{"id":10410,"date":"2026-10-27T14:57:56","date_gmt":"2026-10-27T14:57:56","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=10410"},"modified":"2026-10-27T14:57:56","modified_gmt":"2026-10-27T14:57:56","slug":"cest-le-role-dune-mere-ma-dit-mon-mari-en-partant-le-soir-du-reveillon-alors-que-nos-jumeaux-avaient-39-de-fievre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=10410","title":{"rendered":"\u00ab C&#8217;est le r\u00f4le d&#8217;une M\u00c8RE \u00bb, m&#8217;a dit mon mari en partant, le soir du r\u00e9veillon, alors que nos jumeaux avaient 39 de fi\u00e8vre."},"content":{"rendered":"<h1 class=\"article-hero__title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-10411\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation-300x169.png\" alt=\"\" width=\"944\" height=\"532\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Christmas-Eve-Betrayal-Confrontation.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 944px) 100vw, 944px\" \/><\/h1>\n<p>Elle l&#8217;a pos\u00e9e sur mes genoux. Une enveloppe kraft, \u00e9paisse, avec le logo vert de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne et, dans la fen\u00eatre, le nom de maman. Pas le mien.<\/p>\n<p>Le 14 octobre, d\u00e9j\u00e0, elle m&#8217;avait dit : \u00ab Manon, j&#8217;ai quelque chose \u00e0 te montrer. Pas au t\u00e9l\u00e9phone. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;\u00e9tais en train de faire chauffer un biberon. J&#8217;avais r\u00e9pondu : \u00ab T&#8217;es jalouse, maman. Guillaume me l&#8217;a dit. \u00bb Et j&#8217;avais raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>Elle n&#8217;avait pas rappel\u00e9. Pendant deux mois et demi, elle n&#8217;avait pas rappel\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le couloir, \u00e0 1 h 20 du matin, Emma s&#8217;est mise \u00e0 geindre contre l&#8217;\u00e9paule de maman. Th\u00e9o toussait par saccades, la joue br\u00fblante contre mon bras.<\/p>\n<p>\u00ab Ouvre \u00bb, a dit maman.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que j&#8217;aurais d\u00fb t&#8217;envoyer en septembre. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai gliss\u00e9 deux doigts dans l&#8217;enveloppe. Des feuilles agraf\u00e9es, huit, pli\u00e9es en trois. J&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9 la premi\u00e8re sur mon genou.<\/p>\n<p>En haut, en gras : COMPTE JUMEAUX LAMBERT-DUVAL. Et dessous : <em>Titulaires : Mme Manon Lambert-Duval, M. Guillaume Lambert-Duval. Tiers inform\u00e9 : Mme Chantal Dubois.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Tiers inform\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sandrine m&#8217;a fait signer \u00e7a en juillet. Je re\u00e7ois les relev\u00e9s tous les mois. Je peux regarder. Je peux pas toucher. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Sandrine, de l&#8217;agence de Lens ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est elle qui a ouvert le compte. Le 24 juin. Tu t&#8217;en souviens pas, tu \u00e9tais&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la clinique. Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Je me souvenais surtout des 12 500 \u20ac. L&#8217;argent de papa, l&#8217;assurance-vie de G\u00e9rard. Maman me l&#8217;avait donn\u00e9 pour les petits, dans une enveloppe pareille, en pleurant \u00e0 moiti\u00e9 au pied de mon lit d&#8217;h\u00f4pital.<\/p>\n<p>\u00ab Regarde la deuxi\u00e8me page \u00bb, a dit maman.<\/p>\n<p>J&#8217;ai tourn\u00e9. Des lignes grises, une par ligne, sous une colonne \u00ab D\u00e9bit \u00bb.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>PAIEMENT CB. 4 860,00.<\/em><\/p>\n<p>J&#8217;ai reconnu le chiffre avant d&#8217;avoir lu le reste. Je l&#8217;avais encore, ce chiffre, au bout des doigts, sur le ticket pli\u00e9 de la commode.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le collier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et les autres ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lis. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu. 1 240,00. 980,00. 860,00. 640,00. 580,00. 480,00. Des noms de restaurants, des noms d&#8217;h\u00f4tels. Aucun supermarch\u00e9, aucune pharmacie. Pas un seul paquet de couches.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris le t\u00e9l\u00e9phone et ouvert la calculatrice. Je n&#8217;ai pas l&#8217;habitude de faire \u00e7a avec les mains qui tremblent.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Sept paiements. 9 640 \u20ac.<\/p>\n<p>\u00ab Il en reste combien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Deux mille huit cent soixante. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai dit \u00e0 voix haute, parce que \u00e7a ne rentrait pas dans ma t\u00eate autrement. \u00ab Sur douze mille cinq cents. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, ma ch\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<p>Dans l&#8217;entr\u00e9e, le frigo a fait son bruit de moteur qui se remet en route. Le m\u00eame depuis qu&#8217;on avait emm\u00e9nag\u00e9. J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la semaine d&#8217;avant, au ticket de pharmacie. 23,40 \u20ac. Le lait infantile entour\u00e9 au stylo. Guillaume qui me demandait, doucement, devant la table de la cuisine, si je \u00ab comprenais bien l&#8217;effort que \u00e7a repr\u00e9sentait \u00bb.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Vingt-trois euros quarante.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a fait justifier un ticket de lait \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>Maman n&#8217;a rien r\u00e9pondu. Elle avait ce regard de quelqu&#8217;un qui reconna\u00eet une sc\u00e8ne qu&#8217;elle a d\u00e9j\u00e0 vue passer.<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais depuis quand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis juillet pour les relev\u00e9s. Pour le reste&#8230; \u00bb Elle a baiss\u00e9 les yeux sur Emma. \u00ab Depuis octobre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Octobre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 14, j&#8217;ai essay\u00e9 de te le dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;ai raccroch\u00e9 au nez. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Ce \u00ab oui \u00bb tout plat m&#8217;a fait plus mal que si elle avait cri\u00e9.<\/p>\n<p>J&#8217;ai relu les lignes une deuxi\u00e8me fois, parce qu&#8217;une premi\u00e8re lecture, \u00e7a ne compte pas. Les relev\u00e9s \u00e9taient propres, bien agraf\u00e9s, avec des petits post-it jaunes de maman coll\u00e9s en marge. Des dates, des points d&#8217;interrogation, une fl\u00e8che. <em>H\u00f4tel ?<\/em> <em>Qui ?<\/em> <em>Pas \u00e0 Lens.<\/em> Elle avait travaill\u00e9 l\u00e0-dessus, seule, sur la table de sa cuisine, pendant que je lui expliquais qu&#8217;elle se m\u00ealait de tout.<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as \u00e9crit \u00e7a toute seule ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne savais pas \u00e0 qui le montrer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Th\u00e9o a touss\u00e9 plus fort. J&#8217;ai pos\u00e9 la paume sur son front. Chaud. Trop chaud encore, pour un b\u00e9b\u00e9 de six mois.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut que je lui redonne du Doliprane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout \u00e0 l&#8217;heure. Manon, \u00e9coute-moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;\u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cette nuit, tu ne lui dis rien. Tu ne lui montres rien. Pas un mot. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a \u00e9crit pareil. &#8220;Pas un mot \u00e0 ta m\u00e8re.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>Maman a eu un petit rire sec, sans joie.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il me conna\u00eet bien, alors. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a regard\u00e9 sa montre, une vieille Casio \u00e0 bracelet plastique que papa lui avait offerte pour ses quarante ans. 1 h 38.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 quelle heure il rentre, d&#8217;habitude, quand il dit &#8220;d\u00eener clients&#8221; ? \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas su r\u00e9pondre tout de suite. J&#8217;ai compt\u00e9 dans ma t\u00eate. Trois heures, quatre heures. Parfois il ne rentrait pas du tout, et le lendemain il me parlait de la \u00ab pression du poste \u00bb. Je n&#8217;avais jamais compt\u00e9 avant.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s deux heures. Souvent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors il n&#8217;est pas encore rentr\u00e9, ce soir. \u00bb Elle s&#8217;est redress\u00e9e sur ses genoux. \u00ab Donne-moi la bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donne-la-moi. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e, Th\u00e9o cal\u00e9 contre moi. J&#8217;ai pris la bo\u00eete bleu p\u00e2le sur la commode, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des lingettes. Le ticket, je l&#8217;ai gard\u00e9 dans mon poing.<\/p>\n<p>Elle a referm\u00e9 le couvercle sans regarder le collier. Elle a gliss\u00e9 la bo\u00eete dans son sac, au fond, sous la bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU o\u00f9 elle range ses mouchoirs et ses ordonnances.<\/p>\n<p>\u00ab Maman, c&#8217;est \u00e0 lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. C&#8217;est \u00e0 ton compte. C&#8217;est \u00e0 Th\u00e9o et \u00e0 Emma. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai ouvert la bouche. Dans le couloir, le plancher a craqu\u00e9, trois \u00e9tages plus bas. La porte de l&#8217;immeuble, d&#8217;abord. Puis des pas dans l&#8217;escalier, r\u00e9guliers, qui montaient sans se presser.<\/p>\n<p>Maman a referm\u00e9 la fermeture \u00e9clair de son sac.<\/p>\n<p>Un pas, deux pas. J&#8217;ai reconnu la cadence. Je l&#8217;avais entendue chaque soir depuis deux ans.<\/p>\n<p>\u00c0 1 h 40, une cl\u00e9 a tourn\u00e9 dans la serrure.<\/p>\n<p>\u00ab Rends-moi la bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est la premi\u00e8re chose que Guillaume m&#8217;a dite. Avant \u00ab bonsoir \u00bb. Avant \u00ab les petits dorment ? \u00bb. Il \u00e9tait encore sur le paillasson, son manteau sur le bras, la cl\u00e9 \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Il sentait l&#8217;eau de toilette qu&#8217;il met pour les clients. Et autre chose, en dessous. Un parfum de femme.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle bo\u00eete ? \u00bb j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle bo\u00eete, Guillaume ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 la commode. Les lingettes, le tube de cr\u00e8me, la pile de couches. Rien de bleu.<\/p>\n<p>Puis il a regard\u00e9 maman, assise par terre contre le mur, Emma dans les bras, son grand sac serr\u00e9 contre la hanche.<\/p>\n<p>\u00ab Bonsoir, Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bonsoir, Guillaume. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est 1 h 40. Vous n&#8217;habitez pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon m&#8217;a appel\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vois \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 son manteau sur la poign\u00e9e de la porte, tr\u00e8s lentement, comme on le ferait devant un client qu&#8217;on ne veut pas brusquer. Puis il a ri. Un petit rire fatigu\u00e9, de mari qui rentre tard.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Bon. La photo. C&#8217;\u00e9tait une blague. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab Une blague pour Aymeric. Il a fait le con avec mon t\u00e9l\u00e9phone au bar de l&#8217;h\u00f4tel, il a pris la photo, et moi, comme un idiot, je l&#8217;ai envoy\u00e9e \u00e0 la mauvaise personne. On \u00e9tait dix \u00e0 ce d\u00eener. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans une chambre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;\u00e9tait la chambre d&#8217;Aymeric. On s&#8217;est servis de la lumi\u00e8re, c&#8217;est tout. Franchement, Manon. Tu me connais. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9. Je cherchais quelque chose \u00e0 r\u00e9pondre, et ce qui me venait, c&#8217;\u00e9tait la phrase de Constance en septembre : \u00ab Tu as bonne mine pour une jeune maman. \u00bb Elle avait dit \u00e7a avec un grand sourire, en reposant son verre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Et ton alliance, sur la hanche de Constance, c&#8217;\u00e9tait aussi pour la lumi\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas cill\u00e9. J&#8217;ai vu sa m\u00e2choire bouger, une fois.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis fatigu\u00e9, Manon. Je viens de passer neuf heures \u00e0 faire sourire des gens qui m&#8217;insultent dans leur t\u00eate. Les petits ont quelle fi\u00e8vre, ce soir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trente-neuf. Depuis 18 h. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0. Tu vois. Tu exag\u00e8res. Th\u00e9o a l&#8217;air normal. \u00bb<\/p>\n<p>Th\u00e9o toussait contre mon cou. Il avait les joues rouges, les yeux mi-clos. Je l&#8217;ai chang\u00e9 de bras.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es parti \u00e0 18 h 10, Guillaume. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;avais une obligation. Ne commence pas. \u00bb<\/p>\n<p>Il a enlev\u00e9 sa cravate d&#8217;un geste, comme on retire un pansement. Il l&#8217;a accroch\u00e9e sur la pat\u00e8re. Puis il s&#8217;est accroupi devant moi, \u00e0 ma hauteur, la voix tout \u00e0 coup tr\u00e8s douce.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute. J&#8217;ai une semaine \u00e0 tenir. Une seule. Le 31, il y a la soir\u00e9e de la bo\u00eete, la soir\u00e9e de fin d&#8217;ann\u00e9e. Ils annoncent les nominations. Directeur commercial, Manon. Tu m&#8217;entends ? Directeur commercial. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et alors ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Alors, une semaine. Juste une semaine, Manon. Pas de sc\u00e8ne, pas d&#8217;histoires, pas de maman qui d\u00e9barque \u00e0 1 h du matin avec ses id\u00e9es. Apr\u00e8s le 31, tout ira mieux. Un plus grand appartement, des vacances, ce que tu voudras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que je voudrai. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je voudrais savoir pourquoi un collier de 4 860 \u20ac \u00e9tait dans mon placard \u00e0 couches. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit \u00e7a d&#8217;une voix presque plate. Je ne reconnaissais pas ma voix.<\/p>\n<p>Guillaume a ferm\u00e9 les yeux une seconde. Quand il les a rouverts, ils \u00e9taient redevenus ceux de la r\u00e9union du lundi matin.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est un cadeau de soci\u00e9t\u00e9. Pour la fille du PDG, pour la soir\u00e9e. \u00c7a se fait. Tu ne peux pas comprendre, tu n&#8217;as jamais travaill\u00e9 dans une entreprise de cette taille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai travaill\u00e9. Auxiliaire de vie. Jusqu&#8217;\u00e0 ce que tu me demandes d&#8217;arr\u00eater. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais ce que je veux dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La carte dit : <em>\u00c7a valait le coup d&#8217;attendre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une plaisanterie. Entre coll\u00e8gues. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec la carte des jumeaux. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9. Juste une demi-seconde, mais j&#8217;ai vu.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quelle carte ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La 4417. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est relev\u00e9, lentement. Il a tourn\u00e9 la t\u00eate vers maman.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est toi qui lui as dit \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne lui ai rien dit \u00bb, a r\u00e9pondu maman, d&#8217;une voix tr\u00e8s calme. \u00ab Elle sait lire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu re\u00e7ois les relev\u00e9s, Chantal. Je sais que tu les re\u00e7ois. Ta procuration de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne, je l&#8217;ai vue passer en juillet. Tu n&#8217;avais pas \u00e0 signer \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;avais vue passer et tu n&#8217;as rien dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un compte famille. Tu n&#8217;as pas \u00e0 fouiller. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est un compte que j&#8217;ai rempli, Guillaume. Avec l&#8217;argent de mon mari. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas hauss\u00e9 le ton. Il ne le hausse jamais devant t\u00e9moin. Il s&#8217;est content\u00e9 de se pencher vers elle, de poser une main sur le mur, au-dessus de sa t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Rends-moi la bo\u00eete, Chantal. Elle est dans ton sac. Je le sais. Elle y est, tu l&#8217;as serr\u00e9 sur toi depuis que j&#8217;ai ouvert la porte. \u00bb<\/p>\n<p>Maman n&#8217;a pas boug\u00e9. Emma, dans ses bras, avait fini par se rendormir.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n&#8217;as aucune raison de la prendre. Elle n&#8217;est m\u00eame pas \u00e0 toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle n&#8217;est pas \u00e0 toi non plus. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Maman \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab Tais-toi, Manon. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait Guillaume. Un ton que je connaissais, mais que je n&#8217;avais jamais entendu devant quelqu&#8217;un d&#8217;autre.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est redress\u00e9. Il a pass\u00e9 une main dans ses cheveux. Il s&#8217;est tourn\u00e9 vers moi, avec son sourire des soirs de r\u00e9union.<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais ce qu&#8217;elle t&#8217;a pas dit ? C&#8217;est pour \u00e7a que je ne voulais pas qu&#8217;elle vienne. Parce qu&#8217;elle a des choses \u00e0 se reprocher. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Guillaume&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-lui, Chantal. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Maman a lev\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Dis-lui ce que tu as fait en octobre. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la chambre, Th\u00e9o a eu un petit hoquet et s&#8217;est tu. Plus un bruit dans l&#8217;appartement. M\u00eame le frigo s&#8217;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>Maman a regard\u00e9 Guillaume, puis moi. Elle a pris une grande respiration, la bouche d\u00e9j\u00e0 ouverte.<\/p>\n<p>Maman avait ses pantoufles. Je ne l&#8217;avais pas vu en arrivant. Les vieilles \u00e0 carreaux, celles de papa, trop larges pour elle, qu&#8217;elle porte l&#8217;hiver \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Elle avait mont\u00e9 quatre \u00e9tages avec \u00e7a aux pieds. \u00c0 1 h du matin, en plein d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le 11 octobre \u00bb, a dit maman. \u00ab Un samedi. \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume a crois\u00e9 les bras. Il s&#8217;est adoss\u00e9 au mur du couloir, juste sous le cadre de notre mariage.<\/p>\n<p>\u00ab Je venais \u00e0 Lille pour d\u00e9poser un sac devant ta porte. Des brassi\u00e8res, un gilet que j&#8217;avais fini. Tu ne r\u00e9pondais plus \u00e0 mes messages, alors j&#8217;ai pens\u00e9 : je le laisse, je repars. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;\u00e9tais pas l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu \u00e9tais chez le p\u00e9diatre. Je suis revenue \u00e0 la gare pour le train de 17 h 41. Et il \u00e9tait l\u00e0, Manon. \u00c0 Lille-Flandres, sous le grand panneau des d\u00e9parts. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lui. Avec une jeune femme, un manteau camel. Je l&#8217;ai reconnue. Tu m&#8217;avais montr\u00e9 une photo de la soir\u00e9e de l&#8217;entreprise, cet \u00e9t\u00e9. Tu m&#8217;avais dit : &#8220;C&#8217;est Constance.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume a laiss\u00e9 \u00e9chapper un petit souffle par le nez.<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne sait pas de quoi elle parle, Manon. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je les ai regard\u00e9s se dire au revoir, c&#8217;est tout. Une minute et demie. Je sais, j&#8217;ai regard\u00e9 ma montre. \u00bb Maman a lev\u00e9 son poignet. \u00ab Il l&#8217;a embrass\u00e9e. Pas sur la joue. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti Th\u00e9o se raidir l\u00e9g\u00e8rement dans mes bras, puis se d\u00e9tendre. J&#8217;ai chang\u00e9 la main qui le tenait.<\/p>\n<p>\u00ab Et ensuite ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le lundi, je suis all\u00e9e voir Sandrine. \u00c0 la Caisse d&#8217;\u00c9pargne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi Sandrine ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Parce que c&#8217;est elle qui avait ouvert le compte et que je ne savais pas \u00e0 qui parler d&#8217;autre. \u00bb Maman serrait son sac contre elle, des deux mains. \u00ab Elle m&#8217;a r\u00e9pondu qu&#8217;elle ne pouvait rien bloquer, que moi, je n&#8217;\u00e9tais que &#8220;tiers inform\u00e9&#8221;. Pour geler le compte, il fallait un des deux repr\u00e9sentants l\u00e9gaux. Toi, ou lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Toi, ou lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors, le mardi, j&#8217;ai voulu t&#8217;appeler. J&#8217;ai attendu le 14, parce que je n&#8217;osais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 14, je t&#8217;ai raccroch\u00e9 au nez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu m&#8217;as dit que j&#8217;\u00e9tais jalouse. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Guillaume me l&#8217;avait dit. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis tourn\u00e9e vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Tu me l&#8217;avais dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;avais dit qu&#8217;elle \u00e9tait \u00e0 cran. Qu&#8217;elle supportait mal que tu aies fond\u00e9 une famille sans elle. C&#8217;est diff\u00e9rent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le 17 ? \u00bb a demand\u00e9 maman, d&#8217;une voix toute simple. \u00ab Dis-lui, pour le 17. \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume n&#8217;a pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis all\u00e9e \u00e0 son bureau, Manon. Beaumont \u00c9quipements, \u00e0 Lille. Je me suis pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&#8217;accueil. J&#8217;ai demand\u00e9 monsieur Lambert-Duval. J&#8217;avais mon manteau des dimanches. J&#8217;ai dit que j&#8217;\u00e9tais sa belle-m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle a hurl\u00e9 dans le hall \u00bb, a dit Guillaume.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit : &#8220;Je veux lui parler de l&#8217;argent des petits.&#8221; Deux fois. Ils ont appel\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9. Un monsieur tr\u00e8s poli m&#8217;a prise par le coude et m&#8217;a raccompagn\u00e9e dans la rue. Il m&#8217;a dit : &#8220;Rentrez chez vous, madame.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et Guillaume ? Il est descendu te voir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;avais un rendez-vous avec le PDG \u00bb, a dit Guillaume. \u00ab Elle a fait un scandale devant toute la direction. C&#8217;est \u00e7a que j&#8217;ai dit \u00e0 Manon le soir m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je m&#8217;en souvenais. J&#8217;\u00e9tais dans la cuisine, un biberon \u00e0 la main. Il avait pos\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone sur la table, tr\u00e8s doucement, et il avait dit : \u00ab Ta m\u00e8re a fait un scandale \u00e0 mon travail. Je ne peux pas laisser \u00e7a passer. \u00bb Il avait ajout\u00e9, avec cette voix de m\u00e9decin : \u00ab Je suis inquiet pour elle, tu sais. Pour sa t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Le dimanche d&#8217;apr\u00e8s, j&#8217;avais \u00e9crit \u00e0 maman : <em>Pas l\u00e0 cette semaine.<\/em> Puis la semaine suivante. Puis la troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>Trois dimanches. Trois fois, je lui avais envoy\u00e9 un message de six mots pour annuler son hachis parmentier, sa cocotte Le Creuset et son paquet de Kinder Bueno qu&#8217;elle ach\u00e8te rien que pour son caf\u00e9. Et trois fois, elle avait r\u00e9pondu : <em>D&#8217;accord ma ch\u00e9rie. Embrasse les petits.<\/em><\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Pas une seule fois : <em>Pourquoi ?<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Je vais prendre une douche \u00bb, a dit Guillaume.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est d\u00e9coll\u00e9 du mur. Il a pris son manteau sur la pat\u00e8re, l&#8217;a rejet\u00e9 sur son bras, puis l&#8217;a raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne dormirai pas dans ce couloir. On en reparlera demain, quand tout le monde aura repris ses esprits. Manon, tu as besoin de repos. Vraiment. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Guillaume&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Demain. \u00bb<\/p>\n<p>Il est parti vers la salle de bains. La porte s&#8217;est referm\u00e9e, puis le verrou. Le bruit de l&#8217;eau, tr\u00e8s fort, a couvert le reste de l&#8217;appartement.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Maman a attendu que j&#8217;entende le jet. Puis elle a pos\u00e9 Emma sur mes genoux, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Th\u00e9o.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a une derni\u00e8re chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi encore ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne voulais pas te la montrer devant lui. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a fouill\u00e9 dans son sac, sous la bo\u00eete bleu p\u00e2le, sous la bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU. Elle en a sorti une feuille pli\u00e9e en quatre, comme le ticket.<\/p>\n<p>\u00ab Sandrine m&#8217;en a fait une photocopie en octobre. Elle n&#8217;aurait pas d\u00fb. Elle a dit : &#8220;Je ne vous l&#8217;ai pas donn\u00e9e, Chantal.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai d\u00e9pli\u00e9 le papier sur la couverture d&#8217;Emma.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Un formulaire de la banque, un tampon <em>Clinique de Lille<\/em>. <em>Modification du titulaire de la carte bancaire rattach\u00e9e au compte enfants Th\u00e9o et Emma Lambert-Duval.<\/em> Une case coch\u00e9e. <em>Seul titulaire d\u00e9sign\u00e9 : M. Guillaume Lambert-Duval.<\/em><\/p>\n<p>En bas, une date. 25 juin. 7 h 50.<\/p>\n<p>Le lendemain de la naissance. J&#8217;avais encore la perfusion au bras, ce matin-l\u00e0. Je me suis souvenue d&#8217;une seule chose : une blouse blanche qui tirait mon drap, une voix d&#8217;homme qui disait : \u00ab Signe l\u00e0, ma puce, c&#8217;est pour la mutuelle des petits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as sign\u00e9 ? \u00bb a demand\u00e9 maman.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_5\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_5\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Regarde. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9. <em>Manon Lambert-Duval<\/em>, en bas \u00e0 droite, \u00e0 l&#8217;encre bleue.<\/p>\n<p>Le M \u00e9tait trop grand. Le L du Lambert ne remontait pas, il glissait vers la gauche comme un truc en train de tomber. Et le trait de soulignement, que je fais depuis le lyc\u00e9e, qui plonge toujours vers la droite, n&#8217;y \u00e9tait pas.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait mon nom. Mais ce n&#8217;\u00e9tait pas ma main. Une main d&#8217;avant que je ne reconnaissais plus, ou une main d&#8217;un autre.<\/p>\n<p>\u00c0 11 h 30, le matin de No\u00ebl, Guillaume chantait dans la cuisine.<\/p>\n<p>Du Aznavour. Faux, comme toujours, avec la po\u00eale qui gr\u00e9sillait en rythme. Il avait mis son tablier gris et pr\u00e9par\u00e9 des cr\u00eapes pour ceux qui n&#8217;avaient pas dormi.<\/p>\n<p>Je l&#8217;\u00e9coutais depuis le salon, assise sur le canap\u00e9, Emma contre moi. Je n&#8217;avais pas ferm\u00e9 l&#8217;\u0153il. Je n&#8217;avais pas pleur\u00e9 non plus.<\/p>\n<p>Maman \u00e9tait partie \u00e0 7 h 30. Avant \u00e7a, elle avait dormi trois heures sur ce canap\u00e9, son manteau sur les genoux, sans l\u00e2cher son sac.<\/p>\n<p>Juste avant la porte, elle avait parl\u00e9 tr\u00e8s bas, dans mon cou.<\/p>\n<p>\u00ab Demain. Huit heures et demie, devant l&#8217;agence de Lens. Sandrine sera l\u00e0 \u00e0 neuf heures. On ne dit rien d&#8217;ici l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et s&#8217;il pose des questions ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu dis que tu es fatigu\u00e9e. Il adore \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait raison. C&#8217;\u00e9tait la seule chose que je savais faire convenablement, depuis six mois.<\/p>\n<p>\u00c0 6 h, avant que quiconque se l\u00e8ve, j&#8217;\u00e9tais descendue \u00e0 la cave. Quatre \u00e9tages \u00e0 descendre, puis l&#8217;escalier de la cave, la lumi\u00e8re \u00e0 minuterie qui s&#8217;\u00e9teint toutes les deux minutes. Le carton marqu\u00e9 <em>No\u00ebl<\/em> \u00e9tait sous les valises. J&#8217;avais trouv\u00e9 l&#8217;ange en feutre tout de suite, envelopp\u00e9 dans du papier de soie qu&#8217;il avait fallu d\u00e9faire avec des doigts qui n&#8217;ob\u00e9issaient pas.<\/p>\n<p>Puis je l&#8217;avais accroch\u00e9 au sapin. Tout en haut, \u00e0 droite, l\u00e0 o\u00f9 personne ne regarde jamais.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu as bien dormi ? \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume \u00e9tait dans l&#8217;encadrement de la porte. Pieds nus, la po\u00eale dans une main.<\/p>\n<p>\u00ab Un peu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les petits ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trente-sept huit. Deux Doliprane cette nuit. \u00c7a baisse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu vois. Je te disais. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a embrass\u00e9e sur le front. Il sentait le beurre et le caf\u00e9. Pour un peu, on aurait cru n&#8217;importe quel couple, n&#8217;importe quel matin de No\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9 pour hier soir. J&#8217;ai dit des choses. La fatigue, la pression. Tu comprends. \u00bb Il a tendu la main vers ma joue. \u00ab \u00c7a va aller. Je te promets. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab D&#8217;accord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-moi. \u00bb Il s&#8217;est retourn\u00e9, toujours l\u00e9ger, en reposant la po\u00eale sur le rebord de la cuisini\u00e8re. \u00ab Ta m\u00e8re est repartie avec ma bo\u00eete, c&#8217;est \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle bo\u00eete ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai rien vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle la gardera jusqu&#8217;au 31, je suppose. \u00c7a fait partie de son plaisir, on dirait. \u00bb Il a souri. Un sourire plein de dents. \u00ab Et le ticket ? Tu l&#8217;as encore, le ticket ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel ticket ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Celui qui \u00e9tait dessous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai tout jet\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans quelle poubelle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celle de la salle de bains. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a regard\u00e9e deux secondes de trop. Puis il est all\u00e9 dans la salle de bains. Je l&#8217;ai entendu ouvrir le couvercle, remuer des cotons.<\/p>\n<p>Le ticket n&#8217;y \u00e9tait pas. Il \u00e9tait dans la bo\u00eete de Doliprane des petits, rang\u00e9e sur la commode de la chambre, pli\u00e9e en huit entre deux notices. Il ne fouillerait jamais la bo\u00eete d&#8217;un m\u00e9dicament de b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Il est revenu en s&#8217;essuyant les mains.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Bon. Si tu l&#8217;as jet\u00e9, tant mieux. \u00bb Il a repris sa po\u00eale. \u00ab Tu veux une cr\u00eape ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit oui. J&#8217;ai mang\u00e9 la cr\u00eape, assise sur un tabouret. Elle n&#8217;avait aucun go\u00fbt.<\/p>\n<p>\u00c0 midi, la sonnette a retenti. Trois coups, courts, secs.<\/p>\n<p>B\u00e9atrice est entr\u00e9e avant que j&#8217;aie fini d&#8217;ouvrir. Manteau long, \u00e9charpe en soie, un sac de traiteur au bout du bras, une coiffure qui ne bouge pas.<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour, Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour, B\u00e9atrice. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Voici la b\u00fbche. Chocolat-marrons, trente-huit euros, \u00e7a se mange. J&#8217;ai pens\u00e9 que vous n&#8217;aviez pas eu le temps. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle me vouvoie depuis trois ans. \u00c7a ne l&#8217;a jamais g\u00ean\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Merci. C&#8217;est gentil. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n&#8217;est pas gentil. C&#8217;est No\u00ebl. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a embrass\u00e9 Guillaume, longuement. Elle l&#8217;a pris par les \u00e9paules, l&#8217;a regard\u00e9 de haut en bas comme on regarde un enfant qui a grandi pendant qu&#8217;on ne regardait pas. Puis elle a pos\u00e9 son sac, enlev\u00e9 ses gants.<\/p>\n<p>Et elle a vu le sapin.<\/p>\n<p>Elle a avanc\u00e9, deux pas. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e devant la branche du haut, les l\u00e8vres pinc\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est nouveau, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est un ange. Maman l&#8217;a fait pour les petits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le vois bien qu&#8217;il est fait main. \u00bb Elle a hoch\u00e9 la t\u00eate, une seule fois. \u00ab Guillaume m&#8217;a dit que \u00e7a jurait avec le reste. Je comprends mieux, maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est&#8230; c&#8217;\u00e9tait \u00e0 la cave. Je l&#8217;ai remont\u00e9 ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hm. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti mes joues chauffer. J&#8217;ai regard\u00e9 Guillaume. Il regardait le plafond, les mains dans le dos, tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par le lustre.<\/p>\n<p>\u00ab Il est tout petit, cet ange \u00bb, a dit B\u00e9atrice en se tournant vers moi. \u00ab Il tiendra jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00c9piphanie ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il tiendra. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si vous le dites. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise au bout du canap\u00e9, droite, sans toucher le coussin. Elle m&#8217;a regard\u00e9e plus longtemps que d&#8217;habitude. J&#8217;ai compris qu&#8217;elle cherchait mes cernes. Qu&#8217;elle les trouvait.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez une mine terrible, ma ch\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je dors pas beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9videmment. \u00c0 votre \u00e2ge, avec les jumeaux, c&#8217;est normal. Il faut juste se faire aider. \u00bb Elle a pris la main de Guillaume, qui venait de s&#8217;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;elle. \u00ab Il y a des gens tr\u00e8s bien, vous savez. J&#8217;ai appel\u00e9 ma cousine hier, elle n&#8217;a eu que des \u00e9loges de la doctoresse. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Maman, \u00e7a suffit \u00bb, a dit Guillaume, trop vite.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne dis rien de mal. C&#8217;est pour le bien de Manon. \u00bb Elle s&#8217;est pench\u00e9e vers moi, une main sur mon genou. \u00ab Guillaume m&#8217;a pr\u00e9venue pour jeudi, dix heures, le rendez-vous avec la doctoresse, pour vos&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e net. Sa main s&#8217;est retir\u00e9e de mon genou.<\/p>\n<p>Guillaume avait cess\u00e9 de respirer. Son sourire, lui, tenait encore.<\/p>\n<div id=\"article-body\" class=\"sm-article-content editor-content prose prose-slate max-w-none my-6\" data-read-target=\"\" data-aio-min-ad-gap=\"234\">\n<p>La p\u00e9dale de frein de la Clio a grinc\u00e9 quand maman a coup\u00e9 le moteur.<\/p>\n<p>8 h 20. Le 26 d\u00e9cembre. Le rideau m\u00e9tallique de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne \u00e9tait encore \u00e0 moiti\u00e9 baiss\u00e9, avec un papillon de No\u00ebl scotch\u00e9 dessus et une affichette : <em>Ouverture 9 h.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab On attend \u00bb, a dit maman.<\/p>\n<p>\u00ab Dans la voiture ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans la voiture. Il fait cinq degr\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de la bo\u00eete \u00e0 gants un thermos de caf\u00e9 et deux Kinder Bueno qu&#8217;elle avait d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9s. Elle m&#8217;en a tendu un, sans me regarder. Je l&#8217;ai mang\u00e9 en trois bouch\u00e9es. Je n&#8217;avais rien aval\u00e9 depuis la cr\u00eape de la veille.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;arri\u00e8re, Th\u00e9o et Emma dormaient dans leurs coques, les bonnets de travers. Trente-sept deux, ce matin. J&#8217;avais v\u00e9rifi\u00e9 trois fois.<\/p>\n<p>Guillaume \u00e9tait parti \u00e0 7 h 15. \u00ab La bo\u00eete ouvre entre No\u00ebl et le jour de l&#8217;An, les clients ne prennent pas de vacances. \u00bb Je lui avais dit que j&#8217;emmenais les petits chez maman pour la journ\u00e9e. Il avait r\u00e9pondu : \u00ab Bonne id\u00e9e. \u00c7a te fera du bien. \u00bb Il n&#8217;avait m\u00eame pas lev\u00e9 les yeux de son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>C&#8217;est le d\u00e9tail qui m&#8217;a le plus frapp\u00e9e. Il n&#8217;avait pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde.<\/p>\n<p>\u00c0 8 h 55, une femme en doudoune noire a tourn\u00e9 la cl\u00e9 du rideau. Cinquante ans, des lunettes sur la t\u00eate, un gobelet de la machine \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab Chantal ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sandrine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates l\u00e0 depuis longtemps ? Entrez, entrez. Madame Lambert-Duval, je suppose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sandrine. Vous avez les m\u00eames yeux que votre m\u00e8re. Venez, on va s&#8217;installer au fond. \u00bb<\/p>\n<p>Le bureau de Sandrine sentait le caf\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9 et le papier. Un calendrier des Postes au mur, une photo de deux ados \u00e0 la montagne. Elle a pos\u00e9 son gobelet, ouvert son \u00e9cran, et m&#8217;a regard\u00e9e droit dans les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval, je vais \u00eatre claire. Je vous dis \u00e7a en tant que conseill\u00e8re, pas en tant qu&#8217;amie de votre m\u00e8re. Avez-vous connaissance des mouvements sur le compte de vos enfants ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis cette nuit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vois. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a tourn\u00e9 son \u00e9cran vers moi. Le m\u00eame tableau que sur les relev\u00e9s. Mais l&#8217;\u00e9cran, lui, donnait les heures. 24 juin, 14 h 12. 4 860 \u20ac.<\/p>\n<p>\u00ab Cette ligne, c&#8217;est la bijouterie. Les autres&#8230; \u00bb Elle a fait d\u00e9filer. \u00ab Deux nuits d&#8217;h\u00f4tel, 1 240 \u20ac et 980 \u20ac. Le 24 et le 25 juin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le 24 et le 25 juin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, j&#8217;\u00e9tais \u00e0 la maternit\u00e9. Les deux jours. \u00bb<\/p>\n<p>Sandrine n&#8217;a pas r\u00e9pondu. Elle a juste enlev\u00e9 ses lunettes de sa t\u00eate pour les poser sur le bureau, d&#8217;un geste tr\u00e8s lent.<\/p>\n<p>Le 24 juin, \u00e0 14 h 12, j&#8217;en \u00e9tais \u00e0 ma sixi\u00e8me heure de contractions. Th\u00e9o est n\u00e9 \u00e0 16 h 07, Emma six minutes apr\u00e8s. \u00c0 18 h, Guillaume m&#8217;avait tendu un bouquet de la gare et dit qu&#8217;il avait \u00ab couru partout \u00bb. Il m&#8217;avait dit qu&#8217;il dormait \u00e0 l&#8217;appartement, ces nuits-l\u00e0, pour \u00eatre \u00ab frais \u00bb \u00e0 mon retour.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, il y a autre chose, et c&#8217;est la raison pour laquelle j&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 votre m\u00e8re de venir t\u00f4t. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre mari a pris rendez-vous ici, dans mon agenda. Pour aujourd&#8217;hui. 14 h. \u00bb Elle a ouvert un onglet. \u00ab Il a appel\u00e9 le 18 d\u00e9cembre. Objet : cl\u00f4ture du compte enfants et virement du solde sur un compte joint. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le solde. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab 2 860 \u20ac. \u00bb<\/p>\n<p>Maman, assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, a pos\u00e9 sa main sur mon poignet. Pas pour me retenir. Pour me tenir.<\/p>\n<p>\u00ab Il peut faire \u00e7a seul ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est titulaire de la carte et repr\u00e9sentant l\u00e9gal. Il y a un formulaire de juin&#8230; \u00bb Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e. \u00ab Je vous l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit, Chantal, je n&#8217;aurais pas d\u00fb vous le photocopier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne l&#8217;ai montr\u00e9 qu&#8217;\u00e0 Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et nous, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on peut faire ? \u00bb j&#8217;ai dit. \u00ab Moi. Aujourd&#8217;hui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates, vous aussi, repr\u00e9sentante l\u00e9gale. Chacun des deux parents peut demander le blocage du compte d&#8217;un mineur. Pas besoin de l&#8217;accord de l&#8217;autre. Un blocage, c&#8217;est plus rapide qu&#8217;un recours. Mais il faut que vous le demandiez en personne, que vous signiez devant moi&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je signe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab &#8230;et que je scanne votre pi\u00e8ce d&#8217;identit\u00e9 et le livret de famille. Le logiciel ne l&#8217;enregistre pas avant. Deux pi\u00e8ces, deux scans. C&#8217;est automatique, je n&#8217;y peux rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma carte d&#8217;identit\u00e9&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai fouill\u00e9 mon sac. J&#8217;ai sorti le portefeuille, l&#8217;ai ouvert. Une carte Vitale. Une carte de biblioth\u00e8que de Lens que je n&#8217;avais pas renouvel\u00e9e. Une carte de fid\u00e9lit\u00e9 du Leclerc, avec cinq tampons.<\/p>\n<p>Pas de carte d&#8217;identit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est dans l&#8217;appartement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 exactement ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans le classeur des papiers. Sur l&#8217;armoire de la chambre. Avec le livret de famille. \u00bb<\/p>\n<p>Maman a ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>Je ne pouvais pas tout emporter devant Guillaume, \u00e0 7 h 10, pendant qu&#8217;il v\u00e9rifiait ses messages. Un classeur de papiers sous le bras, l&#8217;air de partir d\u00e9jeuner chez ma m\u00e8re. Je m&#8217;\u00e9tais dit : <em>Demain, on verra.<\/em> C&#8217;\u00e9tait hier soir. C&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ce matin.<\/p>\n<p>\u00ab Combien de temps pour aller et revenir ? \u00bb a demand\u00e9 Sandrine.<\/p>\n<p>\u00ab Cinquante-cinq minutes, \u00e0 l&#8217;aller. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et votre mari est o\u00f9, en ce moment ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au bureau. Il a dit qu&#8217;il rentrerait peut-\u00eatre d\u00e9jeuner. \u00bb<\/p>\n<p>Sandrine a regard\u00e9 sa montre. Puis le plafond. Puis maman.<\/p>\n<p>\u00ab Chantal, si elle est de retour avant 14 h, je peux enregistrer le blocage dans les temps. Mais s&#8217;il arrive avant elle, ou s&#8217;il vient \u00e0 l&#8217;agence plus t\u00f4t, il aura acc\u00e8s au compte comme n&#8217;importe quel titulaire. Je n&#8217;ai aucun droit de lui refuser. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il sera \u00e0 l&#8217;appartement ? \u00bb a demand\u00e9 maman.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab Je ne sais jamais. \u00bb<\/p>\n<p>Maman s&#8217;est lev\u00e9e. Elle a pris les cl\u00e9s de la Clio dans son sac, a regard\u00e9 les petits qui dormaient derri\u00e8re la vitre du bureau, puis moi.<\/p>\n<p>\u00ab On y va. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les b\u00e9b\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On les emm\u00e8ne. \u00bb<\/p>\n<p>Sandrine est sortie dans le couloir pour nous raccompagner jusqu&#8217;\u00e0 la porte. Le hall de l&#8217;agence \u00e9tait silencieux, une dame \u00e2g\u00e9e comptait des billets au guichet.<\/p>\n<p>Au-dessus de la porte, sur le mur, il y avait une horloge ronde, avec une aiguille rouge pour les secondes.<\/p>\n<p>10 h 07.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9e avancer, une seconde, deux, trois. Il restait trois heures cinquante-trois minutes. Et Lille, c&#8217;\u00e9tait cinquante-cinq minutes dans chaque sens.<\/p>\n<\/div>\n<nav class=\"post-part-nav mt-8 mx-auto max-w-[800px]\" aria-label=\"Parties\">\n<div class=\"part-nav-controls\">\n<p>C&#8217;est \u00e0 14 h 12 que ma carte a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e. \u00c0 la minute pr\u00e8s, la m\u00eame que sur le ticket de la bijouterie.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas fait le rapprochement tout de suite. Avant \u00e7a, il y avait eu l&#8217;agence. Il faut que je raconte dans l&#8217;ordre.<\/p>\n<p>\u00c0 11 h 02, la Clio s&#8217;est gar\u00e9e devant mon immeuble. Maman est rest\u00e9e au volant, avec les petits endormis derri\u00e8re. Moi, j&#8217;ai mont\u00e9 quatre \u00e9tages \u00e0 pied, en gardant la main sur la rampe.<\/p>\n<p>La voiture de Guillaume n&#8217;\u00e9tait pas l\u00e0. L&#8217;appartement sentait le caf\u00e9 refroidi et sa lotion. Le classeur \u00e9tait sur l&#8217;armoire, o\u00f9 je l&#8217;avais laiss\u00e9. Carte d&#8217;identit\u00e9, livret de famille, deux relev\u00e9s de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne que je n&#8217;avais jamais ouverts.