{"id":10363,"date":"2026-10-27T13:08:00","date_gmt":"2026-10-27T13:08:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=10363"},"modified":"2026-10-27T13:08:00","modified_gmt":"2026-10-27T13:08:00","slug":"ne-me-touche-plus-jamais-a-hurle-ma-belle-fille-de-seize-ans-devant-toute-la-famille-et-mon-mari-ma-repondu-excuse-toi-ou-pars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=10363","title":{"rendered":"NE ME TOUCHE PLUS JAMAIS ! \u00bb a hurl\u00e9 ma belle-fille de seize ans devant toute la famille, et mon mari m\u2019a r\u00e9pondu : \u00ab Excuse-toi ou pars."},"content":{"rendered":"<h1 class=\"article-hero__title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-10364\" src=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour-300x169.png\" alt=\"\" width=\"966\" height=\"544\" srcset=\"https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour-300x169.png 300w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour-1024x576.png 1024w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour-768x432.png 768w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour-1536x864.png 1536w, https:\/\/lastestdrama.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Backyard-Family-Confrontation-at-Golden-Hour.png 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 966px) 100vw, 966px\" \/><\/h1>\n<p>La cl\u00e9 USB portait le logo de la mutuelle de l&#8217;EHPAD. Huit giga, offerte \u00e0 No\u00ebl avec un stylo qui ne marchait plus. Samedi soir, \u00e0 21 h 03, je l&#8217;ai plant\u00e9e dans la vieille tablette du salon.<\/p>\n<p>Je portais d\u00e9j\u00e0 ma blouse. J&#8217;avais vingt minutes avant de partir en garde. Christophe \u00e9coutait la radio dans le garage, Manon \u00e9tait dans sa chambre, la porte ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cran s&#8217;est allum\u00e9 sur la messagerie. Le mot \u00ab Maman \u00bb \u00e9tait tout en haut de la liste. Je n&#8217;ai rien ouvert. Ma r\u00e8gle depuis octobre : copier, ne pas lire.<\/p>\n<p>\u00c0 3 h du matin, \u00e0 l&#8217;infirmerie, j&#8217;ai tout imprim\u00e9. La machine grin\u00e7ait comme un portail. Les feuilles sont rest\u00e9es pli\u00e9es en quatre dans ma poche de blouse jusqu&#8217;\u00e0 7 h.<\/p>\n<p>Dimanche vers 10 h, dans la buanderie, j&#8217;ai gliss\u00e9 les six derni\u00e8res pages dans la bo\u00eete, par-dessus les quarante et une autres. Sans les regarder. Celles-l\u00e0, je ne les ai lues qu&#8217;\u00e0 15 h 40, debout, avec mes chaussures aux pieds.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 d&#8217;o\u00f9 venaient les quarante-sept pages.<\/p>\n<p>Maintenant, j&#8217;\u00e9tais assise sur la chaise de Christophe. La pendule du four disait 16 h 20. Mon t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait retourn\u00e9 sur le torchon \u00e0 carreaux, face contre la table.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re feuille \u00e9tait devant moi. Sous la signature, deux mots \u00e9crits \u00e0 la main, de son \u00e9criture pench\u00e9e : \u00ab le 18 mai \u00bb.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je connaissais ce soir-l\u00e0. Je l&#8217;ai revu en entier, comme une vid\u00e9o.<\/p>\n<p>J&#8217;\u00e9tais devant la cuisini\u00e8re, une cocotte de lentilles, les manches relev\u00e9es. J&#8217;avais encore ma blouse, parce que je partais \u00e0 21 h. Manon avait pos\u00e9 une chemise cartonn\u00e9e sur la table, sur ce m\u00eame torchon.<\/p>\n<p>\u00ab Juste l\u00e0, papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et l\u00e0 aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Christophe tenait le stylo comme un gamin. Il plissait les yeux, il tenait la feuille \u00e0 bout de bras. Ses lunettes n&#8217;\u00e9taient pas sur son nez.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi ? \u00bb j&#8217;ai demand\u00e9, sans me retourner.<\/p>\n<p>\u00ab Des trucs. Pour Manon. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai remu\u00e9 les lentilles. Manon a referm\u00e9 la chemise, elle a dit \u00ab merci papa \u00bb et elle est mont\u00e9e. Il n&#8217;y a pas eu une seule autre phrase.<\/p>\n<p>Je ne sais pas pourquoi je n&#8217;ai pas insist\u00e9. J&#8217;ai une id\u00e9e, mais elle ne me pla\u00eet pas.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e longtemps sur cette feuille. Je l&#8217;ai tenue \u00e0 deux mains, loin de moi, comme Christophe ce soir-l\u00e0. Une photo prise de travers, le pouce de quelqu&#8217;un dans un coin. Manon avait photographi\u00e9 la requ\u00eate sur ma table, avec mon torchon, et elle l&#8217;avait envoy\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Alors j&#8217;ai repens\u00e9 \u00e0 14 h 50.<\/p>\n<p>Josiane \u00e9tait dans sa cuisine, la carafe de citronnade \u00e0 la main. Elle me l&#8217;a tendue avec les deux mains, comme un plat qui br\u00fble.<\/p>\n<p>\u00ab Tu passes par la gauche, C\u00e9line. Y a de l&#8217;ombre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Y a de l&#8217;ombre partout, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Par la gauche. Fais-moi plaisir. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait insist\u00e9 deux fois. Josiane n&#8217;insiste jamais. Elle laisse faire, elle dit \u00ab bah, vous \u00eates grands \u00bb.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y avait pas d&#8217;ombre \u00e0 gauche. Il y avait la chaise en plastique de Manon, \u00e0 un m\u00e8tre du chemin.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;avais pris la gauche en pensant que j&#8217;\u00e9tais gentille de lui ob\u00e9ir. Je m&#8217;\u00e9tais m\u00eame dit : tiens, elle m&#8217;aime bien aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>\u00c0 16 h 45, j&#8217;ai relu la page de samedi. Puis la page de mars, celle de la pension. J&#8217;ai pos\u00e9 les trois feuilles c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, bien droites, comme on range les dossiers des r\u00e9sidents avant la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p>Ensuite j&#8217;ai rang\u00e9 le reste dans la bo\u00eete. Je l&#8217;ai laiss\u00e9e au milieu de la table, ouverte, \u00e0 la place de l&#8217;assiette de Christophe.<\/p>\n<p>Mon portable a vibr\u00e9 une fois. Un message de Ludovic : \u00ab \u00c7a va ? \u00bb<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e sur ces deux mots un long moment. Ludovic avait fix\u00e9 les braises pendant que son fr\u00e8re me disait de partir. Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu \u00e0 celui-l\u00e0 non plus.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je n&#8217;ai pas allum\u00e9 la lumi\u00e8re. Dans la cuisine, la lumi\u00e8re du jour sur le carrelage a lentement vir\u00e9 au jaune, puis au gris. J&#8217;ai compt\u00e9 les carreaux entre mes pieds et la porte de la buanderie. Vingt-deux.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas fait de caf\u00e9. Je n&#8217;ai pas appel\u00e9 Nadine. Mon sac de blouses tra\u00eenait dans l&#8217;entr\u00e9e depuis le matin, la fermeture \u00e9clair \u00e0 moiti\u00e9 ouverte, avec ma gourde dedans.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la Clio, dehors, gar\u00e9e au bout du chemin. Dimanche dernier, la batterie avait mis trois essais \u00e0 d\u00e9marrer. Je me suis demand\u00e9 si elle voudrait d\u00e9marrer ce soir.<\/p>\n<p>Je regardais la porte.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ils devaient rentrer \u00e0 19 h. J&#8217;avais calcul\u00e9, j&#8217;avais pr\u00e9vu. Deux heures et quarante minutes pour savoir quoi dire.<\/p>\n<p>\u00c0 17 h 40, un bruit de roues dans le gravier a travers\u00e9 la fen\u00eatre. Pas la Twingo. Pas la voiture de Ludovic. Un moteur que je connais depuis trois ans, avec sa courroie qui siffle.<\/p>\n<p>La M\u00e9gane de Christophe s&#8217;est gar\u00e9e devant la maison, avec une heure et vingt minutes d&#8217;avance.<\/p>\n<p>Christophe a attrap\u00e9 la bo\u00eete avant m\u00eame d&#8217;enlever sa veste.<\/p>\n<p>Il l&#8217;a soulev\u00e9e, il a regard\u00e9 dessous, comme si le fond allait lui r\u00e9pondre. Le couvercle \u00e9tait de travers. Des feuilles d\u00e9passaient, pli\u00e9es en quatre.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Assieds-toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pas envie de m&#8217;asseoir, C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors reste debout. Moi, j&#8217;ai les jambes en coton. \u00bb<\/p>\n<p>Il est rest\u00e9 debout. Il avait gard\u00e9 ses cl\u00e9s dans la main, le porte-cl\u00e9s M\u00e9gane contre sa paume. Il sentait le barbecue.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es rentr\u00e9 t\u00f4t. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit \u00e0 ma m\u00e8re que je rentrais. J&#8217;ai pas pu rester. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et Manon ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab St\u00e9phanie est venue la chercher \u00e0 cinq heures. Elle la ram\u00e8ne vers six heures et demie. Elle veut qu&#8217;on parle tous les trois. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pouss\u00e9 la derni\u00e8re feuille vers lui, sur le torchon. Il l&#8217;a regard\u00e9e de loin. Il a pliss\u00e9 les yeux, il a recul\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Je vois rien sans mes lunettes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elles \u00e9taient o\u00f9, le 18 mai ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a ouvert la bouche. Il l&#8217;a referm\u00e9e. Puis il s&#8217;est assis sur la chaise en face de la sienne, celle des enfants, qui grince.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Chez ma m\u00e8re. Je les avais oubli\u00e9es chez ma m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as sign\u00e9 sans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon m&#8217;a dit que c&#8217;\u00e9tait pour la CAF de sa m\u00e8re. Un truc pour ses allocations, parce que St\u00e9phanie gal\u00e8re. Elle m&#8217;a montr\u00e9 o\u00f9 signer, j&#8217;ai sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as lu le titre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te dis que j&#8217;avais pas mes lunettes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as demand\u00e9 ce que c&#8217;\u00e9tait ? \u00bb<\/p>\n<p>Il a regard\u00e9 le torchon. Il a pass\u00e9 son pouce sur un carreau, deux fois, comme pour effacer une tache.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bah, quand ma fille me tend un papier, je signe. J&#8217;ai toujours fait \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute le haut de la feuille, lentement : \u00ab Fixation de la r\u00e9sidence habituelle de l&#8217;enfant chez sa m\u00e8re. \u00bb Il a regard\u00e9 le plafond. Pas moi.<\/p>\n<p>Je me suis rendu compte que je n&#8217;avais plus de voix pour crier. Je ne sais pas ce que j&#8217;esp\u00e9rais. Qu&#8217;il pleure, peut-\u00eatre. Qu&#8217;il me demande pardon avant que je l&#8217;aie demand\u00e9.<\/p>\n<p>Il a parl\u00e9 le premier.<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi, St\u00e9phanie m&#8217;a appel\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Jeudi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit : si Manon p\u00e8te un c\u00e2ble un jour, il faudra que C\u00e9line s&#8217;excuse. Pour calmer Manon. Juste pour calmer. J&#8217;ai dit d&#8217;accord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi, tu savais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je savais pas que ce serait comme \u00e7a ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais qu&#8217;on te demanderait de me faire m&#8217;excuser. Tu avais dit oui d&#8217;avance. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne m&#8217;a pas r\u00e9pondu. Il a regard\u00e9 ses mains, ses ongles noirs de charbon. Il y avait une tache de moutarde sur sa manche.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Dehors, un voisin a d\u00e9marr\u00e9 une tondeuse, puis l&#8217;a coup\u00e9e. Le frigo s&#8217;est mis en route. J&#8217;ai entendu l&#8217;eau couler dans les tuyaux, quelqu&#8217;un qui tirait la chasse chez les voisins. Trois ans que je vis dans cette maison, et je n&#8217;avais jamais \u00e9cout\u00e9 autant de bruits d&#8217;un coup.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 mon service, deux nuits par semaine, quand je soul\u00e8ve Madame de la 9 pour la changer. Elle me dit toujours \u00ab merci, ma petite \u00bb. Personne ne me dit \u00e7a dans cette maison.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas pleur\u00e9. Je n&#8217;ai pas dit \u00e7a \u00e0 Christophe. J&#8217;ai pris la bo\u00eete et j&#8217;ai sorti les pages une par une, sur la table, en ligne.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Regarde. L\u00e0, il y a St\u00e9phanie qui \u00e9crit \u00e0 Manon. L\u00e0, le loyer en retard. L\u00e0, trois cent quatre-vingts euros de pension, plus la CAF. L\u00e0, ta fille qui r\u00e9pond. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as lu les messages de ma fille ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les premiers, en octobre. Sur l&#8217;\u00e9cran. Le reste, je l&#8217;ai imprim\u00e9 sans lire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Imprim\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 l&#8217;EHPAD. Quarante-sept pages, Christophe. J&#8217;ai lu la derni\u00e8re il y a deux heures. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris la page de samedi. Il la tenait loin, il suivait chaque ligne avec son doigt, ses l\u00e8vres bougeaient. Je l&#8217;ai regard\u00e9 lire comme un homme qui \u00e9pelle un nom sur une pierre.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Samedi, 21 h 03. Manon : Mamie dit qu&#8217;elle t\u00e9moignera. Elle a promis. \u00bb Il a relev\u00e9 la t\u00eate. \u00ab Maman t\u00e9moigne de quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Demande-lui. Elle m&#8217;a raccroch\u00e9 au nez tout \u00e0 l&#8217;heure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Maman ne ferait pas \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re t&#8217;a appel\u00e9 aujourd&#8217;hui ? Avant ou apr\u00e8s que tu m&#8217;\u00e9crives de revenir m&#8217;excuser ? \u00bb<\/p>\n<p>Il n&#8217;a pas r\u00e9pondu. J&#8217;ai attrap\u00e9 mon t\u00e9l\u00e9phone sur le torchon.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que tu fais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;appelle St\u00e9phanie. Tout de suite. Avant qu&#8217;elle arrive avec Manon. Je veux entendre ce qu&#8217;elle me dit en face. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il s&#8217;est lev\u00e9 si vite que sa chaise a racl\u00e9 le carrelage. Sa main s&#8217;est pos\u00e9e sur mon poignet, pas fort. Il tremblait un peu. Je ne l&#8217;avais jamais vu trembler pour un coup de t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab Fais pas \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u00e9line, regarde-moi. Si tu l&#8217;appelles, elle saura que\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 18 h 20, la Twingo de St\u00e9phanie est entr\u00e9e dans le gravier, une roue sur la pelouse.<\/p>\n<p>Christophe n&#8217;avait pas fini sa phrase. Je ne la lui avais pas redemand\u00e9e. On avait pass\u00e9 quarante minutes chacun d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 de la table, la bo\u00eete entre nous, sans que l&#8217;un de nous bouge.<\/p>\n<p>Elle est entr\u00e9e sans sonner. Veste en jean, cheveux attach\u00e9s en vitesse, un trousseau de cl\u00e9s qui cliquetait \u00e0 chaque pas. Manon la suivait, les yeux sur ses baskets.<\/p>\n<p>\u00ab Bonsoir, C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab St\u00e9phanie. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a regard\u00e9 la bo\u00eete LU sur la table. Puis les pages en ligne sur le torchon. Elle a mis moins d&#8217;une seconde.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est quoi, \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quarante-sept pages. Toi et ta fille. Octobre \u00e0 samedi dernier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Samedi dernier. \u00bb Elle a ri, un petit rire sec. \u00ab Donc tu as lu les messages d&#8217;une gamine de seize ans. Tu as fouill\u00e9 sa tablette. Tu t&#8217;en rends compte ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai copi\u00e9e. J&#8217;ai rien fouill\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Christophe, tu entends \u00e7a ? Elle dit qu&#8217;elle l&#8217;a copi\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Christophe ne disait rien. Il regardait la bo\u00eete comme un chien regarde une porte ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie s&#8217;est assise sans qu&#8217;on l&#8217;invite. Elle a pos\u00e9 son sac sur la chaise de Manon. Elle parlait doucement, c&#8217;\u00e9tait pire.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je vais \u00eatre claire, parce que je suis fatigu\u00e9e. J&#8217;ai le nom d&#8217;une avocate. Deux plaintes. La premi\u00e8re pour les violences sur Manon, aujourd&#8217;hui, devant toute la famille. La deuxi\u00e8me pour la lecture des messages d&#8217;une mineure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai pas pouss\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai des photos, C\u00e9line. Un bleu sur son bras. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti son t\u00e9l\u00e9phone et l&#8217;a tourn\u00e9 vers moi. Un bras de fille, un bleu jaune et vert, large comme une pi\u00e8ce de deux euros.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a, c&#8217;est du volley. C&#8217;\u00e9tait en mars, j&#8217;\u00e9tais dans la salle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Du volley, \u00e7a ? Tu l&#8217;as dit trop vite. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je ne sais pas ce que j&#8217;ai r\u00e9pondu. J&#8217;ai commenc\u00e9 une phrase, je l&#8217;ai arr\u00eat\u00e9e. Un bleu de volley, je sais le reconna\u00eetre. J&#8217;en vois sur les bras des r\u00e9sidents tous les matins, je les regarde, je les note.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie s&#8217;est tourn\u00e9e vers Christophe.<\/p>\n<p>\u00ab Le dossier est d\u00e9pos\u00e9. Tu as sign\u00e9, on ne revient pas dessus. Manon vient chez moi, et tout le monde arr\u00eate de se d\u00e9chirer. Je suis \u00e0 trois mois de loyer, Christophe, tu le sais tr\u00e8s bien. Je ne peux plus continuer \u00e0 vivre comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que j&#8217;ai vu le mot \u00ab loyer \u00bb. Je l&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 lu. Je ne savais plus o\u00f9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis lev\u00e9e. J&#8217;ai pris la pile dans la bo\u00eete. Elle me br\u00fblait presque les doigts.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 l&#8217;heure, en tournant les pages, une feuille m&#8217;\u00e9tait pass\u00e9e sous les yeux. Une page de mai, quelques lignes seulement, sans que j&#8217;aie eu le temps de la lire. J&#8217;ai cherch\u00e9 dans la pile, sous les doigts qui tremblaient, jusqu&#8217;\u00e0 ce que je la retrouve.<\/p>\n<p>\u00ab Je vais te lire un truc, St\u00e9phanie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pose \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mai, 22 h 10. C&#8217;est toi qui \u00e9cris. \u00bb J&#8217;ai lu \u00e0 voix haute. \u00ab Quand elle passe pr\u00e8s de toi, tu recules. Tu cries : ne me touche plus jamais. Ton p\u00e8re va venir. Il va dire : excuse-toi ou pars. Je le connais, il le dira mot pour mot. Tu verras. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Personne n&#8217;a respir\u00e9.<\/p>\n<p>Christophe a lentement tourn\u00e9 la t\u00eate vers sa fille. Il avait la bouche entrouverte.<\/p>\n<p>\u00ab Excuse-toi ou pars \u00bb, a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9, tout bas. \u00ab C&#8217;est ce que j&#8217;ai dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Excuse-toi ou pars. C&#8217;est exactement ce que j&#8217;ai dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a prouve quoi ? \u00bb St\u00e9phanie n&#8217;a pas \u00e9lev\u00e9 la voix. \u00ab Que je connais le p\u00e8re de ma fille depuis vingt ans. N&#8217;importe qui peut imprimer n&#8217;importe quoi, Christophe. Tu as vu la police de caract\u00e8res ? Tu les as fabriqu\u00e9es toi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab La police de caract\u00e8res, c&#8217;est celle de l&#8217;infirmerie \u00bb, j&#8217;ai dit.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9videmment. \u00bb<\/p>\n<p>Elle avait r\u00e9ponse \u00e0 tout. Je l&#8217;ai regard\u00e9e chercher, avec calme. Son pied battait sous la table, un petit coup r\u00e9gulier, comme quelqu&#8217;un qui compte les loyers.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, je veux rentrer, s&#8217;il te pla\u00eet. Je veux pas rester l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait Manon. Je l&#8217;ai reconnue \u00e0 peine : une voix de petite fille de six ans.<\/p>\n<p>Christophe a ramass\u00e9 la page de mai. Il l&#8217;a relue des yeux, en bougeant les l\u00e8vres. Puis il l&#8217;a repos\u00e9e, face contre la table, comme on retourne une carte qu&#8217;on ne veut plus voir. Je l&#8217;ai regard\u00e9 faire.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Va dormir chez Nadine, ce soir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu viens de lire ta phrase. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Juste ce soir. \u00bb Il ne me regardait pas. \u00ab Manon est l\u00e0. Il faut que \u00e7a retombe. Juste ce soir. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai rang\u00e9 les pages dans la bo\u00eete, une par une, dans l&#8217;ordre. J&#8217;ai remis le couvercle. J&#8217;ai pris mon sac de blouses dans l&#8217;entr\u00e9e. Personne ne m&#8217;a retenue.<\/p>\n<p>Dehors, la Clio a mis trois essais \u00e0 d\u00e9marrer. J&#8217;ai pos\u00e9 la bo\u00eete sur le si\u00e8ge passager, avec la ceinture.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>En reculant, j&#8217;ai lev\u00e9 les yeux vers l&#8217;\u00e9tage. La fen\u00eatre de Manon \u00e9tait ouverte. Elle me regardait, les coudes sur le rebord.<\/p>\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9e. Elle n&#8217;a pas d\u00e9tourn\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>J&#8217;ai laiss\u00e9 sonner une r\u00e9sidente trois fois, cette nuit-l\u00e0. En quatorze ans de m\u00e9tier, \u00e7a ne m&#8217;\u00e9tait jamais arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 2 h 40. La sonnette de la 12 clignotait au tableau, un point rouge dans le couloir noir. Je ne l&#8217;ai vue qu&#8217;au troisi\u00e8me appel.<\/p>\n<p>\u00ab Mademoiselle ! J&#8217;ai sonn\u00e9 trois fois ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pardon, Madame. J&#8217;arrive. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous dormiez ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, Madame. Je lisais. \u00bb<\/p>\n<p>Elle voulait un verre d&#8217;eau et qu&#8217;on remette sa couverture. Je lui ai donn\u00e9 l&#8217;eau, j&#8217;ai rabattu la couverture. Elle m&#8217;a tapot\u00e9 la main. Mes doigts sentaient encore l&#8217;encre de l&#8217;imprimante.<\/p>\n<p>Je dois revenir en arri\u00e8re. \u00c0 19 h 30, j&#8217;avais sonn\u00e9 chez Nadine, avec mon sac de blouses d&#8217;une main et la bo\u00eete sous l&#8217;autre bras. Elle m&#8217;a regard\u00e9e, elle a regard\u00e9 la bo\u00eete. Elle a ouvert le canap\u00e9-lit sans poser une seule question.<\/p>\n<p>\u00ab Y a de la soupe. T&#8217;en veux ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Merci. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu pars \u00e0 21 h, quand m\u00eame. T&#8217;as pas le droit de pas manger. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai mang\u00e9 trois cuill\u00e8res debout, dans sa cuisine. Puis je suis partie en garde, comme si de rien n&#8217;\u00e9tait. J&#8217;ai point\u00e9 \u00e0 21 h 02, j&#8217;ai pris les cl\u00e9s des chambres, j&#8217;ai fait les rondes. Le sac Lidl avec la bo\u00eete dedans, je l&#8217;ai pos\u00e9 sous le bureau de l&#8217;infirmerie.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 2 h 40, apr\u00e8s la 12, je suis revenue m&#8217;asseoir. Le couloir dormait. Juste le bourdonnement de l&#8217;ascenseur, et ma gorge qui faisait un bruit de robinet.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ouvert la bo\u00eete. Cette fois j&#8217;ai lu. Tout, de la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, dans l&#8217;ordre, avec mon doigt sous les lignes comme Christophe.<\/p>\n<p>Le 12 octobre, 22 h 47, je connaissais d\u00e9j\u00e0. Ensuite, il y avait tout ce que je n&#8217;avais pas voulu conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Le loyer, d&#8217;abord. Trois mois de retard sur le F2. Un courrier du propri\u00e9taire que St\u00e9phanie recopiait \u00e0 sa fille, phrase par phrase. \u00ab \u00c7a va mal finir, Manon. Je vais me retrouver \u00e0 la rue. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ensuite, les chiffres. Elle \u00e9crivait : \u00ab Si tu vis chez moi sur le papier, ton p\u00e8re me verse 380 euros par mois. Plus la CAF. \u00c7a r\u00e8gle le loyer. \u00bb<\/p>\n<p>Manon r\u00e9pondait : \u00ab Mais je vis chez papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur le papier, ma ch\u00e9rie. Juste sur le papier. \u00bb<\/p>\n<p>Octobre. Manon disait non. Elle \u00e9crivait : \u00ab C\u00e9line m&#8217;emm\u00e8ne au volley. \u00bb Elle \u00e9crivait : \u00ab Elle m&#8217;a pay\u00e9 l&#8217;appareil. 600 euros. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a pay\u00e9 avec l&#8217;argent de ton p\u00e8re. C&#8217;est pas elle qui te l&#8217;a offert. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a pas dit \u00e7a, maman. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu es s\u00fbre ? Elle t&#8217;a pas fait sentir qu&#8217;elle te l&#8217;avait pay\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Novembre. Manon r\u00e9pondait de moins en moins vite. Les messages devenaient courts, tout en minuscules. \u00ab ok \u00bb, \u00ab je sais \u00bb, \u00ab laisse-moi \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9cembre. St\u00e9phanie \u00e9crivait trois fois par jour, \u00e0 7 h 12, \u00e0 12 h 30, \u00e0 22 h 15. Toujours la m\u00eame phrase, qu&#8217;elle changeait \u00e0 peine : \u00ab Tu me dois \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Le 23 d\u00e9cembre, Manon avait \u00e9crit : \u00ab D&#8217;accord. Je le ferai. \u00bb<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e sur cette ligne. Il n&#8217;y avait pas d&#8217;autre message sous celle-l\u00e0, juste un blanc dans la page.