{"id":11467,"date":"2026-10-30T10:32:26","date_gmt":"2026-10-30T10:32:26","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11467"},"modified":"2026-10-30T10:32:26","modified_gmt":"2026-10-30T10:32:26","slug":"ma-fille-voulait-menvoyer-en-ehpad-pour-semparer-de-ma-maison-et-de-mes-114-million-deuros-mais-mon-mari-avait-cache-neuf-cassettes-avant-de-mourir-en-ecoutant-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11467","title":{"rendered":"Ma fille voulait m\u2019envoyer en ehpad pour s\u2019emparer de ma maison et de mes 1,14 million d\u2019euros\u2026 mais mon mari avait cach\u00e9 neuf cassettes avant de mourir. En \u00e9coutant la derni\u00e8re, j\u2019ai d\u00e9couvert un secret qui allait bouleverser toute ma famille !"},"content":{"rendered":"<h3><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-11468\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation-300x169.png\" alt=\"\" width=\"962\" height=\"542\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/The-Cassette-Evidence-Confrontation.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 962px) 100vw, 962px\" \/><\/h3>\n<h3 class=\"article-hero__title\">Papa a \u00e9t\u00e9 TR\u00c8S clair, maman. Tu as assez v\u00e9cu dans le confort.<\/h3>\n<p>Le cadenas a fait un clic sec. J&#8217;ai tir\u00e9 sur la cl\u00e9. Elle est rest\u00e9e coinc\u00e9e une seconde, puis elle est venue.<\/p>\n<p>\u00ab Je soul\u00e8ve ? \u00bb a demand\u00e9 Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00c9clairez, c&#8217;est tout. \u00bb<\/p>\n<p>Le couvercle \u00e9tait lourd. Mes doigts d&#8217;arthrose ont gliss\u00e9 deux fois sur le rebord avant de trouver la prise. Micka\u00ebl tenait la lampe de son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 deux mains, au-dessus de mon \u00e9paule, et le rond de lumi\u00e8re tremblait sur la t\u00f4le. \u00c7a sentait la terre s\u00e8che et le m\u00e9tal froid.<\/p>\n<p>Dedans, tout \u00e9tait rang\u00e9. Bertrand n&#8217;a jamais rang\u00e9 un tiroir de sa vie, et l\u00e0, rien ne d\u00e9passait.<\/p>\n<p>\u00c0 gauche, un petit appareil noir, de la taille d&#8217;un paquet de cigarettes, avec un bout de scotch marron sur le c\u00f4t\u00e9. Un dictaphone \u00e0 micro-cassettes. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, une bo\u00eete transparente, et dans la bo\u00eete, des cassettes \u00e0 peine plus grandes qu&#8217;une bo\u00eete d&#8217;allumettes. Chacune portait un chiffre au feutre noir, de 1 \u00e0 9. Je les ai compt\u00e9es deux fois.<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a sorti la bo\u00eete pour la poser sur le couvercle. Les cassettes ont cliquet\u00e9 les unes contre les autres, un petit bruit de d\u00e9s. Aucune \u00e9tiquette, rien que le chiffre. Le 9 \u00e9tait entour\u00e9, et le feutre avait appuy\u00e9 fort, comme si Bertrand avait voulu qu&#8217;on ne puisse pas se tromper.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 la cl\u00e9 dans ma main. Elle \u00e9tait ti\u00e8de. Elle avait pass\u00e9 trois semaines contre ma cuisse, dans la poche de mon gilet, et je ne l&#8217;avais pas l\u00e2ch\u00e9e une seule fois, m\u00eame pour dormir.<\/p>\n<p>Au fond, un carnet \u00e0 couverture cartonn\u00e9e, ferm\u00e9 par un \u00e9lastique. Je l&#8217;ai ouvert \u00e0 la premi\u00e8re page.<\/p>\n<p>Des colonnes tir\u00e9es \u00e0 la r\u00e8gle. Des dates. Des montants. Des 7 barr\u00e9s, comme Bertrand les barrait depuis toujours.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi ? \u00bb a demand\u00e9 Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Des comptes. De son \u00e9criture. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas lu plus loin. Pas \u00e0 la lampe, pas avec mes yeux de ce soir. J&#8217;ai referm\u00e9 le carnet et je l&#8217;ai gliss\u00e9 sous mon pull, contre mon ventre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Sous la bo\u00eete, coll\u00e9 au fond, il y avait un sachet \u00e0 fermeture zip. Quelqu&#8217;un avait \u00e9crit dessus au marqueur : piles neuves. Quatre piles, encore sous plastique. Et un papier pli\u00e9 en deux, du m\u00eame papier quadrill\u00e9 que la lettre.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9 dans la lumi\u00e8re. L&#8217;encre venait d&#8217;un stylo que je connaissais. Celui du carton, celui que Constance m&#8217;avait tendu avec les lunettes.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute dans l&#8217;ordre. Pas la 9 avant d&#8217;avoir compris. \u00bb<\/p>\n<p>Pas de signature. Il n&#8217;en avait pas besoin.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai relue trois fois. Bertrand \u00e9crivait comme il parlait \u00e0 l&#8217;atelier, en ordres courts, sans politesse. Chez lui, un point voulait dire que la discussion \u00e9tait close.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Compris quoi ? \u00bb a dit Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;en sais rien. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait vrai. Mon mari avait pr\u00e9par\u00e9 tout \u00e7a pendant des mois, avec des piles neuves. Pendant ce temps, moi, je lui montais ses tisanes.<\/p>\n<p>\u00ab Madame ? \u00bb a cri\u00e9 Sandrine, du haut de l&#8217;\u00e9chelle. \u00ab Tout va bien, en bas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On remonte. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a pass\u00e9 la main sur la caisse.<\/p>\n<p>\u00ab On la laisse pas l\u00e0. Si elle vient demain \u00e0 10 h, elle descend voir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors on la monte. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Sandrine attendait au bord de la trappe avec un Tupperware vide, celui o\u00f9 elle rangeait les restes de soupe. J&#8217;y ai mis le dictaphone, la bo\u00eete, le sachet. Micka\u00ebl a referm\u00e9 le cadenas sur la caisse vide, par habitude, et on l&#8217;a hiss\u00e9e \u00e0 deux, lui en bas, elle en haut.<\/p>\n<p>La cabane sentait le po\u00eale froid et la soupe. L&#8217;enveloppe kraft \u00e9tait toujours ouverte sur la toile cir\u00e9e, avec les trois pages de la lettre dessus. Le radiateur d&#8217;appoint, celui que j&#8217;avais laiss\u00e9 \u00e0 Micka\u00ebl et Sandrine, claquait toutes les dix minutes comme s&#8217;il toussait. Manon \u00e9tait assise sur le banc, les genoux sous le menton.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un tr\u00e9sor ? \u00bb elle a demand\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas, ma puce. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle montrait une cassette entre mes doigts.<\/p>\n<p>\u00ab Une cassette. Pour \u00e9couter. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a existe encore ? \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a ri, un seul souffle par le nez. Il a sorti deux piles du plastique et il les a gliss\u00e9es dans le dictaphone avec l&#8217;ongle.<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez pas attendre demain, madame ? \u00bb a dit Sandrine. \u00ab Il est tard. \u00bb<\/p>\n<p>20 h 52 sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Une lettre de trois pages, un plan, un cadenas ouvert. Je n&#8217;allais pas dormir de toute fa\u00e7on.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il a \u00e9crit dans l&#8217;ordre. On commence ce soir. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris la cassette 1. Elle tenait dans le creux de ma main. Elle est entr\u00e9e dans l&#8217;appareil avec un petit clac.<\/p>\n<p>Mon pouce n&#8217;arrivait pas \u00e0 enfoncer la touche. Micka\u00ebl a tendu le bras. J&#8217;ai \u00e9cart\u00e9 sa main, j&#8217;ai appuy\u00e9 deux fois, jusqu&#8217;au d\u00e9clic.<\/p>\n<p>Un souffle. Un raclement de chaise. Une toux.<\/p>\n<p>Puis une voix de femme, tout pr\u00e8s du micro, s\u00e8che, que j&#8217;aurais reconnue dans le noir.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, tu signes, ou on appelle le docteur Garcia pour l&#8217;autre certificat. \u00bb<\/p>\n<p>Sur la bande, Bertrand respirait comme un homme de cinquante ans.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai entendu avant d&#8217;entendre les mots. Pas de sifflement, pas de pause entre deux phrases pour aller chercher l&#8217;air. Les derni\u00e8res semaines, \u00e0 la maison, je devais me pencher au-dessus de son oreiller pour comprendre ce qu&#8217;il disait.<\/p>\n<p>\u00ab Quel autre certificat ? \u00bb a demand\u00e9 la voix de Bertrand.<\/p>\n<p>\u00ab Celui qui dit que tu n&#8217;as plus ta t\u00eate, papa. \u00bb<\/p>\n<p>Constance parlait lentement, comme \u00e0 un enfant.<\/p>\n<p>\u00ab Le docteur Garcia le signe en dix minutes. Tutelle pour toi. Et maman, on la met dans un EHPAD \u00e0 Vierzon. J&#8217;ai appel\u00e9, il y a une place. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance, quand m\u00eame \u00bb, a fait Thibault, tr\u00e8s bas, loin du micro.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi, quand m\u00eame ? Il faut qu&#8217;il comprenne ce qu&#8217;on lui propose. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence de trois ou quatre secondes. J&#8217;ai compt\u00e9 sur mes doigts, sans m&#8217;en rendre compte, comme je comptais les factures.<\/p>\n<p>\u00ab Je signerai \u00bb, a dit Bertrand.<\/p>\n<p>Sa voix \u00e9tait calme. Aussi calme que s&#8217;il avait dit \u00ab je prendrai le pain \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Tu signes quoi, exactement ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que vous voulez. La donation. Vous n&#8217;aurez pas besoin de votre docteur. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Micka\u00ebl s&#8217;est pench\u00e9 au-dessus de la table.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a dit un EHPAD ? Pour vous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Je grattais du pouce un coin de la toile cir\u00e9e qui se d\u00e9collait. J&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 quand j&#8217;ai vu que j&#8217;avais fait un trou.<\/p>\n<p>Sandrine a sorti son bras de derri\u00e8re le dos de Manon. La petite avait mang\u00e9 sa tartine, coup\u00e9e en minuscules morceaux, puis elle s&#8217;\u00e9tait laiss\u00e9e glisser sur le banc, la t\u00eate contre la hanche de sa m\u00e8re. Elle dormait la bouche ouverte. Sandrine a tir\u00e9 sa veste sur elle sans un bruit.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Sur la bande, le clic de la fin. J&#8217;ai retourn\u00e9 la cassette 1 dans mes doigts. Au dos, au crayon, une date : trois mois avant la mort de Bertrand. La m\u00eame que sur la lettre.<\/p>\n<p>\u00ab Dans l&#8217;ordre \u00bb, a dit Sandrine.<\/p>\n<p>\u00ab Dans l&#8217;ordre. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mis la 2. La cassette a grinc\u00e9 en entrant. Le radiateur a claqu\u00e9 au m\u00eame moment, j&#8217;ai sursaut\u00e9, et Micka\u00ebl m&#8217;a regard\u00e9e sans rien dire.<\/p>\n<p>Cette fois, il y avait du bruit de vaisselle au fond, un robinet qui coulait. Une cuill\u00e8re contre un bol. Les deux enfants parlaient \u00e0 voix basse, tout pr\u00e8s de Bertrand. Il devait avoir l&#8217;appareil dans la poche de son gilet.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle ne doit rien savoir, papa \u00bb, a dit Thibault. \u00ab Pour son bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour son bien \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Bertrand.<\/p>\n<p>\u00ab Maman, elle croit tout ce qu&#8217;on lui dit. Elle signera derri\u00e8re toi sans lire. Elle a jamais lu les papiers, elle. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait faux. J&#8217;ai tenu les comptes de l&#8217;entreprise pendant des ann\u00e9es. Mais c&#8217;est vrai que je n&#8217;avais pas lu cette page-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab Et si elle lit ? \u00bb a demand\u00e9 Bertrand.<\/p>\n<p>\u00ab Elle lira pas \u00bb, a dit Constance. \u00ab Elle aura mal aux mains. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a ri. Je connais ce rire. Je l&#8217;ai entendu \u00e0 Versailles, quand elle m&#8217;a serr\u00e9 la main.<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a pos\u00e9 sa paume \u00e0 plat sur la table, tr\u00e8s doucement, comme on retient une casserole qui bout.<\/p>\n<p>La 3 \u00e9tait la plus courte. Un dimanche encore, le m\u00eame salon, le m\u00eame fauteuil. Les enfants repartaient, on entendait les chaises, les manteaux.<\/p>\n<p>Et puis, venant de plus loin, de la cuisine, une voix de femme.<\/p>\n<p>\u00ab Vous restez d\u00e9jeuner ? J&#8217;ai fait un r\u00f4ti ! \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mis un moment \u00e0 reconna\u00eetre ma propre voix. Elle sonnait gaie.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Non, maman, on a un truc \u00bb, a r\u00e9pondu Constance. \u00ab Une autre fois. \u00bb<\/p>\n<p>Et la porte. Et Bertrand qui disait, seul, tout bas, \u00e0 personne, \u00e0 l&#8217;appareil :<\/p>\n<p>\u00ab Je signerai. Laissez-la tranquille. \u00bb<\/p>\n<p>La cassette s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e. Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. J&#8217;ai eu honte de l&#8217;avoir cru faible, pendant des mois.<\/p>\n<p>\u00ab Madame \u00bb, a dit Micka\u00ebl. \u00ab \u00c7a va ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il tenait debout. Il tenait debout, et il me laissait croire qu&#8217;il tombait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il vous prot\u00e9geait. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a laiss\u00e9e signer. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9, comme dans la lettre. \u00c7a ne sonnait toujours pas mieux, mais \u00e7a sonnait autrement.