<\/p>\n<p>\u00c0 12 h 21, on \u00e9tait de retour \u00e0 Lens. Sandrine nous attendait derri\u00e8re la porte vitr\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval, asseyez-vous. Je scanne tout. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pass\u00e9 ma carte sur la vitre de l&#8217;appareil. Une fois. Deux fois. Le livret de famille, page par page. Puis un formulaire, et un stylo bleu.<\/p>\n<p>\u00ab Signez l\u00e0. Et l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sign\u00e9. Mon \u00e9criture, cette fois. Elle penchait vers la droite, comme avant.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0. La demande est partie. Le logiciel doit encore la valider, \u00e7a peut prendre vingt minutes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 12 h 49, la porte de l&#8217;agence s&#8217;est ouverte.<\/p>\n<p>Guillaume est entr\u00e9 avec son manteau gris et sa sacoche. Il a vu Sandrine, derri\u00e8re son bureau. Puis moi, dans le coin des fauteuils, les deux coques \u00e0 mes pieds.<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas chang\u00e9 de visage. Il est all\u00e9 droit au comptoir, chez le coll\u00e8gue de Sandrine, un jeune homme en chemise rose.<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour. Guillaume Lambert-Duval, titulaire d&#8217;un compte enfants. Je viens cl\u00f4turer, j&#8217;avais rendez-vous \u00e0 14 h, mais je suis en avance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un instant, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>Le jeune homme a tap\u00e9 sur son clavier. Il a lev\u00e9 les yeux vers Sandrine. Elle a fait un signe de la t\u00eate, \u00e0 peine.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, je ne peux pas proc\u00e9der. Une demande de blocage a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e ce matin par l&#8217;autre repr\u00e9sentante l\u00e9gale. Je l&#8217;ai vue passer sur le bureau de ma coll\u00e8gue. Elle est en cours d&#8217;enregistrement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En cours ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Tant qu&#8217;elle est en cours, aucune op\u00e9ration de cl\u00f4ture. \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume a pos\u00e9 sa sacoche sur le comptoir. Tr\u00e8s doucement.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis titulaire. Mon nom est sur la carte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre \u00e9pouse l&#8217;est aussi, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est retourn\u00e9. Il a travers\u00e9 le hall en trois pas et s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 devant moi. Pas assez pr\u00e8s pour qu&#8217;on le prenne pour une menace. Assez pour que je sente sa lotion.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as sign\u00e9 quoi, Manon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que j&#8217;aurais d\u00fb signer en juin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parle plus bas. Tu fais une sc\u00e8ne devant des inconnus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est toi qui es entr\u00e9 en courant. \u00bb<\/p>\n<p>Th\u00e9o a boug\u00e9 dans sa coque. J&#8217;ai pos\u00e9 le pied sur le bord, pour la balancer.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute-moi bien \u00bb, a dit Guillaume, la voix \u00e0 plat, pour moi seule. \u00ab Tu ne sais pas ce que tu fais. Ta m\u00e8re t&#8217;a mis \u00e7a dans la t\u00eate. Sans moi, tu serais rest\u00e9e dans ton F2 de Lens, \u00e0 compter tes pi\u00e8ces pour le caddie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je les compte encore, a dit une voix derri\u00e8re nous. Les pi\u00e8ces. Et elles sont \u00e0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait maman. Elle se tenait debout pr\u00e8s de la porte, son sac serr\u00e9 contre elle, le manteau boutonn\u00e9 de travers sur la chemise de nuit.<\/p>\n<p>Guillaume l&#8217;a regard\u00e9e un long moment.<\/p>\n<p>\u00ab Vous allez le regretter. Toutes les deux. \u00bb<\/p>\n<p>Il a repris sa sacoche. Il est sorti sans claquer la porte. \u00c7a, c&#8217;est ce qui m&#8217;a le plus \u00e9tonn\u00e9e : il n&#8217;a rien claqu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 13 h 08, Sandrine m&#8217;a tendu un papier.<\/p>\n<p>\u00ab Le blocage est enregistr\u00e9. Plus aucun retrait, plus aucune cl\u00f4ture, ni de lui ni de vous, sans d\u00e9cision de justice. Les 2 860 \u20ac sont \u00e0 l&#8217;abri. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pris le papier. J&#8217;ai dit merci trois fois.<\/p>\n<p>Dans la Clio, maman a mis le chauffage \u00e0 fond. Il restait une dose de lait dans le sac.<\/p>\n<p>\u00ab On passe au Leclerc, a dit maman. Moi, j&#8217;ai mon porte-monnaie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai ma carte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors prends la tienne. \u00c7a te fera du bien de payer quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti une petite fiert\u00e9. Un paquet de lait infantile, 14,90 \u20ac. Des lingettes. Une brique de compote.<\/p>\n<p>Au rayon, mon t\u00e9l\u00e9phone ne captait plus. Je me suis dit que c&#8217;\u00e9tait le sous-sol.<\/p>\n<p>\u00c0 la caisse, 14 h 12. La caissi\u00e8re a pass\u00e9 le lait. Le terminal a fait un bip court. Un autre.<\/p>\n<p>\u00ab Carte refus\u00e9e, madame. Vous voulez r\u00e9essayer ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai r\u00e9essay\u00e9. Refus\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Code faux ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Je le connais par c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Derri\u00e8re moi, un monsieur a soupir\u00e9. Maman est arriv\u00e9e avec son porte-monnaie, a pay\u00e9 22,30 \u20ac en pi\u00e8ces et en billets de cinq, sans rien dire.<\/p>\n<p>Sur le parking, j&#8217;ai sorti mon portable. En haut de l&#8217;\u00e9cran, il n&#8217;y avait plus que deux mots. <em>Appels d&#8217;urgence.<\/em> Pas de barre. Pas de 4G.<\/p>\n<p>\u00ab Ma ligne est coup\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Maman a compos\u00e9 le num\u00e9ro de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne sur son vieux Nokia, a donn\u00e9 son nom, a pass\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Sandrine, a \u00e9cout\u00e9, puis me l&#8217;a tendu.<\/p>\n<p>\u00ab Un virement de 1 140 \u20ac est parti du compte joint \u00e0 13 h 41 vers un compte \u00e0 son nom, depuis son application. Et le forfait t\u00e9l\u00e9phonique est \u00e0 son nom aussi, madame. Il peut demander la suspension d&#8217;une ligne quand il veut. \u00bb<\/p>\n<p>13 h 41. Quatre minutes apr\u00e8s qu&#8217;il est sorti de l&#8217;agence.<\/p>\n<p>\u00ab Il vous reste 3,17 \u20ac, a ajout\u00e9 Sandrine. Sur le livret, rien n&#8217;a boug\u00e9. Mais le compte joint, je n&#8217;y peux rien. \u00bb<\/p>\n<p>Chez maman, \u00e7a sentait la soupe r\u00e9chauff\u00e9e. J&#8217;ai couch\u00e9 les petits dans le lit de ma chambre d&#8217;avant, entre deux oreillers. \u00c0 15 h 40, le t\u00e9l\u00e9phone fixe a sonn\u00e9 dans l&#8217;entr\u00e9e.<\/p>\n<p>Maman a d\u00e9croch\u00e9. Elle a \u00e9cout\u00e9. Elle a dit : \u00ab Une seconde. \u00bb Puis elle me l&#8217;a donn\u00e9, la main sur le micro.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est B\u00e9atrice. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon ? \u00bb La voix de B\u00e9atrice \u00e9tait froide et tr\u00e8s polie. \u00ab Vous \u00eates chez votre m\u00e8re. Je pr\u00e9f\u00e8re vous pr\u00e9venir, c&#8217;est la moindre des choses. Guillaume s&#8217;est rendu au commissariat \u00e0 14 h 30. Il a d\u00e9pos\u00e9 une main courante. Vous \u00eates partie avec les enfants, dans un \u00e9tat inqui\u00e9tant. C&#8217;est le mot qu&#8217;il a employ\u00e9. Rentrez, je vous en prie, avant que \u00e7a n&#8217;aille plus loin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Madame, je&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rentrez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e avec le combin\u00e9 \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00c0 16 h 05, on a sonn\u00e9 \u00e0 la porte. Deux coups brefs.<\/p>\n<p>Maman a regard\u00e9 l&#8217;\u0153illeton, puis moi. Elle a ouvert la cha\u00eene.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval ? \u00bb<\/p>\n<p>Les policiers ont \u00e9t\u00e9 corrects. C&#8217;est ce qui m&#8217;a fait le plus peur.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient deux, une brigadi\u00e8re d&#8217;une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es et un jeune qui n&#8217;a pas enlev\u00e9 sa casquette avant que maman le lui fasse remarquer. Ils sont entr\u00e9s dans le salon et se sont assis sur le canap\u00e9, avec l&#8217;air de ceux qui ne veulent pas d\u00e9ranger.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval, on passe juste vous voir. Votre mari a d\u00e9pos\u00e9 une main courante cet apr\u00e8s-midi. On v\u00e9rifie que tout va bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout va bien \u00bb, a dit maman.<\/p>\n<p>\u00ab On aimerait l&#8217;entendre de la bouche de Madame. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00e7a gentiment. Elle avait un carnet sur le genou et un stylo bleu, comme celui de Sandrine.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis chez ma m\u00e8re. J&#8217;ai pris mes enfants. J&#8217;avais le droit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez le droit, oui. Vous avez l&#8217;autorit\u00e9 parentale, tous les deux. Personne n&#8217;a enlev\u00e9 personne. \u00bb Elle a regard\u00e9 les coques pos\u00e9es sur le tapis. \u00ab On peut les voir ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est pench\u00e9e sur Th\u00e9o, puis sur Emma. Elle a demand\u00e9 s&#8217;ils mangeaient bien, s&#8217;ils avaient de la fi\u00e8vre. J&#8217;ai dit trente-huit quatre, depuis 15 h. Elle a \u00e9crit.<\/p>\n<p>\u00ab Vous dormez, madame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand ils dorment. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre mari dit que vous avez refus\u00e9 de l&#8217;aide. Qu&#8217;il y a un rendez-vous pris pour vous, demain matin, 10 h. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il l&#8217;a pris sans me le dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il dit que vous \u00e9tiez d&#8217;accord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai appris hier, par sa m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9crit encore. Je n&#8217;ai pas vu les mots. J&#8217;ai vu le stylo bouger, longtemps pour ce que j&#8217;avais dit.<\/p>\n<p>Le jeune a demand\u00e9 si on pouvait avoir un verre d&#8217;eau. Maman est all\u00e9e le chercher. En revenant, elle a dit, d&#8217;une voix sans rien dedans :<\/p>\n<p>\u00ab Elle n&#8217;est pas folle. Elle est \u00e9puis\u00e9e. Ce n&#8217;est pas pareil. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On n&#8217;a pas dit qu&#8217;elle \u00e9tait folle, madame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La brigadi\u00e8re a referm\u00e9 son carnet. Elle m&#8217;a tendu une carte avec un num\u00e9ro.<\/p>\n<p>\u00ab Il n&#8217;y a pas d&#8217;infraction. Je ne peux pas vous dire autre chose. Mais je dois noter ce que je constate. \u00bb Elle s&#8217;est lev\u00e9e. \u00ab J&#8217;ai mis : <em>m\u00e8re \u00e9puis\u00e9e, entour\u00e9e, enfants soign\u00e9s.<\/em> Si jamais vous avez besoin de quelqu&#8217;un, appelez ce num\u00e9ro. Pas le 17, celui-l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et si c&#8217;est lui qui appelle ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a regard\u00e9e un instant de trop.<\/p>\n<p>\u00ab Alors on viendra encore. \u00bb<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est referm\u00e9e \u00e0 16 h 40. J&#8217;ai entendu leur voiture d\u00e9marrer, et puis plus rien, sauf le radiateur.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ce soir-l\u00e0, maman a fait une soupe de poireaux. On l&#8217;a mang\u00e9e dans les bols de mon enfance, ceux avec les liser\u00e9s orange. Elle ne parlait pas. J&#8217;ai pris le dos d&#8217;une enveloppe, un crayon dans le tiroir de la cuisine, et j&#8217;ai \u00e9crit ce que j&#8217;avais donn\u00e9 en un an.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9fl\u00e9chi. Les lignes sont venues toutes seules.<\/p>\n<p><em>Mon CDI d&#8217;auxiliaire de vie, parce que Guillaume trouvait que \u00ab les horaires, \u00e7a ne ferait pas s\u00e9rieux \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>Le num\u00e9ro de L\u00e9a, effac\u00e9 de mon t\u00e9l\u00e9phone \u00ab par erreur \u00bb lors d&#8217;une mise \u00e0 jour, en mars.<\/em><\/p>\n<p><em>Le code du portable, chang\u00e9 par lui en mai, \u00ab pour la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<\/em><\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>La carte bancaire, qu&#8217;il regardait chaque soir.<\/em><\/p>\n<p><em>Le ticket de la pharmacie, 23,40 \u20ac. Le lait infantile entour\u00e9 au stylo. \u00ab Justifie-moi \u00e7a, Manon. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Trois dimanches chez maman.<\/em><\/p>\n<p>Je l&#8217;ai lue \u00e0 voix haute. Maman a pos\u00e9 sa cuill\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Tu avais le droit de m&#8217;en parler. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne voyais pas, maman. C&#8217;est \u00e7a le probl\u00e8me. Chaque chose, prise seule, c&#8217;\u00e9tait rien. Il avait toujours une raison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et maintenant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maintenant, j&#8217;ai une liste. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a pris l&#8217;enveloppe. Elle l&#8217;a pli\u00e9e en quatre. Elle l&#8217;a gliss\u00e9e dans la poche de son gilet, contre elle, l\u00e0 o\u00f9 elle gardait avant les tickets de caisse de papa.<\/p>\n<p>\u00c0 22 h, j&#8217;ai couch\u00e9 les petits dans mon ancien lit, entre deux oreillers. Th\u00e9o avait trente-huit neuf. J&#8217;ai donn\u00e9 du Doliprane. J&#8217;ai attendu vingt minutes. Trente-neuf deux.<\/p>\n<p>\u00c0 minuit, quarante.<\/p>\n<p>Je me souviens des chiffres parce que j&#8217;ai regard\u00e9 le thermom\u00e8tre plusieurs fois, comme si le regarder suffisait \u00e0 le faire baisser. Maman a apport\u00e9 un gant mouill\u00e9. Emma dormait, la bouche ouverte, tranquille.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab On rappelle le m\u00e9decin de garde ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec quel t\u00e9l\u00e9phone ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le mien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il me traitera de m\u00e8re inqui\u00e8te. Je le vois d&#8217;ici. M\u00e8re \u00e9puis\u00e9e, enfant fi\u00e9vreux, marquez-le au stylo bleu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;attends encore vingt minutes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 0 h 35, Th\u00e9o a ouvert les yeux, et il m&#8217;a regard\u00e9e sans me voir.<\/p>\n<p>Puis son corps s&#8217;est raidi. Bras tendus, menton relev\u00e9, les petits poings serr\u00e9s. Les yeux roulaient vers le haut. Il ne respirait plus, ou presque.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je l&#8217;ai attrap\u00e9. Il \u00e9tait dur comme une planche, br\u00fblant. Je lui ai dit son nom. Plusieurs fois. Je ne sais plus ce que je disais.<\/p>\n<p>\u00ab Maman ! \u00bb<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. Elle a appuy\u00e9 sur trois touches, le pouce raide.<\/p>\n<p>J&#8217;ai entendu la sonnerie. Une. Deux. Puis une voix d&#8217;homme, calme, au bout du fil.