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Alors j&#8217;ai pens\u00e9 au r\u00e9veillon, cet hiver-l\u00e0. Manon avait mang\u00e9 trois parts de b\u00fbche. Elle m&#8217;avait dit \u00ab bonne garde \u00bb sur le pas de la porte. Elle venait de dire oui \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Je ne sais pas ce que je ressentais. Je sais que je suis all\u00e9e chercher un mouchoir dans le tiroir et que je n&#8217;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 le sortir de son paquet.<\/p>\n<p>C&#8217;est en reposant la derni\u00e8re feuille que j&#8217;ai senti le carton au fond de la bo\u00eete.<\/p>\n<p>Je l&#8217;avais oubli\u00e9, ce carton. Je l&#8217;avais pos\u00e9 l\u00e0 au premier No\u00ebl, le jour o\u00f9 Manon m&#8217;avait offert les biscuits. Les biscuits, je les avais mang\u00e9s en gardes, un par un, pendant tout l&#8217;hiver. Il restait la carte.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai retourn\u00e9 les pages sur le bureau. Elle \u00e9tait l\u00e0, coll\u00e9e dans un coin du fond, avec une miette s\u00e8che dans le pli. Une carte de No\u00ebl de supermarch\u00e9, un renne sur la couverture, l&#8217;\u00e9criture ronde de Manon.<\/p>\n<p>\u00ab Pour C\u00e9line. Pour tes gardes de nuit, quand t&#8217;as faim. Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai relue trois fois. \u00c0 la troisi\u00e8me, j&#8217;ai pens\u00e9 que cette gamine n&#8217;avait pas \u00e9crit \u00ab belle-m\u00e8re \u00bb, pas \u00e9crit \u00ab la femme de papa \u00bb. Elle avait \u00e9crit mon pr\u00e9nom en haut, bien \u00e0 plat, avec le C appuy\u00e9.<\/p>\n<p>J&#8217;ai cal\u00e9 la carte contre l&#8217;\u00e9cran de l&#8217;ordinateur de l&#8217;infirmerie. Je ne voulais pas la ranger.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>C&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&#8217;ai vu la capture d&#8217;\u00e9cran.<\/p>\n<p>Une feuille \u00e0 part, gliss\u00e9e entre deux pages de mars, que j&#8217;avais imprim\u00e9e sans la lire. Pas un message de Manon. Une capture d&#8217;une conversation que St\u00e9phanie avait envoy\u00e9e \u00e0 sa fille, comme une preuve. Une bulle grise, avec une phrase.<\/p>\n<p>\u00ab Je dirai ce que tu veux pour Manon. \u00bb<\/p>\n<p>Une phrase simple. Je l&#8217;ai relue deux fois, puis j&#8217;ai approch\u00e9 la feuille de la lampe.<\/p>\n<p>Au-dessus de la bulle, en petit, il y avait le nom de celle qui l&#8217;avait \u00e9crite.<\/p>\n<p>Josiane.<\/p>\n<p>\u00ab Vous ne reprenez pas votre garde ce soir, C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>La directrice a dit \u00e7a avant m\u00eame que je sois assise. Il \u00e9tait 14 h, lundi. J&#8217;avais dormi quatre heures sur le canap\u00e9-lit de Nadine, et on m&#8217;avait appel\u00e9e \u00e0 midi pour me demander de passer.<\/p>\n<p>Son bureau sentait le caf\u00e9 refroidi. Sur l&#8217;\u00e9cran, un e-mail ouvert. Elle a tourn\u00e9 l&#8217;ordinateur vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab Re\u00e7u ce matin \u00e0 9 h 20. Lisez. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait \u00e9crit par St\u00e9phanie. Trois paragraphes, pas une faute. Elle se disait inqui\u00e8te. Elle parlait d&#8217;une aide-soignante de nuit qui avait \u00ab violent\u00e9 une adolescente de seize ans devant t\u00e9moins \u00bb, qui avait \u00ab consult\u00e9 sans autorisation les communications priv\u00e9es d&#8217;une mineure \u00bb, et qui s&#8217;occupait \u00ab de personnes \u00e2g\u00e9es vuln\u00e9rables, sans surveillance, la nuit \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est faux, Madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne dis pas que c&#8217;est vrai. \u00bb Elle a joint les mains sur le bureau. \u00ab Je dis que \u00e7a existe. Que cette dame a mon adresse, celle de l&#8217;\u00e9tablissement, celle du directeur r\u00e9gional, et qu&#8217;elle les a mises toutes les trois en copie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous me croyez ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Je crois qu&#8217;une plainte, \u00e7a se traite. Je vous mets en cong\u00e9s, avec effet imm\u00e9diat. Les jours qui vous restent, deux semaines, \u00e0 poser. Je ne peux pas faire autrement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et mes primes de nuit ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas de nuit, pas de primes. Je suis d\u00e9sol\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Elle l&#8217;\u00e9tait, je crois. Elle ne m&#8217;a pas regard\u00e9e dans les yeux, mais elle m&#8217;a tenu la porte du bureau et elle m&#8217;a dit \u00ab courage \u00bb, ce qu&#8217;on dit aux familles.<\/p>\n<p>Dans le couloir, j&#8217;ai crois\u00e9 le chariot des repas. Madame de la 12 m&#8217;a fait un signe de la main depuis son fauteuil. J&#8217;ai lev\u00e9 la main aussi. Puis je suis sortie, la blouse sur le bras, par la porte du personnel.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Dans la Clio, j&#8217;ai fait le calcul sur le dos d&#8217;un ticket de caisse Leclerc. Mille quatre cent quatre-vingts euros net par mois. Sans les primes de nuit, il en reste mille cent quatre-vingt-dix. J&#8217;ai soulign\u00e9 la diff\u00e9rence deux fois avec le stylo de la mutuelle.<\/p>\n<p>Deux cent quatre-vingt-dix euros. J&#8217;ai pens\u00e9 aux six cents euros de l&#8217;appareil dentaire. Au Livret A, \u00e0 1 840 euros. \u00c0 Christophe qui m&#8217;avait dit, un jour : \u00ab Si on se s\u00e9pare, tu garderas bien quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 17 h, au volant, je me suis aper\u00e7ue que je portais encore ma blouse sous mon manteau. Je l&#8217;ai gard\u00e9e. Il n&#8217;y avait personne pour me dire de l&#8217;enlever.<\/p>\n<p>Christophe n&#8217;a pas \u00e9crit de la journ\u00e9e. Pas un mot depuis dimanche, 15 h 58.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai ouvert nos messages quatre fois. Chaque fois, le m\u00eame texte : \u00ab Reviens t&#8217;excuser. On en parle ce soir, calmement. \u00bb<\/p>\n<p>Ce soir, chez Nadine, il y avait une omelette et un silence o\u00f9 personne ne se sentait oblig\u00e9 de parler. Elle a pos\u00e9 deux assiettes, elle a mis la radio bas.<\/p>\n<p>\u00ab Elle t&#8217;a pas rat\u00e9e, la St\u00e9phanie \u00bb, elle a dit.<\/p>\n<p>\u00ab Elle a mis le directeur r\u00e9gional en copie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, t&#8217;as les pages. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je peux pas m&#8217;en servir, Nadine. J&#8217;ai copi\u00e9 la tablette d&#8217;une mineure. C&#8217;est moi qui risque une plainte, pas elle. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Alors tu fais quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9. Je n&#8217;avais pas d&#8217;autre mot.<\/p>\n<p>\u00c0 22 h 04, mon t\u00e9l\u00e9phone s&#8217;est allum\u00e9 sur la table. Un num\u00e9ro que j&#8217;avais enregistr\u00e9 \u00e0 No\u00ebl, sans jamais l&#8217;appeler. \u00ab Enzo \u00bb.<\/p>\n<p>Un message. Puis un deuxi\u00e8me, tout de suite, comme s&#8217;il avait peur de changer d&#8217;avis.<\/p>\n<p>\u00ab C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai film\u00e9 dimanche. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mamie m&#8217;a dit d&#8217;effacer. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je me suis lev\u00e9e de table. Je suis all\u00e9e dans la salle de bains de Nadine, je me suis assise sur le rebord de la baignoire et j&#8217;ai rappel\u00e9. Il a d\u00e9croch\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me sonnerie. Je l&#8217;ai entendu chuchoter, une porte qui se fermait, de l&#8217;eau qui coulait pour couvrir sa voix.<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;es o\u00f9, Enzo ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans les toilettes. Papa regarde la t\u00e9l\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi tu m&#8217;\u00e9cris ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que j&#8217;ai vu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as vu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Juste regarde. Moi je dis rien. Mamie m&#8217;a dit que si je disais, \u00e7a ferait des histoires pour tout le monde. Mais j&#8217;ai quatorze ans, je suis pas con. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi tu l&#8217;as gard\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas. Parce que c&#8217;\u00e9tait pas normal. Je te l&#8217;envoie. T&#8217;as WhatsApp ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je raccroche. \u00bb<\/p>\n<p>La communication s&#8217;est coup\u00e9e. J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran. Le fichier est arriv\u00e9 presque tout de suite, avec la petite barre qui se remplit.<\/p>\n<p>Une vid\u00e9o. Une miniature floue : une terrasse, des chaises en plastique, la fum\u00e9e du barbecue en haut \u00e0 gauche. Quarante et une secondes.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 mon pouce au-dessus du triangle, sans toucher l&#8217;\u00e9cran.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dans la pi\u00e8ce d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, Nadine avait \u00e9teint la radio.<\/p>\n<p>Dimanche, \u00e0 14 h 50, je tenais une carafe de citronnade qui pesait un kilo et demi. Je regardais mes pieds, parce que les dalles de Josiane sont glissantes quand la mousse est humide. Je ne regardais pas Manon. De ces secondes-l\u00e0, je n&#8217;ai gard\u00e9 que la poign\u00e9e de la carafe, froide et mouill\u00e9e.<\/p>\n<p>Lundi soir, \u00e0 22 h 07, assise sur le rebord de la baignoire de Nadine, je pouvais enfin les voir.<\/p>\n<p>J&#8217;ai appuy\u00e9 sur le triangle.<\/p>\n<p>L&#8217;image tremble. Enzo filme depuis la pelouse, \u00e0 hauteur de ventre. On entend les merguez qui gr\u00e9sillent. Ludovic est de dos devant le barbecue, Christophe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, la pince \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Sur la table, la salade de pommes de terre, les verres en plastique, la corbeille \u00e0 pain, les assiettes en carton empil\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 la neuvi\u00e8me seconde, Manon baisse les yeux sur son t\u00e9l\u00e9phone. Elle lit quelque chose. Elle le range dans la poche de son short.<\/p>\n<p>\u00c0 la treizi\u00e8me, Josiane appara\u00eet \u00e0 la fen\u00eatre de la cuisine. Elle regarde Manon. Elle fait un signe de t\u00eate, un seul, bien net, comme on dit oui \u00e0 un serveur.<\/p>\n<p>\u00c0 la seizi\u00e8me, c&#8217;est moi. Je sors avec la carafe et je prends \u00e0 gauche. Je suis plus petite que dans mon souvenir.<\/p>\n<p>\u00c0 la dix-neuvi\u00e8me, Christophe pose la pince sur le bord du barbecue. Il s&#8217;essuie les mains sur son jean.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 la vingt-troisi\u00e8me, Manon se l\u00e8ve d&#8217;un bond. Sa chaise tombe. \u00ab Ne me touche plus jamais ! \u00bb Je suis \u00e0 quarante centim\u00e8tres d&#8217;elle, le bras lev\u00e9, et ma main n&#8217;a touch\u00e9 personne.<\/p>\n<p>Puis la voix de Christophe : \u00ab Excuse-toi ou pars. \u00bb Ludovic ne se retourne pas. La vid\u00e9o s&#8217;arr\u00eate sur ses \u00e9paules.<\/p>\n<p>Pendant toute la prise, on entend le souffle d&#8217;Enzo. Quatorze ans, et sa main n&#8217;a pas boug\u00e9 une seule fois.<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9e cinq fois. \u00c0 la quatri\u00e8me, j&#8217;ai compt\u00e9 avec le pouce sur l&#8217;\u00e9cran. Dix-neuf, vingt-trois. Je suis revenue sur la pince. Dix-neuf, vingt-trois.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La porte s&#8217;est ouverte sans bruit. Nadine est rest\u00e9e sur le seuil, en chemise de nuit, avec ses lunettes sur le front.<\/p>\n<p>\u00ab Montre. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai tendu le t\u00e9l\u00e9phone. Elle l&#8217;a regard\u00e9e une fois, sans rien dire, les l\u00e8vres serr\u00e9es. Elle a rembobin\u00e9 toute seule.<\/p>\n<p>\u00ab Il pose sa pince avant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quatre secondes avant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a veut rien dire, C\u00e9line. Il a peut-\u00eatre vu sa fille se lever. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle s&#8217;est lev\u00e9e apr\u00e8s. Elle a lu un message, Josiane a fait oui de la t\u00eate, Christophe a l\u00e2ch\u00e9 sa pince. Et apr\u00e8s, elle crie. \u00bb J&#8217;ai repris le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab On pose pas sa pince quand on cuit des merguez, Nadine. Pas si on sait qu&#8217;on va devoir tourner la t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise sur le bord du lavabo. Elle a regard\u00e9 le carrelage.<\/p>\n<p>\u00ab Alors il savait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas ce qu&#8217;il savait. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait vrai. Je l&#8217;ai dit une fois, et je me suis envoy\u00e9 la vid\u00e9o par mail, deux fois, \u00e0 deux adresses diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 23 h 15. St\u00e9phanie avait dit : \u00ab Le dossier est d\u00e9pos\u00e9. \u00bb Un dossier d\u00e9pos\u00e9, \u00e7a fait un courrier.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Et chez Christophe, les courriers ne vont pas dans la maison. Ils vont dans la bo\u00eete \u00e0 gants de la M\u00e9gane, avec la carte grise, le carnet d&#8217;entretien et les tickets de p\u00e9age. Il dit que la maison, c&#8217;est pour les femmes, et la voiture pour les papiers. Je l&#8217;ai toujours trouv\u00e9 dr\u00f4le, jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas o\u00f9 ? \u00bb a demand\u00e9 Nadine quand j&#8217;ai pris mes cl\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Chercher un papier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 cette heure-l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il dort \u00e0 22 h 30, Christophe. Il a pas boug\u00e9 depuis trois ans. \u00bb<\/p>\n<p>La Clio a mis deux essais. Sur le chemin, je me suis aper\u00e7ue que je n&#8217;avais pas allum\u00e9 les phares avant le premier carrefour.