{"id":11386,"date":"2026-10-30T04:51:46","date_gmt":"2026-10-30T04:51:46","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11386"},"modified":"2026-10-30T04:51:46","modified_gmt":"2026-10-30T04:51:46","slug":"a-six-mois-de-grossesse-jai-entendu-mon-mari-expliquer-a-ses-amis-que-je-portais-les-bebes-de-trois-autres-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=11386","title":{"rendered":"\u00c0 six mois de grossesse, j&#8217;ai entendu mon mari expliquer \u00e0 ses amis que je portais les b\u00e9b\u00e9s de trois autres femmes."},"content":{"rendered":"<h1 class=\"article-hero__title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-11387\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration-300x169.png\" alt=\"\" width=\"918\" height=\"517\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Pregnancy-Reveal-at-the-Celebration.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 918px) 100vw, 918px\" \/><\/h1>\n<h2>Partie 1: Ne les retournez pas<\/h2>\n<p>Le matin, dans le bureau du docteur Beaumont, ses mains tremblaient.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai vu au moment o\u00f9 il a coll\u00e9 la derni\u00e8re \u00e9chographie sur son carton. Le tube de colle a gliss\u00e9 deux fois. Il l&#8217;a repos\u00e9, puis repris.<\/p>\n<p>\u00ab Vous les donnez \u00e0 Aymeric aujourd&#8217;hui ? \u00bb a-t-il demand\u00e9 sans me regarder.<\/p>\n<p>\u00ab Au d\u00e9jeuner. Il est au Bristol avec ses anciens d&#8217;HEC. Je lui fais la surprise. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Aujourd&#8217;hui \u00bb, a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9. \u00ab Bien s\u00fbr. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a \u00e9crit quelque chose au dos de chaque carton. Une ligne, pas plus. Il bouchait son stylo, le rouvrait, le rebouchait.<\/p>\n<p>\u00ab Ne les retournez pas, Chlo\u00e9. Il y a des notes pour le dossier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates s\u00fbr que \u00e7a va, docteur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai mal dormi. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a tendu les trois cartons dans une pochette en kraft. Je les ai serr\u00e9s contre moi comme on porte un b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas insist\u00e9. Pourquoi j&#8217;aurais insist\u00e9 ?<\/p>\n<p>Cinq ans que j&#8217;essayais. Cinq ans de tests, de calendriers, de cases coch\u00e9es sur le calendrier du frigo. Trois cycles de FIV. Deux fois le m\u00eame silence au t\u00e9l\u00e9phone, le lendemain du test.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Et puis la troisi\u00e8me fois, le transfert. Et puis trois c\u0153urs.<\/p>\n<p>Trois. Le docteur Beaumont avait dit \u00ab miracle \u00bb, et moi je l&#8217;avais \u00e9crit en haut de la premi\u00e8re page du carnet, au stylo vert.<\/p>\n<p>Dans le RER A, j&#8217;ai gard\u00e9 la pochette sur les genoux. Mon pass Navigo d\u00e9passait de la poche de mon manteau. \u00c0 Auber, je suis sortie par la mauvaise sortie, j&#8217;ai remont\u00e9 le boulevard Haussmann \u00e0 pied.<\/p>\n<p>Rue du Faubourg-Saint-Honor\u00e9, je me suis arr\u00eat\u00e9e devant une boulangerie. Aymeric adore l&#8217;\u00e9clair au caf\u00e9. J&#8217;en ai pris un, 4,20 \u20ac, et la vendeuse m&#8217;a mis un sachet en papier.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>4,20 \u20ac pour un \u00e9clair. Chez ma m\u00e8re, \u00e0 Aulnay, on mangeait deux jours avec \u00e7a.<\/p>\n<p>\u00c0 12 h 52, j&#8217;\u00e9tais devant la porte du salon priv\u00e9.<\/p>\n<p>Elle n&#8217;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas pouss\u00e9. J&#8217;ai entendu des rires, des verres, une chaise qu&#8217;on recule. J&#8217;ai entendu Aymeric.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9cout\u00e9.<\/p>\n<p>Je sais que j&#8217;aurais d\u00fb entrer. Je ne l&#8217;ai pas fait. Je ne sais pas expliquer pourquoi. Peut-\u00eatre que mon corps savait avant moi.<\/p>\n<p>\u00ab Mais l&#8217;argent, c&#8217;est r\u00e9gl\u00e9 ? \u00bb a demand\u00e9 un des amis. \u00ab Avec les trois ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Quatre cent mille chacune \u00bb, a dit Aymeric. \u00ab Des acomptes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apolline a vir\u00e9 hier. Constance la semaine derni\u00e8re. La famille de Sixtine, en mars. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a fait\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un million deux. \u00bb<\/p>\n<p>Un ami a siffl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Et ton p\u00e8re ne voit rien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re signe ce qu&#8217;on lui met sous le nez. Mais l&#8217;audit de janvier, lui, il regarde les chiffres. \u00bb<\/p>\n<p>Aymeric a laiss\u00e9 passer un temps. J&#8217;entendais le gla\u00e7on dans son verre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Le trou, dans la soci\u00e9t\u00e9, il est de quel ordre ? \u00bb a demand\u00e9 quelqu&#8217;un.<\/p>\n<p>\u00ab Assez pour que je dorme mal. Assez pour que le million deux tombe pile avant. \u00bb<\/p>\n<p>Un trou dans la soci\u00e9t\u00e9 familiale. Je n&#8217;avais jamais su qu&#8217;il y en avait un.<\/p>\n<p>Je repensais \u00e0 ses nuits \u00e0 lui, ces derniers mois. Il se levait pour aller dans son bureau. Il me disait : \u00ab C&#8217;est le boulot, rendors-toi. \u00bb Je me rendormais.<\/p>\n<p>Je me rendormais toujours.<\/p>\n<p>\u00ab Et Chlo\u00e9, elle sait pour le trou ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Aymeric a ri, pas fort.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9 sait qu&#8217;elle est enceinte. C&#8217;est tout ce qu&#8217;elle veut savoir. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti le sachet de la boulangerie se froisser dans ma main. Le papier \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 gras.<\/p>\n<p>Mes jambes ne tenaient plus tr\u00e8s bien. Je me suis appuy\u00e9e contre le mur, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un grand miroir dor\u00e9. Dedans, une femme enceinte de six mois, un manteau d&#8217;occasion, des cernes. Une inconnue.<\/p>\n<p>\u00ab Franchement, moi je trouve \u00e7a dingue qu&#8217;elle ne se doute de rien \u00bb, a repris l&#8217;ami. \u00ab Elle ne se pose pas de questions ? Trois b\u00e9b\u00e9s, quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle s&#8217;en pose \u00bb, a dit Aymeric. \u00ab Je lui r\u00e9ponds. Elle me croit. \u00bb<\/p>\n<p>Les pochettes en kraft glissaient sous mon bras. Je les ai resserr\u00e9es.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que la douleur est arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Pas un coup. Une main qui se ferme, en bas, tr\u00e8s serr\u00e9e, et qui ne l\u00e2che pas. Je me suis pli\u00e9e en deux. Mon ventre est devenu dur comme une planche.<\/p>\n<p>\u00ab Pas maintenant, ai-je souffl\u00e9. S&#8217;il vous pla\u00eet, pas maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>La pochette est tomb\u00e9e. Les trois cartons se sont \u00e9parpill\u00e9s sur la moquette rouge. L&#8217;un a gliss\u00e9 contre le pied de la porte, face contre le sol.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis baiss\u00e9e. Trop vite.<\/p>\n<p>La douleur m&#8217;a coup\u00e9 le souffle. Je suis rest\u00e9e \u00e0 genoux, une main sur le ventre, l&#8217;autre tendue vers le carton.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, la chaise a racl\u00e9 le parquet. Des pas. Pas ceux d&#8217;un homme press\u00e9. Ceux d&#8217;un homme qui a entendu quelque chose et qui vient v\u00e9rifier.<\/p>\n<p>\u00ab Y a quelqu&#8217;un ? \u00bb<\/p>\n<p>La poign\u00e9e en laiton a tourn\u00e9.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas eu le temps de me relever. Je n&#8217;ai pas eu le temps de ramasser le carton.<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte en grand.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Aymeric \u00e9tait l\u00e0, une serviette de table encore dans la main, le col de chemise d\u00e9fait. Il m&#8217;a regard\u00e9e \u00e0 genoux. Il a regard\u00e9 mes mains, le sachet qui coulait, les deux cartons \u00e9parpill\u00e9s.<\/p>\n<p>Puis le troisi\u00e8me, par terre, \u00e0 mes pieds. Face contre la moquette.<\/p>\n<p>Il l&#8217;a fix\u00e9. Il n&#8217;a pas boug\u00e9.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re lui, la salle s&#8217;est tue. Une fourchette est tomb\u00e9e sur une assiette.<\/p>\n<p>Dix secondes. Je les ai compt\u00e9es. Dix secondes sans un mot, avec le bruit de mon souffle et celui de mes b\u00e9b\u00e9s qui bougeaient.<\/p>\n<h2>Partie 2: Mon nom au dos du carton C<\/h2>\n<p>Mon pr\u00e9nom \u00e9tait au dos du carton. Pas celui de Sixtine. Le mien, \u00e0 l&#8217;encre bleue, dans l&#8217;\u00e9criture pench\u00e9e de Beaumont.<\/p>\n<p>\u00c7a, c&#8217;est le r\u00e9sultat. Voil\u00e0 comment j&#8217;y suis arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les dix secondes, Aymeric s&#8217;est accroupi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il a pos\u00e9 une main sur mon \u00e9paule, tr\u00e8s doucement, comme sur un cheval qui s&#8217;emballe.<\/p>\n<p>\u00ab Respire, Chlo\u00e9. Respire. Tu fais une crise de panique, c&#8217;est normal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pas de crise de panique. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Tu as p\u00e2li. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai mal, Aymeric. Au ventre. \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 mon ventre. Ses yeux sont partis tout de suite ailleurs, vers la salle derri\u00e8re lui. Ses amis nous regardaient par la porte entreb\u00e2ill\u00e9e, les serviettes \u00e0 la main, les verres en l&#8217;air.<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu&#8217;un, appelez\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. Il a juste fait un geste, et l&#8217;un d&#8217;eux a sorti son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas voulu savoir qui.<\/p>\n<p>J&#8217;ai vu le carton. L\u00e0, sous mes doigts, \u00e0 quinze centim\u00e8tres de ma main. Son dos blanc, un peu froiss\u00e9, avec un coin pli\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9, laisse. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait dit \u00e7a comme on dit \u00ab laisse, je m&#8217;en occupe \u00bb. Pas comme un mari. Comme quelqu&#8217;un qui conna\u00eet le prix de la chose.<\/p>\n<p>Dans sa poche, son t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9. Une fois. Deux fois. Il l&#8217;a sorti d&#8217;une main, sans l\u00e2cher mon \u00e9paule.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cran \u00e9tait tourn\u00e9 vers moi, juste un instant.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai lu que des morceaux. Un nom, trois lettres. Puis une phrase coup\u00e9e en deux par le reflet de la lumi\u00e8re, et un chiffre.<\/p>\n<p>800 000 \u20ac.<\/p>\n<p>Aymeric a vu que je regardais. Il a bascul\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone contre sa cuisse.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est le boulot, a-t-il dit. Ce n&#8217;est rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n&#8217;est rien, Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Sa voix tremblait. Elle ne tremblait jamais. Pas m\u00eame le jour o\u00f9 le m\u00e9decin avait dit \u00ab trois c\u0153urs \u00bb et que j&#8217;avais \u00e9clat\u00e9 en sanglots dans le couloir.<\/p>\n<p>Quelqu&#8217;un a ramass\u00e9 les deux autres cartons. Un homme en costume bleu, grand, des tempes grises. Un ami d&#8217;HEC. Il les a pris du bout des doigts, face blanche contre sa paume.<\/p>\n<p>\u00ab Tiens, Aymeric. \u00bb<\/p>\n<p>Aymeric s&#8217;est relev\u00e9 d&#8217;un bond. Il a pris les cartons, les a gliss\u00e9s dans l&#8217;int\u00e9rieur de sa veste, c\u00f4t\u00e9 c\u0153ur. Il a boutonn\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a boutonn\u00e9 sa veste. Au milieu d&#8217;un d\u00e9jeuner. Comme s&#8217;il partait.<\/p>\n<p>L&#8217;ami l&#8217;a regard\u00e9 faire, puis il m&#8217;a regard\u00e9e moi. Il avait l&#8217;air de quelqu&#8217;un qui voulait s&#8217;excuser et qui ne savait pas de quoi.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a va aller, madame ? \u00bb a-t-il demand\u00e9.<\/p>\n<p>Madame.<\/p>\n<p>On a mang\u00e9 \u00e0 la m\u00eame table au mariage. Il avait bu mon champagne.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a va aller, a dit Aymeric \u00e0 ma place. Elle est fatigu\u00e9e. Elle a ses trois\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas fini sa phrase.<\/p>\n<p>\u00ab Mes trois quoi, Aymeric ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9, s&#8217;il te pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mes trois quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>La douleur a recul\u00e9 un peu, en bas, comme une mar\u00e9e. J&#8217;ai eu une seconde de calme. Une seconde pour regarder la moquette rouge, le sachet de la boulangerie qui avait fini par se d\u00e9chirer, l&#8217;\u00e9clair \u00e9cras\u00e9 sur le bout de ma chaussure.<\/p>\n<p>Quatre euros vingt, et j&#8217;allais le manger dans un salon \u00e0 trois cents euros le couvert.<\/p>\n<p>Alors j&#8217;ai attrap\u00e9 le carton.<\/p>\n<p>Aymeric a boug\u00e9 trop tard. Sa main a touch\u00e9 le vide, \u00e0 deux centim\u00e8tres de mon poignet.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je l&#8217;ai retourn\u00e9.<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu une fois, vite, sans respirer. Puis une deuxi\u00e8me fois, lentement, en suivant avec le doigt.<\/p>\n<p>\u00ab Embryon C. M\u00e8re biologique : CHLO\u00c9. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas vu tout de suite le mot \u00ab biologique \u00bb. J&#8217;ai vu mon pr\u00e9nom en lettres majuscules, soulign\u00e9 deux fois.<\/p>\n<p>Dessous : \u00ab P\u00e8re biologique : AYMERIC. \u00bb<\/p>\n<p>Dessous encore : \u00ab Transfert du 28 mai. Aucune autre patiente. \u00bb Et la signature de Beaumont, le B large, le grand paraphe qu&#8217;il met sur mes ordonnances.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Pas Sixtine. Pas un seul mot sur Sixtine.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>Ma voix \u00e9tait minuscule. Je l&#8217;ai reconnue \u00e0 peine.<\/p>\n<p>Aymeric ne m&#8217;avait pas quitt\u00e9e des yeux. Ses l\u00e8vres s&#8217;\u00e9taient entrouvertes. Il avait l&#8217;air d&#8217;un homme qui essaie de lire un texte dans une langue qu&#8217;il a apprise il y a longtemps.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il a \u00e9crit ? a-t-il demand\u00e9. Chlo\u00e9. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il a \u00e9crit ? \u00bb<\/p>\n<p>Il ne savait pas.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 le carton contre ma poitrine, face \u00e9crite contre mon pull, comme tout \u00e0 l&#8217;heure dans le RER.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Donne-moi \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est sorti tout seul. Je n&#8217;avais jamais dit non \u00e0 Aymeric. Pas comme \u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Donne, Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est \u00e0 moi. C&#8217;est \u00e9crit. \u00bb<\/p>\n<p>Les amis s&#8217;\u00e9taient recul\u00e9s dans la salle. Quelqu&#8217;un avait referm\u00e9 la porte \u00e0 moiti\u00e9. J&#8217;entendais un serveur, au loin, qui poussait un chariot.