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e pour mettre une b\u00fbche dans le po\u00eale, parce qu&#8217;il fallait bien faire quelque chose de mes mains. Elles sentaient le vieux plastique du dictaphone. Dans le noir de la vitre, j&#8217;ai vu mon reflet, une vieille femme en gilet, et derri\u00e8re elle une table avec une lampe et un enfant qui dormait.<\/p>\n<p>Sandrine regardait le dictaphone.<\/p>\n<p>\u00ab On passe \u00e0 la 4 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas ce soir. J&#8217;ai les yeux qui&#8230; \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas fini ma phrase. Il y a eu un bruit de moteur dans la cour.<\/p>\n<p>Pas le bruit d&#8217;une voiture qui passe. Le bruit d&#8217;une voiture qui ralentit, qui tourne, qui s&#8217;arr\u00eate. Des phares ont balay\u00e9 la fen\u00eatre, le mur, la toile cir\u00e9e, mes mains. 21 h 40 \u00e0 mon t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Micka\u00ebl s&#8217;est lev\u00e9 d&#8217;un coup. Sandrine a pris Manon contre elle.<\/p>\n<p>\u00ab Je la connais pas, cette voiture \u00bb, a souffl\u00e9 Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Moi si. \u00bb<\/p>\n<p>Une porti\u00e8re. Des talons sur les graviers, vite, s\u00fbrs d&#8217;eux. Puis un poing sur le bois de la porte, trois fois, \u00e0 plat, comme chez soi.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Maman, j&#8217;ai vu de la lumi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Vingt mille euros. C&#8217;est ce que ma fille a pos\u00e9 sur la toile cir\u00e9e \u00e0 21 h 52, pour une cabane qui en vaut quinze mille.<\/p>\n<p>Elle les a repris avant de partir. Mais je dois raconter dans l&#8217;ordre, comme Bertrand.<\/p>\n<p>Entre le poing sur la porte et le verrou, il y a eu quarante secondes. Micka\u00ebl a fait glisser la caisse sous la couchette de Manon, le Tupperware dedans, et il a rabattu la couverture jusqu&#8217;au sol. Sandrine a couch\u00e9 Manon par-dessus, tout habill\u00e9e. J&#8217;ai pli\u00e9 la lettre de Bertrand en quatre dans la poche de mon manteau, le carnet toujours sous mon pull.<br \/>\n\u00ab Maman ! \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tir\u00e9 le verrou.<\/p>\n<p>Constance est entr\u00e9e avec son manteau beige et son sac sous le bras. Elle a regard\u00e9 la cabane comme on regarde un garage dont on vient d&#8217;h\u00e9riter. Dehors, derri\u00e8re elle, j&#8217;ai vu la voiture, les phares \u00e9teints, et Thibault au volant. Il n&#8217;est pas descendu.<\/p>\n<p>\u00ab Tu m&#8217;avais dit demain \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;\u00e9tais pas loin. \u00c7a sent le renferm\u00e9, ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la soupe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu vis l\u00e0-dedans, toi. \u00bb Elle a fait le tour de la table. \u00ab Je suis venue te faire une proposition, maman. Vingt mille euros. Cash. Pour la cabane. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a sorti une enveloppe de son sac et l&#8217;a pos\u00e9e devant moi. Elle \u00e9tait bomb\u00e9e. Je n&#8217;ai pas touch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Elle en vaut quinze, au mieux \u00bb, a dit Constance. \u00ab Je t&#8217;en donne cinq de plus. Tu prends une chambre \u00e0 Bourges, tu souffles un peu. Papa aurait voulu \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle n&#8217;est plus \u00e0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai donn\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl s&#8217;est avanc\u00e9 d&#8217;un pas. Sa voix \u00e9tait polie, mais plus basse que d&#8217;habitude.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, elle nous l&#8217;a pr\u00eat\u00e9e. On a dit qu&#8217;on repartirait. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous avez un papier ? Un bail ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donc vous \u00eates des squatters. \u00bb Constance s&#8217;est tourn\u00e9e vers moi. \u00ab Tu t&#8217;en rends compte, maman ? Tu as donn\u00e9 ta maison \u00e0 des squatters. Tu sais comment un juge appelle \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-le. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une personne qui ne sait plus ce qu&#8217;elle fait. Il y a une proc\u00e9dure pour \u00e7a. Une demande de protection. Le docteur Garcia a d\u00e9j\u00e0 vu papa, il peut tr\u00e8s bien te voir, toi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle avait dit ce nom comme un nom de plombier. Moi, je venais de l&#8217;entendre sur la bande, une heure plus t\u00f4t, sur la bande, dans la m\u00eame voix. J&#8217;ai serr\u00e9 mes mains l&#8217;une contre l&#8217;autre pour qu&#8217;elle ne les voie pas trembler.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re la couverture, quelqu&#8217;un a boug\u00e9. Manon s&#8217;est redress\u00e9e \u00e0 demi.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai envie de faire pipi. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a regard\u00e9 la petite, puis la couchette, une seconde de trop. Sandrine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 debout.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;emm\u00e8ne dehors, madame. Elle en a pour deux minutes. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elles sont sorties avec la lampe torche. Par la fen\u00eatre, j&#8217;ai vu le rond de lumi\u00e8re traverser la cour, passer devant la voiture, aller derri\u00e8re la cabane. Trois minutes plus tard, il est revenu.<\/p>\n<p>Constance n&#8217;avait rien vu. Elle tapotait la table de ses ongles, un doigt apr\u00e8s l&#8217;autre, comme chez le notaire.<\/p>\n<p>\u00ab Je veux deux choses \u00bb, a-t-elle dit. \u00ab Les cl\u00e9s de la cabane. Et le carton de papa. Celui que je t&#8217;ai donn\u00e9 \u00e0 Versailles. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait ses lunettes. Son stylo. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait aussi des papiers de l&#8217;entreprise, par erreur. Je les veux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le carton est dans la Clio. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors va le chercher. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Sandrine, sur le seuil, a serr\u00e9 les cl\u00e9s de la cabane dans son poing, sans les sortir de sa poche. Constance a vu le geste. Elle a eu un petit sourire.<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s bien. R\u00e9fl\u00e9chis, maman. Je ne reviens pas demain. J&#8217;ai vu ce que je voulais voir. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a repris son enveloppe. Elle a regard\u00e9 une derni\u00e8re fois mes mains, mon pull, la couchette. Puis elle a dit, doucement :<\/p>\n<p>\u00ab Tu as l&#8217;air fatigu\u00e9e. Tu devrais te reposer. Vraiment. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La porte s&#8217;est referm\u00e9e. Les talons sur les graviers. La porti\u00e8re. J&#8217;ai vu Thibault tourner la t\u00eate vers la cabane avant que les phares s&#8217;allument, une seconde, pas plus.<\/p>\n<p>La voiture est partie. Le bruit s&#8217;est \u00e9teint dans les arbres.<\/p>\n<p>J&#8217;ai tir\u00e9 le verrou. Micka\u00ebl a relev\u00e9 la couverture pour v\u00e9rifier la caisse. Elle \u00e9tait l\u00e0, grise, au fond, avec le Tupperware.<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a parl\u00e9. Le radiateur a claqu\u00e9 une fois, puis plus rien.<\/p>\n<p>Manon est descendue de la couchette en chaussettes. Elle avait la main droite ferm\u00e9e depuis tout \u00e0 l&#8217;heure. Elle est venue jusqu&#8217;\u00e0 moi et elle l&#8217;a ouverte.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le monsieur qui pleurait un peu, dans la voiture. Il a baiss\u00e9 sa vitre quand on est pass\u00e9es. Il a dit que c&#8217;\u00e9tait pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un papier ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a dit de pas le montrer \u00e0 la dame. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait pli\u00e9 en huit, ti\u00e8de, un peu humide d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 serr\u00e9. Je l&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9 sous la lampe. J&#8217;ai reconnu les T de mon fils, les barres trop longues, qu&#8217;il faisait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 neuf ans sur ses cahiers.<\/p>\n<p>\u00ab Mercredi 14 h. Gare de Vierzon. Viens seule. T. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un million cent quarante mille euros. En quatre ans. \u00bb<\/p>\n<p>G\u00e9rard Petit a pos\u00e9 son doigt en bas de la derni\u00e8re colonne du carnet, et il ne l&#8217;a plus boug\u00e9.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 8 h 20, ce lundi. Les bols de caf\u00e9 de Sandrine refroidissaient sur la toile cir\u00e9e. Micka\u00ebl \u00e9tait parti \u00e0 pied \u00e0 Vierzon, voir une agence d&#8217;int\u00e9rim, avec deux tartines dans la poche. Manon dessinait sous la table.<\/p>\n<p>Je ne l&#8217;avais pas vu arriver. J&#8217;avais dormi dans la Clio, gar\u00e9e contre le mur de la cabane, mon manteau sur les genoux et la petite cl\u00e9 de laiton serr\u00e9e dans le poing. \u00c0 7 h 45, quelqu&#8217;un avait tap\u00e9 \u00e0 la vitre.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval ? G\u00e9rard Petit. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai baiss\u00e9 la vitre. Un homme d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann\u00e9es, une veste de chantier trop fine pour la saison, des lunettes qu&#8217;il tenait par une branche.<\/p>\n<p>\u00ab Je m&#8217;occupais des comptes de l&#8217;entreprise. Au bureau de Vierzon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je me souviens de vous. Aux v\u0153ux de janvier, vous apportiez toujours des cl\u00e9mentines. \u00bb<\/p>\n<p>Il a souri, mais pas longtemps.<\/p>\n<p>\u00ab Je passe chaque lundi aux Vernes depuis l&#8217;enterrement. Je regarde si votre Clio est l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Parce que Bertrand m&#8217;a dit : si Genevi\u00e8ve vient aux Vernes, aide-la. Trois semaines avant la fin. Il m&#8217;a fait promettre. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis sortie de la voiture sans rien r\u00e9pondre. Mes genoux craquaient. J&#8217;ai fait entrer cet homme que je connaissais \u00e0 peine dans une cabane o\u00f9 dormaient trois personnes et, sous un lit, une caisse grise.<\/p>\n<p>Il a lu le carnet pendant vingt minutes, debout, sans toucher \u00e0 son caf\u00e9. Je l&#8217;ai regard\u00e9 tourner les pages. Chaque fois qu&#8217;il s&#8217;arr\u00eatait, il notait un chiffre sur le dos de sa main au stylo bille.<\/p>\n<p>Quand il a referm\u00e9 le carnet, il a parl\u00e9 sans me regarder.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Trente-huit factures, madame. Toutes \u00e0 l&#8217;ordre de la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9. Delmas N\u00e9goce. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Delmas N\u00e9goce. Je connais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Personne chez nous ne connaissait. Il y a des factures de bois, de quincaillerie, de transport. Rien n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 livr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il a tourn\u00e9 le carnet vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab Regardez. Bertrand a not\u00e9 \u00e0 chaque ligne deux ou trois lettres, tout au bout. C.L.D. \u00bb<\/p>\n<p>Je les ai reconnues avant de les lire. C&#8217;\u00e9tait la fa\u00e7on dont Constance signait ses cahiers de classe, avec les points, tr\u00e8s droits.<\/p>\n<p>\u00ab Elle validait les paiements \u00bb, a dit G\u00e9rard. \u00ab Elle est directrice financi\u00e8re. Personne ne lui demandait rien. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Et vous ? Vous avez demand\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a deux ans. J&#8217;ai pos\u00e9 la question \u00e0 Thibault : c&#8217;est qui, Delmas ? \u00bb Il a regard\u00e9 ses mains. \u00ab Huit jours apr\u00e8s, j&#8217;avais une lettre de licenciement. Il avait l&#8217;air de quelqu&#8217;un qui re\u00e7oit un ordre. Il ne me regardait pas. \u00bb<\/p>\n<p>Sandrine s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e de ranger la vaisselle. Elle \u00e9coutait, un bol \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab Mais le carnet, c&#8217;est lui qui l&#8217;a \u00e9crit ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9. \u00ab Bertrand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a tout reconstitu\u00e9 avec moi. Il venait me voir chez moi, le samedi, il disait \u00e0 Constance qu&#8217;il allait chez un client. Je lui ai donn\u00e9 les chiffres. Lui, il les a recopi\u00e9s \u00e0 sa fa\u00e7on. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et la cave ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La cave, c&#8217;est nous. \u00bb<\/p>\n<p>Il a l\u00e2ch\u00e9 \u00e7a en regardant le plancher.<\/p>\n<p>\u00ab Un samedi sur deux, pendant deux mois. Il creusait, moi je passais les seaux. C&#8217;est moi qui ai pos\u00e9 la trappe. Il voulait que ce soit sous la cabane o\u00f9 vous vous \u00e9tiez&#8230; \u00bb Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. \u00ab Enfin. Il avait ses raisons. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise. Sous la table, Manon a lev\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Le plancher qui parle, c&#8217;\u00e9tait vous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, mademoiselle. Je suis d\u00e9sol\u00e9. J&#8217;ai jamais su bien clouer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a ri. Moi, je n&#8217;ai pas pu. Mon mari avait creus\u00e9 un trou dans la terre, pendant des samedis entiers, et pendant ce temps je lui repassais ses chemises du dimanche.