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La maison \u00e9tait noire. La M\u00e9gane dormait dans le gravier, \u00e0 sa place, le nez vers la haie. La cl\u00e9 de secours est sur mon trousseau depuis trois ans, avec le petit ours en plastique que Manon m&#8217;a rapport\u00e9 d&#8217;un voyage scolaire. J&#8217;ai ouvert la porti\u00e8re \u00e0 la main, en retenant le claquement.<\/p>\n<p>Le plafonnier s&#8217;est allum\u00e9. Je l&#8217;ai \u00e9teint avec le pouce.<\/p>\n<p>La bo\u00eete \u00e0 gants sentait le vieux papier et le plastique chaud.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9clair\u00e9 avec mon t\u00e9l\u00e9phone. Carnet d&#8217;entretien. Contr\u00f4le technique. Un paquet de mouchoirs entam\u00e9. Deux enveloppes blanches, dessous, \u00e0 plat.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tait un recommand\u00e9, ouvert proprement avec un couteau. Cetelem. \u00ab Mise en demeure \u00bb.<\/p>\n<p>Un cr\u00e9dit souscrit en 2022, deux noms sur la ligne : St\u00e9phanie et Christophe. Dessous, en gras : \u00ab Somme restant due : 6 412,00 \u20ac \u00bb. Et plus bas : \u00ab \u00e0 r\u00e9gler sous quinze jours, \u00e0 d\u00e9faut de quoi\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas fini la phrase. J&#8217;ai pris la photo.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me enveloppe portait le cachet du tribunal judiciaire de Bourges. Juge aux affaires familiales. J&#8217;ai lu la ligne du milieu \u00e0 voix basse, dans la M\u00e9gane, avec la lumi\u00e8re de mon t\u00e9l\u00e9phone sur le visage.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Audience : jeudi, 9 h 30. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai compt\u00e9 sur mes doigts, comme une petite fille. Mardi, mercredi, jusqu&#8217;au jeudi d&#8217;apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Dix jours pour le juge. Quinze pour Cetelem.<\/p>\n<p>\u00ab Ferme la porte, C\u00e9line. Les voisins entendent tout. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a dit \u00e7a en me tournant le dos, devant l&#8217;\u00e9vier. Il \u00e9tait 10 h 05, mardi. J&#8217;avais frapp\u00e9 trois fois, puis j&#8217;avais appuy\u00e9 sur la poign\u00e9e comme chez moi. Elle ne m&#8217;a pas dit de m&#8217;asseoir.<\/p>\n<p>La cuisine sentait le caf\u00e9 br\u00fbl\u00e9 et le produit vaisselle au citron. Sur l&#8217;\u00e9gouttoir, la carafe de dimanche s\u00e9chait \u00e0 l&#8217;envers. Elle l&#8217;avait lav\u00e9e \u00e0 fond, jusqu&#8217;au bouchon. Chez Josiane, on lave une carafe quand on a mal dormi, ou quand on a quelque chose \u00e0 cacher. Je n&#8217;ai pas su laquelle des deux.<\/p>\n<p>Dans le salon, la t\u00e9l\u00e9 marchait sans le son. G\u00e9rard \u00e9tait dans son fauteuil, la couverture sur les genoux, les yeux sur un jeu de questions. Il n&#8217;a pas tourn\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis pas venue pour crier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi tu viens ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai pos\u00e9 la feuille sur la toile cir\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sucrier. La capture d&#8217;\u00e9cran.<\/p>\n<p>Une bulle grise, une phrase. Josiane a fait un pas, elle a regard\u00e9 de loin, sans toucher. Elle ne s&#8217;est pas pench\u00e9e pour la lire. Elle la connaissait.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0, c&#8217;est \u00e9crit. Je dirai ce que tu veux pour Manon. C&#8217;est toi, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pas dit \u00e7a comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as dit comment ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit que je dirais ce qu&#8217;elle voulait. Pour que la petite soit bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui, elle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab St\u00e9phanie. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est assise enfin, sur la chaise du bout, la main \u00e0 plat sur la table. Une main large, avec une bague qui ne passe plus la deuxi\u00e8me phalange. Elle la regardait comme si elle n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 elle.<\/p>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a montr\u00e9 le bras de Manon, C\u00e9line. En mars. Un bleu gros comme une paume. Elle pleurait dans ma cuisine, l\u00e0, sur cette chaise. Elle m&#8217;a dit que la petite avait peur de rentrer chez toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un bleu de volley. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle m&#8217;a dit que \u00e7a venait de toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;\u00e9tais dans la salle, Josiane. Elle est tomb\u00e9e sur le parquet en plongeant, j&#8217;ai vu. J&#8217;ai m\u00eame couru. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, je l&#8217;ai pas vu. J&#8217;ai vu la photo. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai attendu. Elle n&#8217;a pas ajout\u00e9 un mot.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 tous les bleus que j&#8217;ai not\u00e9s dans les cahiers de l&#8217;EHPAD. Une chute, une barri\u00e8re de lit, un fauteuil. On \u00e9crit la cause \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Personne n&#8217;a \u00e9crit la cause \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as promis de t\u00e9moigner. Samedi, Manon l&#8217;a \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai rien sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais tu as promis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit que j&#8217;y penserais. \u00bb Elle a regard\u00e9 la carafe sur l&#8217;\u00e9gouttoir. \u00ab Dimanche, je savais plus o\u00f9 me mettre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dimanche, tu m&#8217;as raccroch\u00e9 au nez. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s&#8217;est lev\u00e9e pour remplir la bouilloire, alors qu&#8217;il y avait d\u00e9j\u00e0 du caf\u00e9. Ses mains tremblaient un peu sur l&#8217;anse. Je n&#8217;ai jamais entendu Josiane s&#8217;excuser. Je ne crois pas que \u00e7a existe dans sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux que je te dise pourquoi je l&#8217;ai crue, elle ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Elle a parl\u00e9 vite, le dos tourn\u00e9. \u00ab Parce que l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, quand G\u00e9rard est tomb\u00e9 et qu&#8217;on l&#8217;a gard\u00e9 neuf jours \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital de Bourges, qui c&#8217;\u00e9tait, tous les soirs, \u00e0 18 h ? St\u00e9phanie. Avec le journal et ses pastilles. Elle restait jusqu&#8217;\u00e0 la fin des visites. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je travaillais, Josiane. J&#8217;\u00e9tais de garde. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je dis pas le contraire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu le dis quand m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Toi, t&#8217;\u00e9tais \u00e0 l&#8217;EHPAD \u00e0 soigner les autres. Elle, elle \u00e9tait l\u00e0 pour mon mari. C&#8217;est tout ce que je sais. Moi, les gens, je les juge sur ce qu&#8217;ils font quand j&#8217;ai besoin. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle avait raison sur un point, et \u00e7a me restait en travers. J&#8217;\u00e9tais de garde. Personne ne peut \u00eatre \u00e0 la fois dans un couloir d&#8217;EHPAD \u00e0 3 h du matin et au chevet de G\u00e9rard \u00e0 18 h. J&#8217;avais envoy\u00e9 des fleurs. Des fleurs du Lidl, huit euros quatre-vingt-dix, dans un pot.<\/p>\n<p>Je me suis aper\u00e7ue que j&#8217;avais gard\u00e9 mon manteau. Il faisait chaud dans la cuisine, et je ne l&#8217;avais pas enlev\u00e9. Josiane n&#8217;avait pas propos\u00e9 de le prendre.<\/p>\n<p>\u00ab Et Manon, tu y penses ? Celle qui a peur, d&#8217;apr\u00e8s sa m\u00e8re ? Tu lui as demand\u00e9, \u00e0 elle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon dit ce qu&#8217;on veut qu&#8217;elle dise. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Tu viens de le dire toi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane s&#8217;est retourn\u00e9e. Elle a ouvert la bouche pour me r\u00e9pondre, et rien n&#8217;est sorti.<\/p>\n<p>Alors, dans le salon, la t\u00e9l\u00e9 s&#8217;est coup\u00e9e. Le fauteuil a grinc\u00e9. G\u00e9rard s&#8217;\u00e9tait lev\u00e9, une main sur l&#8217;accoudoir, la t\u00e9l\u00e9commande dans l&#8217;autre. Quatre pas dans le couloir, en pantoufles. Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 dans l&#8217;encadrement de la porte, et il nous a regard\u00e9es l&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre.<\/p>\n<p>G\u00e9rard, qui n&#8217;a pas dit dix phrases en trois ans devant moi, a ouvert la bouche.<\/p>\n<p>La permanence d&#8217;avocats se tenait dans la salle des mariages. Une Marianne en pl\u00e2tre sur un meuble, des chaises dor\u00e9es empil\u00e9es au fond, et un bureau d&#8217;\u00e9colier au milieu, avec un post-it : \u00ab Merci de patienter \u00bb. J&#8217;ai tir\u00e9 le ticket num\u00e9ro 4. Il y avait trois personnes avant moi, dont un monsieur avec un chien.<\/p>\n<p>Je dois dire ce que G\u00e9rard a dit mardi. Cinq mots, dans l&#8217;encadrement de la porte. \u00ab Tu l&#8217;as vu, le bleu ? \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a r\u00e9pondu \u00ab G\u00e9rard, rendors-toi \u00bb et elle m&#8217;a mise dehors du plat de la main, comme on pousse un chat. Je suis rest\u00e9e cinq minutes sur le trottoir. La t\u00e9l\u00e9 ne s&#8217;est pas rallum\u00e9e.<\/p>\n<p>Jeudi, \u00e0 14 h 40, mon num\u00e9ro est pass\u00e9.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Petit avait la cravate de travers et un dossier ouvert avant m\u00eame que je sois assise. Vingt minutes par personne, c&#8217;\u00e9tait \u00e9crit sur la porte. Je lui ai tout dit en onze, en commen\u00e7ant par la bo\u00eete.<\/p>\n<p>\u00ab Donc vous n&#8217;avez pas sign\u00e9 la requ\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. C&#8217;est mon mari. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une requ\u00eate conjointe, c&#8217;est deux parents qui disent au juge : on est d&#8217;accord, la r\u00e9sidence de l&#8217;enfant sera chez elle. Le juge regarde, il tamponne, en g\u00e9n\u00e9ral. Tant que personne ne dit autre chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et si quelqu&#8217;un dit autre chose ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Votre mari peut retirer son accord. Par courrier avant l&#8217;audience, ou \u00e0 l&#8217;audience, de vive voix, devant le juge. \u00c7a devient un dossier contest\u00e9. Le juge d\u00e9cide lui-m\u00eame. \u00bb Il a not\u00e9 quelque chose.<\/p>\n<p>\u00ab Et la jeune fille a seize ans. Elle peut demander \u00e0 \u00eatre entendue, seule, par le juge. \u00c7a s&#8217;appelle l&#8217;audition de l&#8217;enfant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le juge la croit ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il l&#8217;\u00e9coute. Ce n&#8217;est pas pareil. \u00bb<\/p>\n<p>Il m&#8217;a demand\u00e9 qui pouvait t\u00e9moigner. J&#8217;ai dit : Josiane, peut-\u00eatre, Nadine, Enzo, quatorze ans. Il a expliqu\u00e9 qu&#8217;une attestation, c&#8217;est un formulaire, une copie de carte d&#8217;identit\u00e9, une signature, et que mentir dessus, \u00e7a se paie. Il a dit \u00e7a en regardant son stylo.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Ensuite, les pages. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;avais pas encore sorti la bo\u00eete. Je l&#8217;avais gard\u00e9e dans la Clio, sous le si\u00e8ge. Il a lev\u00e9 la main avant que je parle.<\/p>\n<p>\u00ab Ne me les montrez pas. \u00c9coutez-moi bien.<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont les messages priv\u00e9s d&#8217;une mineure, copi\u00e9s sans son accord. \u00c7a s&#8217;appelle une atteinte au secret des correspondances. Le juge peut les \u00e9carter, et la m\u00e8re peut porter plainte contre vous, pour de bon. Vous ne les produisez pas, vous ne les montrez \u00e0 personne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais elles disent tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elles disent tout, et elles vous mettent en tort. Les deux sont vrais. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Je lui ai montr\u00e9 la photo de la mise en demeure Cetelem sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Il a agrandi avec deux doigts, il a lu sans bouger les l\u00e8vres.<\/p>\n<p>\u00ab Six mille quatre cent douze euros. Votre mari a cosign\u00e9. C&#8217;est lui que Cetelem poursuit, pas vous. Vous n&#8217;avez rien sign\u00e9, \u00e7a ne vous engage pas. Ni sur votre Livret A, ni sur votre salaire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il me l&#8217;a cach\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a, je ne peux rien faire. \u00c7a n&#8217;est pas de mon ressort. \u00bb Il a referm\u00e9 le dossier. \u00ab Il vous restait dix minutes, madame. Vous en avez pris onze. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit merci. Dans le couloir de la mairie, j&#8217;ai crois\u00e9 le monsieur au chien, qui attendait toujours. Son chien m&#8217;a regard\u00e9e passer.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 16 h 12, mon portable a vibr\u00e9 sur le si\u00e8ge de la Clio. Christophe. Quatre jours qu&#8217;il ne m&#8217;\u00e9crivait plus rien.<\/p>\n<p>\u00ab Manon doit vivre chez sa m\u00e8re. Pour de bon. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai lu \u00e0 16 h 12, puis \u00e0 16 h 20, puis \u00e0 16 h 31. Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 la page de mai. \u00c0 la phrase \u00ab excuse-toi ou pars \u00bb. \u00c0 Christophe avec la page retourn\u00e9e sur la table, comme une carte qu&#8217;on ne veut plus voir. Il avait relu \u00e7a dimanche. Il \u00e9crivait la m\u00eame chose jeudi, avec d&#8217;autres mots.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 19 h, j&#8217;ai pli\u00e9 le canap\u00e9-lit de Nadine, drap par drap. Elle voulait que je reste. Quatre nuits chez elle, c&#8217;\u00e9tait ma limite. Elle m&#8217;a fourr\u00e9 un Tupperware de lentilles dans les mains, sans rien demander.<\/p>\n<p>\u00c0 22 h, j&#8217;ai gar\u00e9 la Clio derri\u00e8re le Lidl, dans l&#8217;angle, loin de la cam\u00e9ra. J&#8217;ai baiss\u00e9 le dossier du si\u00e8ge passager. Ma blouse m&#8217;a servi de couverture, mon sac de blouses roul\u00e9 sous la nuque. La bo\u00eete LU \u00e9tait sur la plage arri\u00e8re, le couvercle ferm\u00e9.<\/p>\n<p>J&#8217;ai dormi par morceaux. \u00c0 minuit, un caddie a roul\u00e9 tout seul sur le goudron. \u00c0 3 h, un camion de livraison a man\u0153uvr\u00e9 en reculant, avec son bip. \u00c0 chaque fois, j&#8217;ai regard\u00e9 les porti\u00e8res.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00c0 5 h 50, j&#8217;ai ouvert les yeux sur un bruit sec, tout pr\u00e8s de ma t\u00eate.<\/p>\n<p>Toc. Toc. Toc.<\/p>\n<p>Une silhouette, pench\u00e9e contre la vitre, la capuche sur les yeux. Une main \u00e0 plat sur le verre.<\/p>\n<p>\u00ab Moi, apr\u00e8s que t&#8217;es partie, j&#8217;ai rien dit pendant une heure. J&#8217;ai regard\u00e9 la Clio jusqu&#8217;au bout du chemin. Elle a cal\u00e9 deux fois au stop. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;est Manon qui m&#8217;a dit \u00e7a, \u00e0 5 h 58, assise c\u00f4t\u00e9 passager, les pieds dans mes sacs. J&#8217;avais pouss\u00e9 la blouse, le sac de blouses, le Tupperware de Nadine. Elle avait d\u00e9verrouill\u00e9 la porti\u00e8re toute seule en tirant la poign\u00e9e de l&#8217;ext\u00e9rieur, parce que la serrure de la Clio est cass\u00e9e depuis deux ans.<\/p>\n<p>Elle portait son pyjama \u00e0 rayures sous un sweat de volley, des baskets sans chaussettes. Ses chevilles \u00e9taient rouges. Elle \u00e9tait venue \u00e0 pied, vingt-cinq minutes.<\/p>\n<p>\u00ab Papa sait que t&#8217;es l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa dort. Il dort pas, en vrai. Il fait semblant, avec la porte ouverte. J&#8217;ai sorti par la fen\u00eatre de la buanderie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as faim ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle a hauss\u00e9 les \u00e9paules. J&#8217;ai ouvert le Tupperware. Des lentilles froides, une fourchette en plastique.<\/p>\n<p>Elle a mang\u00e9 en regardant par le pare-brise, le visage tourn\u00e9 vers les caddies align\u00e9s. Elle a gratt\u00e9 le fond avec la fourchette, jusqu&#8217;\u00e0 ce que le plastique racle. Moi, je l&#8217;ai laiss\u00e9e manger. Je n&#8217;ai pos\u00e9 aucune question avant qu&#8217;il ne reste plus rien dans la bo\u00eete.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s que je suis partie, raconte. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Oncle Ludovic a dit \u00e0 papa : t&#8217;es qu&#8217;un l\u00e2che, Chris. \u00bb Elle a dit \u00ab Chris \u00bb comme Ludovic, avec le menton en avant.<\/p>\n<p>\u00ab Il a l\u00e2ch\u00e9 sa spatule sur la table. Il est parti chercher Enzo sans manger.<\/p>\n<p>\u00ab Mamie, elle pleurait dans ses mains, \u00e0 la table, avec le citron sur les doigts. Papa, lui, il a d\u00e9barrass\u00e9. Il a ramass\u00e9 les assiettes, une par une. Il a rien dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et toi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi j&#8217;ai vu ton bracelet. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a tir\u00e9 de la poche de son sweat un petit rond dor\u00e9, tordu au fermoir. Mon bracelet. Celui que Christophe m&#8217;avait offert pour notre premier anniversaire, celui que j&#8217;avais laiss\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des assiettes en carton.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;ai pris \u00e7a. Je sais pas pourquoi. Je l&#8217;avais dans la main quand maman est venue me chercher. Je l&#8217;ai gard\u00e9 dans ma chambre depuis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Garde-le. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je veux pas le garder. Je veux pas te le rendre non plus. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas insist\u00e9. Elle l&#8217;a remis dans sa poche, avec le pouce dessus.<\/p>\n<p>Dehors, la ville avait la couleur d&#8217;un tableau d&#8217;ardoise. Un livreur a ouvert la porte de service du Lidl, fort, avec un bruit de ferraille. Manon a sursaut\u00e9. Puis elle a dit, sans me regarder :<\/p>\n<p>\u00ab Je sais que t&#8217;as lu. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La tablette. Les messages. Je sais que t&#8217;as tout. Je l&#8217;ai su d\u00e8s octobre. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a respir\u00e9, doucement, par le nez.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai jamais d\u00e9connect\u00e9e, C\u00e9line. Expr\u00e8s. Depuis octobre.<\/p>\n<p>\u00ab La messagerie de maman est rest\u00e9e ouverte sur la tablette du salon. Je me d\u00e9connecte tout le temps de tout, d&#8217;habitude. Pas \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l&#8217;as laiss\u00e9e ouverte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour que je la trouve ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour que quelqu&#8217;un la trouve. \u00bb Sa voix a cass\u00e9 sur le dernier mot.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je voulais que ce soit papa. Apr\u00e8s, je voulais que ce soit toi. Apr\u00e8s j&#8217;ai voulu que ce soit personne. Je suis rest\u00e9e trois mois comme \u00e7a. J&#8217;ouvrais la tablette, je regardais si elle \u00e9tait encore ouverte, et je la laissais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais que je copiais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je savais pas. Je voyais que la cl\u00e9 USB changeait de place sur l&#8217;\u00e9tag\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis rappel\u00e9 la cl\u00e9 de la mutuelle de l&#8217;EHPAD, huit giga, avec le stylo qui ne marche plus. Je l&#8217;avais toujours remise \u00e0 la m\u00eame place, au fond du tiroir. J&#8217;ai pens\u00e9 : elle regardait, elle aussi. On s&#8217;est regard\u00e9es des mois sans rien dire, chacune de son c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un mur.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai failli lui dire que j&#8217;avais cru \u00e0 de la chance. Que je m&#8217;\u00e9tais dit que la gamine \u00e9tait n\u00e9gligente, que je prot\u00e9geais la paix de la maison. Quatre phrases que je n&#8217;ai pas dites.<\/p>\n<p>\u00ab Tu pensais que j&#8217;avais oubli\u00e9, hein ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pensais que t&#8217;avais oubli\u00e9, oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je pouvais pas te le dire. Maman me lit tout, des fois. Elle me demande des captures. Si je te le disais, elle le saurait avant la fin de la journ\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a sorti de sous son sweat un sac Lidl pli\u00e9 en quatre. Dedans, la vieille tablette grise, celle du salon, avec sa coque fendue dans un coin.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Il y a autre chose. Que t&#8217;as pas sur ta cl\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les vocaux. Maman m&#8217;envoie des vocaux, quand elle veut pas \u00e9crire. Je les ai jamais effac\u00e9s. J&#8217;en ai quatorze. Le dernier date de dimanche. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a pos\u00e9 la tablette sur mes genoux. L&#8217;\u00e9cran s&#8217;est allum\u00e9 tout seul, au toucher de ma cuisse. Une liste, une barre de lecture, et un petit chiffre en haut \u00e0 droite, en blanc sur gris.<\/p>\n<p>14.<\/p>\n<p>Samedi, 8 h 40. J&#8217;avais dormi quatre heures en deux fois, mang\u00e9 un pain au chocolat de la veille, et \u00e9cout\u00e9 treize vocaux de St\u00e9phanie sur la vieille tablette, le son dans l&#8217;oreille, assise dans la Clio.<\/p>\n<p>Pas le quatorzi\u00e8me. Manon me l&#8217;avait demand\u00e9, vendredi, au moment de descendre de la voiture, les chevilles nues dans ses baskets. \u00ab Pas toute seule. S&#8217;il te pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;avais dit oui. Treize, c&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup.<\/p>\n<p>\u00c0 9 h, j&#8217;ai gar\u00e9 la Clio derri\u00e8re la M\u00e9gane, dans le gravier.<\/p>\n<p>Manon \u00e9tait au volley, Ludovic l&#8217;avait emmen\u00e9e. La porte du garage \u00e9tait ouverte, la radio marchait. Christophe \u00e9tait assis sur un tabouret, devant l&#8217;\u00e9tabli, un bidon d&#8217;huile entre les pieds. Il ne s&#8217;\u00e9tait pas ras\u00e9 depuis dimanche. Ses mains \u00e9taient pos\u00e9es \u00e0 plat sur ses genoux, comme chez le m\u00e9decin.<\/p>\n<p>\u00ab C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je viens pas pour la maison. Je viens pour deux choses. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis approch\u00e9e de l&#8217;\u00e9tabli. J&#8217;ai pos\u00e9 mon t\u00e9l\u00e9phone entre une bo\u00eete de vis et un chiffon, l&#8217;\u00e9cran vers lui. J&#8217;ai lanc\u00e9 la vid\u00e9o d&#8217;Enzo sans dire de qui elle venait. Il a regard\u00e9 sans bouger. \u00c0 la quatorzi\u00e8me seconde, il a commenc\u00e9 \u00e0 secouer la t\u00eate, doucement, de gauche \u00e0 droite.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Reviens \u00e0 dix-neuf. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u00e9line\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Reviens. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pos\u00e9 son pouce sur la barre et il a recul\u00e9 lui-m\u00eame. Dix-neuf secondes. Sa propre main qui pose la pince sur le bord du barbecue. Vingt-trois. Manon qui crie.<\/p>\n<p>\u00ab Quatre secondes. Pourquoi tu poses ta pince, Christophe ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si, tu sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai vu ma m\u00e8re \u00e0 la fen\u00eatre. Elle m&#8217;a regard\u00e9 d&#8217;une dr\u00f4le de fa\u00e7on. Je me suis dit : \u00e7a va partir. Je savais pas quoi. Je voulais avoir les mains libres. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Libres pour quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour te retenir. \u00bb Il a raval\u00e9 sa salive. \u00ab Ou pour pas te retenir. J&#8217;sais pas, C\u00e9line, je te jure. Je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai fait d\u00e9filer mon t\u00e9l\u00e9phone jusqu&#8217;\u00e0 la deuxi\u00e8me photo. Cetelem, six mille quatre cent douze euros, deux noms. Il l&#8217;a lue de loin, puis de pr\u00e8s, en la prenant dans ses doigts noirs. Il n&#8217;a rien demand\u00e9 sur la fa\u00e7on dont je l&#8217;avais eue. Je crois qu&#8217;il savait d\u00e9j\u00e0, rien qu&#8217;\u00e0 la lumi\u00e8re de mon t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab Dans la M\u00e9gane \u00bb, a-t-il dit.<\/p>\n<p>\u00ab Dans la bo\u00eete \u00e0 gants. Avec ta convocation. Tu avais pr\u00e9vu de me dire quand ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Jamais. \u00bb<\/p>\n<p>Il a l\u00e2ch\u00e9 \u00e7a comme on l\u00e2che un seau.<\/p>\n<p>Puis ses \u00e9paules sont parties en avant. Il a mis ses deux mains sur son visage, et j&#8217;ai entendu un bruit que je n&#8217;avais jamais entendu sortir de lui, un bruit de moteur qui s&#8217;\u00e9touffe. La radio a pass\u00e9 une pub pour un matelas. J&#8217;ai eu envie de la couper. Je ne l&#8217;ai pas fait.<\/p>\n<p>Au bout d&#8217;un moment, il a parl\u00e9, par morceaux.<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est la Twingo. En 2022.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Elle avait besoin d&#8217;une voiture pour son boulot, elle avait plus de cr\u00e9dit, elle m&#8217;a demand\u00e9 de cosigner. J&#8217;ai dit oui, c&#8217;est la m\u00e8re de Manon. Elle a pay\u00e9 six mois. Ensuite, elle a arr\u00eat\u00e9. J&#8217;ai pay\u00e9 quelques mensualit\u00e9s \u00e0 sa place, et apr\u00e8s j&#8217;ai plus pu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et les lettres ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je les prenais \u00e0 la Poste, je les mettais dans la M\u00e9gane. Je me disais : \u00e7a va s&#8217;arranger. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la signature ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te l&#8217;ai dit. Les lunettes. \u00bb Il a regard\u00e9 le sol. \u00ab C&#8217;est pas vrai, ou c&#8217;est vrai \u00e0 moiti\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Sans lunettes, je voyais que c&#8217;\u00e9tait long, que c&#8217;\u00e9tait du tribunal. \u00c7a se voit. J&#8217;ai dit \u00e0 Manon : c&#8217;est quoi ? Elle a dit : la CAF de maman. J&#8217;ai pas dit : tu me mens ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que si elle me disait oui, j&#8217;aurais d\u00fb faire quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai regard\u00e9 longtemps. Il y avait une toile d&#8217;araign\u00e9e au-dessus de l&#8217;\u00e9tabli, avec une mouche prise dedans, depuis l&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute-moi bien, Christophe. Je paierai pas ta dette. Pas un euro. Pas sur mon Livret A, pas sur mon salaire. Tu as sign\u00e9, c&#8217;est toi. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Je te demande pas \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te dis ce que je veux. Tu retires ton accord. Par courrier \u00e0 Bourges, ou devant la juge jeudi. Mais tu le retires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si je retire, elle va tout me mettre sur le dos. La mise en demeure, Manon, tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle te met d\u00e9j\u00e0 tout sur le dos. \u00bb<\/p>\n<p>Il a pris son t\u00e9l\u00e9phone sur l&#8217;\u00e9tabli. Il a regard\u00e9 l&#8217;\u00e9cran, longtemps. Il a fait d\u00e9filer ses contacts avec le pouce, lentement, comme un homme qui cherche le nom d&#8217;un mort.<\/p>\n<p>\u00ab Je dois lui dire d&#8217;abord. Je lui dois \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu lui dois rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis rest\u00e9 vingt ans avec elle, C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien r\u00e9pondu. La radio a repris sur une chanson que je connaissais, une de celles qu&#8217;on met dans les cuisines \u00e0 midi.<\/p>\n<p>Il a arr\u00eat\u00e9 son pouce sur un nom. Un seul.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie.<\/p>\n<p>\u00ab Tu t\u00e9moignes de quoi, mamie ? \u00bb<\/p>\n<p>Manon avait pos\u00e9 la question debout, sans enlever son sweat, la main sur le dossier d&#8217;une chaise. Il \u00e9tait 10 h 20, lundi. Josiane tenait une carafe pleine, le bouchon dans l&#8217;autre main.<\/p>\n<p>Il faut que je dise comment on en \u00e9tait arriv\u00e9s l\u00e0. Dimanche soir, \u00e0 21 h 12, Christophe m&#8217;avait \u00e9crit trois lignes. \u00ab Je l&#8217;ai appel\u00e9e. Elle a pas d\u00e9croch\u00e9. J&#8217;ai laiss\u00e9 un message. \u00bb Puis : \u00ab Je retire jeudi. \u00bb Je n&#8217;avais pas r\u00e9pondu. Lundi \u00e0 9 h 30, il avait laiss\u00e9 Manon monter dans la Clio, devant le portail, le t\u00e9l\u00e9phone dans la main. Il n&#8217;a rien dit. Il a regard\u00e9 la voiture jusqu&#8217;au virage.<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u00e9moigne que tu as peur, ma ch\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De C\u00e9line. Enfin, de la situation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai jamais eu peur de C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a pos\u00e9 la carafe sur la toile cir\u00e9e. Du citron, du sucre, des gla\u00e7ons qui fondaient d\u00e9j\u00e0. Elle en avait refait, ce matin, comme si dimanche n&#8217;avait pas eu lieu. G\u00e9rard \u00e9tait dans son fauteuil, le jeu de questions sans le son. Il avait tourn\u00e9 le fauteuil de dix centim\u00e8tres vers la cuisine. Je l&#8217;ai vu.<\/p>\n<p>\u00ab Le bleu, mamie. Tu l&#8217;as vu, toi, le bleu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai vu la photo. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Moi, je l&#8217;ai eu en mars, au volley. Je suis tomb\u00e9e en plongeant. C\u00e9line \u00e9tait dans la salle, elle m&#8217;a relev\u00e9e. Elle m&#8217;a m\u00eame achet\u00e9 une poche de froid \u00e0 la machine, un euro cinquante. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a regard\u00e9 Manon, puis moi. Elle a ouvert la bouche, elle l&#8217;a referm\u00e9e. Je n&#8217;ai pas dit un mot. Je m&#8217;\u00e9tais promis dans la voiture de ne rien dire.<\/p>\n<p>\u00ab St\u00e9phanie me l&#8217;a montr\u00e9 sur son t\u00e9l\u00e9phone, a dit Josiane. Elle pleurait. Je me suis dit : une m\u00e8re qui pleure, elle ment pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle pleure bien, maman \u00bb, a dit Manon.<\/p>\n<p>Elle a dit \u00e7a sans m\u00e9chancet\u00e9. C&#8217;\u00e9tait plus froid que de la m\u00e9chancet\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Josiane s&#8217;est assise. Elle a pos\u00e9 ses deux mains devant elle, la bague serr\u00e9e sur la phalange. Elle a regard\u00e9 la carafe un long moment.<\/p>\n<p>\u00ab La citronnade, c&#8217;\u00e9tait \u00e0 14 h 50. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 14 h 50 pr\u00e9cises. Elle me l&#8217;avait dit au t\u00e9l\u00e9phone, samedi. Tu te rappelles, C\u00e9line, que j&#8217;ai insist\u00e9 ? Par la gauche, y a de l&#8217;ombre. C&#8217;est elle qui m&#8217;a dit de le dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi par la gauche ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour que tu passes derri\u00e8re la petite. \u00bb Elle a aval\u00e9. \u00ab Et que je fasse un signe \u00e0 Christophe depuis la fen\u00eatre. Quand tu serais l\u00e0. Je croyais que c&#8217;\u00e9tait pour une photo, que Chris vienne voir. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Manon a baiss\u00e9 les yeux sur ses baskets. G\u00e9rard, dans son fauteuil, a dit une seule phrase, \u00e0 voix basse :<\/p>\n<p>\u00ab Dis-leur le reste, Josiane. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a pas de reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-leur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit oui. Voil\u00e0. J&#8217;ai dit oui, pour la photo, pour la petite, pour tout. J&#8217;ai pas demand\u00e9 pourquoi. \u00bb Elle s&#8217;est essuy\u00e9 le coin de l&#8217;\u0153il du dos de la main. \u00ab Je suis une vieille b\u00eate. Quarante ans que je dis oui \u00e0 ceux qui pleurent. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis assise en face d&#8217;elle. Je n&#8217;avais pas pr\u00e9vu de lui prendre la main. Je l&#8217;ai prise quand m\u00eame, la droite, celle de la bague. Elle ne l&#8217;a pas retir\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Josiane. Tu peux l&#8217;\u00e9crire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9crire quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que tu viens de dire. Sur un papier. Ma\u00eetre Petit m&#8217;a donn\u00e9 le formulaire. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai sorti de mon sac la feuille pli\u00e9e en quatre, avec la photocopie du mod\u00e8le. Elle l&#8217;a lue en remuant les l\u00e8vres. Elle a demand\u00e9 un stylo \u00e0 Manon, qui lui a tendu le sien, bleu, mordill\u00e9 au bout. G\u00e9rard s&#8217;est lev\u00e9, il est all\u00e9 chercher dans le buffet la pochette des papiers de famille, et il en a sorti la carte d&#8217;identit\u00e9 de sa femme. Il l&#8217;a pos\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la carafe. Personne ne lui avait rien demand\u00e9.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Josiane a \u00e9crit lentement, la langue entre les dents. Elle a ray\u00e9 deux fois. Elle a dit \u00ab je recopie \u00bb et elle a recopi\u00e9. Manon lui a \u00e9pel\u00e9 \u00ab attestation \u00bb. \u00c0 11 h 02, elle avait sign\u00e9 en bas. J&#8217;ai pris une photo de la page avec mon t\u00e9l\u00e9phone, les doigts mal assur\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a va servir ? \u00bb a demand\u00e9 Josiane.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas. \u00c7a dit la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pas pareil ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas toujours. \u00bb<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone de Manon a vibr\u00e9 sur la table. Puis le mien. Ludovic, un message : \u00ab Vid\u00e9o envoy\u00e9e \u00e0 l&#8217;avocat. Enzo est d&#8217;accord. Mais il veut pas venir au tribunal, hein. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Manon a lu par-dessus mon \u00e9paule. Elle n&#8217;a rien dit de la vid\u00e9o. Elle a dit :<\/p>\n<p>\u00ab Je peux boire de la citronnade ? \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a servi un verre, la main si raide qu&#8217;elle en a renvers\u00e9 sur la toile cir\u00e9e. Manon l&#8217;a bu d&#8217;un trait, en grima\u00e7ant. Trop de sucre. Elle en a repris un demi-verre.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 11 h 10. Dans le salon, la t\u00e9l\u00e9 annon\u00e7ait les r\u00e9sultats du loto sans le son. Josiane a pli\u00e9 la feuille en deux, puis en quatre, et elle l&#8217;a gliss\u00e9e dans mon sac, comme on met une lettre \u00e0 la poste.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Un bruit de gravier, dehors. Puis un moteur qu&#8217;on coupe trop tard, avec un hoquet. G\u00e9rard s&#8217;est tourn\u00e9 vers la fen\u00eatre. Manon a repos\u00e9 son verre, lentement, sans le faire tinter.<\/p>\n<p>Par la vitre de la cuisine, j&#8217;ai vu la Twingo de St\u00e9phanie entrer dans la cour de Josiane, une roue sur le bord de la pelouse.<\/p>\n<p>La photo du bleu \u00e9tait en huit morceaux sur la toile cir\u00e9e, avec les p\u00e9pins de citron et une paille pli\u00e9e. Josiane l&#8217;avait d\u00e9chir\u00e9e elle-m\u00eame. Elle n&#8217;a pas voulu qu&#8217;on la ramasse.<\/p>\n<p>Pour y arriver, il a fallu vingt-six minutes. Je les ai compt\u00e9es apr\u00e8s coup, \u00e0 la montre de la cuisine.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie est entr\u00e9e sans frapper, avec un sac en papier de la boulangerie. Elle a pos\u00e9 le sac sur la table. Des chaussons aux pommes. Elle a embrass\u00e9 Josiane sur les deux joues, elle a dit \u00ab Manon, ma ch\u00e9rie \u00bb avec la voix qu&#8217;on prend pour les chiens qui ont peur. Elle ne m&#8217;a pas regard\u00e9e tout de suite.<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai eu le message de Christophe. Je comprends qu&#8217;il craque, il est \u00e0 bout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a pas craqu\u00e9 \u00bb, a dit Manon.<\/p>\n<p>\u00ab Viens, on rentre. On va parler toutes les deux, dans la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je reste. \u00bb<\/p>\n<p>St\u00e9phanie a fini par se tourner vers moi. Elle avait mis du rouge \u00e0 l\u00e8vres, un rouge de r\u00e9union. Elle a souri.<\/p>\n<p>\u00ab Je t&#8217;en veux pas, C\u00e9line. Sinc\u00e8rement. Tu as eu peur de perdre ta place, c&#8217;est humain. Tu as fouill\u00e9, tu as imprim\u00e9, tu as couru chez tout le monde. Moi aussi, \u00e0 ta place, j&#8217;aurais fait pareil. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Tu as \u00e9crit la phrase de Christophe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle phrase ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Excuse-toi ou pars. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ri, un petit rire sec. \u00ab Tu t&#8217;\u00e9coutes ? \u00bb Elle a pos\u00e9 la main \u00e0 plat sur le dossier de la chaise de Josiane. \u00ab \u00c9coute, je vais te dire une chose, et apr\u00e8s on arr\u00eate. Il croit toujours celle qu&#8217;il a peur de perdre. \u00c7a fait vingt ans que je le sais. Toi, \u00e7a fait trois ans. Jeudi, il choisira encore. \u00bb<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a boug\u00e9. G\u00e9rard avait pos\u00e9 la t\u00e9l\u00e9commande sur son genou. Sur la table, la citronnade s&#8217;\u00e9tait s\u00e9par\u00e9e, le sucre au fond.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Tu as raison, maman \u00bb, a dit Manon.<\/p>\n<p>St\u00e9phanie s&#8217;est tourn\u00e9e d&#8217;un coup. \u00ab Je te l&#8217;avais dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il croit celle qu&#8217;il a peur de perdre. Je le sais, j&#8217;ai grandi avec. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a tendu la main vers mon sac, celui des blouses, o\u00f9 la vieille tablette grise dormait depuis vendredi.<\/p>\n<p>\u00ab Donne. Je t&#8217;avais dit pas toute seule. T&#8217;es pas toute seule. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai donn\u00e9. Elle a fait glisser le doigt jusqu&#8217;au bas de la liste. St\u00e9phanie a fait un pas.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que tu fais, Manon ? \u00bb Sa voix avait baiss\u00e9 d&#8217;un \u00e9tage.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Le quatorze. Je l&#8217;avais gard\u00e9 pour ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9teins \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mamie, tu \u00e9coutes aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a appuy\u00e9.<\/p>\n<p>Un bruit de vaisselle, d&#8217;abord. Une chaise. Puis la voix de St\u00e9phanie, plus rapide que dans la cuisine, un peu essouffl\u00e9e, avec un fond de voiture. L&#8217;horodatage s&#8217;affichait au bas de l&#8217;\u00e9cran. Dimanche, 15 h 31.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est moi. \u00c7a y est, c&#8217;est fait, t&#8217;as \u00e9t\u00e9 parfaite, je suis fi\u00e8re de toi. Il l&#8217;a dit, il l&#8217;a dit comme pr\u00e9vu. Elle est partie avec sa bo\u00eete, elle \u00e9tait blanche. Reste avec eux jusqu&#8217;\u00e0 ce que je vienne te chercher, apr\u00e8s tu fais la t\u00eate mais pas trop. Jeudi de la semaine prochaine, y a l&#8217;audience, tu vas dire que t&#8217;as peur. Apr\u00e8s, je pars sur Toulouse avec Micka\u00ebl, y a le poste qui l&#8217;attend, \u00e7a se joue en juillet. Toi, t&#8217;es chez moi sur le papier, mais c&#8217;est mamie qui te garde, elle dira oui \u00e0 tout, tu la connais. Dis rien \u00e0 ton p\u00e8re. Bisous. \u00bb<\/p>\n<p>Le vocal s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 sur un souffle. Manon a laiss\u00e9 la tablette sur la table, l&#8217;\u00e9cran vers le haut.