{"id":11746,"date":"2026-10-31T02:17:03","date_gmt":"2026-10-31T02:17:03","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11746"},"modified":"2026-10-31T02:17:03","modified_gmt":"2026-10-31T02:17:03","slug":"ma-femme-etait-enterree-depuis-moins-dune-heure-quand-mon-fils-ma-dit-papa-on-te-coupe-les-vivres-tu-te-debrouilles-maintenant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11746","title":{"rendered":"Ma femme \u00e9tait enterr\u00e9e depuis moins d&#8217;une heure quand mon fils m&#8217;a dit : \u00ab Papa, on te COUPE LES VIVRES. Tu te d\u00e9brouilles maintenant. \u00bb"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"article-hero__title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-11747\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory-300x169.png\" alt=\"\" width=\"937\" height=\"528\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Cemetery-Confrontation-and-Lost-Memory.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 937px) 100vw, 937px\" \/><\/h1>\n<h2>Partie 1: Le dernier mardi de Chantal<\/h2>\n<p>Le dernier mardi o\u00f9 Chantal a eu la t\u00eate claire, elle m&#8217;a mis dehors.<\/p>\n<p>\u00ab Rentre dormir, G\u00e9rard. T&#8217;as une t\u00eate de papier m\u00e2ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas aujourd&#8217;hui. Le mardi, j&#8217;ai ma coiffeuse. Tu vas pas rester l\u00e0 \u00e0 me regarder me faire coiffer. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait un petit filet de voix, mais elle me tendait d\u00e9j\u00e0 mon blouson, comme on rend son manteau \u00e0 un invit\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis rentr\u00e9 au studio. J&#8217;ai dormi onze heures, tout habill\u00e9, les chaussures aux pieds. Le lendemain, ses cheveux \u00e9taient propres et elle avait l&#8217;air content.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas pos\u00e9 de questions. En quarante-six ans de mariage, Chantal finissait toujours par me dire ce qu&#8217;elle voulait me dire.<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a plus eu d&#8217;autre journ\u00e9e comme celle-l\u00e0.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, il y a eu les nuits dans le fauteuil de l&#8217;unit\u00e9 de soins palliatifs. Le chariot de l&#8217;infirmi\u00e8re \u00e0 cinq heures, l&#8217;odeur de javel, la main de Chantal qui devenait de plus en plus l\u00e9g\u00e8re dans la mienne. S\u00e9bastien est venu deux fois. Constance, jamais en m\u00eame temps que lui.<\/p>\n<p>Le 25, on l&#8217;a mise en terre \u00e0 quatorze heures trente. La c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l&#8217;\u00e9glise avait dur\u00e9 vingt minutes. Le cur\u00e9 s&#8217;\u00e9tait tromp\u00e9 sur son deuxi\u00e8me pr\u00e9nom, et personne n&#8217;avait os\u00e9 le reprendre.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au cimeti\u00e8re, il y avait une trentaine de personnes. Deux anciens du d\u00e9p\u00f4t de bus, les cousines de Nantes, la dame de la boulangerie. Constance regardait son t\u00e9l\u00e9phone pendant la pri\u00e8re. Elle le tenait contre sa cuisse, l&#8217;\u00e9cran vers elle.<\/p>\n<p>Ma gerbe \u00e9tait la plus petite. Celle de S\u00e9bastien, la plus grosse, avec un ruban dor\u00e9 : \u00ab \u00c0 notre maman \u00bb. Il avait pay\u00e9 \u00e7a trois fois le prix de mon costume.<\/p>\n<p>Les pompes fun\u00e8bres m&#8217;ont serr\u00e9 la main, m&#8217;ont dit \u00ab courage, monsieur \u00bb, et ils sont repartis avec leur fourgon. J&#8217;ai attendu que tout le monde ait fini de partir. Je voulais rester seul deux minutes devant la terre fra\u00eeche.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Trois quarts d&#8217;heure plus tard, le parking se vidait. J&#8217;\u00e9tais pr\u00e8s de ma Clio, les cl\u00e9s dans la main, quand mon fils est venu me chercher.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, viens deux minutes. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait une main dans la poche. Il ne me regardait pas, il regardait le gravier.<\/p>\n<p>\u00ab Faut qu&#8217;on parle d&#8217;un truc. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien, on vient de la mettre en terre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Mais c&#8217;est maintenant ou jamais. Constance et moi, on a regard\u00e9 les comptes. \u00bb<\/p>\n<p>Constance nous a rejoints. Manteau noir, talons, le collier de perles remont\u00e9 sur le col. Elle s&#8217;est plac\u00e9e un peu derri\u00e8re lui, de c\u00f4t\u00e9, pour que je la voie bien.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, on a pris cette d\u00e9cision ensemble. Il faut que vous le compreniez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle ne m&#8217;avait pas embrass\u00e9 de la journ\u00e9e. Elle me disait \u00ab vous \u00bb depuis le premier jour.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a pris sa respiration, comme avant de plonger.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, on te COUPE LES VIVRES. Tu te d\u00e9brouilles maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a baiss\u00e9 les yeux. Elle n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 cacher son sourire.<\/p>\n<p>Une porti\u00e8re a claqu\u00e9. Dans leur gros SUV noir, gar\u00e9 en travers de deux places, Apolline venait de sortir. Quatorze ans, la robe noire de l&#8217;an dernier, trop courte aux poignets.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a couru vers moi. Constance l&#8217;a attrap\u00e9e par le bras.<\/p>\n<p>\u00ab Apolline. Voiture. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais Papi, il&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline a d\u00e9gag\u00e9 son bras d&#8217;un coup sec. Elle a fait deux pas de plus. Puis elle a regard\u00e9 sa m\u00e8re, et elle est retourn\u00e9e \u00e0 la voiture. Derri\u00e8re la vitre, C\u00f4me jouait sur un t\u00e9l\u00e9phone, sans lever la t\u00eate.<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 mon fils. Quarante-cinq ans. Il avait encore le menton de ma m\u00e8re, et ses yeux \u00e0 elle, quand elle se mettait en col\u00e8re.<\/p>\n<p>J&#8217;ai conduit un bus toute ma vie. Quand un passager crie, on dit oui et on continue de rouler.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab T&#8217;as raison, fils. \u00bb<\/p>\n<p>Il a clign\u00e9 des yeux. \u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as raison. Chacun se d\u00e9brouille. \u00bb<\/p>\n<p>Il a souffl\u00e9, les \u00e9paules tout d&#8217;un coup plus basses.<\/p>\n<p>\u00ab Le 5 du mois prochain, y aura plus rien, hein. T&#8217;as bien compris ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai compris. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a tap\u00e9 deux fois sur l&#8217;\u00e9paule, comme \u00e0 un coll\u00e8gue du d\u00e9p\u00f4t. Constance a juste dit :<\/p>\n<p>\u00ab Merci de votre compr\u00e9hension. \u00bb<\/p>\n<p>Le SUV est parti sans se presser. Je suis rest\u00e9 debout devant ma Clio, avec le gravier qui crissait sous mes chaussures de c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai ouvert le coffre. Le cabas du Lidl \u00e9tait l\u00e0, avec le pain de la veille dedans. Je l&#8217;avais achet\u00e9 la veille de l&#8217;enterrement, parce que je savais pas si j&#8217;aurais faim. Je l&#8217;ai regard\u00e9 un moment.<\/p>\n<p>Le 5, tous les mois, il y avait 2 000 \u20ac de S\u00e9bastien sur mon compte. Il croyait que je vivais avec. Mes courses, mon chauffage, \u00e7a sortait de ma retraite : 1 380 \u20ac. Juste.<\/p>\n<p>Les 2 000 \u20ac, je les envoyais le jour m\u00eame. Avec 2 000 \u20ac de plus, que Chantal avait sortis de sa poche. \u00c7a faisait 4 000 \u20ac. Toujours au m\u00eame endroit.<\/p>\n<p>Mon fils croyait me tenir par ce virement. Moi, je savais o\u00f9 allait chaque euro.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. Pas encore.<\/p>\n<h2>Partie 2: Six mots sur la commode<\/h2>\n<p>Mon pr\u00e9nom \u00e9tait \u00e9crit en lettres d&#8217;imprimerie, au stylo noir.<\/p>\n<p>Chantal n&#8217;\u00e9crivait jamais comme \u00e7a. \u00c0 la maison, elle avait des Bic bleus et une \u00e9criture pench\u00e9e qui montait vers la droite. L\u00e0, les lettres \u00e9taient droites, appliqu\u00e9es, comme sur un formulaire de la S\u00e9cu.<\/p>\n<p>J&#8217;ai tourn\u00e9 l&#8217;enveloppe entre mes doigts un bon moment. Je n&#8217;avais m\u00eame pas enlev\u00e9 mon manteau.<\/p>\n<p>Le studio, c&#8217;est l&#8217;ancien garage, derri\u00e8re la grande maison, chemin des Granges. Un lit, une table, deux chaises, une plaque \u00e0 deux feux. Les fen\u00eatres donnent sur le mur du voisin. \u00c7a sentait le chauffage \u00e9teint et le caf\u00e9 du matin.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Sous le lit, les pantoufles de Chantal. Des carreaux, la semelle us\u00e9e jusqu&#8217;au carton, le talon \u00e9cras\u00e9. Elle les avait rang\u00e9es elle-m\u00eame, bien parall\u00e8les, le jour o\u00f9 elle \u00e9tait partie pour l&#8217;h\u00f4pital. Je n&#8217;y avais pas touch\u00e9 depuis.<\/p>\n<p>Je me suis assis sur le bord du lit. Le rabat de l&#8217;enveloppe n&#8217;\u00e9tait m\u00eame pas coll\u00e9. J&#8217;ai sorti la feuille, pli\u00e9e en quatre, et je l&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9e sur mon genou.<\/p>\n<p>Six mots. Je les ai lus trois fois. Puis j&#8217;ai pleur\u00e9, la t\u00eate baiss\u00e9e, jusqu&#8217;\u00e0 ce que mes lunettes soient pleines de bu\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai repris la feuille. J&#8217;ai regard\u00e9 le papier de plus pr\u00e8s. \u00c9pais, cr\u00e8me, pas du tout le papier \u00e0 lettres du Leclerc qu&#8217;on gardait dans le tiroir de la table. L&#8217;encre aussi : noire, pas bleue. Elle n&#8217;avait pas \u00e9crit \u00e7a ici, \u00e0 la table de la cuisine. Je me suis demand\u00e9 o\u00f9.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai pos\u00e9e sur la commode, contre le miroir, comme elle faisait avec les cartes postales. Je me suis dit qu&#8217;elle ne bougerait plus de l\u00e0.<\/p>\n<p>Quand j&#8217;ai lev\u00e9 la t\u00eate, il faisait nuit. Je n&#8217;avais pas allum\u00e9 la lumi\u00e8re. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la cuisine de la grande maison, \u00e0 un soir pr\u00e9cis, et je me suis rappel\u00e9 toute la sc\u00e8ne.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>C&#8217;\u00e9tait il y a quatorze ans. Apolline \u00e9tait encore au biberon. S\u00e9bastien venait de se marier, il n&#8217;avait pas d&#8217;apport, et il voulait une maison pour sa famille.<\/p>\n<p>\u00ab On la met \u00e0 son nom, ai-je dit \u00e0 Chantal. Comme \u00e7a, il est tranquille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est notre fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour \u00e7a. On la lui pr\u00eate. Elle reste \u00e0 nous. \u00bb<\/p>\n<p>On a achet\u00e9 par une SCI, elle et moi, cent pour cent des parts. S\u00e9bastien est entr\u00e9 dans la maison de six chambres avec Constance, un d\u00e9m\u00e9nageur et z\u00e9ro loyer. C&#8217;est moi qui ai pay\u00e9 la taxe fonci\u00e8re, l&#8217;assurance, la toiture quand elle fuyait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a dit merci une fois, le jour des cl\u00e9s. Apr\u00e8s, plus jamais.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai jamais fait le calcul \u00e0 voix haute. Un jour, Michel, au d\u00e9p\u00f4t, m&#8217;a dit qu&#8217;une famille qui vit sans loyer dans une maison pareille, \u00e7a \u00e9conomise pr\u00e8s de 80 000 euros par an.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eate, Michel \u00bb, j&#8217;ai dit. J&#8217;ai chang\u00e9 de sujet.<\/p>\n<p>Le soir, Chantal m&#8217;a demand\u00e9 pourquoi j&#8217;avais l&#8217;air ailleurs. Je lui ai dit que c&#8217;\u00e9tait rien.<\/p>\n<p>Chantal essuyait une assiette, ce soir-l\u00e0. Elle m&#8217;a dit, sans me regarder :<\/p>\n<p>\u00ab La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 devient dangereuse quand les gens la prennent pour de la faiblesse. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je l&#8217;avais trouv\u00e9e dure. J&#8217;ai mis quatorze ans \u00e0 comprendre qu&#8217;elle parlait de nous.<\/p>\n<p>Il y a trois ans, S\u00e9bastien a voulu \u00ab participer \u00bb. 2 000 \u20ac le 5 de chaque mois, pour papa et maman. Il adorait le dire. Il l&#8217;a dit \u00e0 No\u00ebl, devant tout le monde.<\/p>\n<p>\u00ab Prends, m&#8217;a dit Chantal. Laisse-le se croire g\u00e9n\u00e9reux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On en a pas besoin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous, non. Les petits, si. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ajout\u00e9 2 000 \u20ac de sa poche, l&#8217;argent de l&#8217;appartement de sa m\u00e8re \u00e0 Nantes. Et chaque 5, je les voyais partir ensemble, 4 000 \u20ac, sur un contrat d&#8217;\u00e9pargne \u00e9tudes au nom d&#8217;Apolline et de C\u00f4me.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Nous, on vivait avec ma retraite de 1 380 \u20ac. Le pain de la veille, le cabas du Lidl, le chauffage \u00e0 dix-neuf. Chantal aurait pu s&#8217;acheter des pantoufles neuves. Elle disait que les siennes tenaient encore.<\/p>\n<p>\u00ab On le garde pour nous, G\u00e9rard. Si \u00e7a se sait, \u00e7a devient un d\u00fb. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait raison, comme toujours. Alors je me taisais. \u00c0 No\u00ebl, je laissais S\u00e9bastien d\u00e9couper la b\u00fbche. Au repas du dimanche, je disais que tout allait bien. Je mangeais mon assiette, je rentrais au studio, je comptais ce qui restait sur mon compte.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. Je n&#8217;avais jamais rien dit, \u00e0 personne. J&#8217;avais cru que S\u00e9bastien comprendrait un jour de lui-m\u00eame.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Vers neuf heures du soir, j&#8217;ai pris mon t\u00e9l\u00e9phone. Un vieux Samsung que S\u00e9bastien m&#8217;avait r\u00e9gl\u00e9 l&#8217;an dernier. \u00ab Comme \u00e7a on sait toujours o\u00f9 tu es, papa. Pour ta s\u00e9curit\u00e9. \u00bb Je savais \u00e0 peine m&#8217;en servir.<\/p>\n<p>Dans les contacts, il y avait \u00ab Moreau notaire \u00bb. Le num\u00e9ro de l&#8217;\u00e9tude, gard\u00e9 depuis l&#8217;achat de la maison. J&#8217;ai pas regard\u00e9 l&#8217;heure.