<\/p>\n<p>Aymeric a ouvert la bouche.<\/p>\n<p>Et derri\u00e8re lui, au bout du couloir, quelqu&#8217;un s&#8217;est mis \u00e0 marcher vite.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Des pas de cuir sur la moquette. Une silhouette en manteau sombre, le manteau sur le bras, la cravate de travers. Je l&#8217;ai reconnue avant de voir le visage.<\/p>\n<p>Le docteur Beaumont.<\/p>\n<p>Il courait presque. Il avait le souffle court de ceux qui ont pris l&#8217;escalier \u00e0 toute vitesse.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9, a-t-il lanc\u00e9 de loin. Ne le laissez pas vous toucher. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 3: Les embryons que Beaumont n&#8217;a jamais transf\u00e9r\u00e9s<\/h2>\n<p>\u00ab Si les contractions reprennent cette nuit, madame, vous accouchez de b\u00e9b\u00e9s qui ne respireront pas seuls. \u00bb<\/p>\n<p>La sage-femme avait dit \u00e7a sans \u00e9lever la voix, en v\u00e9rifiant la perfusion. Elle avait un badge qui pendait de travers et des mains ti\u00e8des.<\/p>\n<p>Vingt-quatre semaines et trois jours.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu. Je regardais le moniteur. Trois lignes. Trois petits c\u0153urs qui battaient au rythme de la machine, un peu vite, mais qui battaient.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Les contractions s&#8217;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9es vers 14 h 30. Apr\u00e8s le SAMU, l&#8217;ambulance, les feux bleus rue du Faubourg-Saint-Honor\u00e9 et les gens qui se retournent. Apr\u00e8s les deux hommes en vert qui m&#8217;avaient allong\u00e9e sur le brancard avec un \u00ab on vous tient, on vous tient \u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9 comme une berceuse.<\/p>\n<p>Aymeric \u00e9tait mont\u00e9 derri\u00e8re. Il n&#8217;avait pas dit un mot de tout le trajet. Il avait gard\u00e9 sa main droite sur sa veste, c\u00f4t\u00e9 c\u0153ur.<\/p>\n<p>\u00c0 la maternit\u00e9, une infirmi\u00e8re l&#8217;avait coinc\u00e9 au guichet.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, il me faut la carte Vitale de votre \u00e9pouse. Et la mutuelle. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle est dans son sac. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors il faut aller le chercher. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;avait lanc\u00e9 un regard, par-dessus son \u00e9paule. Un regard de chien qu&#8217;on enferme.<\/p>\n<p>Et il \u00e9tait parti remplir des papiers.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e seule dans la chambre, sur un lit trop \u00e9troit, avec une pince au doigt et un bracelet au poignet. Mon sac sur la chaise. Dedans, le carton C.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas os\u00e9 le l\u00e2cher. Dans l&#8217;ambulance, je l&#8217;avais coinc\u00e9 sous mon pull, \u00e0 plat contre le ventre, l\u00e0 o\u00f9 les b\u00e9b\u00e9s cognaient.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je l&#8217;ai sorti et je l&#8217;ai gliss\u00e9 dans mon carnet de maternit\u00e9. Entre la page du premier mois et celle du deuxi\u00e8me, l\u00e0 o\u00f9 j&#8217;avais \u00e9crit au stylo vert, en gros : miracle.<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte.<\/p>\n<p>Pas Aymeric. Beaumont.<\/p>\n<p>Il avait enfil\u00e9 une blouse blanche par-dessus sa chemise. Il avait les yeux rouges et la barbe de quelqu&#8217;un qui ne dort pas depuis deux jours. Il a referm\u00e9 derri\u00e8re lui en tournant le verrou.<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez pas le droit d&#8217;\u00eatre l\u00e0, ai-je dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis votre m\u00e9decin r\u00e9f\u00e9rent. J&#8217;ai le droit de tout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Aymeric va revenir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il en a pour dix minutes. J&#8217;ai compt\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est assis sur le tabouret, pr\u00e8s du lit. Sans me regarder, il a tendu la main.<\/p>\n<p>\u00ab Je veux voir ce que vous avez lu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon nom qui est dessus. \u00bb<\/p>\n<p>Il a hoch\u00e9 la t\u00eate, tr\u00e8s lentement. Je crois qu&#8217;il a failli sourire. \u00c7a lui a fait une grimace.<\/p>\n<p>\u00ab Alors vous savez d\u00e9j\u00e0 l&#8217;essentiel \u00bb, a-t-il dit.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je sais rien. Je sais qu&#8217;il y a mon nom. Je sais que vous m&#8217;avez dit de pas retourner. Je sais qu&#8217;Aymeric a dit que j&#8217;\u00e9tais sa couveuse. \u00bb<\/p>\n<p>Ma voix s&#8217;est cass\u00e9e sur le dernier mot.<\/p>\n<p>Beaumont a ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Il a dit \u00e7a devant ses amis ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9sol\u00e9 de quoi, docteur ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a mis longtemps. J&#8217;ai entendu la machine bipper, une fois, deux fois. Sur l&#8217;\u00e9cran, les lignes ont continu\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais transf\u00e9r\u00e9 les embryons des trois femmes \u00bb, a-t-il dit. \u00ab Jamais. Ni Apolline, ni Constance, ni\u2026 personne. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit.<\/p>\n<p>\u00ab Aymeric est venu me voir il y a un an. Il avait trois femmes, trois ch\u00e8ques, un plan. Il m&#8217;a offert plus d&#8217;argent que je n&#8217;en ai gagn\u00e9 en dix ans. Je l&#8217;ai pris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez pris l&#8217;argent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pris l&#8217;argent des trois. Un tiers chacune. Et j&#8217;ai fait ce que je pouvais faire sans faire de mal \u00e0 personne : j&#8217;ai transf\u00e9r\u00e9 les v\u00f4tres. Vos embryons, Chlo\u00e9. Ceux de vos trois cycles. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti quelque chose se retourner en moi, doucement, comme un b\u00e9b\u00e9 qui change de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Les miens. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les v\u00f4tres. Les trois. Vous portez vos enfants. Rien que vos enfants. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis mise \u00e0 rire. Ou \u00e0 pleurer. Je ne sais plus.<\/p>\n<p>Un rire sans voix, avec la perfusion qui tirait sur mon bras.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi vous m&#8217;avez rien dit ? Pourquoi vous m&#8217;avez laiss\u00e9e six mois avec\u2026 avec lui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu&#8217;il m&#8217;aurait d\u00e9truit. Mon dipl\u00f4me, mon cabinet, ma r\u00e9putation. Il a des amis au Conseil de l&#8217;Ordre. J&#8217;ai pens\u00e9 : je les livre sains et saufs, et apr\u00e8s je\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas fini.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez \u00e9crit au dos des cartons, dis-je. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mes registres. Les vrais. Je ne pouvais pas les garder au centre, on aurait pu les trouver. Je les ai mis l\u00e0. L\u00e0 o\u00f9 personne ne regarde. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et ce matin, vos mains\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce matin, j&#8217;ai compris qu&#8217;il fallait que je me prot\u00e8ge. \u00bb Il a aval\u00e9. \u00ab Ce midi, je lui ai \u00e9crit. Je lui ai demand\u00e9 800 000 \u20ac de plus. Sinon je parlais. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai vu le message sur l&#8217;\u00e9cran d&#8217;Aymeric. Le chiffre.<\/p>\n<p>\u00ab Vous le faites chanter. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il n&#8217;a m\u00eame pas baiss\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>Le moniteur a sonn\u00e9. Un bip plus rapide. Je me suis redress\u00e9e sur le coude, et la sage-femme a pass\u00e9 la t\u00eate dans la chambre une seconde, avant de repartir.<\/p>\n<p>\u00ab Respirez, Chlo\u00e9 \u00bb, a dit Beaumont. \u00ab S&#8217;il vous pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les b\u00e9b\u00e9s. Ils sont \u00e0 qui ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 sa main sur la mienne. Elle \u00e9tait glac\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 vous. Et \u00e0 son p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Aymeric. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9 sans comprendre.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Les trois, Chlo\u00e9. Le sperme, c&#8217;\u00e9tait le sien. Il l&#8217;avait donn\u00e9 pour vos FIV, il y a deux ans. Je n&#8217;ai jamais utilis\u00e9 que \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Mes oreilles se sont mises \u00e0 siffler.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a vendu les b\u00e9b\u00e9s d&#8217;autres femmes. Et ces b\u00e9b\u00e9s, ce sont les siens. Aymeric. Les siens. \u00bb<\/p>\n<p>Beaumont s&#8217;est lev\u00e9. Il a regard\u00e9 la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Il a vendu ses propres enfants, Chlo\u00e9. Il ne le sait que depuis ce midi. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 4: L&#8217;odeur de carton br\u00fbl\u00e9 \u00e0 Le V\u00e9sinet<\/h2>\n<p>Neuf jours plus tard, j&#8217;\u00e9tais allong\u00e9e sur le canap\u00e9 du salon, une couverture sur les jambes, et Aymeric m&#8217;apportait une tisane.<\/p>\n<p>Vingt-cinq semaines et deux jours. Alitement strict. Je n&#8217;avais le droit de me lever que pour aller aux toilettes, et encore, en tenant le mur.<\/p>\n<p>La maison sentait le feu.<\/p>\n<p>Pas le bois. Autre chose. Une odeur s\u00e8che, un peu sucr\u00e9e, de papier glac\u00e9 qui a roussi. Elle me prenait \u00e0 la gorge d\u00e8s que j&#8217;ouvrais les yeux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Voil\u00e0, ma ch\u00e9rie. Camomille et miel. Comme tu aimes. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 la tasse sur la table basse. Il s&#8217;est assis au bord du canap\u00e9, les mains jointes entre les genoux, comme un enfant qui attend sa punition.<\/p>\n<p>Depuis neuf jours, il \u00e9tait parfait. Il avait annul\u00e9 deux d\u00e9placements. Il rentrait \u00e0 18 h 30, avec des fleurs de la gare et des g\u00e2teaux de chez Ladur\u00e9e. Il me lisait les menus de la semaine \u00e0 voix haute.<\/p>\n<p>Je ne mangeais presque rien.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9. J&#8217;ai besoin qu&#8217;on parle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;\u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Pour le Bristol. \u00bb<\/p>\n<p>Il a respir\u00e9 fort.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait une blague. Une blague de potes, d&#8217;accord ? Un pari idiot. On avait bu, on jouait \u00e0 qui raconterait la pire histoire sur sa femme. Je n&#8217;ai pas pens\u00e9 que tu \u00e9tais derri\u00e8re la porte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une blague. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une tr\u00e8s mauvaise blague. Je suis ignoble, je sais. Mais je t&#8217;aime. Tu le sais. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris ma main. Il l&#8217;a gard\u00e9e contre sa joue.<\/p>\n<p>Neuf jours plus t\u00f4t, \u00e0 la maternit\u00e9, le docteur Beaumont m&#8217;avait dit une derni\u00e8re chose, avant que le verrou ne claque et qu&#8217;Aymeric revienne avec ses papiers.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Jouez celle qui n&#8217;a rien compris. S&#8217;il vous pla\u00eet. Pour eux trois. \u00bb<\/p>\n<p>Alors je jouais.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais, ai-je dit. Je sais que tu m&#8217;aimes. \u00bb<\/p>\n<p>Ses \u00e9paules sont retomb\u00e9es. Il a ferm\u00e9 les yeux de soulagement.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai jamais rien vu de plus laid.<\/p>\n<p>\u00ab Les cartons, a-t-il repris, tr\u00e8s doux. Ceux que le docteur t&#8217;avait donn\u00e9s. J&#8217;ai voulu les mettre en lieu s\u00fbr. Pour ton repos. Tu n&#8217;as pas \u00e0 t&#8217;en occuper. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 ils sont ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je les ai rang\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis redress\u00e9e sur un coude. La pi\u00e8ce a tourn\u00e9 un peu.<\/p>\n<p>\u00ab Tu peux me les montrer ? Je voudrais en regarder un. Juste un. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu es fatigu\u00e9e. Plus tard. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est lev\u00e9 trop vite. Il est all\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre, tourn\u00e9 vers le parc.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que j&#8217;ai regard\u00e9 la chemin\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait nettoy\u00e9e. Trop. La plaque de fonte brillait, les b\u00fbches \u00e9taient empil\u00e9es, droites. Mais au fond de l&#8217;\u00e2tre, sous le tas de cendres que la femme de m\u00e9nage n&#8217;avait pas encore \u00e9vacu\u00e9, un coin brillait. Un petit triangle blanc et noir, bord\u00e9 de brun.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un bout de papier glac\u00e9 qui n&#8217;avait pas fini de br\u00fbler.<\/p>\n<p>Il y avait dessus un pied, un seul. Tout petit. Un pied de b\u00e9b\u00e9 en noir et blanc, les orteils \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p>Un des deux. A ou B.<\/p>\n<p>J&#8217;ai d\u00e9tourn\u00e9 les yeux avant qu&#8217;il se retourne.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu es toute blanche. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai froid. Peux-tu me prendre mon gilet ? Le gris. Dans le dressing. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il a h\u00e9sit\u00e9. J&#8217;ai vu dans ses yeux le calcul : s&#8217;il montait au dressing, il ferait aussi le tour de la chambre. Et il m&#8217;a regard\u00e9e, p\u00e2le et petite sous la couverture. Il y est all\u00e9.<\/p>\n<p>Il est rest\u00e9 longtemps. Beaucoup trop longtemps.<\/p>\n<p>J&#8217;entendais le bois du plancher. Un tiroir. Un autre. Un portant qu&#8217;on pousse, le bruit m\u00e9tallique des cintres qui glissent.<\/p>\n<p>Dans la poche de ma blouse d&#8217;ATSEM, au fond de l&#8217;armoire, j&#8217;avais gliss\u00e9 le carton C. \u00c0 plat, derri\u00e8re un Kleenex et un vieux ticket de cantine. La blouse bleu ciel, avec mon pr\u00e9nom brod\u00e9 sur la poitrine. Celle que je ne mettrais plus avant des mois.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a mis dix minutes \u00e0 revenir. Le gilet gris, pli\u00e9 sur son bras.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne m&#8217;a pas l\u00e2ch\u00e9e des yeux pendant que je l&#8217;enfilais. Il avait de la poussi\u00e8re sur la manche. Une trace de gris, du bout des doigts.<\/p>\n<p>\u00ab Aymeric. \u00c7a sent le feu, ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le ramoneur. Il est pass\u00e9 hier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un coin de papier dans la chemin\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas voulu le dire. Mon corps l&#8217;avait dit.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est fig\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9e, longtemps. Le visage qu&#8217;il a eu alors, je ne l&#8217;avais jamais vu. Il n&#8217;\u00e9tait ni doux, ni g\u00ean\u00e9. Il \u00e9tait calme. Tr\u00e8s calme. Le visage d&#8217;un homme qui compte des chiffres.