<\/p>\n<p>\u00ab Mamie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, a dit Josiane. J&#8217;ai entendu. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle a pris le sac de la boulangerie, celui des chaussons, et elle l&#8217;a pouss\u00e9 du bout des doigts vers St\u00e9phanie. Puis elle a ramass\u00e9 les huit morceaux de la photo. Elle les a remis dans sa paume, un par un. Elle a referm\u00e9 la main. Je croyais qu&#8217;elle allait les jeter. Elle les a regard\u00e9s, a dit \u00ab mon bleu de mars \u00bb, tr\u00e8s bas, et elle les a laiss\u00e9s tomber dans la poubelle sous l&#8217;\u00e9vier, qui a fait un petit bruit de couvercle.<\/p>\n<p>\u00ab Sors de chez moi, St\u00e9phanie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Josiane, tu sais pas ce que tu fais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais tr\u00e8s bien. Je suis vieille, je suis pas b\u00eate. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>St\u00e9phanie a ramass\u00e9 ses cl\u00e9s. Elle a regard\u00e9 Manon, qui n&#8217;a pas boug\u00e9 la t\u00eate. Elle a regard\u00e9 G\u00e9rard, qui lui a rendu un visage tout vide. Puis elle s&#8217;est tourn\u00e9e vers moi, et sa voix a chang\u00e9 de dessous.<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as lu les messages d&#8217;une mineure, C\u00e9line. J&#8217;ai d\u00e9pos\u00e9 plainte, \u00e7a s&#8217;appelle comme \u00e7a. T&#8217;auras de mes nouvelles. Et jeudi, ton mari, il va devoir choisir devant tout le monde. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a d\u00e9j\u00e0 choisi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On verra. \u00bb<\/p>\n<p>La Twingo a cal\u00e9 deux fois en sortant de la cour. G\u00e9rard a rallum\u00e9 la t\u00e9l\u00e9. Manon a \u00e9teint la tablette, du pouce, et elle me l&#8217;a rendue sans me regarder.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mardi, \u00e0 17 h 05, je lavais ma gourde au robinet de la station-service, derri\u00e8re le Lidl. Mon portable a sonn\u00e9. Un num\u00e9ro de Vierzon que je ne connaissais pas.<\/p>\n<p>\u00ab Madame ? Gendarmerie de Vierzon. Une plainte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e contre vous. On vous convoque pour une audition libre, demain, mercredi, \u00e0 8 h. Vous pouvez venir seule, ou avec un avocat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Demain ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Demain, 8 h. Vous avez compris ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit oui. J&#8217;ai raccroch\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 l&#8217;eau couler sur ma gourde, jusqu&#8217;\u00e0 ce que la gourde d\u00e9borde sur mes chaussures.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Mercredi 8 h. Jeudi 9 h 30. Entre les deux, il y avait une nuit dans la Clio.<\/p>\n<p>La veille au soir, \u00e0 19 h 12, j&#8217;avais rappel\u00e9 la permanence d&#8217;avocats de la mairie. Une dame m&#8217;avait pass\u00e9 Ma\u00eetre Petit, qui mangeait quelque chose, j&#8217;entendais le papier.<\/p>\n<p>\u00ab Les gendarmes, c&#8217;est pas le tribunal, madame. R\u00e9pondez court. Ne mentez pas, ne racontez pas. Et les pages, vous n&#8217;en parlez qu&#8217;au pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je les ai dans la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Gardez-les dans la voiture. Jeudi, vous ne les produisez pas. Je vous le dis une derni\u00e8re fois. \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai dit oui. Puis j&#8217;ai pass\u00e9 la nuit sans dormir, la bo\u00eete LU sur le si\u00e8ge passager, le couvercle sous mon coude.<\/p>\n<p>Mercredi, 7 h 55, j&#8217;\u00e9tais devant la gendarmerie de Vierzon avec ma blouse sous mon manteau. Je n&#8217;avais pas eu le temps de la laver. Un drapeau pendait sans vent. Un gendarme m&#8217;a ouvert, il m&#8217;a demand\u00e9 ma carte d&#8217;identit\u00e9 \u00e0 travers une vitre, et il m&#8217;a fait asseoir sur une chaise en plastique bleu, devant un bureau qui sentait le caf\u00e9 de la veille.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait jeune, trente ans, des cernes. Il tapait avec deux doigts.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez lu les messages de Manon, madame ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Combien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quarante-sept pages. Je les ai lues dimanche soir, la nuit de garde. Avant, j&#8217;avais lu les premiers, en octobre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Vous avez copi\u00e9 la tablette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Sur une cl\u00e9 USB. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sans l&#8217;accord de la mineure. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai dit trois fois comme \u00e7a, sans rien ajouter. Il a lev\u00e9 les yeux la troisi\u00e8me fois, comme s&#8217;il attendait la suite.<\/p>\n<p>\u00ab Vous les avez montr\u00e9es \u00e0 qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 mon mari. \u00c0 Madame St\u00e9phanie, une page. \u00c0 personne d&#8217;autre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 un avocat ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous les avez sur vous ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Dans ma voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 de taper. Il m&#8217;a regard\u00e9e un moment, les deux doigts en l&#8217;air au-dessus des touches.<\/p>\n<p>\u00ab Vous les apporterez au juge ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait faux. \u00c0 8 h 40, devant le gendarme, j&#8217;ai su que c&#8217;\u00e9tait faux. Je ne sais pas \u00e0 quel moment exact c&#8217;est devenu clair. Je crois que c&#8217;\u00e9tait en r\u00e9pondant \u00ab oui \u00bb la troisi\u00e8me fois.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il m&#8217;a fait relire la d\u00e9position sur l&#8217;\u00e9cran. Une page et demie. J&#8217;ai sign\u00e9 en bas avec un stylo qui accrochait. Il m&#8217;a dit que l&#8217;affaire partirait chez le procureur, que \u00e7a ne voulait pas dire grand-chose, que \u00e7a pouvait finir par un rappel \u00e0 la loi, ou par rien, ou par plus. Il a dit \u00ab on verra \u00bb comme tout le monde cette semaine.<\/p>\n<p>\u00c0 9 h 05, je suis sortie. Mon t\u00e9l\u00e9phone avait une notification. \u00ab Manon : T&#8217;es o\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>J&#8217;ai r\u00e9pondu : \u00ab Parking du Lidl. \u00bb<\/p>\n<p>Elle est arriv\u00e9e \u00e0 pied, \u00e0 9 h 40, le sac de volley sur l&#8217;\u00e9paule. Christophe avait d\u00fb la laisser partir. Ou elle \u00e9tait sortie par la fen\u00eatre de la buanderie. Je n&#8217;ai pas demand\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Je l&#8217;attendais debout, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Clio, \u00e0 l&#8217;endroit exact o\u00f9 j&#8217;avais dormi six nuits. Il y avait encore une trace de pneu sur le goudron, noire, en forme de virgule. J&#8217;avais ouvert le coffre. La bo\u00eete \u00e9tait pos\u00e9e dessus, le couvercle rouge, les coins de la bo\u00eete ray\u00e9s depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;est-ce que tu fais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je te la rends. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La bo\u00eete ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les pages sont dedans. Les quarante-sept. Et les six du samedi. Et la carte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais jeudi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jeudi, je les apporte pas. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Elle n&#8217;a pas pris la bo\u00eete tout de suite. Elle a mis les mains dans les poches de son sweat, l\u00e0 o\u00f9 il y avait quelque chose de dur qui faisait une bosse. Le bracelet, sans doute.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que c&#8217;est \u00e0 toi. C&#8217;est pas \u00e0 moi, c&#8217;est pas \u00e0 ton p\u00e8re, c&#8217;est pas \u00e0 la juge. Ce sont tes mots \u00e0 toi. Tu les as \u00e9crits. Ta m\u00e8re les a \u00e9crits aussi, mais ils sont \u00e0 toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a t&#8217;aurait servi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu pouvais gagner. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>J&#8217;ai tendu la bo\u00eete. Elle l&#8217;a prise \u00e0 deux mains, comme un plateau trop plein, et elle l&#8217;a pos\u00e9e sur le capot de la Clio. Elle a soulev\u00e9 le couvercle.<\/p>\n<p>Les pages \u00e9taient l\u00e0, en liasse, avec un \u00e9lastique de bureau. Dessous, plus rien de LU. Quelques miettes dans les coins. Et la carte, au fond, la carte cartonn\u00e9e \u00e0 bords crant\u00e9s que je relisais depuis dimanche.<\/p>\n<p>Elle l&#8217;a sortie. Elle a lu, ses l\u00e8vres bougeaient.<\/p>\n<p>\u00ab Pour C\u00e9line. Pour tes gardes de nuit, quand t&#8217;as faim. Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ton \u00e9criture. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab J&#8217;avais treize ans. J&#8217;ai recopi\u00e9 trois fois, j&#8217;ai rat\u00e9 le C. \u00bb Elle a retourn\u00e9 la carte, comme pour v\u00e9rifier qu&#8217;il n&#8217;y avait rien derri\u00e8re. \u00ab Je me rappelle, j&#8217;avais achet\u00e9 les biscuits avec mon argent de poche. Dix-sept euros quatre-vingt-dix. Maman a dit que c&#8217;\u00e9tait un cadeau pourri. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je les ai tous mang\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. Papa disait que t&#8217;en gardais pas un. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a rang\u00e9 la carte dans la bo\u00eete, sur les pages, et elle a referm\u00e9 le couvercle. Un camion a recul\u00e9 dans le fond du parking. Elle ne bougeait plus, les deux mains \u00e0 plat sur le couvercle.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_5\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C\u00e9line. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si je dis la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la juge, maman, elle va faire quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis tue. Je pensais \u00e0 la vid\u00e9o, au vocal, \u00e0 Toulouse, \u00e0 la plainte, \u00e0 Josiane. Je pensais \u00e0 ce que je ne savais pas, et c&#8217;\u00e9tait presque tout.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>\u00ab Tiens mon gobelet, deux secondes. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane m&#8217;a mis le caf\u00e9 dans la main et elle a fouill\u00e9 son sac \u00e0 la recherche de ses lunettes. Il \u00e9tait 9 h 22, jeudi, au premier \u00e9tage du tribunal judiciaire de Bourges. Le gobelet \u00e9tait ti\u00e8de, le caf\u00e9 venait de la machine \u00e0 1,20 \u20ac. Elle a trouv\u00e9 les lunettes dans sa poche de gilet, l\u00e0 o\u00f9 elle les met toujours.<\/p>\n<p>Le couloir sentait la cire et le linge qui s\u00e8che. Des bancs en bois contre le mur, huit places, une affiche sur la m\u00e9diation. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi, Josiane avait mis son manteau des enterrements. Ludovic \u00e9tait rest\u00e9 en bas, \u00e0 fumer, parce qu&#8217;il n&#8217;avait rien \u00e0 faire ici. Il avait quand m\u00eame mis une chemise.<\/p>\n<p>Christophe \u00e9tait en face, avec Ma\u00eetre Petit, qui avait la m\u00eame cravate de travers que dans la salle des mariages. Christophe n&#8217;avait pas ses lunettes sur le nez. Il les tenait \u00e0 la main, pli\u00e9es. Il les a d\u00e9pli\u00e9es, il les a remises, il les a retir\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Mets-les, a dit Ma\u00eetre Petit. Tu liras tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je lis pas bien de loin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 9 h 30, la greffi\u00e8re a ouvert la porte du fond et elle a appel\u00e9 les noms. St\u00e9phanie est sortie de l&#8217;ascenseur \u00e0 9 h 29, avec son avocate, une femme en tailleur gris qui ne m&#8217;a pas regard\u00e9e. Manon est entr\u00e9e avec son p\u00e8re, sans se retourner. Elle portait la robe bleue qu&#8217;elle met pour les mariages. Elle ne m&#8217;avait pas pr\u00e9venue.<\/p>\n<p>Je ne suis pas entr\u00e9e. Je ne suis pas partie, non plus. Je suis rest\u00e9e sur le banc, un gobelet dans chaque main, parce que Josiane ne reprenait pas le sien.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 10 h 18, la porte s&#8217;est ouverte pour une suspension. Ma\u00eetre Petit a fait signe \u00e0 Christophe, qui est venu s&#8217;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il avait la nuque mouill\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Alors ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#8217;ai dit, a dit Christophe. J&#8217;ai dit : je retire mon accord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Devant elle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Devant tout le monde. Ma voix tremblait. La juge a dit : r\u00e9p\u00e9tez, monsieur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et St\u00e9phanie ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a regard\u00e9 ses ongles. \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Ma\u00eetre Petit s&#8217;est assis de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il a sorti son stylo, il a r\u00e9sum\u00e9 en quatre phrases, comme un m\u00e9decin qui lit des r\u00e9sultats. Il avait demand\u00e9 \u00e0 la juge de prendre acte du retrait. Il avait d\u00e9pos\u00e9 l&#8217;attestation de Josiane, une page, \u00e9crite \u00e0 la main, avec la carte d&#8217;identit\u00e9. Il avait demand\u00e9 \u00e0 montrer la vid\u00e9o.