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre Moreau ? C&#8217;est G\u00e9rard. Pour ma femme. \u00bb<\/p>\n<p>Deux sonneries. Une voix de femme, calme, qui n&#8217;\u00e9tait pas surprise.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, je suis d\u00e9sol\u00e9e. Je pensais que vous viendriez plus tard. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 3: Deuxi\u00e8me \u00e9tage, sans ascenseur<\/h2>\n<p>Douze heures plus tard, j&#8217;\u00e9tais au pied de l&#8217;escalier de l&#8217;\u00e9tude.<\/p>\n<p>Huit heures quarante, le 26. Une porte coch\u00e8re verte, une plaque en cuivre, \u00ab Ma\u00eetre Moreau, notaire \u00bb. Et au fond du couloir, des marches \u00e9troites. Pas d&#8217;ascenseur.<\/p>\n<p>J&#8217;ai mont\u00e9 en comptant. Trente-quatre marches. J&#8217;avais ma veste du dimanche, celle de l&#8217;enterrement, et le cabas du Lidl sur l&#8217;\u00e9paule avec dedans le livret de famille, l&#8217;acte de d\u00e9c\u00e8s, une facture EDF, au cas o\u00f9. Au premier palier, mes genoux ont protest\u00e9. J&#8217;ai fait semblant de lire les noms sur les bo\u00eetes aux lettres.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle m&#8217;attendait en haut, debout, les lunettes relev\u00e9es sur le front. Une femme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es, tailleur gris, aucun bijou. Derri\u00e8re elle, un bureau en bois sombre et un radiateur qui cognait contre le mur.<\/p>\n<p>Elle ne m&#8217;a pas donn\u00e9 la main tout de suite. Elle l&#8217;a tenue un instant devant elle, comme pour me laisser reprendre mon souffle. Puis elle a dit mon nom, en entier, avec \u00ab monsieur \u00bb devant. Personne ne m&#8217;avait appel\u00e9 comme \u00e7a depuis l&#8217;\u00e9glise.<\/p>\n<p>\u00ab Avant que vous vous asseyiez, monsieur. Madame est venue ici deux fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Deux fois ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il y a quatre mois, seule, avant d&#8217;entrer \u00e0 l&#8217;unit\u00e9. Elle est rest\u00e9e deux heures \u00e0 ce bureau. Et il y a deux mois, avec une aide-soignante. Nadine. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;escalier derri\u00e8re moi.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a mont\u00e9 tout \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une marche \u00e0 la fois. \u00c7a lui a pris dix minutes. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assis. Il y avait un coussin sur la chaise. Ma\u00eetre Moreau a dit que Chantal l&#8217;avait demand\u00e9, la deuxi\u00e8me fois.<\/p>\n<p>Quatre mois. Je me suis rappel\u00e9 un matin o\u00f9 elle \u00e9tait sortie en taxi, avec son gilet bleu. \u00ab Prise de sang \u00bb, elle m&#8217;avait dit. Je l&#8217;avais crue. Et deux mois, c&#8217;\u00e9taient les mardis. La coiffeuse.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas dit un mot. Moreau a pos\u00e9 devant moi le classeur gris et les deux enveloppes blanches.<\/p>\n<p>\u00ab Elle parlait de vous tout le temps, vous savez. Le premier jour, elle a dit : &#8220;Mon mari ne sait pas demander. Il sait seulement donner. Aidez-moi \u00e0 ce qu&#8217;on ne lui prenne pas tout.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a dit \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mot pour mot. J&#8217;ai gard\u00e9 ma note. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a tendu un mouchoir en papier. Je l&#8217;ai pris, je l&#8217;ai roul\u00e9 en boule dans ma paume. Je ne m&#8217;en suis pas servi.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez quelque chose d&#8217;elle sur vous ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai sorti la feuille pli\u00e9e. Elle l&#8217;a regard\u00e9e une seconde, sans la lire.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon papier. Mon encre aussi. Elle a tout \u00e9crit ici, d&#8217;un seul coup. La lettre, les deux enveloppes. Et elle a emport\u00e9 la sienne. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert le classeur. Les statuts de la SCI, vingt pages, avec mon nom en g\u00e9rant et celui de Chantal en associ\u00e9e. Cent pour cent des parts, \u00e0 nous deux.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a, vous le saviez. Voici ce que vous ne saviez pas. \u00bb<\/p>\n<p>Trois pages agraf\u00e9es. En bas, un S avec une boucle, la m\u00eame qu&#8217;\u00e0 neuf ans sur ses cahiers.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Votre fils a sign\u00e9 \u00e7a il y a trois ans. Une convention d&#8217;occupation \u00e0 titre gratuit de la maison. R\u00e9vocable sur un simple courrier de votre part. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a jamais dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a d\u00fb croire que c&#8217;\u00e9tait une formalit\u00e9. Madame l&#8217;a gliss\u00e9e entre deux papiers de banque, un jour o\u00f9 il \u00e9tait press\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 la date. Le 5. Le jour du premier virement.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai cru g\u00e9n\u00e9reux pendant trois ans \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Pas elle. Elle savait \u00bb, a r\u00e9pondu Moreau.<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 sur le bureau. S\u00e9bastien. Trois fois de suite. Puis un message de Constance. Je l&#8217;ai lu tout haut, sans savoir pourquoi :<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, studio libre avant le 30. Nous avons des visites. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Des visites de quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Moreau n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Elle a juste \u00e9crit quelque chose dans la marge de son dossier, tr\u00e8s petit, et elle a soulign\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, Madame m&#8217;a laiss\u00e9 une consigne. Je ne devais ouvrir la deuxi\u00e8me enveloppe qu&#8217;une fois cette convention lue par vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle disait que vous auriez pardonn\u00e9 avant d&#8217;avoir lu. \u00bb<\/p>\n<p>Chantal me connaissait mieux que moi. C&#8217;est tout ce que j&#8217;ai pens\u00e9. J&#8217;ai serr\u00e9 les mains sur mon cabas, entre mes genoux, pour qu&#8217;elles arr\u00eatent de bouger.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Moreau a pris la premi\u00e8re enveloppe, celle qu&#8217;elle avait d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e de c\u00f4t\u00e9. Elle a pris la deuxi\u00e8me. Elle l&#8217;a retourn\u00e9e devant moi.<\/p>\n<p>Une ligne, de l&#8217;\u00e9criture de Chantal. Appuy\u00e9e. Soulign\u00e9e deux fois, comme quand elle \u00e9crivait \u00ab important \u00bb sur les courses.<\/p>\n<p>\u00ab Pour Apolline et C\u00f4me. \u00bb<\/p>\n<p>Mon fils, ma belle-fille : pas un mot. Rien pour eux. Rien pour moi non plus.<\/p>\n<p>\u00ab Je dois l&#8217;ouvrir maintenant, monsieur. Mais vous avez le droit de me dire non. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas dit non.<\/p>\n<p>Moreau a gliss\u00e9 son pouce sous le rabat.<\/p>\n<h2>Partie 4: Le papier pour la mutuelle<\/h2>\n<p>Constance avait apport\u00e9 un stylo au lit de ma femme. Un stylo, et un papier \u00e0 signer.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai appris \u00e0 neuf heures vingt, le 26, sur une chaise avec un coussin.<\/p>\n<p>Le papier de l&#8217;enveloppe a fait un petit bruit sec en s&#8217;ouvrant. Ma\u00eetre Moreau en a sorti trois choses. Elle les a pos\u00e9es l&#8217;une \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;autre devant moi, sans rien dire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, une lettre pli\u00e9e en trois, ferm\u00e9e avec un bout de scotch. J&#8217;ai reconnu l&#8217;\u00e9criture pench\u00e9e, la bleue, celle de la maison. Celle des listes de courses coll\u00e9es sur le frigo, celle des cartes de No\u00ebl pour les petits.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous pouvez la lire \u00bb, a dit Moreau.<\/p>\n<p>J&#8217;ai d\u00e9coll\u00e9 le scotch avec l&#8217;ongle. J&#8217;ai lu la premi\u00e8re ligne, pas plus.<\/p>\n<p>\u00ab Mes ch\u00e9ris, ce que je vous laisse est \u00e0 vous seuls. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai repli\u00e9 la feuille et j&#8217;ai recoll\u00e9 le scotch en appuyant fort.<\/p>\n<p>\u00ab Je lis pas la suite, ai-je dit. C&#8217;est pas pour moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce qu&#8217;elle m&#8217;a dit que vous feriez. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. Je commen\u00e7ais \u00e0 en avoir assez qu&#8217;elle ait tout pr\u00e9vu, et que je sois le dernier au courant.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La deuxi\u00e8me chose, c&#8217;\u00e9tait un contrat d&#8217;assurance-vie. Le nom de Chantal en haut. 38 000 \u20ac. Et en dessous, deux b\u00e9n\u00e9ficiaires : Apolline, C\u00f4me.<\/p>\n<p>\u00ab Son argent \u00e0 elle, a pr\u00e9cis\u00e9 Moreau. Ce qu&#8217;elle avait mis de c\u00f4t\u00e9 sur son livret, plus un peu de sa m\u00e8re. Elle a sign\u00e9 le contrat ici, il y a quatre mois. \u00bb<\/p>\n<p>38 000 \u20ac. Chantal, qui portait des pantoufles trou\u00e9es pour \u00ab les faire durer \u00bb.<\/p>\n<p>Je me suis frott\u00e9 le visage avec la main. Elle avait un livret. Je savais m\u00eame pas qu&#8217;elle avait un livret. Quarante-six ans de mariage, et je n&#8217;avais jamais ouvert son sac \u00e0 main.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle avait peur de quoi ? j&#8217;ai demand\u00e9. De moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De votre c\u0153ur, monsieur. Elle disait que vous donneriez tout, si on vous le demandait gentiment. Et que quelqu&#8217;un le demanderait. \u00bb<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a dit doucement. \u00c7a m&#8217;a fait mal quand m\u00eame. Et elle avait raison.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me chose \u00e9tait un papier tap\u00e9 \u00e0 la machine, sur lequel on lisait \u00ab PROCURATION \u00bb en haut. Rien d&#8217;\u00e9crit en bas : pas de nom, pas de signature. Dessus, un Post-it jaune, de la main de Chantal.<\/p>\n<p>\u00ab C. m&#8217;a apport\u00e9 \u00e7a pour &#8220;la mutuelle&#8221;. C&#8217;est pour vendre la maison. J&#8217;ai lu. Je n&#8217;ai pas sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je l&#8217;ai relu deux fois.<\/p>\n<p>\u00ab C. \u00bb, c&#8217;\u00e9tait Constance. Il n&#8217;y avait que ma belle-fille qui lui apportait des papiers \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai revue, un dimanche, dans le couloir de l&#8217;unit\u00e9. Son sac en cuir sous le bras, un dossier cartonn\u00e9 dans l&#8217;autre main. Elle m&#8217;avait dit en passant : \u00ab La mutuelle, G\u00e9rard. Il faut bien que quelqu&#8217;un s&#8217;en occupe. \u00bb Et j&#8217;avais dit merci.<\/p>\n<p>J&#8217;avais dit merci.<\/p>\n<p>Sur la procuration, il y avait une tache ronde en bas \u00e0 droite. Une goutte de th\u00e9, peut-\u00eatre. Chantal buvait son th\u00e9 en lisant, m\u00eame l\u00e0-bas.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle l&#8217;a apport\u00e9 \u00e0 votre \u00e9pouse \u00e0 l&#8217;unit\u00e9, a dit Moreau. Madame m&#8217;a fait passer l&#8217;original par Nadine le soir m\u00eame. Elle ne voulait pas que vous le voyiez. Elle disait que vous auriez couru voir S\u00e9bastien, avec le papier \u00e0 la main. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;aurais couru. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9. Mes jambes ont tenu.<\/p>\n<p>\u00ab Elle voulait vendre la maison ? Mais elle est \u00e0 la SCI. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Justement, monsieur. Pour vendre une maison de SCI, il faut une signature. Votre belle-fille cherche \u00e0 la vendre. Et elle a essay\u00e9 d&#8217;obtenir celle de Madame, sur son lit, avant qu&#8217;il soit trop tard. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai repens\u00e9 au parking. \u00c0 Constance qui remettait ses perles. \u00c0 Apolline, qu&#8217;on ramenait par le bras.<\/p>\n<p>\u00ab Les visites, j&#8217;ai dit. Le 30. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pense, oui. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rassis. Je ne sentais plus mes mains. Pendant trois ans, j&#8217;avais donn\u00e9 2 000 \u20ac tous les mois \u00e0 des gens qui comptaient d\u00e9j\u00e0 ce qu&#8217;ils allaient tirer de la maison de Chantal.<\/p>\n<p>Moreau a rang\u00e9 la lettre et le contrat dans le classeur gris. Elle a gard\u00e9 la procuration devant elle, \u00e0 plat. Elle y a mis la main dessus.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, il y a une chose que je dois vous demander. Quand ils&#8230; \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran : S\u00e9bastien, encore. Je l&#8217;ai retourn\u00e9 face contre le bureau.<\/p>\n<p>Et j&#8217;ai repens\u00e9 \u00e0 ce qu&#8217;il m&#8217;avait dit, en r\u00e9glant l&#8217;appareil. \u00ab Comme \u00e7a on sait toujours o\u00f9 tu es, papa. \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit montait dans la cage d&#8217;escalier. Des pas, vite. Un escarpin, puis une semelle de ville. Trente-quatre marches, et quelqu&#8217;un les prenait deux par deux.<\/p>\n<p>Moreau s&#8217;est tue. Elle a lev\u00e9 les yeux vers la porte.<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est ouverte sans qu&#8217;on frappe. S\u00e9bastien est entr\u00e9 le premier, essouffl\u00e9, la veste de l&#8217;enterrement de travers.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Constance \u00e9tait derri\u00e8re lui. Elle avait remis son collier de perles.<\/p>\n<h2>Partie 5: S\u00e9bastien lit sa signature<\/h2>\n<p>Ma\u00eetre Moreau a gliss\u00e9 la procuration dans le tiroir avant que la porte soit grande ouverte. Elle a tourn\u00e9 la cl\u00e9. Elle l&#8217;a fait sans un bruit, comme on plie un journal.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ! T&#8217;es l\u00e0 ! On t&#8217;a appel\u00e9 dix fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;\u00e9tais pas dans ta Clio, t&#8217;\u00e9tais pas au studio, j&#8217;ai&#8230; \u00bb Il a regard\u00e9 le bureau, la plaque en cuivre derri\u00e8re nous, puis Moreau. \u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon rendez-vous, ai-je dit. Avec le notaire de ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Constance a avanc\u00e9 d&#8217;un pas. Elle avait son sourire des c\u00e9r\u00e9monies.