<\/p>\n<p>Maman a pris son souffle, et elle a dit notre adresse, rue par rue, comme on r\u00e9cite une pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Th\u00e9o est sorti des urgences le 28, \u00e0 midi, sans aucune s\u00e9quelle. Les m\u00e9decins me l&#8217;ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 quatre fois. Pourtant, ce que je garde de ces deux jours, c&#8217;est le couloir.<\/p>\n<p>Les pompiers sont arriv\u00e9s \u00e0 0 h 52. Ils ont pris Th\u00e9o, nous ont fait monter dans le camion, maman avec Emma sur les genoux. Th\u00e9o avait repris des couleurs avant la porte des urgences p\u00e9diatriques de Lens. Il pleurait. Je n&#8217;ai jamais \u00e9t\u00e9 aussi contente d&#8217;entendre un b\u00e9b\u00e9 hurler.<\/p>\n<p>Le p\u00e9diatre de garde avait les yeux rouges et une blouse froiss\u00e9e. Il a pos\u00e9 le st\u00e9thoscope, regard\u00e9 les tympans, la gorge.<\/p>\n<p>\u00ab Une convulsion f\u00e9brile simple. \u00c7a fait tr\u00e8s peur, et \u00e7a n&#8217;a presque jamais de suite. On le garde en observation, pour la fi\u00e8vre. Quarante-huit heures, sans doute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il va bien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il va bien, madame. \u00bb Il a tap\u00e9 sur son clavier. \u00ab Depuis quand la fi\u00e8vre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis le 24. Trente-neuf \u00e0 18 h. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez consult\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On devait. Mon mari&#8230; on a eu un souci. \u00bb<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 les yeux, une demi-seconde, puis il a continu\u00e9 \u00e0 taper.<\/p>\n<p>\u00c0 2 h, une infirmi\u00e8re est venue chercher les papiers d&#8217;admission. Elle a demand\u00e9 les coordonn\u00e9es du p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Je peux les donner \u00bb, a dit maman.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est le p\u00e8re, Manon. Si on ne le pr\u00e9vient pas, c&#8217;est nous qui avons tort. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. Elle a sorti son Nokia dans le couloir et elle est rest\u00e9e longtemps dos au mur, une main sur le front. Quand elle est revenue, elle avait l&#8217;air d&#8217;avoir vieilli de dix ans.<\/p>\n<p>\u00ab Il arrive. \u00bb<\/p>\n<p>Il est arriv\u00e9 \u00e0 2 h 55. Il avait mis un pull, pas la cravate. B\u00e9atrice le suivait, manteau long, foulard dans les cheveux. Dans la main, Guillaume tenait un bouquet de roses blanches, avec encore l&#8217;\u00e9tiquette de la station-service.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a travers\u00e9 le couloir \u00e0 grands pas. Il a pris ma main, la serrant trop longtemps, devant l&#8217;infirmi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Comment va mon fils ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il dort \u00bb, a dit l&#8217;infirmi\u00e8re. \u00ab Il est en observation. Vous \u00eates le papa ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis son p\u00e8re. J&#8217;ai roul\u00e9 en pleine nuit, d\u00e8s qu&#8217;on m&#8217;a pr\u00e9venu. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait la voix qui tremblait un peu. Il savait faire \u00e7a.<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 le bouquet sur la chaise, a embrass\u00e9 mon front. Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. Je n&#8217;ai pas non plus r\u00e9pondu.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en veux tellement, a-t-il dit \u00e0 l&#8217;infirmi\u00e8re, assez fort. Ma femme est \u00e0 bout, depuis des semaines. Je lui r\u00e9p\u00e8te de se faire aider. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a du monde, ce soir, madame \u00bb, a dit l&#8217;infirmi\u00e8re, g\u00ean\u00e9e, en me regardant.<\/p>\n<p>B\u00e9atrice, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, a tapot\u00e9 ma main.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez mauvaise mine, ma ch\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai retir\u00e9 ma main.<\/p>\n<p>\u00c0 4 h, le p\u00e9diatre est repass\u00e9 pour la visite. Je l&#8217;ai vu \u00e9crire dans le dossier, pench\u00e9 sur l&#8217;\u00e9cran du couloir. Dans le reflet de la vitre, j&#8217;ai lu \u00e0 l&#8217;envers, mot apr\u00e8s mot : <em>m\u00e8re tr\u00e8s fatigu\u00e9e, anxieuse.<\/em><\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. Il y avait deux jours de fi\u00e8vre, un enfant dans les bras, une liste dans la poche de maman. Je me suis dit : <em>Ils vont tous l&#8217;\u00e9crire.<\/em><\/p>\n<p>Guillaume, lui, est rest\u00e9 \u00e0 la porte de la chambre jusqu&#8217;au matin. Pench\u00e9 sur le lit de Th\u00e9o, la main sur la couverture. Les infirmi\u00e8res le regardaient avec attendrissement. \u00c0 6 h, l&#8217;une d&#8217;elles lui a apport\u00e9 un caf\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 9 h, il m&#8217;a prise \u00e0 part, devant la machine \u00e0 boissons.<\/p>\n<p>\u00ab Il est \u00e0 quelle heure, le rendez-vous de ce matin ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dix heures. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu ne vas pas y aller, \u00e9videmment. Je l&#8217;ai d\u00e9cal\u00e9. Mais regarde ce que \u00e7a donne, Manon. Un enfant \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital. Tu es chez ta m\u00e8re, tu ne dors pas, tu l&#8217;as laiss\u00e9 monter \u00e0 quarante. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai attendu vingt minutes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0. Tu avoues. \u00bb<\/p>\n<p>Il a dit \u00e7a doucement. Comme on reprend un enfant qui a fait tomber un verre.<\/p>\n<p>\u00c0 11 h, une femme en gilet gris est entr\u00e9e dans la chambre. Elle s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9e : l&#8217;assistante sociale de l&#8217;h\u00f4pital. Cheveux courts, badge, une chemise cartonn\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Lambert-Duval, je peux vous parler un moment ? Sans votre mari. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Maman a emmen\u00e9 Emma dans le couloir. Guillaume avait quitt\u00e9 la chambre pour passer un appel. Je l&#8217;ai vu par la vitre, t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 l&#8217;oreille, sourire poli.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est une proc\u00e9dure de routine. Quand un enfant de cet \u00e2ge est admis, on regarde s&#8217;il y a des \u00e9l\u00e9ments au dossier. Dans le v\u00f4tre, il y a une information pr\u00e9occupante. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une information pr\u00e9occupante concernant Th\u00e9o et Emma. Re\u00e7ue par le d\u00e9partement hier, 26 d\u00e9cembre, \u00e0 15 h 05. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier, \u00e0 15 h 05 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Elle \u00e9mane du p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>15 h 05. J&#8217;\u00e9tais chez maman, assise sur mon ancien lit, \u00e0 regarder mon \u00e9cran sans r\u00e9seau.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il dit ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert la chemise. Elle a lu, \u00e0 voix basse, sans me regarder.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;une m\u00e8re sans emploi, d\u00e9pressive, a quitt\u00e9 le domicile avec deux nourrissons malades. Qu&#8217;elle refuse un suivi psychiatrique. Qu&#8217;elle est influenc\u00e9e par sa propre m\u00e8re. Il y joint une attestation d&#8217;un t\u00e9moin, qui confirme l&#8217;\u00e9tat d&#8217;instabilit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un t\u00e9moin. Quel t\u00e9moin ? Qui a vu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne devrais pas, madame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je vous en prie. J&#8217;ai deux enfants. Je n&#8217;ai plus de t\u00e9l\u00e9phone, plus de compte. J&#8217;ai le droit de savoir qui dit quoi sur moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a h\u00e9sit\u00e9 longtemps. Puis elle a tourn\u00e9 la feuille vers moi, du bout du doigt.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait une page imprim\u00e9e, avec une signature en bas, ronde et appliqu\u00e9e. Au-dessus, une ligne, en gras : <em>Attestation sur l&#8217;honneur.<\/em> Dessous, le nom, comme une adresse de courrier.<\/p>\n<p><em>Je soussign\u00e9e Constance<\/em><\/p>\n<p>Le 29 d\u00e9cembre, \u00e0 9 h 15, la cl\u00e9 est entr\u00e9e dans la serrure de mon appartement. Elle n&#8217;a pas tourn\u00e9.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai ressortie. Je l&#8217;ai regard\u00e9e. C&#8217;\u00e9tait bien la mienne, celle avec le bout de ruban rouge, que je mets dans la poche de mon manteau depuis trois ans. Je l&#8217;ai remise. Rien.<\/p>\n<p>\u00ab Elle est coinc\u00e9e ? \u00bb a demand\u00e9 maman, deux marches plus bas, la coque d&#8217;Emma au bras.<\/p>\n<p>\u00ab Non. Le cylindre est neuf. \u00bb<\/p>\n<p>Il brillait. Le laiton de l&#8217;ancien \u00e9tait terne, ray\u00e9, avec un trait de peinture blanche d&#8217;un vieux ravalement. Celui-l\u00e0, on aurait dit une pi\u00e8ce de monnaie.<\/p>\n<p>Je suis venue chercher les passeports des petits et mon acte de naissance. Je n&#8217;avais pris que le classeur, le 26. Les passeports \u00e9taient rest\u00e9s dans le tiroir de la commode. Il fallait un dossier complet, avait dit Sandrine, pour tout ce qui viendrait ensuite.<\/p>\n<p>J&#8217;ai sonn\u00e9. Deux fois.<\/p>\n<p>\u00ab Qui est-ce ? \u00bb<\/p>\n<p>La voix de Guillaume, derri\u00e8re le bois. \u00c0 plat. Tr\u00e8s proche.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi. Ouvre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui, moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais qui tu es. \u00bb Un petit rire sans plaisir. \u00ab J&#8217;ai fait changer la serrure hier matin, \u00e0 8 h. Un serrurier de Lille, il est venu avec la facture. Il y avait des choses qui disparaissaient. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelles choses ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a, on le verra devant un juge. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je viens chercher les passeports de Th\u00e9o et Emma. Ce sont les enfants \u00e0 moi aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les enfants sont chez ta m\u00e8re, c&#8217;est toi qui as voulu. Quand tu seras de retour, avec un certificat m\u00e9dical, on en reparlera. L\u00e0, tu ne rentres pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon domicile. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon bail. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rendu compte que c&#8217;\u00e9tait vrai. Le bail \u00e9tait \u00e0 son nom, depuis le d\u00e9but. J&#8217;avais m\u00eame sign\u00e9 comme occupante.<\/p>\n<p>\u00ab Guillaume, ouvre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Repasse avec la police, Manon. Ils connaissent d\u00e9j\u00e0 le dossier. \u00bb<\/p>\n<p>La porte du troisi\u00e8me s&#8217;est ouverte, en bas. Une voisine est sortie sur le palier, en robe de chambre. Elle nous a regard\u00e9es, maman, la coque, moi. Elle a h\u00e9sit\u00e9, puis elle a mont\u00e9 une marche.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il est venu hier matin, avec deux hommes, a-t-elle dit tout bas. Un qui changeait la serrure, et l&#8217;autre, un monsieur qui a pris des cartons. Dans la voiture, en bas, il y avait une jeune femme, en manteau clair. Elle n&#8217;est pas descendue. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel genre de cartons ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas, ma petite. Des dossiers, je crois. Des papiers de bureau. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas demand\u00e9 \u00e0 quoi elle ressemblait. Je savais d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Maman m&#8217;a prise par le coude. On est descendues, une marche, deux, trois. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e sur le deuxi\u00e8me palier, entre les bo\u00eetes aux lettres, a pos\u00e9 la coque d&#8217;Emma par terre et s&#8217;est appuy\u00e9e contre le mur.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Maman ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est mise \u00e0 pleurer. Sans bruit, d&#8217;abord. Puis ses \u00e9paules ont trembl\u00e9, et elle a mis la main sur sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma faute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman, arr\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, c&#8217;est ma faute. Quand tu l&#8217;as ramen\u00e9 \u00e0 la maison, la premi\u00e8re fois, je me suis dit : celui-l\u00e0, il n&#8217;aura jamais de soucis d&#8217;argent. Avec ses chemises, ses cartes de visite. Je t&#8217;ai dit : &#8220;Il a l&#8217;air s\u00e9rieux.&#8221; Je t&#8217;ai dit : &#8220;Tu as de la chance.&#8221; \u00bb Elle essuyait ses joues avec le dos de sa main, comme une petite fille. \u00ab Ton p\u00e8re, toute sa vie, il s&#8217;est fait du mauvais sang pour les factures. Je voulais que toi, tu n&#8217;aies pas \u00e0 compter. Et toi, tu comptes. Tu comptes encore plus que moi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu n&#8217;as pas pouss\u00e9. J&#8217;ai dit oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;ai pouss\u00e9e \u00e0 le trouver bien. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;elle, sur la marche. Il y avait de la poussi\u00e8re, et une odeur de chou, de l&#8217;\u00e9tage au-dessus. Emma a fait un petit bruit de b\u00e9b\u00e9 qui r\u00eave.<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas de r\u00e9ponse. J&#8217;ai sorti de ma poche le portable sans r\u00e9seau. Il ne servait \u00e0 rien. Alors j&#8217;ai demand\u00e9 le Nokia \u00e0 maman.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 L\u00e9a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as son num\u00e9ro ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je le sais par c\u0153ur. Depuis le lyc\u00e9e. Il n&#8217;y a que celui-l\u00e0 qu&#8217;il n&#8217;a pas pu me prendre. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai compos\u00e9, les doigts raides sur les touches. Quatre sonneries. Cinq.<\/p>\n<p>\u00ab All\u00f4 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e9a. C&#8217;est Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Un blanc. Puis un souffle, comme quand on pose quelque chose de lourd.<\/p>\n<p>\u00ab Manon ? Mon Dieu. \u00c7a fait&#8230; dix mois. J&#8217;ai essay\u00e9, tu sais, plusieurs fois. Ton num\u00e9ro ne r\u00e9pondait plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il l&#8217;avait effac\u00e9. De mon portable. Il a chang\u00e9 le code, aussi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je m&#8217;en doutais, a dit L\u00e9a. Je m&#8217;en doutais, depuis juin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis juin ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 tu es ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans l&#8217;escalier de chez moi. Enfin, de chez lui. Je ne peux plus rentrer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute. Je finis \u00e0 14 h aujourd&#8217;hui, je suis \u00e0 la clinique. J&#8217;ai quelque chose \u00e0 te dire, et je ne veux pas le dire en deux phrases dans un couloir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e9a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis aide-soignante de nuit. Je travaillais le 25 juin. Le matin. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis redress\u00e9e. Maman a lev\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 7 h 50, a continu\u00e9 L\u00e9a, j&#8217;\u00e9tais dans ta chambre. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas respir\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai \u00e9crit dans le cahier de transmissions ce que j&#8217;ai vu. Il est toujours l\u00e0, je l&#8217;ai relu la semaine derni\u00e8re, et le cahier, ils le gardent. Manon, tu es toujours l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux savoir ce que j&#8217;ai vu ce matin-l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>Le caf\u00e9 de Constance \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 froid quand je me suis assise. La tasse \u00e9tait pleine, la petite cuill\u00e8re intacte sur la soucoupe. Elle ne l&#8217;avait pas touch\u00e9, ou depuis longtemps.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais trouv\u00e9e la veille. Dans mon sac, au fond, il y avait toujours la carte de visite de septembre, celle qu&#8217;elle m&#8217;avait gliss\u00e9e \u00e0 la f\u00eate de Beaumont, avec un grand sourire : \u00ab Si vous avez besoin de quoi que ce soit, pour les b\u00e9b\u00e9s. \u00bb Au dos, un num\u00e9ro de portable, \u00e0 l&#8217;encre bleue.<\/p>\n<p>J&#8217;avais \u00e9crit un seul message, avec le Nokia de maman. <em>Je suis Manon. J&#8217;ai la bo\u00eete. Il faut qu&#8217;on se parle.<\/em><\/p>\n<p>Quarante minutes plus tard : <em>Demain, 11 h, brasserie de la gare Lille-Flandres. Seule. S&#8217;il vous pla\u00eet.<\/em><\/p>\n<p>Maman \u00e9tait rest\u00e9e \u00e0 Lens avec les petits. Elle m&#8217;avait donn\u00e9 un billet de dix euros pour le train et m&#8217;avait dit : \u00ab Tu mets ton manteau le plus propre. \u00bb Dans mon cabas, j&#8217;avais la bo\u00eete bleue, et le ticket, pli\u00e9 en quatre, dans mon portefeuille.<\/p>\n<p>Constance se tenait au fond, pr\u00e8s de la vitre qui donne sur les quais. Manteau camel. Cheveux tir\u00e9s. Elle avait l&#8217;air d&#8217;avoir dormi deux heures. Ses mains tremblaient sur la nappe, \u00e0 peine, mais assez pour que la cuill\u00e8re fasse un petit bruit.<\/p>\n<p>\u00ab Merci d&#8217;\u00eatre venue. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai pas vraiment le choix. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Le serveur est pass\u00e9. J&#8217;ai demand\u00e9 un verre d&#8217;eau. Elle a regard\u00e9 sa tasse comme si elle venait de la d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne savais pas que vous aviez des jumeaux. Enfin, si. Je savais qu&#8217;il avait des enfants. Mais je pensais&#8230; \u00bb Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e. \u00ab Je pensais que \u00e7a faisait longtemps que c&#8217;\u00e9tait fini, entre vous. Il me l&#8217;a dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand est-ce que c&#8217;est devenu fini ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il ne l&#8217;a jamais pr\u00e9cis\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Elle m&#8217;a regard\u00e9e dans les yeux. Elle \u00e9tait belle, et le pire, c&#8217;est qu&#8217;elle n&#8217;avait pas l&#8217;air m\u00e9chante.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab L&#8217;attestation, a-t-elle dit. Vous l&#8217;avez vue. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 l&#8217;h\u00f4pital. Avec votre nom au-dessus de la signature. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#8217;a dit que vous \u00e9tiez d\u00e9pressive. Suivie, sous traitement. Qu&#8217;il avait peur pour les enfants. Qu&#8217;il fallait un t\u00e9moin, que \u00e7a aiderait \u00e0 les prot\u00e9ger. Il avait un brouillon. Je n&#8217;ai fait que le recopier et le signer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous m&#8217;avez vue une fois, en septembre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous aviez l&#8217;air fatigu\u00e9e. \u00bb Elle a baiss\u00e9 les yeux. \u00ab C&#8217;est ce que je me suis dit, quand j&#8217;ai sign\u00e9. Qu&#8217;il avait raison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je venais d&#8217;accoucher de jumeaux. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas ajout\u00e9 d&#8217;excuse. \u00c7a m&#8217;a fait presque plus mal.<\/p>\n<p>\u00ab Le compte des jumeaux, a-t-elle repris. Il en parlait comme d&#8217;un compte \u00e0 lui. Un compte de soci\u00e9t\u00e9, de ce genre-l\u00e0. Je n&#8217;ai jamais vu un relev\u00e9. Le collier, il m&#8217;a dit que c&#8217;\u00e9tait une prime. Une prime de fin d&#8217;ann\u00e9e, qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait offerte et qu&#8217;il voulait me donner. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il l&#8217;a achet\u00e9 le 24 juin, \u00e0 14 h 12. Pendant que j&#8217;accouchais. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Et les d\u00eeners clients ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quels d\u00eeners clients ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ceux qu&#8217;il note sur ses frais, depuis juin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je n&#8217;ai jamais assist\u00e9 \u00e0 un seul d\u00eener client avec lui. Pas un. On d\u00eenait \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel, \u00e0 deux. Je croyais que c&#8217;\u00e9tait&#8230; \u00bb Elle a eu un petit rire qui s&#8217;est cass\u00e9. \u00ab Que c&#8217;\u00e9tait sa mani\u00e8re d&#8217;\u00eatre discret. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la promotion ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pris sa tasse, l&#8217;a repos\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon p\u00e8re qui annonce, le 31, \u00e0 la soir\u00e9e. Mais le dossier, c&#8217;est moi qui le lui pr\u00e9sente. Directeur commercial. Je peux dire oui, je peux dire pas maintenant. Guillaume le sait. \u00bb Elle a parl\u00e9 tr\u00e8s bas. \u00ab C&#8217;est pour \u00e7a qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 si gentil, tout l&#8217;automne. Je me le suis demand\u00e9 hier soir. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le serveur est revenu avec mon verre d&#8217;eau. Il a pos\u00e9 une petite soucoupe avec un sucre, et il est reparti sans un mot.<\/p>\n<p>Dans mon cabas, la bo\u00eete bleue pesait sur ma cuisse.<\/p>\n<p>\u00ab Vous allez refuser sa promotion ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. \u00bb Elle a crois\u00e9 les mains pour les emp\u00eacher de bouger. \u00ab Je veux savoir d&#8217;abord. Tout. Mais je vous demande une chose, Manon. Je peux vous appeler Manon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Allez-y. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Que \u00e7a reste entre nous. Jusqu&#8217;\u00e0 demain soir. Mon p\u00e8re a un c\u0153ur fragile, la soir\u00e9e est demain, et je ne veux pas&#8230; Je ne veux pas que mon nom soit dans un journal. Dans un tribunal. Dans la bouche de ma m\u00e8re. Je vous le demande. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon fils a eu une convulsion \u00e0 quarante de fi\u00e8vre, il y a trois jours. Votre nom est d\u00e9j\u00e0 dans le dossier de la protection de l&#8217;enfance. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a p\u00e2li. \u00c7a s&#8217;est vu d&#8217;un coup, dans le cou.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne savais pas, pour Th\u00e9o. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez rien su. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>On est rest\u00e9es sans parler. Sur le quai, une annonce a dit que le train de Hazebrouck avait dix minutes de retard. J&#8217;ai regard\u00e9 les gens avec leurs valises, leurs sacs de fin d&#8217;ann\u00e9e, leurs paquets cadeaux. Un monsieur tenait une b\u00fbche glac\u00e9e dans une bo\u00eete blanche, bien \u00e0 plat.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez la bo\u00eete, a dit Constance. Vous me l&#8217;avez \u00e9crit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le ticket. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux ? Un moment. Je voudrais \u00eatre s\u00fbre qu&#8217;on parle de la m\u00eame chose. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pour quoi faire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour qu&#8217;on r\u00e8gle \u00e7a \u00e0 l&#8217;amiable. Je peux obtenir quelque chose de mon p\u00e8re, de la soci\u00e9t\u00e9. Rembourser. Ce qu&#8217;il a pris sur le compte des petits, je le rembourse moi-m\u00eame, ce soir, avant que&#8230; avant le tribunal. Mais il me faut la bo\u00eete, et le ticket. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a avanc\u00e9 la main. Paume en l&#8217;air, au-dessus de la nappe, les doigts un peu \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p>La main ne tremblait plus.<\/p>\n<p>\u00ab Ne lui donnez rien. \u00bb<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Moreau n&#8217;a pas lev\u00e9 la voix. Elle a pos\u00e9 son stylo sur le bureau, bien parall\u00e8le au bord, et elle m&#8217;a regard\u00e9e par-dessus ses lunettes.<\/p>\n<p>\u00ab Ni la bo\u00eete, ni le ticket, ni une photocopie du ticket. Rien, madame Lambert-Duval. \u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 15 h 10. Je venais de quitter la brasserie de Lille-Flandres, et j&#8217;avais encore dans l&#8217;oreille le petit bruit de la cuill\u00e8re de Constance.<\/p>\n<p>Je lui avais dit \u00ab Je vous \u00e9cris \u00bb et j&#8217;avais remis la bo\u00eete dans mon cabas. Elle \u00e9tait rest\u00e9e la main ouverte au-dessus de la nappe, comme quelqu&#8217;un qui attend la monnaie.<\/p>\n<p>Sandrine m&#8217;avait donn\u00e9 ce nom le 26, sur un Post-it jaune. \u00ab Elle prend peu de dossiers, mais elle prend ceux-l\u00e0. \u00bb Moreau avait un cabinet au deuxi\u00e8me \u00e9tage, une plante qui perdait ses feuilles, une secr\u00e9taire qui m&#8217;a servi un gobelet d&#8217;eau sans que je demande.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb j&#8217;ai dit. \u00ab Elle veut rembourser. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle veut des pi\u00e8ces. \u00bb Moreau a tapot\u00e9 le dossier ouvert devant elle. \u00ab Quand on propose un r\u00e8glement amiable \u00e0 quelqu&#8217;un qui d\u00e9tient la preuve, on ne propose pas de l&#8217;argent. On propose de racheter la preuve. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a l&#8217;air sinc\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle l&#8217;est peut-\u00eatre. Elle est aussi la fille du patron de votre mari. Si le ticket dispara\u00eet, elle prot\u00e8ge son p\u00e8re, sa soci\u00e9t\u00e9, et son propre nom. Vous, vous restez avec quatre mille huit cent soixante euros de moins et une main courante o\u00f9 l&#8217;on vous dit instable. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la main de Constance. Elle ne tremblait plus. Je l&#8217;avais vu, et je n&#8217;avais pas su quoi en faire.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on fait, alors ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9num\u00e9r\u00e9 sur ses doigts, sans h\u00e2te.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Une plainte pour abus de confiance. L&#8217;argent d&#8217;un mineur, g\u00e9r\u00e9 par un repr\u00e9sentant l\u00e9gal qui s&#8217;en sert pour lui. Une plainte pour faux et usage de faux, pour le formulaire de la carte. Une requ\u00eate devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille, pour fixer la r\u00e9sidence des enfants chez vous. Et une demande de communication du dossier m\u00e9dical \u00e0 la clinique. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le dossier m\u00e9dical ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre signature du 25 juin, \u00e0 7 h 50. Vous avez dit que vous \u00e9tiez sous morphine. Une phrase de vous ne vaut rien. Un document de la clinique vaut beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait une aide-soignante. L\u00e9a. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez son num\u00e9ro ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans ma t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Moreau a presque souri. Elle a ajout\u00e9 que je pouvais demander l&#8217;aide juridictionnelle, que je n&#8217;avais aucun revenu, et que Sandrine avait dit vrai : je n&#8217;aurais pas \u00e0 avancer un euro pour la premi\u00e8re d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Il me restait 2,10 \u20ac du billet de dix euros de maman. Je les ai serr\u00e9s dans ma poche, sans m&#8217;en rendre compte.<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab La plainte, d\u00e8s que j&#8217;ai de quoi la tenir debout. Le cahier, c&#8217;est la clinique qui d\u00e9cide, et \u00e7a peut prendre des semaines. Or votre mari a sa soir\u00e9e demain \u00e0 21 h, et moi je n&#8217;ai pas des semaines. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je peux lui parler. \u00c0 L\u00e9a. L\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ici, si vous voulez. \u00bb<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire m&#8217;a donn\u00e9 le code du wifi, \u00e9crit \u00e0 la main sur un bout de papier. Mon t\u00e9l\u00e9phone n&#8217;avait plus de ligne depuis le 26, mais le wifi, lui, marchait. Il a bu les messages d&#8217;un coup. Onze en retard, dont trois de maman. Et un de L\u00e9a, de 14 h 52.<\/p>\n<p><em>Je suis en pause 10 min. Je l&#8217;ai. J&#8217;ai fait une photo, je te l&#8217;envoie.<\/em><\/p>\n<p>Puis :<\/p>\n<p><em>Je ne devrais pas. Mais le cahier est rest\u00e9 sur le chariot, je l&#8217;ai ouvert, je l&#8217;envoie.<\/em><\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Elle a pris un risque, a dit Moreau. Gardez ce message, ne le supprimez pas. \u00bb<\/p>\n<p>Le poste du bureau a sonn\u00e9. La secr\u00e9taire a pass\u00e9 la t\u00eate : \u00ab Une demoiselle L\u00e9a, pour madame Lambert-Duval. J&#8217;ai donn\u00e9 le num\u00e9ro de Ma\u00eetre Moreau, vous aviez \u00e9crit. \u00bb Moreau a appuy\u00e9 sur le haut-parleur.<\/p>\n<p>\u00ab Manon, je suis dans le local, j&#8217;ai cinq minutes. Je te dis vite ce que je t&#8217;ai pas dit au t\u00e9l\u00e9phone. Le 25 juin, \u00e0 7 h 50, tu \u00e9tais dans le lit, sur le dos, perfus\u00e9e. Tu dormais \u00e0 moiti\u00e9. Ton mari est entr\u00e9 avec une chemise sur un papier \u00e0 en-t\u00eate. Il a dit : une formalit\u00e9, pour la carte des b\u00e9b\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu as dit quoi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Que tu ne pouvais pas signer. Que tu avais eu la morphine \u00e0 6 h. Il m&#8217;a r\u00e9pondu que ce n&#8217;\u00e9tait pas mon travail. Et il a pris ta main. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas boug\u00e9. Moreau, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du bureau, \u00e9crivait.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai insist\u00e9. Il a dit qu&#8217;il \u00e9tait le mari. Ta main a sign\u00e9, la sienne dessus. J&#8217;ai not\u00e9 la sc\u00e8ne dans le cahier. Je l&#8217;ai fait parce que \u00e7a ne m&#8217;a pas plu. C&#8217;est tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci, a dit Moreau, d&#8217;une voix neutre. Mademoiselle, vous accepteriez de le redire devant un enqu\u00eateur ? \u00bb<\/p>\n<p>Un temps, c\u00f4t\u00e9 L\u00e9a. Une porte qui claque. Une voix qui appelle quelqu&#8217;un dans le couloir.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je risque mon poste, a dit L\u00e9a. Mais oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e9a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Regarde ta messagerie. J&#8217;ai pas le temps. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>La photo est arriv\u00e9e. Elle a mis quatre secondes \u00e0 s&#8217;afficher, \u00e0 cause du wifi de la secr\u00e9taire.