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut aller \u00e0 la gendarmerie de Vierzon \u00bb, a dit G\u00e9rard. \u00ab Aujourd&#8217;hui. Avec le carnet et les cassettes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec quoi ? Une voix sur une bande et un cahier ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec tout. Il y a de quoi faire tomber une directrice financi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma fille, G\u00e9rard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Il a rang\u00e9 ses lunettes dans sa poche. Il s&#8217;est lev\u00e9, il a pos\u00e9 la main sur le dossier de la chaise, il a h\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Bertrand disait que vous \u00e9tiez la seule de la famille \u00e0 compter juste. C&#8217;est pour \u00e7a qu&#8217;il vous laissait \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. Il a mis sa veste.<\/p>\n<p>\u00ab Je vais chez moi chercher de quoi faire des copies. Je reviens dans deux heures. Ne laissez pas ce carnet tra\u00eener. \u00bb<\/p>\n<p>Il est parti. Sa voiture a mis longtemps \u00e0 d\u00e9marrer. J&#8217;avais besoin d&#8217;air. J&#8217;ai pris le seau en zinc pour aller chercher du bois derri\u00e8re le cabanon, au fond de la cour.<\/p>\n<p>Je marchais sans faire de bruit, \u00e0 cause de la terre molle. Au coin du cabanon, j&#8217;ai entendu une voix de femme qui chuchotait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Sandrine. Le dos contre les planches, son t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 l&#8217;oreille. De l&#8217;autre main, elle glissait des billets de vingt dans la poche de son jean. Un, deux, trois.<\/p>\n<p>\u00ab Oui, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Une pause. Elle \u00e9coutait.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a la cl\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>La derni\u00e8re semaine, Bertrand ne disait plus que deux mots.<\/p>\n<p>Je lui donnais sa cuill\u00e8re de compote. Il me prenait le poignet, il regardait la porte de la chambre, pas moi, et il disait : \u00ab Les Vernes, Genevi\u00e8ve. Les Vernes. \u00bb Je r\u00e9pondais oui, oui, c&#8217;est \u00e7a, mange. J&#8217;ai fini par ne plus r\u00e9pondre du tout.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 \u00e7a que j&#8217;ai pens\u00e9, derri\u00e8re le cabanon, avec mon seau en zinc dans la main.<\/p>\n<p>\u00ab Sandrine. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sursaut\u00e9. Le t\u00e9l\u00e9phone lui a gliss\u00e9 des doigts, il est tomb\u00e9 dans l&#8217;herbe, \u00e9cran contre terre. Elle ne l&#8217;a pas ramass\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Madame. Je peux expliquer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance. \u00bb Elle a dit le pr\u00e9nom comme on avale un cachet. \u00ab Elle m&#8217;a donn\u00e9 huit cents euros dimanche soir. Sur le pas de la porte, quand vous regardiez la voiture partir. Elle m&#8217;a dit de garder un \u0153il. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur vous. Sur la cabane. Sur ce que vous trouveriez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle sortait les billets de sa poche, un \u00e0 un, des billets de vingt et de dix, pli\u00e9s en deux. Je voyais ses mains. Elles \u00e9taient rouges de la lessive \u00e0 l&#8217;eau froide.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le garage veut huit cents euros pour la voiture \u00bb, a dit Sandrine. \u00ab Huit cents. Avec la voiture, Micka\u00ebl pourrait travailler. J&#8217;ai pris. Je me suis dit, c&#8217;est pour la voiture, c&#8217;est pas pour la trahir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et ce matin ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a rappel\u00e9 deux fois. Je lui ai dit pour le monsieur, G\u00e9rard Petit. Je lui ai dit que vous aviez la cl\u00e9. \u00bb Elle a eu un hoquet. \u00ab Elle m&#8217;a dit : ne la l\u00e2che pas, et ne dis rien \u00e0 ton mari. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Micka\u00ebl ne sait pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas cri\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 ses doigts, les billets, le t\u00e9l\u00e9phone dans l&#8217;herbe, qui vibrait encore. Cette femme m&#8217;avait ouvert sa soupe, ses couvertures, sa fille, et elle venait de me vendre pour le prix d&#8217;un garage.<\/p>\n<p>\u00ab Vous comptez, l\u00e0, c&#8217;est \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il en manque vingt. J&#8217;ai achet\u00e9 du lait pour Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Elle me les a tendus. Huit cents euros moins vingt. Je les ai pris du bout des doigts. Ce n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 moi, et ma retraite de r\u00e9version n&#8217;\u00e9tait pas encore vers\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Vous le dites \u00e0 Micka\u00ebl ce soir \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Vous ne rappelez plus ma fille. Et si elle sonne, vous la laissez sonner. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous nous mettez dehors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est tout ce que j&#8217;ai r\u00e9pondu. Elle a pleur\u00e9, mais sans bruit, parce que Manon pouvait entendre de l&#8217;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le mardi, je n&#8217;ai rien fait. G\u00e9rard est repass\u00e9 deux fois. Il a dit qu&#8217;on ne bougeait pas avant d&#8217;avoir compris qui se cachait derri\u00e8re Delmas. J&#8217;ai cach\u00e9 le Tupperware sous la couverture de la Clio, avec le carnet dedans, et j&#8217;ai dormi une deuxi\u00e8me nuit sur la banquette arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Le mercredi, \u00e0 13 h 40, j&#8217;\u00e9tais sur le parking de la gare de Vierzon. J&#8217;avais mis le chauffage de la Clio, qui avait refus\u00e9, puis c\u00e9d\u00e9. Il y avait dix minutes d&#8217;avance.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Thibault est arriv\u00e9 \u00e0 pied, \u00e0 14 h pile. Il portait un manteau trop grand pour lui. Il avait perdu cinq kilos depuis le notaire, peut-\u00eatre plus, et ses mains, comme celles de son p\u00e8re, ne savaient pas o\u00f9 se mettre.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>On s&#8217;est assis sur un banc, entre le distributeur de boissons et l&#8217;affiche des horaires. Il m&#8217;a pris un caf\u00e9 \u00e0 1,50 \u20ac. Il me l&#8217;a tendu. Il n&#8217;a rien pris pour lui.<\/p>\n<p>\u00ab Constance sait que tu as trouv\u00e9 quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle sait pour G\u00e9rard Petit. Elle dit qu&#8217;il va t&#8217;envoyer \u00e0 la gendarmerie. \u00bb Il parlait vite, les yeux sur les rails. \u00ab Maman, n&#8217;y va pas. Surtout pas. Tout est \u00e0 ton nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas tout. Je signe ce qu&#8217;elle me met sous le nez, maman. Je l&#8217;ai toujours fait. Je signe, je dis oui, je vais \u00e0 la machine \u00e0 caf\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa t&#8217;avait dit quelque chose ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a mis un moment \u00e0 r\u00e9pondre. Il a regard\u00e9 ses chaussures, comme chez le notaire.<\/p>\n<p>\u00ab Le dernier jour o\u00f9 je l&#8217;ai vu parler. Il m&#8217;a dit : regarde la derni\u00e8re page, mon fils. Je l&#8217;ai pas fait. J&#8217;ai pas os\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quelle derni\u00e8re page ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celle que tu as sign\u00e9e, je crois. Ou celle de Constance. Je sais plus. \u00bb<\/p>\n<p>Un train est pass\u00e9 sans s&#8217;arr\u00eater. Le banc a trembl\u00e9 sous nous. Je tenais mon gobelet de caf\u00e9 \u00e0 deux mains, parce qu&#8217;avec mes doigts, sinon, je le renversais.<\/p>\n<p>\u00ab Thibault. Delmas N\u00e9goce. Tu connais ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 la t\u00eate d&#8217;un coup. Pour la premi\u00e8re fois depuis Versailles, il m&#8217;a regard\u00e9e en face.<\/p>\n<p>\u00ab Delmas N\u00e9goce, la g\u00e9rante, c&#8217;est\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>Son t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9 dans sa poche. Un son de rien, une sonnerie de base. Il l&#8217;a sorti. L&#8217;\u00e9cran s&#8217;est allum\u00e9 sur la table entre nous.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Constance.<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 le nom. Il a regard\u00e9 la rue. Il s&#8217;est lev\u00e9 sans finir sa phrase, il a d\u00e9croch\u00e9, il a dit \u00ab Oui \u00bb d&#8217;une voix que je ne lui connaissais pas, et il est parti vers la sortie du parking, presque en courant.<\/p>\n<p>Mon caf\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 froid.<\/p>\n<p>Le jeudi, \u00e0 9 h 05, j&#8217;\u00e9tais assise sur une chaise en plastique orange, dans le couloir de la maison de justice de Bourges, avec le Tupperware sur les genoux.<\/p>\n<p>Manon \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Elle avait voulu venir. Sandrine nettoyait chez une dame \u00e0 Vierzon, Micka\u00ebl courait apr\u00e8s des heures de manutention, et je n&#8217;allais pas laisser une gamine seule avec le radiateur d&#8217;appoint. Un papier \u00e9tait scotch\u00e9 sur la porte : \u00ab Permanence d&#8217;avocats. Aide juridictionnelle. \u00bb<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Dubois nous a fait entrer \u00e0 9 h 20. Une femme d&#8217;une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es, un pull gris, un stylo bille qu&#8217;elle mordillait. Pas de bureau \u00e0 elle : un bureau pr\u00eat\u00e9, avec une plante en plastique et l&#8217;agenda de quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Elle a donn\u00e9 \u00e0 Manon le dos d&#8217;un formulaire et un crayon de papier.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez trente minutes, madame Lambert-Duval. Apr\u00e8s, j&#8217;ai un monsieur pour une pension alimentaire. Dites-moi tout. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a d&#8217;abord fait remplir un formulaire d&#8217;aide juridictionnelle. \u00c0 la ligne \u00ab ressources \u00bb, j&#8217;ai \u00e9crit z\u00e9ro. \u00c0 la ligne suivante, j&#8217;ai \u00e9crit que ma retraite de r\u00e9version n&#8217;\u00e9tait pas encore vers\u00e9e. Elle a lu par-dessus mon \u00e9paule et elle a tamponn\u00e9 sans commentaire.<\/p>\n<p>Je lui ai tout dit. La cl\u00e9, la caisse, les neuf cassettes, le carnet, G\u00e9rard, Thibault sur le banc de la gare. Elle \u00e9crivait sans lever la t\u00eate. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e net sur un nom.<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9p\u00e9tez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Delmas N\u00e9goce. Trente-huit factures dans le carnet. Un million cent quarante mille euros en quatre ans. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a tap\u00e9 sur son clavier avec deux doigts. Au fond de la pi\u00e8ce, l&#8217;imprimante a touss\u00e9 et crach\u00e9 une feuille. Elle l&#8217;a pos\u00e9e devant moi.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un extrait Kbis. Lisez la ligne g\u00e9rance. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti mes lunettes de pr\u00e8s, celles dont une branche tient avec du scotch. J&#8217;ai lu. Je l&#8217;ai relu.<\/p>\n<p>G\u00e9rante : Madame Genevi\u00e8ve Lambert-Duval.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai jamais cr\u00e9\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9. J&#8217;ai tenu les comptes de l&#8217;entreprise avant de m&#8217;arr\u00eater pour les enfants. Ce nom-l\u00e0, je l&#8217;ai jamais vu passer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a fait glisser un deuxi\u00e8me papier, les statuts, t\u00e9l\u00e9charg\u00e9s pendant que je parlais. En bas, une signature. Un G avec une grande boucle.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la v\u00f4tre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est celle d&#8217;avant mes mains. \u00bb Je lui ai montr\u00e9 mes doigts, gonfl\u00e9s aux jointures. J&#8217;ai sign\u00e9 au dos d&#8217;une enveloppe. Mon G ressemblait \u00e0 un crochet. \u00ab Je sais plus faire cette boucle, regardez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu&#8217;un avait de vieilles signatures de vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans le classeur du bureau, \u00e0 l&#8217;entreprise. C&#8217;est Constance qui a les cl\u00e9s du bureau. \u00bb<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Dubois a pos\u00e9 son stylo.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vais \u00eatre claire, madame. Si vous allez \u00e0 la gendarmerie avec \u00e7a, voil\u00e0 ce qu&#8217;ils lisent : la g\u00e9rante de Delmas N\u00e9goce d\u00e9pose plainte contre ses enfants. Abus de biens sociaux, faux et usage de faux. La personne qu&#8217;on entend en premier, c&#8217;est la g\u00e9rante. Vous seriez la premi\u00e8re suspecte, pas la victime. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Thibault m&#8217;a dit pareil, \u00e0 la gare. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il avait raison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et les cassettes ? Le carnet ? C&#8217;est pas des preuves ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a peut en devenir. Une voix de dimanche, un carnet \u00e9crit \u00e0 la main, en face ils diront que vous avez tout fabriqu\u00e9. \u00c7a vaut quelque chose seulement si c&#8217;est en s\u00fbret\u00e9, et pas \u00e0 un seul endroit. C&#8217;est o\u00f9, l\u00e0, tout \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai tap\u00e9 sur le couvercle du Tupperware.