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre, bonjour. Nous venons chercher G\u00e9rard. Il est \u00e9puis\u00e9, avec l&#8217;enterrement. Il ne devrait pas \u00eatre seul. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre beau-p\u00e8re est ici \u00e0 ma demande, madame, a r\u00e9pondu Moreau. Et vous \u00eates concern\u00e9s. Asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>Il y avait deux chaises. S\u00e9bastien s&#8217;est assis. Constance est rest\u00e9e debout, la main sur le dossier.<\/p>\n<p>Moreau a sorti du classeur gris une copie des trois pages agraf\u00e9es. Elle l&#8217;a pouss\u00e9e vers mon fils avec un seul doigt.<\/p>\n<p>\u00ab Lisez la derni\u00e8re page. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a lu. Ses l\u00e8vres bougeaient. \u00ab \u00c0 titre gratuit\u2026 r\u00e9vocable \u00e0 tout moment, sur simple courrier du g\u00e9rant\u2026 \u00bb Il a lev\u00e9 les yeux vers moi, puis il a regard\u00e9 en bas, la signature.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma signature. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 5, il y a trois ans, a dit Moreau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai sign\u00e9 \u00e7a, moi ? Maman m&#8217;a fait signer des papiers de la banque, un jour, c&#8217;est tout. J&#8217;ai pas lu. J&#8217;\u00e9tais press\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vois \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Il a eu un petit rire, un seul, qui n&#8217;allait nulle part. Il a pass\u00e9 la main sur sa nuque, comme quand il avait dix ans et qu&#8217;on lui montrait un carnet de notes.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Entre deux papiers de la banque, oui. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a tendu la main. Il lui a pass\u00e9 la feuille sans la regarder. Elle a lu vite, deux fois.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, c&#8217;est ridicule. S\u00e9bastien est votre fils. Vous n&#8217;allez pas mettre votre propre famille \u00e0 la porte d&#8217;une maison pour une histoire de formulaire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai rien dit de tel, ai-je r\u00e9pondu. C&#8217;est S\u00e9bastien qui m&#8217;a mis dehors hier. \u00c0 l&#8217;enterrement de sa m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Constance n&#8217;a pas cill\u00e9. Elle a regard\u00e9 le plafond, les moulures, la lampe en laiton sur le bureau. Elle \u00e9valuait la pi\u00e8ce, comme une cliente.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Personne n&#8217;a parl\u00e9. Dehors, un camion de livraison faisait marche arri\u00e8re, avec son bip. Le radiateur a cogn\u00e9 deux fois contre le mur.<\/p>\n<p>Moreau a crois\u00e9 les mains sur le buvard.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur S\u00e9bastien, vous \u00eates assis chez moi depuis quatre minutes. Vous avez d\u00e9j\u00e0 appris deux choses sur la maison de vos parents. Je vous conseille d&#8217;en apprendre une troisi\u00e8me avant de parler : vous n&#8217;en \u00eates pas propri\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais on y habite depuis quatorze ans ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 titre gratuit. C&#8217;est \u00e9crit. Avec votre nom. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est S\u00e9bastien qui a craqu\u00e9 le premier.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Papa, on a un revolving. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien \u00bb, a dit Constance.<\/p>\n<p>\u00ab Soixante-trois mille euros. J&#8217;ai fait le calcul hier soir. Et f\u00e9vrier, Courchevel, le chalet, c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9. On peut pas annuler. Faut bien que \u00e7a rentre quelque part. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour \u00e7a que tu me coupes mes 2 000 \u20ac \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 toi, ces 2 000 \u20ac, de toute fa\u00e7on. Tu les d\u00e9pensais m\u00eame pas. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai failli lui demander comment il savait \u00e7a. Je me suis tu.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard, a repris Constance, d&#8217;une voix tr\u00e8s \u00e9gale, il y a une solution. On a visit\u00e9 l&#8217;EHPAD de N\u00e9ris-les-Bains. Une chambre au rez-de-chauss\u00e9e, une fen\u00eatre sur le parc. La directrice vous attend. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez visit\u00e9 un EHPAD. Pour moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avant l&#8217;enterrement \u00bb, a murmur\u00e9 S\u00e9bastien, et il a regard\u00e9 ses mains.<\/p>\n<p>Avant l&#8217;enterrement. Chantal respirait encore, quand ils sont all\u00e9s choisir ma chambre.<\/p>\n<p>\u00ab Et mon t\u00e9l\u00e9phone ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9. \u00ab Pour ma s\u00e9curit\u00e9, hein. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il partage ta position, papa. C&#8217;est moi qui l&#8217;ai r\u00e9gl\u00e9. On s&#8217;inqui\u00e9tait pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates arriv\u00e9s en douze minutes. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a pos\u00e9 la copie sur le bureau. Elle a referm\u00e9 son sac. Elle a gard\u00e9 les yeux sur moi, tr\u00e8s calme, et elle a parl\u00e9 tout bas, pour que Moreau entende quand m\u00eame.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous signez ce que S\u00e9bastien vous apportera. Vous quittez le studio ce soir. Sinon, les petits, c&#8217;est FINI, G\u00e9rard. Vous ne les reverrez plus. \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien n&#8217;a pas dit non. Il n&#8217;a pas dit oui non plus. Il fixait la moquette.<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 Moreau. Elle a pos\u00e9 la main \u00e0 plat sur le tiroir ferm\u00e9. Elle a secou\u00e9 la t\u00eate, \u00e0 peine. Pas maintenant.<\/p>\n<p>Alors j&#8217;ai fait ce que j&#8217;avais fait toute ma vie, derri\u00e8re un volant. J&#8217;ai attendu que \u00e7a passe.<\/p>\n<p>\u00ab Ce soir, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Constance en remettant son collier en place. Et le 30, \u00e0 dix heures, des gens viennent visiter. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>On \u00e9tait le 26. Il \u00e9tait dix heures cinq. Il me restait une journ\u00e9e, et une nuit, avant que des inconnus marchent sur le jardin de Chantal.<\/p>\n<h2>Partie 6: La bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU<\/h2>\n<p>Le soir du 26, je me suis lav\u00e9 les dents \u00e0 l&#8217;eau froide, dans un studio o\u00f9 Constance avait coup\u00e9 le chauffe-eau.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai su en tournant le robinet. Le disjoncteur \u00e9tait relev\u00e9 dans le tableau du garage, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du compteur. Personne n&#8217;avait fait \u00e7a par accident.<\/p>\n<p>J&#8217;avais pass\u00e9 la journ\u00e9e dans la Clio, sur le parking du Leclerc, \u00e0 regarder les gens pousser leurs caddies. J&#8217;avais mang\u00e9 du pain de la veille avec un bout de fromage, sorti du cabas. Je n&#8217;avais pas eu envie de rentrer. Je n&#8217;avais pas eu envie de ne pas rentrer non plus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 dix-huit heures, j&#8217;avais pris le chemin des Granges. Le portail \u00e9tait ferm\u00e9. J&#8217;ai tap\u00e9 le code, celui que je connaissais depuis quatorze ans. Le voyant est rest\u00e9 rouge. J&#8217;ai recommenc\u00e9. Rouge.<\/p>\n<p>J&#8217;ai gar\u00e9 la Clio dans le foss\u00e9. Je suis pass\u00e9 par le portillon du fond du jardin, celui que Chantal me faisait huiler chaque printemps. Il a grinc\u00e9 quand m\u00eame.<\/p>\n<p>Le jardin sentait la terre mouill\u00e9e. Les rosiers \u00e9taient taill\u00e9s court, comme elle les aimait. Dans la maison, la lumi\u00e8re de la cuisine \u00e9tait allum\u00e9e. Je n&#8217;ai vu personne. Je suis pass\u00e9 devant, courb\u00e9, comme un voleur chez moi.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dans le studio, il faisait quatorze degr\u00e9s. J&#8217;ai gard\u00e9 mon manteau. J&#8217;ai pos\u00e9 le cabas sur la toile cir\u00e9e. Les pantoufles de Chantal \u00e9taient toujours sous le lit, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, le bout us\u00e9.<\/p>\n<p>Je me suis assis sur le lit. Je les ai regard\u00e9es longtemps.<\/p>\n<p>\u00c0 vingt heures dix, une voiture s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e au bout du chemin. Des phares, puis plus rien. Quelqu&#8217;un a pouss\u00e9 le portillon. Quelqu&#8217;un qui connaissait le loquet.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert la porte du studio. Une femme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es, en anorak, les cheveux gris attach\u00e9s en queue. Elle tenait contre son ventre une bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU, de celles en fer, avec le bleu qui s&#8217;\u00e9caille.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Monsieur G\u00e9rard ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nadine. Du troisi\u00e8me \u00e9tage, \u00e0 l&#8217;unit\u00e9. Ma\u00eetre Moreau m&#8217;a dit que vous seriez peut-\u00eatre l\u00e0. Elle m&#8217;a dit aussi de pas sonner chez eux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Entrez. Il fait froid, par contre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai l&#8217;habitude, a-t-elle dit. Chez nous, les fen\u00eatres ferment mal. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise sur la seule chaise. Elle a pos\u00e9 la bo\u00eete sur ses genoux. Elle n&#8217;a pas ouvert tout de suite. Elle a pass\u00e9 le pouce sur le couvercle, l\u00e0 o\u00f9 la peinture manquait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle me l&#8217;a donn\u00e9 il y a trois semaines, a-t-elle dit. Avant qu&#8217;elle puisse plus tenir un stylo. Elle voulait que je vous le remette apr\u00e8s l&#8217;enterrement. Pas avant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi pas avant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que vous auriez \u00e9t\u00e9 voir votre belle-fille. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a soulev\u00e9 le couvercle. Il y avait un carnet \u00e0 spirale, un de ceux de la papeterie, \u00e0 petits carreaux. La couverture \u00e9tait molle, tach\u00e9e de th\u00e9. Dans un coin, de l&#8217;\u00e9criture bleue, pench\u00e9e : \u00ab Comptes \u00bb.<\/p>\n<p>J&#8217;ai reconnu le mot avant de le lire. Chantal avait toujours tenu les comptes de la maison dans un carnet comme celui-l\u00e0. Le gaz, la mutuelle, l&#8217;argent des petits \u00e0 No\u00ebl.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je l&#8217;ai ouvert au milieu. Ce n&#8217;\u00e9taient plus des comptes.<\/p>\n<p>\u00ab 3 septembre. C. est venue \u00e0 15 h. Elle est rest\u00e9e onze minutes. Elle a regard\u00e9 la perfusion, pas moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab 10 septembre. C. : &#8220;On a pens\u00e9 \u00e0 une chambre \u00e0 N\u00e9ris, pour G\u00e9rard, apr\u00e8s.&#8221; J&#8217;ai dit que j&#8217;\u00e9tais encore l\u00e0. Elle a dit : &#8220;Bien s\u00fbr.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab 17 septembre. C. m&#8217;a demand\u00e9, dans le couloir, \u00e0 l&#8217;infirmi\u00e8re : combien de temps il lui reste. Elle croyait que je dormais. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai ferm\u00e9 le carnet. Je l&#8217;ai rouvert. J&#8217;ai relu la date.<\/p>\n<p>\u00ab Elle croyait que je dormais, j&#8217;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle dormait pas, a dit Nadine. Elle dormait jamais, la journ\u00e9e. Elle faisait semblant, pour entendre. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9 et j&#8217;ai march\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la porte. Je suis revenu. Dans un studio de dix-huit m\u00e8tres carr\u00e9s, on n&#8217;a pas beaucoup de place pour \u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a tout not\u00e9, ai-je dit. M\u00eame \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a tout not\u00e9. Les visites, les heures, ce qu&#8217;on lui disait. Elle me demandait de lui lire en fin de journ\u00e9e. Elle disait que \u00e7a la tenait \u00e9veill\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Les pages suivantes \u00e9taient pareilles. Neuf visites de Constance en trois mois. Je n&#8217;en avais vu qu&#8217;une, dans le couloir, avec le dossier cartonn\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Puis il y avait une page plus longue, au milieu. Pas de date. Les lettres \u00e9taient plus grosses, comme quand elle \u00e9crivait fatigu\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien : il est faible, pas mauvais. Il fait ce qu&#8217;on lui dit, quand c&#8217;est elle qui le dit. G\u00e9rard, ne le juge pas trop vite. Mais ne lui laisse pas la maison pour autant. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9 avec le carnet ouvert dans les mains. Le radiateur ne marchait pas. J&#8217;avais honte. Je ne savais pas de quoi, au juste. De n&#8217;avoir rien vu, sans doute. De devoir lire \u00e7a de la bouche d&#8217;une morte, un soir, dans un garage.<\/p>\n<p>\u00ab Faible, pas mauvais, a murmur\u00e9 Nadine. Elle me l&#8217;a dit aussi. Plusieurs fois. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle avait raison pour le faible. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour l&#8217;autre partie, je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rassis. J&#8217;ai pos\u00e9 les mains \u00e0 plat sur le carnet, comme sur un volant arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Nadine, ai-je dit. Il y a une chose que je comprends pas. Chantal m&#8217;a dit, un mardi, qu&#8217;elle avait sa coiffeuse. Elle en a parl\u00e9 deux fois. Elle revenait avec les cheveux&#8230; pas faits. \u00bb<\/p>\n<p>Nadine a eu un petit sourire fatigu\u00e9. Elle a regard\u00e9 ses mains.<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait pas de coiffeuse, monsieur. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Alors c&#8217;\u00e9tait qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait moi. Le premier mardi, j&#8217;ai pris ma matin\u00e9e. Le deuxi\u00e8me, j&#8217;ai \u00e9chang\u00e9 mon service avec une coll\u00e8gue. Je l&#8217;ai conduite chez Ma\u00eetre Moreau dans ma voiture. Deux fois. Elle tenait \u00e0 peine debout, la deuxi\u00e8me. Elle a refus\u00e9 le fauteuil roulant. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit.<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a fait promettre de rien vous dire avant l&#8217;enterrement. J&#8217;ai tenu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez tenu. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de la bo\u00eete une derni\u00e8re chose, en dessous du carnet. Une enveloppe kraft, fine, scotch\u00e9e sur les quatre c\u00f4t\u00e9s. Elle me l&#8217;a tendue.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab \u00c7a, c&#8217;est la derni\u00e8re page, monsieur. Elle l&#8217;a arrach\u00e9e du carnet, un soir, quand elle pouvait encore. Elle m&#8217;a demand\u00e9 de la scotcher pour elle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous l&#8217;avez lue ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jamais. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai prise. Elle ne pesait rien. Dessus, au stylo bleu, il n&#8217;y avait pas de nom. Juste une date.<\/p>\n<h2>Partie 7: Michel et la soupe au poireau<\/h2>\n<p>Le 27, \u00e0 midi, je n&#8217;avais toujours pas ouvert l&#8217;enveloppe kraft de Nadine.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais pos\u00e9e sur la table, contre le bol de caf\u00e9 de ce matin. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, il y avait la lettre de Chantal, celle de six mots, que je n&#8217;avais pas l\u00e2ch\u00e9e depuis deux jours. Deux enveloppes sur une toile cir\u00e9e. Le reste du studio ne comptait plus.<\/p>\n<p>J&#8217;avais dormi trois heures, tout habill\u00e9, sous deux couvertures et mon manteau. Au r\u00e9veil, j&#8217;avais tremp\u00e9 le pain de la veille dans le caf\u00e9, parce que le grille-pain avait disjonct\u00e9 avec le reste. J&#8217;avais compt\u00e9 ce qu&#8217;il y avait dans mon portefeuille. Quarante-deux euros. Ma retraite tombait le 8.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 midi dix, quelqu&#8217;un a frapp\u00e9 \u00e0 la porte du garage. Trois coups, puis deux. Je connaissais ce code-l\u00e0 aussi.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard ? C&#8217;est Michel. Ouvre, j&#8217;ai les mains prises. \u00bb<\/p>\n<p>Michel avait soixante-quatorze ans, une hanche qui ne marchait plus qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9, et trente et un ans de ligne 4 derri\u00e8re lui, comme moi. On avait partag\u00e9 le m\u00eame d\u00e9p\u00f4t, les m\u00eames pauses, les m\u00eames caf\u00e9s de machine. Il est entr\u00e9 en portant un grand Tupperware avec les deux mains, le t\u00e9l\u00e9phone coinc\u00e9 sous le menton.<\/p>\n<p>\u00ab Ma femme a fait de la soupe. Poireau, pommes de terre. Elle en a fait pour un r\u00e9giment, elle sait pas faire autrement. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab T&#8217;aurais pas d\u00fb. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, j&#8217;aurais d\u00fb, a dit Michel. J&#8217;aurais d\u00fb venir hier. Vu comment tu m&#8217;as regard\u00e9 au cimeti\u00e8re, avec ton cabas, j&#8217;aurais d\u00fb venir hier. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 le Tupperware sur la table. Il a regard\u00e9 le radiateur, puis le bol, puis moi. Il n&#8217;a pas fait de commentaire. Il a juste mis la main sur le robinet, il l&#8217;a ouvert, il a attendu.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a pas d&#8217;eau chaude. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance a coup\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ah. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a dit \u00e7a comme on dit \u00ab ah \u00bb devant un pneu crev\u00e9. Puis il a sorti deux bols du placard, des bols \u00e0 moi, il les a remplis. La soupe fumait. Je l&#8217;ai bue debout, pr\u00e8s de la porte, sans m&#8217;en rendre compte. Elle \u00e9tait br\u00fblante, avec du sel et un peu de beurre. J&#8217;ai fini mon bol avant lui.<\/p>\n<p>\u00ab Reprends-en. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Reprends-en, a-t-il dit. Tu fais pas le fier avec moi. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis resservi. Michel a attendu que je pose la cuill\u00e8re. Ensuite il a sorti son t\u00e9l\u00e9phone, un grand, avec une coque noire qui se d\u00e9collait. Son petit-fils lui avait montr\u00e9 comment agrandir les photos.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Faut que je te montre un truc. Mon petit-fils m&#8217;a envoy\u00e9 \u00e7a ce matin, par curiosit\u00e9. Il a vu passer le nom de la rue. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a tendu l&#8217;\u00e9cran. C&#8217;\u00e9tait une annonce. J&#8217;ai reconnu la fa\u00e7ade avant de lire le texte, le cr\u00e9pi beige, les volets bleus que j&#8217;avais repeints au printemps d&#8217;il y a six ans.<\/p>\n<p>\u00ab Maison de famille, six chambres, chemin des Granges, Montlu\u00e7on. 439 000 \u20ac. Libre de toute occupation. Visites le 30. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Libre de toute occupation, j&#8217;ai lu \u00e0 voix haute. C&#8217;est moi, l&#8217;occupation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le studio, ils en parlent pas. Regarde en bas. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>En bas, il y avait un nom d&#8217;agence : Beaumont Immobilier, rue du Commerce. Et un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone avec \u00ab Guillaume \u00bb \u00e9crit en petites lettres.<\/p>\n<p>Je me suis assis sur le bord du lit. Les pantoufles de Chantal \u00e9taient \u00e0 vingt centim\u00e8tres de ma jambe.<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont publi\u00e9 \u00e7a quand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier soir. Il y a vingt-quatre heures, \u00e0 peu pr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier soir, c&#8217;est le jour de l&#8217;enterrement plus un. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ben oui. Ils ont pas tra\u00een\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai fait d\u00e9filer les photos du bout du doigt. Le salon, vide, sans les cadres. La cuisine, avec le plan de travail d\u00e9gag\u00e9. Quelqu&#8217;un avait enlev\u00e9 les magnets du frigo, ceux des petits, ceux des vacances. Je ne savais pas qu&#8217;ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 partis.<\/p>\n<p>Dans la derni\u00e8re photo, c&#8217;\u00e9tait le jardin. Les roses \u00e9taient en fleurs, malgr\u00e9 la saison, les derni\u00e8res. Elle les avait taill\u00e9es en juillet, quand elle pouvait encore sortir un peu.<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 sur la table. C&#8217;\u00e9tait S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, on a \u00e9t\u00e9 durs. Moi le premier. Viens d\u00eener ce soir, 19 h 30. Les petits veulent te voir. Constance a fait un gratin. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il y avait un c\u0153ur, \u00e0 la fin. Un petit c\u0153ur jaune.<\/p>\n<p>Michel a lu par-dessus mon \u00e9paule, parce qu&#8217;il lit toujours par-dessus l&#8217;\u00e9paule.<\/p>\n<p>\u00ab M\u00e9fie-toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce que tu disais d\u00e9j\u00e0 pour les 2 000 \u20ac du 5. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment tu sais \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu me l&#8217;as dit, G\u00e9rard. Un jour de d\u00e9cembre, au caf\u00e9. Tu m&#8217;as dit : &#8220;C&#8217;est pour les petits.&#8221; Je t&#8217;ai cru. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. Je ne m&#8217;en souvenais plus.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu vas y aller ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu y vas, a dit Michel. Je te connais. Tu y vas parce que les petits sont l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait un rendez-vous \u00e0 quatorze heures, sa femme au kin\u00e9. Il a referm\u00e9 le Tupperware en appuyant sur les coins avec ses doigts gonfl\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Je te laisse la soupe. Y en a pour trois jours. Tu la chauffes sur le r\u00e9chaud. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci, Michel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis pas merci. Dis-moi plut\u00f4t ce que tu comptes faire. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Passe-moi ton t\u00e9l\u00e9phone. \u00bb<\/p>\n<p>Il me l&#8217;a donn\u00e9. Je n&#8217;ai pas su dire pourquoi. J&#8217;ai agrandi la photo du jardin avec deux doigts, comme il m&#8217;avait appris \u00e0 le faire sur le mien. J&#8217;ai regard\u00e9 le fond, derri\u00e8re les roses.<\/p>\n<p>Il y avait la chaise de jardin de Chantal. La verte, celle au dossier rip\u00e9, qu&#8217;elle d\u00e9pla\u00e7ait pour suivre le soleil. Sur le dossier, un gilet beige.<\/p>\n<p>Je connaissais ce gilet. Elle l&#8217;avait oubli\u00e9 l\u00e0 un apr\u00e8s-midi d&#8217;\u00e9t\u00e9, la veille de son entr\u00e9e \u00e0 l&#8217;unit\u00e9. Je l&#8217;avais vu, et je n&#8217;avais pas os\u00e9 y toucher. Depuis, personne n&#8217;avait mis les pieds au fond du jardin. Personne, sauf quelqu&#8217;un qui avait pris cette photo, apr\u00e8s son d\u00e9part, quand elle \u00e9tait encore vivante, dans son lit, \u00e0 deux kilom\u00e8tres de l\u00e0.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Michel. Cette annonce, elle date pas d&#8217;hier soir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que la photo, elle a \u00e9t\u00e9 prise avant. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 8: Le gratin de Constance<\/h2>\n<p>Constance m&#8217;a pris le cabas des mains avant que j&#8217;aie dit bonsoir.<\/p>\n<p>\u00ab Donnez, G\u00e9rard, vous allez vous faire mal au dos. \u00bb<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a pos\u00e9 sur le banc de l&#8217;entr\u00e9e, entre les chaussures des petits. Elle ne l&#8217;a pas ouvert. Dedans, il y avait deux Kinder Bueno que j&#8217;avais achet\u00e9s au Leclerc avec la monnaie de ma poche, et un reste de baguette de la veille que j&#8217;avais oubli\u00e9 de sortir.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait dix-neuf heures vingt-huit. S\u00e9bastien m&#8217;avait ouvert le portail lui-m\u00eame, plant\u00e9 sur le gravier, les mains dans les poches. Il n&#8217;avait pas parl\u00e9 du code. Moi non plus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La maison sentait le fromage fondu et la lessive. Sur le buffet, les cadres \u00e9taient revenus. Les photos de Chantal aussi. Quelqu&#8217;un les avait remis l\u00e0 dans la journ\u00e9e, bien align\u00e9s, avec un chiffon.<\/p>\n<p>\u00ab Papi ! \u00bb<\/p>\n<p>C\u00f4me a travers\u00e9 le couloir en chaussettes. Il m&#8217;a pris par la taille, la t\u00eate contre mon ventre. Il a onze ans, il est d\u00e9j\u00e0 grand pour son \u00e2ge. Il a les cheveux de sa grand-m\u00e8re, fins et raides, qui ne tiennent jamais en place.<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as faim ? Maman a fait du gratin avec du jambon. Y en a trop. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors je vais t&#8217;aider \u00e0 finir. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Apolline \u00e9tait dans l&#8217;encadrement de la porte de la salle \u00e0 manger. Quatorze ans, un sweat gris trop large, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. Elle a dit \u00ab Salut, papi \u00bb sans lever tout \u00e0 fait les yeux. Puis elle a tourn\u00e9 les talons.<\/p>\n<p>On s&#8217;est assis. Constance m&#8217;avait gard\u00e9 la place pr\u00e8s du radiateur. Elle m&#8217;a servi la premi\u00e8re, une grosse part, avec des pommes de terre bien dor\u00e9es sur le dessus. Elle a rempli mon verre d&#8217;eau, puis elle a pos\u00e9 la carafe de mon c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9e pour hier, a-t-elle dit. On \u00e9tait \u00e0 bout, tous les deux. L&#8217;enterrement, la fatigue. On a dit des choses. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. J&#8217;ai mang\u00e9. C&#8217;\u00e9tait bon, il faut le dire. Chaud, sal\u00e9, avec de la muscade. Je n&#8217;avais rien aval\u00e9 de chaud depuis le bol de Michel.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous voyez, a-t-elle repris, on veut juste que \u00e7a se passe bien. Pour les petits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et vous n&#8217;\u00eates pas oblig\u00e9 de partir du studio, \u00e9videmment. S\u00e9bastien a \u00e9t\u00e9 maladroit. \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a baiss\u00e9 les yeux sur son assiette. Il a coup\u00e9 son jambon en petits carr\u00e9s tr\u00e8s r\u00e9guliers.<\/p>\n<p>\u00ab Papi, a dit C\u00f4me, la bouche pleine. Tu pars, toi ? \u00bb<\/p>\n<p>La fourchette de Constance s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e au-dessus de son assiette.<\/p>\n<p>\u00ab Qui t&#8217;a dit \u00e7a, mon grand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa. Il a dit \u00e0 maman, dans la voiture, que tu partirais bient\u00f4t. Dans un endroit avec un parc. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C\u00f4me. On mange. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais c&#8217;est vrai ou pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pas vrai, ai-je dit. Mange ton gratin. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline a lev\u00e9 la t\u00eate pour la premi\u00e8re fois. Elle m&#8217;a regard\u00e9 une seconde, droit, avec les yeux de Chantal. Puis elle a repris sa fourchette, comme si elle n&#8217;avait rien fait.<\/p>\n<p>On a fini le gratin. C\u00f4me a eu droit \u00e0 son Kinder, et Apolline au sien, que j&#8217;ai pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son verre sans rien dire. Elle l&#8217;a gliss\u00e9 dans la poche de son sweat. Constance a d\u00e9barrass\u00e9 les assiettes toute seule, en refusant mon aide. Elle chantonnait presque.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 vingt heures vingt, elle a envoy\u00e9 C\u00f4me se brosser les dents. Apolline a ob\u00e9i sans histoire, ce qui n&#8217;arrive jamais. Elle a dit qu&#8217;elle montait faire ses devoirs. Elle a tra\u00een\u00e9 un peu devant la porte. Puis elle est revenue s&#8217;asseoir, sur la chaise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la mienne, sans un mot.