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est mis \u00e0 genoux devant le canap\u00e9. Il a pris mes deux mains. Les siennes \u00e9taient chaudes et s\u00e8ches.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9, a-t-il dit, avec la voix qu&#8217;il met pour parler aux serveurs. \u00c9coute-moi. Il y en avait trois. J&#8217;ai les deux autres. Il me manque celui qui est tomb\u00e9. Celui que tu as ramass\u00e9 au Bristol. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai perdu, ai-je dit. Dans l&#8217;ambulance. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;avais mal. Je sais pas o\u00f9 il est. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as. Tu l&#8217;as, je le sais. \u00bb<\/p>\n<p>Ses pouces serraient mes poignets. Pas fort. Juste assez pour que je le sente.<\/p>\n<p>\u00ab Le troisi\u00e8me carton, Chlo\u00e9. Rends-le-moi, et je te jure que\u2026 \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 5: Trois contrats dans le bureau d&#8217;Aymeric<\/h2>\n<p>Le Tupperware de ma m\u00e8re \u00e9tait trop lourd pour de la soupe.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai su d\u00e8s qu&#8217;elle me l&#8217;a pos\u00e9 sur les genoux. Il y avait un poids au fond, plat, que le bouillon ne pouvait pas expliquer.<\/p>\n<p>C&#8217;est moi qui l&#8217;y avais mis.<\/p>\n<p>La veille, Aymeric m&#8217;avait l\u00e2ch\u00e9 les poignets quand j&#8217;avais murmur\u00e9 : \u00ab Demain. Je regarde demain dans mes affaires. \u00bb Il avait hoch\u00e9 la t\u00eate. Il s&#8217;\u00e9tait relev\u00e9, avait \u00e9pousset\u00e9 son pantalon. \u00c0 7 h 40 le lendemain, il \u00e9tait parti \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 avec sa mallette, sans me r\u00e9veiller.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 8 h, j&#8217;\u00e9tais debout.<\/p>\n<p>J&#8217;avais travers\u00e9 le palier en me tenant \u00e0 la rampe, tendue comme un fil. J&#8217;avais ouvert l&#8217;armoire. La blouse bleu ciel \u00e9tait l\u00e0, ma blouse d&#8217;ATSEM, avec mon pr\u00e9nom brod\u00e9. Dans la poche, le carton C, \u00e0 plat, derri\u00e8re un Kleenex.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais envelopp\u00e9 dans un torchon propre. Je l&#8217;avais gliss\u00e9 sous le couvercle de la bo\u00eete vide que ma m\u00e8re m&#8217;avait laiss\u00e9e la semaine d&#8217;avant.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re est arriv\u00e9e \u00e0 11 h 10. Deux heures de transports, le RER A puis le bus, son cabas \u00e0 roulettes derri\u00e8re elle. Soixante-quatre ans, vingt-six ans de cantine \u00e0 Aulnay. Elle a enlev\u00e9 ses chaussures dans l&#8217;entr\u00e9e pour ne pas salir le parquet.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi cette maison, a-t-elle dit tout bas. On dirait un mus\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Poireaux-pommes de terre. Il y en a pour quatre jours. Tu manges, ma ch\u00e9rie. Tu es maigre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pas faim. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les b\u00e9b\u00e9s ont faim. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a regard\u00e9e en essuyant ses mains sur sa jupe. Elle avait compris quelque chose. Elle ne savait pas quoi.<\/p>\n<p>\u00ab Il t&#8217;a fait mal ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il t&#8217;a dit quelque chose ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pouss\u00e9 la bo\u00eete vers elle. Un Tupperware \u00e0 couvercle bleu, celui qu&#8217;elle avait gard\u00e9 trente ans, avec une marque de br\u00fblure sur un coin.<\/p>\n<p>\u00ab Tu la remportes, ai-je dit. Tu la laves pas. Tu l&#8217;ouvres pas. Tu la mets en haut de ton armoire, derri\u00e8re les couvertures. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis rien \u00e0 personne, maman. Ni au t\u00e9l\u00e9phone. S&#8217;il te pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a regard\u00e9 la bo\u00eete. Puis moi. Puis elle l&#8217;a pos\u00e9e au fond du cabas, sous le pain et une brique de lait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je ne l&#8217;ouvre pas, a-t-elle dit. Je ne pose pas de questions. Mais tu m&#8217;appelles. D\u00e8s que tu veux. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est repartie \u00e0 midi et demi, en remettant ses chaussures dans l&#8217;entr\u00e9e, un pied apr\u00e8s l&#8217;autre. Je l&#8217;ai regard\u00e9e traverser l&#8217;all\u00e9e par la fen\u00eatre, petite, le cabas qui cognait contre les gravillons.<\/p>\n<p>Quand la grille s&#8217;est referm\u00e9e, j&#8217;ai pleur\u00e9 cinq minutes.<\/p>\n<p>Puis je suis mont\u00e9e au premier \u00e9tage.<\/p>\n<p>La porte du bureau d&#8217;Aymeric \u00e9tait ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9. La cl\u00e9, je savais o\u00f9 elle \u00e9tait. Dans le pot d&#8217;orchid\u00e9es, sous le pied de la plante. Il me l&#8217;avait montr\u00e9 le jour o\u00f9 on avait emm\u00e9nag\u00e9, en riant : \u00ab Si jamais il m&#8217;arrive quelque chose, tu auras besoin des papiers. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;avais eu froid ce jour-l\u00e0, d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Le bureau sentait le tabac froid et le cuir. Les rideaux \u00e9taient tir\u00e9s. Je n&#8217;ai pas allum\u00e9 le plafonnier. Juste la petite lampe sur le secr\u00e9taire, un rond jaune sur le bois.<\/p>\n<p>Premier tiroir. Des relev\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9. Deuxi\u00e8me tiroir. Des dossiers \u00e0 \u00e9lastique, \u00e9tiquet\u00e9s au feutre.<\/p>\n<p>Trois dossiers, trois noms. Apolline. Constance. Et un troisi\u00e8me, au lieu d&#8217;un pr\u00e9nom : \u00ab Famille S. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert celui d&#8217;Apolline.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un contrat. Six pages, avec un en-t\u00eate que je n&#8217;avais jamais vu. \u00ab Convention de mise \u00e0 disposition. \u00bb Entre \u00ab Madame Apolline \u00bb et \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Un acompte de 400 000 \u20ac. Une clause pour la livraison, le 6 janvier. Une clause en gras, \u00e0 la page quatre.<\/p>\n<p>\u00ab La m\u00e8re porteuse, consentante et indemnis\u00e9e \u00e0 hauteur de 60 000 \u20ac, ne pourra en aucun cas revendiquer\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>M\u00e8re porteuse.<\/p>\n<p>Soixante mille euros. Je n&#8217;avais pas vu un centime. Je n&#8217;avais jamais sign\u00e9 de convention. Je n&#8217;avais jamais entendu parler de soixante mille euros.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Les deux autres dossiers disaient pareil. M\u00eames pages, m\u00eames mots. Une seule chose changeait : le nom, et le montant du virement.<\/p>\n<p>Au fond du troisi\u00e8me, sous une pochette plastique, il y avait une feuille que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 vue.<\/p>\n<p>Papier blanc, ent\u00eate du centre de PMA. \u00ab Consentement \u00e9clair\u00e9 de la patiente. \u00bb La date, en haut : le 12 f\u00e9vrier. Le jour du premier rendez-vous de la troisi\u00e8me FIV.<\/p>\n<p>En bas, ma signature.<\/p>\n<p>Mon grand C de Chlo\u00e9 avec la boucle que j&#8217;ai depuis la maternelle. Je me souvenais de ce jour-l\u00e0. Dix feuilles \u00e0 parapher, assise sur une chaise en plastique, Aymeric \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi qui me disait : \u00ab Signe, ma ch\u00e9rie, c&#8217;est juste pour la clinique. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Quelqu&#8217;un avait gard\u00e9 la derni\u00e8re page. Quelqu&#8217;un avait coll\u00e9 dessus un nouveau texte, imprim\u00e9 en haut, par-dessus l&#8217;ancien.<\/p>\n<p>\u00ab Je soussign\u00e9e consens \u00e0 porter pour le compte de tiers\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Ma signature, sous une phrase que je n&#8217;avais jamais lue.<\/p>\n<p>Je ne sais pas combien de temps j&#8217;ai tenu cette feuille. Longtemps. Mon t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait rest\u00e9 en bas, mort, sur son chargeur. Je n&#8217;avais rien pour prendre une photo.<\/p>\n<p>J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 relire. Les noms. Les sommes. L&#8217;heure de la livraison : 7 h 30.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que j&#8217;ai senti l&#8217;odeur.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un parfum. Poudr\u00e9, froid, tr\u00e8s sec. Je le connaissais. Il restait dans l&#8217;entr\u00e9e apr\u00e8s chaque dimanche de d\u00e9jeuner, des heures apr\u00e8s son d\u00e9part.<\/p>\n<p>Je me suis retourn\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le coin du bureau, au bout de la pi\u00e8ce, l\u00e0 o\u00f9 la lampe ne portait pas, il y avait une berg\u00e8re. Le dossier haut, tourn\u00e9e vers moi. Une silhouette droite, les mains crois\u00e9es sur les genoux.<\/p>\n<p>Ma belle-m\u00e8re.<\/p>\n<p>Je la croyais \u00e0 Deauville depuis lundi. Elle avait d\u00fb entrer par la porte de derri\u00e8re quand ma m\u00e8re \u00e9tait partie.<\/p>\n<p>Ou elle \u00e9tait l\u00e0 depuis le d\u00e9but.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle ne s&#8217;est pas lev\u00e9e. Elle n&#8217;a pas dit un mot. Elle me regardait avec les yeux calmes qu&#8217;on a pour une salade qui a mal tourn\u00e9.<\/p>\n<p>La feuille a gliss\u00e9 de ma main.<\/p>\n<h2>Partie 6: Le bureau d&#8217;Aymeric, la lampe \u00e9teinte<\/h2>\n<p>Je me suis baiss\u00e9e pour ramasser la feuille, et mon ventre a cogn\u00e9 le coin du bureau.<\/p>\n<p>Les b\u00e9b\u00e9s ont boug\u00e9 tous les trois d&#8217;un coup. Des poissons dans un sac.<\/p>\n<p>\u00ab Laissez \u00bb, a dit ma belle-m\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle a tendu la main, paume en l&#8217;air, sans quitter son fauteuil. J&#8217;ai pos\u00e9 la feuille dedans. Elle l&#8217;a liss\u00e9e contre sa jupe, comme un devoir d&#8217;\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00ab Asseyez-vous, Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re rester debout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous pr\u00e9f\u00e9rez tomber ? Asseyez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise sur la chaise d&#8217;Aymeric, celle en cuir. Elle \u00e9tait encore ti\u00e8de. Il l&#8217;avait quitt\u00e9e le matin m\u00eame, pour partir signer ses contrats \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00e9tiez \u00e0 Deauville. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis arriv\u00e9e ce matin \u00e0 9 h. Par derri\u00e8re. J&#8217;ai entendu votre m\u00e8re enlever ses chaussures dans l&#8217;entr\u00e9e. Une femme tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00e7a sans un sourire.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est repartie avec un cabas bien charg\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Des poireaux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Bien s\u00fbr. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a crois\u00e9 les mains sur ses genoux. Elle ne m&#8217;a jamais tutoy\u00e9e, en cinq ans. Ni elle, ni moi.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez lu les contrats. Vous allez donc poser des questions. Je pr\u00e9f\u00e8re y r\u00e9pondre maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est lui qui a eu l&#8217;id\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon fils ? \u00bb Elle a presque ri. \u00ab Mon fils n&#8217;a jamais eu une id\u00e9e de sa vie. Il a eu un trou. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel trou ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans les comptes de la soci\u00e9t\u00e9. Il l&#8217;a creus\u00e9 en trois ans, avec ses placements, ses voyages, ses d\u00e9jeuners. Un audit arrive en janvier. Mon mari ne sait rien. Il dort tr\u00e8s bien. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a tapot\u00e9 l&#8217;accoudoir, une fois.<\/p>\n<p>\u00ab Trois femmes de notre milieu voulaient un enfant sans avoir la peine de le porter. J&#8217;en connaissais les m\u00e8res. Trois acomptes, un million deux. Le trou est combl\u00e9. Il ne manquait qu&#8217;un ventre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le mien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le v\u00f4tre \u00e9tait disponible. Et consentant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai rien consenti. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a d\u00e9sign\u00e9 la feuille de la t\u00eate. Mon grand C. La boucle de la maternelle.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai senti que je tremblais. J&#8217;ai pos\u00e9 les mains \u00e0 plat sur mes cuisses pour que \u00e7a ne se voie pas.<\/p>\n<p>\u00ab Et si je vais \u00e0 la police ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous irez dire quoi ? Que vous avez sign\u00e9 ? Que votre mari, un HEC, vous a dup\u00e9e avec des papiers de clinique ? \u00bb Elle a pench\u00e9 la t\u00eate. \u00ab Une femme de trente et un ans, alit\u00e9e, sous traitement, qui entend des choses derri\u00e8re les portes. Le m\u00e9decin sera tr\u00e8s compr\u00e9hensif. Il y a toujours un m\u00e9decin compr\u00e9hensif. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 comment cela va se passer. \u00c0 partir de ce soir, je dors ici. Vous vous reposez. Vous mangez. Vous ne sortez pas. Votre t\u00e9l\u00e9phone restera dans mon bureau, il vous fatigue. Le 6 janvier, vous donnerez naissance. Ensuite, vous serez indemnis\u00e9e. Soixante mille euros, comme pr\u00e9vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comme pr\u00e9vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je tiens mes engagements. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est lev\u00e9e enfin. Elle \u00e9tait plus petite que dans mon souvenir. Elle a ramass\u00e9 la feuille, les dossiers, les trois, et les a rang\u00e9s dans le tiroir, qu&#8217;elle a ferm\u00e9 \u00e0 cl\u00e9. La cl\u00e9 a disparu dans son sac.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Aymeric me dit que vous avez un carton qui lui appartient. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai perdu. Dans l&#8217;ambulance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne fouillerai pas le cabas d&#8217;une retrait\u00e9e de cantine, Chlo\u00e9. Pas aujourd&#8217;hui. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9teint la lampe.<\/p>\n<p>Le rond jaune a disparu sur le bois. Je suis rest\u00e9e dans le noir, avec le parfum poudr\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 ce que sa voix me dise, depuis la porte : \u00ab Je vous accompagne jusqu&#8217;\u00e0 votre chambre. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a accompagn\u00e9e. Elle m&#8217;a tenu le coude, dans l&#8217;escalier, comme une infirmi\u00e8re. Dans la chambre, elle a pris mon t\u00e9l\u00e9phone mort sur son chargeur et mon carnet de maternit\u00e9 sur la table de nuit.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je m&#8217;occuperai des rendez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon carnet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un carnet, a-t-elle dit. \u00bb<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ferm\u00e9e. Pas \u00e0 cl\u00e9. Elle n&#8217;en avait pas besoin.