<\/p>\n<p>Une page de cahier d&#8217;\u00e9colier. Quadrillage. Le tampon de la clinique en haut. Une \u00e9criture ronde, au stylo noir, press\u00e9e.<\/p>\n<p><em>25\/06, 7 h 50. Chambre 214.<\/em><\/p>\n<p>Et en dessous, trois lignes que j&#8217;ai lues sans respirer.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p><em>Mme L.-D. somnolente, ne tient pas le stylo. M. L.-D. lui guide la main. Refus de ma part ignor\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>J&#8217;ai relu la derni\u00e8re ligne. <em>Lui guide la main.<\/em><\/p>\n<p>Pendant tout le trajet du retour, j&#8217;ai repass\u00e9 le r\u00e9cit de L\u00e9a dans ma t\u00eate, comme on repasse un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Le 25 juin, 7 h 50. Une chemise cartonn\u00e9e sur mon drap. Une main d&#8217;homme sur la mienne. Une aide-soignante qui dit non, deux fois. Et Guillaume qui lui r\u00e9pond : \u00ab Regardez, elle est d&#8217;accord, elle sourit. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne me souvenais pas d&#8217;avoir souri.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, 31 d\u00e9cembre, je n&#8217;y pensais plus. Je faisais manger Th\u00e9o, qui avait retrouv\u00e9 37,2 et son app\u00e9tit, quand la sonnette a retenti \u00e0 Lens, \u00e0 15 h 05.<\/p>\n<p>Maman a regard\u00e9 par le judas. Elle s&#8217;est tourn\u00e9e vers moi, tr\u00e8s lentement.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ta belle-m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Seule ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Seule. Sans le chauffeur. \u00bb<\/p>\n<p>B\u00e9atrice avait gar\u00e9 sa grosse voiture grise en double file, devant le Lidl d&#8217;en face. Manteau noir, col de fourrure, gants. Elle tenait son sac \u00e0 deux mains, contre le ventre.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Dubois. Je peux entrer ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez fait cinquante-cinq minutes de route, a dit maman. Entrez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a travers\u00e9 l&#8217;entr\u00e9e sans regarder les photos au mur. Dans la cuisine, maman a sorti la bo\u00eete \u00e0 g\u00e2teaux LU et trois tasses. B\u00e9atrice a pos\u00e9 son sac sur ses genoux et n&#8217;a rien touch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, a-t-elle dit en se tournant vers moi. Manon. Je vais \u00eatre br\u00e8ve. Guillaume m&#8217;a appel\u00e9e hier \u00e0 midi. Il m&#8217;a demand\u00e9 de venir r\u00e9cup\u00e9rer une bo\u00eete. Par n&#8217;importe quel moyen, il a dit. J&#8217;ai pens\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait un bijou de famille que vous aviez pris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est un collier. Pour Constance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le sais maintenant. Je l&#8217;ai lu dans la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ouvert son sac, et elle a pos\u00e9 sur la toile cir\u00e9e un t\u00e9l\u00e9phone. Pas le sien. Un second, \u00e0 coque noire.<\/p>\n<p>\u00ab Et \u00e7a, qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? \u00bb a demand\u00e9 maman.<\/p>\n<p>\u00ab Celui que Guillaume m&#8217;a fait acheter en f\u00e9vrier. Pour que je ne l&#8217;appelle pas sur son num\u00e9ro de bureau. Les messages que vous allez lire, je ne les ai ouverts qu&#8217;hier soir. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas touch\u00e9 l&#8217;appareil. J&#8217;ai juste dit :<\/p>\n<p>\u00ab Racontez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au printemps, il m&#8217;a demand\u00e9 de l&#8217;argent. Dix-huit mille euros, en deux fois. Pour un arri\u00e9r\u00e9, il a dit. Un pr\u00eat \u00e0 la consommation en retard. Je ne posais pas de questions. Je suis sa m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et c&#8217;\u00e9tait quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Des paris. Des paris sportifs, sur internet. Quarante et un mille euros de dette, en tout. J&#8217;en ai r\u00e9gl\u00e9 dix-huit. Je croyais que le reste, il le g\u00e9rait. \u00bb<\/p>\n<p>Maman a repos\u00e9 la bo\u00eete LU un peu trop fort.<\/p>\n<p>\u00ab Le reste, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;argent des petits, madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne le savais pas. \u00bb B\u00e9atrice a lev\u00e9 la t\u00eate. Elle avait les yeux secs, et \u00e7a m&#8217;a fait un dr\u00f4le d&#8217;effet. \u00ab Je vous en donne ma parole. J&#8217;ai pens\u00e9 qu&#8217;il avait des soucis, pas&#8230; Pas \u00e7a. Je n&#8217;ai jamais su qu&#8217;il y avait un compte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Neuf mille six cent quarante euros \u00bb, j&#8217;ai dit. \u00ab En sept paiements. Le premier, c&#8217;est le collier. Le 24 juin, \u00e0 14 h 12. J&#8217;accouchais. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ferm\u00e9 les yeux une seconde.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a autre chose, a-t-elle repris. Je n&#8217;ai pas compris au d\u00e9but. Faites d\u00e9filer. Septembre. \u00bb<\/p>\n<p>Maman a pris les lunettes dans son tablier. J&#8217;ai pris le t\u00e9l\u00e9phone. L&#8217;\u00e9cran \u00e9tait fendu en bas, \u00e0 gauche.<\/p>\n<p><em>2 septembre. Maman, Manon craque. Je le vois bien. Je pr\u00e9pare le terrain.<\/em><\/p>\n<p><em>14 septembre. Je cherche une doctoresse pour un rendez-vous. Je dis que Manon est d\u00e9pressive, personne ne se m\u00e9fiera.<\/em><\/p>\n<p><em>3 octobre. Constance veut bien signer l&#8217;attestation. Elle ne pose pas de questions.<\/em><\/p>\n<p><em>Il faut juste qu&#8217;elle soit \u00e0 bout fin d\u00e9cembre, apr\u00e8s la promo. Apr\u00e8s, je demande la garde exclusive. \u00c7a se fait tout seul.<\/em><\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone. J&#8217;ai regard\u00e9 mes mains. Elles ne tremblaient pas, et c&#8217;\u00e9tait \u00e7a qui \u00e9tait \u00e9trange.<\/p>\n<p>\u00ab Il a \u00e9crit \u00e7a \u00e0 sa propre m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a \u00e9crit \u00e7a \u00e0 sa propre m\u00e8re \u00bb, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 B\u00e9atrice, tr\u00e8s bas.<\/p>\n<p>Elle a remis la main dans son sac, et elle en a sorti une enveloppe blanche, \u00e9paisse.<\/p>\n<p>\u00ab Dix mille euros, a-t-elle dit. En esp\u00e8ces. Je les ai retir\u00e9s ce matin. Pour la famille. Pour que \u00e7a reste dans la famille, jusqu&#8217;\u00e0 demain soir, au moins. Apr\u00e8s, on verra. Je vous demande de ne rien dire \u00e0 personne, de ne pas faire de bruit avec la bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. Maman aussi.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, a dit B\u00e9atrice. Vous en avez besoin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon fils a eu une convulsion, a dit maman. Elle n&#8217;a plus de t\u00e9l\u00e9phone, plus de carte. Oui, elle en a besoin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez me payer dix mille euros pour que je me taise sur neuf mille six cent quarante qu&#8217;il a pris aux b\u00e9b\u00e9s ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9.<\/p>\n<p>B\u00e9atrice a ouvert la bouche.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est le m\u00eame compte, j&#8217;ai dit. C&#8217;est le m\u00eame argent. Vous me payez avec la diff\u00e9rence. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Reprenez votre enveloppe, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a reprise. Elle a rang\u00e9 l&#8217;enveloppe, lentement, puis elle s&#8217;est lev\u00e9e aussi. Sur le pas de la porte, elle s&#8217;est retourn\u00e9e. J&#8217;ai vu son col de fourrure, ses l\u00e8vres pinc\u00e9es, et dessous quelque chose que je n&#8217;avais jamais vu sur elle : une femme qui avait peur.<\/p>\n<p>\u00ab Gardez le t\u00e9l\u00e9phone, a-t-elle dit. Je dirai que je l&#8217;ai perdu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu&#8217;il va venir. Ce soir, avant la soir\u00e9e. Il m&#8217;a dit 17 h 30, ici. Il vient chercher la bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est descendue. La grosse voiture grise a d\u00e9marr\u00e9, en double file, et elle a disparu au carrefour.<\/p>\n<p>Maman a ferm\u00e9 la porte, \u00e0 double tour. Moi, j&#8217;ai sorti la bo\u00eete bleue de mon cabas et je l&#8217;ai pos\u00e9e sur la toile cir\u00e9e, au milieu des tasses, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du second t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>La pendule de la cuisine marquait 16 h. La soir\u00e9e Beaumont commen\u00e7ait \u00e0 21 h.<\/p>\n<p>Je tenais la bo\u00eete bleue au bout du bras, comme un plat trop chaud, quand la voiture de Guillaume s&#8217;est gar\u00e9e devant chez maman.<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas coup\u00e9 le moteur. Je l&#8217;entendais depuis la fen\u00eatre du salon, un ronronnement r\u00e9gulier, sous le lampadaire d\u00e9j\u00e0 allum\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Il est \u00e0 l&#8217;heure, a dit maman. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est toujours \u00e0 l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;avais le dictaphone du t\u00e9l\u00e9phone qui tournait dans la poche de mon gilet. Je l&#8217;avais lanc\u00e9 \u00e0 17 h 12. Moreau me l&#8217;avait demand\u00e9, \u00e0 16 h 20, sur le Nokia de maman, d&#8217;une voix de bureau.<\/p>\n<p>\u00ab Donnez-lui la bo\u00eete. Gardez le ticket. Dites le moins possible, et laissez-le parler. Un homme qui croit gagner parle beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le collier ? \u00c7a reste une preuve. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le bijoutier a la facture \u00e0 son nom et au num\u00e9ro de carte. Le collier, c&#8217;est un app\u00e2t. Le ticket, c&#8217;est la preuve. Ne confondez pas. Et je pr\u00e9viens la gendarmerie de Lens : s&#8217;il veut les enfants, il vous faut du monde. \u00bb<\/p>\n<p>Le ticket, pli\u00e9 en quatre, \u00e9tait dans mon soutien-gorge. Je ne l&#8217;ai dit \u00e0 personne, pas m\u00eame \u00e0 maman.<\/p>\n<p>La sonnette a retenti. Une fois.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert. Guillaume portait son costume bleu de la soir\u00e9e, sa cravate dans la poche. Il avait ras\u00e9 sa barbe de trois jours. Il sentait l&#8217;eau de toilette.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Bonsoir, Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bonsoir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne reste pas. \u00bb Il a regard\u00e9 la bo\u00eete, puis moi. \u00ab Je suis press\u00e9. C&#8217;est gentil de l&#8217;avoir gard\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne l&#8217;ai pas gard\u00e9e. Je te la rends. \u00bb<\/p>\n<p>Il l&#8217;a prise. Il a soulev\u00e9 le couvercle, a regard\u00e9 la cha\u00eene sur le velours, a referm\u00e9. Ses \u00e9paules sont retomb\u00e9es d&#8217;un cran.<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait un ticket dedans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est rest\u00e9 \u00e0 Lille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9, \u00e0 Lille ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais plus. Dans le tiroir. \u00bb Je n&#8217;ai pas boug\u00e9 les yeux. \u00ab Tu as chang\u00e9 la serrure, tu sais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a eu un petit rire. Il n&#8217;a pas insist\u00e9. Il avait compris que le ticket ne valait plus rien pour lui, avec la bo\u00eete dans la main et une soir\u00e9e devant lui.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute, a-t-il dit. On est tous all\u00e9s trop loin, ta m\u00e8re, toi, moi. Je rembourse le compte lundi. Une fois la promo sign\u00e9e, l&#8217;argent arrive. Personne n&#8217;y perd rien. Et on remet tout \u00e0 plat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lundi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Lundi. Tu vois, il ne s&#8217;est rien pass\u00e9 de grave. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai senti maman, derri\u00e8re moi, retenir sa respiration.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Et les enfants ? a-t-il repris. Je les emm\u00e8ne ce soir. Ma m\u00e8re les gardera \u00e0 la maison, c&#8217;est plus sain, tu les verras quand tu seras r\u00e9tablie. On reprendra un rendez-vous avec la doctoresse. Tu iras mieux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les enfants restent ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb Il a baiss\u00e9 la voix. \u00ab Ne me force pas \u00e0 faire une sc\u00e8ne sur le palier de ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Fais-la. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Il a pos\u00e9 la bo\u00eete sur le gu\u00e9ridon de l&#8217;entr\u00e9e, il m&#8217;a \u00e9cart\u00e9e du bras, et il a travers\u00e9 le couloir. Il a ouvert la porte de la chambre d&#8217;amis. Le lit, la coque de Th\u00e9o, le petit lit pliant d&#8217;Emma, la veilleuse en forme de lune, que maman avait gard\u00e9e depuis mon enfance.<\/p>\n<p>Il s&#8217;est pench\u00e9 sur Emma.<\/p>\n<p>\u00ab Guillaume. \u00bb<\/p>\n<p>Il a relev\u00e9 la t\u00eate. Maman \u00e9tait dans l&#8217;encadrement de la porte, bras tendus, une main sur chaque montant. Elle faisait un m\u00e8tre cinquante-huit. Elle ne bougeait pas.<\/p>\n<p>\u00ab Poussez-vous, Chantal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je suis son p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous l&#8217;\u00eates. Elle aussi, elle a une m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une m\u00e8re. \u00bb Il a ri. Il s&#8217;est redress\u00e9, il a pos\u00e9 les deux mains sur la poitrine de maman comme pour la d\u00e9placer, et il m&#8217;a regard\u00e9e par-dessus son \u00e9paule. Il avait l&#8217;air fatigu\u00e9, soudain. Il avait l&#8217;air de ce qu&#8217;il \u00e9tait.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux savoir ? Tu veux que je te dise ce que tu es ? Sans moi, tu serais rest\u00e9e dans ton F2 de Lens, \u00e0 compter tes pi\u00e8ces pour le caddie. \u00bb<\/p>\n<p>Maman a p\u00e2li. Moi, je n&#8217;ai pas boug\u00e9.<\/p>\n<p>Le dictaphone tournait, dans la poche de mon gilet. J&#8217;ai pens\u00e9 : 17 h 34. J&#8217;ai pens\u00e9 : il vient de le dire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est vrai, j&#8217;ai r\u00e9pondu. J&#8217;\u00e9tais \u00e0 Lens. Je comptais mes pi\u00e8ces. Et j&#8217;en ai compt\u00e9, des pi\u00e8ces, Guillaume. Ce sont celles-l\u00e0, de maman, qui ont achet\u00e9 le lait de Th\u00e9o, le 26. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Garde tes histoires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu m&#8217;as dit, le 24 au soir, en partant : C&#8217;est le r\u00f4le d&#8217;une M\u00c8RE. Les enfants avaient 39. Tu te rappelles ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et alors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors c&#8217;est \u00e7a, ce que je fais. Je reste avec eux. C&#8217;est mon r\u00f4le. Je ne le d\u00e9l\u00e8gue ni \u00e0 ta m\u00e8re, ni \u00e0 ta ma\u00eetresse, ni \u00e0 toi. \u00bb<\/p>\n<p>Il a l\u00e2ch\u00e9 maman. Sa main s&#8217;est referm\u00e9e dans le vide.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je suis leur p\u00e8re, a-t-il dit. Tu vas voir comment \u00e7a se passe, quand j&#8217;appellerai mon avocat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Appelle-le. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la chambre, Emma a g\u00e9mi. Th\u00e9o s&#8217;est mis \u00e0 geindre \u00e0 son tour. Guillaume a regard\u00e9 l&#8217;un, puis l&#8217;autre, comme on regarde deux colis qu&#8217;on ne sait pas par o\u00f9 prendre.