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a sorti de sous son assiette une chemise cartonn\u00e9e bleue. Je ne l&#8217;avais pas vue. Elle \u00e9tait rest\u00e9e l\u00e0 pendant tout le repas, sous la vaisselle, comme une carte d&#8217;avance.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. J&#8217;ai un truc \u00e0 te montrer. C&#8217;est pas grave. C&#8217;est juste pour simplifier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Simplifier quoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab La succession de maman. Les papiers. \u00c7a va \u00eatre long, il y aura des frais, des d\u00e9lais. Avec \u00e7a, on \u00e9vite tout. \u00bb Il a ouvert la chemise. \u00ab C&#8217;est le cousin de Constance qui l&#8217;a pr\u00e9par\u00e9. Il est clerc de notaire \u00e0 Vichy. Il l&#8217;a fait gratuitement. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a gliss\u00e9 deux feuilles agraf\u00e9es. En haut, en gras : \u00ab Acte de cession de parts sociales \u00bb. Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me ligne. Moi, G\u00e9rard, c\u00e9dant. Mon fils, cessionnaire. Toutes les parts. Pour un euro.<\/p>\n<p>\u00ab Un euro, j&#8217;ai lu. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est symbolique, a dit Constance, tr\u00e8s doucement. C&#8217;est une formalit\u00e9, G\u00e9rard. Une pure formalit\u00e9. Vous restez au studio, vous gardez tout ce que vous voulez. S\u00e9bastien s&#8217;occupera de la gestion \u00e0 votre place. Vous n&#8217;aurez plus \u00e0 vous soucier de rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Plus \u00e0 me soucier de rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chantal l&#8217;aurait voulu comme \u00e7a. Elle voulait que vous soyez tranquille. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pos\u00e9 sa main sur mon avant-bras. Elle sentait la cr\u00e8me pour les mains, la m\u00eame que dans la chambre de l&#8217;unit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Et le 30, j&#8217;ai demand\u00e9. Il y a des gens qui viennent, il para\u00eet. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>S\u00e9bastien a regard\u00e9 Constance. Constance n&#8217;a pas boug\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Des amis, a-t-elle dit. Qui voulaient voir la maison. Rien de s\u00e9rieux. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de la poche de son cardigan un stylo noir, sans marque, de ceux qu&#8217;on trouve dans les banques. Elle a fait cliquer le capuchon. Elle me l&#8217;a tendu, par le bout, comme on tend des ciseaux.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai pris.<\/p>\n<p>Un stylo comme celui de l&#8217;h\u00f4pital, j&#8217;ai pens\u00e9. Celui qui n&#8217;avait pas servi.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0, a dit S\u00e9bastien. En bas, \u00e0 droite. Et la date. Le 27. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La feuille \u00e9tait un peu froide. Ma main ne tremblait pas, je ne sais pas pourquoi. J&#8217;ai regard\u00e9 la ligne. Je me suis dit que j&#8217;\u00e9tais fatigu\u00e9. Que Chantal \u00e9tait morte depuis peu et que j&#8217;avais mal partout. Qu&#8217;ils avaient fait un gratin. Qu&#8217;ils me remettaient la photo de ma femme sur le buffet.<\/p>\n<p>Sous la table, quelque chose a touch\u00e9 ma main gauche. Un petit rectangle chaud, avec des bords arrondis.<\/p>\n<p>Apolline n&#8217;a pas tourn\u00e9 la t\u00eate. Elle fixait son assiette vide. Mais sa main \u00e9tait sous la nappe, et elle avait gliss\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone entre mes doigts. L&#8217;\u00e9cran \u00e9tait allum\u00e9. Je sentais la lumi\u00e8re contre ma cuisse. Un \u00e9couteur blanc pendait au bout de son fil, tout contre mon genou.<\/p>\n<p>J&#8217;ai referm\u00e9 le poing dessus.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Constance me regardait. S\u00e9bastien me regardait. La pointe du stylo touchait le papier, \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 il fallait mettre mon nom.<\/p>\n<p>ans. Qu&#8217;est-ce que vous allez en faire, de six chambres ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais les garder. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour qui ? Votre Chantal est MORTE, G\u00e9rard. Elle ne paiera pas mon cr\u00e9dit. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a attrap\u00e9 la poign\u00e9e de la porte d&#8217;entr\u00e9e. Elle me l&#8217;a tenue, comme pour un invit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Bonne nuit. Dormez bien. Le 30, \u00e0 dix heures, il y a des visiteurs. Avec ou sans vous dans le jardin. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris mon cabas. Sur le chemin des Granges, sous le lampadaire, j&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;heure sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Vingt et une heures douze.<\/p>\n<p>On \u00e9tait le 27. Dans soixante et une heures, des inconnus allaient marcher sur les roses de Chantal.<\/p>\n<h2>Partie 10: Le bureau de Moreau, huit heures trente<\/h2>\n<p>\u00c0 neuf heures dix, le 28, j&#8217;avais sign\u00e9 la premi\u00e8re lettre de ma vie qui disait non \u00e0 mon fils.<\/p>\n<p>Trois lignes. Une date, un nom, un paragraphe tap\u00e9 par Moreau. Je l&#8217;ai relue deux fois. Puis j&#8217;ai sign\u00e9 avec mon propre stylo, celui du d\u00e9p\u00f4t, parce que je ne voulais pas \u00e9crire \u00e7a avec un autre.<\/p>\n<p>Mais \u00e7a, c&#8217;\u00e9tait apr\u00e8s. D&#8217;abord, il y avait eu les trente-quatre marches.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je les avais mont\u00e9es \u00e0 huit heures vingt-cinq, le cabas au bras. Je n&#8217;avais presque pas dormi. J&#8217;avais r\u00e9\u00e9cout\u00e9 la voix de Chantal dans ma t\u00eate toute la nuit, sans le t\u00e9l\u00e9phone. Ce matin-l\u00e0, j&#8217;ai eu droit \u00e0 un vrai caf\u00e9, dans une tasse avec une soucoupe. Moreau l&#8217;a pos\u00e9 devant moi sans rien demander.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez une sale t\u00eate, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai d\u00een\u00e9 chez mon fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Racontez. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai tout dit. Le portail, le gratin, C\u00f4me, l&#8217;acte de cession pour un euro, le stylo de Constance, la phrase de la cuisine que la petite avait retenue. Elle \u00e9coutait sans \u00e9crire. De temps en temps, elle \u00f4tait ses lunettes et les remettait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez pas sign\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien. Parce que cet acte-l\u00e0, il ne tient pas debout. Une cession de toutes les parts pour un euro, \u00e7a s&#8217;appelle une cession \u00e0 vil prix, et le cousin de votre belle-fille, clerc ou pas, le sait tr\u00e8s bien. Mais il vous aurait fallu un proc\u00e8s de deux ans pour le prouver. Alors je pr\u00e9f\u00e8re que vous ayez dit non. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert le classeur gris. Elle en a sorti plusieurs feuilles, un petit tas, qu&#8217;elle a \u00e9tal\u00e9es sur le buvard.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 ce que vous avez le droit de faire, monsieur. Premi\u00e8rement. Vous \u00eates le g\u00e9rant de la SCI, seul. Vous pouvez r\u00e9voquer par simple courrier la convention d&#8217;occupation que S\u00e9bastien a sign\u00e9e il y a trois ans. C&#8217;est ce que vous venez de faire, ou presque. Le pr\u00e9avis, c&#8217;est soixante jours. Pendant ce temps, il reste chez lui. Apr\u00e8s, non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Soixante jours. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Deuxi\u00e8mement. La maison ne peut pas \u00eatre vendue sans vous. Les statuts exigent la signature du g\u00e9rant et l&#8217;accord de l&#8217;associ\u00e9. L&#8217;associ\u00e9e, c&#8217;\u00e9tait Chantal. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est vous seul. Si vous refusez, il n&#8217;y a pas de vente. Il n&#8217;y en aura pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et S\u00e9bastien ? Il aura quoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai failli dire \u00ab il aura rien \u00bb. Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 temps.<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien n&#8217;est pas d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9, a dit Moreau, comme si elle avait entendu. La loi ne le permet pas. Il a droit \u00e0 sa part de ce que vous laisserez un jour, en valeur. De l&#8217;argent, pas la g\u00e9rance, pas les cl\u00e9s. La clause d&#8217;agr\u00e9ment l&#8217;emp\u00eache d&#8217;entrer dans la soci\u00e9t\u00e9 sans votre accord. Il touchera ce qui lui revient. Quand vous ne serez plus l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas avant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas avant. Et sans qu&#8217;il ait besoin de vous mettre dans un parc pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a gliss\u00e9 vers moi une petite carte, jaunie, un bristol de la papeterie de la rue de la R\u00e9publique. Au dos, une \u00e9criture bleue, pench\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Donne-leur du temps. Pas la maison. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai lue. Je ne sais plus combien de fois. Chantal avait \u00e9crit \u00e7a, assise \u00e0 ce bureau, il y a quatre mois, avant d&#8217;aller se faire soigner.<\/p>\n<p>\u00ab Elle vous l&#8217;a laiss\u00e9 pour moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle l&#8217;a gliss\u00e9 dans le classeur, a r\u00e9pondu Moreau. Avec ce qu&#8217;elle appelait &#8220;mes munitions&#8221;. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis essuy\u00e9 le nez avec le dos de la main. Elle a regard\u00e9 par la fen\u00eatre, poliment.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a autre chose \u00bb, a-t-elle dit quand j&#8217;ai eu fini.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab La procuration. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Hier apr\u00e8s-midi, j&#8217;ai appel\u00e9 l&#8217;agence Beaumont, rue du Commerce. Je me suis pr\u00e9sent\u00e9e comme notaire de la SCI, ce qui est la v\u00e9rit\u00e9. J&#8217;ai demand\u00e9 au secr\u00e9tariat les pi\u00e8ces du mandat de vente, pour v\u00e9rifier la r\u00e9gularit\u00e9. Une jeune femme tr\u00e8s z\u00e9l\u00e9e m&#8217;a envoy\u00e9 le tout par courriel dans l&#8217;heure. Sans rien demander \u00e0 son patron. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pos\u00e9 devant moi une photocopie. Je l&#8217;ai reconnue avant de lire. C&#8217;\u00e9tait la procuration, la m\u00eame que celle de l&#8217;h\u00f4pital, la tache de th\u00e9 en moins. Sauf qu&#8217;en bas \u00e0 droite, il y avait une signature.<\/p>\n<p>\u00ab Chantal \u00bb, elle disait. Une grande boucle \u00e0 la premi\u00e8re lettre. \u00c7a ressemblait. \u00c7a ressemblait presque.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Regardez la couleur de l&#8217;encre, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Noire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre \u00e9pouse n&#8217;a jamais sign\u00e9 autre chose qu&#8217;\u00e0 l&#8217;encre bleue. Vous le savez mieux que moi. La signature est dat\u00e9e du 17 septembre. Ce jour-l\u00e0, d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;original que Nadine m&#8217;a rapport\u00e9 le soir m\u00eame, et d&#8217;apr\u00e8s le Post-it, Madame Chantal n&#8217;avait rien sign\u00e9. J&#8217;ai l&#8217;original vierge dans le classeur. Je l&#8217;ai gard\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un faux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne dis pas \u00e7a. Je dis que ce papier ne prouve pas ce qu&#8217;on lui fait dire. Le mot &#8220;faux&#8221;, on le gardera pour plus tard. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis lev\u00e9. J&#8217;ai fait trois pas jusqu&#8217;\u00e0 la fen\u00eatre. La rue \u00e9tait normale. Un type avec une baguette sous le bras, une voiture mal gar\u00e9e. Les gens allaient travailler.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a imit\u00e9 l&#8217;\u00e9criture de ma femme. Ma belle-fille. Dans son lit d&#8217;h\u00f4pital. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pendant que Madame Chantal \u00e9tait vivante, oui. \u00c0 une date o\u00f9 elle ne pouvait pas contredire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et personne n&#8217;a rien vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. Madame votre \u00e9pouse. Et elle l&#8217;a not\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis revenu. Mes jambes tenaient. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la bo\u00eete LU, \u00e0 l&#8217;enveloppe kraft toujours ferm\u00e9e dans ma poche int\u00e9rieure.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Le mandat, j&#8217;ai demand\u00e9. Qui l&#8217;a sign\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;agence ? Il y a un acheteur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ce que je voulais vous montrer en dernier. \u00bb<\/p>\n<p>Moreau a sorti du dessous du tas une derni\u00e8re liasse, quatre pages agraf\u00e9es. En haut, en lettres noires : \u00ab Projet de compromis de vente \u00bb. Elle a pos\u00e9 son doigt sur la premi\u00e8re page, \u00e0 la ligne du dessous. Elle ne m&#8217;a rien dit. Elle a attendu.<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute, lentement, comme je lisais le r\u00e8glement au d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>\u00ab Le vendeur, la SCI&#8230; repr\u00e9sent\u00e9e par Madame Constance&#8230; en vertu d&#8217;une procuration dat\u00e9e du 17 septembre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Continuez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;acqu\u00e9reur : une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e, immatricul\u00e9e \u00e0 Moulins, repr\u00e9sent\u00e9e par son g\u00e9rant. Monsieur Thibault&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9. Je connaissais ce pr\u00e9nom. Je l&#8217;avais entendu dans la bouche de Constance, au repas du r\u00e9veillon, deux ans de suite. Je l&#8217;avais serr\u00e9, au cimeti\u00e8re, il y a trois jours : un grand type en manteau gris, qui avait regard\u00e9 le toit de la maison par-dessus mon \u00e9paule.<\/p>\n<p>Le fr\u00e8re de ma belle-fille.