<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a regard\u00e9 longtemps. Elle n&#8217;a pas souri. J&#8217;ai eu peur pour la premi\u00e8re fois depuis le notaire, et c&#8217;est un Tupperware qui me l&#8217;a fait comprendre.<\/p>\n<p>Manon a tir\u00e9 sur ma manche. Elle avait fini son dessin.<\/p>\n<p>Elle avait dessin\u00e9 la cabane. La chemin\u00e9e, avec une fum\u00e9e en spirale. La porte en bleu, alors qu&#8217;elle est verte. Devant, quatre bonshommes : Micka\u00ebl, aux \u00e9paules carr\u00e9es, Sandrine, aux cheveux jusqu&#8217;aux fesses, G\u00e9rard avec une casquette. Et une dame, au milieu, avec un \u00e9norme sourire.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est qui, la dame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est toi. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. J&#8217;ai pli\u00e9 le dessin en quatre et je l&#8217;ai rang\u00e9 dans le Tupperware, sur les cassettes.<\/p>\n<p>\u00c0 11 h, G\u00e9rard nous attendait sur le parking, dans sa voiture, son vieux portable pos\u00e9 sur le volant. Il avait achet\u00e9 trois cl\u00e9s USB au Leclerc, 4,99 \u20ac pi\u00e8ce, et un c\u00e2ble jack \u00e0 3 \u20ac. Il rejouait chaque cassette devant le micro de l&#8217;ordinateur, une \u00e0 une, \u00e0 la vitesse de la bande. Il avait aussi photographi\u00e9 le carnet, page par page, sur la banquette arri\u00e8re. Il y avait des miettes de biscuit sur le si\u00e8ge, et ses doigts de comptable, tr\u00e8s propres, ne les touchaient pas.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il en faut jusqu&#8217;\u00e0 ce soir \u00bb, a-t-il dit. \u00ab Une copie pour Ma\u00eetre Dubois. Une pour moi. Une pour vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la neuf ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La neuf, je la copie pas. C&#8217;est la voix de Bertrand. Vous l&#8217;\u00e9coutez avant moi. \u00bb<\/p>\n<p>Manon dessinait sur la vitre, avec son doigt, dans la bu\u00e9e. G\u00e9rard a regard\u00e9 la fa\u00e7ade de la maison de justice, puis ses mains. Il avait l&#8217;air d&#8217;un homme qui garde un mot dans la bouche depuis le matin.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un truc que je vous ai pas dit, Genevi\u00e8ve. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dites. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab La mission du commissaire aux comptes est dans l&#8217;agenda de l&#8217;entreprise depuis mars. Je l&#8217;ai pr\u00e9par\u00e9e moi-m\u00eame, avant d&#8217;\u00eatre vir\u00e9. Lundi, il ouvre les dossiers Delmas. Chez Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>Il a baiss\u00e9 la vitre de deux doigts. Un camion est pass\u00e9 sur le boulevard. Manon a arr\u00eat\u00e9 son doigt dans la bu\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Lundi 9 h, le commissaire aux comptes ouvre les dossiers Delmas chez Thibault. Lundi, c&#8217;est vous ou elle. \u00bb<\/p>\n<p>On cognait \u00e0 la porte de ma chambre et j&#8217;avais encore une jambe dans mon pantalon.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval ? Gendarmerie. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai saut\u00e9 \u00e0 cloche-pied jusqu&#8217;\u00e0 la porte. Un homme et une femme, blousons bleu fonc\u00e9, dans le couloir du foyer. La femme tenait un dossier contre sa poitrine. Derri\u00e8re eux, une voisine avait entrouvert sa porte en peignoir.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates bien la m\u00e8re de mademoiselle Constance Lambert-Duval ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une plainte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e hier soir \u00e0 la brigade de Vierzon. Abus de faiblesse \u00e0 votre pr\u00e9judice. Et vol de documents appartenant \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une plainte contre qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Micka\u00ebl et madame Sandrine, qui vous h\u00e9bergent aux Vernes. Votre fille dit qu&#8217;ils profitent de vous. Que vous \u00eates seule, que vous avez perdu votre mari, que vous dormez dans une voiture. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je dors dans ma voiture parce que j&#8217;ai refus\u00e9 leur lit. C&#8217;est eux qui sont chez moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Micka\u00ebl est en garde \u00e0 vue \u00e0 Vierzon depuis 6 h 30 \u00bb, a dit la femme. Elle parlait doucement, comme \u00e0 une vieille dame. \u00ab Ce sont les coll\u00e8gues qui sont all\u00e9s \u00e0 la cabane. Ils ont saisi une caisse en m\u00e9tal sous une couchette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est vide, a ajout\u00e9 l&#8217;homme. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9e une seconde de trop. La femme a regard\u00e9 mon lit, ma valise, mon oreiller trop haut. Sous l&#8217;oreiller, il y avait le Tupperware.<\/p>\n<p>\u00ab Les documents de la soci\u00e9t\u00e9, vous les avez, madame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai une avocate. Ma\u00eetre Dubois, \u00e0 Bourges. Elle vous r\u00e9pondra. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est votre droit. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas insist\u00e9. L&#8217;homme a not\u00e9 le nom. Ils n&#8217;ont pas demand\u00e9 \u00e0 voir ma valise, et je n&#8217;ai pas propos\u00e9. Ils sont partis en laissant l&#8217;odeur du froid dehors, et la voisine a referm\u00e9 sa porte sans un mot.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis assise sur le lit. Constance n&#8217;avait pas cri\u00e9, pas menac\u00e9, pas t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. Elle avait d\u00e9pos\u00e9 une plainte, avec un num\u00e9ro et un tampon, et elle avait \u00e9crit mon nom dedans comme celui d&#8217;une petite vieille qu&#8217;on prot\u00e8ge. J&#8217;ai cherch\u00e9 dans mon sac le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 touches et la carte de Ma\u00eetre Dubois, o\u00f9 elle avait \u00e9crit son portable au dos, \u00ab pour une urgence \u00bb. Elle a d\u00e9croch\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me sonnerie. \u00c0 7 h 05.<\/p>\n<p>\u00ab Une plainte pour abus de faiblesse, madame, c&#8217;est ce que je craignais. Votre fille vous fait passer pour une personne vuln\u00e9rable. Mettez-vous \u00e0 sa place : plus elle vous d\u00e9clare fragile, plus la requ\u00eate en tutelle devient possible. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une requ\u00eate, c&#8217;est quoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle demande \u00e0 un juge des tutelles de d\u00e9cider \u00e0 votre place. Et pendant que le dossier existe, le juge peut tout geler. Un compte, une signature, une cl\u00e9. Vous seriez une dame de soixante-deux ans qui ne signe plus rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et Micka\u00ebl ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vingt-quatre heures, renouvelables une fois. Dites \u00e0 sa femme de ne rien raconter sur vous. Qu&#8217;il r\u00e9ponde la v\u00e9rit\u00e9, c&#8217;est tout. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai raccroch\u00e9. Mes mains ne tenaient pas le t\u00e9l\u00e9phone, j&#8217;ai d\u00fb le poser sur le drap pour appuyer sur la touche.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 8 h 10, la dame de l&#8217;accueil m&#8217;a appel\u00e9e dans le hall. Une gendarme que je ne connaissais pas tenait Manon par la main. Elle avait son pyjama \u00e0 lapins sous le manteau de Micka\u00ebl, qui lui descendait jusqu&#8217;aux chevilles. Elle portait ses chaussures sans les lacets.<\/p>\n<p>\u00ab Sa maman est \u00e0 Vierzon avec son mari \u00bb, a dit la gendarme. \u00ab Elle a demand\u00e9 qu&#8217;elle reste avec vous. Vous voulez bien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a mang\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>La dame de l&#8217;accueil a soupir\u00e9, mais elle nous a laiss\u00e9es monter. Un enfant, au foyer, ce n&#8217;est pas pr\u00e9vu. Elle a fait comme si elle ne voyait pas.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dans la chambre, j&#8217;ai coup\u00e9 deux tartines du petit d\u00e9jeuner du foyer, du pain de la veille avec de la margarine. Manon a pris la sienne. Elle l&#8217;a coup\u00e9e en tout petits morceaux, avec les doigts, un par un, et elle les a align\u00e9s sur le bord de la table.<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont pris papa \u00bb, a-t-elle dit. \u00ab Ils \u00e9taient gentils. Ils ont dit que c&#8217;\u00e9tait pour parler. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il va revenir pour le go\u00fbter ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas, Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a mang\u00e9 un morceau. Puis un deuxi\u00e8me. Puis elle est venue sur mes genoux sans rien demander, avec son manteau trop long, et elle s&#8217;est endormie contre mon \u00e9paule en moins de dix minutes. Elle sentait la fum\u00e9e du po\u00eale et le lait.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je suis rest\u00e9e l\u00e0, devant la fen\u00eatre. La Clio \u00e9tait gar\u00e9e en bas, le pare-brise blanc de givre. J&#8217;ai sorti le dictaphone du Tupperware d&#8217;une seule main. Dans le sachet, il y avait toujours les piles neuves. La note de Bertrand aussi : \u00ab \u00c9coute dans l&#8217;ordre. Pas la 9 avant d&#8217;avoir compris. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le couloir, quelqu&#8217;un a mis la radio. Une chanson d&#8217;avant, que Bertrand sifflait en rabotant. Je n&#8217;avais pas compris. Je n&#8217;avais plus le temps de comprendre. Ma fille venait de faire arr\u00eater un homme qui m&#8217;avait donn\u00e9 son lit, et dans trois jours il y avait un commissaire aux comptes.<\/p>\n<p>J&#8217;ai gliss\u00e9 la cassette num\u00e9ro 9 dans l&#8217;appareil. Ma main droite tremblait, je l&#8217;ai cal\u00e9e contre la t\u00eate de Manon. Elle ne s&#8217;est pas r\u00e9veill\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai appuy\u00e9 sur la touche. Le petit moteur a ronronn\u00e9. Manon dormait, la bouche ouverte, la joue sur mon \u00e9paule.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la cassette 9, quelqu&#8217;un ronflait un peu. C&#8217;\u00e9tait moi.<\/p>\n<p>Le lit de camp, je l&#8217;avais mont\u00e9 moi-m\u00eame contre le sien, la derni\u00e8re semaine, entre la commode et le radiateur. Je dormais tout habill\u00e9e, avec mes chaussettes de laine. Je croyais qu&#8217;il dormait aussi.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai reconnu \u00e0 la petite sifflante que je fais depuis toujours quand je dors sur le dos. Elle venait de tout pr\u00e8s du micro, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une couverture. Puis un froissement de drap, un souffle, et la voix de Bertrand, tr\u00e8s bas.<\/p>\n<p>\u00ab Genevi\u00e8ve. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis redress\u00e9e d&#8217;un cran. Manon a boug\u00e9 contre moi et s&#8217;est rendormie.<\/p>\n<p>\u00ab Dors. Te r\u00e9veille pas, ma ch\u00e9rie. Je te parle dans le noir parce que c&#8217;est le seul moment o\u00f9 elle n&#8217;est pas dans la maison. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne chevrotait pas, il ne cherchait pas ses mots comme \u00e0 table. Il chuchotait, mais d&#8217;une voix d&#8217;homme debout, la m\u00eame que celle des dimanches sur les cassettes. Celle de l&#8217;homme qui comptait la paie sur la table de la cuisine.<\/p>\n<p>\u00ab La derni\u00e8re semaine, je te dis que Les Vernes. Que \u00e7a. Tu vas croire que j&#8217;ai perdu la t\u00eate. Constance est derri\u00e8re la porte, ou son docteur est dans le couloir, et je peux pas dire un mot de plus. Alors je dis Les Vernes et je te regarde pas, je regarde la porte. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis revue avec la cuill\u00e8re de compote. Son poignet dans ma main. Moi qui r\u00e9pondais oui, oui, c&#8217;est \u00e7a, mange.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Les dimanches, je les ai enregistr\u00e9s dans la poche de ma veste. Neuf visites. Neuf cassettes. Tu me servais le caf\u00e9, et moi j&#8217;\u00e9coutais Constance te dire que t&#8217;\u00e9tais fatigu\u00e9e, que t&#8217;avais l&#8217;air perdue, que t&#8217;allais finir dans un fauteuil. Pardon d&#8217;avoir rien dit devant toi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a touss\u00e9. Un petit sec, retenu, de quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas le droit de faire du bruit. J&#8217;ai pos\u00e9 ma main \u00e0 plat sur le dictaphone, comme sur un front. Le plastique \u00e9tait ti\u00e8de. Il sentait la pile neuve.<\/p>\n<p>\u00ab Delmas N\u00e9goce, c&#8217;est \u00e0 ton nom, ma ch\u00e9rie. C&#8217;est toi, la g\u00e9rante. G\u00e9rard a fait les additions, en mars. Un million cent quarante mille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si je parle, c&#8217;est pas elle qu&#8217;ils prennent, c&#8217;est toi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un grincement. Il avait d\u00fb se tourner dans le lit. Sur la bande, le micro ramassait le bruit du matelas, les ressorts, mon ronflement qui continuait \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Et pour me faire taire, elle a un docteur. Garcia. Il a d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 un certificat pour moi, comme quoi je suis plus bon \u00e0 rien. Elle en veut un deuxi\u00e8me, pour toi. Moi, la tutelle. Toi, l&#8217;EHPAD. Elle dit que c&#8217;est pour ton bien. \u00bb<\/p>\n<p>Il a repris son souffle, et j&#8217;ai entendu qu&#8217;il comptait. \u00ab De toute fa\u00e7on, le m\u00e9decin dit que c&#8217;est demain ou apr\u00e8s-demain pour moi. Alors j&#8217;ai plus le temps de faire autrement. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 la bande avec le pouce. J&#8217;ai respir\u00e9 par le nez, longtemps. Sur la vitre, la bu\u00e9e s&#8217;\u00e9tait mise \u00e0 couler.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mes doigts bougeaient tout seuls sur le drap, ouverts, ferm\u00e9s, comme il l&#8217;avait dit. Je les ai regard\u00e9s faire. Dans le couloir du foyer, une porte a claqu\u00e9, une chasse d&#8217;eau, une toux de fumeur. Rien de tout \u00e7a n&#8217;\u00e9tait \u00e0 moi, ni la chambre, ni le lit, ni la fen\u00eatre. La voix, si.<\/p>\n<p>C&#8217;est Manon qui m&#8217;a fait relancer. Elle s&#8217;est \u00e9tir\u00e9e \u00e0 moiti\u00e9, un \u0153il ouvert.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est qui, le monsieur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est Bertrand. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi il parle tout bas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour pas r\u00e9veiller quelqu&#8217;un. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00ab ah \u00bb et elle s&#8217;est rendormie. J&#8217;ai appuy\u00e9 de nouveau.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai tout mis chez Beaumont, et tout sous les Vernes. Va voir Beaumont. Dis-lui juste : la page quatorze. Il comprendra. Tu m&#8217;\u00e9coutes ? Tu m&#8217;\u00e9coutes pas. Tu dors. T&#8217;as les mains qui bougent m\u00eame quand tu dors, tu sais, avec l&#8217;arthrose, elles s&#8217;ouvrent et se ferment. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. J&#8217;ai entendu, sur la bande, une main passer sur un drap. C&#8217;\u00e9tait la mienne qu&#8217;il devait tenir. Je n&#8217;ai pas de souvenir de cette nuit-l\u00e0. Je dormais.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Quand je serai parti, tu te d\u00e9brouilleras avec quoi ? Une Clio, une valise. Je suis un con, Genevi\u00e8ve. J&#8217;aurais d\u00fb te dire. Mais tu leur aurais parl\u00e9. T&#8217;as jamais su leur cacher quelque chose, \u00e0 ces enfants. T&#8217;aurais \u00e9t\u00e9 chez Constance d\u00e8s le lendemain matin pour lui demander si c&#8217;\u00e9tait vrai. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait vrai. J&#8217;y serais all\u00e9e. J&#8217;ai pass\u00e9 le dos de la main sous mon nez.<\/p>\n<p>\u00ab Personne pourra t&#8217;ouvrir la cabane, \u00e0 part deux personnes. G\u00e9rard. Il saura quoi faire de ce qu&#8217;il y a dedans. Et notre fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Notre fils \u00bb, j&#8217;ai dit \u00e0 voix haute, dans la chambre. Manon n&#8217;a pas boug\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je t&#8217;\u00e9coute, Bertrand \u00bb, j&#8217;ai dit encore. Il ne pouvait pas m&#8217;entendre. J&#8217;ai parl\u00e9 quand m\u00eame, tout bas, comme lui, pour ne r\u00e9veiller personne.<\/p>\n<p>\u00ab Ce que Thibault a fait pour moi, il le sait pas lui-m\u00eame encore, il a pas compris, c&#8217;est un gamin. Je lui ai demand\u00e9 un truc, il l&#8217;a fait sans rien dire, il m&#8217;a regard\u00e9 comme quand il avait neuf ans et qu&#8217;il avait cass\u00e9 la scie. \u00c9coute-moi bien, Genevi\u00e8ve. Ce que Thibault a fait pour moi, c&#8217;est\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>Un clic sec. Puis le gr\u00e9sillement de la bande vide, qui tournait encore.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai remplac\u00e9 votre derni\u00e8re page, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Beaumont l&#8217;a dit avant que j&#8217;aie ferm\u00e9 la porti\u00e8re. Il \u00e9tait assis au volant d&#8217;une grosse voiture grise, moteur \u00e9teint, les vitres embu\u00e9es, un loden sur les \u00e9paules. Il avait les mains pos\u00e9es sur le volant \u00e0 dix heures dix, comme un homme qui attend un feu rouge.<\/p>\n<p>Il avait rappel\u00e9 la veille, \u00e0 22 h. La secr\u00e9taire avait fini par lui transmettre mon message, quatre mots, et il avait dit : \u00ab Demain, 7 h, devant le foyer. Pas \u00e0 l&#8217;\u00e9tude. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Remplac\u00e9 comment ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre mari m&#8217;avait demand\u00e9 un acte. Une donation de la nue-propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 vos enfants, avec l&#8217;usufruit r\u00e9serv\u00e9 au conjoint survivant. Vous. \u00c7a, vous le saviez, ou vous le croyiez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On m&#8217;a dit qu&#8217;on me laissait la cabane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On vous a laiss\u00e9 la cabane, oui. Et le reste. Mais un projet de derni\u00e8re page m&#8217;est arriv\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, la veille de la signature. Une renonciation. Vous y renonciez \u00e0 tout, madame, \u00e0 l&#8217;usufruit, aux comptes, aux parts. Une page tr\u00e8s propre, que Mademoiselle Constance voulait voir signer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai sign\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez sign\u00e9 une autre. Celle que j&#8217;avais mise \u00e0 la place, avec la mention de l&#8217;acceptation de la r\u00e9version d&#8217;usufruit. Page quatorze. Je l&#8217;ai lue \u00e0 voix haute dans mon bureau, madame. Vous regardiez le mur. \u00bb<\/p>\n<p>Je regardais le fauteuil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mien. Celui o\u00f9 Bertrand aurait d\u00fb s&#8217;asseoir.<\/p>\n<p>\u00ab Et la page de Constance ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai rendue \u00e0 votre mari, en mains propres. Je ne sais pas ce qu&#8217;il en a fait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi vous m&#8217;avez rien dit ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Parce qu&#8217;il me l&#8217;avait demand\u00e9. Il disait : si Genevi\u00e8ve sait avant, elle le dira \u00e0 Constance dans l&#8217;heure. Elle ne sait pas mentir \u00e0 ses enfants. \u00bb Il a tourn\u00e9 la t\u00eate vers moi. \u00ab J&#8217;ai manqu\u00e9 \u00e0 mon devoir de conseil sur un point, madame. Je me suis tu pendant deux mois pendant que vous dormiez dans une Clio. Je l&#8217;ai accept\u00e9 parce que c&#8217;\u00e9tait la seule mani\u00e8re de vous prot\u00e9ger. Je ne suis pas fier. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. Mes pieds avaient froid dans mes chaussures de marche, celles que j&#8217;avais depuis dix ans.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que \u00e7a veut dire, concr\u00e8tement ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Que la maison, les comptes, les parts de l&#8217;entreprise vous appartiennent \u00e0 vie, en usufruit. Vous y vivez, vous touchez les revenus, vous d\u00e9cidez de ce qu&#8217;on en fait. Vos enfants poss\u00e8dent la nue-propri\u00e9t\u00e9. Ils ne peuvent rien vendre sans votre signature. Ils n&#8217;ont de droits pleins qu&#8217;\u00e0 votre d\u00e9c\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>Il a sorti de sa mallette une chemise bleue. Il me l&#8217;a tendue sans rien dire. Une copie de l&#8217;acte, avec mon nom partout.<\/p>\n<p>\u00ab Le lendemain de la signature, votre fille m&#8217;a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. Elle a lu l&#8217;acte en entier, cette fois. Elle m&#8217;a demand\u00e9 : et si maman devenait incapable, qui exerce l&#8217;usufruit ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que vous lui avez r\u00e9pondu ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Son tuteur. La personne d\u00e9sign\u00e9e par le juge. Elle a dit : donc moi. Et elle a raccroch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 8 h 10, mon t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 touches a vibr\u00e9 dans ma poche. Sandrine. Quatre mots, sans ponctuation : \u00ab Micka\u00ebl sort ils le rel\u00e2chent \u00bb. J&#8217;ai pos\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone sur la chemise bleue.<\/p>\n<p>\u00ab Appelez Ma\u00eetre Dubois \u00bb, a dit Ma\u00eetre Beaumont. \u00ab Je lui envoie la copie par la poste ce matin. Madame, il y a une chose que vous devez savoir avant de la lire : Bertrand \u00e9tait s\u00fbr que vous arriveriez jusqu&#8217;ici. Il disait que vous cherchiez toujours le dernier tiroir. \u00bb<\/p>\n<p>Il a mis le contact. J&#8217;ai ouvert la porti\u00e8re avec ma main gauche, qui ne tremblait pas.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 8 h 40, Sandrine est venue chercher Manon, avec Micka\u00ebl derri\u00e8re elle, mal ras\u00e9, dans les m\u00eames v\u00eatements que jeudi. Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 deux m\u00e8tres de moi, comme un homme qui attend qu&#8217;on lui dise de ne pas s&#8217;approcher.<\/p>\n<p>\u00ab Ils m&#8217;ont pos\u00e9 quarante questions \u00bb, a-t-il dit. \u00ab Une seule les int\u00e9ressait. O\u00f9 est le carnet ? Je savais pas de quel carnet ils parlaient. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez r\u00e9pondu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Que je savais pas. C&#8217;\u00e9tait vrai. \u00bb<\/p>\n<p>Manon s&#8217;est jet\u00e9e dans ses jambes. Il l&#8217;a soulev\u00e9e d&#8217;une main et il a regard\u00e9 le Tupperware que je serrais sous mon manteau. Il n&#8217;a rien demand\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je suis remont\u00e9e. \u00c0 l&#8217;accueil, la dame m&#8217;a arr\u00eat\u00e9e, avec une enveloppe \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab Une lettre recommand\u00e9e, madame Lambert-Duval. Arriv\u00e9e au courrier de ce matin. J&#8217;ai sign\u00e9 pour vous. \u00bb<\/p>\n<p>Une enveloppe blanche, avec la bande rouge de la Poste. L&#8217;exp\u00e9diteur : greffe du tribunal judiciaire de Bourges. J&#8217;ai d\u00e9chir\u00e9 le bord avec mes ongles, parce que mes doigts ne voulaient pas.<\/p>\n<p>Une feuille. Un cachet. Une ligne en gras, au milieu.<\/p>\n<p>\u00ab Sur requ\u00eate de Mlle Constance Lambert-Duval, audition devant le juge des tutelles, lundi 14 h, tribunal judiciaire de Bourges. \u00bb<\/p>\n<p>Thibault s&#8217;est assis sur la troisi\u00e8me marche de l&#8217;escalier, la page \u00e0 deux mains, et il n&#8217;a plus boug\u00e9 pendant quatre minutes. Je les ai compt\u00e9es \u00e0 la pendule du hall, celle que Bertrand remontait le dimanche matin avec une petite cl\u00e9, elle aussi en laiton. Je vais reprendre depuis la grille.<\/p>\n<p>Samedi, 14 h 20. La Clio avait mis deux heures cinquante pour monter de Bourges, avec le chauffage qui marchait un kilom\u00e8tre sur trois. G\u00e9rard roulait derri\u00e8re moi dans sa voiture. Je lui avais dit de ne pas venir. Il \u00e9tait venu quand m\u00eame, et il s&#8217;\u00e9tait gar\u00e9 au bout de l&#8217;avenue, phares \u00e9teints.<\/p>\n<p>Sur la grille de la maison du V\u00e9sinet, il y avait une pancarte d&#8217;agence, en lettres rouges : \u00c0 VENDRE. Un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, une photo de la fa\u00e7ade. Notre fa\u00e7ade. Bertrand avait pos\u00e9 lui-m\u00eame la porte d&#8217;entr\u00e9e, en ch\u00eane, en 1991.<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti la chemise bleue de mon cabas. J&#8217;ai relu la ligne que Ma\u00eetre Dubois m&#8217;avait lue au t\u00e9l\u00e9phone une heure plus t\u00f4t : nul ne peut vendre sans l&#8217;accord de l&#8217;usufruitier. Elle avait ajout\u00e9 : \u00ab Si la pancarte est l\u00e0, madame, c&#8217;est que votre fille sait. Ou qu&#8217;elle fait comme si vous ne saviez pas. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai arrach\u00e9 la pancarte de la grille. Elle tenait par deux colliers de serrage en plastique. Je l&#8217;ai pos\u00e9e contre le pilier, face contre terre, pour que la rue ne voie plus la photo.<\/p>\n<p>La porte \u00e9tait ouverte. Dans le hall, \u00e7a sentait la cire d&#8217;abeille et le froid d&#8217;une maison qu&#8217;on ne chauffe plus. Ma cocotte Le Creuset, celle de ma m\u00e8re, \u00e9tait pos\u00e9e sur le plan de travail de la cuisine, avec un papier coll\u00e9 dessus. Un num\u00e9ro de lot. Quelqu&#8217;un avait commenc\u00e9 \u00e0 tout \u00e9tiqueter. Dans le bureau de Bertrand, au fond du couloir, Thibault \u00e9tait \u00e0 genoux devant un carton. Il avait vid\u00e9 les tiroirs. Il y avait des classeurs, des factures de bois, un niveau \u00e0 bulle, un crayon de menuisier rouge, plat, rong\u00e9 au bout.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi y a une pancarte sur la grille ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance m&#8217;a dit de vider le bureau avant que l&#8217;agence passe. \u00bb Il a regard\u00e9 le crayon dans sa main. \u00ab Je l&#8217;ai pas vue la poser, je te jure. Je sais pas qui t&#8217;a dit que j&#8217;\u00e9tais l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;ai appel\u00e9, hier soir. Tu as r\u00e9pondu \u00e0 la troisi\u00e8me sonnerie. Tu m&#8217;as dit que tu rangeais. Tu te rappelles pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise sur la chaise de Bertrand. Elle grin\u00e7ait toujours du m\u00eame c\u00f4t\u00e9. Il y avait, sur le buvard du bureau, une trace ronde de tasse que je n&#8217;avais jamais r\u00e9ussi \u00e0 effacer.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ma cl\u00e9 \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab La petite, en laiton. Elle \u00e9tait dans le carton de ses affaires. Avec deux mots dessus. C&#8217;est toi. \u00bb<\/p>\n<p>Thibault a ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Papa me l&#8217;a donn\u00e9e trois jours avant. Dans la main, comme \u00e7a. Il a dit : mets-la dans le carton avec ses chaussons. Pas dans le sac de Constance. Elle fouille tous les sacs. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu l&#8217;as fait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Et je l&#8217;ai pas dit. Je l&#8217;ai pas dit \u00e0 toi, je l&#8217;ai pas dit \u00e0 elle, je l&#8217;ai dit \u00e0 personne. \u00bb Il s&#8217;est essuy\u00e9 le nez avec le poignet. \u00ab Maman, jeudi, j&#8217;ai sign\u00e9 autre chose. Constance m&#8217;a mis un papier sous le nez, avec trois autres. Pour la tutelle. Je suis co-requ\u00e9rant. J&#8217;ai sign\u00e9 sans lire. Comme toujours. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu as sign\u00e9 que j&#8217;\u00e9tais folle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai sign\u00e9 que j&#8217;avais peur pour toi. C&#8217;est ce qu&#8217;elle m&#8217;a dit. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne lui ai pas r\u00e9pondu tout de suite. Il avait trente-sept ans. Je lui avais coup\u00e9 ses tartines jusqu&#8217;\u00e0 ses douze ans, et c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu&#8217;il me disait quelque chose sans regarder ses chaussures. Dans la rue, j&#8217;entendais un aspirateur de voisin, un chien. Je lui ai tendu la chemise bleue.<\/p>\n<p>\u00ab Lis la derni\u00e8re page. \u00bb<\/p>\n<p>Il l&#8217;a prise. Il s&#8217;est mis debout, il a lu en bougeant les l\u00e8vres. Puis il a lu une seconde fois. Je l&#8217;ai suivi dans le couloir, parce qu&#8217;il avait besoin de bouger, de faire trois pas, de revenir. Il a retourn\u00e9 la feuille comme si quelque chose \u00e9tait \u00e9crit derri\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Usufruit viager. Sur la maison. Les comptes. Les parts. \u00bb Il a lev\u00e9 la t\u00eate. \u00ab C&#8217;est toi qui as tout ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai l&#8217;usufruit. Toi, tu as la nue-propri\u00e9t\u00e9. Tu ne peux rien vendre sans moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa m&#8217;a dit : regarde la derni\u00e8re page, mon fils. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pas os\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est assis sur la troisi\u00e8me marche de l&#8217;escalier de ch\u00eane, celui que Bertrand avait ponc\u00e9 de ses mains un dimanche d&#8217;\u00e9t\u00e9, et il a mis la page sur ses genoux. Il s&#8217;est mis \u00e0 la lisser avec la paume. Une fois. Deux fois. Comme on lisse un drap.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que j&#8217;ai entendu les graviers de l&#8217;all\u00e9e.<\/p>\n<p>Un bruit de pneus qui freinent court, une porti\u00e8re qui ne claque pas. Thibault a lev\u00e9 la t\u00eate vers la vitre de la porte d&#8217;entr\u00e9e. Il n&#8217;a rien dit. Il avait cess\u00e9 de lisser la page.<\/p>\n<p>Par la vitre, je l&#8217;ai vue. La voiture de Constance, arr\u00eat\u00e9e en travers de l&#8217;all\u00e9e, le capot \u00e0 un m\u00e8tre de la porte. Le moteur tournait encore.<\/p>\n<p>Constance m&#8217;a arrach\u00e9 le cabas de l&#8217;\u00e9paule avant m\u00eame d&#8217;avoir referm\u00e9 la porte. L&#8217;anse a c\u00e9d\u00e9. Le Tupperware est tomb\u00e9, il a rebondi sur le parquet, et le couvercle a saut\u00e9.<\/p>\n<p>Les cassettes ont roul\u00e9 dans le hall. Neuf petits rectangles noirs, num\u00e9rot\u00e9s au feutre. Le dictaphone a tourn\u00e9 sur lui-m\u00eame avant de s&#8217;arr\u00eater contre le pied du portemanteau. Le sachet de piles neuves a gliss\u00e9 sous la console.<\/p>\n<p>Constance s&#8217;est baiss\u00e9e. Je me suis baiss\u00e9e plus vite. Mes doigts ne se ferment pas bien, avant midi, mais j&#8217;ai plaqu\u00e9 mes deux mains sur autant de cassettes que j&#8217;ai pu, et mon genou sur le dictaphone. \u00c7a m&#8217;a fait mal au genou. Je n&#8217;ai pas boug\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e2che \u00e7a, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est du mat\u00e9riel de l&#8217;entreprise. Tu l&#8217;as pris dans une cabane que tu n&#8217;as m\u00eame pas le droit d&#8217;occuper. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a sortait d&#8217;une caisse que ton p\u00e8re a ferm\u00e9e avec un cadenas. Il m&#8217;a laiss\u00e9 la cl\u00e9. \u00c0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa n&#8217;avait plus sa t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur la cassette un, il l&#8217;a, sa t\u00eate. Tu veux l&#8217;\u00e9couter ? Tu es dessus, toi aussi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle m&#8217;a pris le poignet. Ses ongles \u00e9taient faits, d&#8217;un rose p\u00e2le, sans un \u00e9clat. Elle tirait. Je sentais le plastique d&#8217;une cassette qui travaillait sous ma paume, et je me suis dit que si elle se cassait, elle se casserait en deux morceaux bien nets, et que je les recollerais avec du ruban adh\u00e9sif, un par un, jusqu&#8217;\u00e0 lundi.<\/p>\n<p>\u00ab Constance, arr\u00eate \u00bb, a dit Thibault. Il s&#8217;\u00e9tait lev\u00e9 de l&#8217;escalier. La page de Bertrand pendait au bout de ses doigts.<\/p>\n<p>\u00ab Toi, tu restes o\u00f9 tu es. Tu as sign\u00e9 jeudi. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est rassis. Je l&#8217;ai vu faire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La porte d&#8217;entr\u00e9e s&#8217;est rouverte. G\u00e9rard \u00e9tait l\u00e0, essouffl\u00e9 d&#8217;avoir couru depuis le bout de l&#8217;avenue, la veste de travers. Il a regard\u00e9 le parquet, les cassettes, la main de ma fille sur mon poignet.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Petit. Vous n&#8217;avez plus rien \u00e0 faire dans cette maison. Vous \u00eates parti il y a deux ans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On m&#8217;a fait partir. Ce n&#8217;est pas pareil. \u00bb Il a pos\u00e9 son cabas par terre, doucement, comme on pose quelque chose qui peut se renverser. \u00ab Il y en a trois copies, Constance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trois copies de quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Des neuf cassettes. Du carnet. Trois cl\u00e9s USB, trois endroits diff\u00e9rents. Aucun n&#8217;est dans cette maison. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a l\u00e2ch\u00e9 mon poignet.<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est redress\u00e9e, elle a liss\u00e9 son manteau sur les hanches, deux fois. Elle a regard\u00e9 Thibault, puis moi. Sa voix est devenue tr\u00e8s calme, celle qu&#8217;elle avait quand elle me lisait mes relev\u00e9s de compte \u00e0 No\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s bien. Alors je te dis les choses comme elles sont, maman. Beaumont m&#8217;a tout expliqu\u00e9, ta page, ton usufruit, tout. Un usufruitier qui perd la t\u00eate, c&#8217;est un tuteur qui signe \u00e0 sa place. Et le tuteur, ce sera moi. Lundi, quatorze heures. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le sais. J&#8217;ai re\u00e7u la lettre \u00e0 Bourges. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Alors tu sais aussi pour Delmas. \u00bb Elle a souri, d&#8217;un seul c\u00f4t\u00e9. \u00ab La g\u00e9rante, c&#8217;est toi, maman. Ton nom. Ta signature. Ton num\u00e9ro de s\u00e9cu. Tu tomberas la premi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cette signature a \u00e9t\u00e9 imit\u00e9e, a dit G\u00e9rard. \u00c7a se voit \u00e0 la boucle du D. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Prouvez-le. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un expert s&#8217;en chargera. Le commissaire aux comptes aura les trente-huit factures lundi \u00e0 neuf heures. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les factures, c&#8217;est moi qui les range, monsieur Petit. Depuis quatre ans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. C&#8217;est bien ce que dit le carnet. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a ouvert la bouche. Elle l&#8217;a referm\u00e9e. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis son enfance que je la voyais chercher une r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>J&#8217;\u00e9tais toujours \u00e0 genoux, avec trois cassettes dans la main gauche et le genou sur le dictaphone. Je me suis dit que ce n&#8217;\u00e9tait pas une position pour r\u00e9pondre \u00e0 sa fille. Je me suis relev\u00e9e quand m\u00eame, lentement, en m&#8217;appuyant sur le portemanteau.<\/p>\n<p>\u00ab Alors on verra lundi qui signe quoi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Elle a regard\u00e9 la pancarte contre le pilier, par la vitre de la porte, face contre terre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Tu as arrach\u00e9 ma pancarte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle \u00e9tait sur ma grille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur ta grille. Elle est bien bonne. \u00bb Elle a fait un pas vers la cuisine, vers ma cocotte avec son num\u00e9ro de lot. \u00ab Je vais te dire une chose. Cette maison, tu n&#8217;y dormiras plus longtemps. Quand on est en tutelle, on dort o\u00f9 le juge dit. Il y a des endroits tr\u00e8s bien, \u00e0 Bourges. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un EHPAD. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une r\u00e9sidence. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas bronch\u00e9. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la cassette deux, \u00e0 la voix de Bertrand qui disait calmement : \u00ab Je signerai. \u00bb Il avait dit \u00e7a \u00e0 Constance, sans trembler, avec un crayon de menuisier dans la poche. J&#8217;ai serr\u00e9 le Tupperware contre moi.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Thibault s&#8217;est mis \u00e0 genoux. Il a ramass\u00e9 le dictaphone, puis le sachet de piles sous la console, puis les cassettes, une \u00e0 une, en lisant les num\u00e9ros \u00e0 voix basse. Un, deux, trois. Il a tout remis dans le Tupperware. Il a press\u00e9 le couvercle jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il claque. Il me l&#8217;a tendu.<\/p>\n<p>\u00ab Tiens, maman. \u00bb<\/p>\n<p>Constance l&#8217;a regard\u00e9 faire. Elle avait cess\u00e9 de sourire.<\/p>\n<p>\u00ab Thibault. Va dans la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est relev\u00e9. Il a regard\u00e9 sa s\u0153ur, longtemps, avec ce visage qu&#8217;il avait \u00e0 douze ans quand elle prenait sa part de dessert. Puis il a parl\u00e9, si bas que j&#8217;ai d\u00fb avancer la t\u00eate.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Constance. Dis-lui pour Cap-Ferret. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a respir\u00e9. Dehors, le moteur de sa voiture tournait encore.<\/p>\n<p>Samedi soir, dans la cuisine du V\u00e9sinet, Constance n&#8217;a rien dit pour Cap-Ferret. Elle a pris ses cl\u00e9s sur la console, elle est sortie, elle a fait demi-tour dans l&#8217;all\u00e9e en \u00e9crasant le gravier. C&#8217;est Thibault qui a parl\u00e9, assis devant ma cocotte avec son num\u00e9ro de lot.<\/p>\n<p>Une villa. Achet\u00e9e il y a trois ans, au nom de Constance seule. Deux millions et demi d&#8217;euros, apport en virement. \u00ab L&#8217;argent vient de Delmas, maman. Je l&#8217;ai vu passer sur un relev\u00e9. J&#8217;ai ferm\u00e9 le dossier. \u00bb Il avait les mains \u00e0 plat sur la toile cir\u00e9e de la cuisine, et il ne les a pas lev\u00e9es de toute la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Je lui ai fait un th\u00e9. Je n&#8217;ai pas su quoi dire d&#8217;autre.<\/p>\n<p>Dimanche, 9 h 10, Les Vernes. Le radiateur d&#8217;appoint avait d\u00e9marr\u00e9 au deuxi\u00e8me essai, ce qui, pour lui, est un exploit. Sandrine avait mis la bouilloire sur le r\u00e9chaud. Manon, assise sur le banc, d\u00e9coupait sa tartine en tout petits carr\u00e9s, un par un, avec la pointe de son couteau \u00e0 beurre.<\/p>\n<p>\u00ab Elle fait \u00e7a depuis le foyer \u00bb, a dit Sandrine. \u00ab Je lui ai dit cent fois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laisse-la. \u00bb<\/p>\n<p>Micka\u00ebl \u00e9tait rentr\u00e9 la veille au soir. Une nuit en garde \u00e0 vue, la barbe de deux jours, son blouson de travail sentant la cellule. Il ne parlait presque pas. Il a regard\u00e9 le coin o\u00f9 la caisse en m\u00e9tal avait \u00e9t\u00e9, sous la couchette de Manon, une marque claire sur le plancher, quatre angles nets.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est dr\u00f4le \u00bb, a-t-il dit. \u00ab Le parpaing, l\u00e0. Il sonne pas pareil. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>G\u00e9rard a relev\u00e9 la t\u00eate de son carnet. Micka\u00ebl s&#8217;est mis \u00e0 genoux, il a tap\u00e9 du poing. \u00c7a sonnait creux. Il a pris un tournevis dans sa poche, il a gliss\u00e9 la lame sous l&#8217;ar\u00eate, et le parpaing est venu d&#8217;un bloc, comme un couvercle.<\/p>\n<p>Dessous, envelopp\u00e9e dans un sac de cong\u00e9lation, il y avait une bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU. La vieille bo\u00eete ronde, le m\u00e9tal bleu, rouill\u00e9 aux coins. Je la connaissais. Bertrand y gardait ses vis du dimanche, il y a trente ans, \u00e0 l&#8217;atelier.<\/p>\n<p>\u00ab Madame \u00bb, a dit Micka\u00ebl. \u00ab C&#8217;est vous qui l&#8217;ouvrez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle ne s&#8217;ouvrait pas facilement. Mes pouces glissaient sur le bord. G\u00e9rard a fini par glisser une cuill\u00e8re sous le couvercle, et il a saut\u00e9 avec un bruit de ressort.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Une photo, d&#8217;abord, en haut. Jaunie, avec un coin d\u00e9chir\u00e9. Un homme maigre, avec une moustache, en chemise blanche, devant une cabane en planches. Une fille de vingt ans \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, en robe claire, des fleurs des champs dans les mains. Moi. Derri\u00e8re nous, l&#8217;\u00e9criture de Bertrand : Les Vernes, 14 juillet 1984. Mairie de Vierzon \u00e0 onze heures. Ici \u00e0 quatre.