<\/p>\n<p>Aymeric est rentr\u00e9 \u00e0 20 h 30. Il a d\u00een\u00e9 avec elle en bas. J&#8217;entendais leurs voix \u00e0 travers le plancher, deux murmures calmes, une fourchette sur une assiette. Il ne montait pas me voir. Quand j&#8217;ai entendu qu&#8217;il passait par le couloir, j&#8217;ai fait semblant de dormir. Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 devant la porte. Il est reparti.<\/p>\n<p>\u00c0 1 h du matin, j&#8217;avais faim.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai descendu l&#8217;escalier en chaussettes, en tenant la rampe. Dans le frigo, le bol de soupe de ma m\u00e8re, sous un film plastique. Poireaux-pommes de terre. Je l&#8217;ai mang\u00e9 froid, debout, \u00e0 la cuill\u00e8re, \u00e0 la lumi\u00e8re du frigo.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait bon. \u00c7a avait le go\u00fbt de la cantine d&#8217;Aulnay, du mardi. Je me suis mise \u00e0 pleurer dans le bol, et j&#8217;ai continu\u00e9 \u00e0 manger.<\/p>\n<p>Le gr\u00e9sillement des phares, sur la vitre de la cuisine, m&#8217;a fait lever la t\u00eate.<\/p>\n<p>Une voiture grise venait de s&#8217;arr\u00eater devant la grille. Je la connaissais. Je l&#8217;avais vue sur le parking du centre de PMA, trois fois, quatre fois, pendant les FIV. Celle du docteur Beaumont.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il est descendu. Manteau sur le bras, m\u00eame dans le froid.<\/p>\n<p>La porte d&#8217;entr\u00e9e s&#8217;est ouverte avant qu&#8217;il sonne. Ma belle-m\u00e8re, en robe de chambre, tr\u00e8s droite, sous la lumi\u00e8re du perron.<\/p>\n<p>Il lui a serr\u00e9 la main. Longuement, comme \u00e0 une vieille connaissance.<\/p>\n<p>Puis il a sorti de son manteau une enveloppe kraft, \u00e9paisse, et il la lui a donn\u00e9e.<\/p>\n<h2>Partie 7: Trente-huit jours au crayon<\/h2>\n<p>Quatorze jours plus tard, je ne savais plus quel jour on \u00e9tait, sauf par le carnet de maternit\u00e9.<\/p>\n<p>Vingt-huit semaines pass\u00e9es. Ma belle-m\u00e8re me le rendait chaque soir, ouvert \u00e0 la bonne page, apr\u00e8s l&#8217;avoir lu. Elle ajoutait des choses au stylo noir. Je ne reconnaissais plus mes propres rendez-vous.<\/p>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone dormait dans le tiroir de son bureau, avec les trois dossiers. Le t\u00e9l\u00e9phone fixe du couloir avait disparu le lendemain du bureau. \u00ab Un fil d\u00e9fectueux \u00bb, avait dit Aymeric.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais plus personne \u00e0 appeler. Je n&#8217;avais plus que des fen\u00eatres.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ma m\u00e8re est venue le mardi.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai vue depuis la chambre. Elle remontait l&#8217;all\u00e9e, son cabas \u00e0 roulettes derri\u00e8re elle, qui cognait les gravillons comme la derni\u00e8re fois. Elle n&#8217;a pas atteint la porte. Ma belle-m\u00e8re l&#8217;attendait au bout de l&#8217;all\u00e9e, en veste de laine, les mains dans les poches.<\/p>\n<p>Je ne pouvais pas entendre. Je voyais.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re parlait. Elle montrait la maison. Elle a sorti un Tupperware de son cabas, tendu vers l&#8217;autre. Ma belle-m\u00e8re a secou\u00e9 la t\u00eate, doucement, une seule fois. Poliment.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma m\u00e8re est rest\u00e9e plant\u00e9e l\u00e0. Puis elle a accroch\u00e9 le Tupperware \u00e0 la poign\u00e9e de la grille, au bout d&#8217;un sac plastique. Elle est repartie avec le cabas vide, tr\u00e8s droite. Elle s&#8217;est retourn\u00e9e deux fois. Je me suis coll\u00e9e \u00e0 la vitre. Elle ne m&#8217;a pas vue.<\/p>\n<p>Le sac est rest\u00e9 sur la grille jusqu&#8217;au soir. Ensuite, il a disparu.<\/p>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re est venue ? ai-je demand\u00e9 \u00e0 Aymeric. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a appel\u00e9, hier. Elle \u00e9tait tr\u00e8s agit\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est venue aujourd&#8217;hui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle t&#8217;a vue dans cet \u00e9tat ? Chlo\u00e9, elle t&#8217;angoisse. On a pens\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait mieux pour toi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Qui, on ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a ajust\u00e9 sa cravate. Il ne m&#8217;a pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>Le jeudi, il y a eu le docteur.<\/p>\n<p>Pas Beaumont. Un autre, plus jeune, en pull fin, qui s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9 comme l&#8217;obst\u00e9tricien de la clinique priv\u00e9e. Aymeric et ma belle-m\u00e8re ont assist\u00e9 \u00e0 la consultation, assis de chaque c\u00f4t\u00e9 du lit comme deux t\u00e9moins de mariage.<\/p>\n<p>\u00ab Alors, madame, comment va le moral ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne dort pas, a dit Aymeric. Elle a des id\u00e9es. Elle croit qu&#8217;on la surveille. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est vrai qu&#8217;on me surveille. \u00bb<\/p>\n<p>Le docteur a not\u00e9 quelque chose. Avec un air tr\u00e8s doux.<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont les hormones, a dit Aymeric, en me caressant la main. Je te l&#8217;ai dit, ma ch\u00e9rie. Ce sont les hormones. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai retir\u00e9 ma main. Il l&#8217;a laiss\u00e9e aller.<\/p>\n<p>Quand le t\u00e9l\u00e9phone du docteur a sonn\u00e9, il est sorti dans le couloir. Il a oubli\u00e9 son dossier sur la table de nuit. Aymeric a suivi. Ma belle-m\u00e8re est descendue chercher un th\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e seule, six minutes.<\/p>\n<p>Le dossier avait mon nom au feutre sur la tranche. Je l&#8217;ai ouvert sur mes genoux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La premi\u00e8re page tenait en peu de mots. \u00ab Anxi\u00e9t\u00e9 majeure. Id\u00e9es de pers\u00e9cution. Propos rapport\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer avec prudence. \u00bb Une date, il y avait dix jours. Une signature que je ne connaissais pas.<\/p>\n<p>Dessous, un tampon : \u00ab Suivi transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique. Accouchement programm\u00e9 : 6 janvier. \u00bb<\/p>\n<p>Sous cette page, une pochette bleue.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai ouverte.<\/p>\n<p>Un formulaire de trois pages, avec mon nom, mon adresse, ma date de naissance, d\u00e9j\u00e0 tap\u00e9s. \u00ab Acte de remise en vue d&#8217;adoption. \u00bb Trois enfants, trois lignes. Un blanc, en bas, avec une croix au crayon \u00e0 l&#8217;endroit de la signature.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Sur la deuxi\u00e8me page, quelqu&#8217;un avait ajout\u00e9 \u00e0 la main : \u00ab \u00c0 faire signer au bloc, apr\u00e8s pr\u00e9m\u00e9dication. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s pr\u00e9m\u00e9dication.<\/p>\n<p>J&#8217;ai fait ce que font les ATSEM quand un enfant tombe et qu&#8217;on ne sait pas encore s&#8217;il s&#8217;est fait mal. J&#8217;ai respir\u00e9 par le ventre. Trois fois. Puis j&#8217;ai referm\u00e9 la pochette, remis le dossier \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 je l&#8217;avais trouv\u00e9, l&#8217;\u00e9lastique du c\u00f4t\u00e9 du mur.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas de t\u00e9l\u00e9phone pour prendre une photo. Je le savais depuis deux semaines. Ce jour-l\u00e0, \u00e7a m&#8217;a fait mal comme une dent.<\/p>\n<p>Le docteur est revenu. Il a repris le dossier sans le regarder.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Parfait. Alors on se retrouve \u00e0 la clinique, madame. D\u00e9but janvier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9but janvier, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ma belle-m\u00e8re, depuis la porte. \u00bb<\/p>\n<p>Le soir, j&#8217;ai eu le droit de descendre d\u00eener. Ma belle-m\u00e8re avait d\u00e9cid\u00e9 que j&#8217;avais \u00ab une bonne journ\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;entr\u00e9e, sur le portemanteau, mon vieux caban bleu marine. Je l&#8217;ai effleur\u00e9 en passant. Dans la poche, une rigidit\u00e9 de carton.<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9e, comme pour reprendre mon souffle. J&#8217;ai gliss\u00e9 la main.<\/p>\n<p>Mon pass Navigo.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le plastique \u00e9tait ti\u00e8de, ray\u00e9 aux coins. Au dos, la date : octobre. P\u00e9rim\u00e9 depuis deux semaines. Sur la photo, une fille de vingt-huit ans, cheveux attach\u00e9s, la t\u00eate un peu pench\u00e9e, sourire de photomaton.<\/p>\n<p>Elle prenait le RER A \u00e0 6 h 40 pour aller voir des enfants de trois ans. Elle ne savait rien de rien.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai remis dans la poche. Droit, comme si je ne l&#8217;avais pas touch\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la cuisine, l&#8217;odeur de gigot. Aymeric parlait au t\u00e9l\u00e9phone dans la pi\u00e8ce d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, la voix tr\u00e8s basse. Ma belle-m\u00e8re remuait une sauce. Je me suis assise sur le tabouret, face au mur.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Au mur, il y avait un calendrier de la Poste, celui des pompiers, accroch\u00e9 au clou depuis qu&#8217;on avait emm\u00e9nag\u00e9. Je ne l&#8217;avais jamais regard\u00e9.<\/p>\n<p>Janvier. Une grille de cases blanches.<\/p>\n<p>Le 6 \u00e9tait entour\u00e9 de rouge. Deux fois. Le stylo avait d\u00e9chir\u00e9 le papier.<\/p>\n<p>Et dessous, minuscule, au crayon \u00e0 papier, dans une \u00e9criture pench\u00e9e que je connaissais pour l&#8217;avoir vue au bas de mes carnets :<\/p>\n<p>38 jours.<\/p>\n<h2>Partie 8: Le Tupperware \u00e0 la marque br\u00fbl\u00e9e<\/h2>\n<p>\u00ab Ils sont \u00e0 moi, Chlo\u00e9. Les trois. \u00bb<\/p>\n<p>Aymeric me l&#8217;a dit un samedi, le dos contre la porte de la chambre, comme on annonce que le pain est fini.<\/p>\n<p>Je venais de raccrocher avec ma m\u00e8re. Deux heures plus t\u00f4t, ma belle-m\u00e8re m&#8217;avait tendu le combin\u00e9 de la cuisine, en le tenant elle-m\u00eame contre mon oreille. Elle avait mis le haut-parleur. Aymeric \u00e9tait appuy\u00e9 au frigo, un caf\u00e9 \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab All\u00f4 ? Chlo\u00e9 ? C&#8217;est maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ma ch\u00e9rie, tu es fatigu\u00e9e ? Ils m&#8217;ont dit que tu dormais tout le temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Un peu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute. On m&#8217;a cambriol\u00e9e. Mardi, pendant que j&#8217;\u00e9tais \u00e0 la messe de 18 h. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 ma belle-m\u00e8re. Elle regardait la table.<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont tout retourn\u00e9. Les tiroirs, le lit, tout. Ils ont pris la t\u00e9l\u00e9. Mon poste. La bo\u00eete LU o\u00f9 je mets mes sous pour le mois. La police est venue, elle a dit que c&#8217;\u00e9tait des gamins. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et puis le Tupperware, ma ch\u00e9rie. Celui du haut de l&#8217;armoire. Tu sais lequel. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a dit \u00e7a tr\u00e8s doucement.<\/p>\n<p>\u00ab Le Tupperware \u00e0 la marque, a-t-elle r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Trente ans que je l&#8217;avais. Je ne l&#8217;avais pas ouvert, tu sais. Je te l&#8217;avais promis. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti Aymeric se redresser, derri\u00e8re moi, sans un bruit.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pas grave, maman. C&#8217;est qu&#8217;un Tupperware. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un Tupperware, a dit ma m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Sa voix s&#8217;est cass\u00e9e sur le dernier mot. Pas pour la bo\u00eete. Elle avait compris que j&#8217;avais compris.<\/p>\n<p>Ma belle-m\u00e8re a repris le combin\u00e9 et l&#8217;a pos\u00e9 sur son socle. Elle a dit \u00ab Merci \u00bb \u00e0 personne. Elle est sortie.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Voil\u00e0. Ensuite, il y a eu la chambre.<\/p>\n<p>Aymeric a ferm\u00e9 la porte. Il s&#8217;est adoss\u00e9 au bois. Il n&#8217;avait plus son visage de mari repentant. Il avait celui des chiffres.<\/p>\n<p>\u00ab Ils sont \u00e0 moi, a-t-il dit. Les trois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De quoi tu parles ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne fais pas \u00e7a. Beaumont me l&#8217;a dit le jour du Bristol, au t\u00e9l\u00e9phone, dans le couloir de la clinique. Pendant que tu dormais sous perfusion. Ses embryons, \u00e0 lui. Tes embryons \u00e0 toi. Mon sperme. \u00bb Il a eu un petit rire sans air. \u00ab Le salaud. Il m&#8217;a vendu mes propres gosses. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis assise sur le lit.<\/p>\n<p>Il avait cess\u00e9 de me mentir en une phrase. J&#8217;ai eu froid d&#8217;un seul coup.<\/p>\n<p>\u00ab Alors, ai-je dit, tu les laisses ? Tu me les laisses ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont tes enfants. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a ne change rien. \u00bb<\/p>\n<p>Il a r\u00e9p\u00e9t\u00e9, plus bas : \u00ab \u00c7a ne change rien, Chlo\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment \u00e7a, rien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apolline a d\u00e9j\u00e0 fait peindre une chambre. Constance a achet\u00e9 le berceau, un machin en rotin. La m\u00e8re de Sixtine a vendu un tableau. Elles ont pay\u00e9. Elles attendent. Tu crois qu&#8217;elles vont demander un test ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a secou\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Elles ne feront jamais de test. On ne demande pas de test sur un b\u00e9b\u00e9 qu&#8217;on a pay\u00e9. Elles voudront y croire. Tout le monde veut y croire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Toi, tu auras soixante mille euros, ta famille, ta paix. Et mes enfants seront \u00e9lev\u00e9s dans de bonnes maisons. \u00c0 Neuilly. \u00c0 Versailles. Tu sais ce que tu pouvais leur offrir, \u00e0 Aulnay ? \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas cri\u00e9. Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 ses chaussures, des mocassins noirs cir\u00e9s, avec une trace de gravier sur le c\u00f4t\u00e9 gauche.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu as vol\u00e9 ma m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai rien vol\u00e9 du tout. Quelqu&#8217;un a fait ce qu&#8217;il fallait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le carton. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il n&#8217;existe plus. Aucune preuve, Chlo\u00e9. Un document, un seul, qui disait ce que tu savais. Plus de carton, plus de Beaumont, plus de test. Tu as les mots de ta m\u00e8re et ceux d&#8217;une femme dont le dossier dit qu&#8217;elle entend des voix. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est d\u00e9tach\u00e9 de la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Ne pleure pas. Ce n&#8217;est pas bon pour eux. \u00bb<\/p>\n<p>Il a essuy\u00e9 une seule larme sur ma joue, du pouce. Je me suis laiss\u00e9 faire. Je me suis laiss\u00e9 faire parce que j&#8217;attendais qu&#8217;il sorte.