<\/p>\n<h2>Partie 11: Beaumont Immobilier, rue du Commerce<\/h2>\n<p>Le premier mot que m&#8217;a dit Guillaume Beaumont, c&#8217;\u00e9tait : \u00ab Le garage Renault, c&#8217;est \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;avais pourtant mis ma veste du dimanche. La grise, avec le col repass\u00e9. Je tenais mon cabas contre moi, comme \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait quatorze heures dix, le 28. Avant d&#8217;entrer, j&#8217;\u00e9tais rest\u00e9 deux minutes devant la vitrine, \u00e0 regarder les photos de maisons sous cellophane. Au milieu, il y avait la n\u00f4tre. Chemin des Granges, six chambres, 439 000 \u20ac, \u00ab libre de toute occupation \u00bb. Les rosiers de Chantal au premier plan, bien nets.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Quelqu&#8217;un avait pris cette photo en septembre. Pendant qu&#8217;elle \u00e9tait encore vivante, \u00e0 l&#8217;unit\u00e9, avec sa perfusion.<\/p>\n<p>Beaumont avait la quarantaine, un gilet sans manches et une montre trop grosse. Il ne s&#8217;est m\u00eame pas lev\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je viens pour la maison du chemin des Granges \u00bb, ai-je dit.<\/p>\n<p>\u00ab Ah, une visite ! C&#8217;est le 30, monsieur, sur rendez-vous. Vous \u00eates voisin ? Les voisins, on les voit le jour de la visite, pas avant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis le propri\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ri. Pas m\u00e9chamment. Comme on rit quand un client demande une remise.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le propri\u00e9taire, c&#8217;est la SCI, monsieur. Repr\u00e9sent\u00e9e par Madame Constance, en vertu d&#8217;une procuration. Tout est en r\u00e8gle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La SCI, c&#8217;est moi. Je suis le g\u00e9rant. \u00bb<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 les yeux. Il m&#8217;a regard\u00e9 de haut en bas : la veste, le cabas, le pain qui d\u00e9passait. Derri\u00e8re lui, une jeune femme a arr\u00eat\u00e9 de taper.<\/p>\n<p>\u00ab Ah. Le beau-p\u00e8re. \u00bb Il s&#8217;est enfin appuy\u00e9 au dossier. \u00ab On m&#8217;avait pr\u00e9venu que vous \u00e9tiez fatigu\u00e9. Apr\u00e8s le deuil, \u00e7a arrive. Madame Constance m&#8217;a dit que vous aviez donn\u00e9 votre accord et que vous pr\u00e9f\u00e9riez ne plus vous occuper de tout \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle a dit \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bah oui. Pour vous m\u00e9nager. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. J&#8217;ai sorti de mon cabas trois feuilles et je les ai pos\u00e9es sur son bureau, l&#8217;une \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;autre. Comme Moreau l&#8217;avait fait avec moi.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, une lettre de la SCI, tap\u00e9e le matin m\u00eame. Trois lignes. Le g\u00e9rant retire tout pouvoir donn\u00e9 \u00e0 qui que ce soit et d\u00e9clare que la vente n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me, une photocopie de la procuration vierge. Avec le Post-it de Chantal coll\u00e9 dessus : \u00ab Je n&#8217;ai pas sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me, la copie que Beaumont tenait de Constance. Avec la signature en bas \u00e0 droite.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Regardez la couleur de l&#8217;encre, ai-je dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Noire. Ma femme a jamais sign\u00e9 qu&#8217;en bleu. Quarante-six ans que je vois \u00e7a sur les ch\u00e8ques. Et la date, le 17 septembre. Ce jour-l\u00e0, elle \u00e9tait dans un lit, elle tenait plus un stylo. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris la copie. Il l&#8217;a tenue loin de ses yeux, puis pr\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis pas expert en \u00e9critures, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi non plus. J&#8217;ai conduit un bus toute ma vie. Mais un ticket pas compost\u00e9, je le vois \u00e0 deux m\u00e8tres. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La jeune femme, derri\u00e8re, a pos\u00e9 ses mains \u00e0 plat sur son clavier. Elle ne tapait plus du tout.<\/p>\n<p>Beaumont a touss\u00e9. Il s&#8217;est redress\u00e9, et sa voix a chang\u00e9 de dossier.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coutez. Un agent re\u00e7oit un mandat avec une procuration. Il n&#8217;a pas \u00e0&#8230; Ma cliente m&#8217;a affirm\u00e9 que&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre Moreau, la notaire de la SCI, dit que si. Qu&#8217;un agent qui vend sans v\u00e9rifier engage sa responsabilit\u00e9. Elle dit aussi que le mandat est nul, et que le tribunal aimerait s\u00fbrement savoir qui a fabriqu\u00e9 la signature. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Fabriqu\u00e9 ? Moi, je l&#8217;ai jamais&#8230; Je jure que je savais pas ! \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vous crois pas. Mais je vous laisse une chance. \u00bb<\/p>\n<p>Il a mis un moment \u00e0 comprendre que j&#8217;attendais.<\/p>\n<p>\u00ab Tous les messages entre vous et ma belle-fille. Et vous retirez le mandat. L\u00e0, tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les \u00e9changes sont confidentiels, c&#8217;est&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le mandat est nul. Donc c&#8217;est mon dossier. \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 la porte. Puis la jeune femme. Puis le plafond, o\u00f9 il n&#8217;y avait rien.<\/p>\n<p>\u00ab Mademoiselle, a-t-il dit. Imprimez-lui la conversation. Toute. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>L&#8217;imprimante \u00e9tait dans l&#8217;arri\u00e8re-boutique. Elle a mis longtemps. Pendant ce temps, Beaumont a tap\u00e9 la lettre de retrait lui-m\u00eame, \u00e0 deux doigts, en s&#8217;y reprenant trois fois. Il l&#8217;a sign\u00e9e. Il a mis son tampon, un peu de travers.<\/p>\n<p>\u00ab Et l&#8217;annonce ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je la supprime. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas sur l&#8217;\u00e9cran. Dans la vitrine. \u00bb<\/p>\n<p>Il a fait signe. La jeune femme est sortie sur le trottoir avec un cutter. Je l&#8217;ai regard\u00e9e \u00e0 travers la vitre d\u00e9coller le scotch, un coin apr\u00e8s l&#8217;autre. La photo de la maison s&#8217;est d\u00e9tach\u00e9e d&#8217;un coup. Les roses de Chantal ont pli\u00e9 en deux dans sa main.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle m&#8217;a rapport\u00e9 la feuille et me l&#8217;a tendue sans lever les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Je peux la garder ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est \u00e0 vous, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai pli\u00e9e en quatre et je l&#8217;ai mise dans mon cabas, sur le pain de la veille. Derri\u00e8re elle, l&#8217;imprimante a fini de cracher. Quinze pages, encore ti\u00e8des, agraf\u00e9es en haut \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Dans la rue, il y avait du monde. Un type qui tenait une baguette, une dame avec un caddie. Je me suis assis sur un banc, en face du Cr\u00e9dit Agricole, les pages sur les genoux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Constance \u00e9crivait vite, sans majuscules, avec des abr\u00e9viations. Beaumont r\u00e9pondait toujours pareil. \u00ab Aucun souci. \u00bb \u00ab Je m&#8217;en occupe. \u00bb \u00ab Je pr\u00e9viens pas le beau-p\u00e8re tant que ce n&#8217;est pas ficel\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le 3 septembre : \u00ab Thibault confirme son offre. Il faut que \u00e7a soit r\u00e9gl\u00e9 avant No\u00ebl. \u00bb<\/p>\n<p>Le 9 septembre : \u00ab Le vieux n&#8217;y verra que du feu. Il a toujours sign\u00e9 ce qu&#8217;on lui met sous le nez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu \u00e7a deux fois. Elle avait raison. C&#8217;\u00e9tait bien comme \u00e7a que je faisais.<\/p>\n<p>Puis j&#8217;ai tourn\u00e9 la page. Et sur la sixi\u00e8me, en haut, une date que je connaissais par c\u0153ur, parce qu&#8217;elle \u00e9tait aussi dans le carnet de Chantal.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le 17 septembre, 15 h 12. Constance \u00e0 Beaumont :<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est sign\u00e9. Plus qu&#8217;\u00e0 attendre. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 12: Un coup l\u00e9ger sur la porte du garage<\/h2>\n<p>Ce soir-l\u00e0, \u00e0 vingt-deux heures dix, l&#8217;eau du robinet \u00e9tait chaude.<\/p>\n<p>Je me suis lav\u00e9 les dents dessus, longtemps, juste pour la sentir. Dans le tableau du garage, le disjoncteur \u00e9tait relev\u00e9. Je n&#8217;y avais pas touch\u00e9. J&#8217;avais pass\u00e9 la soir\u00e9e dans la Clio, sur le parking du Leclerc, \u00e0 relire quinze pages ti\u00e8des.<\/p>\n<p>Quelqu&#8217;un \u00e9tait venu pendant que j&#8217;\u00e9tais dehors. Quelqu&#8217;un qui savait o\u00f9 \u00e9tait le tableau.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai mis une casserole sur la plaque. J&#8217;ai sorti la tasse \u00e9br\u00e9ch\u00e9e. Les pantoufles de Chantal \u00e9taient toujours sous le lit. Il faisait seize degr\u00e9s, le radiateur cliquetait.<\/p>\n<p>\u00c0 vingt-trois heures cinq, on a frapp\u00e9. Pas un coup de poing : un coup l\u00e9ger, deux fois, comme quelqu&#8217;un qui esp\u00e8re presque qu&#8217;on n&#8217;entende pas.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien \u00e9tait sur le seuil, sans manteau, en chemise. Il tremblait de partout. Le froid, s\u00fbrement, mais pas seulement.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi, papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai vu. L&#8217;eau. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai remont\u00e9 le disjoncteur ce matin. \u00c0 six heures. Elle dormait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Entre. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est assis sur la seule chaise. Moi, sur le lit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pantoufles. Entre nous, la toile cir\u00e9e avec ses cercles de tasses. J&#8217;ai vers\u00e9 l&#8217;eau chaude dans deux verres. Pas de th\u00e9, il n&#8217;y en avait plus.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. J&#8217;ai sorti les quinze pages du cabas et je les ai pos\u00e9es devant lui, retourn\u00e9es. Puis j&#8217;ai retourn\u00e9 la sixi\u00e8me.<\/p>\n<p>Il a lu. Il a lu les yeux fixes, le doigt sous les lignes, comme quand il avait dix ans devant ses devoirs. \u00c0 la date du 17 septembre, son doigt s&#8217;est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle dit &#8220;c&#8217;est sign\u00e9&#8221;. Maman a sign\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman a rien sign\u00e9. Elle a coll\u00e9 un Post-it dessus. &#8220;J&#8217;ai pas sign\u00e9.&#8221; Elle l&#8217;a \u00e9crit de sa main, le jour m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais alors&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors c&#8217;est ta femme qui a sign\u00e9 \u00e0 sa place. \u00c0 l&#8217;encre noire. \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert la bouche. Rien n&#8217;est sorti. Il a pos\u00e9 la main \u00e0 plat sur sa poitrine, comme pour v\u00e9rifier que \u00e7a battait encore.<\/p>\n<p>\u00ab Je savais pas, papa. Je te jure. Pour la signature, je savais pas. Elle m&#8217;avait dit que maman \u00e9tait d&#8217;accord, de vive voix, que c&#8217;\u00e9tait juste une formalit\u00e9 pour la mutuelle, que&#8230; \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te jure sur les petits. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9. Il a laiss\u00e9 ses yeux se faire regarder. Je crois que c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis l&#8217;enterrement.<\/p>\n<p>\u00ab Je te crois pour \u00e7a, ai-je dit. Dis-moi le reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel reste ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celui que tu portes depuis que t&#8217;es entr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris son verre \u00e0 deux mains. L&#8217;eau tremblait dedans.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis all\u00e9 voir maman deux fois, a-t-il dit. Seulement deux. Constance y allait presque tous les jours, elle disait que c&#8217;\u00e9tait mieux, que moi je pleurais devant les petits et que \u00e7a faisait peur \u00e0 maman. Bah, c&#8217;\u00e9tait commode. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Deux fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La premi\u00e8re, on a parl\u00e9 de la gym d&#8217;Apolline. La deuxi\u00e8me&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. Il a aval\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab La deuxi\u00e8me, elle m&#8217;a tout dit. La SCI, la maison, l&#8217;acte que j&#8217;avais sign\u00e9 sans lire. Les quatre mille euros par mois, tu te rends compte ? Et elle m&#8217;a dit&#8230; Elle avait une voix toute petite, papa. Elle m&#8217;a dit : &#8220;Tu peux \u00eatre mon fils, ou tu peux \u00eatre le locataire de ton p\u00e8re. Je te laisse y penser. Je te demande pas de r\u00e9ponse aujourd&#8217;hui.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu as r\u00e9pondu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit que j&#8217;en parlerais \u00e0 Constance. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 la tasse \u00e9br\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que maman \u00e9tait fatigu\u00e9e, que les m\u00e9dicaments la faisaient divaguer, qu&#8217;on devait pas prendre \u00e7a pour argent comptant. Et j&#8217;ai&#8230; \u00bb Il a raval\u00e9 sa salive. \u00ab Je l&#8217;ai choisie, en fait. C&#8217;est \u00e7a. Elle. Ce soir-l\u00e0, dans la voiture. Sans que personne me le demande, vraiment. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pleur\u00e9. Pas fort. Les \u00e9paules seulement, comme un gamin qui a fait une b\u00eatise et qui sait que son p\u00e8re va payer le vitrier.<\/p>\n<p>J&#8217;aurais pu l&#8217;\u00e9craser avec une phrase. J&#8217;en avais plusieurs, pr\u00eates, depuis le matin. Je les ai gard\u00e9es. Dans le carnet de Chantal, il y avait une ligne : \u00ab Faible, pas mauvais. \u00bb Je me suis surpris \u00e0 penser qu&#8217;elle l&#8217;avait \u00e9crite pour ce soir-l\u00e0.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis lev\u00e9. J&#8217;ai rempli son verre.