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est vous ? \u00bb a dit Sandrine.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00e9tiez belle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;avais cousu la robe moi-m\u00eame. Trois m\u00e8tres de popeline. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je suis rest\u00e9e un moment avec la photo. Les murs de la cabane \u00e9taient les m\u00eames. Les planches, la porte, m\u00eame le trou du n\u0153ud, \u00e0 gauche. On avait mang\u00e9 ici, ce jour-l\u00e0, sur une table de tr\u00e9teaux, avec trois amis et du vin de la coop\u00e9rative. Avant l&#8217;entreprise, avant la maison du V\u00e9sinet, avant Constance. Bertrand avait peint la porte en vert le matin m\u00eame, et elle avait coll\u00e9 \u00e0 ma robe pendant toute la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. J&#8217;ai rang\u00e9 la photo dans ma poche de gilet, l\u00e0 o\u00f9 je mets les cl\u00e9s.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Dessous, il y avait une feuille imprim\u00e9e, avec des lignes de signature. J&#8217;ai reconnu le papier de Ma\u00eetre Beaumont, son filigrane. Je me suis assise sur le banc pour lire. Renonciation \u00e0 tous droits sur l&#8217;usufruit viager, par la conjointe survivante. Il manquait ma signature en bas, juste une ligne de pointill\u00e9s.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la page que Constance voulait me faire signer \u00e0 l&#8217;\u00e9tude. Celle que Beaumont avait remplac\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Regardez la marge \u00bb, a dit G\u00e9rard.<\/p>\n<p>\u00ab Je regarde. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dans la marge de gauche, au stylo bille noir, une \u00e9criture que j&#8217;aurais reconnue entre mille. Les t barr\u00e9s tr\u00e8s haut, le s ferm\u00e9 comme un huit. Je l&#8217;avais vue sur dix ans de cahiers de textes. Une ligne, serr\u00e9e, appuy\u00e9e : \u00ab Si elle refuse de signer \u2192 Garcia \u2192 tutelle. C. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a dit un mot. Le radiateur d&#8217;appoint a claqu\u00e9, deux fois, et s&#8217;est remis \u00e0 ronronner.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est elle \u00bb, a dit Micka\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est elle. \u00bb<\/p>\n<p>Sous la derni\u00e8re page, un papier pli\u00e9 en quatre. Sur le recto, au crayon rouge de menuisier, la main de Bertrand, plus lente qu&#8217;avant : Beaumont m&#8217;a rendu ta page. Gardez-la.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Gardez-la. Au pluriel. Il avait \u00e9crit \u00e0 celui qui ouvrirait la bo\u00eete, sans savoir qui ce serait. G\u00e9rard, peut-\u00eatre. Peut-\u00eatre Thibault. Peut-\u00eatre moi.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut appeler Ma\u00eetre Dubois \u00bb, a dit G\u00e9rard. \u00ab Tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris son t\u00e9l\u00e9phone. Mon pouce a cherch\u00e9 le bon num\u00e9ro trois fois sur l&#8217;\u00e9cran. Elle a d\u00e9croch\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me sonnerie, un dimanche, avec un bruit de vaisselle derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On a trouv\u00e9 une bo\u00eete. Sous la cabane. Il y a une page, la renonciation que ma fille voulait me faire signer. Elle a \u00e9crit dans la marge. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle a \u00e9crit ? \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai lu la ligne. Au bout du fil, j&#8217;ai entendu la vaisselle s&#8217;arr\u00eater.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que c&#8217;est son \u00e9criture, madame ? Vous en \u00eates s\u00fbre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai vue grandir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors \u00e9coutez-moi bien. Si c&#8217;est son \u00e9criture, madame, elle a \u00e9crit la tutelle noir sur blanc avant la mort de votre mari. \u00bb<\/p>\n<p>Lundi, 8 h 41. J&#8217;avais dormi trois heures, dans mon lit du foyer de Bourges, avec la cl\u00e9 en laiton dans ma poche de gilet. La Clio avait mis quarante minutes, chauffage coup\u00e9. Je l&#8217;ai gar\u00e9e entre deux grosses voitures, sur le parking de Lambert-Duval Menuiseries.<\/p>\n<p>Je n&#8217;\u00e9tais pas venue ici depuis le jour de l&#8217;enterrement. L&#8217;enseigne avait \u00e9t\u00e9 refaite. Les lettres, en bois clair, \u00e9taient plus grandes que celles que Bertrand avait viss\u00e9es lui-m\u00eame en 1994. Il y avait une odeur de sciure et de vernis, la m\u00eame, par la porte de l&#8217;atelier qu&#8217;on avait laiss\u00e9e ouverte.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Beaumont m&#8217;attendait devant l&#8217;entr\u00e9e, son porte-documents sous le bras. G\u00e9rard \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, dans le costume qu&#8217;il avait mis pour les obs\u00e8ques. J&#8217;avais nou\u00e9 l&#8217;anse de mon cabas avec de la ficelle. Elle tenait.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates pr\u00eate, madame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. On y va. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;accueil, la standardiste a lev\u00e9 la t\u00eate. Elle m&#8217;a reconnue. Elle a ouvert la bouche, elle a regard\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone, elle a laiss\u00e9 d\u00e9crocher le poste qui sonnait.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval. On m&#8217;avait dit que vous \u00e9tiez&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans une r\u00e9sidence, oui. O\u00f9 est la r\u00e9union ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au premier. Salle du conseil. Mais madame Constance a dit que&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais ce qu&#8217;elle a dit. \u00bb<\/p>\n<p>Dans l&#8217;escalier, G\u00e9rard me pr\u00e9c\u00e9dait d&#8217;une marche, comme avant, quand il m&#8217;apportait les bilans \u00e0 signer. J&#8217;avais les mains moites. J&#8217;ai essuy\u00e9 mes paumes sur mon manteau, deux fois, devant la porte vitr\u00e9e. J&#8217;avais peur. Je suis entr\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ils \u00e9taient neuf autour de la grande table en ch\u00eane, que Bertrand avait assembl\u00e9e sans une seule vis. Thibault au bout, vo\u00fbt\u00e9. Constance \u00e0 sa droite, en tailleur sombre, une chemise cartonn\u00e9e devant elle. Et face \u00e0 eux, une femme grise, lunettes sur le nez, dossier ouvert : la commissaire aux comptes. Elle avait d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 un surligneur jaune \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son stylo.<\/p>\n<p>Constance m&#8217;a vue la premi\u00e8re. Son visage n&#8217;a pas boug\u00e9, sauf la bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Maman. Tu ne peux pas \u00eatre ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, je peux. \u00bb J&#8217;ai fait signe \u00e0 Ma\u00eetre Beaumont.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a sorti l&#8217;acte de son porte-documents, avec le tampon de l&#8217;\u00e9tude, et il l&#8217;a pos\u00e9 devant la commissaire. Sa voix \u00e9tait pos\u00e9e, comme \u00e0 l&#8217;\u00e9tude le jour de la signature.<\/p>\n<p>\u00ab Ma\u00eetre Beaumont, notaire \u00e0 Versailles. Madame Genevi\u00e8ve Lambert-Duval est usufruiti\u00e8re de la totalit\u00e9 des parts de la soci\u00e9t\u00e9, par l&#8217;acte de donation sign\u00e9 par monsieur Lambert-Duval. Elle a le droit d&#8217;assister \u00e0 cette r\u00e9union et de consulter les comptes. \u00bb<\/p>\n<p>La commissaire a lu. Elle a lu lentement, en suivant les lignes avec le surligneur, sans le poser sur le papier.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dans mon dos, j&#8217;ai entendu des chaises racler. Je me suis retourn\u00e9e. Les deux comptables, le chef d&#8217;atelier, la secr\u00e9taire des devis, toutes les personnes qui \u00e9taient assises au fond de la salle s&#8217;\u00e9taient lev\u00e9es. Pas toutes en m\u00eame temps. Le chef d&#8217;atelier d&#8217;abord, un grand gar\u00e7on que j&#8217;avais vu entrer \u00e0 dix-huit ans en apprentissage. Puis les autres, une \u00e0 une.<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a dit un mot. Constance les regardait, un par un.<\/p>\n<p>\u00ab Asseyez-vous, a-t-elle dit. Asseyez-vous, voyons. \u00bb<\/p>\n<p>Personne ne s&#8217;est assis.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Madame, a dit la commissaire, sans lever les yeux, j&#8217;ai ici trente-huit r\u00e8glements au profit d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 appel\u00e9e Delmas N\u00e9goce. Un million cent quarante mille euros en quatre ans. Je n&#8217;ai pas de contrats. Je n&#8217;ai pas de bons de livraison. J&#8217;ai un Kbis. \u00bb Elle l&#8217;a retourn\u00e9. \u00ab G\u00e9rante : madame Genevi\u00e8ve Lambert-Duval. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a lev\u00e9 la t\u00eate vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est vous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon nom. Ce n&#8217;est pas ma signature. \u00bb<\/p>\n<p>G\u00e9rard a pos\u00e9 sur la table une feuille dactylographi\u00e9e, pli\u00e9e en deux. Sa propre \u00e9criture, au crayon, dans la marge : les trente-huit num\u00e9ros, les dates, les montants.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Contr\u00f4lez-en trois au hasard, madame. Les num\u00e9ros 7, 19 et 31. \u00bb<\/p>\n<p>La commissaire a ouvert le classeur \u00e0 la page sept. Puis \u00e0 la dix-neuf. Puis \u00e0 la trente et un. Son surligneur s&#8217;est mis \u00e0 bouger. Un trait. Un autre. Un troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00ab Ils correspondent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont des factures de prestation de service, a dit Constance. Du conseil. Nous avons toujours pay\u00e9 du conseil. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 qui ? \u00bb a dit la commissaire.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 une soci\u00e9t\u00e9 ext\u00e9rieure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dont la g\u00e9rante est votre m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re&#8230; \u00bb Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e. Elle a pris l&#8217;air qu&#8217;elle avait \u00e0 douze ans quand on lui demandait o\u00f9 \u00e9tait pass\u00e9e la monnaie. Elle s&#8217;est lev\u00e9e, elle a pos\u00e9 ses deux mains sur la table. \u00ab Madame, avant d&#8217;aller plus loin, il faut que vous sachiez quelque chose. Ma m\u00e8re n&#8217;a plus toute sa t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Une chaise a grinc\u00e9, derri\u00e8re moi.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est sous le coup d&#8217;une requ\u00eate en protection. L&#8217;audience est cet apr\u00e8s-midi. Elle ne peut pas signer, elle ne peut pas t\u00e9moigner, et ce qu&#8217;elle dit ici n&#8217;a aucune valeur. Thibault, dis-le. \u00bb<\/p>\n<p>Thibault regardait la table. Ses doigts tordaient le coin d&#8217;une feuille, doucement, sans la d\u00e9chirer. Il n&#8217;a rien dit.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Thibault. \u00bb<\/p>\n<p>Rien.<\/p>\n<p>\u00ab Ma fille a raison sur un point, ai-je dit. L&#8217;audience est \u00e0 quatorze heures. \u00c0 Bourges. J&#8217;y serai. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 cet instant que la porte vitr\u00e9e s&#8217;est ouverte derri\u00e8re nous. Un homme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es, manteau gris, une chemise cartonn\u00e9e sous le bras. Il a regard\u00e9 la salle avec le sourire poli de quelqu&#8217;un qui arrive en retard \u00e0 un d\u00eener. Constance a expir\u00e9, tr\u00e8s fort, par le nez.<\/p>\n<p>\u00ab Docteur Garcia. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est avanc\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la table. Il a pos\u00e9 la chemise devant la commissaire, puis il s&#8217;est tourn\u00e9 vers moi.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai un certificat pour madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re dort dans une cabane, monsieur le juge. Elle a donn\u00e9 sa maison \u00e0 des squatters. \u00bb<\/p>\n<p>Ma fille a dit \u00e7a debout, la voix \u00e9gale, avant m\u00eame que la greffi\u00e8re ait fini d&#8217;installer les dossiers. Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. J&#8217;\u00e9tais assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Ma\u00eetre Dubois, sur une chaise en plastique gris, mon cabas nou\u00e9 de ficelle sur les genoux.<\/p>\n<p>Je vais reprendre \u00e0 midi. Le certificat du docteur Garcia, pos\u00e9 le matin sur la table de Vierzon, disait que j&#8217;\u00e9tais \u00ab d\u00e9sorient\u00e9e dans le temps et l&#8217;espace \u00bb. Il \u00e9tait dat\u00e9 de samedi. La commissaire aux comptes ne l&#8217;avait pas lu jusqu&#8217;au bout. Elle avait gard\u00e9 les trente-huit factures, elle avait appel\u00e9 le parquet, et elle m&#8217;avait serr\u00e9 la main sans rien dire, \u00e0 la porte de la salle du conseil. C&#8217;est G\u00e9rard qui me l&#8217;a racont\u00e9 sur le parking, devant un caf\u00e9 de distributeur \u00e0 1,20 \u20ac que je n&#8217;ai pas bu.<\/p>\n<p>Salle d&#8217;audience, tribunal judiciaire de Bourges. Un bureau, trois chaises, une horloge ronde au-dessus de la porte, la fen\u00eatre sur la cour. Le juge des tutelles avait une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es et un stylo qu&#8217;il tournait entre deux doigts.