n<p>Dessous, une ligne :<\/p>\n<p>\u00ab 14,90 \u20ac. Pantoufles bleues. Pour moi. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jeudi avant sa mort, Martine m&#8217;avait envoy\u00e9 chercher un caf\u00e9 au distributeur du couloir. Je suis revenu trop t\u00f4t. 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