<\/p>\n<p>\u00ab Demain matin, neuf heures, un monsieur va sonner chez toi avec un papier. Un commissaire de justice. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un huissier, si tu veux. C&#8217;est toi qui ouvres. Pas Constance. Et c&#8217;est toi qui prends le papier, dans ta main. Pas \u00e0 travers la fen\u00eatre, pas par le courrier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Soixante jours. Tu liras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est tout ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est tout ce que je te demande. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a hoch\u00e9 la t\u00eate. Il a essuy\u00e9 son nez avec sa manche, comme \u00e0 dix ans. Puis il a sorti son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 lui et l&#8217;a tourn\u00e9 vers moi, sans rien montrer.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai coup\u00e9 le partage de position de ton vieux portable, a-t-il dit tout bas. Cet apr\u00e8s-midi. Elle regardait la carte sur son t\u00e9l\u00e9phone pour savoir o\u00f9 tu \u00e9tais. Elle a vu que t&#8217;\u00e9tais rue du Commerce. Elle est devenue blanche. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est elle qui t&#8217;a envoy\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Elle est dans sa chambre. Elle croit que je suis \u00e0 la salle de sport. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est lev\u00e9. Il est all\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la porte, la main sur la poign\u00e9e. Dehors, la nuit sentait la terre mouill\u00e9e. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du jardin, une fen\u00eatre de la grande maison \u00e9tait allum\u00e9e, au premier.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je ne sais pas pourquoi je lui ai pos\u00e9 cette question-l\u00e0. Je l&#8217;avais pas pr\u00e9par\u00e9e. Elle est sortie toute seule.<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien. Quand ta m\u00e8re t&#8217;a demand\u00e9 de choisir. Si c&#8217;\u00e9tait \u00e0 refaire. Fils ou locataire ? \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est retourn\u00e9. Il a pris son souffle, longuement, les l\u00e8vres d\u00e9j\u00e0 ouvertes sur le premier mot.<\/p>\n<h2>Partie 13: Le commissaire de justice \u00e0 neuf heures<\/h2>\n<p>S\u00e9bastien a pris le papier des mains du commissaire de justice. Il ne l&#8217;a pas arrach\u00e9. Il l&#8217;a pris, comme on prend un plateau.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait neuf heures deux, le 29. Je regardais \u00e7a depuis l&#8217;angle du garage, mon manteau boutonn\u00e9 jusqu&#8217;en haut.<\/p>\n<p>Sa r\u00e9ponse de la veille, je l&#8217;avais encore dans l&#8217;oreille. Il avait dit : \u00ab Fils. Je voudrais dire fils. \u00bb Un \u00ab voudrais \u00bb, pas un \u00ab je suis \u00bb. Je n&#8217;avais pas comment\u00e9. J&#8217;avais ferm\u00e9 la porte, et j&#8217;avais dormi trois heures.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Le commissaire \u00e9tait un jeune homme en veste bleu marine, avec une pochette en plastique contre le ventre. Moreau m&#8217;avait pr\u00e9venu au t\u00e9l\u00e9phone, la veille : \u00ab Ne dites plus huissier, monsieur, on dit commissaire de justice maintenant. \u00bb Lui, il avait l&#8217;air de s&#8217;en moquer. Il avait d\u00e9j\u00e0 fait trois adresses depuis le matin.<\/p>\n<p>Il a lu \u00e0 voix haute, sur le perron, d&#8217;un ton de speaker de gare.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la requ\u00eate de la SCI propri\u00e9taire du bien situ\u00e9 chemin des Granges, je vous signifie la r\u00e9vocation de la convention d&#8217;occupation \u00e0 titre gratuit sign\u00e9e le 5. Un pr\u00e9avis de soixante jours court \u00e0 compter de ce jour. Je vous notifie \u00e9galement le retrait de tout mandat de vente, et que nulle vente ne peut intervenir sans la signature du g\u00e9rant. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Du g\u00e9rant \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur G\u00e9rard, ici pr\u00e9sent. \u00bb<\/p>\n<p>La porte d&#8217;entr\u00e9e s&#8217;est ouverte derri\u00e8re lui. Constance est sortie en peignoir de soie, les cheveux pas coiff\u00e9s, un t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. Elle a regard\u00e9 le commissaire, puis le papier, puis moi.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une signification, madame, a dit le jeune homme. Je vous en laisse une copie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une signification de quoi ? G\u00e9rard ! \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait chang\u00e9 de voix. Plus de gratin, plus d&#8217;employ\u00e9e de banque non plus. Une voix qui monte, qui cherche un plafond.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez AUCUN droit de nous mettre dehors, vous entendez ? Ce n&#8217;est pas vous, c&#8217;est S\u00e9bastien qui habite ici depuis quatorze ans ! Vous \u00eates un vieil homme qui perd la t\u00eate ! Je pr\u00e9viens le juge, je pr\u00e9viens l&#8217;avocat de mon cousin, je&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance \u00bb, a dit S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>Il ne l&#8217;avait pas dit fort. Il lisait toujours le papier, les deux mains dessus. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e au milieu d&#8217;un mot.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je l&#8217;entendais lui dire \u00e7a. Elle l&#8217;a regard\u00e9 comme on regarde une porte qui s&#8217;ouvre toute seule.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Alors je suis sorti de l&#8217;angle du garage. J&#8217;ai travers\u00e9 la pelouse. Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 trois m\u00e8tres des marches, pas plus pr\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00ab Le mandat de vente est retir\u00e9. J&#8217;ai les messages de l&#8217;agence. \u00c7a fait quinze pages. Tu peux les lire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous&#8230; vous avez \u00e9t\u00e9 chez Beaumont ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier. Il a sign\u00e9 le retrait. L&#8217;annonce est d\u00e9croch\u00e9e de la vitrine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les acheteurs. \u00bb Elle a eu un petit rire sec. \u00ab Vous ne savez m\u00eame pas qui c&#8217;est. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ton fr\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle n&#8217;a plus rien dit. Elle a serr\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone contre sa hanche.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a une autre copie, Constance. Celle du 17 septembre, avec la signature en noir. Elle est dans le classeur gris, chez Ma\u00eetre Moreau. Elle y reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle copie ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je d\u00e9pose pas plainte. Tant que vous vous tenez bien, tous les deux. C&#8217;est Moreau qui garde le papier. Pas moi. Moi, je veux plus y penser. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a regard\u00e9 S\u00e9bastien. Lui, il regardait les marches. Le commissaire, poli, avait trouv\u00e9 un point \u00e0 fixer sur la bo\u00eete aux lettres.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Soixante jours, ai-je dit. Vous avez le temps de chercher. Et pour la part de S\u00e9bastien, il y a la loi. Il touchera ce qui lui revient. Plus tard. En valeur, pas en cl\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Plus tard \u00bb, a murmur\u00e9 S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>\u00ab Quand je serai plus l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Il a relev\u00e9 la t\u00eate. Il a eu l&#8217;air de vouloir dire quelque chose. Puis le jeune homme a demand\u00e9 : \u00ab Madame, vous signez l&#8217;accus\u00e9 de r\u00e9ception ? \u00bb Et Constance est rentr\u00e9e en claquant la porte, sans signer.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a sign\u00e9 \u00e0 sa place. Sa main tenait presque.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 neuf heures vingt, j&#8217;\u00e9tais dans le studio avec une valise ouverte sur le lit.<\/p>\n<p>La valise marron, celle du dessus de l&#8217;armoire, qui sentait la naphtaline et Royan. Trois chemises. Deux pulls. Le rasoir, la brosse \u00e0 dents, le savon de Marseille. Mes chaussettes, en tas, parce que Chantal les roulait en boule et moi je ne savais pas.<\/p>\n<p>Puis les pantoufles. Je les ai prises sous le lit. Elles \u00e9taient plus l\u00e9g\u00e8res que dans mon souvenir. Le bout us\u00e9, le talon \u00e9cras\u00e9. Je les ai gliss\u00e9es entre les pulls, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti la bo\u00eete LU de l&#8217;\u00e9tag\u00e8re. Le carnet. Le bristol de la rue de la R\u00e9publique. Je les ai cal\u00e9s au fond.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il restait l&#8217;enveloppe kraft. Dans ma poche int\u00e9rieure depuis le 26. Je l&#8217;ai retourn\u00e9e. Sur le c\u00f4t\u00e9, au stylo bleu, la date. Le 29.<\/p>\n<p>Je ne l&#8217;avais pas ouverte parce que j&#8217;avais peur qu&#8217;elle soit mauvaise. Ou qu&#8217;elle soit bonne. Maintenant, c&#8217;\u00e9tait le jour.<\/p>\n<p>J&#8217;ai coup\u00e9 les quatre c\u00f4t\u00e9s scotch\u00e9s avec le couteau \u00e0 pain. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, une seule feuille \u00e0 petits carreaux, arrach\u00e9e au carnet, les bords en dents de scie. L&#8217;\u00e9criture de Chantal, plus grosse que d&#8217;habitude.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9rard,<\/p>\n<p>Si tu lis \u00e7a, c&#8217;est que tout est fait. Alors tu ne restes pas.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Nadine a r\u00e9serv\u00e9 pour toi. Sept nuits, dans un petit h\u00f4tel au bout de l&#8217;\u00eele de Noirmoutier. C&#8217;est pay\u00e9, \u00e0 mon nom, avec l&#8217;argent de l&#8217;appartement de maman. Pas avec le tien. Ne va pas rembourser.<\/p>\n<p>J&#8217;ai toujours voulu voir la mer en hiver. Je n&#8217;ai jamais pu. Il y avait toujours un No\u00ebl, un devis, une rentr\u00e9e.<\/p>\n<p>Tu iras pour deux.<\/p>\n<p>Prends mes pantoufles. Elles n&#8217;ont jamais rien vu. Et mets une \u00e9charpe, je te connais.<\/p>\n<p>Chantal \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu \u00e7a debout. Puis assis. Puis j&#8217;ai relu la ligne des pantoufles, et j&#8217;ai ri tout seul dans le garage, parce qu&#8217;elle avait devin\u00e9 que je les prendrais.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au fond de la bo\u00eete LU, sous le carnet, il y avait un ticket de caisse Leclerc pli\u00e9 en deux. Nadine y avait not\u00e9 l&#8217;adresse de l&#8217;h\u00f4tel. Je ne l&#8217;avais pas vu avant.<\/p>\n<p>J&#8217;ai referm\u00e9 la valise. J&#8217;ai pos\u00e9 la main dessus.<\/p>\n<p>On a frapp\u00e9 au chambranle de la porte rest\u00e9e ouverte. S\u00e9bastien \u00e9tait l\u00e0, le papier pli\u00e9 dans la main, les yeux rouges de la nuit.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. Les petits veulent te voir avant que tu&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. Il a regard\u00e9 la valise. Il n&#8217;a pas fini sa phrase, et je ne l&#8217;ai pas aid\u00e9.<\/p>\n<h2>Partie 14: La lettre pour Apolline et C\u00f4me<\/h2>\n<p>\u00c0 seize heures, la valise \u00e9tait dans le coffre de la Clio, et je n&#8217;\u00e9tais toujours pas parti.<\/p>\n<p>Constance \u00e9tait sortie \u00e0 dix heures, au volant du gros SUV, sans un regard. S\u00e9bastien m&#8217;avait dit qu&#8217;elle allait voir son fr\u00e8re. Je n&#8217;avais pas demand\u00e9 pourquoi, je savais.<\/p>\n<p>Il avait attendu que sa voiture ait tourn\u00e9 au bout du chemin. Puis il \u00e9tait remont\u00e9 chercher les petits.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ils sont entr\u00e9s par le portillon du fond, celui qui grince. Apolline devant, C\u00f4me derri\u00e8re, en baskets, la capuche sur la t\u00eate. S\u00e9bastien est rest\u00e9 au portail, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la grille, les mains dans les poches. Il n&#8217;est pas entr\u00e9. Je l&#8217;ai remarqu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Tu pars, papi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pars, C\u00f4me. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour longtemps ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sept nuits. Je vous enverrai une carte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une vraie ? Avec un timbre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec un timbre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a hoch\u00e9 la t\u00eate comme quelqu&#8217;un qui note une promesse sur un papier. Apolline, elle, regardait mes mains. Elle avait compris avant lui que j&#8217;avais quelque chose \u00e0 lui donner.<\/p>\n<p>Je les ai fait asseoir sur le lit, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, parce que la chaise n&#8217;en tenait qu&#8217;un. J&#8217;ai sorti de ma poche int\u00e9rieure la deuxi\u00e8me enveloppe, celle de Moreau. Elle me l&#8217;avait confi\u00e9e la veille, avec le contrat, pour que je la remette moi-m\u00eame. Dessus, deux fois soulign\u00e9s : \u00ab Pour Apolline et C\u00f4me \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est de mamie. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline n&#8217;a pas touch\u00e9 tout de suite. Elle a pass\u00e9 le doigt sur les deux traits bleus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai ouverte chez la notaire, ai-je dit. J&#8217;ai lu la premi\u00e8re ligne. Pas plus. Elle est pas \u00e0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as pas lue ? \u00bb a dit C\u00f4me.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame pas un petit peu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame pas. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline a d\u00e9coll\u00e9 le scotch. Elle a sorti la feuille, pli\u00e9e en trois. Elle l&#8217;a d\u00e9pli\u00e9e sur ses genoux.<\/p>\n<p>\u00ab Je lis \u00e0 voix haute ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si tu veux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a pris son souffle, avec le menton qui bougeait un peu. Puis elle a lu. Chantal parlait dans sa bouche, \u00e7a m&#8217;a presque fait lever la t\u00eate pour voir si elle \u00e9tait dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>\u00ab Mes ch\u00e9ris, ce que je vous laisse est \u00e0 vous seuls.