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval. Vous savez pourquoi vous \u00eates ici ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que ma fille veut signer \u00e0 ma place. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel jour sommes-nous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lundi. L&#8217;audience est \u00e0 quatorze heures. Il est quatorze heures douze. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 habitez-vous ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans un foyer \u00e0 Bourges, depuis deux mois. Je dors aux Vernes, certains soirs, chez une famille que j&#8217;h\u00e9berge. Je ne les ai pas fait entrer par la fen\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<p>Le juge a tourn\u00e9 son stylo. Constance a eu un petit rire, un seul.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez perdu votre mari. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a presque deux mois. Je me suis occup\u00e9e de ses papiers. Je tiens les comptes depuis quarante ans. Quand mon mari a mont\u00e9 l&#8217;entreprise, c&#8217;est moi qui r\u00e9digeais les factures sur une machine \u00e0 \u00e9crire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval dit ce qu&#8217;elle veut, a dit Constance. Elle a sign\u00e9 un acte sans le lire, elle vit dans une cabane, elle parle de factures de 1990. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je parle de celles de 2021 \u00e0 2024, a dit Ma\u00eetre Dubois. Monsieur le juge, je demande \u00e0 produire une pi\u00e8ce. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a sorti le dictaphone de son sac, le m\u00eame, avec la trace de colle autour de la fen\u00eatre o\u00f9 Bertrand avait \u00e9crit le num\u00e9ro. Elle a gliss\u00e9 la cassette un. Elle a appuy\u00e9.<\/p>\n<p>Un gr\u00e9sillement. Un bruit de chaise. Puis la voix de ma fille, plus jeune d&#8217;un mois seulement, mais s\u00e8che, nette, qui remplissait la salle.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, tu signes, ou on appelle le docteur Garcia pour l&#8217;autre certificat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je signerai \u00bb, a dit Bertrand.<\/p>\n<p>Elle a coup\u00e9. Le juge ne tournait plus son stylo.<\/p>\n<p>\u00ab Cette cassette est tronqu\u00e9e, a dit Constance. Mon p\u00e8re \u00e9tait fatigu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle dure quarante minutes, madame. Elle est \u00e0 la disposition de la cour. \u00bb<\/p>\n<p>Le juge a demand\u00e9 \u00e0 la greffi\u00e8re de noter. Ma\u00eetre Dubois a pos\u00e9 une deuxi\u00e8me pi\u00e8ce sur le bureau. Une feuille imprim\u00e9e avec un filigrane, quatre lignes de pointill\u00e9s, et dans la marge, au stylo bille noir, une \u00e9criture serr\u00e9e, pench\u00e9e, appuy\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Retrouv\u00e9e dimanche sous la cabane des Vernes. Dans une bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux. Elle porte l&#8217;\u00e9criture de madame Constance Lambert-Duval. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lisez-la \u00bb, a dit le juge.<\/p>\n<p>\u00ab Si elle refuse de signer, fl\u00e8che, Garcia, fl\u00e8che, tutelle. Sign\u00e9 C. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est un faux, a dit Constance. Je n&#8217;ai jamais \u00e9crit \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un expert pour \u00e7a, madame \u00bb, a dit le juge. Il a regard\u00e9 ma fille un long moment, sans mouvement. \u00ab Mais une chose me g\u00eane d\u00e9j\u00e0. Docteur Garcia, vous \u00eates l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est lev\u00e9 au fond de la salle, la chemise cartonn\u00e9e \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab Votre certificat concernant monsieur Lambert-Duval est dat\u00e9 d&#8217;un vendredi. Vous y indiquez l&#8217;avoir examin\u00e9 au domicile du V\u00e9sinet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est exact. Dans l&#8217;apr\u00e8s-midi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est faux. \u00bb<\/p>\n<p>Tout le monde s&#8217;est tourn\u00e9. Thibault s&#8217;\u00e9tait lev\u00e9, au premier rang, les mains le long du corps, le visage gris.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Ce vendredi-l\u00e0, j&#8217;ai conduit Papa \u00e0 Versailles. On est partis \u00e0 sept heures, on est rentr\u00e9s \u00e0 dix-neuf. Il a sign\u00e9 chez Ma\u00eetre Beaumont toute la journ\u00e9e. Il n&#8217;a vu personne d&#8217;autre. Le docteur Garcia n&#8217;est pas venu au V\u00e9sinet. J&#8217;y \u00e9tais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Lambert-Duval fils, a dit le juge, vous \u00eates co-requ\u00e9rant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je retire ma signature, monsieur le juge. Je l&#8217;ai donn\u00e9e sans lire. Comme toutes les autres. \u00bb Il a regard\u00e9 sa s\u0153ur, pas longtemps. \u00ab Et je t\u00e9moigne, si on veut de moi. \u00bb<\/p>\n<p>Constance ne l&#8217;a pas regard\u00e9. Elle avait pos\u00e9 la main \u00e0 plat sur son dossier. Elle ne l&#8217;a plus boug\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je ne me rappelle plus tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit apr\u00e8s. Il y a eu l&#8217;avocat de ma fille qui a demand\u00e9 un renvoi. Le juge a refus\u00e9. Il a lu une page, puis une autre, en silence, avec un doigt sur la marge. Il a rejet\u00e9 la requ\u00eate. Il a ordonn\u00e9 une expertise d&#8217;\u00e9criture. Il a transmis le dossier au procureur de la R\u00e9publique, avec le Kbis, les cassettes, et le certificat.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait fini, ou presque. Dans le couloir, G\u00e9rard m&#8217;a pris le bras, et j&#8217;ai senti que ses doigts tremblaient plus que les miens.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis retourn\u00e9e. Ma\u00eetre Beaumont \u00e9tait rest\u00e9 en arri\u00e8re, son porte-documents contre la poitrine. Il avait retrouv\u00e9 son visage de l&#8217;\u00e9tude, tendu, poli. Il est revenu vers le bureau du juge. Il a sorti de la poche de son veston une enveloppe kraft, ferm\u00e9e, avec le nom de Bertrand en travers du rabat.<\/p>\n<p>\u00ab Madame la greffi\u00e8re. \u00bb Il l&#8217;a pos\u00e9e devant elle. \u00ab De la part de Bertrand. \u00c0 lire devant le juge. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;enveloppe \u00e9tait trop l\u00e9g\u00e8re. La greffi\u00e8re l&#8217;a ouverte avec un coupe-papier et n&#8217;en a sorti qu&#8217;une feuille, pli\u00e9e en quatre, avec une trace ronde de tasse dans un coin. Je connaissais cette trace. Elle avait le m\u00eame diam\u00e8tre que celle du buvard, dans le bureau du V\u00e9sinet.<\/p>\n<p>Le juge a regard\u00e9 Ma\u00eetre Beaumont. Ma\u00eetre Beaumont a regard\u00e9 la feuille.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est l&#8217;\u00e9criture de monsieur Lambert-Duval ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la sienne. Il me l&#8217;a confi\u00e9e le jour de la donation, monsieur le juge. Avec une consigne. Elle ne devait \u00eatre lue que devant vous, et seulement si madame venait jusqu&#8217;ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval, vous \u00eates d&#8217;accord pour qu&#8217;on la lise ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame la greffi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a lu. Elle avait une voix de biblioth\u00e9caire, basse, r\u00e9guli\u00e8re, sans rien ajouter. Constance regardait ses ongles. Thibault regardait la fen\u00eatre.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Genevi\u00e8ve. Si on te lit \u00e7a devant un juge, c&#8217;est que la cl\u00e9 a servi et que tu es all\u00e9e jusqu&#8217;au bout. Je ne t&#8217;ai rien dit parce que tu aurais voulu tout r\u00e9gler le soir m\u00eame, et c&#8217;est toi qu&#8217;ils auraient prise en premier. J&#8217;ai fait en sorte que tu signes la bonne page. Je t&#8217;ai laiss\u00e9 la cabane parce que c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on s&#8217;est mari\u00e9s, et que c&#8217;est la seule chose qu&#8217;ils ne se sont jamais donn\u00e9 la peine de regarder. Fais r\u00e9parer la Clio. Le crayon rouge est sur le buvard. Remonte la pendule le dimanche, elle retarde de quatre minutes. Bertrand. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a repli\u00e9 la feuille. Personne n&#8217;a parl\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai fait ce que je fais quand je ne sais pas quoi faire. J&#8217;ai ouvert mon cabas, j&#8217;ai cherch\u00e9 mes lunettes, je les ai trouv\u00e9es dans la poche de mon manteau, et je les ai remises dans le cabas. Ma\u00eetre Dubois m&#8217;a pos\u00e9 la main sur le bras. J&#8217;ai demand\u00e9 si je pouvais garder la feuille. Le juge a dit que ce serait une copie, que l&#8217;original resterait au dossier. Il a ajout\u00e9 \u00ab madame \u00bb apr\u00e8s, plus bas.<\/p>\n<p>Trois semaines ont pass\u00e9. Je vais les dire dans l&#8217;ordre, comme Ma\u00eetre Dubois me les a dites au t\u00e9l\u00e9phone, un par un.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Constance a \u00e9t\u00e9 mise en examen pour faux et usage de faux, abus de biens sociaux et escroquerie. Le docteur Garcia, pour faux certificat. La villa de Cap-Ferret est bloqu\u00e9e par le juge d&#8217;instruction, volets ferm\u00e9s. Constance a quitt\u00e9 l&#8217;entreprise le lendemain de l&#8217;audience. Je ne l&#8217;ai pas revue. Elle m&#8217;a laiss\u00e9 un message vocal, une fois, \u00e0 six heures du matin. Je l&#8217;ai gard\u00e9 sans l&#8217;\u00e9couter.<\/p>\n<p>Thibault a r\u00e9pondu \u00e0 toutes les convocations. Il a remis lui-m\u00eame les relev\u00e9s de Delmas aux enqu\u00eateurs, dans un classeur qu&#8217;il avait \u00e9tiquet\u00e9, avec des intercalaires. Il a dit \u00e0 la gendarmerie de Vierzon tout ce qu&#8217;il avait sign\u00e9 et tout ce qu&#8217;il n&#8217;avait pas lu. \u00c7a a pris deux jours. Il maigrit encore. Il vient le jeudi au V\u00e9sinet, il s&#8217;assoit sur la troisi\u00e8me marche, et on ne se dit pas grand-chose.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>G\u00e9rard a repris son bureau lundi dernier. M\u00eame chaise, m\u00eame lampe, m\u00eame crayon \u00e0 papier. Il a retrouv\u00e9 le tiroir de droite tel qu&#8217;il l&#8217;avait laiss\u00e9, avec ses lunettes de rechange dedans.<\/p>\n<p>Micka\u00ebl a sign\u00e9 un CDI \u00e0 l&#8217;atelier, le m\u00eame jour. C&#8217;est G\u00e9rard qui a r\u00e9dig\u00e9 le contrat. Il a pris l&#8217;\u00e9tabli pr\u00e8s de la fen\u00eatre, celui de Bertrand. Je lui ai dit qu&#8217;il pouvait.<\/p>\n<p>Sandrine et Manon sont rest\u00e9es aux Vernes. Ma\u00eetre Dubois leur a fait un bail, deux pages. Sandrine l&#8217;a relu trois fois, le stylo \u00e0 la main, avant de signer. Manon dort toujours sur la couchette du fond. Elle a repeint la porte, un dimanche, avec Micka\u00ebl, en vert.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je vis au V\u00e9sinet, cinq jours par semaine. Je remonte la pendule le dimanche matin. J&#8217;ai gard\u00e9 la cocotte de ma m\u00e8re, sans l&#8217;\u00e9tiquette. La pancarte est au fond du garage, face contre le mur.<\/p>\n<p>Le dimanche, je reviens aux Vernes.<\/p>\n<p>Le radiateur d&#8217;appoint a d\u00e9marr\u00e9 du premier coup, ce dimanche, et j&#8217;ai failli lui en vouloir. Sandrine avait mis la toile cir\u00e9e, la m\u00eame, avec les trous de cigarette qu&#8217;on n&#8217;a jamais su d&#8217;o\u00f9 ils venaient. Micka\u00ebl coupait du bois dehors. La bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU, vide, servait de porte-crayons \u00e0 Manon.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La cl\u00e9 en laiton est dans la poche de mon gilet. Elle n&#8217;ouvre plus rien. Le cadenas et la caisse sont chez les gendarmes, sous scell\u00e9s. Je la garde quand m\u00eame. Deux mots dessus, Les Vernes, de l&#8217;\u00e9criture de Bertrand. Quelqu&#8217;un l&#8217;a gliss\u00e9e dans un carton, avec des chaussons. Je la sors, parfois, je la pose sur la table, je ne dis rien.<\/p>\n<p>\u00ab Mamie Genevi\u00e8ve. \u00bb<\/p>\n<p>Manon s&#8217;\u00e9tait assise en face de moi, sur le banc. Elle m&#8217;appelle comme \u00e7a depuis jeudi, sans qu&#8217;on lui ait demand\u00e9. Ses cheveux sentaient la peinture verte.<\/p>\n<p>\u00ab Oui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu me passes le beurre ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je lui ai pass\u00e9 le beurre. Elle a pris la tartine, la m\u00eame qu&#8217;au foyer, de pain d&#8217;hier grill\u00e9. Elle a \u00e9tal\u00e9 le beurre, lentement, jusqu&#8217;aux bords. Elle a pris son couteau.<\/p>\n<p>Elle a coup\u00e9 la tartine en deux. Puis en quatre. Quatre gros morceaux, in\u00e9gaux, avec les miettes qui tombaient sur la toile cir\u00e9e. Sandrine, au r\u00e9chaud, s&#8217;est fig\u00e9e, la bouilloire \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Manon a mordu dans le premier morceau.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Papa a \u00e9t\u00e9 TR\u00c8S clair, maman. Tu as assez v\u00e9cu dans le confort. Le cadenas a fait un clic sec. J&#8217;ai tir\u00e9 sur la cl\u00e9. Elle est rest\u00e9e coinc\u00e9e une &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11468,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-11467","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11467"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11469,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11467\/revisions\/11469"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11468"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}