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il est sorti \u00e0 17 h 10.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e assise. Longtemps. Le jour d\u00e9clinait derri\u00e8re les rideaux. En bas, la bouilloire, puis la voix de ma belle-m\u00e8re au t\u00e9l\u00e9phone, deux mots, une pause, deux mots.<\/p>\n<p>Plus aucune preuve.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas de photo. Mon t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait dans un tiroir, et il y avait eu trois semaines o\u00f9 je n&#8217;avais pas os\u00e9 penser \u00e0 ce que \u00e7a voulait dire. Les contrats : au tiroir, sous cl\u00e9. Le carton C : parti avec le Tupperware. Les cendres de A et B : balay\u00e9es.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. J&#8217;ai march\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;armoire, sans tenir le mur.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma blouse bleu ciel pendait \u00e0 sa place, avec mon pr\u00e9nom brod\u00e9. Ma belle-m\u00e8re n&#8217;\u00e9tait pas encore mont\u00e9e la fouiller. Ou elle l&#8217;avait fait, et n&#8217;avait rien cherch\u00e9 dans une blouse.<\/p>\n<p>J&#8217;ai gliss\u00e9 la main dans la poche.<\/p>\n<p>Un Kleenex. Un vieux ticket de cantine. Et, derri\u00e8re, un papier fin, pli\u00e9 en quatre, que je n&#8217;avais pas touch\u00e9 depuis la nuit du feu.<\/p>\n<p>Un ticket de caisse Leclerc, celui d&#8217;une course de ma m\u00e8re, oubli\u00e9 l\u00e0.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Au dos, au crayon \u00e0 papier, tr\u00e8s serr\u00e9, avec la boucle de mon 7 : le num\u00e9ro d&#8217;embryon et la date du transfert. Je les avais recopi\u00e9s cette nuit-l\u00e0, \u00e0 plat ventre sur le parquet de la chambre, le carton C \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, le crayon du carnet de maternit\u00e9 dans la main gauche. Parce que je n&#8217;avais plus de t\u00e9l\u00e9phone. Parce que le carton, un jour, quelqu&#8217;un me le prendrait.<\/p>\n<p>Les chiffres \u00e9taient l\u00e0. La date, aussi.<\/p>\n<p>Je me suis assise par terre, contre la porte de l&#8217;armoire, le ticket \u00e0 plat sur mon genou. Une ligne de crayon. C&#8217;\u00e9tait tout ce qui me restait.<\/p>\n<h2>Partie 9: L&#8217;infirmi\u00e8re aux chaussures de laboratoire<\/h2>\n<p>L&#8217;infirmi\u00e8re \u00e0 domicile a ouvert le robinet de la salle de bains avant m\u00eame de me dire bonjour.<\/p>\n<p>\u00c0 fond. L&#8217;eau cognait dans le lavabo. Elle a ferm\u00e9 la porte de la chambre derri\u00e8re elle, a pos\u00e9 son sac de soins sur la commode, et elle a enfil\u00e9 des surchaussures bleues par-dessus ses baskets blanches. Pour une chambre \u00e0 coucher.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la quatri\u00e8me visite de la semaine. Ma belle-m\u00e8re l&#8217;avait annonc\u00e9e la veille, au d\u00eener. \u00ab La clinique envoie quelqu&#8217;un tous les matins \u00e0 10 h. Pour vous surveiller. \u00bb Elle avait dit \u00ab surveiller \u00bb. Pas \u00ab soigner \u00bb.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ce matin-l\u00e0, ma belle-m\u00e8re \u00e9tait partie \u00e0 9 h 30 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, avec Aymeric, pour pr\u00e9parer l&#8217;audit. La femme de m\u00e9nage passait l&#8217;aspirateur au rez-de-chauss\u00e9e. Un grondement lointain, continu.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, a dit l&#8217;infirmi\u00e8re, assez fort, vous allez me donner votre bras. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tendu le bras. Elle a serr\u00e9 le brassard. Elle ne regardait pas le cadran. Elle regardait la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Douze sept, a-t-elle annonc\u00e9. C&#8217;est parfait. \u00bb<\/p>\n<p>Puis, sans changer de visage, \u00e0 voix basse :<\/p>\n<p>\u00ab Il faut manger quelque chose avant que je vous dise le reste. \u00c7a vous \u00e9vitera de vous \u00e9vanouir. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a sorti de son sac un sachet de boulangerie.<\/p>\n<p>Un sachet en papier blanc, ray\u00e9 de rouge, pli\u00e9 en deux. Il y avait une tache de gras en bas.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mangez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert. Un \u00e9clair au caf\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e sans bouger. \u00c7a faisait presque un mois que je ne mangeais plus rien qui sentait le sucre. \u00c0 Aulnay, chaque samedi, avant la maternelle, je m&#8217;arr\u00eatais chez le boulanger pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9cole. Un \u00e9clair au caf\u00e9, un seul, mang\u00e9 sur le trottoir, avec un Kleenex en dessous.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas faim. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les b\u00e9b\u00e9s, si. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait exactement la phrase de ma m\u00e8re.<\/p>\n<p>J&#8217;ai mang\u00e9 l&#8217;\u00e9clair. De la cr\u00e8me sur les doigts, du gla\u00e7age sur le menton. Je l&#8217;ai fini en quatre bouch\u00e9es, assise sur le lit, et je me suis remise \u00e0 pleurer, b\u00eatement, la bouche pleine. L&#8217;infirmi\u00e8re m&#8217;a tendu un mouchoir sans rien dire. L&#8217;eau coulait toujours.<\/p>\n<p>\u00ab Bien, a-t-elle dit quand j&#8217;ai eu fini. Huit minutes. \u00c9coutez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise sur la chaise, en face de moi, les genoux presque contre les miens. Elle avait une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es. Des cheveux gris attach\u00e9s tr\u00e8s serr\u00e9, de petites lunettes. Des mains lav\u00e9es trop souvent.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le docteur Beaumont a pris l&#8217;avion pour Lisbonne hier soir. Il a emport\u00e9 ce que votre mari lui a pay\u00e9, et ce que les trois familles lui ont vers\u00e9. Il ne reviendra pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est all\u00e9 voir ma belle-m\u00e8re, la nuit. Avec une enveloppe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Il a vendu \u00e0 chacun un morceau de la v\u00e9rit\u00e9. Il a jou\u00e9 tout le monde. Y compris vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a dit de jouer celle qui n&#8217;a rien compris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il vous a dit \u00e7a pour que vous restiez tranquille. Pas pour vous prot\u00e9ger. \u00bb Elle a eu une petite grimace. \u00ab Mais il a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui quelque chose. Ce n&#8217;est pas par bont\u00e9. Par peur. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a sorti de la poche de sa blouse un t\u00e9l\u00e9phone, un vieux mod\u00e8le \u00e0 coque noire.<\/p>\n<p>Un t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9 comme on regarde de l&#8217;eau dans le d\u00e9sert. Elle a tourn\u00e9 l&#8217;\u00e9cran vers moi.<\/p>\n<p>Des photos. Des pages de cahier, \u00e9paisses, \u00e0 colonnes. Une \u00e9criture pench\u00e9e, serr\u00e9e, que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 vue au dos d&#8217;un carton. Des dates. Des num\u00e9ros. Des signatures en bas.<\/p>\n<p>\u00ab Les registres du labo, a-t-elle dit. Les vrais. Ceux que Beaumont recopiait sur le dos des \u00e9chographies, pour se couvrir. Je les ai photographi\u00e9s avant que le labo ne soit vid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a, dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vos trois cycles de FIV. Vos embryons. Qui a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9, quand. Qui est le p\u00e8re. \u00bb Elle a fait glisser son doigt. \u00ab Et \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Une page, une seule ligne entour\u00e9e au stylo.<\/p>\n<p>\u00ab Les embryons de Sixtine. Ils sont toujours au froid. Dans une cuve du labo, intacts. Personne n&#8217;a jamais sign\u00e9 pour les sortir. Personne ne les a jamais touch\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors le b\u00e9b\u00e9 de Sixtine\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab N&#8217;a jamais exist\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e, trop vite. La chambre a tangu\u00e9. L&#8217;infirmi\u00e8re m&#8217;a rattrap\u00e9e par le coude.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Doucement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas de preuve. Aymeric a vol\u00e9 le carton. Il l&#8217;a dit lui-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez toujours quelque chose, vous. Je le sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si vous n&#8217;aviez rien, on ne vous ferait pas surveiller par une infirmi\u00e8re tous les matins. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;aspirateur, en bas, s&#8217;est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>On a \u00e9cout\u00e9, toutes les deux. Deux secondes. Puis il a repris.<\/p>\n<p>L&#8217;infirmi\u00e8re a rang\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone. Elle a \u00f4t\u00e9 ses surchaussures d&#8217;un geste, les a roul\u00e9es en boule dans sa poche.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je reviens demain, a-t-elle dit. M\u00eame heure. Vous pr\u00e9parez ce que vous voulez emporter. Un seul sac. Ce qui est \u00e0 vous, et rien d&#8217;autre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Emporter o\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0 o\u00f9 on peut vous croire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais vous, vous \u00eates qui ? Votre blouse n&#8217;a pas de nom brod\u00e9. Vous n&#8217;\u00eates pas infirmi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a referm\u00e9 le robinet. L&#8217;eau s&#8217;est tue d&#8217;un coup.<\/p>\n<p>Dans le silence, elle m&#8217;a regard\u00e9e en face, comme on regarde quelqu&#8217;un qu&#8217;on a d\u00e9j\u00e0 vu mille fois sous un microscope.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis la biologiste du labo, a-t-elle dit. C&#8217;est moi qui ai d\u00e9congel\u00e9 vos embryons. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 10: Un sac Lidl sur les genoux<\/h2>\n<p>\u00c0 13 h 52, j&#8217;\u00e9tais assise dans le RER A, un sac Lidl serr\u00e9 contre le ventre, et personne dans le wagon ne savait que je venais de m&#8217;enfuir.<\/p>\n<p>Je tenais mon pass Navigo p\u00e9rim\u00e9 dans la main gauche. Je ne sais pas pourquoi. Pour me prouver que j&#8217;\u00e9tais encore quelqu&#8217;un qui prenait le RER.<\/p>\n<p>La biologiste \u00e9tait assise en face, un journal gratuit ouvert devant elle. Elle ne me regardait pas. Elle respirait lentement par le nez, comme on le conseille aux femmes enceintes.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Tout avait pris onze minutes, le matin.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait revenue \u00e0 10 h. Ma belle-m\u00e8re \u00e9tait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, Aymeric aussi. La femme de m\u00e9nage passait l&#8217;aspirateur \u00e0 l&#8217;\u00e9tage. Un sac Lidl m&#8217;attendait sous l&#8217;\u00e9vier de la cuisine, pli\u00e9 en quatre, que je connaissais de mes ann\u00e9es d&#8217;avant : cinq centimes l&#8217;unit\u00e9, la bande jaune et bleue.<\/p>\n<p>J&#8217;y avais mis trois choses. Ma blouse d&#8217;ATSEM, avec le ticket Leclerc au fond de la poche. Le carnet de maternit\u00e9, que ma belle-m\u00e8re m&#8217;avait rendu la veille. Une culotte propre.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est tout ? a demand\u00e9 la biologiste. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est tout ce qui est \u00e0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>On est sorties par le fond du jardin. Une porte en bois, derri\u00e8re les framboisiers, que je n&#8217;avais jamais ouverte. On a long\u00e9 le mur en marchant vite. Moi, en tenant mon ventre \u00e0 deux mains. Elle, en tenant mon coude.<\/p>\n<p>Elle a pay\u00e9 deux billets au distributeur de la gare, en pi\u00e8ces, sans rien dire. Une dame m&#8217;a laiss\u00e9 sa place. J&#8217;ai dit merci. Ma voix tremblait.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pour la sortie.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re nous attendait \u00e0 Aulnay, devant la porte vitr\u00e9e d&#8217;un cabinet d&#8217;avocate, entre une pharmacie et un coiffeur. La biologiste l&#8217;avait appel\u00e9e de son vieux t\u00e9l\u00e9phone, la veille au soir. Ma m\u00e8re avait mis son manteau des enterrements.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle ne m&#8217;a pas pos\u00e9 de question. Elle m&#8217;a prise dans ses bras, avec le sac Lidl entre nous, et elle a senti la blouse \u00e0 travers le plastique.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as maigri, a-t-elle dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman, pour la t\u00e9l\u00e9, pour le Tupperware\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Chut. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de son cabas une bo\u00eete neuve, \u00e0 couvercle bleu, sans la moindre br\u00fblure sur le coin.<\/p>\n<p>\u00ab Du riz au lait. Elle n&#8217;est pas aussi bien que l&#8217;ancienne, je sais. Mais mange. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mang\u00e9 le riz au lait debout, dans la salle d&#8217;attente, avec une petite cuill\u00e8re de plastique. L&#8217;avocate me regardait faire depuis sa porte. Elle ne m&#8217;a pas interrompue.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>C&#8217;\u00e9tait une femme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es, un tailleur fatigu\u00e9, des lunettes sur la t\u00eate. Son bureau sentait le caf\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9. Elle m&#8217;a fait asseoir devant un tas de dossiers qui montait presque jusqu&#8217;au plafond.<\/p>\n<p>\u00ab Montrez-moi ce que vous avez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai vid\u00e9 le sac sur son bureau. La blouse. Le carnet. Le ticket.<\/p>\n<p>\u00ab Un ticket de caisse, a-t-elle dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a au dos le num\u00e9ro d&#8217;embryon et la date du transfert. Je les ai recopi\u00e9s d&#8217;apr\u00e8s un carton. Le carton a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au crayon. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;avocate l&#8217;a retourn\u00e9 sans un mot. Elle a regard\u00e9 longtemps l&#8217;\u00e9criture, la boucle de mon 7.<\/p>\n<p>La biologiste a pos\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Elle a fait d\u00e9filer les pages. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e sur une ligne entour\u00e9e.<\/p>\n<p>L&#8217;avocate a relev\u00e9 la t\u00eate. Elle a compar\u00e9 deux fois. Le ticket, l&#8217;\u00e9cran. L&#8217;\u00e9cran, le ticket.<\/p>\n<p>\u00ab Le num\u00e9ro est le m\u00eame, a-t-elle dit. La date aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Alors ce ticket, c&#8217;est le d\u00e9but de quelque chose. Pas une preuve. Le d\u00e9but d&#8217;une preuve. \u00bb Elle s&#8217;est frott\u00e9 les yeux. \u00ab Voil\u00e0 ce qu&#8217;on va faire. Plainte aujourd&#8217;hui : escroquerie, faux, usage de faux. Une demande d&#8217;ordonnance de protection devant la juge aux affaires familiales, en urgence. Un huissier demain pour votre m\u00e8re. Vous ne rentrez pas l\u00e0-bas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et mes b\u00e9b\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils sont dans votre ventre. C&#8217;est la meilleure place qu&#8217;ils aient. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a presque souri. Puis son t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9.<\/p>\n<p>Elle a d\u00e9croch\u00e9. Elle a \u00e9cout\u00e9, la m\u00e2choire serr\u00e9e. Elle a dit \u00ab Oui \u00bb deux fois, puis \u00ab Je l&#8217;ai ici. Elle vient. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait le commissariat. Votre mari a signal\u00e9 votre disparition \u00e0 11 h 20. Disparition inqui\u00e9tante. Une femme enceinte de vingt-neuf semaines, alit\u00e9e, fragile, sous traitement. Ils ont diffus\u00e9 votre signalement \u00e0 toutes les gares. \u00bb<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re a serr\u00e9 mon bras.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une chance, a continu\u00e9 l&#8217;avocate. Si c&#8217;est nous qui allons au commissariat, vous \u00eates une victime qui porte plainte. Si c&#8217;est eux qui vous trouvent, vous \u00eates une patiente qui a fait une fugue. Cinq minutes, on y va. \u00bb<\/p>\n<p>On y est all\u00e9es \u00e0 pied.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le commissariat d&#8217;Aulnay \u00e9tait un b\u00e2timent gris derri\u00e8re un parking, avec un drapeau qui pendait. \u00c0 l&#8217;accueil, un agent m&#8217;a demand\u00e9 mon nom. Je l&#8217;ai dit. Il a lev\u00e9 les yeux, il a pris son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>On a attendu sur un banc en plastique. Ma m\u00e8re a pos\u00e9 son cabas entre ses pieds. La biologiste tenait le sac Lidl sur ses genoux.<\/p>\n<p>Au bout de dix minutes, une porte s&#8217;est ouverte, au fond du couloir.<\/p>\n<p>Une femme en civil, la quarantaine, les cheveux courts, une veste de cuir. La lieutenante. Elle m&#8217;a regard\u00e9e une seconde, pas plus. Elle a tenu la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, entrez. On vous attendait. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Son bureau \u00e9tait petit. Une fen\u00eatre, un ficus, une tasse. Et, pos\u00e9 au milieu de la table, bien droit, un dossier cartonn\u00e9 bleu.<\/p>\n<p>Il y avait mon nom dessus, \u00e9crit au feutre.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9pais.<\/p>\n<h2>Partie 11: Trois femmes, un vocal, une salle sans fen\u00eatre<\/h2>\n<p>Apolline a pos\u00e9 son sac sur la table avant de me dire bonjour, et elle ne m&#8217;a pas regard\u00e9e une seule fois pendant les dix premi\u00e8res minutes.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le lendemain, 9 h. Une salle du commissariat d&#8217;Aulnay, au fond d&#8217;un couloir, sans fen\u00eatre. Une table en stratifi\u00e9, huit chaises, un n\u00e9on qui clignotait. Un distributeur de gobelets en plastique dans le couloir, que ma m\u00e8re avait approvisionn\u00e9 en pi\u00e8ces de vingt centimes.<\/p>\n<p>J&#8217;avais dormi chez elle, dans mon ancien lit, avec une voiture de police gar\u00e9e en bas. J&#8217;avais mang\u00e9 le reste du riz au lait au petit-d\u00e9jeuner. Je portais ma blouse d&#8217;ATSEM sous mon manteau, parce que c&#8217;\u00e9tait le seul v\u00eatement qui m&#8217;allait encore sur le ventre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La lieutenante avait ferm\u00e9 la porte \u00e0 cl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Huis clos, a-t-elle dit. Personne ne sort avant d&#8217;avoir tout entendu. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a expliqu\u00e9 \u00e0 voix basse, avant qu&#8217;elles entrent, ce que contenait le dossier bleu. Trois lettres au parquet, une par famille, \u00e9crites la semaine d&#8217;avant, quand Beaumont avait cess\u00e9 de r\u00e9pondre aux appels. Chacune croyait \u00eatre la seule \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e.<\/p>\n<p>Elles sont arriv\u00e9es ensemble, et pas ensemble. Apolline, manteau camel, brushing intact. Constance, plus petite, avec un sac de laine et des yeux gonfl\u00e9s. Et une troisi\u00e8me femme, d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann\u00e9es, les mains serr\u00e9es sur son sac, qui s&#8217;est assise la derni\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La m\u00e8re de Sixtine.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est donc vous, a dit Apolline. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On m&#8217;a dit que vous aviez \u00e9t\u00e9 indemnis\u00e9e. Soixante mille euros. Vous avez sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai sign\u00e9 des papiers de FIV. Pas \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez que je vous croie sur parole ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, a dit la lieutenante. Elle veut que vous \u00e9coutiez. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La biologiste a pos\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone au centre de la table. Elle a fait d\u00e9filer les pages du registre, lentement, une par une, en les nommant. Mes trois cycles. Mes embryons \u00e0 moi. Le p\u00e8re : Aymeric. Les dates de transfert, en face de ma date de naissance et pas de la leur.<\/p>\n<p>Constance a pris sa respiration. Elle a tendu la main vers l&#8217;\u00e9cran sans le toucher.<\/p>\n<p>\u00ab Alors le b\u00e9b\u00e9 que j&#8217;attendais\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont les enfants de Chlo\u00e9, a dit la biologiste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et il le savait ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis le jour du Bristol. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline s&#8217;est lev\u00e9e. Elle a fait trois pas jusqu&#8217;au mur, elle a pos\u00e9 la paume dessus, \u00e0 plat, comme pour v\u00e9rifier qu&#8217;il tenait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai fait peindre une chambre, a-t-elle dit. En jaune. J&#8217;ai choisi le jaune parce que je ne voulais pas savoir. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a r\u00e9pondu. Dans le couloir, quelqu&#8217;un a laiss\u00e9 tomber une pi\u00e8ce dans le distributeur.<\/p>\n<p>C&#8217;est la m\u00e8re de Sixtine qui a parl\u00e9, enfin. D&#8217;une voix tr\u00e8s calme, de celles qu&#8217;on a quand on a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas s&#8217;effondrer devant des gens.<\/p>\n<p>\u00ab Et ma fille ? Ses embryons ? On m&#8217;a dit que le transfert avait eu lieu en mai. \u00bb<\/p>\n<p>La biologiste a tourn\u00e9 l&#8217;\u00e9cran vers elle. Une ligne entour\u00e9e au stylo.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ils n&#8217;ont jamais boug\u00e9. Ils sont dans une cuve du labo, \u00e0 moins cent quatre-vingt-seize degr\u00e9s. Intacts. Je les ai v\u00e9rifi\u00e9s moi-m\u00eame, avant de partir. \u00bb<\/p>\n<p>La m\u00e8re de Sixtine a pos\u00e9 la main sur sa bouche.<\/p>\n<p>Elle est rest\u00e9e comme \u00e7a, longtemps. Quand elle a repris la parole, sa voix \u00e9tait plus basse.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a vendu son piano pour payer l&#8217;acompte, a-t-elle dit. Elle l&#8217;a fait \u00e0 ma place, et je n&#8217;ai rien vu. Ma fille croit depuis octobre qu&#8217;il y a un b\u00e9b\u00e9 qui l&#8217;attend quelque part. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il n&#8217;y en a pas, a dit la biologiste. Mais il y a les siens. Et vous pouvez les r\u00e9cup\u00e9rer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il y a eu un temps. Constance s&#8217;est mise \u00e0 pleurer sans bruit, un mouchoir en boule dans son poing. Je me suis approch\u00e9e d&#8217;elle. Je ne savais pas quoi faire d&#8217;autre. Je lui ai donn\u00e9 un Kleenex, un des miens, sorti de ma poche de blouse.<\/p>\n<p>\u00ab Vous aviez achet\u00e9 un berceau, ai-je dit. En rotin. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a lev\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Comment vous savez, pour le berceau ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il me l&#8217;a r\u00e9p\u00e9t\u00e9, comme une preuve que vous ne demanderiez jamais de test. \u00bb<\/p>\n<p>Constance a eu un petit rire, mouill\u00e9, affreux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il avait raison. J&#8217;ai failli ne pas en demander. \u00bb<\/p>\n<p>La lieutenante s&#8217;est rassise. Elle a pos\u00e9 ses deux mains \u00e0 plat sur le dossier bleu.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 o\u00f9 on en est, a-t-elle dit. Beaumont est \u00e0 Lisbonne. Les registres, ce sont des photos de t\u00e9l\u00e9phone. Le carton est vol\u00e9. Madame a un ticket de caisse au crayon. Aymeric a un avocat et une soci\u00e9t\u00e9. Si on l&#8217;interroge demain, il dira que tout est une manipulation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait ? a demand\u00e9 Apolline. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On attend qu&#8217;il se serve de nous. Il a encore besoin de vous trois. Il va vous appeler. Il va vous dire que tout est pr\u00eat pour la livraison. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Et nous, on dit oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous dites oui. \u00bb<\/p>\n<p>Apolline s&#8217;est retourn\u00e9e. Elle m&#8217;a regard\u00e9e en face, pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;aime pas cette histoire, a-t-elle dit. Mais je n&#8217;aime pas encore plus ce qu&#8217;il m&#8217;a pris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi non plus, ai-je dit. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a hoch\u00e9 la t\u00eate une fois. C&#8217;\u00e9tait notre accord.<\/p>\n<p>Constance s&#8217;est essuy\u00e9 les yeux. Elle a ouvert son sac de laine, en a sorti un t\u00e9l\u00e9phone, un mod\u00e8le de l&#8217;an dernier, avec une coque rose \u00e9caill\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai quelque chose, a-t-elle dit. Je ne sais pas si \u00e7a compte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a compte, a dit la lieutenante, avant m\u00eame d&#8217;avoir vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un vocal. Il me l&#8217;a laiss\u00e9 il y a trois semaines, le soir o\u00f9 j&#8217;ai vers\u00e9 le dernier acompte. Je l&#8217;ai gard\u00e9 parce que\u2026 parce que sa voix avait l&#8217;air gentille. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pos\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone au milieu de la table, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui de la biologiste.<\/p>\n<p>Elle a appuy\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a eu un gr\u00e9sillement, un bruit de verre pos\u00e9, un l\u00e9ger rire d&#8217;homme.<\/p>\n<p>\u00ab Constance, c&#8217;est Aymeric. Pour la somme, on est bons : quatre cent mille, re\u00e7us. Tout est cal\u00e9. Pour la livraison, le 6 janvier, \u00e0 7 h 30\u2026 \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La lieutenante a lev\u00e9 la main. Personne ne respirait plus.<\/p>\n<p>La voix d&#8217;Aymeric a continu\u00e9, d\u00e9tendue, presque tendre.<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 comme convenu. Ne vous inqui\u00e9tez pas, il n&#8217;y aura aucun probl\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 12: La mallette de Beaumont \u00e0 14 h<\/h2>\n<p>Le matin du Bristol, dans son cabinet, le docteur Beaumont tenait les trois \u00e9chographies \u00e0 deux mains, et elles tremblaient plus que moi. \u00ab Ne les retournez pas, Chlo\u00e9 \u00bb, avait-il dit.<\/p>\n<p>Je n&#8217;y avais pas fait attention. J&#8217;avais cru \u00e0 la fatigue d&#8217;un vieux m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Le 28 d\u00e9cembre, \u00e0 9 h 10, j&#8217;ai repens\u00e9 \u00e0 ces mains, assise dans le bureau de l&#8217;avocate, devant un \u00e9cran d&#8217;ordinateur. Elle venait de recevoir un fichier vid\u00e9o.<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9diteur : une adresse du Portugal.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Presque quatre semaines avaient pass\u00e9 depuis la salle sans fen\u00eatre. J&#8217;avais vingt-neuf semaines quand j&#8217;avais fui Le V\u00e9sinet. J&#8217;en avais maintenant trente-trois. Je dormais chez ma m\u00e8re, avec la voiture de police en bas, et je comptais les jours sur le calendrier de la poste, celui avec un chat. Le 6 janvier \u00e9tait entour\u00e9, comme l\u00e0-bas. Mais le crayon \u00e9tait \u00e0 moi.<\/p>\n<p>\u00ab Il a \u00e9crit, a dit l&#8217;avocate. Il veut n\u00e9gocier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Beaumont ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Par un confr\u00e8re de Lisbonne. Pas de coup de t\u00e9l\u00e9phone, pas de rendez-vous. Une vid\u00e9o. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il veut ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Son immunit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>La biologiste, derri\u00e8re moi, a eu un petit ricanement.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;immunit\u00e9 n&#8217;existe pas, a-t-elle dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le parquet ne promet rien, a r\u00e9pondu l&#8217;avocate. Mais il tient compte de la coop\u00e9ration. Et lui, il a quelque chose que personne d&#8217;autre n&#8217;a. Les originaux. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a cliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Le docteur Beaumont est apparu. Un salon d&#8217;h\u00f4tel, des rideaux beiges. Il avait perdu du poids en un mois. Il portait la m\u00eame cravate qu&#8217;au Bristol, et un col de chemise trop large.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je m&#8217;appelle Beaumont, a-t-il dit. Je suis m\u00e9decin. Je suis inscrit \u00e0 l&#8217;Ordre depuis trente et un ans. Je vais dire la v\u00e9rit\u00e9 une seule fois. \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 ses mains. Elles \u00e9taient pos\u00e9es \u00e0 plat.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a deux ans et demi, monsieur Aymeric est venu me voir avec une demande. Il m&#8217;a dit que sa femme ne pouvait pas porter les embryons d&#8217;autrui. Il m&#8217;a dit qu&#8217;elle accepterait. Il m&#8217;a dit que trois familles de son cercle l&#8217;attendaient. Il m&#8217;a propos\u00e9 quatre cent mille euros par famille. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis agripp\u00e9e au bord du bureau.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pris l&#8217;argent des trois. J&#8217;ai pris la part de monsieur Aymeric. Je n&#8217;ai jamais transf\u00e9r\u00e9 un seul embryon d&#8217;une de ces familles. Les embryons de Sixtine sont rest\u00e9s dans la cuve. Ceux d&#8217;Apolline et de Constance, je ne les ai jamais d\u00e9congel\u00e9s. J&#8217;ai transf\u00e9r\u00e9 ceux de Chlo\u00e9, issus de ses trois cycles, avec le sperme de son mari. Tous les trois. \u00bb<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 les yeux vers la cam\u00e9ra.<\/p>\n<p>\u00ab Chlo\u00e9, si vous me regardez : je ne vous ai pas pr\u00e9venue pour une raison simple. J&#8217;avais peur de lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a eu peur, a dit la biologiste, entre ses dents. Il a surtout eu envie de garder l&#8217;argent. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai \u00e9crit la v\u00e9rit\u00e9 au dos de chaque \u00e9chographie, a repris Beaumont. Dans mon registre aussi, et ce registre-l\u00e0, c&#8217;est le vrai. L&#8217;autre, celui du labo, a \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9 sur ordre de monsieur Aymeric. J&#8217;ai gard\u00e9 les deux. Quand il a compris que j&#8217;avais gard\u00e9 les originaux, il a pr\u00e9tendu qu&#8217;il me devait huit cent mille euros de plus. Vous voyez le renversement. \u00bb<\/p>\n<p>Il a tir\u00e9 sur son col.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi qui lui ai demand\u00e9 huit cent mille euros pour me taire. Je l&#8217;avoue. Il a tout pay\u00e9 en liquide, au Bristol, le matin du rendez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;avocate a mis la vid\u00e9o sur pause.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il s&#8217;enfonce, a-t-elle dit. Il pense qu&#8217;on ne l&#8217;aura pas sans lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et on l&#8217;aura sans lui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a relanc\u00e9. Beaumont a repris, plus bas.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Aymeric a moins de dix jours pour tout couvrir. L&#8217;audit de la soci\u00e9t\u00e9 familiale commence en janvier. Il a utilis\u00e9 les acomptes pour combler un trou. S&#8217;il ne livre pas, les trois familles r\u00e9clament leur argent, et il ne l&#8217;a plus. S&#8217;il livre, il d\u00e9pose trois nouveau-n\u00e9s faux sur des \u00e9tats civils faux. Il est coinc\u00e9. C&#8217;est pour \u00e7a qu&#8217;il est dangereux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a \u00e9cart\u00e9 les mains.<\/p>\n<p>\u00ab Je serai chez vous le 28, \u00e0 14 h. Avec les originaux. Si on me dit non, je prends l&#8217;avion pour ailleurs. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cran est devenu noir.<\/p>\n<p>Le bureau sentait le caf\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9 et la poussi\u00e8re de dossiers. Ma m\u00e8re \u00e9tait assise dans le fauteuil du coin, son cabas sur les genoux. Elle n&#8217;avait pas dit un mot.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux que je dise non ? a-t-elle demand\u00e9 \u00e0 voix basse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas, maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cet homme t&#8217;a fait porter trois b\u00e9b\u00e9s sous un faux nom. Il a pris son argent pendant que tu vomissais le matin. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais. Mais sans lui, je n&#8217;ai qu&#8217;un ticket de caisse. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a regard\u00e9 le plafond. Elle a ouvert son cabas, elle en a sorti la bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU, neuve aussi, pleine de pi\u00e8ces et de billets de vingt roul\u00e9s en boudin.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai remplie. Si tu as besoin, tu prends. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;en ai pas besoin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris un billet. J&#8217;ai dit merci. Je ne sais pas pourquoi, \u00e7a m&#8217;a fait plus de bien que les registres.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>L&#8217;avocate a appel\u00e9 la lieutenante. La lieutenante a appel\u00e9 le parquet. Il y a eu une heure d&#8217;allers-retours, de voix \u00e9touff\u00e9es, de portes qui se fermaient. \u00c0 12 h 40, elles se sont mises d&#8217;accord. Beaumont serait entendu comme t\u00e9moin assist\u00e9, sous surveillance, \u00e0 condition de remettre les originaux le jour m\u00eame. Pas d&#8217;immunit\u00e9 \u00e9crite. Un \u00ab on verra \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 13 h 55, ma m\u00e8re a rang\u00e9 le Tupperware de riz au lait dans son cabas. Elle l&#8217;avait emport\u00e9 sans raison. Je crois qu&#8217;elle avait besoin de tenir quelque chose.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 14 h pile, le bureau \u00e9tait plein. Moi sur le canap\u00e9, la biologiste debout contre la biblioth\u00e8que, la lieutenante pr\u00e8s de la fen\u00eatre, une polici\u00e8re en civil que je ne connaissais pas pr\u00e8s de la porte. L&#8217;avocate, derri\u00e8re son bureau, les mains crois\u00e9es.<\/p>\n<p>Rien. Personne n&#8217;a boug\u00e9.<\/p>\n<p>14 h 02. 14 h 04.<\/p>\n<p>L&#8217;avocate a regard\u00e9 sa montre. J&#8217;ai senti mes b\u00e9b\u00e9s remuer, tous les trois, comme si eux aussi attendaient.<\/p>\n<p>\u00c0 14 h 07, un bruit de pas dans l&#8217;escalier. Deux \u00e9tages. Un homme qui montait lentement, une marche apr\u00e8s l&#8217;autre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La poign\u00e9e a tourn\u00e9.<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte, d&#8217;un coup.<\/p>\n<p>Le docteur Beaumont est entr\u00e9, manteau sur le bras, une mallette en cuir noir serr\u00e9e contre la poitrine. Il avait l&#8217;air d&#8217;avoir vieilli de dix ans depuis le Bristol.<\/p>\n<p>Il nous a toutes regard\u00e9es, une par une. Il a pos\u00e9 la mallette sur le bureau de l&#8217;avocate.<\/p>\n<p>\u00ab Alors, a-t-il dit. Vous voulez les originaux, oui ou non ? \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 13: Un thermos de caf\u00e9 \u00e0 5 h 40<\/h2>\n<p>\u00ab Madame, vous \u00eates prot\u00e9g\u00e9e \u00e0 partir de ce matin. Votre mari ne le sait pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>La juge m&#8217;a dit \u00e7a le 2 janvier, \u00e0 10 h 15, sans lever les yeux de son dossier. Une femme d&#8217;une soixantaine d&#8217;ann\u00e9es, une robe noire sur un col roul\u00e9 gris, des lunettes accroch\u00e9es \u00e0 une cha\u00eenette.<\/p>\n<p>Je me tenais debout devant elle, un sac Lidl contre la hanche. Je n&#8217;ai pas os\u00e9 le poser par terre.<\/p>\n<p>\u00ab Asseyez-vous, a-t-elle dit. Vous n&#8217;\u00eates pas ici pour rester debout. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis assise. L&#8217;avocate, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, a ouvert la bouche. La juge a lev\u00e9 un doigt.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai lu. J&#8217;ai lu les registres que le docteur Beaumont a remis au parquet, les photos de la biologiste, la plainte, le vocal. J&#8217;ai lu les certificats m\u00e9dicaux. Et j&#8217;ai lu cette ligne. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a retourn\u00e9 une feuille.<\/p>\n<p>\u00ab &#8220;Anxi\u00e9t\u00e9, id\u00e9es de pers\u00e9cution.&#8221; \u00c9crite par un m\u00e9decin que la clinique a pay\u00e9 le jour o\u00f9 madame a dit qu&#8217;elle avait peur. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pos\u00e9 la feuille de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;\u00e9carte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci, madame la juge, a dit l&#8217;avocate. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Ne me remerciez pas. Je fais mon travail. \u00bb Elle a fini par me regarder, par-dessus ses lunettes. \u00ab Madame, ordonnance de protection : accord\u00e9e. Interdiction pour monsieur Aymeric de vous approcher, de vous contacter, de prendre une d\u00e9cision m\u00e9dicale \u00e0 votre place. Vous gardez vos enfants. Vous accouchez o\u00f9 vous voulez. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai tenu mon sac Lidl \u00e0 deux mains.<\/p>\n<p>\u00ab Et je ne la notifie pas tout de suite, a-t-elle ajout\u00e9. \u00c0 la demande du parquet. Si on pr\u00e9vient monsieur maintenant, il saura que le pi\u00e8ge existe. Il aura quatre jours pour tout d\u00e9truire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quatre jours \u00bb, ai-je r\u00e9p\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Le 6 janvier, on lui remettra tout, en main propre. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas pleur\u00e9. Je me souviens d&#8217;avoir regard\u00e9 le tampon sur le papier, un rond violet un peu de travers, comme sur les certificats de maternelle.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pour l&#8217;audience. Le reste, c&#8217;est la nuit.<\/p>\n<p>La nuit du 5 au 6 janvier, j&#8217;ai dormi dix minutes.<\/p>\n<p>Je dormais chez ma m\u00e8re, dans ma chambre d&#8217;ado, sur un lit trop \u00e9troit, avec la valise de maternit\u00e9 pr\u00eate depuis le 28. Mon pyjama, une brosse \u00e0 dents, un petit body blanc qu&#8217;on m&#8217;avait donn\u00e9 et que je n&#8217;osais pas ouvrir. Le carnet de maternit\u00e9 pos\u00e9 dessus.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 3 h, j&#8217;ai entendu quelqu&#8217;un dans la cuisine.<\/p>\n<p>Pas ma m\u00e8re. Elle ronflait, la porte ouverte. Une chaise qu&#8217;on tire, un bruit de tasse.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e, pieds nus, la main sur le ventre. La lieutenante \u00e9tait assise \u00e0 la table, veste de cuir sur le dossier, un thermos devant elle. Elle portait un jean et un vieux pull. Elle avait l&#8217;air d&#8217;une voisine, pas d&#8217;un officier.<\/p>\n<p>\u00ab Vous dormez pas, a-t-elle chuchot\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Vous non plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai l&#8217;habitude. Caf\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai accept\u00e9. Il \u00e9tait noir, sans sucre, immonde. Je l&#8217;ai bu quand m\u00eame.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Vous avez appris quelque chose, a-t-elle dit. \u00c7a se voit \u00e0 votre figure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. C&#8217;est vous. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a souri, une seule seconde.<\/p>\n<p>\u00ab La clinique priv\u00e9e a re\u00e7u hier soir, \u00e0 22 h, un ordre de transport. Une ambulance \u00e0 5 h 40, au domicile de Madame, m\u00e8re de la patiente. Motif : &#8220;transfert urgent pour risque obst\u00e9trical&#8221;. Sign\u00e9 d&#8217;un m\u00e9decin de la clinique. Pay\u00e9 d&#8217;avance par une soci\u00e9t\u00e9 dont je vais vous \u00e9pargner le nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La soci\u00e9t\u00e9 familiale. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma belle-m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oui. Votre mari, lui, est \u00e0 Neuilly. Il dort, ou il fait semblant. Il croit que c&#8217;est lui qui pilote. Mais le coup de fil \u00e0 la clinique, c&#8217;est votre belle-m\u00e8re qui l&#8217;a pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 la tasse.<\/p>\n<p>\u00ab Elle veut m&#8217;emmener contre mon gr\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle veut que vous soyez \u00e0 la clinique \u00e0 7 h 30, que vous accouchiez sous leur surveillance, et que les papiers soient sign\u00e9s avant que vous soyez r\u00e9veill\u00e9e. Pas de brusquerie. Une ambulance avec des gens en blouse. \u00c7a passe pour un transfert comme un autre. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rendu compte que mes mains tremblaient.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Alors, on fait quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On les laisse sonner. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis dans votre cuisine depuis minuit. J&#8217;ai deux coll\u00e8gues \u00e0 l&#8217;\u00e9tage du dessous, une voiture devant, une autre au coin de la rue. Quand ils sonneront, c&#8217;est moi qui ouvrirai. Vous restez dans la chambre, avec votre m\u00e8re. Vous prenez votre valise, vous mettez vos chaussures. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et si j&#8217;ai une contraction ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors on y va. Les contractions, elles ont leur propre ambulance. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00e7a tr\u00e8s doucement. Je n&#8217;ai pas relev\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma m\u00e8re est arriv\u00e9e dans l&#8217;encadrement de la porte, pieds nus aussi, son gilet de laine sur la chemise de nuit. Elle a regard\u00e9 la lieutenante, la tasse, le thermos.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez mang\u00e9 ? a-t-elle demand\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais vous faire une tartine. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti le pain de la veille. Elle a coup\u00e9 trois tranches, les a beurr\u00e9es sans parler, les a pos\u00e9es sur une assiette devant la lieutenante, devant moi, et la derni\u00e8re devant elle. On a mang\u00e9 toutes les trois, en silence, sous le n\u00e9on de la cuisine.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 4 h 30, la biologiste a envoy\u00e9 un message \u00e0 la lieutenante : \u00ab Dans la cuve, tout est calme. \u00bb Je n&#8217;ai pas compris, et elle m&#8217;a expliqu\u00e9 apr\u00e8s. Elle avait laiss\u00e9 quelqu&#8217;un devant le labo, au cas o\u00f9 Aymeric tenterait de faire dispara\u00eetre les embryons de Sixtine.<\/p>\n<p>\u00c0 5 h, ma m\u00e8re a pris le chapelet de ma grand-m\u00e8re, dans le tiroir du buffet, et elle s&#8217;est assise au bout de la table sans prier \u00e0 voix haute.<\/p>\n<p>\u00c0 5 h 20, la lieutenante a \u00e9teint le n\u00e9on. On s&#8217;est retrouv\u00e9es avec la seule lumi\u00e8re du r\u00e9chaud.<\/p>\n<p>\u00ab Plus un mot \u00bb, a-t-elle dit.<\/p>\n<p>\u00c0 5 h 35, on a entendu un moteur dans la rue, qui s&#8217;arr\u00eatait. Une porti\u00e8re. Une autre.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mon t\u00e9l\u00e9phone, pos\u00e9 pr\u00e8s du carnet de maternit\u00e9, s&#8217;est allum\u00e9. Je l&#8217;avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 chez l&#8217;avocate la veille, avec une carte neuve. L&#8217;\u00e9cran affichait l&#8217;heure, et en dessous, la date en gros.<\/p>\n<p>6 janvier.<\/p>\n<p>\u00c0 5 h 40, la sonnette a retenti, deux fois, br\u00e8ve et polie.<\/p>\n<p>Par la fen\u00eatre de la cuisine, j&#8217;ai vu deux hommes sur le palier, en blouse blanche, une mallette de m\u00e9decin \u00e0 la main.<\/p>\n<h2>Partie 14: Trois poids sur un tableau de maternit\u00e9<\/h2>\n<p>La lieutenante a ouvert la porte avant que les deux hommes aient fini de dire \u00ab Ambulance \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Police. Bonjour, messieurs. Montrez-moi votre ordre de mission. \u00bb<\/p>\n<p>Je les ai vus de dos, depuis le couloir, mon manteau sur les \u00e9paules. Le premier a sorti une feuille de sa mallette. Le second a regard\u00e9 ses chaussures. Aucun des deux n&#8217;a eu l&#8217;air surpris. Ils avaient l&#8217;air pay\u00e9s pour sonner, et press\u00e9s de repartir.<\/p>\n<p>\u00ab Sign\u00e9 d&#8217;un docteur de la clinique, a lu la lieutenante. Motif : transfert urgent. Qui vous a recrut\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Une dame, a dit le premier. Au t\u00e9l\u00e9phone. Elle a dit que c&#8217;\u00e9tait une famille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une dame tr\u00e8s polie, j&#8217;imagine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Comment vous savez ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Venez avec moi. \u00bb<\/p>\n<p>Ils sont partis sans r\u00e9sister, la feuille toujours \u00e0 la main. Une coll\u00e8gue les attendait sur le trottoir. Ma m\u00e8re a referm\u00e9 la porte, mis la cha\u00eene, et elle a dit \u00ab Bon \u00bb, comme on dit quand le gaz est coup\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 6 h 10, une contraction m&#8217;a pli\u00e9e en deux.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ce n&#8217;\u00e9tait pas la premi\u00e8re depuis le d\u00e9but de la nuit. Mais celle-l\u00e0 a dur\u00e9. J&#8217;ai dit \u00ab Maman \u00bb d&#8217;une voix que je ne reconnaissais pas. La lieutenante est revenue en deux enjamb\u00e9es, a pris ma valise de la main gauche et mon coude de la droite.