<\/p>\n<p>\u00ab Quarante et une secondes, a-t-il dit. Sur l&#8217;ordinateur de la greffi\u00e8re. La juge l&#8217;a vue deux fois. Elle a demand\u00e9 le moment de la pince. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a demand\u00e9 quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 Christophe. Pourquoi il l&#8217;avait pos\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il a r\u00e9pondu quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;il savait pas. \u00bb Ma\u00eetre Petit a rang\u00e9 son stylo. \u00ab Pour une audience, c&#8217;est la meilleure r\u00e9ponse qu&#8217;il pouvait donner. \u00bb<\/p>\n<p>Josiane a mis une main sur son sac, comme si l&#8217;attestation y \u00e9tait encore. Elle n&#8217;a rien dit. Elle a regard\u00e9 le mur, l&#8217;affiche, le mot \u00ab m\u00e9diation \u00bb en gros, et elle a rattach\u00e9 la bride de son sac.<\/p>\n<p>\u00ab Et les messages ? \u00bb ai-je demand\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Ma cons\u0153ur les a \u00e9voqu\u00e9s. Elle a dit que Madame avait copi\u00e9 des correspondances priv\u00e9es. J&#8217;ai r\u00e9pondu que Madame n&#8217;\u00e9tait pas partie \u00e0 l&#8217;instance et qu&#8217;aucune pi\u00e8ce de ce genre n&#8217;\u00e9tait produite. \u00bb Il a lev\u00e9 les yeux. \u00ab C&#8217;est bien le cas ? \u00bb<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab C&#8217;est le cas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors c&#8217;est propre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 10 h 31, la greffi\u00e8re a appel\u00e9 Manon seule. Elle s&#8217;est lev\u00e9e du banc d&#8217;en face. Elle a liss\u00e9 sa robe du plat de la main, deux fois. En passant devant moi, elle a ralenti d&#8217;un pas, sans rien dire, et elle a continu\u00e9.<\/p>\n<p>La porte s&#8217;est referm\u00e9e. Il y a eu le petit bruit d&#8217;un loquet.<\/p>\n<p>J&#8217;ai regard\u00e9 ma montre. 10 h 31. Christophe a regard\u00e9 la sienne, qui avan\u00e7ait de trois minutes. Josiane a remis ses lunettes pour ne rien lire.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Dix minutes. Je me suis lev\u00e9e, je me suis rassise. Au bout de quinze, j&#8217;ai compt\u00e9 les carreaux du sol, vingt-quatre par rang\u00e9e. \u00c0 vingt minutes, Christophe s&#8217;est mis les mains sur les genoux, comme \u00e0 l&#8217;\u00e9tabli, comme chez le m\u00e9decin. Il a dit :<\/p>\n<p>\u00ab Elle dit quoi, l\u00e0-dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux pas savoir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. \u00bb<\/p>\n<p>St\u00e9phanie est pass\u00e9e devant le banc \u00e0 10 h 40, pour aller aux toilettes. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e devant moi. Elle a regard\u00e9 mes mains, mes deux gobelets, mon manteau, la bo\u00eete absente.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab T&#8217;as rien apport\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu les avais pourtant. Tu m&#8217;en as lu une page, dimanche. \u00bb Elle a baiss\u00e9 la voix. \u00ab Tu te rends compte de ce que tu laisses sur la table ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elles sont pas \u00e0 moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ri, une fois, puis elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e parce que personne ne riait avec elle. Elle a pouss\u00e9 la porte des toilettes. Le panneau a vibr\u00e9 un moment.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 10 h 53, la porte du fond s&#8217;est ouverte. Vingt-deux minutes. Manon est sortie les yeux secs, sa robe bleue froiss\u00e9e \u00e0 la taille, comme si elle avait serr\u00e9 les poings. Elle s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e au milieu du couloir. Elle nous a regard\u00e9s, son p\u00e8re, sa mamie, moi, personne en particulier. Elle n&#8217;a pas parl\u00e9.<\/p>\n<p>Elle a juste hoch\u00e9 le menton, une fois, en direction de la porte. Comme on fait \u00e0 quelqu&#8217;un qui h\u00e9site devant une piscine.<\/p>\n<p>La greffi\u00e8re est ressortie derri\u00e8re elle. Elle a cherch\u00e9 quelqu&#8217;un des yeux, une feuille \u00e0 la main.<\/p>\n<p>\u00ab Madame C\u00e9line ? Madame la juge souhaite vous entendre. \u00bb<\/p>\n<p>Sur le bureau de la juge, il y avait une plante grasse en plastique, couverte de poussi\u00e8re, entre un code reli\u00e9 et une bo\u00eete de mouchoirs. Je l&#8217;ai regard\u00e9e pendant tout le temps o\u00f9 je suis rest\u00e9e assise. Six minutes, d&#8217;apr\u00e8s la pendule au-dessus de la porte.<\/p>\n<p>La juge avait la cinquantaine, des lunettes sur la t\u00eate, un stylo sans capuchon. Elle ne m&#8217;a pas dit bonjour. Elle a dit mon pr\u00e9nom en lisant la feuille.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez lu les messages de Manon. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, madame. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;en avez-vous fait ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je les ai rendus. \u00c0 elle. Mercredi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous n&#8217;avez rien \u00e0 me produire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, madame. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a not\u00e9. Elle m&#8217;a demand\u00e9 si j&#8217;avais avanc\u00e9 de l&#8217;argent pour la jeune fille. J&#8217;ai dit : six cents euros, l&#8217;appareil dentaire. Elle m&#8217;a demand\u00e9 si j&#8217;avais un logement. J&#8217;ai dit : chez une amie, depuis jeudi dernier. Je n&#8217;ai pas dit la Clio.<\/p>\n<p>\u00ab Madame la juge, a-t-elle ajout\u00e9 apr\u00e8s un temps, a entendu beaucoup de choses ce matin. Elle rendra sa d\u00e9cision mardi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a dit \u00ab madame la juge \u00bb en parlant d&#8217;elle-m\u00eame, comme les infirmi\u00e8res disent \u00ab on \u00bb quand elles parlent d&#8217;elles.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_1\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_1\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mardi, \u00e0 14 h 10, Ma\u00eetre Petit m&#8217;a appel\u00e9e du couloir de la mairie. Je l&#8217;entendais respirer, il marchait.<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9sidence maintenue chez le p\u00e8re. Droit de visite pour la m\u00e8re, un week-end sur deux. Une enqu\u00eate sociale, pour y voir clair sur les deux foyers. La requ\u00eate conjointe est rejet\u00e9e. \u00bb Il a touss\u00e9. \u00ab Elle l&#8217;a \u00e9crit sans un mot sur vous, madame. Ni pour, ni contre. C&#8217;est une bonne nouvelle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la plainte ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a suit son cours. Je vous l&#8217;ai dit : on verra. \u00bb<\/p>\n<p>Il y a eu un temps. Je me suis assise sur le trottoir devant chez Nadine, le dos contre le mur. Mes jambes avaient d\u00e9cid\u00e9 pour moi.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>St\u00e9phanie, je ne l&#8217;ai pas revue. Je l&#8217;ai su par Manon, mardi soir, par un message de trois lignes. \u00ab Maman part \u00e0 Toulouse dans trois semaines. Toute seule, Micka\u00ebl a chang\u00e9 d&#8217;avis. Elle m&#8217;a envoy\u00e9 une carte postale de la gare, y a rien dessus. \u00bb J&#8217;ai relu le \u00ab toute seule \u00bb deux fois. Je ne sais pas ce que \u00e7a veut dire sur Micka\u00ebl. Je ne sais pas si St\u00e9phanie a vraiment une vie l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Pour le cr\u00e9dit Cetelem, c&#8217;\u00e9tait simple et c&#8217;\u00e9tait mal. Il restait \u00e0 son nom, six mille quatre cent douze euros. Mercredi, \u00e0 10 h, je suis all\u00e9e avec Christophe \u00e0 la Banque Postale. Je n&#8217;avais pas dit oui, je ne signais rien. J&#8217;\u00e9tais venue m&#8217;asseoir.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_2\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_2\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La conseill\u00e8re avait un pot de bonbons \u00e0 la menthe. Elle a parl\u00e9 de caution, d&#8217;\u00e9ch\u00e9ancier, d&#8217;un courrier \u00e0 envoyer en recommand\u00e9. Elle a dit : \u00ab Cetelem s&#8217;adressera d&#8217;abord \u00e0 Madame. Vous, monsieur, vous \u00eates derri\u00e8re. \u00bb Christophe a sign\u00e9 trois feuilles. Sa main allait lentement, il lisait chaque ligne \u00e0 voix basse, avec ses lunettes. Dehors, sur le parking, il a dit :<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;\u00e9tais pas oblig\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci d&#8217;\u00eatre venue. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je viens pas pour la maison. Pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>Il a hoch\u00e9 la t\u00eate. Il n&#8217;a pas insist\u00e9. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois en trois ans qu&#8217;il n&#8217;insistait pas, et \u00e7a ne m&#8217;a pas fait mal comme j&#8217;aurais cru.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_3\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>Manon a sonn\u00e9 chez Nadine vendredi, \u00e0 18 h 10. Ludovic l&#8217;avait d\u00e9pos\u00e9e, il attendait dans sa voiture, moteur tournant. Elle portait le sweat de volley. Elle a ouvert sa main sans dire bonjour.<\/p>\n<p>Le bracelet dor\u00e9. Le fermoir tordu, redress\u00e9 avec une pince, on voyait les marques.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai fait r\u00e9parer, avec Enzo. Il a un outil. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu voulais plus me le rendre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais plus le garder, non plus. \u00bb Elle a hauss\u00e9 une \u00e9paule. \u00ab L\u00e0, c&#8217;est bon. \u00bb<\/p>\n<p>Je l&#8217;ai mis. J&#8217;ai gal\u00e9r\u00e9 avec le fermoir, elle m&#8217;a aid\u00e9e, ses doigts \u00e9taient froids. Le bracelet est un peu trop grand pour mon poignet depuis que j&#8217;ai maigri. Il glisse.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_3\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_3\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Samedi, 8 h 40. Elle \u00e9tait dans la Clio, \u00e0 la place passager, le sac de volley sur les genoux, les chevilles nues dans les baskets. On roulait vers la salle. La Clio a cal\u00e9 au stop de la nationale, comme toujours.<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone de Manon a vibr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Ouais ? Non, j&#8217;viens pas avec papa. C\u00e9line m&#8217;emm\u00e8ne. \u00bb Elle a \u00e9cout\u00e9. \u00ab C\u00e9line, ouais. Non, c&#8217;est bon, elle conduit mieux que ce qu&#8217;on croit. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a raccroch\u00e9. J&#8217;ai regard\u00e9 la route, pas elle. Au printemps, \u00e0 la porte de la salle, je l&#8217;avais entendue dire \u00ab la femme de papa \u00bb \u00e0 une copine. Je n&#8217;ai rien dit. Je n&#8217;ai pas relev\u00e9.<\/p>\n<div id=\"div_adsconex_banner_responsive_4\" data-google-query-id=\"\"><\/div>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab T&#8217;as fait ta t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est ma t\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a ri, un petit rire par le nez. \u00c0 9 h 02, devant la salle, elle a ouvert la porti\u00e8re, elle a sorti de son sac de volley la bo\u00eete LU, couvercle rouge, coins ray\u00e9s. Elle l&#8217;a pos\u00e9e sur le si\u00e8ge, \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>\u00ab Les pages, je les garde, a-t-elle dit. Elles sont dans mon placard, dans un sac Lidl. \u00c7a, c&#8217;est \u00e0 toi. Ouvre pas devant moi. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a claqu\u00e9 la porti\u00e8re. Elle a couru jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;entr\u00e9e, le sac sur l&#8217;\u00e9paule.<\/p>\n<div id=\"js_adsconex_parallax_4\" data-type=\"parallax\">\n<div class=\"adsconex-parallax_wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad-wrapper\">\n<div class=\"adsconex-parallax_ad\" align=\"center\">\n<div id=\"div_adsconex_inpage_4\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>J&#8217;ai attendu qu&#8217;elle soit entr\u00e9e. J&#8217;ai soulev\u00e9 le couvercle.<\/p>\n<p>Des biscuits, un paquet neuf, LU, deux \u00e9tages, de ceux qu&#8217;on ach\u00e8te au Lidl \u00e0 1,89 \u20ac. Dessous, l&#8217;ancienne carte, celle de No\u00ebl. Et pos\u00e9e par-dessus, une autre carte, plus petite, d\u00e9coup\u00e9e dans un carton de c\u00e9r\u00e9ales, \u00e0 l&#8217;encre bleue, avec le C appuy\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Pour C\u00e9line. Pour tes gardes de nuit, quand t&#8217;as faim. Et pour les samedis. Manon. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cl\u00e9 USB portait le logo de la mutuelle de l&#8217;EHPAD. Huit giga, offerte \u00e0 No\u00ebl avec un stylo qui ne marchait plus. 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