<\/p>\n<p>Pas \u00e0 papa, pas \u00e0 maman. Pas \u00e0 papi non plus, m\u00eame s&#8217;il va essayer de le refuser. Il y a 38 000 \u20ac qui sont \u00e0 moi, et il y a un contrat que papi a rempli tous les mois sans le dire \u00e0 personne. \u00c7a va servir \u00e0 vos \u00e9tudes, \u00e0 votre premier appartement, \u00e0 ce que vous voudrez. Quand vous serez grands. Pas avant.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Si un adulte vous demande d&#8217;y toucher, m\u00eame gentiment, m\u00eame avec des larmes, vous r\u00e9pondez : &#8220;Voyez Ma\u00eetre Moreau.&#8221; Je sais que vos parents vous aiment. Je sais aussi que l&#8217;argent peut rendre b\u00eate les gens qu&#8217;on aime.<\/p>\n<p>Papi donne toujours tout, si on lui demande bien. Vous allez veiller sur lui. Mais vous ne lui laisserez pas porter vos vies \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>Et une derni\u00e8re chose, chacun pour soi : vis un peu pour toi. Pas pour qu&#8217;on soit fier de toi. Pas pour rembourser quelqu&#8217;un. Pour toi. Je l&#8217;ai appris trop tard.<\/p>\n<p>Votre mamie. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pli\u00e9 la feuille. Elle s&#8217;est essuy\u00e9 la joue avec le poignet. C\u00f4me regardait ses baskets.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab \u00c7a veut dire quoi, &#8220;vis un peu pour toi&#8221; ? \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est Apolline qui a r\u00e9pondu, d&#8217;une toute petite voix.<\/p>\n<p>\u00ab Que si maman et papa te demandent un truc qui te fait mal, t&#8217;as le droit de dire non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et aussi ? \u00bb a demand\u00e9 C\u00f4me.<\/p>\n<p>Ils m&#8217;ont regard\u00e9 tous les deux. J&#8217;ai pris le temps. Je regardais la toile cir\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Elle me l&#8217;a dit \u00e0 moi aussi, ai-je dit. Un soir, \u00e0 l&#8217;unit\u00e9. Que j&#8217;avais pass\u00e9 ma vie \u00e0 payer pour qu&#8217;on m&#8217;aime, et que \u00e7a marchait pas. Que je devais aller quelque part. Manger une chose que j&#8217;aime. Pas pour quelqu&#8217;un. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour \u00e7a que tu pars ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour \u00e7a, oui. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline a sorti de sa poche un Kinder Bueno un peu \u00e9cras\u00e9. Elle me l&#8217;a mis dans la main sans rien dire. Puis elle a ajout\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab Pour la route. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le fonds, ai-je dit. Vous devez savoir. Ma\u00eetre Moreau l&#8217;a verrouill\u00e9. M\u00eame moi je peux plus y toucher. Ni votre p\u00e8re, ni votre m\u00e8re. C&#8217;est \u00e0 vous, il y a vos noms dessus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame si maman demande ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame si elle demande tr\u00e8s gentiment. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>C\u00f4me a souri pour la premi\u00e8re fois depuis le cimeti\u00e8re. Un sourire de travers, auquel il manquait une dent.<\/p>\n<p>Je suis sorti avec eux jusqu&#8217;au portail. Je les ai laiss\u00e9s passer. S\u00e9bastien tenait la grille d&#8217;une main. Les petits se sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, sans le toucher.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les petits ont la lettre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai entendu. La porte \u00e9tait ouverte. Tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors t&#8217;as entendu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai lu ton papier aussi. Soixante jours. Moreau m&#8217;a appel\u00e9 ce matin pour ma part. Plus tard, en valeur. J&#8217;ai rien demand\u00e9, papa. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est la loi. C&#8217;est pas moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb Il a regard\u00e9 la Clio, le coffre. \u00ab Je peux t&#8217;appeler ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas ce soir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand tu auras quelque chose \u00e0 dire que c&#8217;est toi qui le dis. Pas elle. \u00bb<\/p>\n<p>Il a mis un moment. Il a serr\u00e9 la grille.<\/p>\n<p>\u00ab D&#8217;accord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les soixante jours, je te mets pas dehors avant. Mais cherche. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je cherche d\u00e9j\u00e0. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis approch\u00e9 de lui. Je l&#8217;ai pris dans mes bras, une seconde, pas plus. Il a sursaut\u00e9. Il sentait la lessive et la sueur froide. J&#8217;ai senti sa t\u00eate appuyer sur mon \u00e9paule, lourde, comme \u00e0 neuf ans sous la banquette.<\/p>\n<p>Puis je l&#8217;ai l\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n<p>Apolline a lev\u00e9 la main, C\u00f4me aussi. S\u00e9bastien a pass\u00e9 le bras sur leurs \u00e9paules. Ils sont repartis le long du mur, vers la maison, tous les trois, en tenant la distance.<\/p>\n<p>Je suis all\u00e9 au coffre de la Clio. J&#8217;ai pos\u00e9 la main sur la valise, comme au matin. Dans mon dos, il y a eu un bruit de moteur, un seul, qui coupait court.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis retourn\u00e9.<\/p>\n<p>Constance remontait le chemin des Granges, \u00e0 pied, le SUV gar\u00e9 de travers au bout. Elle avan\u00e7ait droit sur moi, un t\u00e9l\u00e9phone lev\u00e9 devant elle \u00e0 hauteur d&#8217;\u00e9paule, pour me filmer.<\/p>\n<h2>Partie 15: Les pantoufles de Chantal \u00e0 Noirmoutier<\/h2>\n<p>En f\u00e9vrier 1992, on devait aller \u00e0 Noirmoutier. Chantal avait pos\u00e9 ses cong\u00e9s, j&#8217;avais \u00e9chang\u00e9 mes services au d\u00e9p\u00f4t, on avait vers\u00e9 des arrhes.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien a eu une angine la veille du d\u00e9part. On a rendu la r\u00e9servation. Les arrhes, on ne les a jamais revues. Chantal a dit : \u00ab On ira l&#8217;an prochain. \u00bb Elle l&#8217;a redit tous les ans pendant trente-trois ans.<\/p>\n<p>Le 29 octobre, \u00e0 dix-sept heures quarante, c&#8217;\u00e9tait Constance qui me filmait, au bout du chemin des Granges.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Dites-le devant la cam\u00e9ra, G\u00e9rard. Dites que vous abandonnez votre fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pars sept nuits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous croyez que c&#8217;est fini ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est soixante jours. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a avanc\u00e9 d&#8217;un pas, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la hauteur de mon visage. Derri\u00e8re elle, au loin, j&#8217;ai vu bouger un rideau, au premier. Je n&#8217;ai pas su si c&#8217;\u00e9tait Apolline.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert la porti\u00e8re de la Clio. Je me suis assis. J&#8217;ai tourn\u00e9 la cl\u00e9, elle a d\u00e9marr\u00e9 au deuxi\u00e8me coup, comme toujours. Quand j&#8217;ai pass\u00e9 le portail, dans le r\u00e9troviseur, Constance avait baiss\u00e9 le bras. Elle ne filmait plus personne.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je ne me suis pas retourn\u00e9.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, il y a eu Ch\u00e2teauroux, un plein \u00e0 71 \u20ac, et un sandwich au jambon mang\u00e9 sur le capot, en regardant les camions. Poitiers \u00e0 vingt et une heures. Puis la nuit, tout droit, avec les phares de la Clio qui \u00e9clairaient un tiers de la route et le reste en pointill\u00e9.<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait pos\u00e9 sur le si\u00e8ge passager, face contre la housse. Il vibrait toutes les trois ou quatre minutes. Au d\u00e9but, je comptais. \u00c0 Niort, j&#8217;ai arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai \u00e9teint \u00e0 une station. Il s&#8217;est rallum\u00e9 tout seul en vibrant, parce que j&#8217;avais mal appuy\u00e9. Je l&#8217;ai remis en place.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Apr\u00e8s Challans, il n&#8217;y avait plus que des champs plats et des panneaux. L&#8217;air a chang\u00e9. Je baissais la vitre de deux doigts, et \u00e7a sentait le sel et la vase, une odeur de fond de port.<\/p>\n<p>J&#8217;ai gar\u00e9 la Clio dans un renfoncement avant le pont, vers minuit moins deux. Il n&#8217;y avait personne. Une barri\u00e8re, un lampadaire, un panneau bleu avec le nom de l&#8217;\u00eele.<\/p>\n<p>Je suis descendu. J&#8217;ai mis l&#8217;\u00e9charpe, celle que j&#8217;avais prise parce qu&#8217;elle me l&#8217;avait \u00e9crit.<\/p>\n<p>Le vent m&#8217;a pris le visage. Il y avait un bruit, en dessous, r\u00e9gulier, qui n&#8217;\u00e9tait pas la route. Je ne voyais rien d&#8217;abord. Puis, sous le lampadaire, une bande noire plus mouill\u00e9e que le ciel, qui bougeait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je suis rest\u00e9 l\u00e0, les mains dans les poches de la veste du dimanche. Longtemps.<\/p>\n<p>\u00c0 minuit pile, le t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 dans ma poche, une derni\u00e8re fois. Je l&#8217;ai sorti. L&#8217;\u00e9cran \u00e9tait \u00e9clair\u00e9 comme un aquarium.<\/p>\n<p>Cent quarante appels en absence. J&#8217;ai compt\u00e9 deux fois, avec le doigt. Cent quarante.<\/p>\n<p>Constance, surtout. Du chemin des Granges, puis d&#8217;un num\u00e9ro que je ne connaissais pas : le fr\u00e8re, sans doute. Quelques-uns de Beaumont, t\u00f4t. Et trois de S\u00e9bastien, \u00e0 vingt-deux heures, \u00e0 vingt-trois heures dix, \u00e0 vingt-trois heures quarante, qu&#8217;il avait laiss\u00e9s sonner sept fois chacun, pas plus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai r\u00e9pondu \u00e0 aucun.<\/p>\n<p>Un message est arriv\u00e9 pendant que je regardais. Une ligne, de Moreau :<\/p>\n<p>\u00ab La visite du 30 est annul\u00e9e. Les acheteurs sont pr\u00e9venus. Bonne route, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai lu une fois. J&#8217;ai pens\u00e9 aux roses. \u00c0 dix heures demain, personne n&#8217;allait marcher dessus.<\/p>\n<p>J&#8217;ai mis le t\u00e9l\u00e9phone dans la bo\u00eete \u00e0 gants, sur le carnet d&#8217;entretien de la Clio, et j&#8217;ai claqu\u00e9 le petit clapet.<\/p>\n<p>Le pont m&#8217;a pris vingt secondes. Au-dessous, rien, une eau qu&#8217;on ne voyait pas, mais qui avait un bruit.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L&#8217;h\u00f4tel \u00e9tait au bout de l&#8217;\u00eele. Trois \u00e9tages, des volets bleus, un n\u00e9on \u00e9teint. Une lumi\u00e8re \u00e0 la r\u00e9ception, un homme d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann\u00e9es en pull qui lisait un journal sportif.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9, j&#8217;arrive tard. J&#8217;ai une r\u00e9servation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au nom de ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>Il a cherch\u00e9 sur son cahier, du bout du stylo. Il a trouv\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Sept nuits. Pay\u00e9es. Et Madame, elle suit ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9 une seconde. Il n&#8217;a pas insist\u00e9. Il a pris une cl\u00e9 en laiton, avec un porte-cl\u00e9 en bois, et il a dit : \u00ab Chambre onze, au deuxi\u00e8me. Vue sur la mer, mais vous verrez \u00e7a demain. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mont\u00e9 l&#8217;escalier avec la valise. J&#8217;ai fait les marches une \u00e0 une, la main sur la rampe. Il n&#8217;y avait pas d&#8217;ascenseur, et \u00e7a m&#8217;a presque fait plaisir.<\/p>\n<p>La chambre sentait le propre et la peinture. Un lit \u00e0 deux places, que j&#8217;ai regard\u00e9 longtemps. Une table de nuit. Un radiateur chaud. Un vrai.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 la valise. J&#8217;ai sorti les pantoufles. J&#8217;ai pos\u00e9 la main \u00e0 plat sur le drap, du c\u00f4t\u00e9 gauche, qui \u00e9tait le sien.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis couch\u00e9 tout habill\u00e9. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 sept heures dix, dans une lumi\u00e8re grise, avec un bruit de vagues qui entrait par les murs.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert les rideaux.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait l\u00e0. La mer. Pas bleue, pas belle, pas comme sur les cartes. Grise, \u00e9tal\u00e9e, avec des cr\u00eates blanches tr\u00e8s loin, et un ciel de la m\u00eame couleur. Un vieux bateau jaune sur le sable. Un homme avec un chien, tout petit.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0, ai-je dit \u00e0 voix haute. Voil\u00e0, Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a eu que le vent contre la vitre. Je n&#8217;ai pas pleur\u00e9. Je me suis habill\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Dehors, \u00e0 cent m\u00e8tres, il y avait une boulangerie ouverte, avec de la bu\u00e9e sur la vitrine. J&#8217;y suis all\u00e9 en \u00e9charpe, les mains dans les poches. La femme m&#8217;a rendu la monnaie sur une baguette \u00e0 1,20 \u20ac. Encore ti\u00e8de, dans un papier.<\/p>\n<p>Je ne savais plus que \u00e7a pouvait \u00eatre chaud, le matin. \u00c0 la maison, depuis des mois, c&#8217;\u00e9tait toujours du pain de la veille.<\/p>\n<p>Je suis remont\u00e9 dans la chambre. J&#8217;ai pris les pantoufles de Chantal dans la valise et je les ai pos\u00e9es sur le rebord de la fen\u00eatre, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, le bout us\u00e9 tourn\u00e9 vers le large.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait dix heures moins cinq. Personne ne se garait chemin des Granges.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai cass\u00e9 le cro\u00fbton, et j&#8217;ai mang\u00e9 debout, devant la vitre, avec les miettes sur ma veste du dimanche.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partie 1: Le dernier mardi de Chantal Le dernier mardi o\u00f9 Chantal a eu la t\u00eate claire, elle m&#8217;a mis dehors. \u00ab Rentre dormir, G\u00e9rard. 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