<\/p>\n<p>\u00ab On y va. \u00bb<\/p>\n<p>On a roul\u00e9 dans une voiture de police sans sir\u00e8ne, par la nationale presque vide. Ma m\u00e8re, \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re, me tenait la main.<\/p>\n<p>La maternit\u00e9 publique de l&#8217;h\u00f4pital sentait le d\u00e9sinfectant et le caf\u00e9. \u00c0 6 h 50, une sage-femme m&#8217;a accueillie dans une salle blanche, une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es, un chignon de travers, un stylo coinc\u00e9 derri\u00e8re l&#8217;oreille.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Madame, je suis au courant. Le dossier est complet. On a la juge, on a le parquet, on a vos trois cycles de FIV. Ici, c&#8217;est vous qui d\u00e9cidez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et si je n&#8217;ai pas le droit ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez trente-quatre semaines et quatre jours, des tripl\u00e9s, une c\u00e9sarienne programm\u00e9e \u00e0 7 h 30. Vous avez tous les droits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 7 h 30, j&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la voix d&#8217;Aymeric sur le vocal. Livraison, 7 h 30. La m\u00eame heure. Je me suis demand\u00e9 s&#8217;il l&#8217;avait choisie par habitude, ou par plaisanterie.<\/p>\n<p>On m&#8217;a install\u00e9e en salle d&#8217;op\u00e9ration. Ma m\u00e8re n&#8217;a pas eu le droit d&#8217;entrer. Elle m&#8217;a embrass\u00e9e sur le front et elle a dit :<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu leur diras bonjour de ma part. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai senti qu&#8217;un tiraillement, de l&#8217;eau ti\u00e8de, des voix qui comptaient.<\/p>\n<p>\u00ab Un. \u00bb<\/p>\n<p>Un cri. Court, rageur, enrou\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Deux. \u00bb<\/p>\n<p>Un autre. Plus aigu.<\/p>\n<p>\u00ab Trois. \u00bb<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me n&#8217;a pas cri\u00e9 tout de suite. Il y a eu une seconde, deux secondes, o\u00f9 mon corps tout entier s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 d&#8217;exister. Puis un petit bruit, comme un miaulement. Je l&#8217;ai entendu et j&#8217;ai ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Un kilo neuf cent quarante, a dit la sage-femme. Deux kilos dix. Un kilo huit cent quatre-vingts. C&#8217;est excellent pour des tripl\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>On me les a pos\u00e9s sur la poitrine, un par un, envelopp\u00e9s dans un tissu \u00e0 rayures bleues. Chaque fois, j&#8217;ai senti la m\u00eame chose : un poids minuscule, chaud, qui tenait dans une main.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez l&#8217;air de savoir comment on les tient, a dit la sage-femme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis ATSEM. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ah, d&#8217;accord. Vous \u00eates la blouse bleue de la salle d&#8217;attente. \u00bb<\/p>\n<p>Elle l&#8217;avait vue, pli\u00e9e sur ma valise, avec mon pr\u00e9nom brod\u00e9. Elle a souri sans rien ajouter.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je les ai regard\u00e9s tous les trois. Trois visages froiss\u00e9s, trois paires de sourcils clairs. Le m\u00eame menton, au creux. Celui d&#8217;Aymeric, je l&#8217;ai reconnu tout de suite. Il aurait pu m&#8217;\u00e9c\u0153urer. Il m&#8217;a seulement fait mal.<\/p>\n<p>On m&#8217;a ramen\u00e9e en chambre \u00e0 9 h. La lieutenante attendait derri\u00e8re la vitre, avec un gobelet. Elle m&#8217;a fait un signe de la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Ils sont l\u00e0, a-t-elle dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Constance a appel\u00e9 votre mari \u00e0 8 h 30. Elle lui a dit : &#8220;C&#8217;est fait, elle est \u00e0 la maternit\u00e9. Venez avec les papiers.&#8221; Il est arriv\u00e9 \u00e0 9 h 05. Avec votre belle-m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai tenu les barreaux du lit.<\/p>\n<p>Par la vitre de la chambre, j&#8217;ai vu la fin du couloir.<\/p>\n<p>Au bout, devant les ascenseurs, trois femmes debout, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Apolline, en manteau camel. Constance, avec son sac de laine. La m\u00e8re de Sixtine, tr\u00e8s droite.<\/p>\n<p>Aymeric marchait vers elles, une chemise cartonn\u00e9e sous le bras, l&#8217;autre main d\u00e9j\u00e0 tendue, avec ce sourire qu&#8217;il avait au Bristol quand il pr\u00e9sentait ses amis. Ma belle-m\u00e8re, deux pas derri\u00e8re lui, le dos raide, une \u00e9charpe en soie.<\/p>\n<p>\u00ab Mesdames, a-t-il dit. Tout s&#8217;est tr\u00e8s bien pass\u00e9, je crois. Voici l&#8217;acte de reconnaissance. Les papiers sont pr\u00eats. Il ne manque que vos signatures. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Personne n&#8217;a boug\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Aymeric, a dit Apolline. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as lu ce qu&#8217;il y a au dos des cartons ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a eu un tout petit mouvement des paupi\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00ab Quels cartons ? \u00bb<\/p>\n<p>La lieutenante est sortie de la chambre d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Elle a pos\u00e9 la main sur le dossier qu&#8217;il tenait.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, je dois vous notifier une ordonnance de protection au b\u00e9n\u00e9fice de votre \u00e9pouse. Et vous demander de me suivre. Vous \u00eates plac\u00e9 en garde \u00e0 vue pour escroquerie, faux, usage de faux et tentative de traite d&#8217;\u00eatres humains. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a regard\u00e9 le dossier. Il l&#8217;a l\u00e2ch\u00e9. Les papiers se sont r\u00e9pandus sur le lino, un \u00e0 un, comme des cartes.<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas cri\u00e9. Il a regard\u00e9 sa m\u00e8re. Elle a regard\u00e9 le mur.<\/p>\n<p>On l&#8217;a emmen\u00e9 par l&#8217;ascenseur de service, une polici\u00e8re de chaque c\u00f4t\u00e9. Ma belle-m\u00e8re est rest\u00e9e plant\u00e9e l\u00e0, seule, au milieu du couloir, avec son \u00e9charpe.<\/p>\n<p>Je suis retomb\u00e9e sur mon oreiller. Ma m\u00e8re est entr\u00e9e. Elle a pris le premier b\u00e9b\u00e9 dans ses bras, et elle a pleur\u00e9, enfin.<\/p>\n<p>Vers 11 h, la lieutenante est revenue. Elle avait l&#8217;air fatigu\u00e9e et tr\u00e8s jeune.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il y a quelqu&#8217;un en bas, \u00e0 l&#8217;accueil. Il demande \u00e0 vous voir. Votre beau-p\u00e8re. Il est arriv\u00e9 avec un carton sous le bras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il veut ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Descendez voir. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis descendue en fauteuil roulant, un b\u00e9b\u00e9 sur chaque cuisse, et un dans les bras de ma m\u00e8re. Le beau-p\u00e8re attendait devant le comptoir de l&#8217;accueil, en loden, le visage gris. Il n&#8217;a pas parl\u00e9 de mes enfants. Il a pos\u00e9 son carton sur le comptoir, devant la lieutenante, devant tout le monde.<\/p>\n<p>Il l&#8217;a ouvert.<\/p>\n<p>\u00ab La comptabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, a-t-il dit. Pas celle que j&#8217;ai sign\u00e9e. La vraie. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_6\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a pos\u00e9 le doigt sur une ligne, au milieu d&#8217;une colonne qui ne finissait pas.<\/p>\n<p>\u00ab Voici les un million deux cent mille euros. \u00bb<\/p>\n<h2>Partie 15: Les trois cartons et l&#8217;\u00e9clair au caf\u00e9<\/h2>\n<p>Quatre mois plus tard, le 6 mai, j&#8217;ai re\u00e7u trois lettres dans la m\u00eame semaine, et ma m\u00e8re a voulu les lire \u00e0 ma place.<\/p>\n<p>\u00ab Pas devant eux, a-t-elle dit. Apr\u00e8s la t\u00e9t\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>On \u00e9tait dans ma nouvelle cuisine, un deux-pi\u00e8ces \u00e0 Aulnay, quatri\u00e8me \u00e9tage sans ascenseur, au-dessus de la pharmacie. Trois transats align\u00e9s contre le radiateur. Trois bavoirs sur le fil \u00e0 linge. Une odeur de lait ti\u00e8de et de lessive.<\/p>\n<p>J&#8217;avais repris la blouse bleue pour la maison. Elle ne m&#8217;allait plus \u00e0 la taille, mais elle avait des poches.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ma m\u00e8re a pos\u00e9 son Tupperware sur la table. Du riz au lait, encore. Elle ne savait plus faire autre chose, ces derniers mois.<\/p>\n<p>\u00ab La premi\u00e8re lettre, a-t-elle dit, c&#8217;est le juge d&#8217;instruction. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donne. \u00bb<\/p>\n<p>Aymeric avait \u00e9t\u00e9 mis en examen en janvier, le jour m\u00eame de sa garde \u00e0 vue, pour escroquerie en bande organis\u00e9e, faux, usage de faux et traite d&#8217;\u00eatres humains. Le juge avait refus\u00e9 la libert\u00e9. Il attendait son proc\u00e8s dans une cellule \u00e0 deux lits, en costume de prison, sans cravate. Son avocat avait demand\u00e9 qu&#8217;il soit pris pour un homme \u00e9gar\u00e9. Le juge avait r\u00e9pondu que les registres de Beaumont disaient autre chose.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma belle-m\u00e8re, elle, avait \u00e9t\u00e9 entendue deux fois, puis mise en examen \u00e0 son tour. Elle n&#8217;avait pas dit un mot d&#8217;excuse. Elle avait demand\u00e9 qu&#8217;on lui apporte ses perles.<\/p>\n<p>\u00ab La deuxi\u00e8me ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le notaire. La soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le beau-p\u00e8re avait vendu la soci\u00e9t\u00e9 familiale en mars, \u00e0 un groupe de Lyon, pour couvrir le trou. Les trois familles avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 leurs acomptes, centime par centime. Apolline m&#8217;avait \u00e9crit un mot sur une carte, trois lignes, sans excuse non plus, mais le jaune de la chambre \u00e9tait redevenu blanc. Constance \u00e9tait venue un dimanche avec son berceau en rotin sous le bras.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pour eux, avait-elle dit. S&#8217;ils veulent bien. \u00bb<\/p>\n<p>Les trois dormaient dedans, \u00e0 tour de r\u00f4le, depuis. \u00c7a ne se commente pas.<\/p>\n<p>\u00ab Et la troisi\u00e8me ? \u00bb<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re a h\u00e9sit\u00e9, la lettre dans la main.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la JAF. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise.<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a lue, tr\u00e8s lentement, avec son doigt sous les lignes. R\u00e9sidence habituelle des trois enfants au domicile de leur m\u00e8re. Autorit\u00e9 parentale exerc\u00e9e par la m\u00e8re seule, en raison de la proc\u00e9dure p\u00e9nale. Droit de visite pour le p\u00e8re : une heure par quinzaine, dans un espace de rencontre, en pr\u00e9sence d&#8217;un tiers. M\u00e9diatis\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il n&#8217;y aura pas de livraison, a dit ma m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ni de test. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, maman. Le juge en a demand\u00e9 un, \u00e0 titre de formalit\u00e9. Ils sont de lui. \u00c7a ne change rien. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit \u00e7a avec la voix d&#8217;Aymeric, et ma m\u00e8re a lev\u00e9 les yeux. Elle a compris que c&#8217;\u00e9tait une blague. Je ne savais pas que j&#8217;en \u00e9tais capable.<\/p>\n<p>\u00c0 9 h, l&#8217;avocate a appel\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Une derni\u00e8re nouvelle, a-t-elle dit. L&#8217;Ordre des m\u00e9decins a rendu sa d\u00e9cision hier soir. Beaumont est radi\u00e9. D\u00e9finitivement. Il ne pourra plus jamais exercer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et le parquet ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a coop\u00e9r\u00e9. Il sera jug\u00e9, mais on a demand\u00e9 qu&#8217;on en tienne compte. Votre mari, lui, ne profitera de rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et Sixtine ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le tribunal a ordonn\u00e9 la remise des embryons. Sa m\u00e8re les a re\u00e7us la semaine derni\u00e8re, selon la loi. Le centre de PMA les garde pour sa fille, quand elle voudra. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle veut quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne sait pas encore. Elle a encore le temps. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai remerci\u00e9 l&#8217;avocate. J&#8217;ai raccroch\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ma m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la chambre, en train de changer un body. Je l&#8217;entendais fredonner. Des vieilles chansons de la cantine, celles qu&#8217;elle chantait en lavant les plateaux.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e seule dans la cuisine.<\/p>\n<p>Sur le buffet, dans un coin, il y avait un sac plat en papier kraft que je n&#8217;avais pas ouvert depuis une semaine. La maternit\u00e9 me l&#8217;avait fait parvenir : trois tirages photo, un par b\u00e9b\u00e9, pris dans les minutes qui avaient suivi la naissance. Je les avais gard\u00e9s pour plus tard. Je ne savais pas pour quoi.<\/p>\n<p>Je les ai sortis.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai pris du carton, celui des bo\u00eetes \u00e0 chaussures que ma m\u00e8re gardait. J&#8217;ai d\u00e9coup\u00e9 trois rectangles, \u00e0 la paire de ciseaux de ma trousse de maternelle. J&#8217;ai coll\u00e9 les photos dessus avec de la colle blanche, en appuyant du pouce pour chasser les bulles.<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. J&#8217;ai sorti du carnet de maternit\u00e9 le crayon \u00e0 papier, celui de la nuit du feu, us\u00e9 jusqu&#8217;au bout. Je me suis assise.<\/p>\n<p>J&#8217;ai retourn\u00e9 le premier carton.<\/p>\n<p>Au dos, j&#8217;ai \u00e9crit. Mon \u00e9criture, avec la boucle de mon 7.<\/p>\n<p>6 janvier, 7 h 38. 1 940 g.<\/p>\n<p>J&#8217;ai retourn\u00e9 le deuxi\u00e8me.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>6 janvier, 7 h 41. 2 010 g.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>6 janvier, 7 h 44. 1 880 g.<\/p>\n<p>J&#8217;ai sign\u00e9 les trois. Mon nom, en entier, en dessous. Chlo\u00e9, et la mention : m\u00e8re.<\/p>\n<p>On a sonn\u00e9 \u00e0 la porte. J&#8217;ai ouvert. C&#8217;\u00e9tait un livreur, avec un petit sachet de papier blanc ray\u00e9 de rouge.<\/p>\n<p>\u00ab De la part de la boulangerie d&#8217;en bas, a-t-il dit. Une dame a pay\u00e9 d&#8217;avance. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas demand\u00e9 qui. J&#8217;ai pris le sachet, j&#8217;ai dit merci. La biologiste, sans doute. Ou personne.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je l&#8217;ai pos\u00e9 sur la table, entre les trois cartons retourn\u00e9s et le Tupperware de ma m\u00e8re.<\/p>\n<p>Un \u00e9clair au caf\u00e9, dans sa cuvette de papier, un peu \u00e9cras\u00e9 d&#8217;un c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Partie 1: Ne les retournez pas Le matin, dans le bureau du docteur Beaumont, ses mains tremblaient. 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