<\/p>\n<p>Il a avanc\u00e9. Maman a tendu les bras. Il l&#8217;a contourn\u00e9e, il a attrap\u00e9 la coque de Th\u00e9o par la poign\u00e9e.<\/p>\n<p>Quelqu&#8217;un a frapp\u00e9 au chambranle de la porte d&#8217;entr\u00e9e, que Guillaume avait laiss\u00e9e ouverte.<\/p>\n<p>Deux coups. Puis une voix d&#8217;homme, calme, un peu essouffl\u00e9e par les escaliers :<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Gendarmerie nationale. Monsieur Lambert-Duval ? \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est fig\u00e9, la coque \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00c0 23 h 47, le t\u00e9l\u00e9phone a vibr\u00e9 sur la toile cir\u00e9e, entre la bo\u00eete de Doliprane et le biberon froid.<\/p>\n<p>Un seul message, sans bonjour.<\/p>\n<p><em>Aide-moi.<\/em><\/p>\n<p>Le m\u00eame mot que celui que j&#8217;avais \u00e9crit, le 24 au soir, quand il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti et que Th\u00e9o br\u00fblait. Il n&#8217;avait pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu non plus. J&#8217;ai pos\u00e9 l&#8217;\u00e9cran face contre la table, et j&#8217;ai regard\u00e9 maman dormir sur le canap\u00e9, en manteau, les pieds dans ses pantoufles, une main sur la coque d&#8217;Emma.<\/p>\n<p>Je savais d\u00e9j\u00e0 presque tout. Depuis 22 h 50.<\/p>\n<p>Les gendarmes \u00e9taient repartis \u00e0 18 h 10 avec Guillaume. Pas de menottes. Une \u00ab audition libre \u00bb, avait dit le plus \u00e2g\u00e9, devant maman. Ils lui avaient laiss\u00e9 la bo\u00eete. Moreau me l&#8217;avait expliqu\u00e9 au Nokia, \u00e0 19 h : \u00ab Ils ne saisissent pas ce qu&#8217;il vous a repris de son plein gr\u00e9. \u00bb Puis, d&#8217;une voix un peu plus basse : \u00ab Votre enregistrement, je l&#8217;ai \u00e9cout\u00e9 trois fois. Il a dit &#8220;je rembourse lundi&#8221;. Il vient de se condamner tout seul. \u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9tait sorti \u00e0 20 h 15, a racont\u00e9 Moreau. Directement dans sa voiture. Direction Lille.<\/p>\n<p>\u00c0 22 h 50, le Nokia a sonn\u00e9. Un num\u00e9ro masqu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est Constance. Vous avez cinq minutes ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vous \u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis sur le parking de la soci\u00e9t\u00e9. Assise dans ma voiture, je n&#8217;arrive pas \u00e0 d\u00e9marrer. \u00bb Elle respirait fort. \u00ab Votre message de 16 h 40. <em>Il l&#8217;aura ce soir. Regardez la carte.<\/em> J&#8217;ai regard\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il est arriv\u00e9 \u00e0 21 h 05. Avec le m\u00eame costume, la cravate au cou. Il m&#8217;a embrass\u00e9e sur la joue. Mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 deux m\u00e8tres, avec ses cent vingt invit\u00e9s, son discours dans la poche. Guillaume m&#8217;a tendu la bo\u00eete, devant tout le monde. Il a dit : &#8220;Pour toi. \u00c7a valait le coup d&#8217;attendre.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La carte. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Les m\u00eames mots. Exactement. \u00bb Elle a eu un petit rire sec. \u00ab J&#8217;ai ouvert. J&#8217;ai lu le papier \u00e0 voix haute. Puis j&#8217;ai demand\u00e9 : &#8220;Cette prime, elle date de quand, Guillaume ?&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a r\u00e9pondu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien. Il a souri. Alors j&#8217;ai dit : &#8220;Du 24 juin, \u00e0 14 h 12. Je la tiens de Madame Lambert-Duval. Elle a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e avec l&#8217;argent de deux b\u00e9b\u00e9s.&#8221; \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis redress\u00e9e. Maman, sur le canap\u00e9, a ouvert un \u0153il.<\/p>\n<p>\u00ab Et votre p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il a demand\u00e9 qu&#8217;on s&#8217;\u00e9carte. Je lui ai mis sous les yeux ce que j&#8217;avais fait imprimer ce matin avec la comptable : les notes de frais. Trente et un mille quatre cents euros de &#8220;d\u00eeners clients&#8221;. Des nuits d&#8217;h\u00f4tel, madame. Aucune ligne n&#8217;avait de client. Les d\u00eeners, je savais avec qui ils avaient eu lieu. Mon p\u00e8re m&#8217;a regard\u00e9e longtemps. Il a pos\u00e9 son verre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il l&#8217;a suspendu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur place. Ses acc\u00e8s, son badge. Deux hommes de la s\u00e9curit\u00e9 l&#8217;ont raccompagn\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la porte, devant les gens. Pareil que votre m\u00e8re, en octobre. J&#8217;y ai pens\u00e9. Je n&#8217;ai pens\u00e9 qu&#8217;\u00e0 \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 maman. Elle avait entendu. Elle a referm\u00e9 l&#8217;\u0153il.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab B\u00e9atrice \u00e9tait l\u00e0, a ajout\u00e9 Constance. Elle est sortie derri\u00e8re lui, pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Trois pas derri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la promotion ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il n&#8217;y aura pas de promotion. Ni cette ann\u00e9e, ni la suivante. Mon p\u00e8re a d\u00fb s&#8217;asseoir. On a appel\u00e9 le m\u00e9decin de la maison. Il va bien. \u00bb Elle a respir\u00e9. \u00ab Madame, je ne vous demande plus rien. Je vous envoie quelque chose. Une enveloppe. Je l&#8217;ai trouv\u00e9e ce soir, en ouvrant les cartons qu&#8217;il m&#8217;avait confi\u00e9s chez moi, le 28. Je ne les avais pas ouverts. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les cartons de chez moi ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vos dossiers de bureau, a-t-elle dit. C&#8217;est ce qu&#8217;il m&#8217;a dit. Je vous l&#8217;envoie par coursier, demain matin, \u00e0 l&#8217;adresse de votre m\u00e8re. Mais promettez-moi une chose. Ne l&#8217;ouvrez pas avant d&#8217;\u00eatre avec votre avocate. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne promets rien, j&#8217;ai dit. Mais je vous \u00e9coute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors n&#8217;attendez pas. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a raccroch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 8 h 20, le 1er janvier, un motard a sonn\u00e9 chez maman. Casque sous le bras, une pochette kraft \u00e0 la main, le nom de Constance \u00e9crit au feutre rouge. Je lui ai fait signer un re\u00e7u avec le stylo de la cuisine.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Maman s&#8217;est assise en face de moi. Elle n&#8217;a pas pos\u00e9 de question.<\/p>\n<p>J&#8217;ai d\u00e9chir\u00e9 le rabat.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, une chemise transparente. Un formulaire de quatre pages, de ceux qu&#8217;on remplit pour un pr\u00eat personnel. Un organisme de cr\u00e9dit, un logo bleu que je connaissais \u00e0 peine. Montant demand\u00e9 : 30 000 \u20ac. Emprunteur : Guillaume Lambert-Duval. Co-emprunteuse : Manon Lambert-Duval.<\/p>\n<p>Page quatre. Deux cases pour les signatures. Dans la deuxi\u00e8me, mon nom. Avec un grand M, une boucle dans le haut du L.<\/p>\n<p>Je ne fais pas de boucle au L. Je n&#8217;en ai jamais fait.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Sous la signature, la date, au stylo noir.<\/p>\n<p><em>Fait \u00e0 Lille, le 12 septembre.<\/em><\/p>\n<p>Le 7 janvier, le juge a dit une phrase que j&#8217;ai gard\u00e9e en t\u00eate toute la semaine.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, un compte ouvert au nom d&#8217;un enfant n&#8217;est pas un compte courant. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait \u00e0 Lille, au tribunal judiciaire, salle 4, \u00e0 14 h 20. Une salle \u00e9troite, des chaises en plastique grises, un radiateur qui cognait. Moreau \u00e0 ma gauche, avec son dossier. \u00c0 droite, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;all\u00e9e, Guillaume et son avocat, un homme en costume ray\u00e9 qui n&#8217;a pas ouvert la bouche pendant dix minutes.<\/p>\n<p>Guillaume ne m&#8217;a pas regard\u00e9e. Il fixait la table. Il avait maigri.<\/p>\n<p>On \u00e9tait l\u00e0 gr\u00e2ce \u00e0 ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 les six jours d&#8217;avant. Je les raconte vite.<\/p>\n<p>Le 2 janvier, Moreau et moi, au commissariat : une plainte pour abus de confiance sur les fonds d&#8217;un mineur, une plainte pour faux et usage de faux. Le formulaire de la clinique. Le formulaire de pr\u00eat du 12 septembre, que la banque n&#8217;avait jamais d\u00e9bloqu\u00e9. Moreau avait photocopi\u00e9 le ticket de la bijouterie, 4 860 \u20ac, 24 juin 14 h 12, carte 4417. L&#8217;original \u00e9tait sous scell\u00e9, avec le collier. Les gendarmes l&#8217;avaient retrouv\u00e9 dans la voiture de Guillaume, sous le si\u00e8ge passager, dans la m\u00eame bo\u00eete bleue.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L\u00e9a avait \u00e9crit son attestation le 3. Deux pages, de son \u00e9criture ronde. Elle l&#8217;avait fait signer par la cadre de sant\u00e9, qui avait lu sans rien dire et avait ajout\u00e9 : \u00ab Vous gardez votre poste. \u00bb L\u00e9a m&#8217;a envoy\u00e9 \u00e7a par message, avec trois points d&#8217;exclamation.<\/p>\n<p>Le 5, B\u00e9atrice a vir\u00e9 9 640 \u20ac sur le compte des petits. Un seul virement. Libell\u00e9 : <em>Th\u00e9o et Emma.<\/em><\/p>\n<p>Elle m&#8217;a appel\u00e9e le m\u00eame soir, sur mon portable, rebranch\u00e9 depuis le 3.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, a-t-elle dit. Vous allez penser que c&#8217;est encore&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une enveloppe ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un remboursement. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai attendu un peu.<\/p>\n<p>\u00ab Je le prends comme \u00e7a, j&#8217;ai dit. Pas comme un silence. Ma plainte reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Je ne vous le demande pas. \u00bb Sa voix \u00e9tait tr\u00e8s basse. \u00ab Je lui ai dit de se pr\u00e9senter \u00e0 l&#8217;audience. Il n&#8217;a pas pris mon appel. \u00bb<\/p>\n<p>Elle n&#8217;a pas ajout\u00e9 \u00ab ma belle-fille \u00bb. Elle n&#8217;a pas dit \u00ab Manon \u00bb non plus.<\/p>\n<p>Le 6, Sandrine m&#8217;a re\u00e7ue \u00e0 l&#8217;agence de Lens. Elle a lev\u00e9 le blocage. Le compte restait ouvert, au nom des petits, sous ma seule gestion. Elle m&#8217;a tendu la nouvelle carte, en carton blanc, avec mon nom dessus. Seul. Sans lui.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab 2 860 \u20ac de reste, plus 9 640 \u20ac de Madame B\u00e9atrice, a dit Sandrine. \u00c7a refait douze mille cinq cents. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au centime ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au centime. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis sortie sur le trottoir. J&#8217;ai appel\u00e9 maman avec mon propre t\u00e9l\u00e9phone. Elle a pleur\u00e9. J&#8217;ai dit : \u00ab Arr\u00eate, tu vas me faire pleurer. \u00bb On a pleur\u00e9 toutes les deux, moi dans la rue de Lens, elle devant sa cafeti\u00e8re.<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, une association d&#8217;aide \u00e0 domicile m&#8217;a propos\u00e9 un CDD de trois mois. Vingt-huit heures par semaine, auxiliaire de vie, secteur de Lens. 1 104 \u20ac net. J&#8217;ai sign\u00e9 sur le capot de la Clio, avec le stylo de maman.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Dans la salle 4, le juge a lu longtemps. Puis il a parl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab La r\u00e9sidence habituelle de Th\u00e9o et Emma Lambert-Duval est fix\u00e9e au domicile de leur m\u00e8re. Monsieur Lambert-Duval exercera un droit de visite dans un espace de rencontre, un samedi sur deux, en pr\u00e9sence d&#8217;un tiers. Il n&#8217;aura plus acc\u00e8s au compte. L&#8217;autorit\u00e9 parentale reste conjointe. Le dossier p\u00e9nal suit son cours. \u00bb<\/p>\n<p>Il a lev\u00e9 la t\u00eate. Il m&#8217;a regard\u00e9e, pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>\u00ab Madame, vous avez des questions ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, monsieur le juge. \u00bb<\/p>\n<p>Guillaume a fini par tourner la t\u00eate vers moi. On s&#8217;est regard\u00e9s trois secondes.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Son avocat lui a pos\u00e9 la main sur le bras.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien dit. Je n&#8217;avais pas envie de r\u00e9pondre. J&#8217;ai pris mon manteau, ma pochette en plastique, et j&#8217;ai suivi Moreau jusqu&#8217;au couloir.<\/p>\n<p>Sur le palier, elle a dit :<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez un caf\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il me reste 2,10 \u20ac. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vous l&#8217;offre. \u00bb<\/p>\n<p>On a bu un caf\u00e9 de distributeur, debout. Elle a regard\u00e9 sa montre. Elle n&#8217;a rien dit de plus.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Le 8, j&#8217;ai pu retourner \u00e0 Lille avec un huissier, pour r\u00e9cup\u00e9rer les affaires des petits. Guillaume n&#8217;\u00e9tait pas l\u00e0. Le sapin \u00e9tait sec, les aiguilles par terre, sur le parquet. Tout en haut, \u00e0 droite, l&#8217;ange en feutre \u00e9tait rest\u00e9 accroch\u00e9.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai d\u00e9croch\u00e9. Je l&#8217;ai mis dans la poche de mon manteau.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, \u00e0 la pharmacie de Lens, j&#8217;ai pay\u00e9 le lait infantile avec ma carte. 23,40 \u20ac. La pharmacienne m&#8217;a tendu le ticket sans rien demander. Je l&#8217;ai pli\u00e9 en quatre et je l&#8217;ai rang\u00e9 dans mon portefeuille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la carte de biblioth\u00e8que que j&#8217;avais renouvel\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le dimanche 11, maman nous avait invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9jeuner. Il y avait un poulet, des pommes de terre, une galette des rois entam\u00e9e, avec la f\u00e8ve dans un coin de l&#8217;assiette de Th\u00e9o, qui n&#8217;en voulait pas. Maman avait gard\u00e9 son sapin dans l&#8217;entr\u00e9e. Les aiguilles tombaient. Elle disait qu&#8217;elle le garderait jusqu&#8217;\u00e0 ce que je lui dise de l&#8217;enlever.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le caf\u00e9, j&#8217;ai pris Emma sur mes genoux. Th\u00e9o dormait d\u00e9j\u00e0, joue contre le dossier du canap\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que tu as dans la poche ? \u00bb a demand\u00e9 maman, en voyant ma main.<\/p>\n<p>\u00ab Regarde. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai sorti. Elle a reconnu ses points, ses petites ailes de feutre blanc, le fil dor\u00e9 que j&#8217;avais recousu. Elle n&#8217;a rien dit.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. J&#8217;ai accroch\u00e9 l&#8217;ange \u00e0 la branche la plus basse du sapin de maman, au niveau des mains d&#8217;Emma.<\/p>\n<p>Emma a tendu le bras. Ses doigts ont attrap\u00e9 une aile.<\/p>\n<p>Elle a serr\u00e9.<\/p>\n<p>Je me suis pench\u00e9e pour lui desserrer les doigts. Elle ne les a pas desserr\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<\/nav>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle l&#8217;a pos\u00e9e sur mes genoux. Une enveloppe kraft, \u00e9paisse, avec le logo vert de la Caisse d&#8217;\u00c9pargne et, dans la fen\u00eatre, le nom de maman. Pas le mien. 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